CRITIQUE, concert. Avignon, le 12 juin 2021. VIVALDI, airs. Lea Desandre, Ensemble Jupiter, Thomas Dunford

CRITIQUE, concert. Avignon, le 12 juin 2021. VIVALDI, airs. Lea Desandre, Ensemble Jupiter, Thomas Dunford. Las, si nous avions pu assister au premier concert de la saison 20/21 de Musique Baroque en Avignon – qui ne mettait rien moins Ă  son affiche que le trĂ©pidant contre-tĂ©nor polonais Jakub Jozef Orlinski (accompagnĂ© par le formidable ensemble Il Pomodoro) -, tout le reste de son programme a dĂ» ĂȘtre annulĂ© (certains concerts sont dĂ©jĂ  repoussĂ©s Ă  la saison prochaine…), et seule cette ultime soirĂ©e rĂ©unissant la gracieuse mezzo italo-française Lea Desandre aux cĂŽtĂ©s de Thomas Dunford (luth et direction) et de l’Ensemble Jupiter parvient Ă  sortir la manifestation provençale du naufrage engendrĂ© par la pandĂ©mie sur le monde de la culture (entre autres secteurs
).

FondĂ© il y a seulement trois ans, la jeune phalange baroque est composĂ©e ici de sept musiciens (deux violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse, un clavecin et un luth) et joue sur instruments d’époque – ce qui n’a pas Ă©tĂ© sans consĂ©quence alors que le thermomĂštre affichait encore 32 degrĂ©s quand a dĂ©butĂ© le concert, des cordes (en boyaux) se rompant sous l’effet de la chaleur sans compterla nĂ©cessitĂ© d’accorder plus souvent que de coutume les diffĂ©rents instruments. Mais en dĂ©pit des alĂ©as climatique liĂ©es Ă  une soirĂ©e de plein air (et au passage un vrai avant-goĂ»t des festivals !), le son, la couleur, la dextĂ©ritĂ©, la virtuositĂ©, le sens du style de l’époque de l’Ensemble Jupiter sont bel et bien au rendez-vous ce soir, notamment grĂące au premier violon (ThĂ©otime Langlois de Swarte) qui donne le La en termes d’agilitĂ©, de nerf, de tension permanente. Il se rĂ©vĂšle autant dans l’accompagnement des airs chantĂ©s par Lea Desandre que dans les pages purement instrumentales, trois concerti qui serviront de pause pour la chanteuse, et qui mettront en avant le luth dĂ©licat de Thomas Dunford (dans les RV82&93) ou le violoncelle expressif de Bruno Philippe (dans le RV 416).

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 Jupiter en Avignon (© E Andrieu)

Mais la soirĂ©e dĂ©bute par un extrait d’Il Giustino, « Vedro con mio diletto », un air lent et plein d’émotion qui permet de goĂ»ter le timbre suave de la mezzo, mais aussi la finesse de son phrasĂ©, la longueur de son souffle.
Le programme fait ensuite la part belle Ă  l’oratorio Juditha Triumphans que le Prete rosso composa en latin en 1716 pour les pensionnaires fĂ©minines de l’Ospedale della PietĂ  Ă  Venise. S’inspirant du classique biblique, l’Ɠuvre raconte le parcours de l’ombre Ă  la lumiĂšre de cette Ă©mule de Dalila, Judith, qui libĂ©ra la ville de BĂ©thulie de l’envahisseur Holopherne en le dĂ©capitant aprĂšs l’avoir sĂ©duit. Le premier air retenu est « Armatae face et anguibus », auquel elle offre toute la vĂ©hĂ©mence requise par cet aria di furore, et dans lequel elle fait preuve d’une puretĂ© dĂ©sarmante dans les aigus et d’une souplesse de chaque instant dans la ligne de chant.
Le second est le plus doux et calme « Veni, veni me sequere fida », dans lequel la voix ronde et chaleureuse de la chanteuse imite le tendre chant d’une tourterelle pour affirmer son affection envers sa suivante Abra (auquel se fera l’écho d’un sansonnet perchĂ© dans l’un des quatre majestueux et centenaires platanes du jardin !). Quant au sublime air « Cum dederit dilectis suis », extrait du Nisi Dominus et dĂ©livrĂ© ici avec des sons parfaitement filĂ©s et tenus, qui rehaussent l’aspect doloriste de ce morceau, il ne manque pas d’émouvoir profondĂ©ment les spectateurs.

L’air qui suit est un « incontournable » de tout rĂ©cital vivaldien, le fameux « Gelido in ogni vena » (Il Farnace) dont Cecilia Bartoli a fait l’un de ses chevaux de bataille. Sans possĂ©der (encore) le registre grave de sa consƓur italienne, on n’en admire pas moins la force de conviction de l’artiste, et l’émotion sincĂšre qui l’étreint au fur et Ă  mesure de cette longue aria, une Ă©motion qui gagne Ă©galement sans peine un auditoire dissĂ©minĂ© selon les rĂšgles sanitaires en vigueur, formant comme un arc de cercle autour des musiciens placĂ©s sur une estrade contre la paroi Ă  douze portes-fenĂȘtres du sublime HĂŽtel particulier Villeneuve-Martignan (qui abrite, depuis 1810, le MusĂ©e des Beaux-Arts de la CitĂ© des Papes). Puis les airs « Gelosia, tu gia rendi l’alma fida » (Ottone in Villa) et plus encore le fameux « Agitata da due venti » (tirĂ© de La Griselda) refont tourbillonner un vent de folie sous les frondaisons des platanes, alors que le jour dĂ©cline et que le ciel rougeoie : l’on y admire particuliĂšrement la clartĂ© d’articulation dans les vocalises, la façon dont elle nĂ©gocie les redoutables Ă©carts de registre, ou encore les inflexions infiniment variĂ©es de la chanteuse.

En bis, la mezzo reprend une composition et une adaptation dues Ă  la main de Thomas Dunford himself (qui chante avec elle…) : « That’s so you » et « We are the ocean, each one a drop », qui permettent de conclure la soirĂ©e dans une ambiance jazzy et festive !

 

 

 

 

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CRITIQUE, concert. Avignon, Jardins du Musée Calvet, le 12 juin 2021.
Lea Desandre (mezzo), Ensemble Jupiter, Thomas Dunford (direction &
luth). Vivaldi : airs d’opĂ©ras et d’oratorios.

COMPTE-RENDU, critique. MEZT, Arsenal, le 13 sept 2019. Concert d’ouverture saison 2019 2020. Mozart : Symphonie n°41 « Jupiter » / BERLIOZ : Harold en Italie. Adrien Boisseau, alto. Orchestre National de METZ. David Reiland, dir.

COMPTE-RENDU, critique. MEZT, Arsenal, le 13 sept 2019. Concert d’ouverture saison 2019 2020. Mozart : Symphonie n°41 « Jupiter » / BERLIOZ : Harold en Italie. Adrien Boisseau, alto. Orchestre National de METZ. David Reiland, direction. TrĂšs rĂ©ussi et mĂȘme passionnant premier concert du National de Metz Ă  l’Arsenal : pour l’ouverture de sa nouvelle saison 2019 – 2020, l’Orchestre National de Metz jouait ce vendredi 13 septembre 2019, Mozart puis Berlioz sous la direction de son directeur musical, depuis septembre 2018, David Reiland. La 41Ăš faisait ainsi son entrĂ©e au rĂ©pertoire de la phalange messine ; un point important car il s’agit aussi pour le maestro d’élargir et d’enrichir toujours les champs musicaux des instrumentistes messins. David Reiland a dirigĂ© la 40Ăš ici mĂȘme en 2015, alors qu’il n’était pas encore directeur musical. Le maestro nous offre deux lectures investies, abouties, Ă©tonnamment ciselĂ©es et vivantes.

 

 

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Dans les faits, c’est d’abord un formidable travail sur les cordes qui s’affirme : flexibilitĂ© et articulation constantes, apportant Ă  l’architecture mozartienne sa grande soliditĂ© structurelle et un sens naturel des respirations. Chaque phrase est magistralement Ă©tirĂ©e, explicitĂ©e, avec des nuances savoureuses, sur des tempi roboratifs. Ainsi l’Allegro initial affirme une Ă©nergie pleine d’équilibre et d’élĂ©gance, parfaitement adaptĂ© au dessin nĂ©oclassique et lui-mĂȘme architecturĂ© de la grande salle. L’Andante qui suit saisit par son intensitĂ© et sa profondeur dans l’épure la mieux Ă©noncĂ©e ; c’est une effusion lĂ  encore riche en nuances et passages dynamiques maĂźtrisĂ©s oĂč deux qualitĂ©s nous semblent dĂ©sormais emblĂ©matiques de David Reiland : sa tendresse intĂ©rieure, son Ă©lĂ©gance expressive. Du trĂšs peu – un matĂ©riau finalement trĂšs rĂ©duit, le chef construit une totalitĂ© qui respire et Ă©meut ; rĂ©vĂ©lant chez Mozart, le magicien du cƓur et de la profondeur ; sa mĂ©lancolie dĂ©jĂ  romantique, son urgence Ă  la dĂ©passer
 Enfin le Finale (Molto Allegro) gagne un surcroĂźt de mordant et d’articulation, rĂ©vĂ©lant la puissance d’un contrepoint dont l’énergie mais aussi le dĂ©tail des timbres, la violence rythmique prĂ©figurent dĂ©jĂ  Beethoven. Et l’on se dit, davantage qu’ailleurs, comme il aurait Ă©tĂ© passionnant sous une telle direction, de dĂ©couvrir ce que Mozart aurait composĂ© aprĂšs 1791 s’il n’était pas mort si tĂŽt.

 

 

 

Dans la forge berliozienne,
élégance et nuance, passion et contrastes de David Reiland

 

 

 

Reiland davidDans la seconde partie (aprĂšs l’entracte), un autre bain orchestral, celui tout aussi captivant du Berlioz de 1834. Soit quatre ans aprĂšs la Fantastique qui est dĂ©jĂ  en soi un Everest symphonique. DĂ©jĂ  prĂ©sentĂ© (mais avec rĂ©citant) Ă  La CĂŽtĂ© Saint-AndrĂ© cet Ă©tĂ© dans le cadre du Festival BERLIOZ 2019 (celui des 150 ans de la mort d’Hector), « Harold en Italie » stigmatise les sentiments contradictoires de Berlioz avec l’Italie. David Reiland en dĂ©livre une lecture magistrale par son souci du dĂ©tail, de la tension et de la respiration poĂ©tique. Chaque accent semble inscrit dans un vaste mouvement dont la comprĂ©hension globale surprend et convainc. Chez Berlioz, le motif du paysage italien suscite un embrasement des sens, de la jubilation extatique Ă  la transe quasi grimaçante (cf le Finale et son « orgie de brigands »), dĂ©voilant chez Hector, l’alchimiste symphonique, dont la fougue et l’inventivitĂ© n’empĂȘchent (grĂące Ă  la sensibilitĂ© hyperactive du chef) ni la clartĂ© ni la transparence.
En jouant de tous les filtres ensorcelants nĂ©s du souvenir, Berlioz Ă©difie un monument Ă  plusieurs plans et registres; dont les rugissements surtout aprĂšs le final de l’Orgie de Brigands laissent l’auditeur, sidĂ©rĂ©. La texture orchestral se fait grand cerveau Ă©motionnel dont les strates renvoient aux souvenirs rĂ©els ou fantasmĂ©s. David Reiland dĂ©crypte cette matiĂšre en fusion, entre imagination et rĂ©alitĂ©, aux Ă©panchements imprĂ©visibles. Grand amoureux, Berlioz reste un grand frustrĂ©, toujours insatisfait : il ne s’épargne aucun accent tĂ©nu, aucune trouvaille de timbres inĂ©dite pour exprimer au plus juste, le sentiment d’une immense et permanente insatisfaction. VoilĂ  pourquoi l’énonciation de l’idĂ©e fixe, amoureuse, bascule souvent dans la folie. Mais quelle folie, car elle passe par le chant libĂ©rĂ© d’un orchestre laboratoire. Sous la direction du jeune maestro, l’auditeur ne perd aucun accent instrumental, aucune phrase musicale, tant la prĂ©cision du chef est constante. Et sa concentration, gĂ©nĂ©reuse en indications gestuelles.

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David Reiland © Cyrille Guir / CMM cité musicale METZ 2019

DĂšs le premier tableau « Harold aux montagnes », chef et instrumentistes font surgir le massif naturel de l’ombre, avec une tendresse dĂ©jĂ  mĂ©lancolique qui tient du mystĂšre : David Reiland exprime cette alliance spĂ©cifique Ă  Berlioz qui fusionne rĂȘverie et fantastique. La tendresse intĂ©rieure, contemplative de l’alto d’Adrien Boisseau, trouve constamment le ton juste et une sonoritĂ© quasi voluptueuse, dans ce vortex d’une rare poĂ©sie. On y retrouve, talent rare de la filiation nĂ©e d’un programme habilement construit, cette mĂȘme tendresse grave qui se dĂ©ployait dans l’Andante de la Jupiter mozartienne Ă©coutĂ©e dans la premiĂšre partie.
 On ne doute plus de l’extrĂȘme sensibilitĂ© du chef, sa maestriĂ  Ă©lĂ©gantissime Ă  passer d’un univers Ă  l’autre.
Ciselant une dĂ©finition et une articulation lĂ  encore trĂšs françaises, David Reiland joue avec autant d’intelligence sur les effets sonores et de spatialisation, soulignant aux cĂŽtĂ©s du Berlioz, orchestrateur fascinant, l’immense paysagiste (comme Turner dilate l’espace et creuse l’infini de la couleur), capable d’élargir de façon cosmique, les perspectives orchestrales, en Ă©tagement, en profondeur, en hauteur. Ici s’affirme dĂ©jĂ  l’auteur des champs goethĂ©ens de la Damnation de Faust (crĂ©Ă©e en 1846).

La fin du mĂȘme premier mouvement est ensuite caractĂ©risĂ©e avec le nerf et une Ă©nergie de tous les diables, comme si la grande machine symphonique s’emballait, en une distanciation, dĂ©sormais et rĂ©aliste et cynique, de l’idĂ©al amoureux. La forge musicale resplendit alors dans toute sa perfection vivante car il revient au chef un travail exemplaire sur la mise en place, la comprĂ©hension de l’architecture et du drame, – exposition et rĂ©itĂ©rations
, le sens et la direction du flux orchestral, l’audace des timbres et des couleurs qui scintillent tout en se reconstruisant en permanence.

DAVID REILAND, maestrissimo !Quelle belle idĂ©e de prendre le tempo prĂ©cisĂ© par Hector lui-mĂȘme dans la marche des pĂšlerins (106 Ă  la noire) : le maestro offre une relecture complĂšte sur un tempo revivifiĂ©, celui d’une marche active et sportive qui souligne la structure allante de l’architecture berliozienne. MĂȘmes vertiges mais ceux ci superbement contrastĂ©s dans le vaste Ă©pisode final (Orgie de brigands) oĂč les remous du bain orchestral atteignent houle et tempĂȘte d’un ocĂ©an spectaculaire. C’est un Ă©pisode de rĂ©capitulation oĂč tous les thĂšmes sont rĂ©exposĂ©s et superposĂ©s en un contrepoint proprement 
 cosmique. L’imagination de Berlioz n’a pas de limites : ravĂ©lien naturel, David Reiland, orfĂšvre des nuances et capable d’un souffle irrĂ©sistible, y rĂ©alise une parure instrumentale et une direction saisissantes. Aucun doute, l’Orchestre a trouvĂ© son chef. Cette nouvelle saison (la seconde donc sous son mandat) s’annonce prometteuse. Et le concert s’inscrit parmi les meilleures contributions Ă  l’anniversaire Berlioz 2019. A suivre.

 

 

 

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David Reiland et l’Orchestre National de Metz © Cyrille Guir / CMM citĂ© musicale METZ 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, critique. MEZT, Arsenal, le 13 sept 2019. Concert d’ouverture la saison 2019 2020. Mozart : Symphonie n°41 « Jupiter » / BERLIOZ : Harold en Italie. Adrien Boisseau, alto. Orchestre National de METZ. David Reiland, direction.

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LIRE aussi pour les 150 ans en 2019 de la mort de Hector Berlioz, notre grand dossier BERLIOZ 2019 :
http://www.classiquenews.com/berlioz-2019-dossier-pour-les-150-ans-de-la-mort/?fbclid=IwAR2Co0LYiAjWECfKJKZx6d-NzRJjfVIGlsi4SraP4R8MgZmhpWyQ48xTTJg

 

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PROCHAIN CONCERT de l’Orchestre national de METZ, dirigĂ© par David REILAND Ă  l’Arsenal de METZ : Le BolĂ©ro de Ravel dans un dispositif dĂ©complexĂ©, accessible

METZ, Arsenal. Ravel : BOLÉRO, dim 22 sept 2019, 18h. APERO-CONCERT. LIRE ici notre prĂ©sentation du BolĂ©ro de Ravel par David Reiland et le National de Metz :
https://www.classiquenews.com/metz-apero-concert-le-bolero-de-maurice-ravel/

LIRE aussi notre présentation de HAROLD en Italie de Berlioz :
https://www.classiquenews.com/metz-concert-douverture-david-reiland-joue-berlioz/ 

 

 

 

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Découvrez aussi la nouvelle saison 2019 2020 de la cité musicale Metz, et nos temps forts à ne pas manquer :

 

 

https://www.classiquenews.com/metz-cite-musical-metz-saison-2019-2020-temps-forts/METZ CitĂ© musicale-METZ, saison 2019 – 2020. La nouvelle saison 2019 2020 de la CitĂ© musicale-Metz affirme davantage l’ampleur de la vie culturelle et musicale destinĂ©es au messins et aux visiteurs de METZ. A travers son Ă©loquente diversitĂ© des lieux et des offres (aux cĂŽtĂ©s de l’Orchestre National de Metz, trois salles Ă  METZ : Arsenal, BAM, Trinitaires), la programmation messine affiche un bel Ă©clectisme, pourtant douĂ© d’une cohĂ©rence manifeste. L’offre sait exploiter Ă  l’échelle de la ville, les sites et phalanges prĂ©sentes pour unifier et clarifier davantage l’offre musique et danse Ă  Metz. En plus de son cƓur artistique, la CitĂ© musicale-Metz favorise les plaisirs de la musique Ă  travers ses actions d’éducation artistique, de mĂ©diations, ses nombreuses rencontres conviviales, familiales
 lesquelles tissent dĂ©sormais un lien constant entre l’art et les citoyens. En somme, un modĂšle de culture vivante intĂ©grĂ©e.

 

 

 

 

 

 

CD, coffret Ă©vĂ©nement. MOZART : les 3 derniĂšres Symphonies (39, 40, 41 “Jupiter”) / Jordi SAVALL (3 cd Alia Vox)

MOZART-testament-symphonique-symphonies-39-40-41-jordi-savall-alia-vox-cd-critique-3-cd-alia-vox-les-nations-classiquenews-cd-critique-classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement. MOZART : les 3 derniĂšres Symphonies (39, 40, 41 “Jupiter”) / Jordi SAVALL (3 cd Alia Vox). En 1788, Mozart ĂągĂ© de 32 ans est dĂ©jĂ  Ă  la fin de sa trop courte existence : il meurt 3 ans plus tard. Les 3 derniĂšres Symphonies n°39, 40 et 41 « Jupiter » sont Ă©laborĂ©es en 6 semaines, de juin Ă  aoĂ»t 1788, 3 sommets absolus, en plĂ©nitude orchestrale, justes, profonds, d’une sincĂ©ritĂ© et d’un Ă©lan intĂ©rieur, irrĂ©sistibles. Mi bĂ©mol, sol mineur, do majeur
 le parcours des tonalitĂ©s n’en finissent pas de fasciner car il y a bien unitĂ© et cohĂ©rence organique de l’une Ă  l’autre, ce que tend Ă  exprimer et argumenter Jordi Savall qui parle mĂȘme de « Testament symphonique ». La vision est d’autant plus lĂ©gitime que ce portique inouĂŻ, totalement visionnaire sur le plan de l’histoire musicale et du genre symphonique, n’obĂ©it pas Ă  une commande mais prolonge un besoin impĂ©rieux, viscĂ©ral de la part d’un crĂ©ateur mĂ©sestimĂ©, Ă©cartĂ© mĂȘme du milieu officiel et politique, qui de surcroĂźt est aux abois : la ruine financiĂšre et les dettes de Wolfgang l’obligent Ă  quĂ©mander auprĂšs de tous ses proches, dont ses « frĂšres » franc-maçons, une piĂšce ou un billet (florins ou ducats) pour survivre (cf lettre Ă  Michael Puchberg, comme lui membre de la loge Zur Wahrheit / A la vĂ©ritĂ©). Franc maçon depuis 1784 (comme Haydn), Mozart plonge Ă  Vienne de la pauvretĂ© Ă  la misĂšre fin 1787. La souffrance, la mort, la vanitĂ© de toute chose
. sont des sentiments dĂ©sormais explicites dans l’écriture. D’oĂč l’urgence qui s’en dĂ©gage ; le dĂ©sarroi et l’espĂ©rance aussi qui innervent tout le retable orchestral.
savall-jordi-nuit-des-rois-versaillesSavall rĂ©tablit la place des Ă©vĂ©nements, le contexte d’une existence humaine dĂ©primĂ©e et affligeante en vĂ©ritĂ©, alors que l’acuitĂ© artistique du compositeur, la vitalitĂ© et les trouvailles de son gĂ©nie musical, atteignent des sommets d’audaces comme d’accomplissements inĂ©dits. TrĂšs juste et pertinent, le chef catalan ajoute la fameuse marche funĂšbre – Maurerische Trauermusik K 477 de 1785, rĂ©alisĂ© pour les funĂ©railles de deux frĂšres de la loge : le lugubre bouleversant qui s’en dĂ©gage exprime au plus prĂšs, la conscience d’un Mozart touchĂ© par le sentiment de sa propre fragilitĂ© comme de sa mort. Puis deux ans aprĂšs au printemps 1787 surviendra sa sĂ©paration avec la soprano Nancy Storace (sa Suzanne des Nozze), rupture elle aussi trĂšs douloureuse. La mort inspire constamment son Ɠuvre (d’autant plus avec la mort du pĂšre, Leopold survenue en mai 1787), sublimĂ©e prĂ©sente dans son nouvel opĂ©ra Don Giovanni (crĂ©Ă© en oct 1787).
Jordi Savall rappelle le masque et la prĂ©sence de la mort comme Ă©quation permanente dans la rĂ©solution des 3 symphonies : endettĂ©, Mozart implore la gĂ©nĂ©rositĂ© de moins en moins franche de ses frĂšres dont le mĂȘme Pucheberg (qui rĂ©duit considĂ©rablement ses dons Ă  son ami) ; seul Swieten se montrera plus constant et d’un soutien indĂ©fectibe.
MalgrĂ© cette indigence injuste, le gĂ©nie mozartien, foudroyĂ©, produit ses plus grands chefs d’Ɠuvres symphoniques. Et pour mieux souligner encore leur continuitĂ© naturelle, la Symphonie en sol mineur (n°40), centrale, est prĂ©sente sur les 2 cd ; passage continue depuis la mi bĂ©mol n°39 sur le cd1 ; volet prĂ©alable nĂ©cessaire Ă  la Do majeur n°41 « Jupiter », sur le cd2 ; de facto, l’écoute en continu laisse se manifester l’absolue relation et la complĂ©mentaritĂ© des 3 cimes symphoniques, faisant ainsi sens en leur flux ininterrompu.

Savall se joue des timbres d’époque dans chaque partition, soulignant souvent la rĂ©sonance et la rĂ©verbĂ©ration pour mieux accentuer l’effet de solennitĂ© grave, d’ampleur souterraine liĂ©e au sentiment tragique. D’autant que surgissant d’une nĂ©cessitĂ© et d’un ordre intĂ©rieur et personnel impĂ©rieux, les 3 Symphonies ne furent probablement jamais crĂ©Ă©es et jouĂ©es du vivant de Wolfgang. En tout cas, pas dans leur continuitĂ© organique ainsi rĂ©tablie.

 

 

Testament symphonique de Mozart
et déjà romantique


 

 

MOZART wolfgang vienne 1780 1790 classiquenews 1138381-portrait-wolfgang-amadeus-mozartDĂšs la couleur particuliĂšre de la 39 (la clarinette placĂ©e au centre de l’échiquier instrumental y joue des contrastes et aussi de la riche texture orchestrale), Savall souligne les accents d’une partition entre ombre et lumiĂšre, panique et sĂ©rĂ©nitĂ©. De la mĂȘme façon, le chef saisit et amplifie les harmonies inquiĂštes qui occupent le cƓur de l’Andante con moto. Et Haydn est bien prĂ©sent dans le raffinement Ă©blouissant du Finale. AchevĂ©e en juillet 1788, la 40 est tout aussi lumineuse et solaire mais aussi emprunte d’un sfumato Ă©motionnel qui est liĂ© Ă  l’utilisation du sol mineur, le mode doloriste (celui de Pamina dans La FlĂ»te). L’allegro initial est de loin la crĂ©ation la plus puissante et exaltante de Mozart, un mouvement dont Savall exprime l’agitation quasi syncopĂ©e, l’exaltation des sens et une ivresse Ă©perdue, presque panique et pourtant dĂ©jĂ  romantique, totalement magicienne
 MĂȘme naturel Ă©vident dans la Sicilienne qui est le mouvement lent (Andante) ; avant le surgissement d’une angoisse indicible dans le Finale qui affirme la haute conscience de la mort. Mozart s’y livre avec une acuitĂ© irrĂ©sistible que Savall sculpte dans la masse, en une danse ivre, exaltĂ©e, Ă©perdue, comme d’un dernier souffle chorĂ©graphique, l’ultime dĂ©sir intime contre la tempĂȘte adverse : il n’est pas un mouvement orchestral de tout le XVIIIĂš qui affirme clairement son esprit dĂ©jĂ  romantique. Quel saisissant contraste avec la musique funĂšbre enchaĂźnĂ©e oĂč la rĂ©verbation noble du lieu d’enregistrement amplifie la grandeur lugubre, portĂ©e par les bois. Mozart va trĂšs loin dans cette exploration personnelle de la mort.

Mozart_1780Symphonie 41 « Jupiter » : à notre avis elle aurait mĂ©ritĂ© plutĂŽt le surnom d’Apollon ; certes il y a du militaire dans la remise en ordre du premier mouvement, superbe proclamation des forces de l’esprit sur tout ferment instable ; l’impĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© se fait volontĂ© et autodĂ©termination, d’autant plus impĂ©riale et « pacificatrice » aprĂšs le tumulte intranquille de la 40Ăš, ocĂ©an de sensations jaillissantes, exaltĂ©es. Mozart affirme ici le calme tranquille et l’équilibre des forces maĂźtrisĂ©es en une Ă©criture d’un lumineuse finesse. Ce dĂ©but proclame une rage dĂ©terminĂ©e prĂ©beethovĂ©nienne, dans son Ă©lan, et aussi son orchestration : le sommet de l’expĂ©rience orchestrale contenue dans le triptyque. Savall grĂące Ă  une attention aux dĂ©tails fait briller les nuances de cet Ă©clat spĂ©cifique, saisi dans sa puissance comme dans ses reflets les plus infimes. On reste saisi par la hauteur du regard de l’interprĂšte, comme de la pensĂ©e mozartienne : qu’aurait Ă©crit le compositeur s’il n’était pas mort en 1791, dĂ©passant le siĂšcle et s’affirmant mĂȘme tel un Haydn, encore prodigieusement actif Ă  l’aube romantique ? Tout Mozart, le plus volontaire, le plus humain, le plus dĂ©chirant se trouve ici condensĂ© dans ce lever de rideau ouvertement positif.
La caresse du chef, pleine de renoncement et de nostalgie dans l’Andante, n’oublie pas les arĂȘtes vives, la tranche des contrastes aux cordes nettes et nerveuses, presque acĂ©rĂ©e. La forte rĂ©verbĂ©ration accuse encore l’ampleur lugubre du morceau dont la lumiĂšre chatoyante se rapproche des dĂ©plorations maçonniques

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsLe Menuetto est rĂ©glĂ© comme une mĂ©canique pleine de rebond Ă©lastique oĂč rutilent les couleurs des bois. Savall y distille un Ă©lan rond et Ă©nergique, lĂ  encore dĂ©jĂ  beethovĂ©nien.
Mais le morceau de bravoure se dĂ©ploie Ă  la fin. Rien ne peut rĂ©sister Ă  l’affirmation olympienne, triomphante et conquĂ©rante du Finale, de fait « JupitĂ©rien », dont Savall sait distiller (cordes) une couleur trĂšs fine qui ajoute Ă  la trĂ©pidation nerveuse de l’architecture. FlĂ»tes, hautbois, bassons dansent tandis que les cordes assĂšnent leur miraculeuse volontĂ© Ă©prise d’ordre et de grandeur, d’élĂ©vation et de jubilation. Aux bois aĂ©riens, abstraits, Savall fait rĂ©pondre les cordes engagĂ©es, mordantes, presque rageuses, d’une superbe autoritĂ© ryhtmique, creusant le sillon d’une volontĂ© dĂ©sormais invincible. Aucun doute, dans cette proclamation jubilatoire s’inscrit lĂ  encore, le premier Beethoven. Transparence, clartĂ©, nervositĂ©, articulation et souffle prĂ©romantique : le voici ce Mozart visionnaire, poĂšte et moderne. Magistral.

L’élĂ©vation de l’inspiration, la poĂ©sie qui s’en dĂ©gage et qui confine Ă  l’abstraction (mais il serait erronĂ© d’en Ă©carter tout  ancrage dans l’expĂ©rience humaine) impose aujourd’hui le triptyque comme un sommet de l’écriture symphonique dont l’ampleur de la vision, l’expĂ©rience intime qui y est concentrĂ©e, impressionnent. Mozart est dĂ©jĂ  un romantique car sa musique est fondĂ© sur la vĂ©ritĂ© du cƓur. Et Berlioz se trompait en fustigeant ce dernier sommet mozartien par son « absence de but » liĂ© Ă  « trop de procĂ©dĂ©s techniques ». De toute Ă©vidence, le premier romantique français n’avait pas compris la modernitĂ© singuliĂšre de la symphonie mozartienne. Beethoven prendra la relĂšve 11 annĂ©es plus tard en 1799 dans sa Symphonie n°1 (Ă  29 ans et encore trĂšs mozartien de facture).
CLIC D'OR macaron 200Aujourd’hui, grĂące Ă  Savall, c’est a contrario la vĂ©ritĂ© et l’étonnante sincĂ©ritĂ© de Mozart qui nous touche tant, car chez lui, le procĂ©dĂ© n’est jamais dĂ©veloppĂ© pour lui-mĂȘme, s’il ne sert pas d’abord une intention Ă©motionnelle. Coffret de 3 cd Ă©vĂ©nement, Ă©videmment CLIC de CLASSIQUENEWS de l’étĂ© 2019. A consommer sur la plage et pendant vos vacances estivales, sans modĂ©ration.

 

 

 

 

 

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CD critique, coffret événement. MOZART : les 3 derniÚres Symphonies / Jordi SAVALL (3 cd Alia Vox)

Approfondir

LIRE aussi notre dossier critique complet sur les 3 derniĂšres symphonies de MOZART, “oratorio instrumental” par Nikolaus Harnoncourt (dĂ©cembre 2012, Concentus Musicus Wien) / CLIC de CLASSIQUENEWS

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalParues le 25 aoĂ»t 2014, les 3 derniĂšres Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthĂ©tisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expĂ©rience de toute une vie (60 annĂ©es) passĂ©e au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opĂ©ras, les plus importants dirigĂ©s Ă  Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La ClĂ©mence de Titus, La FlĂ»te enchantĂ©e
), suffit Ă  enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement colorĂ© et intensĂ©ment caractĂ©risĂ© des instruments anciens, le chef autrichien rĂ©alise un accomplissement dont l’absolue rĂ©ussite Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ©e dans son cd antĂ©rieur dĂ©diĂ© au Mozart Symphoniste

LIRE aussi notre entretien avec MATHIEU HERZOG, directeur musical de l’Orchestre Appassionato, Ă  propos des 3 derniĂšres Symphonies de MOZART:

http://www.classiquenews.com/entretien-avec-mathieu-herzog-fondateur-et-directeur-musical-de-lorchestre-appassionato-les-3-dernieres-symphonies-de-mozart/

CD Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Symphonies n°39, 40 et 41. Les Nations. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX, 2017 – 2018)

MOZART-testament-symphonique-symphonies-39-40-41-jordi-savall-alia-vox-cd-critique-3-cd-alia-vox-les-nations-classiquenews-cd-critique-classiquenewsCD Ă©vĂ©nement, annonce. MOZART : Symphonies n°39, 40 et 41. Les Nations. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX, 2017 – 2018). MOZART MON FRERE. L’équation que reprĂ©sente les 3 ultimes symphonies de Mozart s’apparente Ă  un rĂ©bus musical que les plus grands chefs abordent avec un sĂ©rieux et une humilitĂ©, une profondeur et une « sagesse » quasi philosophique. D’aucun en sont particuliĂšrement Ă©mus et mĂȘme saisis, d’autant plus qu’ils sont eux aussi au sommet de leur carriĂšre comme de leur expĂ©rience humaine. Mozart permet cela : exprimer le caractĂšre le plus noble de l’ñme humaine, dans sa dĂ©tresse, sa grandeur, ses souffrances. Une rencontre que les interprĂštes les mieux inspirĂ©s savent mesurer et ciseler. En dĂ©tails comme en profondeur.

Ainsi le dernier Harnoncourt qui en faisait un « oratorio instrumental » d’une portĂ©e bouleversante pour tous ceux Ă©pris d’humanitĂ© ; le cas rĂ©cent du jeune maestro Mathieu Herzog, chambriste inspirĂ©, est plus rare, rĂ©vĂ©lant une prodigieuse maturitĂ© sur le sujet. Le cas de Jordi Savall ici au travail en 2017 et 2018 s’inscrit dans une lignĂ©e plutĂŽt convaincante, elle aussi sur instruments anciens ; aucun doute, la rĂ©volution instrumentale actuelle concerne bel et bien les orchestres dont les timbres revivifiĂ©s selon le format sonore d’époque et l’intensitĂ© expressive proche de l’original rĂ©vĂšlent de nouvelles avancĂ©es artistiques profitables
 qui supplantent dans bien des cas, l’épaisseur tonitruante et spectaculaire des orchestres modernes.

Dans un format intimiste proche de l’humain, l’orchestre les Nations de Savall dĂ©ploie de solides arguments : Ă©quilibre des pupitres, clartĂ© structurelle, surtout dans un scintillement millimĂ©trĂ© des timbres trĂšs caractĂ©risĂ©s, Ă©tonnante expressivitĂ© qui balance entre profondeur voire gravitĂ© et ivresse joyeuse
 voire jubilation gĂ©nĂ©reuse. Le tact et le style du chef catalan prennent naturellement leur essor sur le sujet conçu par un Mozart qui en 1788 Ă  Vienne connait dĂ©sespoir, dĂ©pression malgrĂ© une clairvoyance humaine exceptionnelle. Sa sincĂ©ritĂ© qui nous parle de fraternitĂ© et d’espoir déçus mais vivaces bouleverse et l’on est convaincu de la prodigieuse intelligence qui unifie les 3 symphonies en un retable symphonique parmi les plus modernes du XVIIIĂš – l’équivalent de ce qu’a rĂ©alisĂ© Rameau en France au dĂ©but des annĂ©es 1760 : une rĂ©volution du langage musical, un goĂ»t pour les timbres instrumentaux oĂč percent Ă©videmment chez Mozart, les sons maçonniques (le compositeur rĂ©servant Ă  la clarinette un solo anthologique dans le volet central, la Symphonie n°40 en sol mineur (la plus personnelle).

Symphonies 39, 40 et 41 « Jupiter » de Mozart
Jordi Savall Ă©claire l’humanitĂ© fraternelle
d’un Mozart, fils des Lumiùres

Mozart sur France MusiqueEn effet, on distingue la grande ouverture qui ouvre la 39, Ă©lĂ©ment premier absent des deux suivantes ; l’absence d’un rĂ©el mouvement de dĂ©but dans la 40, ce qui la place d’emblĂ©e comme un mouvement central ; enfin la fugue derniĂšre de la 41, dont la dimension, le souffle, l’ambition dans la joie et la noblesse lui donnent avec raison, selon le mot de l’impresario et violoniste Johann Peter Salomon Ă  Londres, son titre postmozartien de « Jupiter ». Les 3 opus s’inscrivent ainsi dans cette unitĂ© qui les rend complĂ©mentaires.
Jordi Savall dans un texte fondamental Ă  notre avis (livret du prĂ©sent triple coffret), prĂ©cise les enjeux humains des 3 partitions : tout ce qui prend racine ici dans la vie misĂ©rable et dĂ©chirante de Wolfgang alors en galĂšre Ă  Vienne. EcartĂ© de toute commande officielle d’importance, (- le futur Empereur Habsbourg Leopold II ne l’apprĂ©ciera guĂšre et c’est un doux euphĂ©misme), victime de l’humeur volatile, glissante des Viennois sur son Ă©criture et son style (Ă  la diffĂ©rence des Praguois qui l’adulent), sans ressources dignes, surtout endettĂ© jusqu’à la moelle, Wolfgang Ă  l’étĂ© 1788 (32 ans) atteint les gouffres de l’existence terrestre alors qu’il est au sommet de son expĂ©rience artistique.
mozart1790Comme le dit trĂšs justement Jordi Savall, Mozart est un artiste crĂ©ateur libre, indĂ©pendant, douĂ© d’une conscience hors normes : il a dĂ©montrĂ© son idĂ©al de libertĂ© dans L’EnlĂšvement au sĂ©rail ; d’égalitĂ© dans Les Noces de Figaro d’aprĂšs Beaumarchais ; de fraternitĂ© bientĂŽt, dans La FlĂ»te enchantĂ©e. Ce pur esprit des LumiĂšres, comme le sera Beethoven au dĂ©but du siĂšcle suivant et lui aussi Ă  Vienne, affirme une profondeur qui est gravitĂ© et espoir. La lecture de Jordi Savall Ă©claire la vĂ©ritĂ© et la grande sincĂ©ritĂ© des partitions, rĂ©ussissant sur le plan formel un modĂšle de symphonisme classique
. dĂ©jĂ  romantique.
CLIC D'OR macaron 200C’est donc une lecture fondamentale et magistrale qui rĂ©volutionne de facto notre connaissance des Symphonies derniĂšres de Mozart. Le « testament symphonique » de Wolfgang est rĂ©vĂ©lĂ©. La vision est aussi Ă©blouissante que celles antĂ©rieures et relativement rĂ©centes de Nikolaus Harnoncourt et de Mathieu Herzog. Prochaine grande critique dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com / Coffret Ă©lu “CLIC de CLASSIQUENEWS” de l’Ă©tĂ© 2019.

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LIRE notre critique du cd Symphonies n°39, 40 et 41 de MOZART par l’orchestre Appassionato et Mathieu Herzog:
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-mozart-symphonies-n39-40-et-41-jupiter-appassionato-mathieu-herzog-direction-1-cd-naive/

LIRE notre critique des Symphonies 39, 40, 41 de Mozart / «  Instrumental Oratorium «  par Nikolaus Harnoncourt (déc 2012 2 cd Sony classical)
http://www.classiquenews.com/cd-mozart-3-dernieres-symphonies-n3940-41-nikolaus-harnoncourt-concentus-musicus-wien-decembre-2012-2-cd-sony-classical/

Symphonie Jupiter de Mozart (Les clefs de l’orchestre / JF ZYGEL)

MOZART wolfgang vienne 1780 1790 classiquenews 1138381-portrait-wolfgang-amadeus-mozartFRANCE 5, 22 juin 2019. MOZART : Symphonie n°41. Les Amateurs de musique classique et en particulier orchestrale seront comblĂ©s par cette reprise des clefs de l’orchestre, animĂ© par Jean-François Zygel : samedi 22 juin 2019 Ă  22h25, place Ă  l’ultime symphonie de Mozart, aboutissement de sa trilogie orchestrale (complĂ©tĂ©e par les symphonies 39 et 40) : la fameuse symphonie n°41 dite « Jupiter ».  Mendelssohn disait de 41e et derniĂšre symphonie de Mozart qu’elle Ă©tait « le modĂšle immortel de la symphonie ». Ce n’est pas Mozart qui l’a appelĂ© Jupiter, mais un organisateur de concert du dĂ©but du XIXĂš siĂšcle. Ce nom « Jupiter » symbolise pourtant bien le caractĂšre glorieux, rythmique, plein d’énergie et de lumiĂšre de cette symphonie portĂ©e par l’idĂ©al maçonnique et les valeurs des LumiĂšres propre aux annĂ©es 1780. La symphonie n°41 a Ă©tĂ© composĂ©e Ă  Vienne durant l’Ă©tĂ© 1788. Elle clĂŽt un ensemble de 3 grandes symphonies qui seront les derniĂšres de Mozart, sa lĂ©gendaire trilogie qu e les plus grands chefs ont traitĂ©, non sans en dĂ©voiler et l’unitĂ© artistique, et la profondeur spirituelle. De Nikolaus Harnoncourt
 Ă  la cheffe excellente Debora Waldman et son orchestre Idomeneo.

SAMEDI 22 JUIN 2019 Ă  22.25 LES CLEFS DE L’ORCHESTRE
Au programme, les Clefs de l’orchestre, Ă©mission proposĂ©e par Jean-François Zygel, qui popularise depuis des annĂ©es la musique classique.

La Symphonie 41 Jupiter de Mozart  – samedi 22 juin Ă  22h25

La Rhapsodie Espagnole de Ravel – samedi 29 juin Ă  22h25.

 

 

 

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VOIR aussi Debora Waldman dirige l’orchestre IDOMENEO : MOZART, opĂ©ra et derniĂšre symphonie Jupiter :

https://www.youtube.com/watch?v=X0aEHqx5jnM

LIRE aussi

CD. Mozart : 3 derniĂšres Symphonies n°39,40, 41. Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, dĂ©cembre 2012, 2 cd Sony classical / Avant de mourir, le chef autrichien nous laisse une lecture Ă©blouissante et spirituelle des 3 symphonies ultimes de Mozart, conçues comme les volets d’un ORATORIO instrumental…

http://www.classiquenews.com/cd-mozart-3-dernieres-symphonies-n3940-41-nikolaus-harnoncourt-concentus-musicus-wien-decembre-2012-2-cd-sony-classical/

 

 

 

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NE PAS MANQUER ensuite  SAMEDI 29 JUIN  2019 à 22h25

FRANCE 5. La Rapsodie espagnole de Ravel – samedi 29 juin Ă  22.25

Ravel a subi une influence hispanique par sa mĂšre, d’origine basque, qui lui chantait souvent des mĂ©lodies de son pays. De plus, à l’époque, l’Espagne est Ă  la mode chez les compositeurs français : pendant que Ravel compose sa Rapsodie espagnole, Debussy compose les trois volets de son triptyque symphonie Iberia.

Jean-François Zygel dĂ©taille les motifs, les rythmes, les formes de chacun des mouvements : la Rapsodie Espagnole, composĂ©e en 1907 par le musicien alors ĂągĂ© de 32 ans, est une musique qui se vit de l’intĂ©rieur, une oeuvre typiquement espagnole, colorĂ©e et chatoyante.

A VENIR sur France 5, Ă©tĂ© 2019, captations des ChorĂ©gies d’Orange, du Festival d’Avignon et de nombreux Ă©vĂ©nements musicaux
 

L’Amour de Danae de R. Strauss Ă  Salzbourg

salzburg salzbourg logo 2016 0104_festspiele_023France Musique. Strauss: L’ Amour de Danae, le 16 aoĂ»t 2016, 20h. C’est l’un des temps forts du Festival de Salzbourg 2016 : L’amour de Danae de Richard Strauss (1940) fait partie des partitions les moins jouĂ©es du compositeur bavarois, or il s’agit d’une oeuvre clĂ© de ses recherches sur la notion de thĂ©Ăątre musical oĂč la projection continue du chant, telle une conversation en musique, reste cruciale selon son esthĂ©tique lyrique. C’est aussi pour Richard, l’occasion de traiter deux thĂ©matiques qui lui sont chĂšres : les resources dramatiques et psychologiques qu’offre la mythologie grecque ; et surtout l’occasion de ciseler un nouveau portait de femme : ainsi aprĂšs les formidables vertiges portĂ©es par ses premiĂšres hĂ©roĂŻnes, Elektra (1909), SalomĂ© (1905) ; puis Ariane aux Naxos (1912-1916), HĂ©lĂšne d’Egypte (1928), Arabella (1933), Intermezzo (1924 qui relate ses dĂ©boires conjugaux avec son Ă©pouse la cantatrice Pauline de Ahna, surtout DaphnĂ© qui composĂ© en 1938, pendant la barbarie nazie, prĂ©lude directement aux enjeux et clĂ©s de Danae, composĂ© en 1940 et crĂ©Ă© en 1944. Le compositeur devait s’éteindre en 1949, non sans exprimer sa vision crĂ©pusculaire sur la fin de la civilisation provoquĂ© par le crime impardonnable de la guerre et de la haine.

 Le choix de Danae

Midas ou Jupiter ?

 

 

Dossier Richard Strauss 2014Capriccio en 1942 (avec le sublime personnage de la Comtesse Madeleine, arbitre des arts, entre poĂ©sie et musique) nuance encore un travail concentrĂ© sur le raffinement et la profondeur humaniste de l’art musical. L’Amour de Danae / Die Liebe der Danae illustre comme le tableau de Gustav Klimt dont l’opĂ©ra de Strauss approche dans le chant magistral et continu de l’orchestre, le scintillement des couleurs, la lĂ©gende de la fille du roi ruinĂ© Pollux qui amoureuse de Midas, est courtisĂ© (en vain) par Jupiter.

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La lecture du mythe que dĂ©fend Richard Strauss est celle d’un humaniste : Danae est une Ăąme admirable et juste en ce qu’elle prĂ©fĂšre le mortel Midas, – que Jupiter a brutalement amputĂ© de son pouvoir de tout changer en or, au dieu omnipotent qui promet pourtant merveilles et Ă©ternitĂ©. La jeune femme n’a cure des illusions de l’or, mais s’intĂ©resse plutĂŽt Ă  la bontĂ© d’ñme de l’homme qu’elle aime, fĂ»t-il misĂ©rable et dĂ©possĂ©dĂ© de son don de richesse. Dans l’écriture, Strauss soigne les contours et connotations psychologiques du chant de son hĂ©roĂŻne, – orchestre gĂ©nĂ©reux mais clartĂ© du parcours Ă©motionnel qui mĂšne la jeune femme, des illusions troubles, Ă  la lumiĂšre de la vĂ©ritĂ©, celle de son coeur amoureux.

 

 

 

Autour du trio héroico-pathétique de Danae / Midas / Jupiter, se presse une pléiade deseconds rÎles comiques : Pollux le pÚre ruiné désireux de redorer son blason en mariant sa fille au dieu déguisé en 
 Midas ; les quatre reines parentes de Danae, qui anciennes amantes de Jupiter, tentent tout pour reconquérir le divin étalon.


La comĂ©die et la profondeur fondent l’intĂ©rĂȘt d’un opĂ©ra injustement Ă©cartĂ© des thĂ©Ăątres et programmations habituels. Pourtant, le leçon morale et la parabole humaniste qu’offrent Strauss et son librettiste Josef Gregor (qui reprend une idĂ©e et un canevas du poĂšte Hugo von Hofmannsthal), dĂ©passent la simple illustration de l’AntiquitĂ©. Il importe aux interprĂštes de comprendre puis d’exprimer sous la conduite d’un chef articulĂ©, chambriste, la subtilitĂ© d’une Ă©criture qui fait la synthĂšse entre Wagner et Mozart, qui commente en musique le miracle Ă©ternel de l’amour sincĂšre. Si dans DaphnĂ©, Strauss conclut l’opĂ©ra dans l’apothĂ©ose de son hĂ©roĂŻne pĂ©trifiĂ©e qui refuse l’amour (celui d’Apollon, aprĂšs que celui ci a tuĂ© son fiancĂ©), ici, Danae, dans la suite de La Femme sans ombre (opĂ©ra initiatique Ă©crit par Hofmannsthal, au moment de la premiĂšre guerre), dĂ©termine son propre destin, affirme son choix, revendique la vĂ©ritĂ© du seul amour qui l’inspire : celui de Midas. La jeune femme peut donc vivre ce destin qui lui Ă©tait refusĂ© au dĂ©but de l’action. C’est un exemple rare Ă  l’opĂ©ra, d’une relation qui peut ĂȘtre vĂ©cue sur terre, a contrario du poison wagnĂ©rien dont les hĂ©ros, -Tristan, Isolde, Lohengrin, Elsa, 
 sans omettre TannhĂ€user et Elisabeth
, affirment au contraire l’impossibilitĂ© d’un amour Ă©panoui dans le monde des hommes. Richard Strauss, le plus grand gĂ©nie lyrique avec Puccini au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, tĂ©moin des deux guerres mondiales, en tĂ©moigne ainsi, et jusqu’Ă  la fin de sa vie : l’homme peut ĂȘtre sauvĂ© de lui-mĂȘme, s’il Ă©coute la vĂ©ritĂ© de son cƓur et agit par amour, non par calcul. Humaniste, trĂšs humaniste, Richard.

 

 

logo_francemusiqueFrance Musique, Mardi 16 aoĂ»t 2016, 20h. EnregistrĂ© au Festival de Salzbourg le 6 aoĂ»t 2016. L’Amour de Danae / Die Liebe der Danae de Richard Strauss et Josef Gregor (sur une idĂ©e de Hugo von Hofmannsthal).

Illustration : Danae par Gustav Klimt, 1905. Jupiter amoureux s’exprime Ă  dans sous la forme d’une pluie / semence d’or, sujet pour le peintre Ă  un sublime miroitement chromatique de sa palette (DR)

 

 

 

 

DANAE STRAUSS Salzbourg festival 2016 web-Die_Liebe_der_Danae_2016_Krassimira_Stoyanova_c_SF_ForsterRichard Strauss : L’Amour de Danae
RICHARD STRAUSS ‱ DIE LIEBE DER DANAE
Heitere Mythologie in drei Akten op. 83 von Richard Strauss (1864–1949)‹Libretto von Joseph Gregor (1888–1960) unter Benutzung eines Entwurfes von Hugo von Hofmannsthal (1874–1929) / OpĂ©ra mythologique en 3 actes de Richard Strauss / Livret de Joseph Gregor d’aprĂšs Hugo von Hofmannshtal. Nouvelle production.

Franz Welser-Möst, direction
Alvis Hermanis, mise en scĂšne

Distribution
Krassimira Stoyanova, Danae
Tomasz Konieczny, Jupiter
Norbert Ernst, Merkur
Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Pollux
Regine Hangler, Xanthe
Gerhard Siegel, Midas alias Chrysopher
Pavel Kolgatin, Andi FrĂŒh, Ryan Speedo Green, Jongmin Park, Vier Könige
Maria Celeng, Semele
Olga Bezsmertna, Europa
Michaela Selinger, Alkmene
Jennifer Johnston, Leda

Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
Wiener Philharmoniker

CONSULTER la page Danae sur le site du Festival de Salzbourg 2016 

 

CLIP PUR MOZART. Orchestre IDOMENEO, Debora Waldman, direction

idomeneo-orchestre-logo-noir-CLIP PUR MOZART. Orchestre IDOMENEO, Debora Waldman, direction. En novembre 2015, le nouvel orchestre fondĂ© par Debora Waldman, ” IDOMENEO ” joue Mozart : Symphonie n°41 “Jupiter”. Une Ɠuvre dĂ©sormais emblĂ©matique d’un geste artistique qui entend servir le gĂ©nie mozartien avec Ă©lĂ©gance, tendresse, profondeur… sur instruments d’Ă©poque. CLIP by ©studio CLASSIQUENEWS.TV (rĂ©alisation : Philippe Alexandre PHAM)

 

 
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LIRE aussi notre compte rendu critique du concert PUR MOZART : airs d’opĂ©ras et Symphonie n°41 Jupiter de Mozart, novembre 2015 (Maisons-Alfort)

FondĂ© en 2013 par Debora Waldman (qui fut l’assistante entre autres de Kurt Masur en 2006),  le nouveau collectif rassemble des instrumentistes dĂ©jĂ  aguerris jouant dans d’autres formations parmi les plus actives, dont le noyau dur a une parfaite connaissance des instruments d’époque et des traitĂ©s permettant un jeu historiquement informĂ©. D’ailleurs certains musiciens de l’orchestre Idomeneo jouent Ă©galement sur instruments anciens;  c’est le cas du premier violon Simone Milone, instrumentiste familier de l’orchestre (sur instruments anciens)  de François-Xavier Roth : Les SiĂšcles.

Il en découle une écoute collective rare, un sens des nuances, le souci de la juste intonation pour chaque timbre parfaitement et intensément caractérisé. Autant de qualités que la jeune chef Debora Waldman sait exploiter avec une finesse engageante, une onctuosité expressive et claire qui confirme ses affinités chez Mozart.

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L’orchestre Idomeneo fondĂ© par Debora Waldman jubile et convainc dans un programme 100% Mozart

Mozart lyrique et symphonique

 

Au mĂ©rite de sa direction revient une subtilitĂ© indiscutable du geste, surtout le souci de la fusion organique entre les parties : ici un collectif idĂ©al de format Mannheim oĂč le chant vif-argent de l’harmonie  (superbe vitalitĂ© et beau relief dialoguĂ© des flĂ»te, hautbois, basson) sait rĂ©pondre en subtilitĂ© et intensitĂ© aux cordes vives, Ă©nergiques, bondissantes. Avant la  Symphonie Jupiter qui Ă©blouit par un feu lumineux et un entrain de plus en plus affirmĂ©, tout le cheminement qui prĂ©pare Ă  la Symphonie est jalonnĂ© d’airs d’opĂ©ras de Wolfgang, une galerie de portraits fĂ©minins parmi les plus captivants : espiĂšglerie du premier qui rappelle la figure vive de Despina; sensualitĂ© amoureuse de Susanna;  ardeur noble et foudroyĂ©e  (en quĂȘte de rĂ©demption) de Donna Anna (ici campĂ©e en vraie et noble victime de l’amour. ..), . 
 avant l’accomplissement des deux airs de la reine de la nuit dont Julia Knecht offre une fabuleuse prĂ©sence, entre imprĂ©cations colĂ©rique et profonde blessure intime…

CD, coffret Ă©vĂ©nement. Mozart : The Symphonies.The Academy of ancient music. Christopher Hogwood, direction. (19 cd L’oiseau Lyre)

Mozart recordings the symphonies christopher hogwood cd oiseau lyre compte rendu critique review classiquenewsSinfonien_HogwoodCD, coffret Ă©vĂ©nement. Mozart : The Symphonies.The Academy of ancient music. Christopher Hogwood, direction. (19  cd L’oiseau Lyre). L’Oiseau Lyre renaĂźt de ses cendres avec cette rĂ©Ă©dition  (avec le recul trĂšs inspirĂ©e et valablement documentĂ©e) des intĂ©grales symphoniques de Christopher Hogwood. Le chef fondateur et directeur musical de The Academy of Ancient Music, dĂ©cĂ©dĂ© en septembre 2014, laisse dans ce coffret Mozart (intĂ©grale des Symphonies), la quintessence de son approche historiquement informĂ©e, – pointilliste et synthĂ©tique, d’un Ă©quilibre solaire-, rĂ©vĂ©lĂ©e et enregistrĂ©e dĂšs 1979 : son Mozart fait scintiller en un Ă©quilibre olympien (jupitĂ©rien par rĂ©fĂ©rence Ă  la Symphonie ultime 41), toutes les facettes instrumentales de l’orchestre mozartien.

 

 

 

 Mozart solarisé sur instruments anciens

 

CLIC D'OR macaron 200Étonnante maestria orchestrale que celle de Christopher Hogwood chez Mozart dont il sait grĂące Ă  l’Ă©clat ciselĂ© des instruments anciens, restituer le volume sonore,  le raffinement inouĂŻ de l’instrumentation avec cette clartĂ© et ce jeu permanent prĂ©servant l’équilibre, valorisant le caractĂšre de chaque mouvement.

TrĂšs convaincant par exemple, l’apport du chef et des instrumentistes dans deux Symphonies d’une subtilitĂ© inĂ©puisable – programme  du cd  16 ;  Ă©videmment la Parisienne Ă©crite malgrĂ© sa complexitĂ© et sa modernitĂ© non pour le meilleur orchestre de la capitale française, l’orchestre de Gossec  (l’Orchestre des Amateurs fondĂ© en 1769 ) mais pour le plus approximatif mais plus connu, Concert Spirituel (oĂč elle est donc crĂ©Ă©e  le 18 juin 1779) : les respirations qu’apporte Hogwood  entre noblesse et gravitĂ©, nerf et nostalgie, se rĂ©vĂšlent gagnantes;  les dĂ©tracteurs qui ne parlent que de tiĂ©deur feraient bien de revisiter et rĂ©viser leur jugement … expĂ©ditif;  la lumineuse Ă©nergie la souplesse comme la fine caractĂ©risation que rĂ©alise le maestro britannique captive d’un bout Ă  l’autre des trois mouvements de la 31,  prĂ©sentĂ©e dans sa seconde version (andante rĂ©Ă©crit postĂ©rieurement Ă  la crĂ©ation de juin 1779 ), soit trĂšs exactement par les 57  musiciens requis Ă  Paris (Hogwood a veillĂ© Ă  reprendre le mĂȘme effectif). Le volume des cordes, les pupitres Ă©toffĂ©s des bassons  et des cors sonnent  galvanisĂ©s. ..

hogwood christopher oiseau lyre coffrets bach mozart haydn vivaldi critique presentation classiquenews mai 2015MĂȘme finesse d’approche pour la solaire et irrĂ©sistible n°41 dite « Jupiter ». … Le souci du dĂ©tail – pointillisme, n’empĂȘche pas une vision d’ensemble (esprit de synthĂšse) qui architecture avec un allant grave idĂ©alement dosé  (andante cantabile)
 ; le menuet par contre en un tempo  ralenti, semble un moment chercher les voies de son dĂ©veloppement,  mais c’est pour mieux mettre en avant la subtilitĂ© des timbres pleinement Ă©panouis;  le finale s’appuie sur une tension progressive libĂ©ratrice scrupuleusement calibrĂ©e  (trop mĂ©canique ou timorĂ©e dirons les moins convaincus) mais nous trouvons ces vertus de la clartĂ© qui font tout entendre, d’une clairvoyance rafraĂźchissante ; mieux :  Hogwood se montre Ă  contrario de biens des confrĂšres mĂ©ticuleux, savamment Ă©tranger Ă  toute esbroufe… la lumiĂšre et une trĂšs subtile irisation globale colorant tous les pupitres et leur combinaison orchestrale, valent ici le meilleur accueil Ă  une somme dont la cohĂ©rence  et la probitĂ© sont admirables.

L’ensemble des opus symphoniques proposent le mĂȘme fini instrumental. Hogwood ne malmĂšne jamais;  il laisse s’Ă©panouir son orchestre et l’on se laisse Ă  songer Ă  quelle Ă©coute plus magistrale encore, il en aurait dĂ©couler si la pertinence de l’Ă©diteur avait su rassembler le cycle final  dans sa continuitĂ© en enchaĂźnant les trois derniĂšres 39,40 et 41 tel que l’imaginent maintenant les mieux informĂ©s depuis l’accomplissement dĂ©fendu par Harnoncourt qui parle Ă  juste titre et en fin connaisseur, d’ « oratorio instrumental » dans un rĂ©cent et Ă©tincelant enregistrement (Sony classical) 


L’auditeur du coffret peut ainsi mesurer la richesse de l’orchestre mozartien Ă  travers l’intĂ©gralitĂ© du catalogue symphonique : symphonies salzbourgeoises jusqu’en 1775;  parisiennes  et viennoises  dont nous aurions pu encore distinguer l’interprĂ©tation spĂ©cifiquement articulĂ©e des autres joyaux: Linz,  Haffner, Prague, entre autres (sans omettre l’ineffable accomplissement de la Symphonie en sol mineur – restituĂ©e dans sa premiĂšre version, la centrale n°40, pilier de trilogie dont nous avons parlĂ©).

hogwood-christopher-582-594-une-actualite-classiquenews-coffret-oiseau-lyre-bach-vivaldi-mozart-haydnSoulignons l’intĂ©rĂȘt du livret notice qui prĂ©sente les nombreuses  pistes de recherche et toutes les donnĂ©es musicologiques Ă  l’Ă©poque des enregistrements soit Ă  al fin des annĂ©es 1970 et dans le courant des annĂ©es 1980. Plus de 30 ans ont passĂ© : cette intĂ©grale Mozart n’a pas fini de sĂ©duire : on comprend qu’avec ce travail d’ampleur esthĂ©tique et synthĂ©tique Hogwood  ait depuis lors comptĂ© et que le label  L’Oiseau Lyre ait suscitĂ© grĂące Ă  lui des records de vente… VoilĂ  bien le testament artistique et musical du chef Hogwood Ă  son meilleur.

 

CD, coffret Ă©vĂ©nement. Mozart : The Symphonies, intĂ©grale des Symphonies par The Academy of ancient music. Christopher Hogwood, direction. 19  cd L’oiseau Lyre 452  496-2

 

 

CD. Mozart : 3 derniÚres Symphonies n°39,40, 41 (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical)

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD. Mozart : 3 derniĂšres Symphonies n°39,40, 41. Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, dĂ©cembre 2012, 2 cd Sony classical. Parues le 25 aoĂ»t 2014, les 3 derniĂšres Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthĂ©tisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expĂ©rience de toute une vie (60 annĂ©es) passĂ©e au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opĂ©ras, les plus importants dirigĂ©s Ă  Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La ClĂ©mence de Titus, La FlĂ»te enchantĂ©e
), suffit Ă  enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement colorĂ© et intensĂ©ment caractĂ©risĂ© des instruments anciens, le chef autrichien rĂ©alise un accomplissement dont l’absolue rĂ©ussite Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ©e dans son cd antĂ©rieur dĂ©diĂ© au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, Ă©ditĂ© en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews)  ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette rĂ©alisation particuliĂšrement attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui dĂ©fendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaĂźnĂ©s, en un tout inĂ©luctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à Ă©voquer une partition touchĂ©e par la grĂące divine, dont la ferveur sincĂšre nous touche Ă©videmment par sa justesse poĂ©tique et les moyens mis en Ɠuvre pour en exprimer le sens ?

 

CLIC_macaron_2014La souple vivacitĂ© des instruments d’époque Ă©claire le raffinement et l’énergie d’un Mozart prĂ©beethovĂ©nien
 qui semble de facto dans ses 3 ultimes massifs symphoniques ouvrir un nouveau monde; son style prĂ©pare dĂ©jĂ  l’éclosion du sentiment romantique : on demeure saisi par la sombre coloration si pudique et tĂ©nue de la symphonie intermĂ©diaire et centrale la 40 en sol mineur, tissĂ©e dans une Ă©toffe des plus intimes comme si Mozart s’y rĂ©vĂ©lait personnellement entre les notes
 Harnoncourt sait approfondir pour chaque Ă©pidode/mouvement, une irrĂ©sistible tension oĂč propre Ă  l’étĂ© 1788, Ă  l’occasion d’une trĂšs courte pĂ©riode de productivitĂ©, Mozart accouche de ce cycle qui frappe par son intelligence trĂ©pidante, l’espoir coĂ»te que coĂ»te, mĂȘme s’il est aussi capable de vertiges noirs et suffocants, par un sens du temps tragique et tendre qui ne s’embarrasse d’aucune formule europĂ©enne si commune Ă  son Ă©poque : le langage qu’y dĂ©veloppe Mozart n’appartient qu’à lui, et dans bien des mesures, il annonce tous les grands symphonistes romantiques du siĂšcle suivant


 

Harnoncourt en digne successeur de Bruno Walter qui dans les annĂ©es 1950, il y a 60 ans, apportait lui aussi un tĂ©moignage et une comprĂ©hension dĂ©cisifs chez Sony classical, marque de toute Ă©vidence l’interprĂ©tation mozartienne dans ce double cd incontournable. Outre la pertinence du propos, le chef, pionnier de la rĂ©volution baroque, montre avec quel feu juvĂ©nile et rĂ©formateur, il entend encore nous apprendre des choses sur Mozart ! Le geste est en soi exemplaire et admirable : d’une jeunesse exceptionnelle
A ce degrĂ© d’approfondissement, il partage une acuitĂ© artistique avec son pair en France, William Christie. En soulignant que la 40Ăšme ne comporte pas de rĂ©elle entrĂ©e ni de finale, – comme la 39Ăšme dont le finale en forme de destruction mĂ©lodique puis harmonique attend une rĂ©solution-, Harnoncourt qui distingue nettement l’immense portique finale de la 41 (Jupiter), apporte la preuve de l’unitĂ© interne associant les 3 volets en une triade insĂ©parable. Ici chaque mouvement engendre la pulsion de celui qui s’enchaĂźne aprĂšs lui, semble en dĂ©couler naturellement
 RĂ©ussir cette fluiditĂ© cyclique et d’une profonde cohĂ©rence organique est dĂ©jĂ  en soi un dĂ©fi mĂ©ritant qui fait toute la valeur de cette nouvelle interprĂ©tation des Symphonies de Mozart.

 

 

harnoncourt nikolaus

 

 

 

Au centre du triptyque, la Symphonie centrale, la fameuse et irrĂ©sistible K550 en sol mineur (enregistrĂ©e en dĂ©cembre 2012), est l’axe le plus prenant et le plus saisissant du cyle mozartien. Le sol mineur est la tonalitĂ© de la mort et de la tristesse… Dans le premier mouvement, Harnoncourt soigne la morsure des cors, l’ivresse de la construction façonnĂ©e comme une course Ă  l’abĂźme… Du second mouvement (andante), il Ă©claire l’ombre caressante et plus mystĂ©rieuse d’une rĂȘverie … (superbe horizon des cordes Ă©vanescentes et concrĂštes Ă  la fois). Le travail sur le murmure colorĂ© des bois (chant ciselĂ© de la clarinette) est exceptionnel. Sa claire diction et les multiples Ă©clairs de lumiĂšre telle la succession d’aubes d’une sereine espĂ©rance sont d’un ton dĂ©jĂ … beethovĂ©nien.  Dans le IIIĂš mouvement, l’Ă©loquence de l’harmonie instrumentale se montre poussĂ©e Ă  l’extrĂȘme : rondeur et fruitĂ© des bois, Ă©clat nuancĂ© des vents : c’est un idĂ©al pastoral (cors profonds et caressants) qui annonce lĂ  encore tellement le grand Ludwig. Plus incisif encore, au bord de l’implosion, l’Allegro assai du IV se montre mordant et comme aspirĂ© par une irrĂ©pressible force d’engloutissement. Et pourtant dans cette machine Ă  coupe, l’Ă©criture exacerbĂ©e semble Ă©manciper la forme jusqu’Ă  sa dĂ©sintĂ©gration, Harnoncourt sait encore cultiver l’incomparabale nostalgie et la suave tendresse dont il a le secret. Le rĂ©sultat final est un Ă©tourdissement qui rĂ©clame Ă©videmment la rĂ©solution apportĂ© par l’ut  majeur de la 41Ăš, jupitĂ©rienne… vaste architecture de reconstruction progressive, particuliĂšrement bienvenue aprĂšs l’activitĂ© inouĂŻe de la K550; quand il parle de cette opus axial et dĂ©cisif dans l’Ă©claircissement de la passion mozartienne, Harnoncourt indique ouvertement le gĂ©nie divin de Wolfgang… ce qui justifie donc l’usage du terme d’oratorio pour l’ensemble du cycle.
On savait que les trois derniĂšres Symphonies Ă©taient liĂ©es par une secrĂšte cohĂ©rence : Harnoncourt nous en  dĂ©voile toute la magie interne, le flux organique, le jeu des rĂ©ponses de l’une Ă  l’autre. Mais Ă  travers sa sensibilitĂ© et sa justesse poĂ©tique, c’est essentiellement la sincĂ©ritĂ© de Mozart et sa modernitĂ© qui se dĂ©voilent sans fards en une prodigieuse rĂ©alisation.La Seul K 550 en donne une irrĂ©sistible illustration.

Ainsi, la seule Symphonie en sol et l’Ă©coute des morceaux les plus introspectifs (Andante et son questionnement fondamental et profond) puis du Finale (en forme de tourbillon irrĂ©solu) confirme, entre classicisme et romantisme, l’Ă©tonnante modernitĂ© de Wolfgang : un explorateur visionnaire, un gĂ©nie dĂ©finitivement inclassable qui en 1788 ose l’inouĂŻe, permet Ă  tous les autres grands compositeurs aprĂšs lui de poursuivre la grande histoire symphonique. Il ne s’agit pas seulement d’un jeu formel mais bien de traits singuliers aux rĂ©sonances de l’ombre oĂč Mozart pose continument la question du sens de la musique et des moyens propres au discours musical. Le dernier mouvement fait apparaĂźtre l’extĂ©nuation de la mĂ©lodie puis l’implosion du cadre harmonique. Jamais aucun symphoniste n’a Ă©tĂ© si loin dans le dĂ©veloppement de la forme … une sorte de mise Ă  plat du mĂ©tier Ă  laquelle Harnoncourt apporte un souci des timbres,  de chaque intention instrumentale veillant autant au relief qu’Ă  l’Ă©quilibre des combinaisons entre pupitres.

La fuite en avant ou la course Ă  l’abĂźme qui impose son rythme et son oeuvre de dĂ©mantĂšlement laisse en fin de parcours l’auditeur littĂ©ralement dĂ©boussolĂ© : Mozart ouvre des perspectives jamais explorĂ©es avant lui… l’Ă©loquence millimĂ©trĂ©e des instruments montre Ă  quel degrĂ© de maturitĂ© linguistique le chef autrichien a conduit ses instrumentistes, proposant des sonoritĂ©s jubilatoires inoubliables oĂč cuivres, vents et bois caressants et remarquablement loquaces prĂ©parent Ă  tous les langages et toutes les syntaxes des symphonistes aprĂšs Mozart dont Ă  Vienne, Ă©videmment Beethoven et Schubert.

Autant la sol mineur dĂ©route par sa palpitation envoĂ»tante fondamentalement irrĂ©solue,  autant dĂšs son entrĂ©e magistrale par son allegro vivace,  la Jupiter affirme sa souveraine quiĂ©tude balisĂ©e Ă  laquelle Harnoncourt apporte de superbe respirations sur un tempo plutĂŽt (lui aussi) serein. Le Cantabile qui suit affirme mais sur le ton d’une tendresse franche, le sentiment de plĂ©nitude avec des pupitres (bois et vents) d’une fusion magique. Mozart n’Ă©vite pas quelques lueurs plus inquiĂ©tantes,  tentation de l’abĂźme bientĂŽt effacĂ©e/attĂ©nuĂ©e par la somptuositĂ© discursive de l’orchestre aux teintes et nuances d’une diversitĂ© Ă©tonnante. Mais on sent bien que la dynamique jaillissante et millimĂ©trĂ©e, les mille nuances expressives et les mille couleurs qu’apporte Harnoncourt profite de sa connaissance trĂšs poussĂ©e de la vie et de l’écriture mozartiennes : Harnoncourt a en mĂ©moire, l’expĂ©rience de Mozart dans l’oratorio haendelien et dans celui des grands compositeurs contemporains, en particulier CPE Bah dont il dirige l’oratorio La RĂ©surrection et l’Ascension de JĂ©sus, au printemps 1788 soit juste avant de composer le triptyque qui nous occupe : scintillement instrumental,  raffinement orchestral,  combinaisons jubilaire des solistes de chaque pupitre. … l’idĂ©e d’un rapprochement entre l’Ă©criture hautement inspirĂ©e du fils Bach est Ă©videmment tentante. Qu’il soit ou nom fondamentalement inspirĂ© par un sujet sacrĂ© fondant sa religiositĂ© expliquant sous la plume de Harnoncourt l’usage du terme « oratorio » 
, l’Ă©loquence trĂšs individualisĂ©e de chaque instrument ou de chaque pupitre rappelle Ă©videmment par leur jeu concertant en dialogue permanent,  l’arĂšne continue d’un vrai drame instrumental – nous ne dirions pas oratorio mais plutĂŽt en premiĂšre choix, opĂ©ra instrumental-, dont la souffle et comme le discours nous parlent constamment. La pulsation rayonnante du finale de la 41 (Jupiter) en marque la victoire finale, le point d’accomplissement,  et dans le cycle tripartite,  la rĂ©solution spectaculaire tournĂ©e vers la lumiĂšre… comme le final de La FlĂ»te enchantĂ©e ou encore par son entrain d’une irrĂ©pressible activitĂ©,  le tourbillon conclusif des Noces. On y retrouve le mĂȘme sentiment : mĂȘme si cette fin rĂ©tablit l’Ă©quilibre qui a vacillĂ©,  on sent nettement que la machine peut repartir affirmant toujours et encore l’oeuvre refondatrice d’un Mozart lumineux et bĂątisseur. La vision est supĂ©rieurement approfondie,  superbement rĂ©alisĂ©e. On savait Harnoncourt immense Mozartien comme l’ont Ă©tĂ© hier Erich Kleiber ou Karl Böhm, ou Karajan, Giulini, Abbado
 La trilogie symphonique pourrait bien ĂȘtre le point central de son testament artistique et musical.  Double cd magistral. Un accomplissement de tout l’Ă©difice dĂ©jĂ  abondamment documentĂ© du Harnoncourt mozartien chez Sony classical.

 

 

CD. Mozart : 3 derniÚres Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical).

CD, annonce. Mozart : les 3 derniÚres Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 1 cd Sony classical)

harnoncourt mozart symphonies last symphonies 39, 40, 41 instrumental oratorium concentus musicus wien cd sony classicalCD, annonce. Mozart : 3 derniĂšres Symphonies n°39,40, 41. Instrumental oratorium, Oratorio instrumental (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, dĂ©cembre 2012, 1 cd Sony classical). Parues le 25 aoĂ»t 2014, les 3 derniĂšres Symphonies de Mozart (°39,40, 41) synthĂ©tisent ici, dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expĂ©rience de toute une vie (60 annĂ©es) passĂ©e au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opĂ©ras, le plus importants dirigĂ©s Ă  Salzbourg entre autres, suffit Ă  enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement colorĂ© et intensĂ©ment caractĂ©risĂ© des instruments anciens, le chef autrichien rĂ©alise un accomplissement dont l’absolue rĂ©ussite Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©figurĂ©e dans son cd antĂ©rieur dĂ©diĂ© au Mozart Symphoniste (Symphonie n°35 Haffner, Ă©ditĂ© en janvier 2014, « CLIC » de classiquenews) ou encore aux Concertos pour piano n°25 et 23. Dans cette rĂ©alisation attendue, Harnoncourt envisage les 3 Symphonies non plus comme une trilogie orchestrale – ce qui est aujourd’hui dĂ©fendu par de nombreux musicologues et chefs- mais comme un « oratorio instrumental en 12 mouvements », subtilement enchaĂźnĂ©s, en un tout inĂ©luctablement organique. Par oratorio, Harnoncourt voudrait-il jusqu’à Ă©voquer une partition touchĂ©e par la grĂące divine, dont la ferveur sincĂšre nous touche Ă©videmment par sa justesse poĂ©tique et les moyens mis en Ɠuvre pour en exprimer le sens ?

harnoncourt nikolausLa souple vivacitĂ© des instruments d’époque Ă©claire le raffinement et l’énergie d’un Mozart prĂ©beethovĂ©nien
 qui semble de facto dans ses 3 ultimes massifs symphoniques ouvrir un nouveau monde; son style prĂ©pare dĂ©jĂ  l’éclosion du sentiment romantique : on demeure saisi par la sombre coloration si pudique et tĂ©nue de la symphonie intermĂ©diaire et centrale la 40, tissĂ©e dans une Ă©toffe des plus intimes comme si Mozart s’y rĂ©vĂ©lait personnellement entre les notes
 Harnoncourt sait approfondir pour chaque Ă©pidode/mouvement, une irrĂ©sistible tension oĂč propre Ă  l’étĂ© 1788, Ă  l’occasion d’une trĂšs courte pĂ©riode de productivitĂ©, Mozart accouche de ce cycle qui frappe par son intelligence trĂ©pidante, l’espoir coĂ»te que coĂ»te, mĂȘme s’il est aussi capable de vertiges noirs et suffocants, par un sens du temps tragique et tendre qui ne s’embarrasse d’aucune formule europĂ©enne si commune Ă  son Ă©poque : le langage qu’y dĂ©veloppe Mozart n’appartient qu’à lui, et dans bien des mesures, il annonce tous les grands symphonistes romantiques du siĂšcle suivant
 Harnoncourt en digne successeur de Bruno Walter qui dans les annĂ©es 1950, il y a 60 ans, apportait lui aussi un tĂ©moignage et une comprĂ©hension dĂ©cisifs chez Sony classical, marque de toute Ă©vidence l’interprĂ©tation mozartienne dans ce double cd incontournable. Outre la pertinence du propos, le chef, pionnier de la rĂ©volution baroque, montre avec quel feu juvĂ©nile et rĂ©formateur, il entend encore nous apprendre des choses sur Mozart ! Le geste est en soi exemplaire et admirable : d’une jeunesse exceptionnelle
 qui partage une acuitĂ© artistique avec pair en France, William Christie, comme si dans leurs deux cas, les annĂ©es et l’expĂ©rience stimulaient davantage l’activitĂ© de deux cerveaux dĂ©fricheurs. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)En soulignant que la 40Ăšme ne comporte pas de rĂ©elle entrĂ©e ni de finale, – comme la 39Ăšme dont le finale en forme de destruction mĂ©lodique et harmonique attend une rĂ©solution-, Harnoncourt qui distingue nettement l’immense portique finale de la 41 (Jupiter), apporte la preuve de l’unitĂ© interne associant les 3 volets en une triade insĂ©parable. Triptyque orchestral d’une invention inĂ©dite Ă  son Ă©poque, les 3 Symphonies rĂ©vĂšlent ainsi un plan d’une rare cohĂ©rence : la 39Ăšme emporte par son ardeur juvĂ©nile, printaniĂšre ; la 40Ăšme frappe par sa conscience aiguisĂ©e, ses interrogations parfois paniques auxquelles la 41Ăšme rĂ©pond dans la lumiĂšre. Ici chaque mouvement engendre la pulsion de celui qui s’enchaĂźne aprĂšs lui, semble en dĂ©couler naturellement
 RĂ©ussir cette fluiditĂ© cyclique et d’une profonde cohĂ©rence organique est dĂ©jĂ  en soi un dĂ©fi mĂ©ritant qui fait toute la valeur de cette nouvelle interprĂ©tation des Symphonies de Mozart. Prochaine critique complĂšte des 3 derniĂšres Symphonies de Mozart par Nikolaus Harnoncourt et le Concentus Musicus de Vienne dans le mag cd de classiquenews. Elu « CLIC » de classiquenews de septembre 2014.

L’amour de DanaĂ© de Strauss Ă  Frankfurt

Kimt danaeFrankfurt, OpĂ©ra. L’Amour de DanaĂ© de Strauss: 7,9,10 juin 2014. L’avant dernier opĂ©ra de Strauss, avant DaphnĂ©, L’amour de Danae permet Ă  Strauss de renouer avec la lyre mythologique qu’il a si magistralement illustrĂ©e entre registre poĂ©tique, comique, tragique, hĂ©roĂŻque dans Ariane Ă  Naxos : comme HĂ©lĂšne Ă©gyptienne, le compositeur entend y dĂ©velopper une comĂ©die antique, d’une Ă©criture libre et inventive avec ce sprĂ€chgesang (parlĂ© chantĂ© continu, proche de la parole) qui exprime la palpitation de la vie elle-mĂȘme. La lĂ©gĂšretĂ© est inscrite dans l’écriture de la partition dont Strauss voulait faire une opĂ©rette. Le compositeur et son librettiste (Gregor) reprennent une ancienne idĂ©e de Hugo von Hofmannsthal (le librettiste disparu du Chevalier Ă  la rose ou de La Femme sans ombre
) : un scĂ©nario mĂȘlant des destins sĂ©parĂ©s, – selon une formule allopathique magnifiquement appliquĂ©e dans La Femme sans ombre-, ici (chaque sort est liĂ© Ă  la rĂ©ussite de l’autre) : DanaĂ©, Midas, Jupiter. Gregor n’ayant pas les mĂȘmes facilitĂ©s que Hofmannsthal (ce que Strauss ne manquera pas de lui reprocher), deux actions se superposent sans vraiment s’accorder : l’action entre DanaĂ© et Midas qui forment un couple fusionnel malgrĂ© les pĂ©ripĂ©ties ; DanaĂ© et Jupiter : le dieu des dieux, sur la fin (portrait de Strauss lui-mĂȘme ?) exprime ses Ă©tats d’ñmes dans un monde qui lui Ă©chappe d’autant plus qu’il doit renoncer Ă  la belle DanaĂ©e, que jadis il a visitĂ© Ă  son insu (la fameuse fĂ©condation sous la forme d’une pluie d’or que tous les peintres, de Titien, Tintoret Ă  Klimt ont illustrĂ©). Pourtant, en dĂ©pit de la diversitĂ© irrĂ©solue des intrigues confrontĂ©es, la vivacitĂ© et l’esprit de comĂ©die s’imposent dans cette oeuvre aussi symphonique que celles antĂ©rieures. Strauss fait chanter ses protagonistes comme les personnages d’un drame contemporain. FidĂšles Ă  l’esprit d’Hofmannsthal, malgrĂ© les avatars de la composition du livret, le compositeur soigne le principe de la mĂ©tamorphose : DanaĂ© et Jupiter y vivent et Ă©prouvent un changement profond de leur ĂȘtre : par amour pour Midas qui dĂ©possĂ©dĂ© de son don de tout changer en or, est devenu finalement un pauvre muletier, Danae est guĂ©rie de sa soif primaire d’or et de mĂ©tal prĂ©cieux ; Jupiter lui aussi dĂ©couvrant le miracle de l’amour humain reconnaĂźt ĂȘtre impuissant face au phĂ©nomĂšne dont il est tĂ©moin, et accepte de renoncer Ă  l’objet de son dĂ©sir.

Richard Strauss
L’Amour de DanaĂ©
Die liebe der Danae
Frankfurt, Oper
Les 15 et 19 juin 2014
Sebastian Weigle, direction. Marco Buhrmeister, Marsch, Gibson, Schwanewilms, Vuong, Ryan (version de concert)

http://www.oper-frankfurt.de/

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