CD. CPE Bach: Concertos & Symphonies (Goltz, 2013)

CD. CPE Bach: Concertos & Symphonies. Berliner Barock Solisten, 1 cd DHM (Goltz, 2013). EmployĂ© frustrĂ© de FrĂ©dĂ©ric II Ă  Berlin, puis directeur de la musique de Hambourg (Ă  la succession du très admirĂ© Telemann son parrain en 1768), le fils le plus douĂ© de Jean-SĂ©bastien honore la rĂ©putation paternelle grâce Ă  ses partitions versatiles,  audacieuses, caractĂ©risĂ©es, fougueuses, emblèmes de l’esthĂ©tique Surm und drang et Empfindsamkeit, toujours d’une Ă©lĂ©gance suprĂŞme (celle qui inspirera tant Haydn et Mozart). Un corpus que l’on dĂ©couvre enfin aujourd’hui… heureuse rĂ©habilitation opportune pour les 300 ans du compositeur nĂ© en 1714, comme Jommelli et Gluck.

Bach_CPE_carl-philipp-emanuel-bach-concertos-symphonies-wq184-goltz-dhm-cd-berlinbarocksolistenLes oeuvres retenues par Gottfried von der Goltz, ailleurs directeur musical du Freiburger Barockorchester,, rĂ©putĂ© (Ă  raisons) pour son engagement et l’Ă©nergie de ses lectures trĂ©pidantes, met en lumière, sur le mode concertant, l’art du dialogue et de la conversation musicale du fils Bach.
2 Concertos, pour flûte et pour hautbois révèlent un souci constant de la forme à la fois imaginative et équilibrée, aux confins du baroque tardif vers déjà cette distinction concertante qui annonce les grands accomplissements de Haydn et de Mozart dans la formulation proprement classique du Concerto orchestral.
Le Concerto pour flĂ»te, serti de brillance sombre et grave, couleurs prĂ©romantiques qui en font tout le prix, date de 1747 ; il n’Ă©voque pas la relation de CPE avec le roi flĂ»tiste dont le goĂ»t plutĂ´t conforme et banal ne se serait guère accordĂ© Ă  cette pièce si nuancĂ©e et raffinĂ©e; mĂŞme le plus tardif Concerto pour hautbois (1765, deux ans avant la pĂ©riode hambourgeoise) n’Ă©voque en rien le goĂ»t de la Cour berlinoise oĂą règnent les plus dĂ©coratifs Graun et Quantz. Les deux oeuvres d’une inventivitĂ© remarquable et qui interroge en profondeur l’inclination mĂ©lancolique du sujet, ont peut-ĂŞtre Ă©tĂ© jouĂ©es dans le cercle des musiciens professionnels de Bach. Il s’agit bien de ” mettre le coeur en mouvement ” plutĂ´t que … de plaire Ă  des oreilles banales.
Ici c’est moins le super soliste au clavier l’un des plus grands de son temps qui s’inscrit au panthĂ©on de la musique pour clavecin (et clavicorde) que l’inventeur d’une forme pure, instrumentale, d’un fini inĂ©galĂ©, et d’un accomplissement singulier, Ă  la fois mĂ©lancolique (sa vraie nature), expĂ©rimental et audacieux, libre, fantaisiste, viscĂ©ralement personnel. Avec CPE Bach se prĂ©cise une claire conscience d’une Ă©criture Ă  la fois idĂ©aliste mais aussi commerciale, jouant sur la virtuositĂ© et la profondeur, le contraste et la surprise… En tĂ©moignent les deux Symphonies ici sĂ©lectionnĂ©es parmi les 6 Hambourgeoises Wq 182. CommandĂ©es par le baron Gottfried von Swieten, les oeuvres seront largement diffusĂ©es lors de son retour Ă  Vienne oĂą protecteur de Mozart et de Beethoven, von Swieten les transmet Ă  tous ceux qui reconnaissent et goĂ»te le gĂ©nie qui les frappent : CPE Bach nourrit donc l’inspiration et la maturation de Haydn, Mozart, Beethoven. C’est dire l’immense place qu’occupe le fils Bach dans l’accomplissement du romantisme viennois.
Carl Philipp Emanuel BachToutes en trois parties, les deux Symphonies Ă©tonnent par leur jaillissement spontanĂ©, une impression de naturel et d’audace Ă©nergique qui parlent manifestement au jeu des interprètes. Sous le feu ciselĂ© du chef (leader au violon : il joue un Testore de 1690), de ses solistes, le tempĂ©rament collectif souligne sans lourdeur ni artifice toute l’Ă©bullition foisonnante et flamboyante d’un Bach vrai gĂ©nie des enchaĂ®nements, des surprises, des dĂ©charges en tout genre. Pourtant malgrĂ© ce festival trĂ©pidant, la gravitĂ©, la profondeur, la sincĂ©ritĂ© ne font pas dĂ©faut. L’humour aussi (dont se souviendra Haydn). Une combinaison palpable qui fait toute la saveur de cette lecture, très recommandable pour les 300 ans de Carl Philipp Emanuel Bach en 2014.

Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788): Concertos pour flûte et hautbois, 2 Symphonies Hambourgeoises wq 182. Berlinerbarocksolisten. Gottfreid von der Goltz (violon et direction). 1 cd DHM. Enregistrement réalisé en avril 2013 à Berlin.

DOSSIER Carl Philipp Emanuel Bach, spécial tricentenaire 2014

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