CD, compte rendu critique. CPE BACH: Trios, sinfonie, sonata (Lucile Boulanger, Arnaud de Pasquale 1 cd Alpha, décembre 2014)

ALPHA202 graun carl philipp emanuel bach boulanger de pasquale & cd alpha reviex account of compte rendu critique cd CPE BACH sonata, sinfonie, trioCD, compte rendu critique. CPE BACH: Trios, sinfonie, sonata (Lucile Boulanger, Arnaud de Pasquale 1 cd Alpha, décembre 2014). En jouant en un même récital Graun, Hesse et l’inclassable Carl Philipp Emanuel Bach, on reste saisi par l’intelligence prodigieuse et la versatilité profuse du fils Bach vis à vis de ses deux confrères à la Cour de Frédéric II de Prusse. Dire qu’au début des années 1740, CPE touchait un salaire 7 fois inférieur à celui de Quantz… on regrette le manque de discernement du monarque grand par la politique, petit par son goût musical… et on comprend que CPE ait choisit de quitter son royal patron pour diriger la vie musicale de Hambourg à la succession de Telemann en 1766.Un vrai poste d’importance taillé à la mesure de son génie musical .

La nervosité sensible, habile dans la réalisation des mille nuances dynamiques des trois mouvements absolument passionnants  de la sinfonia wq 156  montre à quel point CPE se distingue de ses contemporains. Il a fait essentiellement de l’esthétique Empfindsamkeit  (sensibilité) un terreau propice à de multiples expérimentations… Les titres des mouvements indiquent clairement la mesure de ce bouillonnement expérimental, vrai cadre de dépassement et ici d’accomplissement pour les deux interprètes visiblement complices et aussi également inspirés par la manière très vive et nerveuse du fils Bach.

Carl Philipp Emanuel BachDu sanguin extériorisé, au trouble mélancolique, la palette émotionnelle de cette Sinfonia wq 156, même dans sa transcription pour deux musiciens, convainc absolument et par la maturité d’écriture du compositeur et grâce au jeu libre et sincère des deux instrumentistes qui en saisissent tous les enjeux sentimentaux. Même  jeu en troubles et contrastes contrôlés pour la Sonata wq 161/1 (autre perle jubilatoire du programme),  vrai tremplin / réelle joute entre les deux tempéraments sanguin et dépressif, explicités / résolus dans une vive confrontation des deux instruments tour à tour complices, contradicteur ou miroir de l’autre. Dans cette arène libre et fantaisiste de 1749, CPE semble revendiquer enfin pour les deux instruments et surtout la viole, le statut d’instrument autonome quoique le pianoforte d’après un Silberman (mécanique lourde mais sonorité déjà préromantique) envisage un tout autre monde sonore et ce jeu dont CPE fut à Hambourg le virtuose le plus visité d’Europe. En cette année de commémoration, après l’excellente proposition du chef claveciniste Bruno  Procopio (Sonates  de Wurtemberg chez Paraty, février 2015, cd CLIC de classiquenews), l’univers chambriste et concertant proposé par le duo Boulanger / de Pasquale sait captiver en restituant sur des instruments éloquents et maîtrisés, l’art hautement sensible, subtilement sentimental de l’immense Carl Philipp Emanuel Bach.

CD, compte rendu critique. CPE BACH: Trios, sinfonie, sonata. Lucile Boulanger, viole de gamme. Arnaud de Pasquale (copies de Silberman et de Cristofori). 1 cd Alpha classics, Baroque. Réf. : Alpha 202, durée : 1h11mn, enregistrement réalisé à Bruxelles, en décembre 2014.

LIRE aussi notre dossier portrait spécial Carl Philip Emanuel Bach, à l’accasion en 2014 du tricentenaire de sa naissance

Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates Wurtembergeoises Wq 49 (1 cd Paraty, 2014)

cd-Bruno-Procopio-karl-philipp-emanuel-Bach-sonates-wurtembergeoises-1742-1743-bruno-procopio-clavecin-582-PARATY515501_couv_HMCD. Compte rendu critique. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonates Wurtembergeoises Wq 49 (1 cd Paraty, 2014). 2014 s’est achevé sans que l’on ait vraiment en France salué ni commémoré le génie du fils Bach le plus zélé et respectueux de son père : Carl Philipp Emanuel. Celui qui fit tant pour la réhabilitation de l’oeuvre paternelle (avant Mendelssohn), fut aussi méprisé et minoré par son employeur à Berlin, -Frédéric II-, qu’il devint après Telemann, à Hambourg, une personnalité de premier plan : officielle et vénéré comme Haydn à Vienne. C’est que le génie exceptionnel de CPE pour le clavier faisait venir des visiteurs de marque dans sa maison hambourgeoise : il y donnait des récitals sur son fameux clavicorde Silbermann (acquis en 1746), offrant une leçon à chaque fois, de raffinement et d’élégance, de maîtrise des phrasés, de distinction agogique, de respiration, de naturel et de profondeur… Un maître.

 

 

 

Fantaisie libre et fascinante de CPE

 

 

Carl Philipp Emanuel BachDans une forme que le père n’eut jamais l’occasion d’aborder, la Sonate pour clavecin, Carl Philipp Emanuel affirme un tempérament hors normes. Le recueil est dédicacé à son élève, Charles II Eugène de Wurtemberg. On sait avec quelle science, Bach fils savait sculpter le son sur son clavicorde : tremblement et port du son grâce à une pression du doigt que permet la mécanique de l’instrument choisi. Une telle sensibilité d’approche se retrouve dans le raffinement de l’écriture et permet de réaliser cette éloquence improvisée qui a tant marqué ses contemporains. Cet essor nouveau du sentiment annonce par sa teinte Empfinsamkeit (sensibilité), le romantisme, mais appartient encore à l’âge baroque par sa formulation toujours soumise à la loi palpitante des contrastes et des variations.

CD 1. Dès la première Sonate (H30), les qualités de l’interprète s’affiche sans fard : l’ampleur et la mesure classique du Moderato initial affirme le tempérament nerveux du claveciniste Bruno Procopio. Cette maîtrise calibrée n’empêche en rien le jaillissement d’une digitalité franche et palpitante à la fois qui sait éviter toute démonstration superficielle : en témoigne pour la seciton finale (Allegro assai), la somptueuse frénésie si proche de Domenico Scaralatti avec ses éclairs en cascades, véritable tempête plus Sturm und Drang qu’ Empfindsamkeit, dernier allegro, à la fois nuit d’orage et course à l’abîme. L’implication coulante et dansante de Bruno Procopio colore cette sublime conclusion de la H30 composé à Berlin en 1742, d’une sensibilité échevelée, d’une tenue ferme et hallucinée à la fois.

La H31 exprime bien cette ambivalence de CPE entre affirmation de la maîtrise et déséquilibre qui menace toujours et s’exprime dans des variations et modulations harmoniques tout à coup inquiétantes.  Presque épurée et d’un dépouillement soudainement assagi comme réconforté l’Adagio (plage 5) se distingue nettement ; il est d’une douceur introspective presque tendre où CPE semble jouer à traverser le même motif dans les tonalités les plus imprévues. L’Allegro final captive par son énergie presque hystérique : une ivresse riche en contrastes rythmique (trop appuyés selon l’humeur de l’interprète?… quoiqu’il en soit la vitalité proche de la folie enivre.

Directe et franche et plus resserrée encore la H33 (Teplice, 1743) précise ce CPE d’une robuste inventivité, passionné des carrures brisées, des épisodes syncopée, où la pensée vagabonde sans limites (plage 7). Âpreté, rugosité même refondent un langage, marqué par l’inquiétude. Quel contraste avec l’appel aux cimes sereines de l’Adagio qui suit ; ou le discours furieusement énoncé du Vivace final, d’une coupe franche parfois dure qui elle aussi laisse entrevoir des lendemains implosifs : est ce réellement soustendu par CPE ou subtilement agencé par un claviériste manifestement inspiré par le compositeur : ici, la virtuosité affleure la folie en un vertige qui fait la valeur de ce programme envoûtant. Le clavier de CPE est loin d’être cette synthèse admirée de bon goût et d’élégance raffinée qui marqua tant Haydn et Mozart. C’est un laboratoire permanent où l’imprévisible éprouve constamment la raison, suscitant à l’extrémité du spectre sonore, une épice imprévue, la folie. Tout s’organise et se désorganise au diapason d’une pulsion aventureuse qui ose tout dire et tout exprimer.

 

 

Sonates atypique de Carl Philipp Emanuel

 

bach_CPE_carl_philipp_emanuelLe contenu du CD2 convainc tout autant. Dans la H32 : on se délecte essentiellement du temps suspendu et caressant d’une belle opulence de son dans l’Andante, enfin serein et presque insouciant (plage 2).  A part, la Sonate H36 (Berlin, 1744) se précise tel le miroir des inquiétudes d’un compositeur non reconnu et certainement d’une certaine façon, humilié; déconsidéré par le souverain en place. Ou alors oscilloscope de ses crises de goutte qu’il soignait alors aux eaux de Teplice en 1743. L’humeur délicate et capricieuse semble piloter toute la Sonata en si mineur d’une somptueuse ampleur imaginative. La versatilité y règne d’une mesure à l’autre : jamais prévisible, l’écriture dessine de subtiles arabesques et il faut une virtuosité digitale experte pour en exprimer toutes les nuances aventureuses. Ainsi le Moderato d’ouverture avec ses variantes de 1762 qui semble affirmer l’entrée avec une inventivité régénérée à chaque nouvel énoncé (près de 10 mn d’exploration et de réitération sonore sans faiblir). Comme un feu d’artifice qui détend les tensions accumulées à la limite du supportable, l’Allegro final offre un jaillissement libérateur d’une exquise fluidité de ton.

CLIC_macaron_20dec13Le tempérament et une volonté coûte que coûte d’en découdre… caractérisent cette lecture des trésors d’invention d’un Bach singulier à son époque. L’engagement et l’énergie de Bruno procopio portent tout l’édifice, sachant idéalement brosser de CPE Bach, ce portrait flamboyant d’un homme des Lumières, savant mais facétieux, véritable archétype préfigurant Haydn et Mozart par l’intelligence et la passion de l’exploration sonore. Superbe récital d’un claveciniste qui est aussi un chef captivant.

 

 

CPE Bach (1714-1788) : Württemberg Sonates / Sonates de Wurtemberg Wq 49 : H30, H31, H33, H32, H34, H36 (Berlin, 1742 et 1744 ; Teplice, 1743). Bruno Procopio, clavecin. 2 cd Paraty 515501. Enregistré à la ferme de Villefavard en juin 2014. Parution annoncée : le 5 mai 2015. CLIC de classiquenews de mars 2015.

 

 

CD. Carl Philipp Emanuel Bach. The collection CPE Bach (13 cd Warner classics)

CPE BACH the colelction warner classics Gustav leonhardt, Ton Koopman, Bob van asperen, Philippe Herreweghe, alan curtis, Anner bylsma warner classics cd critique prsentation dossier carl philipp emanuel bachCD. Carl Philipp Emanuel Bach. The collection CPE Bach (13 cd Warner classics). Pour le tricentenaire en 2014 du fils le plus doué de Jean-Sébastien, Warner classics sort ce coffret événement de 13 cd. Pour son tricentenaire, il méritait bien un coffret dédié. D’autant que fort du fonds de son catalogue sur instruments anciens, Warner classics réédite ici plusieurs interprétations majeures défendues par les plus grands chefs et leurs ensembles respectifs : notons surtout au sommet de l’évidence et du naturel mordant vif, expressif, léger et élégant simultanément, les superbes Symphonies pour cordes et Symphonies orchestrales (W182, W183) par Gustav Leonhardt et l’excellent, bondissant, affûté Orchestre de l’Âge des Lumières (Orchestra of the Age of enlightenment) ; même enthousiasme pour les concertos pour clavecin, ceux de Hambourg dont CPE Bach était directeur musical dès 1767 (W43, nos 1-6 par Bob van Asperen et Melante Amsterdam). Le même Bob van Asperen est le très honnête interprète des œuvres pour clavier du Fils Bach, un prodige pour le clavier qui après avoir été claveciniste officiel à la Cour de Frédéric de Prusse à Berlin (qui goûtait autant ses dons de claveciniste qu’il ne comprenait rien à ses oeuvres comme compositeur… incroyable manque de discernement), fut un phare et mentor pour tous (Haydn, Mozart et Beethoven), ne refusant pas de donner récitals chez lui ou dans les salons, diffuser conseils sur son cher clavicorde Silbermann… le coffret présente ainsi les Sonates prussiennes (W48), Sonates Württemberg (W49). On reste plus réservé quant aux Rondos (Alan Curtis, fortepiano) mais très enthousiaste pour les Concertos pour violoncelle par Anner Bylsma (complice des excellents décidément Gustav leonhardt et le musiciens de l’Orchestre of the Age of Enlightenment). Virtuosité virevoltante et parfois même échevelée dans les Concertos et Sonates pour hautbois (W164 et 165, W135) par Ku Ebbinge (Amsterdam Baroque Orchestra, Ton Koopman). Enfin saluons l’oratorio Die Auferstehung und Himmelfahrt Jesu, Résurrection et Ascension de Jésus de 1778 : fresque lumineuse, ardente, éclairée et portée par l’esprit des Lumières qui renouvelle et rend hommage à Haendel, se fait gisement d’inspiration pour Haydn et Mozart, à la fois brillante, exaltée, raffinée. Superbement défendue par Philippe Herreweghe qui comprend l’essence analytique et réflexive d’un oratorio non pas narratif mais d’une fine conscience spirituelle : la méditation se fait action. Voici de loin un ouvrage véritable manifeste des esthétiques dont CPE Bach est un génial interprète : Empfindsamkeit (sensibilité) et Empfindsamer Stil (Style sensible) …  Superbe révélation pour ceux qui ne connaissent pas les oratorios de Carl Philipp Emanuel. La qualité de la musique ainsi révélée suffit à démontrer le génie d’un compositeur qui sut face à son père, imposer et affirmer son prénom. Un défi en soit, remarquablement relevé. Coffret événement.

Carl Philipp Emmanuel Bach (1714-1788) : The collection CPE Bach (13 cd Warner classics). Coffret pour le tricentenaire 2014.

VIDEO. A Caracas, Bruno Procopio joue CPE Bach avec l’Orquesta Barroca Juvenil Simon Bolivar, septembre 2013

Orquesta barroca Juvenil Simon Bolivar, Carracas, Bruno Procopio, CPE Bach, Carl Philip Emanuel BachVIDEO. A Caracas, Bruno Procopio joue CPE Bach avec l’Orchestre Simon Bolivar. En septembre 2013, le chef franco brésilien retrouve à Caracas les instrumentistes de l’Orchestre Simon Bolivar dans plusieurs Concertos et Symphonies de Carl Philipp Emanuel Bach. Après avoir jouer Rameau (ouvertures et ballets des opéras, mais sur instruments modernes en 2012), Bruno Procopio inaugure le nouvel ” Orquesta Barroca Juvenil Símon Bolivar “, phalange désormais dédiée à l’interprétation historiquement informée des Å“uvres baroques, classiques et préromantiques. Fougue, précision, style, mordant, l’entente du chef invité et des instrumentistes réalise l’un des meilleurs concerts CPE Bach de l’autre côté de l’Atlantique, soulignant aussi l’anniversaire CPE Bach en 2014 (300 ans de la naissance). Le fils de Jean-Sébastien est un génie défricheur et expérimentateur : sa virtuosité au clavier s’entend aussi à l’orchestre d’une liberté inventive à la fois, mélancolique et fantaisiste voire fantasque… très liée aux nouvelles tendances esthétique de l’Empfindsamkeit (“sensibilité”, courant littéraire surtout qui préfigure déjà les affres et vertiges du sentiment romantique). Reportage vidéo exclusif CLASSIQUENEWS.COM

CD. CPE Bach: Concertos & Symphonies (Goltz, 2013)

CD. CPE Bach: Concertos & Symphonies. Berliner Barock Solisten, 1 cd DHM (Goltz, 2013). Employé frustré de Frédéric II à Berlin, puis directeur de la musique de Hambourg (à la succession du très admiré Telemann son parrain en 1768), le fils le plus doué de Jean-Sébastien honore la réputation paternelle grâce à ses partitions versatiles,  audacieuses, caractérisées, fougueuses, emblèmes de l’esthétique Surm und drang et Empfindsamkeit, toujours d’une élégance suprême (celle qui inspirera tant Haydn et Mozart). Un corpus que l’on découvre enfin aujourd’hui… heureuse réhabilitation opportune pour les 300 ans du compositeur né en 1714, comme Jommelli et Gluck.

Bach_CPE_carl-philipp-emanuel-bach-concertos-symphonies-wq184-goltz-dhm-cd-berlinbarocksolistenLes oeuvres retenues par Gottfried von der Goltz, ailleurs directeur musical du Freiburger Barockorchester,, réputé (à raisons) pour son engagement et l’énergie de ses lectures trépidantes, met en lumière, sur le mode concertant, l’art du dialogue et de la conversation musicale du fils Bach.
2 Concertos, pour flûte et pour hautbois révèlent un souci constant de la forme à la fois imaginative et équilibrée, aux confins du baroque tardif vers déjà cette distinction concertante qui annonce les grands accomplissements de Haydn et de Mozart dans la formulation proprement classique du Concerto orchestral.
Le Concerto pour flûte, serti de brillance sombre et grave, couleurs préromantiques qui en font tout le prix, date de 1747 ; il n’évoque pas la relation de CPE avec le roi flûtiste dont le goût plutôt conforme et banal ne se serait guère accordé à cette pièce si nuancée et raffinée; même le plus tardif Concerto pour hautbois (1765, deux ans avant la période hambourgeoise) n’évoque en rien le goût de la Cour berlinoise où règnent les plus décoratifs Graun et Quantz. Les deux oeuvres d’une inventivité remarquable et qui interroge en profondeur l’inclination mélancolique du sujet, ont peut-être été jouées dans le cercle des musiciens professionnels de Bach. Il s’agit bien de ” mettre le coeur en mouvement ” plutôt que … de plaire à des oreilles banales.
Ici c’est moins le super soliste au clavier l’un des plus grands de son temps qui s’inscrit au panthéon de la musique pour clavecin (et clavicorde) que l’inventeur d’une forme pure, instrumentale, d’un fini inégalé, et d’un accomplissement singulier, à la fois mélancolique (sa vraie nature), expérimental et audacieux, libre, fantaisiste, viscéralement personnel. Avec CPE Bach se précise une claire conscience d’une écriture à la fois idéaliste mais aussi commerciale, jouant sur la virtuosité et la profondeur, le contraste et la surprise… En témoignent les deux Symphonies ici sélectionnées parmi les 6 Hambourgeoises Wq 182. Commandées par le baron Gottfried von Swieten, les oeuvres seront largement diffusées lors de son retour à Vienne où protecteur de Mozart et de Beethoven, von Swieten les transmet à tous ceux qui reconnaissent et goûte le génie qui les frappent : CPE Bach nourrit donc l’inspiration et la maturation de Haydn, Mozart, Beethoven. C’est dire l’immense place qu’occupe le fils Bach dans l’accomplissement du romantisme viennois.
Carl Philipp Emanuel BachToutes en trois parties, les deux Symphonies étonnent par leur jaillissement spontané, une impression de naturel et d’audace énergique qui parlent manifestement au jeu des interprètes. Sous le feu ciselé du chef (leader au violon : il joue un Testore de 1690), de ses solistes, le tempérament collectif souligne sans lourdeur ni artifice toute l’ébullition foisonnante et flamboyante d’un Bach vrai génie des enchaînements, des surprises, des décharges en tout genre. Pourtant malgré ce festival trépidant, la gravité, la profondeur, la sincérité ne font pas défaut. L’humour aussi (dont se souviendra Haydn). Une combinaison palpable qui fait toute la saveur de cette lecture, très recommandable pour les 300 ans de Carl Philipp Emanuel Bach en 2014.

Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788): Concertos pour flûte et hautbois, 2 Symphonies Hambourgeoises wq 182. Berlinerbarocksolisten. Gottfreid von der Goltz (violon et direction). 1 cd DHM. Enregistrement réalisé en avril 2013 à Berlin.

DOSSIER Carl Philipp Emanuel Bach, spécial tricentenaire 2014

Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : portrait

bach_CPE_carl_philipp_emanuelCar Philipp Emanuel Bach (1714-1788), portrait. Musique sensible. Au carrefour d’esthétiques multiples, entre baroque tardif, classicisme et romantisme, CPE Bach (pour Carl Philipp Emanuel), fils cadet de Jean-Sébastien incarne une synthèse éloquente, jamais statique ni dogmatique : sa sensibilité est mobile, vivante, curieuse, audacieuse, fantaisiste, toujours hautement expérimentale. De 1740 à 1780, CPE semble recueillir le bouillonnement des modes et des courants émergeants à son époque: Aufklärung, Sturm und drang, Empfinsamkeit… autant de facettes d’une sensibilité préromantique dont les échos littéraires sont cultivés par Goethe et Rousseau. Le jeune Mozart et aussi Haydn mais aussi Gluck et Beethoven l’ont vénéré comme un modèle, un maître absolu : Carl Philipp Emanuel avait atteint le même génie que son père, et même une reconnaissance supérieure de son vivant. Contrairement à son père, la vie de CPE est assez bien connue, grâce entre autres à son autobiographie publiée dans l’édition allemande des Voyages de Charles Burney. Outre ses lettres aussi révélant sa propre conception de l’art musical et sa pensée, les catalogues édités à partir de ses riches collections conservées dans sa maison bourgeoise à Hambourg (peintures, manuscrits, partitions…) précisent encore le profil d’un homme estimé, accueillant dans son foyer, curieux, d’une très vive intelligence, d’une immense sensibilité et dont le talent de compositeur comme celui d’immense claviériste (moins à l’orgue que sur son cher clavicorde Silbermann) a séduit immédiatement tous ses contemporains.

 

 

 

Carl Philipp Emanuel Bach
1714-1788

dossier spécial pour le tricentenaire 2014

 

 

BACH_CPE_Couverture-CPE-BachLa récente découvertes de plusieurs partitions inédites (déposées à Kiev par Goebbels et qui proviennent du Conservatoire historique de Berlin) dont les fameuses Passions écrites pour Hambourg (restituées à l’Allemagne en 2001) apporte un nouvel éclairage sur l’écriture de CPE et son évolution dans son époque. Fils de Jean-Sébastien et formé par son père, CPE (portrait ci-contre, pastel daté des années 1770 à Hambourg) incarne l’excellence musicale de la famille ; il est avec son frère ainé, Wilhelm Friedeman, un virtuose du clavier, et surtout défenseur comme nul autre descendant, de la gloire posthume de son père : CPE vénère l’Å“uvre paternelle ; conscient du legs inestimable, il veille à la préservation des partitions certaines manuscrites ; au sommet du corpus, le fils estime (et étudie) en particulier le corpus de la Messe en si (précisément le Credo). Quand Charles Burney déclare que Haendel est le plus grand compositeur, en particulier pour l’orgue, CPE en bon fils, rétablit la vérité par articles publiés dans la presse : sans mésestimer le génie du Haendel, CPE précise que l’orgue anglais ne saurait être comparé aux instruments si sophistiqués en Allemagne (comprenant a contrario des britanniques, un pédalier) : le seul maître absolu de l’instrument roi demeure Jean-Sébastien, ce que nous ne pourrions contester aujourd’hui en effet. Voici les étapes et aspects majeurs de la vie et de la carrière de CPE Bach, le digne fils de son père.

 

 

Lire
Carl Philipp Emanuel Bach. Gilles Cantagrel, Editions Papillon. Parution : décembre 2013

cd
Les Israélites dans le désert. William Christie (1 cd HM).

aperçu biographique

BACH_CPE_Cantagrel_Melophiles_Editions_PapillonNé à Weimar, fils de Maria Barbara, CPE suit son père à Coethen puis Leipzig où tout en étant formé par son père, Jean-Sébastien, le jeune musicien entre à l’école Saint-Thomas. C’est l’époque où quand CPE est âgé de 9/10 ans, son père compose le Magnificat et la Passion selon Saint-Jean. A 12 ans, CPE écrit ses premières compositions sous l’Å“il du père, très bon pédagogue. Après que Rameau triomphe par un scandale retentissant à l’Opéra (Hippolyte et Aricie, 1733), CPE entre à ‘Université de Francfort/Oder (1734).
Commence alors ses fonctions au service des grands: le Prince héritier de Prusse à Rheinsberg (1738) puis comme claveciniste de l’orchestre de Frédéric II à Berlin en 1740. Du fait de ses excellentes aptitudes, grâce à l’enseignement du père, CPE est à 26 ans, l’un des claviéristes les plus doués de sa génération. Les années 1740 sont fécondes pour le compositeur: CPE publie plusieurs recueils de Sonates : Sonates prussiennes en 1742, puis Sonate Wurtembergeoises en 1744 (quand son père Jean-Sébastien publie le volume du Clavier bien tempéré).
Quand meurt Jean-Sébastien en 1750, CPE postule pour lui succéder à Leipzig comme Director Musices… mais il échoue. Il recueille son demi frère, Johann Christian, fils de la seconde épouse de JS, Anna Magdalena.
A Berlin, CPE végète, se sent à l’étroit. S’il est reconnu comme excellente claveciniste, ses Å“uvres comme compositeur sont ignorées. Frédéric II de Prusse n’a jamais eu un goût musical avant-gardiste et moderne : il préfère alors les Å“uvres plus conformes voire décoratives de Graun et de Quantz.

 

 

Le salut vient de Hambourg : en 1767 (53 ans), CPE succède à Telemann comme directeur de la musique de la ville hanséatique, une consécration exceptionnelle et méritée pour le fils le plus doué de Jean-Sébastien Bach.Très vite, CPE prend très au sérieux, ses nouvelles fonctions. Il compose dès 1768, l’oratorio Les Israélites dans le désert, et sa Passion selon Saint-Matthieu.

bach_CPE_carl_philipp_emanuelCompositeur pour le clavier, pour l’église, CPE est aussi particulièrement inspiré par l’orchestre : il écrit ses 6 Symphonies pour cordes en 1773 (à l’époque où il rédige aussi pour Burney sa propre biographie). C’est une rédaction précieuse qui dévoile les traits de son caractère, à la fois jovial, généreux, séduisant et séducteur qui sait aussi riposter contre les attaques de ses rivaux, trop jaloux de son talent.  En 1776, CPE composent les 4 Symphonies avec instruments obligés. D’une sensibilité extrême, variant les plaisirs du compositeur entre fantaisie, expérimentation et humeur, CPE est surtout un mélancolique qui prélude au pur sentiment romantique affleurant déjà chez le jeune Mozart et surtout chez Haydn.
Musique pour le clavier et pour l’orchestre, auteur d’Å“uvres sacrées (comme son père et Haendel qu’il admira et dont il dirigea les oeuvres, comme le Messie en 1775, comme celles de son père), Carl Philipp Emanuel Bach est un génie mésestimé, acteur primordial à l’époque du néoclassicisme et du préromantisme. A l’époque de la maturité à Hambourg, c’est désormais une personnalité estimée et recherchée, que l’on visite avec respect et déférence. Le baron von Swieten, en poste diplomatique à Hambourg, se rapproche de CPE et par son intermédiaire, permet au jeune Mozart alors à Vienne, d’apprendre à la source des Bach, père et fils. Ce point de transmission, capitale dans l’évolution de Wolfgang, suffirait à restituer à CPE, la place qu’il mérite dans l’histoire de la musique au XVIIIème siècle.

 

 

 

sélection cd, dvd, livres CPE Bach 2014

 
 

Bach_CPE_carl-philipp-emanuel-bach-concertos-symphonies-wq184-goltz-dhm-cd-berlinbarocksolistenCD. CPE Bach: Concertos & Symphonies. Berliner Barock Solisten, 1 cd DHM (Goltz, 2013). Les oeuvres retenues par Gottfried von der Goltz, ailleurs directeur musical du Freiburger Barockorchester,, réputé (à raisons) pour son engagement et l’énergie de ses lectures trépidantes, met en lumière, sur le mode concertant, l’art du dialogue et de la conversation musicale du fils Bach.
2 Concertos, pour flûte et pour hautbois révèlent un souci constant de la forme à la fois imaginative et équilibrée, aux confins du baroque tardif vers déjà cette distinction concertante qui annonce les grands accomplissements de Haydn et de Mozart dans la formulation proprement classique du Concerto orchestral. En lire +

 
 

CPE BACH the colelction warner classics Gustav leonhardt, Ton Koopman, Bob van asperen, Philippe Herreweghe, alan curtis, Anner bylsma warner classics cd critique prsentation dossier carl philipp emanuel bachCD. Carl Philipp Emanuel Bach. The collection CPE Bach (13 cd Warner classics). Pour le tricentenaire en 2014 du fils le plus doué de Jean-Sébastien, Warner classics sort ce coffret événement de 13 cd. Pour son tricentenaire, il méritait bien un coffret dédié. D’autant que fort du fonds de son catalogue sur instruments anciens, Warner classics réédite ici plusieurs interprétations majeures défendues par les plus grands chefs et leurs ensembles respectifs : notons surtout au sommet de l’évidence et du naturel mordant vif, expressif, léger et élégant simultanément, les superbes Symphonies pour cordes et Symphonies orchestrales (W182, W183) par Gustav Leonhardt et l’excellent, bondissant, affûté Orchestre de l’Âge des Lumières (Orchestra of the Age of enlightenment) ; même enthousiasme pour les concertos pour clavecin, ceux de Hambourg dont CPE Bach était directeur musical dès 1767 (W43, nos 1-6 par Bob van Asperen et Melante Amsterdam). Lire notre critique complète du coffret Carl Philipp Emanuel Bach

 

 

 

Lire
BACH_CPE_Cantagrel_Melophiles_Editions_PapillonCarl Philipp Emanuel Bach. Gilles Cantagrel, Editions Papillon. Parution : décembre 2013. A l’époque de JJ Rousseau et dans le courant esthétique mouvant qui mène du Baroque tardif au néoclassicisme et à l’avènement progressif du romantisme, perce la personnalité du fils Bach, CPE pour Car Philip Emanuel (1714-1788). Il est rare qu’un fils de génie en fut  aussi un  : c’est bien l’apport fondamental des dernières recherches sur l’homme et son oeuvre, immenses, incontournables à leur époque (ce qu’a bien compris Haydn qui l’a scrupuleusement étudié et admiré) … CPE Bach s’est taillé une réputation aussi grande que celle de son père et il fut de facto, aussi estimé que Gluck.  En modifiant la perspective sur une œuvre aussi fantasque/tique que diversifiée, l’auteur, déjà reconnu pour ses études sur le père, défend ici avec conviction et argumentation, le profil très estimable du fils. En lire +

 

cd
Les Israélites dans le désert. William Christie (1 cd HM).