L’Amour de Danae de R. Strauss Ă  Salzbourg

salzburg salzbourg logo 2016 0104_festspiele_023France Musique. Strauss: L’ Amour de Danae, le 16 aoĂ»t 2016, 20h. C’est l’un des temps forts du Festival de Salzbourg 2016 : L’amour de Danae de Richard Strauss (1940) fait partie des partitions les moins jouĂ©es du compositeur bavarois, or il s’agit d’une oeuvre clĂ© de ses recherches sur la notion de thĂ©Ăątre musical oĂč la projection continue du chant, telle une conversation en musique, reste cruciale selon son esthĂ©tique lyrique. C’est aussi pour Richard, l’occasion de traiter deux thĂ©matiques qui lui sont chĂšres : les resources dramatiques et psychologiques qu’offre la mythologie grecque ; et surtout l’occasion de ciseler un nouveau portait de femme : ainsi aprĂšs les formidables vertiges portĂ©es par ses premiĂšres hĂ©roĂŻnes, Elektra (1909), SalomĂ© (1905) ; puis Ariane aux Naxos (1912-1916), HĂ©lĂšne d’Egypte (1928), Arabella (1933), Intermezzo (1924 qui relate ses dĂ©boires conjugaux avec son Ă©pouse la cantatrice Pauline de Ahna, surtout DaphnĂ© qui composĂ© en 1938, pendant la barbarie nazie, prĂ©lude directement aux enjeux et clĂ©s de Danae, composĂ© en 1940 et crĂ©Ă© en 1944. Le compositeur devait s’éteindre en 1949, non sans exprimer sa vision crĂ©pusculaire sur la fin de la civilisation provoquĂ© par le crime impardonnable de la guerre et de la haine.

 Le choix de Danae

Midas ou Jupiter ?

 

 

Dossier Richard Strauss 2014Capriccio en 1942 (avec le sublime personnage de la Comtesse Madeleine, arbitre des arts, entre poĂ©sie et musique) nuance encore un travail concentrĂ© sur le raffinement et la profondeur humaniste de l’art musical. L’Amour de Danae / Die Liebe der Danae illustre comme le tableau de Gustav Klimt dont l’opĂ©ra de Strauss approche dans le chant magistral et continu de l’orchestre, le scintillement des couleurs, la lĂ©gende de la fille du roi ruinĂ© Pollux qui amoureuse de Midas, est courtisĂ© (en vain) par Jupiter.

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La lecture du mythe que dĂ©fend Richard Strauss est celle d’un humaniste : Danae est une Ăąme admirable et juste en ce qu’elle prĂ©fĂšre le mortel Midas, – que Jupiter a brutalement amputĂ© de son pouvoir de tout changer en or, au dieu omnipotent qui promet pourtant merveilles et Ă©ternitĂ©. La jeune femme n’a cure des illusions de l’or, mais s’intĂ©resse plutĂŽt Ă  la bontĂ© d’ñme de l’homme qu’elle aime, fĂ»t-il misĂ©rable et dĂ©possĂ©dĂ© de son don de richesse. Dans l’écriture, Strauss soigne les contours et connotations psychologiques du chant de son hĂ©roĂŻne, – orchestre gĂ©nĂ©reux mais clartĂ© du parcours Ă©motionnel qui mĂšne la jeune femme, des illusions troubles, Ă  la lumiĂšre de la vĂ©ritĂ©, celle de son coeur amoureux.

 

 

 

Autour du trio héroico-pathétique de Danae / Midas / Jupiter, se presse une pléiade deseconds rÎles comiques : Pollux le pÚre ruiné désireux de redorer son blason en mariant sa fille au dieu déguisé en 
 Midas ; les quatre reines parentes de Danae, qui anciennes amantes de Jupiter, tentent tout pour reconquérir le divin étalon.


La comĂ©die et la profondeur fondent l’intĂ©rĂȘt d’un opĂ©ra injustement Ă©cartĂ© des thĂ©Ăątres et programmations habituels. Pourtant, le leçon morale et la parabole humaniste qu’offrent Strauss et son librettiste Josef Gregor (qui reprend une idĂ©e et un canevas du poĂšte Hugo von Hofmannsthal), dĂ©passent la simple illustration de l’AntiquitĂ©. Il importe aux interprĂštes de comprendre puis d’exprimer sous la conduite d’un chef articulĂ©, chambriste, la subtilitĂ© d’une Ă©criture qui fait la synthĂšse entre Wagner et Mozart, qui commente en musique le miracle Ă©ternel de l’amour sincĂšre. Si dans DaphnĂ©, Strauss conclut l’opĂ©ra dans l’apothĂ©ose de son hĂ©roĂŻne pĂ©trifiĂ©e qui refuse l’amour (celui d’Apollon, aprĂšs que celui ci a tuĂ© son fiancĂ©), ici, Danae, dans la suite de La Femme sans ombre (opĂ©ra initiatique Ă©crit par Hofmannsthal, au moment de la premiĂšre guerre), dĂ©termine son propre destin, affirme son choix, revendique la vĂ©ritĂ© du seul amour qui l’inspire : celui de Midas. La jeune femme peut donc vivre ce destin qui lui Ă©tait refusĂ© au dĂ©but de l’action. C’est un exemple rare Ă  l’opĂ©ra, d’une relation qui peut ĂȘtre vĂ©cue sur terre, a contrario du poison wagnĂ©rien dont les hĂ©ros, -Tristan, Isolde, Lohengrin, Elsa, 
 sans omettre TannhĂ€user et Elisabeth
, affirment au contraire l’impossibilitĂ© d’un amour Ă©panoui dans le monde des hommes. Richard Strauss, le plus grand gĂ©nie lyrique avec Puccini au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, tĂ©moin des deux guerres mondiales, en tĂ©moigne ainsi, et jusqu’Ă  la fin de sa vie : l’homme peut ĂȘtre sauvĂ© de lui-mĂȘme, s’il Ă©coute la vĂ©ritĂ© de son cƓur et agit par amour, non par calcul. Humaniste, trĂšs humaniste, Richard.

 

 

logo_francemusiqueFrance Musique, Mardi 16 aoĂ»t 2016, 20h. EnregistrĂ© au Festival de Salzbourg le 6 aoĂ»t 2016. L’Amour de Danae / Die Liebe der Danae de Richard Strauss et Josef Gregor (sur une idĂ©e de Hugo von Hofmannsthal).

Illustration : Danae par Gustav Klimt, 1905. Jupiter amoureux s’exprime Ă  dans sous la forme d’une pluie / semence d’or, sujet pour le peintre Ă  un sublime miroitement chromatique de sa palette (DR)

 

 

 

 

DANAE STRAUSS Salzbourg festival 2016 web-Die_Liebe_der_Danae_2016_Krassimira_Stoyanova_c_SF_ForsterRichard Strauss : L’Amour de Danae
RICHARD STRAUSS ‱ DIE LIEBE DER DANAE
Heitere Mythologie in drei Akten op. 83 von Richard Strauss (1864–1949)‹Libretto von Joseph Gregor (1888–1960) unter Benutzung eines Entwurfes von Hugo von Hofmannsthal (1874–1929) / OpĂ©ra mythologique en 3 actes de Richard Strauss / Livret de Joseph Gregor d’aprĂšs Hugo von Hofmannshtal. Nouvelle production.

Franz Welser-Möst, direction
Alvis Hermanis, mise en scĂšne

Distribution
Krassimira Stoyanova, Danae
Tomasz Konieczny, Jupiter
Norbert Ernst, Merkur
Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Pollux
Regine Hangler, Xanthe
Gerhard Siegel, Midas alias Chrysopher
Pavel Kolgatin, Andi FrĂŒh, Ryan Speedo Green, Jongmin Park, Vier Könige
Maria Celeng, Semele
Olga Bezsmertna, Europa
Michaela Selinger, Alkmene
Jennifer Johnston, Leda

Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
Wiener Philharmoniker

CONSULTER la page Danae sur le site du Festival de Salzbourg 2016 

 

L’amour de DanaĂ© de Strauss Ă  Frankfurt

Kimt danaeFrankfurt, OpĂ©ra. L’Amour de DanaĂ© de Strauss: 7,9,10 juin 2014. L’avant dernier opĂ©ra de Strauss, avant DaphnĂ©, L’amour de Danae permet Ă  Strauss de renouer avec la lyre mythologique qu’il a si magistralement illustrĂ©e entre registre poĂ©tique, comique, tragique, hĂ©roĂŻque dans Ariane Ă  Naxos : comme HĂ©lĂšne Ă©gyptienne, le compositeur entend y dĂ©velopper une comĂ©die antique, d’une Ă©criture libre et inventive avec ce sprĂ€chgesang (parlĂ© chantĂ© continu, proche de la parole) qui exprime la palpitation de la vie elle-mĂȘme. La lĂ©gĂšretĂ© est inscrite dans l’écriture de la partition dont Strauss voulait faire une opĂ©rette. Le compositeur et son librettiste (Gregor) reprennent une ancienne idĂ©e de Hugo von Hofmannsthal (le librettiste disparu du Chevalier Ă  la rose ou de La Femme sans ombre
) : un scĂ©nario mĂȘlant des destins sĂ©parĂ©s, – selon une formule allopathique magnifiquement appliquĂ©e dans La Femme sans ombre-, ici (chaque sort est liĂ© Ă  la rĂ©ussite de l’autre) : DanaĂ©, Midas, Jupiter. Gregor n’ayant pas les mĂȘmes facilitĂ©s que Hofmannsthal (ce que Strauss ne manquera pas de lui reprocher), deux actions se superposent sans vraiment s’accorder : l’action entre DanaĂ© et Midas qui forment un couple fusionnel malgrĂ© les pĂ©ripĂ©ties ; DanaĂ© et Jupiter : le dieu des dieux, sur la fin (portrait de Strauss lui-mĂȘme ?) exprime ses Ă©tats d’ñmes dans un monde qui lui Ă©chappe d’autant plus qu’il doit renoncer Ă  la belle DanaĂ©e, que jadis il a visitĂ© Ă  son insu (la fameuse fĂ©condation sous la forme d’une pluie d’or que tous les peintres, de Titien, Tintoret Ă  Klimt ont illustrĂ©). Pourtant, en dĂ©pit de la diversitĂ© irrĂ©solue des intrigues confrontĂ©es, la vivacitĂ© et l’esprit de comĂ©die s’imposent dans cette oeuvre aussi symphonique que celles antĂ©rieures. Strauss fait chanter ses protagonistes comme les personnages d’un drame contemporain. FidĂšles Ă  l’esprit d’Hofmannsthal, malgrĂ© les avatars de la composition du livret, le compositeur soigne le principe de la mĂ©tamorphose : DanaĂ© et Jupiter y vivent et Ă©prouvent un changement profond de leur ĂȘtre : par amour pour Midas qui dĂ©possĂ©dĂ© de son don de tout changer en or, est devenu finalement un pauvre muletier, Danae est guĂ©rie de sa soif primaire d’or et de mĂ©tal prĂ©cieux ; Jupiter lui aussi dĂ©couvrant le miracle de l’amour humain reconnaĂźt ĂȘtre impuissant face au phĂ©nomĂšne dont il est tĂ©moin, et accepte de renoncer Ă  l’objet de son dĂ©sir.

Richard Strauss
L’Amour de DanaĂ©
Die liebe der Danae
Frankfurt, Oper
Les 15 et 19 juin 2014
Sebastian Weigle, direction. Marco Buhrmeister, Marsch, Gibson, Schwanewilms, Vuong, Ryan (version de concert)

http://www.oper-frankfurt.de/

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