CD, critique. Offenbach colorature. Jodie Devos, soprano. Airs d’opéras (1 cd Alpha, 2018).

OFFENBACH coloratoure cd opera concert critique cd review cd classiquenewsCD, critique. Offenbach colorature. Jodie Devos, soprano. Airs d’opéras (1 cd Alpha, 2018). BOF… Le programme élaboré ne manque pas de diversité mais il pêche par un manque de cohérence. Quel est au juste le fil thématique qui justifie la succession “hasardeuse” des pièces ainsi collectées ? Evidemment pour s’assurer un certain impact auprès du consommateur landa, il fallait nécessairement afficher la Barcarolle des Contes d’Hoffmann… Pour des surprises on repassera ; cependant Vert-Vert, Les Bergers, Les Bavards, Le Roi Carotte, et aussi Robinson Crusoé et Fantasio (dont deux magnifiques séquences de la princesse Elsbeth), … pour ne citer que quelques œuvres, méritent le détour et suscitent l’envie d’en écouter davantage. Ce qui est méritant quand même. La coloratoure chez Offenbach promettait une face cachée du compositeur : à torts réduit à ses pantalonades burlesques et fantasques, le compositeur fêté en 2019, s’est soucié comme un réel auteur sérieux, des voix et du beau chant romantique français. En témoigne l’engagement de la soprano belge Jodie Devos – précédemment distinguée par CLASSIQUENEWS pour sa superbe et irradiante incarnation dans Lakmé à l’Opéra de Tours (janvier 2017). Somptueuse production où la jeune diva se montrait particulièrement convaincante, donc troublante.
Dans cet album finalement éparpillé, la féerie dont il est question, servie par une voix souple et bien timbrée, agile et articulée (oui, oui : et c’est plutôt un bon point) s’écoute ainsi avec plaisir, à défaut d’une écoute captivée. Pourtant quelques perles rares (l’air « Je suis nerveuse » du Voyage dans la lune), ou des poncifs hier bien défendus (la Valse-Tyrolienne d’Un mari à la porte précédemment portée par la soprano fétiche de Karajan Sumi Jo)… peinent à maintenir l’écoute.
Reine de la nuit chez Mozart, Jodie Devos éblouit par la tenue ronde de ses aigus en cascades, toujours nets et précis, sans sécheresse ni tension. Mais où est la farce, la verve, cet esprit déjanté mais toujours subtile et élégant propre au Mozart des Champs Elysées ? De coloratoure il est question certes, mais … trop sage.
Il y manque un zeste de délire ou de fantaisie délurée, jamais bien éloignées chez Offenbach l’espiègle, l’amuseur des boulevards, bien sûr dans les emplois plus comiques où le 3è degré (quasi surréaliste, porté par le sens du pastiche et de la parodie facétieuse) sont de mise.
Porté par de très sérieuses institutions partenaires, pourtant spécialistes du répertoire XIXè, de l’opéra romantique français en particulier, on s’étonne de l’imprécision voire des erreurs commises dans certaines liaisons linguistiques… un coach réellement exigeant aurait-il manqué lors des répétitions et des séances de préparation ? De grâce messieurs les producteurs, respectez davantage notre français : langue délicate, langue espiègle dont Offenbach avait de son vivant la maîtrise exemplaire (cf sa correspondance et son sens de la formule publicitaire)… En tout cas cela ajoute au comique des situations (la petite fruitière dans Mesdames de la Halle). Dommage d’autant que le chef, malgré un orchestre sirupeux et épais (où sont les instruments d’époque, légers, subtilement timbrés, sautillants, nuancés…?) défend avec cœur et nerf, la vitalité délicieuse, c’est à dire, très raffinée d’un orchestre scolaire, qui heureusement dans l’ensemble, ne se limite à l’accompagnement. Pour le premier cd dédié au bicentenaire OFFENBACH 2019, ce recueil a un goût d’inachevé et d’imprécis.

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Offenbach, récital lyrique. JODIE DEVOS : Offenbach coloratoure – Münchner Rundfunkorchester – L. Campellone, direction (1 cd Alpha) / Enregistrement réalisé à Münich en juillet 2018 – 1 CD Alpha 437 – 1h

Programme / tracklisting :

« Je suis du pays vermeil » (Boule de Neige),
« Les plus beaux vers sont toujours fades… J’ai parcouru toute la France »
(Vert-Vert),
« La mort m’apparaît souriante » (Orphée aux enfers),
« J’entends, ma belle » (Un mari à la porte),
« Cachons l’ennui de mon âme… Ah ! Dans son cœur qui donc peut lire ? » (Fantasio),
« Ce sont d’étranges personnages » (Les Bavards),
« Quel bruit et quel tapage… Je suis la petite fruitière » (Mesdames de la Halle),
« Le voilà… Petites fleurs que j’ai vues naître » (Le Roi Carotte),
Ouverture (Les Bergers),
«  Voilà toute la ville en fête » (Fantasio),
« Les oiseaux dans la charmille » (Les Contes d’Hoffmann),
« Conduisez-moi vers celui que j’adore » (Robinson Crusoé),
« Souvenance de l’enfance », « Allons ! Couché » (Boule de Neige),
« Belle nuit, ô nuit d’amour » (Les Contes d’Hoffmann),
« Je suis nerveuse » (Le Voyage dans la lune)

 

 

LIRE aussi notre grand dossier OFFENBACH 2019, pour le bicentenaire de Jacques Offenbach né le 20 juin 1819

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