CD, critique. JS BACH : Celebration cantatas / «  Entfliehet, ihr Sorgen » : BWV 205a, BWV 249a – Deutsche Hofmusik. Alexander Grychtolik (1 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi / 2018)

DEUTSCH-HOFMUSIK-GRYCHTOLIK-alexander-DHM-cantates-JS-BACH-249b-BWV-205a-critique-review-cd-critique-cd-classiquenews-baroque-cantatesCD, critique. JS BACH : Celebration cantatas / «  Entfliehet, ihr Sorgen » : BWV 205a, BWV 249a – Deutsche Hofmusik. Alexander Grychtolik (1 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi / 2018). Mai 2019 marque l’agenda baroque grâce Ă  ce programme enregistrĂ© Ă  Berlin en 2018 par le jeune ensemble allemand Deutsche Hofmusik encore mĂ©connu en France. Ce qui devrait Ă©voluer sous peu si les directeurs de festivals et de salles cultivent un minimum de curiositĂ© extrafrançaise. Le harpiste et chef Alexander Grychtolik dĂ©veloppe ici un sens du texte prĂ©cis, une mĂ©trique ciselĂ©e avec des tempis souvent ralentis mais porteurs d’une belle articulation, au service de deux Cantates profanes, de “cĂ©lĂ©bration” (comme il est prĂ©cisĂ© sur la couverture), dont surtout la 249a, dite « Cantates des bergers », qui cĂ©lèbrent ses patrons, en l’occurrence l’anniversaire du duc de Saxe Weissenfels, Christian (en ce 25 fĂ©v 1725). La BWV 205a est Ă©crite pour le sacre d’Auguste III de Pologne.

 

 

 

Précis, expurgé, millimétré…
Le BACH profane d’Alexander Grychtolik

 

 

 

Alors que la France d’avant Rameau cultive un goĂ»t suave et italien, « galant », la Saxe de Bach apprĂ©cie l’articulation du verbe allemand, Ă  la façon d’une dramaturgie du verbe, parfaitement dĂ©fendue par les solistes rĂ©unis : en particulier la basse Stephan Macleod (dès son air dans la BWV 2015a), le tĂ©nor Daniel Johannsen, au style intelligible et impeccable de fluiditĂ© timbrĂ©e ; sans omettre le soprano mĂ©tallique et brillant, droit comme une trompette, et jamais vibrĂ© de Miriam Feuersinger. Chacun dĂ©fend une prĂ©cision, un allant et une expressivitĂ© au service d’un seul Ă©lĂ©ment (essentiel chez Bach) : le texte.
Voilà qui donne la clé de la recherche : si JS BACH avait écrit des opéras, ces deux cantates en auraient été les prémices directs.
L’éloquence incarnée, le sens du verbe donc, l’articulation des instruments aussi (superbe sinfonia de la BWV 249a, avec hautbois obligé : n’est ce pas la Cantate dite « des bergers »?) soulignent le souci du Bach dramatique autant que poétique. La couleur de chaque situation est magnifiquement restituée grâce au geste ultra précis du chef, harpiste de formation.
On ne peut que souscrire à l’intelligence oratoire et poétique de l’approche : voilà le BACH profane idéalement restitué. Le travail du chef Alexander Grychtolik s’avère particulièrement convaincante. C’est donc le CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2019 pour ce programme en tout point stimulant.

 

 

 
 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. JS BACH : Celebration cantatas / «  Entfliehet, ihr Sorgen » : BWV 205a, BWV 249a – Deutsche Hofmusik. Alexander Grychtolik. Stephan Macleod (basse), Miriam Feuersinger (soprano), Elvira Bill (alto), Daniel Johannsen (tĂ©nor) – Deutsche Hofmusik, alexander Grychtolik (direction) – 1 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi / Berlin, sept 2018). CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2019.

 

 

 
 

 

 

Cd, critique. SILENT NIGHT (Hirondo Maris / Arianna Savall, 2018, 1 cd DHM)

cd critique cd review sur classiquenews arianna_savall_petter_udland_johansen__hirundo_maris-silent_night_-_early_christmas_music_and_carols_aCd, critique. SILENT NIGHT (Hirondo Maris / Arianna Savall, 2018, 1 cd DHM) – FondĂ© en 2009, il y a donc 10 ans, l’ensemble Hirundo Maris / hirondelle de mer, portĂ© par la harpiste et soprano Arianna Savall Ă©dite ici l’un de ses meilleurs programmes, oĂą le thème du recueillement pour NoĂ«l, se fait source d’un enchantement poĂ©tique d’une indiscutable sĂ©duction. La cantatrice catalane poursuit avec beaucoup de finesse l’hĂ©ritage paternel (Jordi, qui en outre a orchestrĂ© certaines pièces du programme), d’autant qu’elle bĂ©nĂ©ficie de la complicitĂ© du tĂ©nor et altiste norvĂ©gien Petter Udland Johansen. Musique du nord et de MĂ©diterranĂ©en, du Moyen-Age au Baroque, le rĂ©pertoire ressuscite avec une Ă©lĂ©gance de ton qui convainc, immersion enchantĂ©e (extase collective et latine et mĂ©ridionale de l’entĂŞtant « Ay que me abraso, ay ! » de ZĂ©spedes, XVIIè) et dĂ©licatement ciselĂ©e de l’Avent Ă  NoĂ«l, rĂ©vĂ©lant souvent dans la magie des timbres associĂ©s (dont les harpes d’Arianna, triple baroque, Renaissance…) une richesse musicale et textuelle inouĂŻe. Carols, musique traditionnelle recrĂ©ent un monde de ferveur, oĂą l’exaltation des sens converge vers la mĂ©ditation bienheureuse. L’onirisme de NoĂ«l regroupe ainsi dans cette sĂ©lection choisie, les inusables mĂ©lodies de la pĂ©riode qui cĂ©lèbre la naissance de l’Enfant : O silent night (Allemagne, jouĂ© en fin de cycle et d’une excellente facture Ă  deux voix, instrumentarium Ă©tincelant Ă  l’envi), Mitt hjrete alltid vanker (Norvège), Nuit brillante (Provence française), El cant dels ocells (Catalogne espagnole)…

Pour servir la grâce poĂ©tique des Ă©vocations produites par la collection de chansons, les instrumentistes savent varier en consĂ©quence l’instrumentarium : cornemuse (dès le premier air : « El noi de la mare “), dialoguant avec les deux voix solistes : harpes dĂ©jĂ  citĂ©es et prĂ©sentes en permanence, cornet (en ses accents jazzy), mandoline, guitare… et les percussions de l’excellent Pedro Estevan (transfuge du père et de son ensemble HespĂ©rion XXI). ArrangĂ© par Jordi Savall, le catalan « El cant dels ocells » redouble de trouble Ă©merveillĂ©, Ă©noncĂ© par la harpe magicienne : certainement le meilleur titre du programme avec le ZĂ©spedes que nous avons prĂ©cĂ©demment distinguĂ©, sans omettre La Salve, prière Ă  Marie misĂ©ricordieuse dont Arianna Savall fait un solo lĂ  encore, très inspirĂ©, suspendu, en extase. EnvoĂ»tante rĂ©alisation oĂą la voix cristalline et fragile d’Arianna Savall, en sirène enivrĂ©e et sensuelle, sa harpe Ă©loquente et articulĂ©e, ressuscitent le charme Ă©ternel des cantatrices voyageuses, figures majeures de l’histoire musicale mĂ©diĂ©vale et baroque. Enivrant.

 

 

 

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CD, critique. SILENT NIGHT. ARIANNA SAVALL & PETTER UDLAND JOHANSEN / HIRUNDO MARIS – «  Silent night, EARLY CHRISTMAS MUSIC AND CAROLS ». 1 cd DHM, Sony / Juin 2018.

 

 

 

 

 

 

CD, coffret. Compte rendu critique. Andrew Lawrence-King edition (10 cd DHM 1995-1999)

king-andrew-lawrence-harpe-coffret-DHM-deutsche-harmonia-mundi-andrew-lawrence-kingCD, coffret. Compte rendu critique. Andrew Lawrence-King edition (10 cd DHM 1995-1999). Avant Cristina Pluhar, harpiste et thĂ©orbiste bien connue tout au moins identifiĂ©e avec son ensemble (certes en perte rĂ©cente d’inspiration depuis quelques saisons : L’Arpeggiata), il est depuis longtemps, un autre harpiste passionnĂ© tout autant par l’Ă©loquence des siècles Renaissance et Baroque. Le coffret Ă©ditĂ© par DHM Deutsche Harmonia Mundi Ă©tonne et rend compte d’un travail considĂ©rable dans le domaine riche et fertile, envoĂ»tant sur le plan instrumental, de la harpe ancienne (et mĂ©diĂ©vale), comme Ă©lĂ©ment soliste ou pilier du continuo, selon les programmes. Le harpiste britannique a mĂŞme cofondĂ© un premier collectif dĂ©diĂ© au drame, baroque, Tragicomedia dès 1988 dont les premières gravures chez Warner / Teldec Ă  l’Ă©poque avaient captivĂ© par un travail imaginatif du continuo et une approche très investie et profonde de l’action lyrique et dramatique…

 

 

 

Andrew Lawrence-King : la harpe enchanteresse

Connaissez vous ALK ?

 

king-andrew-lawrence-king-cd-coffret-DHM-350-539Par leur originalitĂ© et l’approfondissement supposĂ© pour chaque sujet / thĂ©matique, les 10 cd regroupent et rĂ©capitulent en quelque sorte l’apport de toute une vie de musicien surtout d’instrumentiste, – propre aux annĂ©es 1990-,  soucieux de justesse et de richesse poĂ©tique, Ă  partir de son propre jeu comme harpiste, fondateur lui-mĂŞme (en 1994) de son ensemble sur instruments d’Ă©poque : The Harp consort : Andrew Lawrence-King (56 ans); le chef musicien assure ainsi dans la plupart des cas, et la partie de harpe, et la direction. NĂ© en 1959, ALK (Andrew Lawenre King) joue avec les plus grands dont Hesperion XXI / Jordi Savall assurant souvent des parties d’improvisations Ă©tonnamment justes et inventives dont l’esprit de fantaisie maĂ®trisĂ©e se retrouve ici; les 10 cd du coffret DHM (soit 9 programmes musicaux) donne la mesure d’un tempĂ©rament Ă©clectique, passionnĂ© autant par l’opĂ©ra que les formes plus originales, ou purement instrumentales. ComplĂ©mentaires, relevant d’un tout autre univers instrumental (ou vocal), voici plusieurs cycles conçus comme autant de dramaturgies musicales, intensĂ©ment investies et on l’imagine fruits d’un long travail de recherche musicologique prĂ©paratoire : le drame mĂ©diĂ©val Ludus Danielis (avril 1997); Italian Concerto (1995) ; en particulier les 2 cd de La pĂşrpura de la rosa, le premier opĂ©ra du Nouveau Monde enregistrĂ© en septembre 1997, crĂ©Ă© Ă  Lima au PĂ©rou en 1701, sur le livret de CalderĂłn de la Barca (deux parties : L’amour de VĂ©nus et Adonis, puis La Vengeance de Mars (ou la mort d’Adonis).
Mettant l’accent et toute la lumière sur ses possibilitĂ©s sonores comme expressives, plusieurs rĂ©cital oĂą la harpe tient le premier rĂ´le : Carolan’s harp (mai 1996) ; The Harp of Luduvico (Spanish & Italian renaissance), La Harpe Royale (musique française baroque : Louis et François Couperin, Robert de VisĂ©e, janvier 1998), His Majesty’s Harper (Dowland, Byrd, Cormacl McDermott, fĂ©vrier 1998)) ; un passionnant The Secret of the Semitones (JS Bach : Fantaisie chromatique, Suite BWV 997, Partita BWV 1004, fĂ©vrier 1999), sans omettre la très vivante version des Quatre Saisons de Vivaldi, enregistrĂ©e en dĂ©cembre 1996 avec les instrumentistes mĂŞlĂ©s de son ensembre The Harp consort et ceux du Freiburger Barokorchester de Gottfried von der Goltz (ALK y joue double harpe et psaltĂ©rion, indice d’une sensibilitĂ© pour les timbres que peu avec lui dĂ©fendent pour un continuo Ă  la fois riche, colorĂ© et expressif). Dans ces 9 programmes se dessinent quelques uns des jalons les plus passionnants de la rĂ©volution opĂ©rĂ©e par les baroqueux. Seule rĂ©serve : Ă©trangement ne figure pas – quel dommage-, l’excellent recueil intitulĂ© : Luz y Norte.

 

 

 

CD, coffret. Compte rendu critique. Andrew Lawrence-King edition (10 cd DHM 1995-1999 . Référence : 88875090222).

 

 

CD. Gluck : La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013)

gluck-clemenza-tito-ehrhardt-werner-arte-del-mundo-dhmCD. Gluck : La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013). L’ouvrage de Gluck surprend par sa coupe ardente, l’ambition de ses rĂ©citatifs (du vrai théâtre lyrique : toute la première scène d’ouverture est du pur théâtre) et ici, une très fine caractĂ©risation des protagonistes (grâce Ă  des airs qui savent dĂ©velopper l’Ă©nergie psychologique de chaque profil individuel) : Vitellia, Sesto, Titus, Servillia, c’est Ă  dire le  quatuor embrasĂ© des amours Ă©prouvĂ©es, en souffrance dont la couleur spĂ©cifique fait passer du classicisme au prĂ©romantisme… tous dĂ©jĂ  sous sa plume et avant Mozart, impose des tempĂ©raments instrumentalement et vocalement passionnants Ă  suivre du dĂ©but Ă  la fin.

gluck willibald christoph orfeoMaîtrise exceptionnelle du genre seria. 10 ans avant de réformer l’opéra sedia avec son premier Orfeo (Viennois, créé en 1762), Gluck affirme dans cette Clémence de Titus de 1752, une maîtrise époustouflante de la forme lyrique noble : le seria, ses règles strictes, sa dignité morale, sa nécessité vertueuse inspirée des Lumières, sa conception codifiée dans l’expression cathartique des passions humaines exacerbées y trouvent une illustration qui force l’admiration. Le présent album nous gratifie d’une connaissance régénérée de l’art d’un Gluck révélé en génie du drame. Mai pour autant pas, comme chez Mozart (en 1791), de déroulement dramatique resserré, d’airs solistiques moins longs, de souffle théâtral irrésistible comme l’incendie du Capitole dont le divin Wolfgang, à la fin de sa trop courte carrière, fait le premier tableau romantique de l’histoire lyrique au XVIIIème siècle finissant. Pas encore de duos, d’ensembles ou de chœurs agissant cachés en coulisses pour une action simultanée, mais déjà en 1752, une refonte des airs qui certes longs, savent s’immiscer très subtilement dans la trame même de l’action : le parcours émotionnel de chaque protagoniste fusionne avec l’action proprement dite et les arias da capo paraissent étroitement liés et interdépendant des situations scéniques. Tout cela est remarquablement exprimé et compris par Werner Ehrhardrt et son musiciens d’Arte del mondo.

Dans cet enregistrement réalisé en novembre 2013, l’équipe des chanteurs et des instrumentistes réunie par Werner Ehrhardt défend avec conviction et subtilité l’une des partitions méconnues du chevalier Gluck, constellé de pépites lyriques. Un ouvrage qui remontant à 1752 (créé à Naples) et sur le livret de Métastase incarne les valeurs humanistes et éclairées de l’Europe intellectuelle et savante. Et qui sous la plume du compositeur passionné de vertus comme de passion, saisit par la volonté de caractérisation de chaque profil : voyez le formidable Sesto à l’allure carnassier et martial par exemple… On y relève les ficelles du milieu napolitain dans lequel Gluck évolue, celui des Tratetta et Jommelli. Mais le fiévreux démiurge se distingue déjà, 20 ans avant sa révolution parisienne, par son muscle rebelle, sa tension continue… En somme Gluck avant Gluck.
VitalitĂ©, tempĂ©rament et aussi voix caractĂ©risĂ©es prĂŞtes Ă  en dĂ©coudre parfois Ă  la limite de la justesse mais avec quel sens du risque (assumĂ©): Ă©coutez ici l’air CD3 plage 5 oĂą le contre tĂ©nor Flavio Ferri-Benedetti (Publio) ose tout … Ă  l’Ă©gal de sa consĹ“ur, la mezzo Raffaella Milanesi (ardent Sesto de braise et embrasĂ©, aux agilitĂ©s acrobatiques inouĂŻes rĂ©vĂ©lant des aigus nets dans son air plage 11): ce “nouveau” et mĂ©connu Gluck saisit par son audace, sa musicalitĂ© expressive, d’une âpretĂ© qui rappelle les premiers jalons baroques portĂ©s par l’engagement des pionniers. De son cĂ´tĂ©, Valer Sabadus (Annio) n’usurpe pas sa renommĂ©e naissante, aux cĂ´tĂ©s des Franco Fagioli, nouveaux contre tĂ©nors d’un nouveau gabarit : percutants, finement caractĂ©risĂ©s ; son timbre (d’une fragilitĂ© cristalline taillĂ©e pour les lamentos introspectifs et les blessures tĂ©nues), son style fin apportent Ă©galement une couleur humaine très aboutie Ă  la ciselure Ă©motionnelle dĂ©veloppĂ©e et dĂ©fendue par Gluck (mĂŞme cd, plage 18).

Gluck avant Gluck

Lyre brûlante du Gluck napolitain

CLIC_macaron_2014Voici donc le gĂ©nie dramatique du compositeur Ă  Naples, dĂ©jĂ  maĂ®tre du seria en 1752, soit 10 ans avant sa sensationnelle rĂ©forme de l’opĂ©ra opĂ©rĂ©e Ă  Vienne avec Orfeo en 1762… DHM Deutsch Harmonia Mundi a le mĂ©rite de soutenir un tel projet car les productions discographiques d’envergure et ambitieuses comme les rĂ©vĂ©lations lyriques sont de plus en plus rares surtout Ă  ce niveau d’implication. Ici, le premier Gluck, très italien Ă©videmment, contemporain des premiers chefs d’oeuvres mozartiens s’impose Ă  nous par un sens du drame que les interprètes parfaitement menĂ©s par le chef de L’arte del mondo, Werner Ehrhardt, servent en se dĂ©passant unanimement.
Le profil des caractères y gagne un surcroĂ®t de relief, qui doublĂ© par un continu et un orchestre bondissants eux aussi Ă  l’Ă©coute des vibrations expressives, articule une musicalitĂ© constamment dĂ©veloppĂ©e dans le sens de l’action. Les 4 cd de cette première sur instruments d’Ă©poque montrent toute la science du Gluck “napolitain” des annĂ©es (1752) : efficace, vitaminĂ©, souvent direct dans une langue lyrique qui sert et la tentation virtuose des airs de bravoure et l’allant irrĂ©pressible de l’orchestre qui pousse Ă  la rĂ©solution du drame.

aikin-laura-soprano-vitellia-gluckNous sommes loin cependant du chef d’oeuvre mozartien – sombre, funèbre mĂ©lancolique-, mais Gluck âgĂ© de 38 ans, sur un livret de Metastase sait relever le dĂ©fi de la dramatisation psychologique et des situations extrĂŞmes rĂ©vĂ©lant les vraies natures. Sans temps morts, tout le CD3 (Acte II) est une sĂ©rie d’airs frĂ©nĂ©tiques  (de coloration martiale – cor omniprĂ©sent) qui dĂ©ploient les pulsions, les dĂ©sirs, les aspirations les plus intimes, jusque lĂ  demeurĂ©es cachĂ©es par biensĂ©ance, pudeur ou calcul. Le chef gagne par un geste prĂ©cis, intĂ©rieur, expressif certes mais subtilement suggestif (plage 9 : la soprano Laura Aikin campe une Vitellia, voix tragique et lugubre, d’une gravitĂ© douloureuse, languissante et nostalgique dont la dĂ©chirante impuissance s’exprime dans son dialogue avec le hautbois : je sens geler mon cĹ“ur : Sento gelarmi il cor…). C’est l’un des instants les plus prenants de l’action. L’emblème d’un style capable de faire jaillir la pudeur la plus juste.

2014 marque le centenaire de Gluck : anniversaire passĂ© sous silence quand Rameau, son rival dans le coeur de Rousseau, occupe lĂ©gitimement le devant de l’affiche. Avec ce remarquable enregistrement, Werner Ehrahrdt poursuit un parcours sans fautes semĂ© d’indiscutables accomplissements (dont Medonte de Myslivecek en 2010) première rĂ©vĂ©lation majeure du maestro et de son ensemble, suivi de La Finta Giardiniera d’Anfossi, 1774 (enregistrĂ© en 2011) ; et DHM confirme la justesse de son discernement, combinant dĂ©frichement et cohĂ©rence artistique car ici le plateau vocal et la lecture des instrumentistes se rĂ©vèlent plus que convaincants. Superbe dĂ©couverte servie par une rĂ©alisation sans dĂ©fauts.

Gluck :  La Clemenza di Tito (1752). Aikin, Trost, Milanesi, Ezenarro, Sabadus, Ferri-Benedetti, L`arte del mondo. Werner Ehrhardt. 4 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi  (3 CD Sony classical). Enregistré à Leverkusen, en novembre 2013.

CD, annonce : Gluck, La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013, 3 cd DHM)

gluck-clemenza-tito-ehrhardt-werner-arte-del-mundo-dhmCD, annonce : Gluck, La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013, 3 cd DHM). GLUCK AVANT GLUCK… D’emblĂ©e la vitalitĂ© brillante et frĂ©nĂ©tique de l’Ă©criture, malgrĂ© son cĂ´tĂ© lumineux, fait quand mĂŞme entendre des formules classiques europĂ©ennes standardisĂ©es ; mais l’Ă©nergie dramatique de Gluck, grand rĂ©formateur de l’opĂ©ra Ă  Paris dans les annĂ©es 1770, infĂ©odant les options du langage musical Ă  la seule cohĂ©rence de l’action, porte ici un projet qui frappe donc convainc par le tempĂ©rament gĂ©nĂ©ral du plateau vocal, entre ardeur et ciselure verbale, finesse imaginative du continuo, Ă©lĂ©gance et expressivitĂ©. Ayant dans l’oreille le chef d’oeuvre absolu (et toujours mĂ©sestimĂ© selon nous) signĂ© Mozart sur le mĂŞme sujet (1791 : de 20 ans plus tardif que le prĂ©sent ouvrage), l’ouvrage de Gluck surprend par sa coupe ardente, l’ambition de ses rĂ©citatifs (du vrai théâtre lyrique : toute la première scène d’ouverture est du pur théâtre) et ici, une très fine caractĂ©risation des protagonistes : Vitellia, Sesto, Titus, Servillia, c’est Ă  dire le  quatuor embrasĂ© des amours Ă©prouvĂ©es, en souffrance dont la couleur spĂ©cifique fait passer du classicisme au prĂ©romantisme… Ă©volution tĂ©nue que Mozart incarne Ă  merveille.

Dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© en novembre 2013, l’Ă©quipe de chanteurs et des instrumentistes rĂ©unie par Werner Ehrhardt dĂ©fend avec conviction et subtilitĂ© l’une des partitions mĂ©connues du chevalier Gluck, constellĂ© de pĂ©pites lyriques. Un ouvrage qui remontant Ă  1752 (crĂ©Ă© Ă  Naples) et sur le livret de MĂ©tastase incarne les valeurs humanistes et Ă©clairĂ©es de l’Europe intellectuelle et savante. Et qui sous la plume du compositeur passionnĂ© de vertus comme de passion, saisit par la volontĂ© de caractĂ©risation de chaque profil : voyez le formidable Sesto Ă  l’allure carnassier et martial par exemple… On y relève les ficelles du milieu napolitain dans lequel Gluck Ă©volue, celui des Tratetta et Jommelli. Mais le fiĂ©vreux dĂ©miurge se distingue dĂ©jĂ , 20 ans avant sa rĂ©volution parisienne, par son muscle rebelle, sa tension continue… En somme Gluck avant Gluck. Parmi les solistes brillent en particulier : Laura Aikin (Vitellia), Raffaella Milanesi (dans le rĂ´le travesti de Sesto, relevant les dĂ©fis acrobatiques d’un caractère très fort ici), surtout l’Ă©clat hautement dramatique du haute contre Valer Sabadus (fragile et très intense Annio)… Prochaine grande critique de La Clemenza di Tito de Gluck par Werner Ehrhardt dans le mag cd de classiquenews.com

Gluck :  La Clemenza di Tito (1752). Aikin, Trost, Milanesi, Ezenarro, Sabadus, Ferri-Benedetti, L`arte del mondo. Werner Ehrhardt. 3 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi  (Sony classical)

CD, annonce : Gluck, La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013, 3 cd DHM)

gluck-clemenza-tito-ehrhardt-werner-arte-del-mundo-dhmCD, annonce : Gluck, La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013, 3 cd DHM). GLUCK AVANT GLUCK… D’emblĂ©e la vitalitĂ© brillante et frĂ©nĂ©tique de l’Ă©criture, malgrĂ© son cĂ´tĂ© lumineux, fait quand mĂŞme entendre des formules classiques europĂ©ennes standardisĂ©es ; mais l’Ă©nergie dramatique de Gluck, grand rĂ©formateur de l’opĂ©ra Ă  Paris dans les annĂ©es 1770, infĂ©odant les options du langage musical Ă  la seule cohĂ©rence de l’action, porte ici un projet qui frappe donc convainc par le tempĂ©rament gĂ©nĂ©ral du plateau vocal, entre ardeur et ciselure verbale, finesse imaginative du continuo, Ă©lĂ©gance et expressivitĂ©. Ayant dans l’oreille le chef d’oeuvre absolu (et toujours mĂ©sestimĂ© selon nous) signĂ© Mozart sur le mĂŞme sujet (1791 : de 20 ans plus tardif que le prĂ©sent ouvrage), l’ouvrage de Gluck surprend par sa coupe ardente, l’ambition de ses rĂ©citatifs (du vrai théâtre lyrique : toute la première scène d’ouverture est du pur théâtre) et ici, une très fine caractĂ©risation des protagonistes : Vitellia, Sesto, Titus, Servillia, c’est Ă  dire le  quatuor embrasĂ© des amours Ă©prouvĂ©es, en souffrance dont la couleur spĂ©cifique fait passer du classicisme au prĂ©romantisme… Ă©volution tĂ©nue que Mozart incarne Ă  merveille.

Dans cet enregistrement rĂ©alisĂ© en novembre 2013, l’Ă©quipe de chanteurs et des instrumentistes rĂ©unie par Werner Ehrhardt dĂ©fend avec conviction et subtilitĂ© l’une des partitions mĂ©connues du chevalier Gluck, constellĂ© de pĂ©pites lyriques. Un ouvrage qui remontant Ă  1752 (crĂ©Ă© Ă  Naples) et sur le livret de MĂ©tastase incarne les valeurs humanistes et Ă©clairĂ©es de l’Europe intellectuelle et savante. Et qui sous la plume du compositeur passionnĂ© de vertus comme de passion, saisit par la volontĂ© de caractĂ©risation de chaque profil : voyez le formidable Sesto Ă  l’allure carnassier et martial par exemple… On y relève les ficelles du milieu napolitain dans lequel Gluck Ă©volue, celui des Tratetta et Jommelli. Mais le fiĂ©vreux dĂ©miurge se distingue dĂ©jĂ , 20 ans avant sa rĂ©volution parisienne, par son muscle rebelle, sa tension continue… En somme Gluck avant Gluck. Parmi les solistes brillent en particulier : Laura Aikin (Vitellia), Raffaella Milanesi (dans le rĂ´le travesti de Sesto, relevant les dĂ©fis acrobatiques d’un caractère très fort ici), surtout l’Ă©clat hautement dramatique du haute contre Valer Sabadus (fragile et très intense Annio)… Prochaine grande critique de La Clemenza di Tito de Gluck par Werner Ehrhardt dans le mag cd de classiquenews.com

Gluck :  La Clemenza di Tito (1752). Aikin, Trost, Milanesi, Ezenarro, Sabadus, Ferri-Benedetti, L`arte del mondo. Werner Ehrhardt. 3 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi  (Sony classical)

CD. Provenzale : La Stellidaura Vendicante (Alessandro de Marchi, 2012)

provenzale stellidaura vendicante marchi innsbruckCD. Provenzale : La Stellidaura Vendicante (Alessandro de Marchi, 2012). Il fut un temps, à l’époque du feu label Opus 111, depuis racheté par Naïve, Provenzale occupait une place non négligeable du catalogue discographique grâce entre autres à l’audace défricheuse de l’ex Capella dei Turchini (Antonio Florio, direction) qui s’était fait une spécialité de défricher l’œuvre prolifique du Napolitain. Un tempérament taillé pour l’opéra qui aux côtés des perles comiques et des oratorios et drames sacrés (spesames fervents de Rosalia dans La Colomba ferita), nous offre ici un opéra tragico héroïque de 1674, nouveau jalon de l’opéra parténopéen du premier baroque (Seicento). S’y agrègent tous les ferments d’un génie lyrique et dramatique puissant et terriblement sensuel (Cavalli le sublime vénitien n’est pas loin) au service d’une action qui met en scène l’indomptable et loyale Stellidaura, femme déterminée et courageuse, prête à tout pour sauver son amant Armidoro, bravant le cynisme barbare de son ennemi, l’inflexible Orismondo : Stellidaura est donc une préfiguration de Leonora et de Tosca, une lionne faite femme.

Stellidaura, la veine pathétique et sensuelle de Provenzale
L’ouvrage est inspirée de la cantatrice Giulia de Caro, directrice du San Bartolomeo de Naples qui passa commande à Provenzale. Exhumée en 1997 (Bruxelles, La Monnaie), la partition est ensuite remontée en 2012 à Innsbruck, sous la tutelle du même chef explorateur, Alessandro de Marchi et son ensemble Academia Montis Realis. L’Italien devenu après René Jacobs, directeur du festival d’Innsbruck, entend reproduire le miracle des représentations passées, un peu à la façon de La Calisto de Cavalli pour le même Jacobs. Las, la distribution est loin d’être à la hauteur de l’ouvrage et les instrumentistes de de Marchi n’ont pas toute le flexibilité ni la science dynamique… des Turchini. Ni même la verve versatile, entre langueurs sincères et amoureuse du couple héroïque (Stellidaura et Armidoro) et comique déjanté voire délirant des personnages secondaires (dont évidemment des dérapages plébéiens cocasses voire picaresques. ici en dialecte calabrais)…
Dans le rôle titre, la mezzo Jennifer Rivera affirme un tempérament vocal généreux quoique manquant parfois de nuances, son vibrato permanent nuisant aussi à la clarté de l’émission. Face à elle, Carlo Allemano sait en revanche nuancer le rôle du méchant Orimsondo dont le désir et l’activité de la la jalousie se dévoile, tissant un être de chair et de sang, se révélant plus humain que mécaniquement barbare : un individu et non plus un type. (très beau lamento amoroso : « Trà pianti e sospiri »). D’un tessiture ample et d’une présence continue, le rôle du ténor amoureux et fervent, coloriste aussi, Armidoro est plus bancal : Adrian Strooper manque de finesse, de clarté, de justesse aussi : schématisant un personnage qui exige éclat, tendresse, intensité. Domestique à l’origine tenu par le castrat juvénile Nicolo Grimaldi (Nicolini alors âgé de 12 ans… qui créera Rinaldo de Hanedel), Armillo est ici défendu par le contre ténor Hagen Matzeit, loquace, ardent malgré sa petite voix.
En fosse, chef et instrumentistes peinent à exprimer l’extase amoureuse comme l’ivresse bouffe des situations. Le geste reste étroit, systématique en un continuo peu caractérisé et lui aussi peu nuancé, qu’un Ottavio Dantone et sa Academia Bizantina (vrai rival dans ce répertoire) aurait certainement mieux sculpté. Il y manque un soupçon de dépassement, de transe, de vertiges comme de délire… autant de critères déterminants qui font les grandes interprétations au service des grandes œuvres (c’était le cas de La Calisto de Cavalli par Jacobs dans la mise en scène de Wernicke : un must devenu légendaire). Avec l’intensité (et l’épaisseur vibrée) de Jennifer Rivera, la production d’Innsbruck en avait la promesse… mais le cast reste bancal et les instrumentistes, trop neutres. Tout est trop poli.

Francesco Provenzale (1624 – 1704) : La Stellidaura Vendicante (Naples, 1674). OpĂ©ra en 3 actes sur un livret d’Andrea Perrucci. Stellidaura : Jenifer Rivera, mezzo-soprano. Orismondo : Carlo Allemano, tĂ©nor. Armidoro : Adrian Strooper, tĂ©nor. Giampetro : Enzo Capuano, basse. Armillo : Hagen Matzeit, contre tĂ©nor. Academia Montis Regalis. Alessandro de Marchi, direction. 2 cd, DHM. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Innsbruck en 2012.

CD. CPE Bach: Concertos & Symphonies (Goltz, 2013)

CD. CPE Bach: Concertos & Symphonies. Berliner Barock Solisten, 1 cd DHM (Goltz, 2013). EmployĂ© frustrĂ© de FrĂ©dĂ©ric II Ă  Berlin, puis directeur de la musique de Hambourg (Ă  la succession du très admirĂ© Telemann son parrain en 1768), le fils le plus douĂ© de Jean-SĂ©bastien honore la rĂ©putation paternelle grâce Ă  ses partitions versatiles,  audacieuses, caractĂ©risĂ©es, fougueuses, emblèmes de l’esthĂ©tique Surm und drang et Empfindsamkeit, toujours d’une Ă©lĂ©gance suprĂŞme (celle qui inspirera tant Haydn et Mozart). Un corpus que l’on dĂ©couvre enfin aujourd’hui… heureuse rĂ©habilitation opportune pour les 300 ans du compositeur nĂ© en 1714, comme Jommelli et Gluck.

Bach_CPE_carl-philipp-emanuel-bach-concertos-symphonies-wq184-goltz-dhm-cd-berlinbarocksolistenLes oeuvres retenues par Gottfried von der Goltz, ailleurs directeur musical du Freiburger Barockorchester,, rĂ©putĂ© (Ă  raisons) pour son engagement et l’Ă©nergie de ses lectures trĂ©pidantes, met en lumière, sur le mode concertant, l’art du dialogue et de la conversation musicale du fils Bach.
2 Concertos, pour flûte et pour hautbois révèlent un souci constant de la forme à la fois imaginative et équilibrée, aux confins du baroque tardif vers déjà cette distinction concertante qui annonce les grands accomplissements de Haydn et de Mozart dans la formulation proprement classique du Concerto orchestral.
Le Concerto pour flĂ»te, serti de brillance sombre et grave, couleurs prĂ©romantiques qui en font tout le prix, date de 1747 ; il n’Ă©voque pas la relation de CPE avec le roi flĂ»tiste dont le goĂ»t plutĂ´t conforme et banal ne se serait guère accordĂ© Ă  cette pièce si nuancĂ©e et raffinĂ©e; mĂŞme le plus tardif Concerto pour hautbois (1765, deux ans avant la pĂ©riode hambourgeoise) n’Ă©voque en rien le goĂ»t de la Cour berlinoise oĂą règnent les plus dĂ©coratifs Graun et Quantz. Les deux oeuvres d’une inventivitĂ© remarquable et qui interroge en profondeur l’inclination mĂ©lancolique du sujet, ont peut-ĂŞtre Ă©tĂ© jouĂ©es dans le cercle des musiciens professionnels de Bach. Il s’agit bien de ” mettre le coeur en mouvement ” plutĂ´t que … de plaire Ă  des oreilles banales.
Ici c’est moins le super soliste au clavier l’un des plus grands de son temps qui s’inscrit au panthĂ©on de la musique pour clavecin (et clavicorde) que l’inventeur d’une forme pure, instrumentale, d’un fini inĂ©galĂ©, et d’un accomplissement singulier, Ă  la fois mĂ©lancolique (sa vraie nature), expĂ©rimental et audacieux, libre, fantaisiste, viscĂ©ralement personnel. Avec CPE Bach se prĂ©cise une claire conscience d’une Ă©criture Ă  la fois idĂ©aliste mais aussi commerciale, jouant sur la virtuositĂ© et la profondeur, le contraste et la surprise… En tĂ©moignent les deux Symphonies ici sĂ©lectionnĂ©es parmi les 6 Hambourgeoises Wq 182. CommandĂ©es par le baron Gottfried von Swieten, les oeuvres seront largement diffusĂ©es lors de son retour Ă  Vienne oĂą protecteur de Mozart et de Beethoven, von Swieten les transmet Ă  tous ceux qui reconnaissent et goĂ»te le gĂ©nie qui les frappent : CPE Bach nourrit donc l’inspiration et la maturation de Haydn, Mozart, Beethoven. C’est dire l’immense place qu’occupe le fils Bach dans l’accomplissement du romantisme viennois.
Carl Philipp Emanuel BachToutes en trois parties, les deux Symphonies Ă©tonnent par leur jaillissement spontanĂ©, une impression de naturel et d’audace Ă©nergique qui parlent manifestement au jeu des interprètes. Sous le feu ciselĂ© du chef (leader au violon : il joue un Testore de 1690), de ses solistes, le tempĂ©rament collectif souligne sans lourdeur ni artifice toute l’Ă©bullition foisonnante et flamboyante d’un Bach vrai gĂ©nie des enchaĂ®nements, des surprises, des dĂ©charges en tout genre. Pourtant malgrĂ© ce festival trĂ©pidant, la gravitĂ©, la profondeur, la sincĂ©ritĂ© ne font pas dĂ©faut. L’humour aussi (dont se souviendra Haydn). Une combinaison palpable qui fait toute la saveur de cette lecture, très recommandable pour les 300 ans de Carl Philipp Emanuel Bach en 2014.

Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788): Concertos pour flûte et hautbois, 2 Symphonies Hambourgeoises wq 182. Berlinerbarocksolisten. Gottfreid von der Goltz (violon et direction). 1 cd DHM. Enregistrement réalisé en avril 2013 à Berlin.

DOSSIER Carl Philipp Emanuel Bach, spécial tricentenaire 2014

CD. Myslivecek : Medonte (Ehrhardt, 2010)

Myslivecek: Medonte (Ehrhardt, 2010) 1 cd DHM

Medonte_myslivecekLe choix du visuel de couverture se dĂ©fend. Mars par David correspond Ă  l’esthĂ©tique de Myslivecek: ce nĂ©oclassicisme qui dans le sillon tracĂ© par Gluck rĂ©oriente toutes les dĂ©marches lyriques des annĂ©es 1780. A la rigueur parfois ascĂ©tique du sujet antique rĂ©pond une nouvelle inflexion dramatique qui favorise l’Ă©mergence du sentiment (prĂ©romantique?). A l’Ă©poque de sa dĂ©couverte en 1928, la partition de Medonte fut attribuĂ©e comme un oratorio oubliĂ© de Mozart, Ă  l’instar de l’ouvrage autographe de La Betulia Liberata, oratorio du jeune Wolfgang sur le thème de la geste de Judith; il est vrai que le style nĂ©oclassique, sa coupe nerveuse et dramatique n’est pas sans rappeler Mitridate et Lucio Silla mais Myslivecek appartient bien encore Ă  l’Ă©lĂ©gance haendĂ©lienne et aux derniers feux de l’opĂ©ra seria napolitain tel que fixĂ© par les Jommelli ou Traetta. Ceci n’Ă´te rien Ă  la valeur de cette première mondiale, fruit d’une captation live rĂ©alisĂ©e Ă  Leverkusen, en dĂ©cembre 2010. Gravure heureuse et opportunĂ©ment publiĂ©e par DHM dont l’intĂ©rĂŞt revivifie le catalogue du label dĂ©diĂ© aux perles baroques oubliĂ©es dans le giron de Sony classical.

les amants d’Argos

A l’heure oĂą la France de Marie-Antoinette enchaĂ®ne au théâtre lyrique les essais tragiques et dramatiques des Italiens (Piccinni puis Sacchini, sans compter d’autres Ă©trangers comme GrĂ©try, Gossec ou mĂŞme Jean-ChrĂ©tien Bach dont Amadis est contemporain de Medonte de 1780), Myslivecek cultive lui aussi le style mesurĂ© nĂ©oclassique du seria italien europĂ©anisĂ© oĂą rien ne compte plus que l’articulation des passions moralisatrices et le verbe Ă©difiant. Voici donc Selene d’Argos amoureuse du prince Arsace de Dodona. Mais surgit l’instrument du destin, Medonte, cruel roi de la province romaine d’Epire qui s’Ă©prend lui aussi de la belle Selene et l’emmène avec lui Ă  Epire. L’opĂ©ra met en scène les amours Ă©prouvĂ©s de Selene et d’Arsace Ă  la cour d’Epire sous le joug barbare d’un Medonte plus tyranique et jaloux que comprĂ©hensif et vertueux. Grâce Ă  l’aide d’Evandro, capitaine de la garde royale de Medonte et de la Thessalienne Zelinda, les deux cĹ“urs douloureux parviennent Ă  vaincre Medonte, mais opera seria oblige et esprit des Lumières aigu, Arsace fait montre d’une clĂ©mence exemplaire Ă  l’endroit du cruel Medonte. Après avoir pardonnĂ© Ă  leur bourreau en Epire, Arsace et Selene se retrouvent heureux, apaisĂ©s Ă  Argos.

Myslivecek, précurseur de Mozart

CrĂ©Ă© lors du carnaval de 1780 au Teatro a Torre Argentina de Rome, Medonte affirme la maĂ®trise d’un Joseph Myslivecek au terme de sa carrière lyrique dont l’Ă©criture ardente, affĂ»tĂ©e dans l’expression des passions (dès le premier air d’Evandro chantĂ© par un castrat ici distribuĂ© Ă  une soprano) influence directement le jeune Mozart lors de ses nombreux voyages Ă  travers l’Europe : leur rencontre remonte dès 1770 Ă  Bologne et produit une amitiĂ© jamais interrompue. Wolfgang se montre en particulier très curieux et connaisseur des symphonies du compositeur tchèque. Il est Ă©vident que par sa plume vivante et palpitante, vocalement virtuose, explicitement frappĂ© par la rĂ©forme de Gluck, douĂ© d’une orchestration fine et contrastĂ©e, Myslivecek a marquĂ© et inspirĂ© les avancĂ©es du jeune Mozart dans l’Ă©criture lyrique (oratorios et opĂ©ras).

La distribution est dominĂ©e par des emplois aigus : soprano (Selene, Evandro), tĂ©nor (Medonte) et mezzo (Arsace). L’interprĂ©tation mĂ©rite le meilleur accueil: voix justes, stylistiquement engagĂ©es, chacune caractĂ©risant avec naturel et parfois nuance, son caractère. Medonte s’inscrit dans le vaste catalogue des 26 opĂ©ras composĂ©s par Myslivecek: depuis Bellerofonte Ă  Venise en 1763 alors commandĂ© par son patron le Comte Vinzenz von Waldstein… jusqu’Ă  Armida (Milan, 1780) et Medonte Ă©crit pour Rome Ă  la mĂŞme pĂ©riode. Ni Armide ni Medonte ne suscitèrent l’enthousiasme Ă  leur crĂ©ation. Pourtant de nombreux Ă©pisodes militent en faveur de Myslivecek: l’air en forme de rondo d’Arsace (Luci belli, se piangete) ou surtout le trio Selene, Arsace, Medonte, concluant le II (Stelle tiranne omai…)… Au tempĂ©rament des jeunes chanteurs rĂ©pond le relief jamais rĂ©pĂ©titif de l’orchestre L’arte del mondo sous la direction sanguine de Werner Ehrhardt. Pour une prise live et au regard des risques encourrus s’agissant d’une première mondiale, le rĂ©sultat est particulièrement convaincant. RecrĂ©ation et première discographique, rĂ©ussies.

Josef Myslivecek (1737–1781) : Medonte (Rome, 1780). première mondiale, recrĂ©ation. Juanita Lascarro (Selene), Thomas Michael Allen (Medonte), Susanne Bernhard (Arsace), StĂ©phanie Elliott (Evandro), Lorina Castellano (Zelinda)… L’Arte del Mondo. Werner Erhardt, direction. 2 cd DHM enregistrĂ© en 2010. 8 86978 61242 7.

CD. Telemann: Orpheus (Mields, Gaigg, 2010, DHM)

CD. Telemann: Orpheus (Gaigg, 2010, 2 cd DHM)

SubtilitĂ© d’un gĂ©nie europĂ©en

Après une ouverture finement ciselĂ©e, resplendissant grâce Ă  l’engagement des interprètes en ces teintes haendĂ©liennes, puis un premier air avec basse continue d’Orasia (palpitante et brillante Dorothee Mields), d’un pur climat pastoral Ă  la fois tendre et plaintif, l’approche dès son dĂ©part convainc par sa grande finesse et son Ă©locution naturelle. Du reste, le dĂ©but de l’oeuvre s’ouvre comme une cantate mettant en lumière les talents de la prima donna de la production mais aussi cet Ă©clectisme virtuose d’un compositeur europĂ©en capable d’alterner les styles italiens, français et germaniques.

telemann_orpheus_Gaigg_cd_deutsche_harmonia_mundiEnregistrĂ© en Autriche en aoĂ»t 2010, la rĂ©alisation de L’Orfeo Barockorchester dirigĂ© par Michi Gaigg captive littĂ©ralement par sa justesse Ă©motionnelle, la diversitĂ© des nuances, l’absence de tout systĂ©matisme rĂ©ducteur, si frĂ©quent chez maints “baroqueux” de l’heure.

Ici le mythe d’OrphĂ©e resplendit sous la plume d’un Telemann, enivrĂ© et très inspirĂ© par la lyre du poète de Thrace. Entre l’opĂ©ra premier de Monteverdi et celui aussi rĂ©formateur de Gluck, l’Orpheus de Telemann sait prolonger la leçon de Haendel dans l’opĂ©ra seria et l’oratorio, mais aussi s’inscrit par sa sensibilitĂ© suave et souple dans l’esthĂ©tique fine et subtile de l’Emfpindseimkeit: nommĂ© directeur de la musique de Hambourg en 1722, Telemann livre ainsi de splendides opĂ©ras pour l’OpĂ©ra Gänsemarkt. En fait partie son OrphĂ©e, vraie rĂ©ussite lyrique.

Somptueuse Orasia de Dorothee Mields

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Le tĂ©nor Markus Volpert (Orpheus) est parfois dĂ©passĂ© par l’Ă©criture vocalisante du personnage (manque de souffle, ligne rompue, justesse incertaine) et son italien manque de fermetĂ© comme de stabilitĂ©; le chanteur sauve les meubles dans les airs mĂ©dians qui n’exigent aucun aigu ni tenue de voix (Tra Speranza du II est de ce fait plus rĂ©ussi mais sans guère de conviction). L’Eurydice d’Ulrike Hofbauer reste juste et très musicale. Le Pluton engagĂ© et percutant de Reinhard Mayr, souple et naturel se distingue aussi… mais la vedette de cette rĂ©alisation très attachante par sa finesse d’intonation demeure l’excellente Dorothee Mields qui campe une Orasia attachante, la reine de Thrace, amoureuse impuissante d’OrphĂ©e: elle est ardente, trouble, en rien convenue ni lisse comme peuvent l’ĂŞtre les personnages titres (OrphĂ©e et Eurydice): Ă  l’Ă©coute de son air dĂ©veloppĂ© au dĂ©but du III qu’elle introduit Ă  son dĂ©but comme c’est le cas du I: “Furt und Hoffnung ” est Ă©poustouflant, Ă  la fois virtuose et acrobatique, haletant et captivant, dĂ©clamĂ© sans affèterie, sur le souffle, mĂŞme justesse expressive dans le court air introspectif chantĂ© en français et qui a la tendre Ă©loquence d’un Lambert ou d’un Lully : ” HĂ©las quels soupirs “… . On comprend dès lors qu’elle se taille la part du lion avec des airs parmi les plus longs de l’oeuvre avec ceux de Pluton… Aucun doute la diva de la crĂ©ation pour laquelle a composĂ© Telemann, fut en son temps une diva talentueuse et dramatiquement accomplie. Qui fut-elle en rĂ©alitĂ© ?

Il revient aux instrumentistes de l’Orfeo Barockorchester sous la direction vive et affĂ»tĂ©e, colorĂ©e et agile de Michi Gaigg, de souligner les milles caractères d’une partition versatile et très diversifiĂ©e. C’est une sĂ©rie de tableaux, de miniatures mĂŞme qui Ă©clairent chacun dans leur sĂ©quence, le climat sentimental requis et situation.

Jacobs Ă  son Ă©poque avait dĂ©voilĂ© la partition du Germanique, souligner son gĂ©nie polymorphe, accuser souvent dans l’incisive sĂ©cheresse son tempĂ©rament caractĂ©risĂ©; Michi Gaigg prolonge l’ardente vitalitĂ© de la lecture première mais en demeurant d’une justesse Ă©motionnelle parfois plus fluide et vivante grâce Ă  un relief pleinement assumĂ© c’est Ă  dire parfois âpre et mordant de l’orchestre. Grâce Ă  la suretĂ© de la distribution surtout fĂ©minine dont pur joyau vocal, le soprano ardent et clair de Dorothee Mields, vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation du disque. RĂ©alisation très convaincante.

telemann_orpheus_Gaigg_cd_deutsche_harmonia_mundiGeorg PhilippTelemann (1681-1767): Orpheus. Dorothee Mields, Markus Volpert, Ulrike Hofbauer… L’Orfeo Barockorchester. Michi Gaigg, direction. 2 cd Deuteche Harmonia Mundi 886978 05972 7. 2h10mn. EnregistrĂ© en aoĂ»t 2010.

Illustration: Dorothee Mields incarne une somptueuse Orasia (DR)