COMPTE RENDU, opéra. TOURS, Opéra, le 28 sept 2018. OFFENBACH : Les Fées du Rhin (version français originale), création mondiale. Rousseau / Pionnier

COMPTE RENDU, opéra. TOURS, Opéra, le 28 sept 2018. OFFENBACH : Les Fées du Rhin (version français originale), création mondiale. P-E Rousseau / B Pionnier.  Dans les Balkans au XXè siècle, des villageois se font attaquer puis martyriser par une horde de mercenaires sans scrupule : le capitaine Conrad et ses sbires font régner un climat d’oppression et de peur ; la barbarie occupe tout le plateau, viols, tortures, terreur à l’envi… Pas de fleuve impétueux, ni de répit pour le bon peuple. Mais une scène fermée, asphyxiante, traitée comme un piège collectif… Voilà pour le climat général.

 

 

Recréation magique à l’Opéra de Tours
Barbarie et onirisme des Fées du Rhin d’Offenbach

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Le metteur en scène Pierre-Emmanuel Rousseau inscrit toute l’action des 4 actes dans une seule et même forêt ; le tableau le plus saisissant sur le plan visuel, étant ce fameux acte féerique, celui des elfes, où paraissent en réalité sous la forme de femmes animales ou décapitées, les purs esprits des victimes sacrifiées qui célèbrent en un hymne puissant le pouvoir réparateur de la Nature profonde, mystérieuse, énigmatique… Le fantastique est ici végétal et sylvestre, pour lequel Offenbach avant les Contes d‘Hoffmann développe le fameux thème de la Barcarolle, ici le chant des elfes, souverains, inaccessibles, oniriques… le compositeur y ajoute aussi tout un ballet dont la non moins célèbre valse (des elfes), au souffle enivrant, entêtant qui exprime idéalement ce pouvoir secret d’une nature qui échappe aux hommes.

Tout le spectacle est construit sur ce saisissant effet de contrastes : barbarie des hommes ; magie énigmatique de la Nature… Entre ces deux mondes, progressent sans vraiment communiquer entre eux, la mère Hedwig, ample mezzo de la trempe d’une Azucena (prenante Marie Gautrot), la fille Laura (somptueuse et volubile Serenad Burcu Uyar qui en outre chante la Fée dans l’acte magique), Gottfried, qui aime sans retour la dite Laura, et qui de chasseur chez Offenbach, devient pope à Tours… (impeccable Guilhem Worms).

Face aux villageois, la soldatesque haineuse et inhumaine, conduite par le capitaine Conrad (cynique Jean-Luc Ballestra, vrai baryton verdien, de plus en plus convaincant à la fin, dans son parcours vers l’humanisation, quand il découvre qu’Hedwig fait partie de ses nombreuses victimes violées… et que Laura est …sa fille). Il y a enfin, fermant le quintette vocal des protagonistes, Franz, l’amour réel ancien ou fantasmé de Laura, qui amnésique, s’est reconstruit en bête violente, qui rôde encagoulé, prêt à tuer, dominer, éviscérer… (sincère Sébastien Droy).

Tous sont malgré les apparences, prisonniers de leur destin, pris dans les rouages d’une machine qui les dépasse. Seule, en phare lumineux et d’une vocalité versatile d’une grande richesse de caractères, s’affirme Laura. La jeune fille rappelle les figures féminines des Contes d’Hoffmann à venir, surtout Olympia (à l’acte I), et aussi Antonia… dont elle partage cette extase du chant exacerbé, jusqu’à l’ivresse éperdue, mortifère. En outre sa relation avec sa mère émaille l’ouvrage de déchirants accents, qui creusent davantage la dénonciation des victimes de guerre. Ces deux femmes là ont enduré plus et davantage que ce nous pourrions imaginer.

Le spectacle est une création mondiale car l’ouvrage a été créé mais avec coupures à Vienne, en 1864, et dans une traduction allemande. C’est à Montpellier en 2002 qu’avait été donné en partie, l’opéra en France (mais en allemand). Tours crée l’événement en produisant la version française originale, jamais écoutée dans l’Hexagone.

 

 

MARSEILLE : La Belle Hélène d'Offenbach version PisaniOFFENBACH, maître du genre romantique féerique… On n’avait jamais mesuré cet Offenbach sérieux, puissamment romantique, dramatiquement aussi intense que généreux, capable d’écrire autre chose que des pièces comiques délirantes ou parodiques. En 1864, il a 45 ans, un talent certain qui produit alors aussi La Belle Hélène… Son génie se dévoile ainsi, parfait assimilateur des germaniques tels Weber ; annonçant Verdi, et côté français, certains autres poètes tels Bizet et ses Pêcheurs de Perles, ou Delibes et sa Lakmé… Saluons donc l’Opéra de Tours et son directeur Benjamin Pionnier, en fosse : impétueux, précis, engagé… soucieux de rétablir ce que nous ignorions jusque là : la veine romantique et fantastique, sérieuse, violente et supérieurement onirique de Jacques Offenbach. Voilà enfin ces Fées du Rhin dévoilées, sœurs magiciennes des Contes d’Hoffmann auxquels elles n’ont rien à envier, loin de là. La barbarie et le portrait des victimes de la guerre y sont remarquablement exprimées. Comme la sainte et enivrante Nature. Magistrale résurrection.

 

 

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offenbach-les-fees-opera-de-tous-annonce-presentation-crtiique-sur-classiquenewsA l’affiche de l’Opéra de TOURS, demain dim 30 sept, puis mardi 2 octobre 2018. Incontournable pour tous les amateurs d’opéras féeriques, ou tous ceux désirant découvrir un joyau de l’opéra romantique français… Illustrations : © Sandra Daveau / Opéra de TOURS 2018

 

 

 

 

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La production sera reprise à l’Opéra de Bienne Soleure (Suisse) en novembre, décembre 2018, puis janvier 2019 : plus d’infos

LIRE aussi notre présentation L’Opéra de Tours crée Les Fées du Rhin de Jacques Offenbach : les 28, 30 sept puis 2 oct 2018

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