CD. Rameau : le grand théâtre de l’Amour. Sabine Devielhe

CD. Rameau: le grand théâtre de l’amour. Sabine Devielhe, 1 cd Erato … Le sentiment de notre rédacteur Benjamin Ballif suscite l’unanimité de la rédaction de classiquenews : le nouvel album des Ambassadeurs, complices du premier récital lyrique de la jeune diva française Sabine Devieilhe émerveille. La chanteuse était sacrée ” révélation lyrique” aux dernières Victoires de la musique 2013. Voici un Rameau inventif et audacieux, expressif et intelligent qui convainc absolument. Il est d’autant plus pertinent qu’il met en avant cette sensualité raffinée propre au XVIIIè français et qui fait aussi de Rameau, à côté du scientifique et du savant, un poète du coeur et du sentiment d’une irrésistible sensibilité.
Rousseau avait bien raison de prendre en grippe le divin Dijonais : son art dépasse tout ce qui a été écrit et composé avant lui sur la scène lyrique et à l’appui de ce récital enchanteur, le compositeur n’est-il pas finalement très proche lui aussi de la nature humaine ? … A la vocalité orfévrée de la cantatrice répond l’investissement passionnant des instrumentistes de l’ensemble fondé par le flûtiste Alexis Kossenko.
En avant première du cd qui paraît le 28 octobre prochain, voici un extrait de la critique développée de notre rédacteur :

” Voici un programme audacieux crânement défendu, qui révèle ou plutôt confirme un immense talent en devenir, à l’aube nous lui souhaitons, d’une prodigieuse carrière.

Sabine Devieilhe, diva ramélienne

Devieilhe_sabine_ERATO_rameau_theatre_amour_ambassadeursSa Folie de Platée impose le délire avec un raffinement naturel que rehaussent encore la vivacité et les nuances dynamiques de l’orchestre. Tandis que, plus justement accordés à la thématique du cd, Tristes apprêts, pâles flambeaux (Castor et Pollux) étourdit par sa grâce simple et transparente (superbes bassons tout aussi enivrés et funèbres), celle d’un Télaïre pure et digne, touchée par le désespoir le plus noir : que sa phrase et sa ligne sont animées par une intelligence pudique sans apprêt réellement ; auparavant son Alphise des Boréades, même amoureuse éprouvée, succombe tout autant face à l’épreuve des éléments (omniprésents dans Les Boréades, ultime opéra de Rameau, qui meurt en 1764 avant de l’avoir créé) … son soprano coloratoure, fin et diamantin réussit le passage des vocalises qui attestent de sa détermination conquérante. Car outre la perfection de la technicienne, Sabine Devieilhe sait aussi incarner et imposer un tempérament dramatique d’une élégance superlative. Une sensibilité blessée au timbre limpide, à l’émotivité fragile, à la diction rigoureuse : un tempérament véritable et singulier … entre Sandrine Piau et Véronique Gens.
De leur côté, sublimes complices d’un parcours sans fautes, les instrumentistes des Ambassadeurs séduisent par la même souple expressivité, mordants et ductiles à souhait ; voici un Rameau qui n’est pas seulement articulé, rythmiquement pétillant et insolent, sensuellement exquis (remarquable ouverture de Pygmalion) et dramatiquement construit : les interprètes visiblement en complicité, habitent Rameau d’une profondeur et d’une élégance racée totalement convaincante. Avant les célébrations Rameau 2014, pour le 250ème anniversaire de la mort, le disque éblouit par son intelligence musicale, sa perfection sensible, ses prises de risques (instrumentales autant que vocales : écoutez la liberté interprétative de l’orchestre, son éloquence dans le ballet figuré de Zoroastre, ou dans le sommeil d’un pur onirisme – appel au rêve- de Dardanus…) ; ou ses pas feutrés et cette puissance rythmique de la contredanse des Boréades (plage 9), ces cors somptueux des mêmes Boréades dans l’air d’Alphise qui précède . Voilà bien longtemps, depuis William Christie et ses Arts Florissants si magiciens, que nous n’avions pas écouté une approche aussi aboutie, au relief si remarquablement ouvragé.
Le label Erato qui renaît miraculeusement au détour d’un changement de propriétaire semble recouvrer ici ses grandes heures baroques, à l’époque des réalisations les plus convaincantes de l’histoire du disque. Voilà qui augure de passionnantes prochaines nouveautés à venir “… Critique complète au moment de la parution du disque de Sabine Devieilhe : le 28 octobre 2013.

Rameau : le grand théâtre de l’amour. Sabine Devielhe, soprano. Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction. 1 cd Erato. 1h20 mn.

concert
Sabine Devieilhe et Les Ambassadeurs proposent le programme de leur disque au concert à l’Opéra royal de Versailles, superbe hommage à Rameau dans le lieu qui lui est si naturel, le 5 novembre 2013, 20h.