L’amour de Danaé de Strauss à Frankfurt

Kimt danaeFrankfurt, Opéra. L’Amour de Danaé de Strauss: 7,9,10 juin 2014. L’avant dernier opéra de Strauss, avant Daphné, L’amour de Danae permet à Strauss de renouer avec la lyre mythologique qu’il a si magistralement illustrée entre registre poétique, comique, tragique, héroïque dans Ariane à Naxos : comme Hélène égyptienne, le compositeur entend y développer une comédie antique, d’une écriture libre et inventive avec ce sprächgesang (parlé chanté continu, proche de la parole) qui exprime la palpitation de la vie elle-même. La légèreté est inscrite dans l’écriture de la partition dont Strauss voulait faire une opérette. Le compositeur et son librettiste (Gregor) reprennent une ancienne idée de Hugo von Hofmannsthal (le librettiste disparu du Chevalier à la rose ou de La Femme sans ombre…) : un scénario mêlant des destins séparés, – selon une formule allopathique magnifiquement appliquée dans La Femme sans ombre-, ici (chaque sort est lié à la réussite de l’autre) : Danaé, Midas, Jupiter. Gregor n’ayant pas les mêmes facilités que Hofmannsthal (ce que Strauss ne manquera pas de lui reprocher), deux actions se superposent sans vraiment s’accorder : l’action entre Danaé et Midas qui forment un couple fusionnel malgré les péripéties ; Danaé et Jupiter : le dieu des dieux, sur la fin (portrait de Strauss lui-même ?) exprime ses états d’âmes dans un monde qui lui échappe d’autant plus qu’il doit renoncer à la belle Danaée, que jadis il a visité à son insu (la fameuse fécondation sous la forme d’une pluie d’or que tous les peintres, de Titien, Tintoret à Klimt ont illustré). Pourtant, en dépit de la diversité irrésolue des intrigues confrontées, la vivacité et l’esprit de comédie s’imposent dans cette oeuvre aussi symphonique que celles antérieures. Strauss fait chanter ses protagonistes comme les personnages d’un drame contemporain. Fidèles à l’esprit d’Hofmannsthal, malgré les avatars de la composition du livret, le compositeur soigne le principe de la métamorphose : Danaé et Jupiter y vivent et éprouvent un changement profond de leur être : par amour pour Midas qui dépossédé de son don de tout changer en or, est devenu finalement un pauvre muletier, Danae est guérie de sa soif primaire d’or et de métal précieux ; Jupiter lui aussi découvrant le miracle de l’amour humain reconnaît être impuissant face au phénomène dont il est témoin, et accepte de renoncer à l’objet de son désir.

Richard Strauss
L’Amour de Danaé
Die liebe der Danae
Frankfurt, Oper
Les 15 et 19 juin 2014
Sebastian Weigle, direction. Marco Buhrmeister, Marsch, Gibson, Schwanewilms, Vuong, Ryan (version de concert)

http://www.oper-frankfurt.de/

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