LIVRE, critique. M. OFFENBACH nous écrit (Actes Sud / Pal Bru-Zane).

offenbach figaro lettres offenbachnous ecrit actes sud critique compte rendu livreLIVRE, critique. M. OFFENBACH nous écrit (Actes Sud / Pal Bru-Zane). L’année OFFENBACH 2019 commence très bien grâce à la publication par Actes Sud de cette collection de lettres écrites par Offenbach, adressées au journal Le Figaro : le compositeur était l’ami personnel du fondateur du journal Hippolyte de Villemessant (1810 – 1879, un an avant Offenbach). Les deux hommes étaient voisins en Normandie, propriétaire chacun d’une villa à Etretat ; à Paris, ils se fréquentent dans les salons en vu… Une proximité qui en rendrait jaloux plus d’un aujourd’hui et qui dans la seconde moitié du XIXè, permet à l’auteur d’Orphée aux enfers de s’expliquer auprès du public, évoquer ses riches et rocambolesques soirées et fêtes données dans son appartement de la rue Laffite où figurent Bizet, Doré, Halévy… ; de provoquer le débat, susciter le scandale… positif, lui assurant une publicité avantageuse pour ses propres spectacles (par exemple lors de la création d’Orphée aux Bouffes-Parisiens en 1858). Le compositeur est une vedette, un auteur dont on parle, habitué désormais à utiliser le media comme un tremplin, une tribune. D’autant que, comme le montre l’introduction et les textes ainsi regroupés, Jacques Offenbach ne manque ni de pertinence ni d’à propos ni de sens de la formule. Un génie de la réponse synthétique, dévoilant aussi une intelligence des situations et du milieu musical et médiatique.
Le soutien se révèlera indéfectible, surtout après la défaite de 1870 quand Offenbach est conspué, traité comme un traître allemand… Villemessant veille à lui réserver une tribune utile pour sauver son honneur et défendre comme précédemment ses oeuvres.
L’apport de cette centaine de lettres et de textes sur des sujets divers, est d’autant plus précieux et éloquent que lire Offenbach dans ses mots, selon ses propres tournures, soulève le voile de la pensée du créateur ; c’est une immersion exceptionnellement proche voire intime dans la réflexion d’un musicien qui sut maîtriser sa communication, tout en exprimant avec clarté et souvent beaucoup d’esprit, ses convictions. L’acuité de l’analyse traite avec perspicacité l’actualité de son époque. Voilà qui rétablit le musicien dans son temps, le Paris des années 1860 et 1870, période politiquement éclectique qui s’est infiltrée dans la texture de ses ouvrages, textes et situations… Manquent cruellement toutes références à La Vie Parisienne, les Brigands, Fantasio, comme à sa muse et cantatrice favorite : Hortense Schneider. Lecture indispensable pour qui souhaite mieux comprendre la personnalité humaine et artistique d’un Offenbach que l’on réduit très souvent à sa verve comique.

Parmi l’abondante sélection de lettres et textes ainsi adressées et publiées dans la Figaro, soulignons la valeur de certains passages qui documentent au cœur du travail du compositeur, son caractère et sa personnalité artistique, un homme plein d’esprit, maniant la facétie et les traits d’humour avec une élégance qui nous semble aujourd’hui totalement perdue. Nombre de ses contemporains et non des moindres lui ont témoigné leur soutien voire leur admiration : lire ainsi la « sténographie conforme » c’est à dire le procès verbal, de l’assemblée extraordinaire de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques en février 1873, pour statuer sur le cas Offenbach, c’est à dire autorisation à lui donner raison pour diriger selon son souhait La Gaîté… (texte 54, en particulier la « plaidoirie » d’Alexandre Dumas fils, pleine de bienveillance amicale et de traits d’esprit…) ; de la même façon, l’affection confraternelle qu’Offenbach exprime à l’endroit du compositeur oublié, écarté alors, Rodolphe Zimmer (lettre 96) auteur d’une valse dont Offenbach se souvient des 8 premières mesures qui enchantèrent son enfance… ; enfin autre témoignages éloquents, le texte 87, qui témoigne des répétitions de Docteur OX (d’après la nouvelle de Jules Vernes), en janvier 1877 aux Variétés… posant le manteau, ne s’économisant en rien, malgré les affreuses douleurs causées par la goutte, le compositeur danse et virevolte sur la scène, indiquant aux solistes, aux chœurs, la juste expression, le bon déplacement… Laissant dans toutes les mémoires artistiques, son fameux « très bien, recommençons » comme un commentaire majeur, prière et ordre à la fois, prononcé par un monstre de travail et d’exactitude… Enfin, pour ne citer que quelques points essentiels d’un esprit remarquable, citons la lettre 99, dans laquelle Offenbach reprécise son intention au sujet de Madame Favart (janvier 1879) : il y récapitule son travail sur l’opéra comique, souhaitant le faire évoluer du vaudeville vers le drame léger à la Dalyarac, et Grétry, une comédie qui fusionne chansons, ensembles, dialogue; où le chant est aussi développé que le souffle orchestral… Ce texte très court qui vaut manifeste est l’un des plus passionnants à lire, dévoilant par l’auteur lui-même, son dessein esthétique et tout le travail compositionnel qui en découle. Offenbach, « Mozart des Champs-Elysées » (le formule est de Rossini), n’a-t-il pas en effet, redorer le blason de l’opéra-Comique français dans ce qu’il avait de plus noble, poétique, expressif ?

 

 

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200LIVRE, critique.  JEAN-CLAUDE YON : M. OFFENBACH nous écrit (Actes Sud / Pal Bru-Zane) – Éditions Actes Sud Beaux-Arts / Palazzetto Bru Zane – Parution : janvier, 2019 / 11,0 x 17,6 / 480 pages – ISBN 978-2-330-11727-6 – Prix indicatif : 13€

https://www.actes-sud.fr/catalogue/musique/m-offenbach-nous-ecrit

 

LIRE aussi notre annonce du livre  JEAN-CLAUDE YON : «  M. Offenbach nous écrit » / Lettres du compositeur au Figaro – JACQUES OFFENBACH 2019 (Editions Actes Sud Beaux Arts)
http://www.classiquenews.com/livres-evenement-annonce-jean-claude-yon-m-offenbach-nous-ecrit-lettres-du-compositeur-au-figaro-jacques-offenbach-2019-editions-actes-sud-beaux-arts/

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