Rameau 2014. Aujourd’hui, 250ème anniversaire de la mort de Jean Philippe Rameau (1683-1764)

RameauAujourd’hui, 250ème anniversaire de la mort de Jean Philippe Rameau (1683-1764). Le 12 septembre 2014 marque le 250ème anniversaire de la mort de Jean-Philippe Rameau, le plus grand génie musical français du XVIIIème. Contemporain de Bach, Haendel, Domenico Scarlatti (nés 2 ans après Rameau), Jean-Philippe souffre toujours d’une stature d’érudit réactionnaire, odieusement critiqué par Rousseau, puis contesté et écarté par Diderot et les Encyclopédistes. Or le compositeur qui fut un théoricien de premier plan – il publie son Traité d’harmonie en 1722 l’année de son installation à Paris, n’a cessé toute sa vie durant (qui fut longue car il meurt en 1764 à l’âge canonique de 80 ans), de défendre l’art musical en se souciant toujours de l’invention de la forme et aspect moins connu, de l’intelligence poétique de ses livrets : sait-on suffisamment aujourd’hui que dans Les Boréades, son ultime opéra, Rameau y dénonce la torture ? Thème trop explicite qui a probablement suscité les foudres de la censure royale.

Année Rameau 2014 : nos temps fort (opéras, concerts, ballets...)Rameau souffre en particulier de la disgrâce actuelle pour l’opéra français du XVIIIè ; à notre époque des lectures minimalistes, décalées, actualisées, l’essor des ballets, des décors spectaculaires signifient pour beaucoup l’opulence passéiste, superfétatoire d’un ordre révolu. L’homme moderne ne comprend plus le foisonnement dans les opéras de Rameau et de ses contemporains, des danses, du chant ornementé, des costumes et des effets de scènes et machineries de plus en plus spectaculaires… La discorde avec Rameau se situe ici et l’enjeu des productions et spectacles Rameau en 2014 serait justement de rétablir sa modernité et sa justesse derrière/malgré le surcroît de danses, de divertissements, de décors…

Pourtant si l’on n’interroge que la musique, souveraine dans le cas de Rameau, l’auditeur se laisse irrésistiblement saisir par un théâtre sincère qui exprime au plus juste les passions humaines et le langage du cœur. Rameau n’a cessé d’être un amoureux, parlant de sensualité, de serment éprouvés, de tendresse célébrées ; il exprime comme nul l’autre, l’intensité de l’amour et la nostalgie que sa dissipation fait naître (comme en peinture, l’œuvre de Watteau)…

Sa dernière oeuvre Les Boréades interdite en 1764 ne sera créée qu’en 1982 à Aix en Provence, et récemment Sylvie Bouissou dans sa biographie 2014, la plus complète aujourd’hui, vient de découvrir que la mélodie Frère Jacques était de la main de Rameau ! Combien d’autres découvertes attendent le chercheur ? Sans omettre la figure de ce frère cadet, Claude Rameau, compositeur et musicien comme Jean-Philippe, et peut-être plus précoce que lui, dont on ne sait encore que si peu de choses…

Louis_XV_by_Maurice-Quentin_de_La_TourL’homme des 6 opéras – jalons majeurs pour comprendre l’évolution de la machine lyrique à l’époque de Louis XV (Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux, Dardanus, Zoroastre, Les Boréades) demeure un révolutionnaire. Rameau aura régner en génie vénéré près de 30 ans sur la scène française : de 1733 avec Hippolyte à 1764 avec Les Boréades. Son opéra Samson écrit avec Voltaire fut censuré à cause de son sujet sacré et la véhémence rentrée de son traitement. La part la moins étudiée demeure sa contribution aux ouvrages de divertissement pur destiné aux événements dynastiques de la Cour à Versailles : opéras ballets ou comédies ballets (comme Platée en 1745, partition avec laquelle il invente la comédie musicale française)… Rameau reprend à son compte la fonction expérimentale d’un Lully quand il inventait l’opéra français pour Louis XIV et associait de façon nouvelle ballets et action tragique. Du reste, Rameau démontre de son vivant combien le langage musical est l’égal de la poésie et du théâtre. Les Racine et les Corneille y sont dépassés même ; les héros de Rameau : Hippolyte, Phèdre, Thésée, Dardanus, Abaris ou Castor et Pollux valent bien des Cid, Titus et Bérénice, Andromaque et Ester… C’est le temps de La Pompadour, patronne des arts, amis des musiciens : la favorite règne surtout sur le cœur de Louis XV auquel comme Rameau, elle réserve des plaisirs et divertissements toujours renouvelés. Ce fut le secret de sa permanence.

jelyotte Tocqué_Pierre_de_JélyotteOn le dit dur, inflexible, buté : rien de tel en vérité. Comme les plus grands créateurs et les peintres de génie : Leonard, Titien, Poussin, David, Rameau réinvente une forme pour chaque nouveau sujet. Amoureux des voix, il sait être souple face aux performances diverses des chanteurs : pour Pierre Jélyotte (1713-1797, portrait ci-contre), il conçoit ses plus grands personnages lyriques : de Dardanus à Platée ! En homme des Lumières, Rameau repoussent très loin les facultés expressives de l’orchestre (c’est le plus grand symphoniste de son temps), il envisage de nouvelles perspectives harmoniques pour la musique, ne cesse d’inventer de nouvelles formes théâtrales et scéniques avec surtout un partenaire familier, Cahuzac. L’homme reste mystérieux, discret, d’une exigence supérieure. Son œuvre parle pour lui : flamboyante et foisonnante, multiforme, poétiquement riche et intense, moderne. Au final, ses détracteurs ont perdu : la subtilité de son théâtre ne cesse de produire surprises et enchantements. Le merveilleux qui s’efface après Rameau, et que Mozart d’une certaine façon prolonge jusqu’à sa mort en 1791 (La Flûte enchantée), fonde le succès indiscutable de l’opéra français. Quand l’Europe s’entiche des Italiens et de leur verve bouffe, Versailles et Paris, grâce à Rameau offrent le meilleur rival de l’opéra napolitain envahissant : l’invention sans limite de Monsieur Rameau. A nous de le redécouvrir et de le comprendre mieux.

A l’heure où les reprises de Castor et Pollux se multiplient; quand négligence dommageable pour Rameau, pas une tragédie lyrique à l’Opéra de Paris -ancêtre quand même de l’Académie royale de musique pour laquelle œuvra tant Jean-Philippe-; quand William Christie et ses Arts Florissants poursuivent leur tournée internationale dédiée aux Grands Motets et aux ballets méconnus… l’idée d’un bilan se précise. C’est au terme des célébrations de l’année Rameau 2014, c’est à dire en décembre 2014 ou janvier 2015 que l’on pourra dessiner une conclusion à l’anniversaire Rameau 2014. Le rendez vous est pris. Pour l’heure, retrouvez ici même, les 5 feuilletons de notre cycle Rameau 2014. La semaine prochaine : Rameau, génie tragédien….

 

 

 

discographie récente : 6 nouveaux titres parus en 2014 …

Les Fêtes de l’Hymen et de l’Amour par Hervé Niquet
Requiem pour Mr Rameau par Skip Sempé
Les Indes Galantes par Hugo Reyne
Rameau : le grand théâtre de l’amour (Sabine Devielhe)
Dardanus, version 1744 par Pygmalion
Le jardin de monsieur : florilège d’airs lyriques du XVIIIè par le Jardin des Voix 2013, Les Arts Florissants et William Christie

CD de référence :

Castor et Pollux par William Christie (la référence inégalée au sein de la discographie ramélienne)
Pièces pour clavecin en concerts par Bruno Procopio
Rameau in Caracas : Ouvertures et ballets d’opéras par Bruno Procopio (Rameau sur les instruments modernes du Simon Bolivar Orchestra, mais avec un feu et une énergie à couper le souffle : cd événement, CLIC de classiquenews d’octobre 2013)

 

Livres

Lire Jean-Philippe Rameau, nouvelle biographie événement par Sylvie Bouissou (Fayard)

 

 

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