LIVRE événement annonce. En un acte – Les actes de ballet de Jean-Philippe Rameau (Éditions Aedam Musicae).

rameau en un acte anacreon les actes de ballet 1745 1757 opera baroque francais editions aedam musicae annonce livre187LIVRE événement annonce. En un acte – Les actes de ballet de Jean-Philippe Rameau. Ouvrage collectif sous la direction de Raphaëlle Legrand, Rémy-Michel Trotier (Éditions Aedam Musicae). LABORATOIRE BAROQUE… le format court stimule la créativité du plus grand génie baroque français au XVIIIè : aux côtés de ses tragédie en musique, Rameau a développé toute sa vie, les ballets en un acte : plus qu’esquisse, écrin fougueux, audacieux, condensé d’invention musicales et d’idées dramatiques… Voici donc un état analytique de l’Å“uvre de Rameau “en un acte”, soit 11 ouvrages ici présentés, de 1745 à 1757, période de sa maturité, et qui dévoile l’une des facettes de son diamant poétique et musical (celui dont parle Francis Ponge, in Société du génie, 1961). En couverture, le salon en treillis d’Anacréon (1754 ; révisé en 1757 dans la Suite Les Surprises de l’Amour), pastorale héroïque d’un onirisme amoureux enivré, unique et singulier à son époque… où le vieux sage Anacréon finit par sceller le voeu qui unit Batyle à la charmante Clhoé.

Dans ces 11 ouvrages remarquablement commentés, se précise la fabrique poétique et musicale du grand Rameau. En témoignent, pourtant méconnus, le ballet en un acte Nélée et Mirthis, celui des Fêtes de Ramire ou encore la pastorale de Lisis et Délie … Les bijoux miniatures ne manquent pas ; mais ont passé inaperçus à côté des longues tragédies et des ballets composés de plusieurs entrées qui ont fait la renommée du musicien. Le travail des chercheurs a tenté ici d’identifier le catalogue, rétablir la chronologie des partitions, recomposer l’histoire des versions successives… Bien documentés au disque, Pigmalion, La Guirlande ou Zéphire sont toujours absents des salles, ; quels apports l’Anacréon de 1754, sur un livret de Louis de Cahusac, contenait-il vis à vis de celui écrit en 1757 avec Pierre-Joseph Bernard.
Contrairement aux idées reçues (et encore abondamment diffusées), Rameau inventeur musicien de génie, s’est soucié de la cohérence et du fini poétique de ses livrets. Ce sont moins ses poèmes choisis pour être mis en musique qui sont « médiocres » (jugement improbable au regard de l’indigence de notre époque) que l’esthétique poétique du XVIIIè qui devrait être alors reconsidérée. Ainsi Voltaire qui avait le projet d’un Samson avec Rameau, mais aussi Rousseau, Marmontel ou encore Collé qui coopèrent avec le génie musical de leur temps, livrant à la cour de Franc, les divertissements des saisons très privées du château de Fontainebleau.
Emblématiques d’une époque glorieuse pour le divertissement de cour en France, certains illustrent ainsi la quintessence du style Louis XV, comme La Naissance d’Osiris, Les Sibarites, la subtile pastorale de Daphnis et Églé…

En préalable à la première édition critique complète de leurs livrets, chaque opéra (acte de ballet) est analysé, à la lumière des contextes d’élaboration et des modalités de composition. Leur ancrage dans l’esthétique du milieu du XVIIIè, dans l’évolution sensible de la pratique théâtrale à l’époque de Rameau (machineries, chorégraphies, dispositif des décors, scènes et lieux de représentation…) est scrupuleusement documenté.
CLIC D'OR macaron 200Dans la partie III, celle dédiée aux approches formelles, l’analyse collective tend à redéfinir chaque acte de ballet comme autant de « miniatures » supportant une réévaluation en « macrostructures », c’est à dire des univers complets par eux-mêmes, où transpire partout « le soin extrême que Rameau mit à leur composition ». On est donc loin d’une contribution anecdotique : c’est tout un pan de l’œuvre de Rameau qui nous est enfin restituée. Grande critique à venir d’ici le 20 octobre 2019, dans notre magazine cd dvd livres sur CLASSIQUENEWS. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée 2019.

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LIVRE ̩v̩nement annonce. En un acte РLes actes de ballet de Jean-Philippe Rameau
Ouvrage collectif sous la direction de Raphaëlle Legrand, Rémy-Michel Trotier
Date de parution : Septembre 2019 Р(AEM-187 Р̩ditions AEDAM MUSICAE).
Études réunies et présentées par Raphaëlle Legrand et Rémy-Michel Trotier
Avec la collaboration de Laura Naudeix et Thomas Soury
Et les contributions de Philippe Cathé, Vincent Dorothée, Julien Dubruque, Matthieu Franchin, Jean-Philippe Grosperrin, Rebecca Harris-Warrick, Hubert Hazebroucq, Sarah Nancy, Benjamin Pintiaux, Bertrand Porot, Théodora Psychoyou, Graham Sadler, Ana Stefanovic.

Avec la première édition critique complète des livrets des douze actes de ballet de Rameau.

Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra, le 27 septembre 2019. Rameau : Les Indes galantes. Leonardo García Alarcón / Clément Cogitore.

Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra, le 27 septembre 2019. Rameau : Les Indes galantes. Leonardo García Alarcón / Clément Cogitore. Il est finalement peu de soirées à l’issue desquelles on a l’impression d’avoir assisté à un spectacle qui fera date pour une génération, et ce malgré quelques imperfections bien compréhensibles pour une toute première mise en scène d’opéra. Ainsi de ces Indes galantes confiées au plasticien d’origine alsacienne Clément Cogitore (36 ans), jeune surdoué touche à tout qui s’est illustré aussi bien dans les expositions d’art contemporain qu’au cinéma (César du meilleur premier film pour « Ni le ciel ni la terre », en 2016). Son travail surprend ici par l’aura de mystère et d’imprévisible constamment à l’oeuvre, le tout baigné dans une pénombre énigmatique et envoûtante, toujours animée des chorégraphies endiablées de Bintou Dembélé. Si l’on est guère surpris de trouver la danse aussi présente dans cet ouvrage qui marie si bien les genres, c’est bien davantage l’apport de danses issues des «quartiers» (banlieues ou cités – peu importe le nom politiquement correct à donner), qui enthousiasme par sa richesse expressive. En faisant appel à la compagnie Rualité, le hip hop fait ainsi son entrée au répertoire de la grande maison, sans jamais sacrifier au style.

 

 

COGITORE chez Rameau :
l’ombre du mystère, de l’imprévisible…

 

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Cogitore a la bonne idée de lier les différentes entrées du livret en parsemant l’ouvrage de fils rouges, tout particulièrement la problématique de l’apparence et du costume que l’on endosse pour rendre crédible le rôle que la société tend à nous faire jouer : le prologue donne ainsi à voir l’habillage à vue des danseurs comme un miroir du nécessaire apprentissage des conventions sociales, avant que les trois entrées successives n’opposent les puissants et leurs obligés par l’omniprésence d’un Etat policier incarné par des CRS aux faux airs de samouraïs. Faut-il reconnaître des migrants syriens dans les réfugiés visibles à l’issue de la tempête de l’entrée du Turc généreux ? On le croit, tant le message de Cogitore consiste à nous rappeler combien la communauté humaine se doit d’être unie, bien au-delà de l’illusion des rôles et des égoïsmes nationaux.

Le spectacle perd toutefois en force en deuxième partie, lorsque la danse se fait moins présente. Si la première partie comique de l’entrée des Fleurs s’avère séduisante par son décor de quartier rouge, le spectacle n’évite pas ensuite quelques naïvetés avec son manège, sa «chanteuse papillon» dans les airs ou ses pom-pom girls maladroites, avant de se reprendre par quelques bonnes idées, tel le joueur de flûte qui conduit les enfants et surtout la brillante conclusion en arche : la reprise inattendue du défilé de mode du prologue permet une revue de tous les artistes du spectacle, chanteurs et danseurs, noyant la chaconne conclusive sous les applaudissements déchaînés du public. De mémoire de spectateur, on n’a jamais entendu une audience aussi impatiente dans la manifestation de son plaisir, en une ambiance digne d’un concert pop, rompant en cela tous les codes de l’opéra : cette spontanéité démontre combien le spectacle a fait mouche, le tout sous le regard du «tout-Paris» venu en nombre pour l’occasion, sans doute attiré par les promesses de cette production. On aura ainsi rarement vu autant de directeurs de maisons d’opéra – Amsterdam, Anvers, Versailles ou Dijon – à une première.

La grande réussite du spectacle revient tout autant au grand chef baroque Leonardo García Alarcón, dont on essaie désormais de ne rater aucune de ses grandes productions lyriques. Après la réussite d’Eliogabalo de Cavalli voilà trois ans http://www.classiquenews.com/tag/eliogabalo/, le chef argentin fait à nouveau valoir l’intensité expressive dans l’opposition détaillée des plans sonores, le tout en une attention de tous les instants à ses chanteurs. Tout le plateau vocal réuni n’appelle que des éloges par sa jeunesse irradiante et son français parfaitement prononcé.

Ainsi de Stanislas de Barbeyrac, à l’éloquence triomphante et puissante, et plus encore d’Alexandre Duhamel, impressionnant de présence dans son hymne au soleil, notamment. Florian Sempey n’est pas en reste dans la diction, même si on note une tessiture un peu juste dans les graves dans le prologue. Edwin Crossley-Mercer assure bien sa partie malgré un timbre un rien trop engorgé, tandis que Mathias Vidal soulève encore l’enthousiasme par son chant généreux et engagé, et ce malgré un aigu un rien difficile dans certains passages. Mais ce sont plus encore les femmes qui donnent à se réjouir du spectacle, tout particulièrement la grâce diaphane, les nuances et les phrasés aériens de Sabine Devieilhe, véritable joyau tout du long. Jodie Devos et Julie Fuchs sont des partenaires de luxe, vivement applaudies elles aussi, de même que l’excellent Choeur de chambre de Namur, toujours aussi impressionnant de justesse et d’investissement.

 

 
 

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Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 27 septembre 2019. Rameau : Les Indes galantes. Sabine Devieilhe (Hébé, Phani, Zima), Jodie Devos (Amour, Zaïre), Julie Fuchs (Emilie, Fatime), Mathias Vidal (Valère, Tacmas), Stanislas de Barbeyrac (Carlos, Damon), Florian Sempey (Bellone, Adario), Alexandre Duhamel (Huascar, Alvar), Edwin Crossley-Mercer (Osman, Ali), danseurs de la compagnie Rualité. Choeur de chambre de Namur, Maîtrise des Hauts-de-Seine, Choeur d’enfants de l’Opéra national de Paris, Orchestre Cappella Mediterranea, Leonardo García Alarcón, direction musicale / mise en scène Clément Cogitore. A l’affiche de l’Opéra de Paris jusqu’au 15 octobre 2019. Photo : © Little Shao / ONP Opéra national de Paris 2019…

 

 

CD, critique. RAMEAU : Pigmalion / BENDA : Pygmalion (1 cd Ram̩e Рnov 2018)

pigmalion rameau cd ramee korneel bernolet apotheosis critique concert cd clic de classiquenews cd critique classiquenewsCD, critique. RAMEAU : Pigmalion / BENDA : Pygmalion (1 cd Ramée – nov 2018). Dès l’ouverture, on demeure saisi par l’élégance naturelle, la ligne superbe du chant orchestral qui inscrit la partition dans la sensualité souveraine, gracieuse, – en rien maniériée, propre au règne de Louis XV… La tenue du ciseau du sculpteur bientôt éprouvé y est magnifiquement évoquée par les instruments de l’orchestre. Quand il faut ici réussir la précision et l’onctuosité, le détail et l’allant général – notions au centre de l’activité du sculpteur comme du compositeur, Korneel Bernolet enthousiasme par son sens des respirations, une pulsation saisissante de naturel qui aux côtés d’un soin méticuleux des nuances, produit de facto, le miracle d’une musique aussi frémissante que la vie elle-même. Nous voici au cÅ“ur du sujet de Pygmalion : il est bien question d’un art aussi vivant que la vie elle-même. Beau parallèle qui aurait charmer Rameau pour lequel rien ne compte plus que le chant et la langue de l’orchestre.

 

 

RAMEAU revivifié : le geste nuancé, palpitant de KORNEEL BERNOLET

 

 

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Les instruments savent en particulier exprimer la nature miraculeuse de l’épreuve qui foudroie littéralement le sculpteur Pigmalion, dans son atelier : coeur touché, saisi par la grâce qui se détache de sa propre création (tendre Pigmalion, parfois trop droit et lisse de Philippe Gagné ; ses aigus tendus accusent une voix limitée qui maniérée et monotone, est le maillon faible du plateau : dommage qu’il ne partage pas les nuances et accents accomplis par les instruments) ; notons a contrario relief et nuances d’un autre coeur outragé, car écarté : la Céphise de Lieselot De Wilde, autrement plus vivante. Surgit alors la statue rendue à la vie (Morgane Heyse : claire et palpitante, infiniment plus vivante et engagée que son partenaire) ; saluons de même Caroline Weynants qui fait un Amour ardent et lumineux, à la fois fragile et sensuel (« Venez aimable Grâces / Volez, empressez vous d’embellir ce séjour »), d’une suavité embrasée, saisie elle aussi par le miracle de la statue ressuscitée (qui est son œuvre, avec la complicité de sa mère Vénus).

 
 

 
 

les 2 Pygmalions de Rameau et Benda révèlent… la somptueuse élégance de l’Apotheosis Orchestra

 

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Restent l’orchestre et le direction du chef et claveciniste, Korneel Bernolet, à la tête de son ensemble sur instruments d’époque (fondé en 2013): Apotheosis Orchestra, articulé, fin, nuancé, doué d’une élégance filigranée très intéressante… l’ex assistant de Sigiswald Kuijken, qui a travaillé aussi avec les Talens lyriques et Joos van Immerseel, n’a guère de qualités françaises dans ce répertoire,- plutôt une candeur rafraîchissante qui change totalement de la tension mécanique que les chefs plus connus assènent ordinairement dans l’Hexagone : ici ni arrogance, ni démonstration, mais une simplicité et osons dire un naturel qui respire la musique du divin Rameau ; une compréhension évidente qui même la fait « parler ». La tenue de l’orchestre Apotheosis est superlative, dans ces détails instrumentaux, dans ses choix de tempi, ses silences éloquents. Cependant dans sa pulsion articulée, vivace, profondément nerveuse, de l’intérieur, jouant sur la fragmentation (cependant jamais diluée), le chef construit un Rameau somptueusement organique et architecturé (Sarabande et Tambourins) ; sensualité ductile et superbement caractérisée dans les 2 pantomimes (niaise puis très vive, dont la motricité et l’élan roboratif se rapprochent du sommet antérieur : Platée de 1745 ; d’ailleurs le soliste de Rameau pour Pigmalion et Platée fut le même : le légendaire haute-contre Pierre de Jélyotte)… Le chef maîtrise la pâte orchestrale ramélienne, trouve une sonorité onctueuse sans jamais sacrifier l’éloquence du discours musical : à travers les danses, le génie de Rameau, poète à la verve inouïe s’exprime avec un brio jamais clinquant. Dommage que dans le superbe air « Règne Amour », le chanteur déjà critiqué manque singulièrement d’éclat et de vélocité. On comprend que l’acte de ballet composé par Rameau en moins d’une semaine ait tenu l’affiche en 200 représentation jusqu’en 1781. Preuve d’un indiscutable succès.

Après la franchise expressive, la puissance poétique de Rameau, Pygmalion de Benda, de 34 ans postérieur (création à Gotha en sept 1779) semble plus anecdotique, malgré une réelle sensibilité instrumentale, plutôt séduisante et sombre (hautbois / bassons et cors dans l’ouverture) ; à l’opposé de l’œuvre unitaire entre drame, chant et musique de Rameau, Benda conçoit une partition qui cherche toujours son juste équilibre entre texte parlé et musique, soit un monodrame, une sorte de monologue, théâtral, où le créateur se parle à lui-même, soulignant l’impasse dans laquelle il est parvenu… mais sur le plan de l’écriture, cela tourne à vide, dans des formules élégantes qui soulignent la sensibilité Sturm und drang propre à la période (autour de 1780). Le livret et le monologue de Pygmalion dès le début interroge la vacuité de son inspiration qui elle aussi est à vide ! Le sculpteur se demande ce qu’il est devenu, en un gouffre introspectif absent chez le lumineux Rameau ; Pygmalion se parle à lui-même, en proie à la crise artistique ; un effet de miroir dont le chef sait aussi ciseler le relief entre élégance et acuité mordante, (très Empfindsamkeit : coupe nette et tranchée, d’une articulation orchestrale là aussi comme éclairée de l’intérieur). Le drame tourne sur lui-même : pas d’air, mais un récitatif entrecoupé de phrases orchestrales, subtilement énoncées. Jusqu’au solo de violon qui semble enfin développer une idée musicale (après plus de 20 mn de pseudo action), voire exprime l’apaisement recouvré dans le cœur et l’esprit du sculpteur un rien agité. Même Galatée, enfin vivante, de marbre à chair désirable, qui parle en fin de partition, n’offre aucun air développé ; pas même un duo pour couronner l’opus… L’action souffre de ne pas fusionner chant et orchestre : cela devient frustrant et marque les limites du genre, embryon inabouti entre théâtre parlé et intermèdes de musique orchestrale. CLIC D'OR macaron 200Difficile pour des non-germanophones d’écouter la totalité du texte, sans le soutien d’airs qui aimantent chant et orchestre. Au moins, le génie de Rameau si l’on ne comprend pas le français, regorge d’effets dramatiques et de séquences instrumentales développées, flamboyantes, superlatives. Voilà qui rend peu compte de l’activité de Benda, kappelldirector à Gotha à partir de 1770 (et jusqu’en mars 1778). Son écriture fait une synthèse très raffinée entre les Italiens (Hasse, Piccinni, Galuppi…) Gluck et l’élégance du style Mannheim : tout cela s’entend dans la tenue exemplaire de l’orchestre Apotheosis : là aussi nuancé, expressif, suggestif.

Pour l’articulation et le relief expressif de l’Orchestre, chez Rameau principalement, le présent cd remporte le CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée 2019. De toute évidence, Korneel Bernolet est notre nouveau champion chez Rameau : talent désormais à suivre. Le jeune chef et claveciniste a une imagination saisissante servie par une somptueuse élégance du geste : nous n’avions pas remarqué telles qualités ni finesse depuis l’intelligence des Kuijken, Bruggen, Christie… C’est dire. Un opéra intégral bientôt ? le jeune maestro assure le continuo des prochains ARIODANTE de Haendel (Vienne Staatsoper : 8 – 15 nov) et ISIS de Lully par les Talens lyriques au TCE, Paris (6 – 10 déc 2019).

 

 

 

 
 

 

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CD, critique. RAMEAU : Pigmalion / BENDA : Pygmalion (1 cd Ram̩e Рnov 2018) РEn couverture, la Galat̩e de Falconet de 1761.

 

 

Approfondir Mieux connaître le chef ramélien KORNEEL BERNOLET http://www.bernolet.com

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, récital de piano. La Roque d’Anthéron, le 14 août 2019. Vikingur Ólafsson, piano. Rameau, Debussy.

COMPTE-RENDU, récital de piano. La Roque d’Anthéron, le 14 août 2019. Festival International de piano de La Roque d’Anthéron. Parc du Château de Florans. Oeuvres de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et Claude Debussy (1862-1928) . Par notre envoyé spécial YVES BERGÉ. Grand, mince, allure de gendre idéal, lunettes , costume clair, très classe, le pianiste trentenaire, originaire de Reykjavik, s’avance vers le public, micro à la main et explique, en anglais, qu’il est un heureux papa depuis quatre mois, ce qui a changé sa vie et l’a amené aussi à modifier quelque peu le programme. On n’entendra donc pas Les Tableaux d’une exposition de Moussorgsky, initialement prévus. Deux seuls compositeurs au programme : Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et Claude Debussy (1862-1928). Ólafsson précise qu’il adore la Provence, la France et qu’il tient dans une très haute estime ces deux compositeurs majeurs. Il nous annonce un voyage étonnant en croisant ces deux génies, synthèse de la musique française, entre baroque et couleurs impressionnistes, si éloignés et pourtant si proches ! Ólafsson ose présenter Rameau comme un musicien de la couleur, « futuriste », proche finalement de l’idéal des peintres impressionnistes, malgré les très nombreuses compositions pour le clavecin, instrument offrant peu de nuances et Debussy pas si éloigné de l’univers de la musique baroque, par sa liberté et sa conquête du timbre, des images et des contours! Dans la première partie, qu’il veut sans applaudissements, seize pièces des deux compositeurs vont s’enchaîner !

 

 

L’islandais Vikingur Ólafsson rapproche Rameau et Debussy
dans un éblouissant voyage sensoriel

 

 

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Il y en aura quatorze dans la deuxième partie, avec cette même écoute transversale et ce même rituel de silence. Le Prélude, extrait de La Demoiselle élue de Claude Debussy est d’entrée magnifique : clarté, couleurs, alternance de grands arpèges et d’arrêts surprenants, d’une extrême sensibilité. L’enchaînement avec des extraits de la Suite en mi mineur de Rameau, sonne comme une adhésion au parti pris du pianiste ; on passera pendant pratiquement deux heures d’un compositeur à l’autre : Rameau / Debussy / Rameau / Debussy…et on s’habituera à cette cohabitation étrange au départ mais inouïe à la fin du parcours, comme une initiation évidente. Rameau a composé Trois Livres de Pièces pour clavecin: 1706-1724-1728, regroupés par tonalités. C’est l’un des plus grands musiciens français, synthèse de la musique baroque et apogée du classicisme, organiste, claveciniste, violoniste, chef d’orchestre, théoricien. Une Å“uvre pour clavecin très variée : pièces imitatives : Le Rappel des oiseaux, La Poule…, pièces de caractère : Les tendres Plaintes, Les Muses…,pièces de pure virtuosité qui rappellent Scarlatti : Les Tourbillons, Les Trois Mains…, pièces plus savantes, dans le sens des nouvelles recherches théoriques : L’Enharmonique, Les Cyclopes…La Suite en mi mineur a été rendu célèbre par Le Rappel des oiseaux et Le Tambourin. Dans le Rappel des oiseaux, on retrouve toute la science du compositeur: ornements, figuralismes, croisements des deux mains… Evocation narrative de 2 oiseaux, leurs gazouillis, agitation, dialogue. Ce n’est pas qu’une pièce descriptive; c’est aussi une pièce complexe qui permet à Rameau de nous offrir toute sa science compositionnelle, le motif des oiseaux servant de prétexte à une partition rigoureuse et « dramatique », toujours théâtrale. Ces oiseaux, comme le Rigaudon et le Tambourin sont certainement une évocation de la Provence que Rameau a connue lorsqu’il était organiste à Avignon. Ólafsson imprime à chaque pièce l’atmosphère idéale, soit enjouée, soit plaintive, jeu clair d’une grande élégance. La Tarentelle syrienne est une Å“uvre de jeunesse de Debussy éditée sous le titre « Danse ». Musique ternaire à 6/8, très vive, avec de nombreux contretemps qui donnent une allure de danse cabotine ; jeu brillant du pianiste islandais qui fait admirablement ressortir tous les motifs.
Le concert sera un feu d’artifice entre Rameau et Debussy, princes des couleurs, avides d’espaces et de liberté, malgré les codes ! Dans les deux pièces des Children’s Corner, (« Sérénade à la poupée », « la neige danse »), le pianiste trouve la justesse de ces pièces dédiées à Claude-Emma, la fille de Debussy, surnommée Chouchou et trop tôt disparue (14 ans!). Le compositeur note sur la partition : « A ma très chère Chouchou, avec les tendres excuses de son père pour ce qui va suivre ! ». Des comptines simples, mais aussi des passages de grande difficulté que surmonte aisément Olafsson. « Les tendres plaintes », de la Suite en ré majeur de Rameau, est d’une incroyable mélancolie, thème à la main droite avec cet élan sur la tierce : fa-la pour retomber sur la fondamentale ré et un accompagnement régulier en arpèges sur la tonalité de ré mineur : superbe ! Des pas sur la neige (sixième pièce du Premier Livre des Préludes) de Debussy, et cette impression de désolation, de solitude, est aussi dans la tonalité de ré mineur, clin d’Å“il du pianiste à la magie des Tendres plaintes de Rameau ? La Suite en sol mineur de Rameau nous offre une Poule très sautillante avec des notes piquées, répétées, le pianiste est survolté. Et cette danse des Sauvages, puissante, d’une théâtralité impressionnante, extraite du Troisième livre de clavecin, que Rameau réutilisera dans son Opéra-Ballets : Les Indes Galantes (1735), procédé baroque courant. Le pianiste s’amuse de ces pièces descriptives, par des attaques franches puis des pasages plus relâchés! La fille aux cheveux de lin et Ondine de Debussy, deux extraits des Ier et IIème livres des Préludes, avec ces effets de vagues rappellent La Mer (Troisième esquisse : le dialogue du vent et de la mer ». L’Indiscrète de Rameau assoit la forme Rondo avec cette alternance refrain/couplets que le pianiste distille avec une science étonnante, on croit entendre le clavecin, le violon, la viole de gambe, la flûte, car il s’agit à l’origine d’une Pièce de clavecin en concert ! L’exquise transcription par Ólafsson de « l’Entrée de Polymnie », des Boréades de Rameau, tragédie lyrique, avec ces relais permanents en croches régulières main gauche-main droite dans un tempo lent, binaire, est magique ! La Suite Pour le piano de Debussy, composé de trois pièces : « Prélude », « Sarabande », « Toccata » est le résumé de tout le compositeur : thème puissant du Prélude, martelé, ligne chromatiques, ondulations impressionnistes, sonorités très « jazzy » qui annoncent Gershwin, croisements, grandes vagues, succession d’accords de quartes vibrants et surprenants, qui noient la tonalité. Si Debussy a toujours refusé l’appellation d’impressionniste, son Å“uvre est baignée d’impressions, d’images, et nombreux sont les titres de ses Å“uvres qui font référence à des tableaux de la nature : La Mer , Jardins sous la pluie, Le vent dans la plaine….Estampes ou Images, rappellent la peinture.
La performance de Vikingur Ólafsson est gigantesque car il semble donner à Debussy une Å“uvre très structurée, d’une grande cohésion que certains lui reprochent souvent d’oublier et à Rameau la liberté, hors des systèmes d’écriture que le compositeur français codifiera, pourtant lui-même, dans son fameux Traité d’Harmonie réduite à ses principes naturels de 1722 qui fait référence encore aujourd’hui.
On sort de ce concert émerveillés et secoués par tant d’évidence, d’intelligence. Circonspects au début de ce collage qui paraissait osé, on salue, à la fin, l’audace d’un concert si rare dans ses choix de programmation : Rameau était un homme sec, rugueux, assez instable, brillant, musicien et savant. La carrure, la théâtralité, les ornements codés, l’agencement des formules semblaient si éloignés de Debussy, talentueux mais d’un esprit rebelle, novateur, moderne, anticonformiste, refusant de se plier aux règles de l’harmonie classique, rejetant les académismes esthétiques, et recherchant sans cesse des harmoniques audacieuses, refusant les formules, les cadences traditionnelles quand son éminent confrère posait en 1722 de nouvelles règles avec son Traité d’harmonie ! Mais si ses thèmes de prédilection : la mer, l’eau, les nuages… permettaient à Debussy une grande mobilité et des ondulations chromatismes noyant l’harmonie avec des nuances, des modes de jeux, d’un extrême raffinement, rappelant la palette des peintres, thèmes flottants, imprévus, comme insaisissables (Claude Monet (Impression, soleil levant,1872), il s’agissait d’une liberté était très structurée, ce que tente de prouver Vikingur Ólafsson, l’absence de de formules figées, n’excluant pas une extrême cohérence. L’immense pianiste Sviatoslav Richter, ne disait-il pas de Debussy : «  Dans la musique de Debussy, il n’y a pas d’émotions personnelles, il agit sur vous encore plus fortement que la nature. En regardant la mer, vous n’aurez pas de sensations aussi fortes qu’en écoutant La Mer. Debussy, c’est la perfection même ! ». Le public, debout, applaudissait, sans relâche, le plus français des islandais ! Un des très forts moments du Festival.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, récital de piano. La Roque d’Anthéron, le 14 août 2019. Festival International de piano de La Roque d’Anthéron. Parc du Château de Florans. Oeuvres de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) et Claude Debussy (1862-1928) . Par notre envoyé spécial YVES BERGÉ

Crédits photos : Christophe Grémiot
Mercredi 14 août 2019.
• Récital de piano : Vikingur Ólafsson
• Oeuvres de Jean-Philippe Rameau et de Claude Debussy

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. BEAUNE, le 26 juil 2019. RAMEAU : Les Indes galantes. De Negri… /Tournet

rameau jean philippe dossier classiquenews 582 822 dossierCOMPTE-RENDU, opéra, BEAUNE, le 26 juillet 2019, RAMEAU, Les Indes galantes. De Negri, Talbot, De Donato, Andrieux, Quintans, Roset, dir. Valentin Tournet. A la différence des versions habituellement données (1735, avec ses 3 entrées premières, auxquelles s’ajoutent Les sauvages en 1743), c’est celle de 1761 qui est jouée ce soir. Nous écouterons donc, outre le Prologue, Les Incas, Le Turc généreux, enfin Les Sauvages. C’est le baptême du feu pour Valentin Tournet, benjamin de la direction baroque (23 ans), au cursus prometteur, mais somme toute normal, encore bien vert. L’encensement d’un chroniqueur épisodique d’un grand quotidien était-il justifié, qui voyait en lui l’étoile montante de la nouvelle génération ? Oser s’attaquer à une œuvre aussi exigeante que Les Indes galantes, après Christophe Rousset, avant Leonardo Garcia Alarcon (dans moins de trois mois, à Bastille) relève d’un singulier défi.

 

 

La direction de Valentin Tournet,
un rien scolaire

 

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Les bonnes surprises ne manquent pas. Outre les solistes, tous connus et appréciés – on en reparlera – les chÅ“urs, comme l’orchestre ont acquis une maturité réelle, et leur professionnalisme est confirmé. L’approche du jeune chef n’a d’autre ambition que de donner à l’ouvrage toute sa vigueur, sa vie, dans une lecture où récits, ariettes, scènes descriptives, chÅ“urs s’enchaînent avec bonheur. Evidemment les caractéristiques stylistiques sont respectées par chacun, qu’il s’agisse de phrasés comme d’ornements. Les rythmes des nombreuses danses qui émaillent la partition sont enlevés, quasi chorégraphiques, tourbillonnant parfois, avec l’oubli que la nef de la Basilique, où le spectacle a dû être rapatrié car l’orage menaçait, ne sonne pas comme le plein air de la Cour des Hospices. Ainsi, la longue résonance brouille l’écoute des tutti, et réduit-elle la perception que le public a des musiciens situés en fond d’estrade. Péché de jeunesse…
Le Prélude, évidemment allégorique, formel, nous vaut d’écouter Ana Quintans, bonne soprano, secondée de Luigi de Donato, basse et de Julie Roset, soprano léger. Les équilibres sont parfois compromis à l’intérieur de l’orchestre comme entre ce  dernier et tel ou tel soliste, mais l’ensemble n’en souffre pas trop.

La deuxième entrée, devenue première – Les Incas – constitue la page la plus dramatique de l’ouvrage, dominée par la figure de Huascar, le grand-prêtre amoureux de Phani, qui refuse ses avances. Luigi de Donato, que l’on connaît pour être une des plus grandes basses baroques, un Pluton d’exception, reste en-deçà de son personnage : les moyens sont là, mais la véhémence constante du chant ne rend pas compte de la gravité ni de la noblesse du personnage. « Soleil, on a détruit tes superbes asiles », page célèbre à juste titre, introduite piano par l’orchestre, relève davantage de la plainte que de l’invocation. L’éruption volcanique provoquée par ce maléfique Huascar est bien rendue à l’orchestre et la réunion de Phani avec son amant, « Viens, Hymen », est un pur bonheur. Emmanuelle de Negri va camper en outre une Emilie d’anthologie dans le tableau suivant. La voix est accomplie, souple, longue, expressive, sonore, idéale dans cet emploi.

Le Turc généreux est Guillaume Andrieux, solide baryton, excellent comédien, qui ne fait qu’une bouchée de son rôle. Valère, dont le navire fera naufrage après une horrible tempête – obligée – retrouve Emilie et leur couple sera libéré par Osman. Philippe Talbot est Valère, auquel il donne son épaisseur humaine, avec les moyens adéquats. Si leur succès ne s’est jamais démenti depuis la pièce pour clavecin dont l’entrée est la déclinaison, Les Sauvages, malgré leur intrigue un peu simple, sont l’occasion pour Rameau d’écrire ses plus belles pages instrumentales. La danse du grand calumet de la Paix, évidemment, mais surtout la chaconne finale, sommet du baroque français. Solistes, chœurs, orchestre s’unissent pour les combinaisons renouvelées, assorties des danses enlevées dont les séductions demeurent aussi vives qu’en leur temps.
La direction, si l’on peut appeler ainsi une battue scolaire, appliquée, du jeune chef, trop souvent impuissante à équilibrer, à doser, à sculpter le discours n’est pas un réel handicap, dans la mesure où chaque interprète est pleinement investi et à l’écoute de l’autre. Mais de là à ambitionner de diriger une œuvre qui serait mise en scène, il y a un monde. Valentin Tournet franchira toutes ces étapes, n’en doutons point.
Le concert retransmis en direct sur France Musique, sera diffusé par l’Union européenne de radio-télévision. Et chacun pourra juger sur pièces.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra, BEAUNE, le 26 juillet 2019, RAMEAU, Les Indes galantes. De Négri, Talbot, De Donato, Andrieux, Quintans, Roset, dir. Valentin Tournet.

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko. Parler de pèlerinage est plutôt une notion d’ordre liturgique. Faire le pèlerinage aussi est un acte de foi, une action qui bouleverse à tout jamais les individus qui l’entament. Au cœur de la démarche, il y a un sens mystique, tout pèlerin est un témoin. En 1760, Rameau a 77 ans, pour l’époque c’était un vieillard, mais les génies n’ont pas d’âge. Dans la partition des Paladins, truffée d’hédonisme et de passages d’une grande virtuosité, Rameau déploie la plus belle de ses palettes. L’intrigue, inspirée du conte erotique de Lafontaine « Le petit chien qui secoue de l’argent et des pierreries », même si elle est expurgée de certains passages licencieux, reste un livret empreint de sensualité. Les personnages paraissent des caricatures d’eux mêmes. Le barbon, la jeune fille emprisonnée et le jeune cavalier incognito rappellent furieusement les Bartolo, Rosine et Almaviva du Barbier de Beaumarchais.

 

 

« Pilgrim’s progress »

 

 

opera-critique-classiquenews-annonce-critique-concerts-opera-festivals-classiquenews-paladins_1©Aurélie-Remy
 

 
 

S’engager à faire un opéra si français dans un théâtre tel que celui d’Oldenburg, semblait une opération délicate. En effet le style Français baroque avec ses codes et ses spécificités, semble parfois inaccessible pour les interprètes étrangers. Or, grâce à l’enthousiasme des équipes artistiques et le courage de la direction du théâtre, cette magnifique production a eu lieu. Oldenburg est une ancienne cité ducale dans le giron de la ville Hanséatique de Brême. Avec son ancien palais ducal, d’un jaune pastel charmant, ses belles ruelles et surtout son sublime théâtre à la salle lambrissée du XIXeme siècle. Le soutien du Centre de Musique Baroque de Versailles a contribué à parfaire cette production hors pair.

Ces Paladins ont réuni les forces vives de la maison avec les chanteurs de la troupe dont les jeunes talents, les extraordinaires danseurs du ballet d’Oldenburg et l’orchestre du cru, nous remarquons un ensemble artistique homogène et enthousiasmant. Chaque soliste a pris à bras le corps le style et affronté les obstacles de cette œuvre. Nous remarquons l’Argie aux couleurs puissantes de Martyna Cymerman, le fabuleux Orcan de Stephen K. Foster, la Nerine pétillante de Sooyeon Lee et dans le double rôle d’Atis et de Manto l’inénarrable Philipp Kapeller. Dans une moindre mesure l’Anselme de Ill-Hoong Choung a relevé les défis du rôle du barbon.

Les danseurs du Ballet d’Oldenburg ont offert à la musique de Rameau, une interprétation éclatante. On remarque d’ailleurs l’inventivité chorégraphique d’Antoine Jully. Le chorégraphe Français, révèle ainsi des bijoux insoupçonnés dans la partition de Rameau.

L’orchestre moderne avec des membres jouant sur instruments anciens est impressionnant par la souplesse et la couleur. On se plaît à oublier par moments que c’est un orchestre ne jouant pas intégralement sur boyaux. Menés par l’immarcescible talent d’Alexis Kossenko, qui est un des grands chefs Ramistes de tous les temps, on peut saisir chaque nuance de la partition de Rameau la plus proche de Telemann et de l’Ecole de Mannheim. Vivement Acanthe et Cephise avec ce formidable artiste !

Au sommet de l’art dramaturgique, François de Carpentries nous offre encore une fois une magnifique mise en scène ! A la fois simple dans le déroulé de la narration et profonde dans l’expression des sentiments, la mise en scène de François de Carpentries évoque très poétiquement, la nécessité de fantaisie dans la vie pour la croquer à pleines dents. Le besoin irrépressible de candeur pour révéler toute l’humanité qui nous habite. Nous encourageons vivement les professionnels à se pencher et ressentir le travail de François de Carpentries, trop absent de nos scènes Françaises.

A l’issue de cette production on semble s’éveiller du rêve poétique et philosophique qui peuple l’illusion de l’opéra. On se sent beaucoup plus sensible au beau, on se vit encore plus humain, comme une renaissance bénéfique au calme de la douce lumière nordique d’Oldenburg.

  

 

opera-paladins-concerts-festival-annonce-critiqueopera-concerts-classiquenews-classique-news-musique-classique-news-paladins_11©-Stephan-Walzl
 

  

 
 

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COMPTE-RENDU, CRITIQUE, opéra. OLDENBURG, le 16 fev 2019. RAMEAU : Les Paladins. de Carpentries / Kossenko.

Samedi 16 février 2019 à 19h30 – Oldenburgisches Staatstheater – Oldenburg (Allemagne)

Jean-Philippe Rameau
Les Paladins

Argie – Martyna Cymerman
Atis / Manto – Philipp Kapeller
N̩rine РSooyeon Lee
Orcan – Stephen K. Foster
Anselme – Ill-Hoon Choung
Un Paladin – Logan Rucker

Musette – Jean-Pierre Van Hees

BallettCompagnie Oldenburg
Opernchor des Oldenburgischen Staatstheater

Oldenburgisches Staatsorchester
Dir. Alexis Kossenko

Mise en sc̬ne РFran̤ois de Carpentries
Chor̩graphie РAntoine Jully

Photos : Paladins © A REMY – S WALZL

  

  

 

COMPTE-RENDU, CRITIQUE,opéra. DIJON, le 20 mars 2019. RAMEAU : Les Boréades. Vidal…  Haim, Kosky

Un Rameau méconnu : Les Fêtes de PolymnieCompte rendu, opéra, Dijon, Opéra de Dijon, Auditorium, le 22 mars 2019. Rameau : Les Boréades. Emmanuelle Haïm / Barrie Kosky. Les Boréades, ultime ouvrage d’un Rameau de 80 ans, jamais représenté de son vivant, est un magistral divertissement, bien davantage que la « tragédie lyrique » que son sous-titre affirme. Rameau énonce l’histoire par bribes, séparées par des danses ou des chœurs qui suspendent l’action. L’intrigue, quelque peu dérisoire, est un aimable prétexte. Alphise, reine de Bactriane, est sommée de choisir son époux. La tradition lui impose un descendant de Borée, le vent du nord. Elle repousse les deux prétendants qui se prévalent de cette filiation pour s’éprendre d’un étranger, d’origine inconnue : Abaris. On apprendra de la bouche d’Apollon que l’étranger est né de ses amours avec une nymphe de la lignée de Borée. Tout finira donc bien.

Les péripéties liées à la déconvenue des prétendants – Calisis et Borilée -comme de Borée lui-même, vont permettre au librettiste et au musicien de composer des tableaux fantastiques, correspondants aux conventions du temps : orage, séisme, vents furieux qui enlèvent l’héroïne pour la retenir en un lieu obscur où elle vit de multiples supplices. Ces épreuves et celles imposées à son amant seront surmontées grâce à la flèche enchantée qu’Amour lui avait donnée.

 
 
 
 
 
 

Les Boréades à Dijon…

Réussite absolue et souffle du génie

 

 

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Trop souvent, il faut déplorer des mises en scène qui s’approprient et défigurent l’ouvrage pour en faire quelque chose de neuf, sans rapport avec les intentions du livret et de la musique.  Barrie Kosky n’est pas de ceux-là : sa modernité, bien que radicalement novatrice, est une ascèse qui nous permet d’accéder au sens profond. On se souvient du cube qui occupait la place centrale de Castor et Pollux. Ici, Barrie Kosky crée un dispositif scénique, d’une abstraction très esthétique : une immense boîte, sorte d’ingénieux écrin, qui va s’entrouvrir, se fermer, s’ouvrir largement, emprisonner l’héroïne, pour une happy end, après les épreuves auxquelles les amants seront soumis. Sa face avant servira de fond pour des jeux d’ombres, le plateau surélevé, autour duquel évolueront le plus souvent danseurs et choristes, constituera le creuset d’une alchimie féconde. Un troisième niveau sera révélé aux finales des deuxième et cinquième actes. Le travail se concentre avant tout sur les corps, sur le geste : la chorégraphie est constante et s’étend à tous les acteurs, solistes, choristes comme danseurs, que seule la virtuosité distingue.

Dans cette ascèse plastique, tout fait sens. Accessoire, mais essentielle, la flèche, vecteur de l’amour, plantée en terre au proscénium à l’apparition du décor. Les corolles de gigantesques fleurs, variées et colorées à souhait, descendent des cintres dans une apparition admirable. Les costumes, l’usage parcimonieux de la couleur, les éclairages appelleraient un commentaire : la réussite est absolue.

Au commencement était le souffle. Borée sera le grand ordonnateur, avant que Jupiter ne s’en mêle. C’est par le souffle qu’il fera naître la musique. Christopher Purves est une des plus grandes basses baroques. Son émission et son jeu sont un constant régal. Emmanuelle de Negri, qui incarne tour à tour Sémire, Polyymnie, Cupidon et une nymphe, en est le parfait contraire : on ne sait qu’admirer le plus, du jeu ou du chant, tant les personnages cocasses, délurés qu’elle incarne et danse autant qu’elle les chante sont plus attachants les uns que les autres. Hélène Guilmette campe une Alphise émouvante, au chant exemplaire de clarté. L’Abaris de Mathias Vidal, habité par son personnage, nous empoigne aux derniers actes. Edwin Crossley-Mercer donne toute leur noblesse à Adamas, puis à Apollon, chant lumineux, rayonnant. Le Borilée de Yoann Dubruque comme le Calixis de Sébastien Droy sont tout aussi réussis.

 
 

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Les chorégraphies d’Otto Pichler, captivantes, pleinement abouties, et les danseurs professionnels – admirables – comme les chœurs, d’une fluidité corporelle rarissime, nous réjouissent.
Emmanuelle Haïm et son Concert d’Astrée réalisent là une magistrale interprétation, d’une vie constante, colorée à souhait (ah ! ces flûtes si chères à Rameau), qu’on ne peut dissocier de ce travail d’équipe, exemplaire. A quand un enregistrement et une prise vidéo ? Cette réalisation superlative l’appelle.
 
 

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Compte rendu, opéra, Dijon, Opéra de Dijon, Auditorium, le 22 mars 2019. Rameau : Les Boréades. Emmanuelle Haïm / Barrie Kosky. Crédit photographique © Opéra de Dijon – Gilles Abegg

 
  
 

CD, critique. Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes (Vashegyi, 2018, 2cd Glossa)

rameau-indes-galantes-gyrorgy-vashegyi-cd-glossa-critique-cd-classiquenews-opera-baroqueCD, critique. Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes (Vashegyi, 2018, 2cd Glossa). Certes voici une version annoncée comme d’importance, – de 1761 ; affaire de spécialistes et de chercheurs (Prologue plus ramassé, inversion dans l’ordre des entrées). Vétilles de musicologues. Ce qui compte avant tout et qui fait la valeur de la présente production (créé au MUPA de Budapest en février 2018), c’est assurément le geste sobre, souple, équilibré du chef requis pour piloter les solistes (plus ou moins convaincants), surtout le chÅ“ur et l’orchestre, – Purcell Choir et Orfeo Orchestra – deux phalanges créées in loco par le maestro György Vashegyi. Osons même écrire que ce dernier incarne pour nous, le nouvel étalon idéal dans la direction dédiée aux Å“uvres françaises du XVIIIè, celles fastueuses, souvent liées au contexte monarchique, mais sous sa main, jamais droite, tendue ni maniérée ou démonstrative. La sobriété et l’équilibre sont sa marque. Un maître en la matière.

 

 

le chef hongrois György VASHEGYI confirme qu’il est un grand ramiste
Intelligence orchestrale

 

 

 

D’abord, saluons l’intelligence de la direction qui souligne avec justesse et clarté combien l’opéra-ballet de Rameau est une formidable machinerie poétique et aussi dans son Prologue avec Hébé, une évocation tendre et presque languissante de l’amour pastoral ne serait ce que dans les couleurs de l’orchestre souverain, d’une formidable flexibilité organique grâce au geste du chef ; Vashegyi est grand ramélien jusqu’en Hongrie : il nous rappelle tout ce qu’un McGegan poursuit en vivacité et fraîcheur en Californie (Lire notre critique de son récent enregistrement du Temple de la Gloire de Rameau, version 1745, enregistré à Berkeley en avril 2017).
S’agissant de György Vashegyi, sa compréhension des ressorts de l’écriture symphonique, les coups de théâtre dont le génie de Rameau sait cultiver l’effet, entre élégance et superbe rondeur, fait merveille ici dès l’entrée en matière de ce Prologue donc, qui est un superbe lever de rideau ; on passe de l’amour enivré à l’appel des trompettes et du front de guerre… les deux chanteurs Hébé et Bellone, sont dans l’intonation, juste ; fidèles à la couleur de leur caractère, MAIS pour la première l’articulation est molle et l’on ne comprends pas 70% de son texte (Chantal Santon) ; quand pour le baryton Thomas Dollié, que l’on a connu plus articulé lui aussi, le timbre paraît abimé et usé ; comme étrangement ampoulé et forcé. Méforme passagère ? A suivre.
A l’inverse, le nerf et la vitalité dramatique de l’orchestre sont eux fabuleux. Il y a dans cette ouverture / Prologue, à la fois majestueuse et grandiose, versaillaise,  pompeuse et d’un raffinement inouï, cette ivresse et cette revendication furieuse que défend et cultive Rameau avec son sens du drame et de la noblesse la plus naturelle : György Vashegyi l’a tout à fait compris.

Chez Les Incas du Pérou (« Première entrée »), la tenue du choeur et de l’orchestre fait toute la valeur d’une partition où souffle l’esprit de la nature (airs centraux, pivots  «Brillant soleil » puis après « l’adoration du soleil », air de Huascar et du chœur justement : « Clair flambeau du monde » , la force des éléments (tremblement de terre qui suit)… indique le Rameau climatique doué d’une sensibilité à peindre l’univers et la nature de façon saisissante. Heureusement que le chœur reste articulé, proche du texte. ce qui n’est pas le cas du Huascar de Dollié, là encore peu convaincant. Et la phani « grand dessus » plutôt que soprano léger (version 1761 oblige) ne met guère à l’aise Véronique Gens.
Jean-François Bou, Osman d’un naturel puissant, associé à l’Emilie bien chantante de Katherine Watson, est le héros du Turc généreux (« Deuxième entrée ») ; son engagement dramatique, sans forcer, gagne une saine vivacité grâce à l’orchestre impétueux, électrisé dans chaque tableau allusif : tempête, marche pour les matelots de provence, et les esclaves africains, rigaudons et tambourins…
Enfin Les Sauvages, troisième et dernière entrée, doit à l’orchestre son unité, sa cohérence dramatique, une verve jamais mise à mal qui électrise là encore mais avec tact et élégance la danse du grand calumet de la paix, puis la danse des Sauvages, avant la sublime Chaconne, dans laquelle Rameau revisite le genre emblématique de la pompe versaillaise.
Par la cohésion sonore et expressive de l’orchestre ainsi piloté, se détache ce qui manquait à nombre de lectures précédentes, un lien organique entre les parties capables de révéler comme les volet d’un vaste triptyque (avec Prologue donc) sur le thème de l’amour galant, selon les latitudes terrestres. Au Pérou, en Turquie et aux Amériques, coule un même sentiment éperdu, alliant convoitise, désir, effusion finale.

 
 

 
 

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CLIC_macaron_2014La lecture confirme l’excellente compréhension du chef hongrois, son geste sûr et souple, rythmiquement juste, choralement maîtrisé, orchestralement articulé et précis. La tenue des voix – volontairement assumées « puissantes » posent problème pour certaines d’entre elles car outrées, affectées ou totalement inintelligibles. Depuis Christie, on avait compris que le baroque français tenait sa spécificité de l’articulation de la langue… Souvent le texte est absent ici. On frôle le contresens, mais cela pointe un mal contemporain : l’absence actuelle d’école française de chant baroque. Ceci est un autre problème. Cette version des Indes Galantes 1761 mérite absolument d’être écoutée, surtout pour le geste généreux du chef. Malgré nos réserves sur le choix des voix et la conception esthétique dont elles relèvent, la vision globale elle mérite un CLIC de classiquenews.

 
 

  

 
 

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CD, critique. Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes, ballet héroïque (1735) / Version de 1761 

 
Chantal Santon-Jeffery : Hébé, Zima
Katherine Watson : Emilie
Véronique Gens : Phani
Reinoud Van Mechelen : Dom Carlos, Valère, Damon
Jean-Sébastien Bou : Osman, Adario
Thomas Dolié, : Bellone, Huascar, Dom Alvar
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction
Glossa / Référence GCD 924005 / durée 2h3mn / parution annoncée le 1err mars 2019

 

 

 

 

 

 

Jephté de Montéclair en direct (MUPA, Budapest)

 György Vashegyi : le Baroque Français au sommetMUPA, BUDAPEST, en direct sur internet. Lun 11 mars 2019, 19h (MUPA Budapest). MONTECLAIR : Jephté. György VASHEGYI, direction. Le chef hongrois György Vashegyi recrée Jephté, chef-d’œuvre de Michel Pignolet de Montéclair, unique exemple de tragédie composée sur un sujet biblique en France aux XVIIe et XVIIIe siècles. MONTECLAIR (Michel Pignolet de Montéclair : 1667 – 1737) fait le lien entre les derniers feux du règne de Louis XIV et l’esprit de la régence. C’est le maillon qui manquait à notre connaissance entre la pompe de Lully et le génie symphonique de Rameau. Pignolet devenu Monteclair à partir de son installation à Paris (1687) entend s’affirmer dans le milieu musical : il rentre au service de Charles Henri de Lorraine, (Prince de Vaudémont), gouverneur du Milanais qu’il accompagne jusqu’à Milan, assimilant les dernières trouvailles des auteurs italiens à la mode (1690-1699). D’Italie, il rapporte jusque dans l’orchestre de l’Académie royale, la maîtrise de la basse de violon (contrebasse). Il assoit sa réputation de grand pédagogue, auprès entre autres de la fille de François Couperin (Margerite-Antoinette), écrit une méthode de violon, surtout attaque Rameau à coup de lettres et de conférences sur la musique (publiées dans le Mercure, 1729). Simultanément, le génie de Montéclair éclate dans sa musique de chambre, contemporaine de celle prisée par Louis XIV (trios de Marais et de De la Barre) : l’éloquence dans la langueur, qu’affectionne le Souverain, s’épanouit alors. L’époque sera bientôt au saturnisme d’un Watteau, mélancolique, dépressif… mais d’une très intense vie intérieure. Doué lui aussi de profondeur et d’un raffinement naturel, Montéclair transpose nombre d’airs lyriques à la mode pour flûte et violon, autant de recueils destinés au salon. Grand admirateur des Concerts Royaux (1714), Pignolet est comme Couperin, pour la fusion des styles français et italien.
Aux côtés de cantates françaises (3 Livres : 1709, 1716, 1728), Montéclair tout en s’opposant à Rameau, le préfigure par sa verve et sa noblesse. Après l’opéra-ballet Les Fêtes de l’été (1716), Montéclair livre son chef d’oeuvre, Jephté, opéra biblique créé en 1732 (livret de l’abbé Pellegrin), un an avant Hippolyte et Aricie de Rameau (premier opéra scandaleux de 1733).

monteclair watteau jephte opera review critique opera classiquenewsMéticuleux jusque dans les moindres détails, Montéclair fait paraître coup sur coup trois éditions de son ouvrage, abondamment corrigé et considérablement transformé. A Budapest, le chef passionné par le Baroque Français György Vashegyi (comme Nicholas McGegan en Californie) dirige une recréation  prometteuse, attendue : nouvel accomplissement à mettre au crédit du chef hongrois, le chef le plus baroque de l’heure. C’est qu’à l’articulation flexible et ronde de sa direction, il ajoute la maîtrise dans l’architecture et le souci de l’intelligibilité des chœurs, un goût sûr dans la caractérisation des épisodes purement instrumentaux. Pour les voix c’est une autre affaire : mais il est vrai, même en France, l’école du chant baroque n’existe plus, et l’on préfère souvent l’ampleur des portes voix à l’articulation intelligible du texte. La leçon de William Christie (qui a signé la première mondiale au disque de Jephté) ou de Jean-Claude Malgoire semble perdue : on ne comprend plus aujourd’hui ce que chante les chanteurs… qui sont en majorité … français. 
Saluons cependant cette production nouvelle d’un sommet biblique du Baroque Français au début des années 1730 et avant le Rameau lyrique. Car l’orchestre de Montéclair est de plus passionnants.
vashegyi-gyorgy-indes-galates-rameau-cd-critique-582-594On doit déjà à György Vashegyi, la recréation et l’enregistrement des Fêtes de Polymnie (2015), de Naïs (2018) et d’Hypermnestre (à venir en septembre 2019), Grands Motets de Rameau, de d’Isbé de Mondonville (2016 et 2017). Les Indes Galantes du même Rameau sont publiés en mars 2019 : prochaine critique à venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.

 

 

Illustrations : le maestro hongrois, fervent défenseur du Baroque Français, György Vashegyi (DR)

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En direct sur le site du MUPA, BUDAPEST, le 11 mars 2019 à 7:00 pm / 19h
https://www.mupa.hu/en/media/mupa-live-webcast

 

 

 

 

György Vashegyi, direction musicale
Tassis Christoyannis, Jephté
Chantal Santon-Jeffery, Iphise
Judith Van Wanroij, la Vérité, Almasie
Thomas Dolié, Phinée
Zachary Wilder, Ammon
Katia Velletaz, Terpsichore, Vénus, une Habitante, une Israëlite, Élise, une Bergère
David Witczak, Apollon, Abner, un Habitant
Clément Debieuvre, Abdon, un Hébreu
Adriána Kalafszky, Polymnie

Purcell Choir
Orfeo Orchestra

3h15 avec entracte

 

 

 

 

 

 

Compte-rendu, opéra. LILLE, Opéra, le 16 janv 2019. RAMEAU : Pygmalion / MONDONVILLE : Amour et Psyché. Haïm / Orlin.

Compte-rendu, Opéra. Opéra de Lille, le 16 janvier 2019. Pygmalion de Rameau couplé avec Amour et Psyché de Mondonville. Emmanuelle Haïm / Robyn Orlin. Spectacle coproduit entre l’Opéra de Lille, le Théâtre de Caen, l’Opéra de Dijon et les Théâtres de la ville de Luxembourg, c’est une bonne idée qu’ont eu les quatre institutions lyriques de coupler Pygmalion de Rameau (1748) et L’Amour et Psyché (1758) de Mondonville, qui traite tous deux de l’éternel thème de l’amour.

 
 

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La première pièce est un des huit ballets en un acte qu’écrivit le compositeur dijonnais entre 1748 et 1754. Tiré du dixième livre des Métamorphoses d’Ovide, le livret reprend la légende de Pygmalion, amoureux de la statue d’ivoire qu’il a lui-même sculptée. L’Amour anime la statue et le chœur chante les louanges du dieu qui règne sur les cœurs. La deuxième pièce est la troisième entrée du ballet héroïque intitulé Les Fêtes de Paphos qui est formé en fait de trois ballets autonomes (Vénus et Adonis, Bacchus et Erigon, et L’Amour et Psyché), composés entre 1747 et 1758, et reliés a posteriori sous le titre de Fêtes de Paphos. Si les deux ouvrages ont une même thématique amoureuse, ils diffèrent en ceci que le second est un pur divertissement, qui ne vise qu’à donner du plaisir, tandis que le second cherche à émouvoir (au sens baroque du terme).
Heureusement, les deux compositeurs français sont merveilleusement servi par la direction d’orchestre : attaques précises, clarté des pupitres, osmose avec un plateau quasi idéal… Emmanuelle Haïm, à le tête de son Concert d’Astrée, fait des merveilles !
Las, la mise en scène/chorégraphie de Robyn Orlin ne restera pas dans les annales. On a trop de fois vu ce procédé qui est de réaliser des vidéos en live pour les projeter au même moment sur des écrans. Les incessants allers et venues de sa troupe et la surabondances d’images diverses et variées parasitent l’écoute, n’éclaire en rien les histoires qui sont contées dans les livrets, et surtout ne font jamais jaillir l’émotion. La série de clichés sur le monde de l’art qui illustre le ballet de Mondonville est tout simplement hors propos et parfaitement gratuite. Bref, nous nous sommes ennuyés pour ce qui est de la partie visuelle…
La partie vocale sauve heureusement la mise (et la soirée !), avec d’abord un hommage appuyé pour le ténor flamand Reinoud van Mechelen (Pygmalion) : belle voix claire, pure et sans vibrato, tour à tour fine et puissante, élégance du style et diction parfaite du français. Statue puis Psyché, la jeune soprano colorature française Magali Léger vit les émois du sentiment amoureux sans afféterie, et nous gratifie de son beau timbre délicat. Avec une voix beaucoup plus corsée, parfois rauque, la chanteuse franco-canadienne Samantha Louis-Jean a du tempérament à revendre en Céphise puis Vénus. Dans le rôle d’Amour, commun aux deux ouvrages, Armelle Khourdoïan fait preuve autant de séduction que d’autorité, avec des aigus aisés et un medium charnu.  Enfin, dans l’hilarant rôle de Tisiphone, le baryton rochelais Victor Sicard explose en déesse (transgenre) infernale, avec une voix aussi solide que parfaitement articulée.
Grâce aux voix et à la musique, on passe au final un bonne soirée !

 
 
 

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Compte-rendu, Opéra. Opéra de Lille, le 16 janvier 2019. Pygmalion de Rameau couplé avec Amour et Psyché de Mondonville. Emmanuelle Haïm / Robyn Orlin.

 
 
 

LILLE, ONL : Mozart, Boieldieu… Les Lumières

logo_ONL_2016LILLE, ONL : Mozart, Boieldieu, les 24, 25 oct 2018. L’Orchestre National de Lille retrouve le chef Jan Willem de Vriend (l’un des 3 chefs associés étroitement à la vie de l’Orchestre à chaque saison) dans un cycle éclectique qui s’intéresse aux écritures concertantes et déjà symphoniques de Bach, Boieldieu, Mozart et surtout Rameau… Pleine immersion dans le bain bouillonnant des Lumières, quand le XVIIIè façonne à sa manière l’évolution de l’écriture pour les instruments.
Outre le Concerto pour harpe de Boieldieu (écrit à Paris en 1801, dans le style viennois, associant virtuosité et raffinement), rareté d’une exceptionnelle élégance, l’ONL met en lumière le feu mozartien et la sensibilité coloriste d’un Rameau décidément très moderne dans son approche et sa conception de l’écriture instrumentale. Les révélations de ce programme sont prometteuses. C’est un volet primordial aux côtés des concerts du répertoire, présentant les œuvres mieux connues des XIXè et XXè siècles.

Un Rameau méconnu : Les Fêtes de PolymnieRAMEAU / MOZART : L’EQUATION MAGICIENNE. Quelle belle idée de mettre en perspective dans le cadre d’un seul concert, Rameau et Mozart. Le premier apporte toutes les idées et les couleurs en une écriture qui célèbre le génie de la musique pure ; dans son dernier opéra Les Boréades (qu’il ne verra jamais représenté car les répétitions sont annulées au moment de sa mort, le 12 septembre 1764), Rameau « ose » un orchestre somptueux, d’un chromatisme nouveau dont le colorisme et cette sensibilité nouvelle au paysage atmosphérique annonce l’impressionnisme de Debussy. Rien de moins. C’est dire le champs expressifs qui s’offre ainsi au travail des instrumentistes de l’orchestre.
Dans Les Boréades, Rameau imagine les saisons (tempêtes, souffle des vents du nord, incarnés par le dieu aérien Borée et ses fils), mais aussi prend clairement partie pour les prisonniers et les esclaves torturés (en une scène de torture d’une violence inouïe, où la reine de Bactriane Alphise est malmenée par Borée et ses fils, Borilée et Calisis, à l’acte V…). Dans ses Suites de danses, qui apportent la respiration nécessaire pour équilibrer l’architecture de l’opéra, riche en rebondissements et épreuves diverses, Rameau invente véritablement l’autonomie de l’orchestre dans le flux de l’opéra : la tempête de l’acte III, qui exprime alors la colère de Borée (lequel enlève Alphise), le paysage dévasté qui s’en suit (début de l’acte IV) indique l’essor poétique de l’orchestre, véritable acteur du drame, qui permet aussi un parallèle éloquent entre l’état de la nature et l’état intérieur et psychique du héros qui est alors en scène (au début du IV, c’est Abaris, aimé d’Alpise qui paraît, démuni, inquiet car il ne voit plus celle qu’il aime et qu’a kidnappé Borée et sa clique de vents haineux)…

En homme des Lumières, Rameau annonce l’engagement des hommes de bonne volonté et aussi ce mouvement de la sensibilité qui s’intéresse aux modulations de la Nature, en son éternel et cyclique éternité. Le défi pour un orchestre d’instruments modernes est de retrouver le style baroque déjà préclassique et préromantique (résolution des ornements, tenue d’archet, ligne mélodique à partir des temps forts et secondaires, …). L’expérience du chef est ici primordiale pour réussir ce défi de la pratique historiquement informée, qui inféode la technicité à la juste expression.
BOIELDIEU portrait par classiquenews 800px-Fr-Adrien_BoieldieuRare les programmes qui ont l’audace de la mise en perspective, remontant jusqu’au XVIIIè, à la (re)découverte des compositeurs dont le langage a façonné aussi l’histoire de l’écriture orchestrale. Ainsi ce concert, exaltant les écritures de JS BACH, BOIELDIEU, MOZART et RAMEAU, rend -t-il hommage à cette période souvent boudée, où s’est construit l’essor symphonique, préparant aux grandes Å“uvres du plein XIXè. De sorte que l’on comprend comment tout est né, dans la 2è moitié du XVIIIè, le siècle des Lumières. Le cas de Boieldieu est emblématique de ces auteurs méconnus, oubliés, et pourtant majeurs à leur époque : bravant les aléas politiques de son époque (né sous l’Ancien Régime, vivant sous la Terreur, célébré durant le Consulat et l’Empire, puis estimé des Bourbons, enfin ruiné par la Révolution de Juillet 1830), Boieldieu illumine cependant le genre opéra dans les trois premières décennies du XIXè, c’es à dire quand perce le génie de Rossini (Le Calife de Bagdad créé en 1800, La Dame blanche de 1825… les chercheurs et producteurs seraient donc inspirés de se pencher enfin sur son cas : un pur tempérament imaginatif, dont le génie éclectique, synthétique mêle premier classicisme, romantisme, héritage de Gluck et concurrence des italiens dont Rossini évidemment)…

 

 

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ONL-18-19-saison-VIGNETTE-CARRE-concerts-selection-critique-concerts-par-classiquenewsOrchestre National de Lille
Programme L’Europe des Lumières
Mercredi 24 oct 2018, 20h
Jeudi 25 oct 2018, 20h
LILLE, Auditorium du Nouveau Siècle

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/leurope-des-lumieres/

 

 

BACH
Suite pour orchestre n°3

BOIELDIEU
Concerto pour harpe et orchestre

MOZART
Symphonie n° 35, Haffner

RAMEAU
Les Boréades, suite

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
JAN WILLEM DE VRIEND, direction musicale
XAVIER DE MAISTRE, harpe

 

 

 

 

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MOZART : Symphonie n°35, «  Haffner ». D’une durée légèrement supérieure à … 20 mn, selon les interprétations et leurs conceptions du tempo, la Symphonie Haffner de Mozart est écrite en juillet 1782, à Vienne, où Wolfgang vient de faire représenter l’Enlèvement au sérail, d’une violence et d’une exaltation émotionnelle inouïe. Il s’agissait alors de célébrer l’anoblissement de Siegmund Haffner qui avait demandé 6 ans auparavant à Mozart (1776) à Salzbourg, une sérénade pour le mariage de sa fille Elisabeth. Malgré une surcharge de travail, Wolfgang à Vienne livre le 3 août 1782 sa nouvelle symphonie ; c’est la capacité d’un nouvel époux, car il vient de se marier, 3 jours auparavant. Dans son plan en quatre parties, Mozart voit grand. Il joint en plus la marche en ré majeur k 408.
Le premier Allegro (con spirito) redouble d’énergie voire de frénésie exaspérée, tempérées ou plutôt canalisées par une ritournelle finale qui rappelle JS BACH que Mozart vient alors de découvrir et d’étudier minutieusement.
L’Andante qui suit, apporte réconfort et sérénité d’une sérénade toute imprégnée de calme plénitude dans l’esprit de la musique de chambre.
Le Menuetto à 3/4 indique une extension nouvelle, d’une solidité inédite qui montre le soin de Mozart pour cet épisode purement rythmique qui apporte lui aussi dans la succession des caractérisations symphoniques, une détente faite élégance et expressivité.
Enfin, le Finale (presto, à 2/2), cultive lui aussi l’énergie jaillissante avec une claire référence à l’air du chef des esclaves Osmin dans l’Enlèvement au sérail (O wie will ich triumphieren : air de victoire des esclavagistes et des tyrans…). Selon Mozart lui-même, il convient de jouer aussi vite que possible ce dernier mouvement, comme le premier Allegro doit être aborder avec tout le feu nécessaire. De toute évidence, le brio, la légèreté embrase le tissu orchestral, fait de changements de modulations, d’harmonies et de rythmes changeants et rapides. Le feu dont parle Mozart affirme ici un grand tempérament symphonique, et l’une des grandes symphonies viennoises de Wolfgang.

 

 

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L’Orchestre National de Lille à l’époque des Lumières

logo_ONL_2016LILLE, ONL : Mozart, Boieldieu, les 24, 25 oct 2018. L’Orchestre National de Lille retrouve le chef Jan Willem de Vriend (l’un des 3 chefs associés étroitement à la vie de l’Orchestre à chaque saison) dans un cycle éclectique qui s’intéresse aux écritures concertantes et déjà symphoniques de Bach, Boieldieu, Mozart et surtout Rameau… Pleine immersion dans le bain bouillonnant des Lumières, quand le XVIIIè façonne à sa manière l’évolution de l’écriture pour les instruments.
Outre le Concerto pour harpe de Boieldieu (écrit à Paris en 1801, dans le style viennois, associant virtuosité et raffinement), rareté d’une exceptionnelle élégance, l’ONL met en lumière le feu mozartien et la sensibilité coloriste d’un Rameau décidément très moderne dans son approche et sa conception de l’écriture instrumentale. Les révélations de ce programme sont prometteuses. C’est un volet primordial aux côtés des concerts du répertoire, présentant les œuvres mieux connues des XIXè et XXè siècles.

Un Rameau méconnu : Les Fêtes de PolymnieRAMEAU / MOZART : L’EQUATION MAGICIENNE. Quelle belle idée de mettre en perspective dans le cadre d’un seul concert, Rameau et Mozart. Le premier apporte toutes les idées et les couleurs en une écriture qui célèbre le génie de la musique pure ; dans son dernier opéra Les Boréades (qu’il ne verra jamais représenté car les répétitions sont annulées au moment de sa mort, le 12 septembre 1764), Rameau « ose » un orchestre somptueux, d’un chromatisme nouveau dont le colorisme et cette sensibilité nouvelle au paysage atmosphérique annonce l’impressionnisme de Debussy. Rien de moins. C’est dire le champs expressifs qui s’offre ainsi au travail des instrumentistes de l’orchestre.
Dans Les Boréades, Rameau imagine les saisons (tempêtes, souffle des vents du nord, incarnés par le dieu aérien Borée et ses fils), mais aussi prend clairement partie pour les prisonniers et les esclaves torturés (en une scène de torture d’une violence inouïe, où la reine de Bactriane Alphise est malmenée par Borée et ses fils, Borilée et Calisis, à l’acte V…). Dans ses Suites de danses, qui apportent la respiration nécessaire pour équilibrer l’architecture de l’opéra, riche en rebondissements et épreuves diverses, Rameau invente véritablement l’autonomie de l’orchestre dans le flux de l’opéra : la tempête de l’acte III, qui exprime alors la colère de Borée (lequel enlève Alphise), le paysage dévasté qui s’en suit (début de l’acte IV) indique l’essor poétique de l’orchestre, véritable acteur du drame, qui permet aussi un parallèle éloquent entre l’état de la nature et l’état intérieur et psychique du héros qui est alors en scène (au début du IV, c’est Abaris, aimé d’Alpise qui paraît, démuni, inquiet car il ne voit plus celle qu’il aime et qu’a kidnappé Borée et sa clique de vents haineux)…

En homme des Lumières, Rameau annonce l’engagement des hommes de bonne volonté et aussi ce mouvement de la sensibilité qui s’intéresse aux modulations de la Nature, en son éternel et cyclique éternité. Le défi pour un orchestre d’instruments modernes est de retrouver le style baroque déjà préclassique et préromantique (résolution des ornements, tenue d’archet, ligne mélodique à partir des temps forts et secondaires, …). L’expérience du chef est ici primordiale pour réussir ce défi de la pratique historiquement informée, qui inféode la technicité à la juste expression.
BOIELDIEU portrait par classiquenews 800px-Fr-Adrien_BoieldieuRare les programmes qui ont l’audace de la mise en perspective, remontant jusqu’au XVIIIè, à la (re)découverte des compositeurs dont le langage a façonné aussi l’histoire de l’écriture orchestrale. Ainsi ce concert, exaltant les écritures de JS BACH, BOIELDIEU, MOZART et RAMEAU, rend -t-il hommage à cette période souvent boudée, où s’est construit l’essor symphonique, préparant aux grandes Å“uvres du plein XIXè. De sorte que l’on comprend comment tout est né, dans la 2è moitié du XVIIIè, le siècle des Lumières. Le cas de Boieldieu est emblématique de ces auteurs méconnus, oubliés, et pourtant majeurs à leur époque : bravant les aléas politiques de son époque (né sous l’Ancien Régime, vivant sous la Terreur, célébré durant le Consulat et l’Empire, puis estimé des Bourbons, enfin ruiné par la Révolution de Juillet 1830), Boieldieu illumine cependant le genre opéra dans les trois premières décennies du XIXè, c’es à dire quand perce le génie de Rossini (Le Calife de Bagdad créé en 1800, La Dame blanche de 1825… les chercheurs et producteurs seraient donc inspirés de se pencher enfin sur son cas : un pur tempérament imaginatif, dont le génie éclectique, synthétique mêle premier classicisme, romantisme, héritage de Gluck et concurrence des italiens dont Rossini évidemment)…

 

 

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ONL-18-19-saison-VIGNETTE-CARRE-concerts-selection-critique-concerts-par-classiquenewsOrchestre National de Lille
Programme L’Europe des Lumières
Mercredi 24 oct 2018, 20h
Jeudi 25 oct 2018, 20h
LILLE, Auditorium du Nouveau Siècle

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/leurope-des-lumieres/

 

 

BACH
Suite pour orchestre n°3

BOIELDIEU
Concerto pour harpe et orchestre

MOZART
Symphonie n° 35, Haffner

RAMEAU
Les Boréades, suite

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
JAN WILLEM DE VRIEND, direction musicale
XAVIER DE MAISTRE, harpe

 

 

 

 

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MOZART : Symphonie n°35, «  Haffner ». D’une durée légèrement supérieure à … 20 mn, selon les interprétations et leurs conceptions du tempo, la Symphonie Haffner de Mozart est écrite en juillet 1782, à Vienne, où Wolfgang vient de faire représenter l’Enlèvement au sérail, d’une violence et d’une exaltation émotionnelle inouïe. Il s’agissait alors de célébrer l’anoblissement de Siegmund Haffner qui avait demandé 6 ans auparavant à Mozart (1776) à Salzbourg, une sérénade pour le mariage de sa fille Elisabeth. Malgré une surcharge de travail, Wolfgang à Vienne livre le 3 août 1782 sa nouvelle symphonie ; c’est la capacité d’un nouvel époux, car il vient de se marier, 3 jours auparavant. Dans son plan en quatre parties, Mozart voit grand. Il joint en plus la marche en ré majeur k 408.
Le premier Allegro (con spirito) redouble d’énergie voire de frénésie exaspérée, tempérées ou plutôt canalisées par une ritournelle finale qui rappelle JS BACH que Mozart vient alors de découvrir et d’étudier minutieusement.
L’Andante qui suit, apporte réconfort et sérénité d’une sérénade toute imprégnée de calme plénitude dans l’esprit de la musique de chambre.
Le Menuetto à 3/4 indique une extension nouvelle, d’une solidité inédite qui montre le soin de Mozart pour cet épisode purement rythmique qui apporte lui aussi dans la succession des caractérisations symphoniques, une détente faite élégance et expressivité.
Enfin, le Finale (presto, à 2/2), cultive lui aussi l’énergie jaillissante avec une claire référence à l’air du chef des esclaves Osmin dans l’Enlèvement au sérail (O wie will ich triumphieren : air de victoire des esclavagistes et des tyrans…). Selon Mozart lui-même, il convient de jouer aussi vite que possible ce dernier mouvement, comme le premier Allegro doit être aborder avec tout le feu nécessaire. De toute évidence, le brio, la légèreté embrase le tissu orchestral, fait de changements de modulations, d’harmonies et de rythmes changeants et rapides. Le feu dont parle Mozart affirme ici un grand tempérament symphonique, et l’une des grandes symphonies viennoises de Wolfgang.

 

 

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LILLE. L’ONL joue l’Europe des Lumières, de Rameau à Boieldieu

logo_ONL_2016LILLE, ONL : Mozart, Boieldieu, les 24, 25 oct 2018. L’Orchestre National de Lille retrouve le chef Jan Willem de Vriend (l’un des 3 chefs associés étroitement à la vie de l’Orchestre à chaque saison) dans un cycle éclectique qui s’intéresse aux écritures concertantes et déjà symphoniques de Bach, Boieldieu, Mozart et surtout Rameau… Pleine immersion dans le bain bouillonnant des Lumières, quand le XVIIIè façonne à sa manière l’évolution de l’écriture pour les instruments.
Outre le Concerto pour harpe de Boieldieu (écrit à Paris en 1801, dans le style viennois, associant virtuosité et raffinement), rareté d’une exceptionnelle élégance, l’ONL met en lumière le feu mozartien et la sensibilité coloriste d’un Rameau décidément très moderne dans son approche et sa conception de l’écriture instrumentale. Les révélations de ce programme sont prometteuses. C’est un volet primordial aux côtés des concerts du répertoire, présentant les œuvres mieux connues des XIXè et XXè siècles.

Un Rameau méconnu : Les Fêtes de PolymnieRAMEAU / MOZART : L’EQUATION MAGICIENNE. Quelle belle idée de mettre en perspective dans le cadre d’un seul concert, Rameau et Mozart. Le premier apporte toutes les idées et les couleurs en une écriture qui célèbre le génie de la musique pure ; dans son dernier opéra Les Boréades (qu’il ne verra jamais représenté car les répétitions sont annulées au moment de sa mort, le 12 septembre 1764), Rameau « ose » un orchestre somptueux, d’un chromatisme nouveau dont le colorisme et cette sensibilité nouvelle au paysage atmosphérique annonce l’impressionnisme de Debussy. Rien de moins. C’est dire le champs expressifs qui s’offre ainsi au travail des instrumentistes de l’orchestre.
Dans Les Boréades, Rameau imagine les saisons (tempêtes, souffle des vents du nord, incarnés par le dieu aérien Borée et ses fils), mais aussi prend clairement partie pour les prisonniers et les esclaves torturés (en une scène de torture d’une violence inouïe, où la reine de Bactriane Alphise est malmenée par Borée et ses fils, Borilée et Calisis, à l’acte V…). Dans ses Suites de danses, qui apportent la respiration nécessaire pour équilibrer l’architecture de l’opéra, riche en rebondissements et épreuves diverses, Rameau invente véritablement l’autonomie de l’orchestre dans le flux de l’opéra : la tempête de l’acte III, qui exprime alors la colère de Borée (lequel enlève Alphise), le paysage dévasté qui s’en suit (début de l’acte IV) indique l’essor poétique de l’orchestre, véritable acteur du drame, qui permet aussi un parallèle éloquent entre l’état de la nature et l’état intérieur et psychique du héros qui est alors en scène (au début du IV, c’est Abaris, aimé d’Alpise qui paraît, démuni, inquiet car il ne voit plus celle qu’il aime et qu’a kidnappé Borée et sa clique de vents haineux)…

En homme des Lumières, Rameau annonce l’engagement des hommes de bonne volonté et aussi ce mouvement de la sensibilité qui s’intéresse aux modulations de la Nature, en son éternel et cyclique éternité. Le défi pour un orchestre d’instruments modernes est de retrouver le style baroque déjà préclassique et préromantique (résolution des ornements, tenue d’archet, ligne mélodique à partir des temps forts et secondaires, …). L’expérience du chef est ici primordiale pour réussir ce défi de la pratique historiquement informée, qui inféode la technicité à la juste expression.
BOIELDIEU portrait par classiquenews 800px-Fr-Adrien_BoieldieuRare les programmes qui ont l’audace de la mise en perspective, remontant jusqu’au XVIIIè, à la (re)découverte des compositeurs dont le langage a façonné aussi l’histoire de l’écriture orchestrale. Ainsi ce concert, exaltant les écritures de JS BACH, BOIELDIEU, MOZART et RAMEAU, rend -t-il hommage à cette période souvent boudée, où s’est construit l’essor symphonique, préparant aux grandes Å“uvres du plein XIXè. De sorte que l’on comprend comment tout est né, dans la 2è moitié du XVIIIè, le siècle des Lumières. Le cas de Boieldieu est emblématique de ces auteurs méconnus, oubliés, et pourtant majeurs à leur époque : bravant les aléas politiques de son époque (né sous l’Ancien Régime, vivant sous la Terreur, célébré durant le Consulat et l’Empire, puis estimé des Bourbons, enfin ruiné par la Révolution de Juillet 1830), Boieldieu illumine cependant le genre opéra dans les trois premières décennies du XIXè, c’es à dire quand perce le génie de Rossini (Le Calife de Bagdad créé en 1800, La Dame blanche de 1825… les chercheurs et producteurs seraient donc inspirés de se pencher enfin sur son cas : un pur tempérament imaginatif, dont le génie éclectique, synthétique mêle premier classicisme, romantisme, héritage de Gluck et concurrence des italiens dont Rossini évidemment)…

 

 

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ONL-18-19-saison-VIGNETTE-CARRE-concerts-selection-critique-concerts-par-classiquenewsOrchestre National de Lille
Programme L’Europe des Lumières
Mercredi 24 oct 2018, 20h
Jeudi 25 oct 2018, 20h
LILLE, Auditorium du Nouveau Siècle

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.onlille.com/saison_18-19/concert/leurope-des-lumieres/

 

 

BACH
Suite pour orchestre n°3

BOIELDIEU
Concerto pour harpe et orchestre

MOZART
Symphonie n° 35, Haffner

RAMEAU
Les Boréades, suite

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
JAN WILLEM DE VRIEND, direction musicale
XAVIER DE MAISTRE, harpe

 

 

 

 

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MOZART : Symphonie n°35, «  Haffner ». D’une durée légèrement supérieure à … 20 mn, selon les interprétations et leurs conceptions du tempo, la Symphonie Haffner de Mozart est écrite en juillet 1782, à Vienne, où Wolfgang vient de faire représenter l’Enlèvement au sérail, d’une violence et d’une exaltation émotionnelle inouïe. Il s’agissait alors de célébrer l’anoblissement de Siegmund Haffner qui avait demandé 6 ans auparavant à Mozart (1776) à Salzbourg, une sérénade pour le mariage de sa fille Elisabeth. Malgré une surcharge de travail, Wolfgang à Vienne livre le 3 août 1782 sa nouvelle symphonie ; c’est la capacité d’un nouvel époux, car il vient de se marier, 3 jours auparavant. Dans son plan en quatre parties, Mozart voit grand. Il joint en plus la marche en ré majeur k 408.
Le premier Allegro (con spirito) redouble d’énergie voire de frénésie exaspérée, tempérées ou plutôt canalisées par une ritournelle finale qui rappelle JS BACH que Mozart vient alors de découvrir et d’étudier minutieusement.
L’Andante qui suit, apporte réconfort et sérénité d’une sérénade toute imprégnée de calme plénitude dans l’esprit de la musique de chambre.
Le Menuetto à 3/4 indique une extension nouvelle, d’une solidité inédite qui montre le soin de Mozart pour cet épisode purement rythmique qui apporte lui aussi dans la succession des caractérisations symphoniques, une détente faite élégance et expressivité.
Enfin, le Finale (presto, à 2/2), cultive lui aussi l’énergie jaillissante avec une claire référence à l’air du chef des esclaves Osmin dans l’Enlèvement au sérail (O wie will ich triumphieren : air de victoire des esclavagistes et des tyrans…). Selon Mozart lui-même, il convient de jouer aussi vite que possible ce dernier mouvement, comme le premier Allegro doit être aborder avec tout le feu nécessaire. De toute évidence, le brio, la légèreté embrase le tissu orchestral, fait de changements de modulations, d’harmonies et de rythmes changeants et rapides. Le feu dont parle Mozart affirme ici un grand tempérament symphonique, et l’une des grandes symphonies viennoises de Wolfgang.

 

 

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Les Fêtes de l’Hymen et de l’Amour de Rameau

Un Rameau méconnu : Les Fêtes de PolymnieFrance 2. Vendredi 22 juillet 2016, 1h15. Rameau : Fêtes de l’hymen et de l’amour. Dans son cyle Nuits d’été, France 2 diffuse un concert lyrique inédit réalisé pour l’année Rameau 2014 (250 ans de la mort du compositeur Dijonais, le génie incontesté de la musique française baroque avant l’essor du néoclassicisme à la fin du XVIIIè. Mort en 1764, sans avoir vécu la création de son dernier opéra pourtant achevé, Les Borades, Rameau incarne à l’égal des peitnres Watteau et surtout Boucher puis Fragonard, cet idéal de poésie sensuelle et d’un raffinement extrême sur le plan des couleurs instrumentales. En témoigne ce spectacle d’un genre mixte, qui renouvelle l’idéal inventé au sicèle passé par Molière et Lully, l’Opéra-ballet, ici en un prologue et trois actes, créé en 1747. Fidèle au gôut de Louis XV, souverain neurasténique et dépressif que tente d’égayer sa maîtresse L’astucieuse Pompadour, Rameau échafaude une intrigue légère et sentimentale qui dans un souci de renouvellement des genres, fusionne mythologie et exotisme : L’amour(le Roi) se désespère mais est bientôt diverti par un pur drame oriental, nilotique, dont le raffinement et l’invention mélodique illustre le prétexte exotique de chaque acte ou entrée…
Ainsi c’est une Egypte arcadienne que convoque l’ouvrage de Rameau : dans le premier acte, la reine Orthésie, un temps trompée par les intrigues de l’amazone Mirrine, reste distante vis à vis d’Osiris, avant de succomber totalement au charme du dieu d’Egypte.
Dans le second épisode, Canope / Nilée aime passionnément la belle Memphis, mais il doit avant de s’unir à elle, paraître sous son vrai visage divin et aussi la protéger du couteau sacrificiel du Grand Prêtre. A la fois démonstration de puissance (à l’orchestre : Rameau a toujours cultivé les effets cataclysmique, en vrai amoureux de la nature) et coup de tonnerre qui rompt la continuité du drame, le débordement du Nil est un point spectaculaire qui témoigne du génie dramatique de Rameau.

Le troisième acte évoque les amours du dieu des arts Aruéris et de la belle Orie prête à succomber aux charmes divin. C’est pour Rameau l’occasion de briller par une orchestration extrêmement subtile. Ici, seule l’invention dont est capable le compositeur assure la cohérence entre des tableaux assez disparates, même si personnages et cadres d’un acte à l’autre se déroulent en Egypte. mais c’est une Egypte rêvée et fantasmée, particulièrement redessinée selon les lois de la nécessité des sentiments exprimées, en particulier amoureux. Comme l’Arcadie, accueillant bergers et nymphes était le lieu de l’opéra du XVIIè pour représenter toutes les composantes du drame amoureux, l’Egypte sous Louis XV et grâce au génie de Rameau, est pour le XVIIIè, la nouvelle terre des amours contrariées puis résolues.



SYNOPSIS. Au cÅ“ur de son palais, l’Amour s’inquiète. les Grâces, les Jeux, les Ris et les Plaisirs ne parviennent pas à l’égayer. Il révèle enfin avoir déclaré la guerre à l’Hymen. La perspective de se soumettre à la puissance de cet ennemi redoutable lui est insoutenable. Un bruit pompeux annonce l’Hymen qui paraît au milieu des Vertus. Contre toute attente, il affirme vouloir faire triompher l’Amour. Celui-ci s’adoucit, retrouve toute sa vitalité et s’unit à l’Hymen : leurs cours s’échangent des présents. On voit bientôt danser ensemble les Grâces, les Plaisirs et les Vertus sous l’Å“il bienveillant des deux divinités.

Première entrée / premier acte
 : Osiris. Mirrine, amazone belliqueuse, tente de persuader sa reine, Orthésie, de ne pas souffrir la présence d’Osiris et de ses troupes. Tandis que ce dernier s’annonce, quelques Amazones courent se préparer au combat. Osiris prétend pourtant n’apporter que l’amour et la paix. Il ordonne un ballet gracieux : les saisons, chargées de fleurs et de fruits, en font présent à Orthésie. La reine et sa suite commencent à se laisser séduire ; Mirrine, furieuse, prétend résister malgré tout et disparaît. La fête se poursuit : les muses descendent des cieux et présentent aux Amazones les arts dans toute leur perfection ; les Égyptiens élèvent des berceaux de fleurs magnifiques. De plus en plus d’Amazones rejoignent le divertissement et s’émerveillent de ce qu’elles découvrent. Les dernières résistances d’Orthésie s’évanouissent. Des bruits guerriers se font soudain entendre : Mirrine paraît à la tête d’une troupe d’Amazones rebelles. Alors qu’elle s’apprête à frapper Osiris, Orthésie s’interpose. La dissidente est désarmée. Le geste de la reine n’a trompé personne : elle avoue être éprise d’Osiris. Celui-ci rend hommage à l’Amour. Son peuple s’unit aux Amazones pour une fête générale.

Deuxième entrée / acte : 
Canope. Sur les bords du Nil, à la frontière entre l’Égypte et l’Éthiopie, une fête en l’honneur de Canope se prépare. Celui-ci ne songe qu’à dévoiler à la nymphe Memphis, dont il est épris, sa véritable identité. C’est sous les traits de Nilée, simple égyptien qu’il l’a séduite. Elle est annoncée. Il l’écoute épancher son cÅ“ur : un songe funeste lui fait craindre d’être celle que l’on sacrifiera à l’occasion de la fête. Nilée veut la rassurer mais un chÅ“ur de déploration donne raison à Memphis : c’est bien elle qui doit perdre la vie. Son amant prétend la protéger du couteau des prêtres. Déjà ceux-ci s’avancent et confirment l’arrêt du sort. Memphis se résigne ; des égyptiennes viennent la  parer pour le sacrifice, tandis que des prêtresses élèvent des autels. Toutes se lamentent du sort de la nymphe. Les rituels débutent ; Memphis monte à l’autel ; le Grand-Prêtre saisit le couteau sacré. Soudain, le jour s’obscurcit ; les flots se soulèvent depuis les cataractes jusqu’aux rives d’ Éthiopie. Le débordement du Nil annonce l’arrivée de Canope. Memphis ne peut croire que Nilée et le dieu ne font qu’un. Elle doit pourtant se rendre à l’évidence. Tous deux échangent alors des serments d’amour. Memphis demande à Canope d’avoir pitié de son peuple : celui-ci lui obéit, ordonne de grandes réjouissances, et baptise la ville de leur amour ” Memphis “.

Troisième ballet / acte : 
Aruéris ou les Isies. Le dieu des arts, Aruéris, souhaite s’allier à l’amour pour adoucir la vie des humains. La jeune nymphe Orie lui confie ses troubles : le dieu la console en lui vantant la puissance des arts sur l’âme, et finit par lui avouer son amour. Il ordonne des jeux en l’honneur d’Isis, auxquels il l’invite à se joindre. Des Égyptiens chantant, dansant, et jouant d’instruments divers célèbrent les Isies, joutes artistiques fondées par Aruéris. On dispute les prix de la voie, de la musique, de la danse. Orie interrompt les jeux et rend hommage à son amant par un chant de la plus grande beauté. Tous décident de lui offrir la couronne de myrte pour sa prestation. Orie dédie cette couronne à l’Amour. Aruéris annonce leur hymen prochain et offre aux vainqueurs des jeux la main de celles qu’ils aiment.

Captation à l’Opéra Royal du Château de Versailles 
Pour l’ouverture officielle de l’année Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
Par le Concert Spirituel
Opéra-Ballet en un prologue et trois entrées (1747)
ChÅ“ur et orchestre du Concert Spirituel / Hervé Niquet, direction. 


Avec Chantal Santon Jeffery (Orthésie, Orie), Carolyn Sampson (L’Amour, Memphis, Une première égyptienne, Une bergère égyptienne), Blandine Staskiewskicz (L’Hymen, Une égyptienne, Une seconde égyptienne), Jennifer Borghi (Mirrine), Reinoud van Mechelen (Osiris, Un berger égyptien, Un égyptien), Mathias Vidal (Un plaisir, Agéris, Aruéris), Tassis Christoyannis (Canope), Alain Buet (Le grand-prêtre, Un égyptien)

france2-logoRameau : Les Fêtes de l’Hymen et de l’Amour, opéra ballet. France 2, vendredi 22 juillet 2016, 1h15. Durée : 2h
 – Année 2014 – 
Réalisation Yan Proefrock – 
Production Step by Step production – 
Unité musique et spectacles vivants France Télévisions :  Nicolas Auboyneau - Sophie Humarau

CD, compte rendu critique. Vertigo. Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin (1 cd Erato, mai 2015)

vertigo jean rondeau cd erato critique review classiquenews fevrier 2016CD, compte rendu critique. Vertigo. Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin (1 cd Erato, mai 2015). Clavecin opératique. Le texte du livret notice accompagnant ce produit conçu comme une pérégrination intérieure et surtout personnelle donne la clé du drame qui s’y joue. Quelque part en zones d’illusions, c’est à dire baroques, vers 1746… Jean Rondeau le claveciniste nous dit s’égarer dans un fond de décors d’opéra dont son clavecin (historique du Château d’Assas) ressuscite le charme jamais terni de la danse, “acte des métamorphoses” (comme le précise Paul Valéry, cité dans la dite notice). Entre cauchemar (surgissement spectaculaire de Royer dans Vertigo justement) et rêve (l’alanguissement si sensuel de Rameau ou le dernier renoncement du dernier morceau : L’Aimable de Royer), l’instrumentiste cisèle une série d’évocations, au relief dramatique multiple, contrasté, parfois violent, parfois murmuré qui s’efface. Rondeau ressuscite dans les textures rétablies et les accents sublimes des musiques dansantes ici sélectionnées, le profil des deux génies nés pour l’opéra : Rameau (mort en 1764) et son “challenger” Pancrace Royer (1705-1755), à la carrière fulgurante, et qui au moment du Dardanus de Rameau, livre son Zaïde en 1739. Deux monstres absolus de la scène dont il concentre et synthèse l’esprit du drame dans l’ambitus de leur clavier ; car ils sont aussi excellents clavecinistes. Ainsi la boucle est refermée et le prétexte légitimé. Comment se comporte le clavier éprouvé lorsqu’il doit exprimer le souffle et l’ampleur, la profondeur et le pathétique à l’opéra ? Comme il y aura grâce à Liszt (tapageur), le piano orchestre, il y eut bien (mais oui), le clavecin opéra (contrasté et toujours allusif). Les matelots et Tambourins de Royer valent bien Les Sauvages de Rameau, nés avant l’Opéra ballet que l’on connaît, dès les Nouvelles Suites de Pièces de Clavecin de 1728. Déjà Rameau lyrique perçait sous le Rameau claveciniste. Une fusion des sensibilités que le programme exprime avec justesse.

 

 

 

Rameau, Royer, Rondeau…

Récital personnel et hommage aussi aux génies lyriques, Royer et Rameau

Jean Rondeau : “le clavecin opéra”

 

 

 

CLIC_macaron_2014Au final, la révélation de ce disque demeure la pièce Vertigo et en général, l’écriture ainsi révélée, investie du compositeur Pancrace Royer (génie disparu en 1755) superbe par sa verve, son panache, une élégance puissamment charpentée qui convoquant  l’opéra suscite des torrents de délires dramatiques avec des failles dans l’intime murmuré qui sculpte de sublime vertiges dramatiques, dignes des machineries spectaculaires sur la scène.
L’imaginaire de Royer se dévoile : course furieuse, ou tempête invraisemblable aux vagues et cascades et autres déferlantes d’une irrésistible ampleur … un tempérament inédit voire inouï, comme le Rameau d’Hippolyte en 1733.
D’abord lent puis comme endolori, le jeu de Rondeau s’évéille aux évocations convoquées ; puis le claviériste cisèle amoureusement son clavier ; et remodèle avec un tempérament expressif, la carrure originellement lyrique des séries de pièces choisies en un jeu allusif, plutôt réjouissant.
Massif par sa sûreté d’intonation et tout autant d’une belle finesse et d’une sobre écoute  intérieure, le talent de Royer subjugue à mesure qu’il s’écoule sous des doigts aussi enivrés;  l’approche se fait pudique ensuite pour La Zaide ; l’imagination du claveciniste séduit irrésistiblement par une sensibilité qui se fait mécanique de précision  (jeu simultané aux deux mains dans la même Zaide, plage 9 qui déroule ses guirlandes exaltées, intérieures… et tendres).

Ainsi, sujet du présent programme, comme il y aura grâce à Liszt à l’âge romantique le piano orchestre qui par le feu synthétique dramatique de son jeu conteur exprime le génie wagnérien par la transcription mais sans jamais le réduire, Jean rondeau dans Vertigo entend ouvrir notre conscience à la verve magicienne du “clavecin opéra” : de Royer à Rameau, c’est tout un univers poétique et une esthétique sonore qui se nourrit du seul jeu du clavier des cordes pincées. De la salle lyrique et des planches, au salon et à l’intimité des cordes sensibles, malgré le transfert et le passage d’un media à l’autre, d’une échelle à l’autre, le feu évocateur n’a pas été sacrifié.
Formidable conteur, le claveciniste parisien exprime au-delà de la technicité virtuose du toucher et l’agilité des mains d’une finesse que bien des pianistes pourraient reprendre pour mieux inspirer leur geste propre, toute l’admirable sensibilité des consciences musicales capables de dire sans forcer, la destinée humaine dans l’ambition du seul clavier : l’inoubliable repli ténu, secret, comme blotti, et le renoncement du dernier Royer (L’Aimable,  1er Livre de 1746) ne cesse de nous l’affirmer avec la grâce d’une inspiration juste et magicienne. En confrontant (immanquablement) les deux “R” du XVIIIè (Rameau / Royer), l’approche séduit par son originalité ; convainc par la sûreté du jeu, l’assise de ses convictions artistiques. C’est un très bon récital, l’acte et la déclaration d’amour d’un musicien volontaire à son propre instrument. On ne saurait y demeurer insensible. Donc CLIC de CLASSIQUENEWS en février et mars 2016.

 

 

 

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CD, compte rendu critique. Vertigo. Rameau, Royer. Jean Rondeau, clavecin (1 cd Erato, mai 2015)

 

 

 

CD, compte rendu critique. Rameau (1683-1764) : Le Temple de la Gloire (Guy van Waas, 2 cd Ricercar RIC 363)

CD, compte rendu critique. Rameau (1683-1764) : Le Temple de la Gloire (Guy van Waas, 2 cd Ricercar RIC 363). Voici le Rameau officiel qui colle à son sujet : c’est bien en 1745, le musicien le plus célébré, compositeur atitré à Versailles (nommé en cette même année de reconnaissance, “compositeur de la musique du Cabinet”) qui s’affirme ici, à croire que le héros finalement glorifié serait bien Rameau lui-même. En tout cas sa musique est l’une des plus fastueuses, flamboyantes, diversifiées. C’est l’année des prodiges pour le compositeur : Platée, La Princesse de Navarre et donc Le Temple de la Gloire : universel, génie imaginatif, Rameau imagine dans le ballet héroïque, trois opéras en un. Bacchanale pour la première entrée (Bélus), bacchanale pour la seconde entrée (Bacchus), tragédie pour la troisième entrée (Trajan). Même le Prologue est l’un des plus raffinés et aboutis, suscitant dans le personnage de l’Envie trépignant aux abords du Temple, l’un des personnages graves et tragiques, accompagné par les bassons, parmi les plus saisissants conçus par Rameau.

rameau temple de la gloire guy van waas cd critique review classiquenewsEn octobre 2014, Guy van Waas dirige ses Agrémens ciselés et articulés avec une distribution engagée et vive, capable de drame autant que de séduction linguistique. Le livre cd est l’un des meilleurs apports discographique de l’année Rameau 2014 déjà riche en découvertes et belles réalisations. Le Ballet héroïque impose un Rameau édifiant voire pompeux mais toujours inspiré par les grâces sentimentales propres au règne de Louis XV et de La Pompadour : de la délicatesse, de l’héroïsme, de la sincérité aussi, les 3 entrées font varier les plaisirs ; où résonnent les fabuleux oiseaux qui appellent dans le final “la gloire et le bonheur de l’Univers”. Il y a évidemment du Boucher chez ce Rameau courtois, éduqué, raffiné. L’orchestre est d’une constante tension affûtée et ciselée, aux couleurs délicieuses, aux harmonies jamais convenues voire déconcertantes. C’est dans le flot impétueux d’une musique exaltée que Rameau le grand prend sa revanche sur Racine, et tous les théâtraux de faiseurs de drame… qui doutaient de sa musique.

Muse princière de la déclamation aristocratique, le soprano de Judith van Wanroij incarne de superbes Lydie et Plautine. Chanton Santon surprend dans son emploi délirant, déjanté : son Érigone est fantasque et burlesque même. Et les facéties mordantes du livret de Voltaire sont surtout magistralement dévoilées par le Bacchus anthologique de Mathias Vidal dont la langue vive, l’acuité dramatique, le talent direct, intense, précis ensorcèlent et captivent littéralement. Superbe réalisation. VOIR aussi notre reportage vidéo exclusivité CLASSIQUENEWS © 2014 : Le temple de la gloire enfin ressuscité.

CD, compte rendu critique. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Le Temple de la Gloire. Judith van Wanroij, soprano (Lydie, Plautine), Katia Velletaz, soprano (Une Bergère, une Bacchante, Junie), Chantal Santon-Jeffery, soprano (Arsine, Érigone, la Gloire), Mathias Vidal, ténor (Apollon, Bacchus, Trajan), Alain Buet , basse (L’Envie, Bélus, le Grand Prêtre de la Gloire), Les Agrémens. Choeur de Chambre de Namur. Guy van Waas, direction. Livre-disque (2 CD)  Ricercar RIC363. Enregistré en octobre 2014 à Liège et à Versailles.

Le premier Rameau, claveciniste compositeur

Un Rameau méconnu : Les Fêtes de Polymnielogo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Dimanche 14 février 2016, à 14h. Rameau : Suite en la… Tribunes des critiques.France Musique questionne une oeuvre rarement mise en avant : la Suite pour clavier composant le sujet novateur et original de son Premier recueil de pièces de clavecin, édité à Paris en 1706, à l’occasion de son premier et court séjour dans la Capitale  française. La Suite en la mineure est une oeuvre de jeunesse, extraite du Premier Livre de pièces de clavecin (édité  à compte d’auteur, fin 1706) lorsque le jeune Rameau alors âgé de 23 ans, réalise son premier séjour à Paris. Le futur auteur pour l’opéra signe alors un recueil important voire majeur qui devance celui de Couperin dont le Premier Livre paraît en 1713. Les 10 pièces du recueil respectent le cadre classique de la Suite de danses à la française, préalablement introduites par un Prélude qui en son début, fait clairement référence aux maîtres anciens (de fait Rameau se montre disciple de d’Anglebert, surtout de Marchand). Partition précoce, la maturité s’y révèle pourtant, le tempérament aussi : une puissance de l’originalité qui est autant érudite, savante que sensuelle et naturellement accessible. Déjà se profile le génie de l’harmonie (subtiles dissonances du Prélude…). 

Avant de rejoindre la capitale, Rameau a quitté Clermont, dont il tenait les orgues de la cathédrale. A Paris, il recherche un poste d’organiste et en profite pour aller écouter un modèle pour lui : Louis Marchand. Pendant ce court séjour parisien, Rameau assiste à l’Alcyone de Marais (février 1706) et aussi aux reprises des opéras de Lully (dont Thésée en 1707).

Plan

1ère et 2e Allemande
La première, solennelle et presque grave ; la seconde, plus lègère.

Courante
Clair hommage là encore à Louis Marchand.

Gigue
Biographe de Rameau, Cuthbert Girdlestone, la trouve sautillante et « contrapuntale ». La puissance de son développement désigne le jeune génie de Rameau.

1ère et 2e Sarabande
Rameau y glisse une tendresse inédite à l’esprit de cette danse.

Vénitienne
Ce Rondeau est un clair hommage à l’opéra La Vénitienne de Michel de la Barre (1705).

Gavotte
Energie et vitalité empruntent à Louis Marchand, auquel Rameau ajoute la maîtrise ahurissante de la variation.

Menuet
La sobriété et l’élégance de la pièce finale doivent inspirer à l’amateur praticien des variations à sa volonté. Rameau pense à ses “clients” / élèves : à eux de jouer à présent.

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique. Dimanche 14 février 2016, à 14h. Rameau : Suite en la… Tribunes des critiques. Voir aussi la fiche de l’émission sur le site de France Musique.

Compte rendu, concert. La Rochelle. La coursive, le 9 octobre 2015. Gluck, Rameau. Les musiciens du Louvre; Marc Minkowski, direction.

Habitué de la Région Poitou Charentes depuis la création en 2011 du festival Ré Majeure qui se déroule sur l’île de Ré pour l’Ascension ou la Pentecôte, Les Musiciens du Louvre et Marc Minkowski posent leurs valises à La Coursive le temps d’une soirée. Au programme de ce concert, Marc Minkowski a programmé un répertoire que l’orchestre connait parfaitement : des Å“uvres de Christoph Willibald Gluck (1714-1787) et de Jean Philippe Rameau (1683-1764).

 

Les musiciens du Louvre jouent Gluck et Rameau à La Rochelle

RAMEAU 2014 : sélection cdSi Don Juan ou le festin de pierre de Christoph Willibald Gluck (1714-1787) n’est pas son Å“uvre la plus connue, en effet le public connait mieux Orphée et Erurydice ou les deux Iphigénie (en Aulide et en Tauride), elle offre de très belles pages. Dès le début de la soirée, Marc Minkowski, visiblement survolté par le succès de Platée à l’Opéra de Paris (la dernière représentation en avait été donnée la veille), prend les rennes du concert. Très inspiré et théâtral, le public réagit d’ailleurs bien et des rires se font entendre de temps à autre, il conte Don Juan ou le festin de pierre avec moult détails. Par ailleurs, il dirige le chef d’oeuvre de Gluck d’une main ferme; et si la battue peut parfois paraître iconoclaste aux yeux des puristes, elle est efficace, dynamique ; les musiciens la suivent avec une précision millimétrée.

Après une courte pause, Marc Minkowski revient sur scène pour diriger «Une symphonie imaginaire» de Jean Philippe Rameau (1683-1764). Avant d’entamer la seconde partie, le chef prend le temps d’expliquer ce qu’est cette «symphonie imaginaire» à un public attentif et visiblement conquis : Il ne s’agit pas d’une Å“uvre symphonique en elle même mais d’un assemblage des plus belles pages instrumentales des opéras et Å“uvres instrumentales de Rameau. Ainsi s’offrent à la (re)découverte, plusieurs Å“uvres telles Zaïs, Platée, justement, Dardanus, Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux, Les Boréades, Les Indes galantes, Le temple de la gloire ou La naissance d’Osiris … ; on y trouve aussi, dans cette symphonie imaginaire, un Concert, écrit à l’origine pour sextuor, mais transcrit ici pour orchestre. Marc Minkowski dirige avec une allégresse et une joie de vivre si communicatives que ses musiciens font danser la musique avec gourmandise. Et d’ailleurs, emporté par la musique, le chef ne peut s’empêcher de danser sur son podium tout comme le timbalier lorsque l’orchestre entame l’entrée des Sauvages des Indes galantes.

Ravi, le public réserve un accueil très chaleureux aux Musiciens du Louvre et à leur chef qui concèdent deux bis en fin de concert : un menuet extrait de Platée puis, lancée par le timbalier, l’entrée des Sauvages. Minkowski dirige le second bis à demi tournée vers le public qui joue le jeu et frappe des mains en cadence. Les responsables de La Coursive lancent leur saison musicale sur une excellente note.

Compte rendu, concert. La Rochelle. La coursive, le 9 octobre 2015. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Don Juan ou le festin de pierre; Jean Philippe Rameau (1683-1764) : Une symphonie imaginaire. Les musiciens du Louvre; Marc Minkowski, direction.

Illustration : Jean-Philippe Rameau (DR)

Compte rendu, opéra. Rameau : Platée. Julie Fuchs, Philippe Talbot. Minkowski / Pelly

 

Compte rendu, opéra. Paris. Palais Garnier, le 9 septembre 2015. Rameau : Platée. Philippe Talbot, Frédéric Antoun, Julie Fuchs, François Lis… Orchestre et choeur des Musiciens du Louvre Grenoble. Marc Minkowski, direction. Laurent Pelly, mise en scène.

La grenouille préférée de la planète musicale française ouvre la saison lyrique 2015 – 2016 au Palais Garnier. L’opéra-ballet Platée de Rameau retourne en sa maison nationale dans l’efficace et colorée production de Laurent Pelly laquelle remonte à 1999. Une distribution pétillante ma non troppo campe avec humour le langage particulier de Rameau. Elle est dirigée, ainsi que le choeur et orchestre des Musiciens du Louvre, par le chef et prochain directeur de l’Opéra National de Bordeaux, Marc Minkowski.

 

 

Platée : le plus brillant concert

La première de Platée eut lieu en 1745 à Versailles à l’occasion du premier mariage du dauphin Louis Ferdinand de France. Après la première et seule représentation, il n’y eut pas de seconde.

Platée, « ballet-bouffon » de Rameau, théoricien de la musique et héritier de Lully, père du baroque français, raconte l’histoire du mariage d’un Jupiter ridicule avec une vieille nymphe jouée par un homme. Dans le lieu très conventionnel de la première, ce récit a dû surprendre et choquer l’auditoire. L’oeuvre est reprise en 1749 avec un succès tiède, puis en 1754 quand elle reçoit les plus grands éloges. Ce « ballet-bouffon », baptisé opéra-ballet au XXe siècle, avec un livret d’Adrien Le Valois d’Orville d’après Jacques Autreau, est une sorte de pastiche sans l’être, une parodie de l’Opéra où l’on trouve toutes les formules, les stéréotypes et les formes du genre. L’histoire de la pauvre Platée n’en est qu’un prétexte, un délicieux, irrévérencieux, drôlissime prétexte. De fait, le prétexte heureux est aussi une raison pour Rameau de déployer tout son talent et faire preuve d’une étonnante modernité ! Le style est homogène et audacieux, et la caractérisation physique de la grotesque grenouille paraît habiter toute la partition.

Si ce soir de fausse-première à l’Opéra National de Paris (première annulée à cause d’un mouvement social) les chanteurs-acteurs prennent un peu de temps pour se chauffer, ils demeurent joliment investis tout au long des actes. Le rôle ingrat de Platée est interprété par Philippe Talbot, jeune ténor aux dons de comédien confirmés. Il y excelle dans sa caractérisation de la nymphe laide et humide, avec un français affecté (parfois approximatif) qui sied fantastiquement au personnage. Le ténor Frédéric Antoun dans le rôle de Thespis au prologue, brille par la beauté du timbre, que nous trouvons étonnamment charmant et chaleureux dans le langage baroque français. Le Jupiter de François Lis comme la Junon d’Aurélia Legay sont superbement chantés. La Thalie/Folie de Julie Fuchs est une agréable surprise. L’archi-célèbre air de la Folie au IIe acte « Formons les plus brillants concerts » est interprété avec un brio comique, quelque peu psychiatrique et déjanté tout à fait formidable ! LA parodie d’un air virtuose à l’italienne est donc chanté et joué vertueusement par la jeune soprano. Si l’interprétation vocale très solide n’est pas notre préférée au niveau du style, elle demeure efficace et est vivement récompensée par les bravos d’un public enflammé (les seuls de la soirée, remarquons-le).

Il y a deux autres protagonistes musicaux plus ou moins invisibles dans Platée. D’abord les choeurs, omniprésents, et absolument fantastiques sous la direction de Nicholas Jenkins ! Que ce soir dans la louange, l’apothéose ou l’effroi, ils sont toujours réactifs et dynamiques ! Nous remarquons la science si précise de Rameau par l’excellence de leur performance ! Ils sont onomatopéiques et contrapuntiques selon le besoin, mais toujours impressionnants (les choeurs des grenouilles ou le quintette avec choeur à la fin du IIe acte, entre plusieurs exemples). L’autre c’est bien la danse. 15 danseurs augmentent ou représentent le texte par le biais de leurs mouvements chorégraphiés par Laura Scozzi. Si c’est souvent un aspect purement divertissant de la production, ceci s’inscrit dans le tout et c’est d’une grande efficacité.

Comme la mise en scène de Laurent Pelly d’ailleurs, qui assume complètement la nature de l’oeuvre et la met en valeur. Ouvertement kitsch, comme Platée est ouvertement laide, la production réussit à dépoussiérer cette seule véritable comédie lyrique de Rameau par tout une série de procédés théâtraux et un travail de comédien soigné. L’espace, à la fois salle de théâtre et marécage, est utilisé intelligemment (décors de Chantal Thomas) ; les costumes de Pelly sont ingénieux et fabuleusement moches ! Mais il n’y a rien de moche dans la performance de l’orchestre sous la direction à la fois pétillante et savante de Minkowski. La complicité entre le plateau et la fosse est évidente et jouissive. Les contrastes sont mis en valeur tout en gardant une homogénéité stylistique par rapport à l’œuvre. Un travail extraordinaire ! Une reprise à ne pas rater au Palais Garnier de Paris, à l’affiche les 11, 12, 14, 17, 20, 23, 27 et 29 septembre ainsi que les 3, 6 et 8 octobre 2015.

Brésil. Bruno Procopio dirige Rameau et Clérambault à Rio

procopio_bruno_chemise_bleueRio, salle C. Mereiles, les 19 et 22 septembre 2015. Mondonville et Rameau. Ambassadeur de choc, le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio retrouve son pays natal pour deux concerts de musique baroque française. Un programme qu’il a coutume de défendre sous les tropiques, – le maestro impétueux et articulé a déjà enregistré un superbe disque d’extraits d’opéras de Rameau, ouvertures et ballets de Rameau avec le Symphonique Simon Bolivar du Venezuela à Caracas (1 cd Paraty : vrai défi d’un éclat étincelant sur instruments modernes : ” Rameau in Caracas “). Rio 2015 voit le prolongement d’un travail spécifique sur le Baroque français en Amérique Latine. Une vision artistique entre les deux Mondes, de chaque côté de l’Atlantique qui s’était déjà illustrée par un jalon précédent en mars dernier, et dans le même lieu avec la création carioca de l’opéra français néoclassique Renaud de Sacchini (1782), emblème du goût lyrique parisien favorisé par Marie-Antoinette (VOIR le reportage Renaud de Sacchini recréé à Rio par Bruno Procopio, mars 2015). Le 19 septembre (20h), concert de musique de chambre où la virtuosité concertante de Mondonville et le génie recréateur de Rameau dialoguent. Sons harmoniques du premier (1738, où Mondonville s’inspire et prolonge l’exemple de Leclair), puis cinq Concerts des Pièces pour clavecin en concert (1741).  Après les Pièces de clavecin en sonates (avec violon) de Mondonville, Rameau surpasse tout ce qui fut écrit avant lui, inventant pour chaque pièce, un titre aux références biographiques (pour certaines secrètes aux allusions à démêler par les spécialistes), qui récapitule en leur rendant hommage, tous les soutiens, patrons protecteurs, mécènes qui l’ont accompagné et soutenu pendant ses premières années parisiennes. Le cycle est l’un des favoris défendus depuis ses années d’apprentissage à Paris par Bruno Procopio qui assure la partie de clavecin.

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Le 22 septembre, 20h, concert orchestral comprenant surtout Clérambault et Mondonville et quelques autres pour lequel Bruno Procopio quitte le clavecin pour la baguette, afin de diriger l’Orchestre baroque de l’Université de Rio (OBU).  Au programme deux pièces aussi rares qu’exceptionnelles : Pièces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) de Mondonville et surtout La Muse de l’Opéra ou Les Caractères lyriques, Cantate à voix seule et symphonie (1716) de Clérambault. Editée séparément en 1716, sur un poème d’Auguste Paradis de Moncrif, la cantate avec des moyens ambitieux (proches du divertissement) fait paraître la muse de l’Opéra, qui décrit les ficelles et artifices du théâtre pour exprimer les « caractères lyriques » : la variété des airs et des formes dévoile l’intelligence dramatique de Clérambault : air de triomphe avec trompette, scène pastorale avec musette, évocation de chasses au son des cors, tempête, sommeil, ramage d’oiseau, scène infernale… c’est un catalogue intelligemment combiné soit tous les motifs de l’opéra français, ici traités par un compositeur qui souhaite en démontrer et aussi cultiver sa profondeur, entre virtuosité italianisante et noblesse de la déclamation française.

 

OBU orchestre baroque de l'université de Rio Orquesra barroca da Unirio

 

 

Rameau, Clérambault, Mondonville à Rio. Grâce au CMBV, Centre de musique baroque de Versailles, le Baroque français s’exporte. Le concert est l’aboutissement d’un cycle de masterclasses et de répétitions avec les jeunes instrumentistes brésiliens, sensibilisés au style baroque français et formés à la pratique sur instruments d’époque. Un défi qui fusionne transmission et pédagogie auprès des jeunes instrumentistes encore néophytes dans l’interprétation de la musique française du XVIIIème siècle, et aussi expérience professionnelle grâce à ce concert public. Le projet fait partie des nombreux chantiers initiés par le Centre de musique baroque de Versailles, désormais ouvert à l’international, soucieux depuis quelques années de faire rayonner la connaissance et l’interprétation de la musique baroque française dans le monde. Partitions, équipe pédagogique sont les nouveaux moyens de l’institution versaillaise pour réaliser de nouveaux types de concerts, permettant aux jeunes professionnels de se perfectionner toujours et encore en se frottant  à l’accomplissement du concert publique. Il s’agit de deux premières mondiales à Rio. L’été 2015 a réalisé un autre projet du CMBV à Innsbruck en août : le festival de musique ancienne et baroque mondialement reconnu accueillait pour la première fois de son histoire, son premier opéra français, Armide de Lully (1686) dans une nouvelle production, mise en scène par Cristina Colonna sous la direction de Patrick Cohen-Akénine et avec le concours de jeunes instrumentistes et chanteurs accompagnés par le CMBV, dont pour certains, les  lauréats du Concours Cesti 2014. Reportage vidéo : Armide de Lully à Innsbruck (août 2015)

 

 

 Bruno Procopio et le CMBV : Rameau, Clérambault, Mondonville à Rio

Concert du 19 septembre 2015, 20h
Durée : 1h25 sans entracte

 

Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Les Sons harmoniques, Sonates à violon seul avec la basse continue (1738)

Sonate opus 4 n°1 en si mineur : Grave – Allegro – Aria. Amoroso – Allegro

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
Pièces de clavecin en concert (1741)

PREMIER CONCERT :
La Coulicam. Rondement – La Livry. Rondeau gracieux – Le Vézinet. Gaiement, sans vitesse

DEUXIÈME CONCERT :
La Laborde. Rondement – La Boucon. Air, gracieux – L’Agaçante. Rondement – 1er et 2e Menuet

TROISIÈME CONCERT :
La Lapoplinière. Rondement – La Timide. 1er et 2e Rondeau gracieux – 1er et 2e Tambourin

QUATRIÈME CONCERT :
La Pantomime. Loure vive – L’Indiscrète. Vivement – La Rameau. Rondement

CINQUIÈME CONCERT :
La Forqueray. Fugue – La Cupis. Rondement – La Marais. Rondement

 

Concert du 22 septembre 2015, 20h
Durée : 1h20 sans entracte

 

Eugénie Lefebvre, soprano
Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Orchestre baroque de l’Université de Rio (OBU)
Laura Ronai, direction artistique

 

Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691)
Prélude en sol majeur, pour clavecin

Jean-Baptiste Antoine Forqueray (1699-1782)
La Leclair, pour clavecin

Antoine Forqueray (1672-1745)
Premier Livre de Pièces de viole avec la basse continue (1747) – extraits
La Couperin – La Buisson

Claude Balbastre (1727-1799)
La Lugeac, pour clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Pièces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) – extraits

Amoroso « Paratum cor meum… » – Allegro « In Domino laudabitur… »

Paratum cor meum, Deus,
Paratum cor meum,
Cantabo et psalmum dicam

(Psaume 56 verset 10)

Mon cœur est préparé, ô mon Dieu ;
Mon cœur est tout préparé :
Je chanterai, et je ferai retentir vos louanges sur les instruments.

In Domino laudabitur anima mea :
Audiant mansueti et laetentur.
(Psaume 33 verset 7)

Mon âme ne mettra sa gloire que dans le Seigneur.
Que ceux qui sont doux et humbles écoutent ceci, et qu’ils se réjouissent.

Jean-Marie Leclair (1697-1764)
Concerto pour violon opus 10 n°6 en sol mineur (ca 1743)

Allegro ma poco – Andante – Allegro

Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749)
La Muse de l’Opéra ou Les Caractères lyriques. Cantate à voix seule et symphonie (1716)

Prélude – Récitatif – Air gai – Tempête – Récitatif – Air – Sommeil – Prélude infernal – Récitatif – Air

LA MUSE DE L’OPÉRA ou LES CARACTÈRES LYRIQUES. Cantate à voix seule et symphonie

Récitatif (fort gravement)

Mortels, pour contenter vos désirs curieux
Cessez de parcourir tous les climats du monde,
Par le puissant effort de l’art qui nous seconde,
Ici tout l’Univers se découvre à vos yeux.

Air gai
Au son des trompettes bruyantes
Mars vient embellir ce séjour ;
Diane avec toute sa cour
Vous offre des fêtes galantes ;
Et mille chansons éclatantes
Réveillent l’écho d’alentour.
Des bergers la troupe légère
Vient folâtrer sur ces gazons ;
À leurs danses, à leurs chansons,
On voit que le Dieu de Cythère
Leur a donné de ses leçons.

Tempête (fort et marqué)

Mais quel bruit interrompt ces doux amusements ?
Le soleil s’obscurcit, la mer s’enfle et s’irrite ;
Dieux ! quels terribles flots ! et quels mugissements !
La terre tremble, l’air s’agite,
Tous les vents déchainés, mille effrayants
Éclairs, semblent confondre l’Univers.
Quels sifflements affreux ! Quel horrible tonnerre !
Le ciel est-il jaloux du repos de la terre ?

Récitatif
Non, les Dieux attendris par nos cris éclatants,
Ramènent les beaux jours de l’aimable printemps.

Air
Oiseaux, qui sous ces feuillages
Formez des accents si doux,
L’Amour quand il vous engage
Vous traite bien mieux que nous ;
Il n’est jamais parmi vous
Jaloux, trompeur, ni volage.

Sommeil (doucement)
Vos concerts, heureux oiseaux,
Éveillent trop tôt l’aurore,
Laissez les mortels encore
Plongés au sein du repos.

Prélude infernal (lentement, fort et marqué)
Mais quels nouveaux accords dont l’horreur est extrême ?
Qui fait ouvrir le séjour infernal ?
Que de démons sortis de ce gouffre fatal !

Les implacables Sœurs suivent Pluton lui-même.

Récitatif

Ne craignons rien, un changement heureux
Vient nous offrir de doux présages,
Et les démons changés sous d’aimables images,
Amusent nos regards par d’agréables jeux.

Air gai et piqué
Ce n’est qu’une belle chimère
Qui satisfait ici vos vœux ;
Eh ! n’êtes-vous pas trop heureux
Qu’on vous séduise pour vous plaire ?
Dans ce qui flatte vos désir
Croyez tout ce qu’on fait paraître ;
On voit s’envoler les plaisirs
Lorsque l’on cherche à les connaître.

 

 

CD. LIRE notre critique du cd Pièces pour clavecin en concerts de Rameau par Bruno Procopio

 

VOIR notre reportage vidéo : Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio à Cuenca (Espagne), Avec Maria Bayo (avril 2014)

Rio, Brésil. Bruno Procopio dirige Rameau et Clérambault

procopio_bruno_chemise_bleueRio, salle C. Mereiles, les 19 et 22 septembre 2015. Mondonville et Rameau. Ambassadeur de choc, le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio retrouve son pays natal pour deux concerts de musique baroque française. Un programme qu’il a coutume de défendre sous les tropiques, – le maestro impétueux et articulé a déjà enregistré un superbe disque d’extraits d’opéras de Rameau, ouvertures et ballets de Rameau avec le Symphonique Simon Bolivar du Venezuela à Caracas (1 cd Paraty : vrai défi d’un éclat étincelant sur instruments modernes : ” Rameau in Caracas “). Rio 2015 voit le prolongement d’un travail spécifique sur le Baroque français en Amérique Latine. Une vision artistique entre les deux Mondes, de chaque côté de l’Atlantique qui s’était déjà illustrée par un jalon précédent en mars dernier, et dans le même lieu avec la création carioca de l’opéra français néoclassique Renaud de Sacchini (1782), emblème du goût lyrique parisien favorisé par Marie-Antoinette (VOIR le reportage Renaud de Sacchini recréé à Rio par Bruno Procopio, mars 2015). Le 19 septembre (20h), concert de musique de chambre où la virtuosité concertante de Mondonville et le génie recréateur de Rameau dialoguent. Sons harmoniques du premier (1738, où Mondonville s’inspire et prolonge l’exemple de Leclair), puis cinq Concerts des Pièces pour clavecin en concert (1741).  Après les Pièces de clavecin en sonates (avec violon) de Mondonville, Rameau surpasse tout ce qui fut écrit avant lui, inventant pour chaque pièce, un titre aux références biographiques (pour certaines secrètes aux allusions à démêler par les spécialistes), qui récapitule en leur rendant hommage, tous les soutiens, patrons protecteurs, mécènes qui l’ont accompagné et soutenu pendant ses premières années parisiennes. Le cycle est l’un des favoris défendus depuis ses années d’apprentissage à Paris par Bruno Procopio qui assure la partie de clavecin.

img02_Rameau

 

 

Le 22 septembre, 20h, concert orchestral comprenant surtout Clérambault et Mondonville et quelques autres pour lequel Bruno Procopio quitte le clavecin pour la baguette, afin de diriger l’Orchestre baroque de l’Université de Rio (OBU).  Au programme deux pièces aussi rares qu’exceptionnelles : Pièces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) de Mondonville et surtout La Muse de l’Opéra ou Les Caractères lyriques, Cantate à voix seule et symphonie (1716) de Clérambault. Editée séparément en 1716, sur un poème d’Auguste Paradis de Moncrif, la cantate avec des moyens ambitieux (proches du divertissement) fait paraître la muse de l’Opéra, qui décrit les ficelles et artifices du théâtre pour exprimer les « caractères lyriques » : la variété des airs et des formes dévoile l’intelligence dramatique de Clérambault : air de triomphe avec trompette, scène pastorale avec musette, évocation de chasses au son des cors, tempête, sommeil, ramage d’oiseau, scène infernale… c’est un catalogue intelligemment combiné soit tous les motifs de l’opéra français, ici traités par un compositeur qui souhaite en démontrer et aussi cultiver sa profondeur, entre virtuosité italianisante et noblesse de la déclamation française.

 

OBU orchestre baroque de l'université de Rio Orquesra barroca da Unirio

 

 

Rameau, Clérambault, Mondonville à Rio. Grâce au CMBV, Centre de musique baroque de Versailles, le Baroque français s’exporte. Le concert est l’aboutissement d’un cycle de masterclasses et de répétitions avec les jeunes instrumentistes brésiliens, sensibilisés au style baroque français et formés à la pratique sur instruments d’époque. Un défi qui fusionne transmission et pédagogie auprès des jeunes instrumentistes encore néophytes dans l’interprétation de la musique française du XVIIIème siècle, et aussi expérience professionnelle grâce à ce concert public. Le projet fait partie des nombreux chantiers initiés par le Centre de musique baroque de Versailles, désormais ouvert à l’international, soucieux depuis quelques années de faire rayonner la connaissance et l’interprétation de la musique baroque française dans le monde. Partitions, équipe pédagogique sont les nouveaux moyens de l’institution versaillaise pour réaliser de nouveaux types de concerts, permettant aux jeunes professionnels de se perfectionner toujours et encore en se frottant  à l’accomplissement du concert publique. Il s’agit de deux premières mondiales à Rio. L’été 2015 a réalisé un autre projet du CMBV à Innsbruck en août : le festival de musique ancienne et baroque mondialement reconnu accueillait pour la première fois de son histoire, son premier opéra français, Armide de Lully (1686) dans une nouvelle production, mise en scène par Cristina Colonna sous la direction de Patrick Cohen-Akénine et avec le concours de jeunes instrumentistes et chanteurs accompagnés par le CMBV, dont pour certains, les  lauréats du Concours Cesti 2014. Reportage vidéo : Armide de Lully à Innsbruck (août 2015)

 

 

 Bruno Procopio et le CMBV : Rameau, Clérambault, Mondonville à Rio

Concert du 19 septembre 2015, 20h
Durée : 1h25 sans entracte

 

Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Les Sons harmoniques, Sonates à violon seul avec la basse continue (1738)

Sonate opus 4 n°1 en si mineur : Grave – Allegro – Aria. Amoroso – Allegro

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
Pièces de clavecin en concert (1741)

PREMIER CONCERT :
La Coulicam. Rondement – La Livry. Rondeau gracieux – Le Vézinet. Gaiement, sans vitesse

DEUXIÈME CONCERT :
La Laborde. Rondement – La Boucon. Air, gracieux – L’Agaçante. Rondement – 1er et 2e Menuet

TROISIÈME CONCERT :
La Lapoplinière. Rondement – La Timide. 1er et 2e Rondeau gracieux – 1er et 2e Tambourin

QUATRIÈME CONCERT :
La Pantomime. Loure vive – L’Indiscrète. Vivement – La Rameau. Rondement

CINQUIÈME CONCERT :
La Forqueray. Fugue – La Cupis. Rondement – La Marais. Rondement

 

Concert du 22 septembre 2015, 20h
Durée : 1h20 sans entracte

 

Eugénie Lefebvre, soprano
Stéphanie-Marie Degand, violon
François Joubert-caillet, basse de viole
Bruno Procopio, clavecin

Orchestre baroque de l’Université de Rio (OBU)
Laura Ronai, direction artistique

 

Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691)
Prélude en sol majeur, pour clavecin

Jean-Baptiste Antoine Forqueray (1699-1782)
La Leclair, pour clavecin

Antoine Forqueray (1672-1745)
Premier Livre de Pièces de viole avec la basse continue (1747) – extraits
La Couperin – La Buisson

Claude Balbastre (1727-1799)
La Lugeac, pour clavecin

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772)
Pièces de clavecin avec voix ou violon opus 5 (1748) – extraits

Amoroso « Paratum cor meum… » – Allegro « In Domino laudabitur… »

Paratum cor meum, Deus,
Paratum cor meum,
Cantabo et psalmum dicam

(Psaume 56 verset 10)

Mon cœur est préparé, ô mon Dieu ;
Mon cœur est tout préparé :
Je chanterai, et je ferai retentir vos louanges sur les instruments.

In Domino laudabitur anima mea :
Audiant mansueti et laetentur.
(Psaume 33 verset 7)

Mon âme ne mettra sa gloire que dans le Seigneur.
Que ceux qui sont doux et humbles écoutent ceci, et qu’ils se réjouissent.

Jean-Marie Leclair (1697-1764)
Concerto pour violon opus 10 n°6 en sol mineur (ca 1743)

Allegro ma poco – Andante – Allegro

Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749)
La Muse de l’Opéra ou Les Caractères lyriques. Cantate à voix seule et symphonie (1716)

Prélude – Récitatif – Air gai – Tempête – Récitatif – Air – Sommeil – Prélude infernal – Récitatif – Air

LA MUSE DE L’OPÉRA ou LES CARACTÈRES LYRIQUES. Cantate à voix seule et symphonie

Récitatif (fort gravement)

Mortels, pour contenter vos désirs curieux
Cessez de parcourir tous les climats du monde,
Par le puissant effort de l’art qui nous seconde,
Ici tout l’Univers se découvre à vos yeux.

Air gai
Au son des trompettes bruyantes
Mars vient embellir ce séjour ;
Diane avec toute sa cour
Vous offre des fêtes galantes ;
Et mille chansons éclatantes
Réveillent l’écho d’alentour.
Des bergers la troupe légère
Vient folâtrer sur ces gazons ;
À leurs danses, à leurs chansons,
On voit que le Dieu de Cythère
Leur a donné de ses leçons.

Tempête (fort et marqué)

Mais quel bruit interrompt ces doux amusements ?
Le soleil s’obscurcit, la mer s’enfle et s’irrite ;
Dieux ! quels terribles flots ! et quels mugissements !
La terre tremble, l’air s’agite,
Tous les vents déchainés, mille effrayants
Éclairs, semblent confondre l’Univers.
Quels sifflements affreux ! Quel horrible tonnerre !
Le ciel est-il jaloux du repos de la terre ?

Récitatif
Non, les Dieux attendris par nos cris éclatants,
Ramènent les beaux jours de l’aimable printemps.

Air
Oiseaux, qui sous ces feuillages
Formez des accents si doux,
L’Amour quand il vous engage
Vous traite bien mieux que nous ;
Il n’est jamais parmi vous
Jaloux, trompeur, ni volage.

Sommeil (doucement)
Vos concerts, heureux oiseaux,
Éveillent trop tôt l’aurore,
Laissez les mortels encore
Plongés au sein du repos.

Prélude infernal (lentement, fort et marqué)
Mais quels nouveaux accords dont l’horreur est extrême ?
Qui fait ouvrir le séjour infernal ?
Que de démons sortis de ce gouffre fatal !

Les implacables Sœurs suivent Pluton lui-même.

Récitatif

Ne craignons rien, un changement heureux
Vient nous offrir de doux présages,
Et les démons changés sous d’aimables images,
Amusent nos regards par d’agréables jeux.

Air gai et piqué
Ce n’est qu’une belle chimère
Qui satisfait ici vos vœux ;
Eh ! n’êtes-vous pas trop heureux
Qu’on vous séduise pour vous plaire ?
Dans ce qui flatte vos désir
Croyez tout ce qu’on fait paraître ;
On voit s’envoler les plaisirs
Lorsque l’on cherche à les connaître.

 

 

CD. LIRE notre critique du cd Pièces pour clavecin en concerts de Rameau par Bruno Procopio

 

VOIR notre reportage vidéo : Les Grands Motets de Rameau par Bruno Procopio à Cuenca (Espagne), Avec Maria Bayo (avril 2014)

CD, compte rendu critique. Rameau : Zaïs. Rousset, 2014 (3 cd Aparté, 2014)

rameau zais rousset review account of critique cd classiquenewsCD, compte rendu critique. Rameau : Zaïs. Rousset, 2014 (3 cd Aparté). On ne saurait contester à Christophe Rouset son sens du théâtre, développé, toujours nerveux sur une vaste palette de répertoire comme l’attestent ses dernières réalisations chez Aparté déjà : Amadis, Phaéton et Bellérophon, trilogie méritante de Lully pour le XVIIè, Hercule Mourant de Dauvergne pour le XVIIIè. Ce Rameau s’inscrit très honorablement parmi les meilleures approches du chef dont une sécheresse et parfois une direction certes précise mais mécanique et un peu courte atténue l’approfondissement de certaines lectures. D’autant que dans le cas de Zaïs, ouvrage de la pleine maturité et de l’année – 1748 – miraculeuse pour le Dijonais à Versailles, il s’agit d’un double défi : orchestral comme l’atteste dès le formidable prologue, son ouverture qui avant Haydn et sa Création de 1800, exprime rien de moins que le néant originel et l’organisation du monde (le Chaos et son débrouillement) ; puis autre défi, le profil psychologique de Zélidie et de Zaïs, cette dernière étant par sa couleur tragique sentimentale,  préfiguration de la tendre Pamina de La Flûte enchantée de Mozart.

Un entretien vidéo avec le chef pour classiquenews, lors des représentations de Zaïs à l’Opéra royal de Versailles (octobre 2014) avait démontré l’ampleur visionnaire et le souffle poétique de l’écriture d’un Rameau, génie de la fragmentation, et dans les choix instrumentaux, narrateur hors pair des climats et des situations. Hélas, le livret de Cahusac, poète si réformateur et vrai complice pour Rameau, s’enlise souvent au point de développer dans des longueurs parfois difficiles à tenir, certaines situations et de nombreux affrontements qui se répètent.

piau_sandrineL’action met à l’épreuve l’amour de la mortelle Zélidie pour le génie des airs Zaïs. D’une distribution cohérente, on eut préféré pourtant diseurs plus habités et nuancés que les voix serrés mais déjà routinières des chanteurs des seconds rôles. Seuls Zachary Wilder, Sylphe pétillant et fluide, et Hasnaa Bennani, Amour charmant et gracile caractérisent sans emphase leurs rôles respectifs. Pour le trio principal, Benoît Arnould fait un Condor un peu contraint et toujours très (trop) poseur dans son costume de faux séducteur, Julian Prégardien déploie en Zaïs, une véritable dentelle linguistique idéalement tendre et de plus en plus affectueuse, mais affecté par quelques aigus déjà tendus ; reviennent à Sandrine Piau (notre photo), toutes les palmes du style et de l’articulation inventive et pourtant stylée, d’une irrésistible autorité et vocale et dramatique : sa Zélidie affirme contre les préjugés tenaces sur l’opéra de Rameau, la profondeur psychologique du personnage féminin qui aurait dû donner son nom à la partition. Retenons l’éloquence de ses récitatifs, au relief, à la caractérisation vivante qui suit chaque inflexion du texte : une démonstration de vitalité palpitante qui ressuscite chaque inflexion du texte avec une diversité expressive remarquable. Rien de tel hélas chez ses partenaires cadets.

 

Evidemment, tout ballet héroïque comprend de nombreuses entrées, divertissements, séquences purement chorégraphiques où règnent le chatoiement superlatif du toujours excellent choeur de chambre de Namur, idéalement préparé, à la diction amoureuse et engagée, à l’articulation précises et suave : un modèle ici, et pour Rameau, l’autre personnage clé de l’opéra. Malgré les épisodes parfois circonstanciels et réellement conformistes, – qui finissent par appesantir le déroulement du drame, épisodes parfaitement et strictement redevables de l’esthétique Louis XV, Rousset sait colorer et articuler l’un des orchestres les plus raffinés de Rameau.

 

 

 

VOIR le reportage vidéo de classiquenews sur ZAIS de Rameau à l’Opéra royal de Versailles par Sandrine Piau et Christophe Rousset, novembre 2014

 

 

 

 

 

 

 

Cd, compte rendu critique. Rameau : Zaïs. Julian Prégardien, Sandrine Piau, Aimery Lefèvre, Benoît Arnould, Amel B-Djelloul, Hasnaa Bennani, Zachary Wilder. Choeur de chambre de Namur. Les Talens Lyriques. Christophe Rousset, direction. 3 cd Aparte. Enregistrement réalisé à Versailles en novembre 2014.

Reprise de Platée au Palais Garnier

RAMEAU_AVED_448_Joseph_Aved,_Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Paris, Palais Garnier. Platée de Rameau : 7 septembre-8 octobre 2015. A l’origine, Rameau, compositeur officiel de la Cour de Louis XV à Versailles écrit cette Platée, comédie musicale avant l’heure, créée en 1745, d’une forme atypique mariant ballets et pantomimes à une action où les dieux sont convoqués à la noce de la Nymphe des marais, Platée. En raillant cette beauté hideuse que pourtant Jupiter annonce épouser, la partition fait basculer son propos comico satirique vers le miroir parodique : comme l’a précisé très justement William Christie lors d’une conférence concert sur Platée à l’Opéra-Comique en 2014, Platée tend le miroir aux spectateurs : ce que vous voyez, ce que vous moquez… c’est vous mêmes! Une charge sociale aussi mordante que le Falstaff de Verdi écrit à la fin du XIXè. La comédie et le stratagème mis en place pour railler Platée, sa trop coupable naïveté, épinglent en vérité l’arrogance crasse, la vanité ignorante qui règnent dans les milieux courtisans et politiques. Rameau au sommet de son art, supplante la nature même : imite le chant du hibou, le cri de l’âne, réinvente la notion même de ballet, imagine, trait génial, en un délire fameux, la Folie qui s’empare de la lyre d’Apollon, puis perfectionne tout un langage harmoniquement novateur, linguistiquement impertinent et ludique qu’il serait difficile aujourd’hui d’égaler.
La mise en scène de Laurent Pelly reste drôlatique et prend le parti de représenter Platée en grenouille, ce qui n’est justifié par aucune mention dans le livret. Qu’importe, pour souligner le fossé qui sépare l’adorable batracienne, du marais puant et nauséabond des dieux et des hommes persifleurs, la production, devenue un mythe scénique (avec Atys de Lully par William Christie) reprend donc du service avec une distribution nouvelle assez prometteuse (la soprano Julie Fuchs en Folie et Philippe Talbot dans le rôle-titre). A l’Opéra Garner à Paris, du 7 septembre 2015 et pour 13 représentations.

 

 

 

 

 

Platée de Rameau, repriseboutonreservation
Paris, Palais Garnier, du 7 septembre au 8 octobre 2015
13 repr̩sentations Р2h55 avec 1 entracte
Livret d’Adrien-Joseph Le Valois d’Orville, d’après Jacques Autreau

 

platee-rameau-palais-garnier-opera-national-de-paris-reprise-pelly-minkowski-fuchs-talbot-philippe-cannonce-presentation-CLASSIQUENEWS

 

 

CD, compte rendu critique. Rameau: Castor et Pollux. Pygmalion. Raphaël Pichon, direction (2 cd Harmonia Mundi).

rameau-castor-et-pollux-version-1754-raphael-pichon-pygmalion-cd-harmonia-mundi-2-cd-comptre-rendu-critique-classiquenews-juillet-2015CD. Rameau: Castor et Pollux. Pygmalion. Raphaël Pichon, direction (2 cd Harmonia Mundi). Même si elle ne manque pas d’éloquence instrumentale ni de délicatesse orchestrale (la direction du chef est de ce point de vue, idéalement équilibrée et minutieuse), cette lecture souffre d’un plateau de protagonistes trop disparate.  Le Castor  de Colin Ainsworth déçoit de bout en bout par un manque de soutien, des aigus contournés et un style empoulé et précieux dont les artifices dénaturent le simple récitatif de Rameau. Séjour de l’éternelle paix sans tenue s’effiloche, sans vrai accentuation : le chanteur reste à côté et du personnage et de la situation ; même constat pour la mezzo Clémentine Margaine : Phébé, surexpressive d’un bout à l’autre. Les deux solistes s’enferment dans une lecture linéaire, réductrice et finalement caricaturale de leur personnage respectif : Castor ne cesse de se lamenter, de s’alanguir mollement; Phebé perd toute justesse à force d’exhorter : ses imprécations répétitives s’enlisent; fautive / perfectible, leur conception même du récitatif français qui manque singulièrement de finesse comme de précision : l’art de Rameau est ainsi, il ne souffre aucune imperfection
Meilleurs sont la Telaire d’Emmanuelle de Negri (remarqiable intensité et doloriste contenue, subtilite de l’articulation) ; Pollux du baryton Florian Sempey, même si ce dernier affiche un timbre voilé qui gêne la parfaite clarté de son texte. Son chant semble continûment serré, engorgé.

Ambassadeur d’un Rameau ciselé, Pichon dévoile une remarquable sensibilité instrumentale pour la version de Castor et Pollux 1754

Réussite surtout orchestrale

Parmi les meilleures séquences celle d’Hébé qui ouvre la fin du IV, grâce à l’intervention de la soprano Sabine Devieilhe (rayonnante vocalité) qui diffuse ce parfum de sensualité enivrée dans l’un des tableaux les plus délicats et amoureux de tout le théâtre ramélien : “Voici les dieux. …” Les deux gavottes pour Hebe synthétisent tous les défis de la partition entre respiration et flexibilité comme suspendu et porté par les flûtes qui doivent être incandescentes et d’une subtilité rayonnante. Même français tendre et superbement articulé du ténor Philippe Talbot pour Mercure, et l’air victorieux lumineux de l’athlète. Assurément les piliers vocaux de cette version dont la plus remarquable réussite se situe chez les instruments.

Danses en légèreté volubile et instrumentalement détaillées mais parfois courtes, tous les intermèdes flattent l’oreille par un raffinement instrumental précis et équilibré qui sait nuancer dramatisme et suprême délicatesse. Raphaël Pichon pêche même par un excès de retenue qui s’apparente à de la froideur. Néanmoins parmi les remarquables prouesses de l’orchestre attestant d’une maîtrise des danses entre gracieuse suavité et nerf rythmique l’entrée d’Hébé, surtout, gorgées de saine aération, les gavottes pour la même Hébé décidément inspirante (l’époux de la soprano Devieilhe serait-il porté par l’angélisme suave que lui inspire sa compagne à la ville ?); la précision mordante trépidante des passe pieds pour les Ombres heureuses et la très longue ritournelle affligée pudique de Telaire au début du V restent elles aussi irrésistibles. Comme, pièce maîtresse, la chaconne finale subtil équilibre entre abandon enchanté et inéluctable finalisation le tout articulé et scintillant de milles éclats instrumentaux …
Les choeurs sont diversement convaincants selon les épisodes. A part les hommes (Demons : Brisons les chaines), le choeur manque de précision linguistique d’une façon générale, certes bons exécutants mais en retrait continu : la fête de l’univers qui clôt le drame manque singulièrement d’ampleur et d’aérienne majesté : c’est quand même l’apothéose des deux frères Dioscures à laquelle Rameau dédie son final.

Version essentiellement instrumentale ou la précision reste souveraine et sous le geste du chef affirme une délicatesse d’intonation passionnante; mais il manque le concours de solistes vrais personnalités dramatiques et dans l’enchaînement des tableaux, un sens du théâtre continu.

C’est donc une lecture intéressante du point de vue instrumentale, mais cette version ici et là encensée comme la nouvelle référence, est loin de la maturité des aînés, pionniers chez Rameau et d’une toute autre inspiration : Harnoncourt ou Christie décidément inégalables pour la compréhension profonde de l’opéra le plus joué du vivant de Rameau et après sa mort jusqu’à la chute de l’ancien régime sous le règne de Marie-Antoinette. Si Harmonia Mundi avait opté pour un disque d’extraits comme une Suite de danses, le geste affûté, ciselé et délicat de Pichon aurait mérité un CLIC de classiquenews, assurément.

CD. Rameau : Castor et Pollux (version 1754). Avec Philippe Talbot (Mercure, Un Athlète), Sabine Devieilhe (une Suivante d’Hébé), Emmanuelle de Negri (Télaïre), … ChÅ“ur et orchestre Pygmalion. Raphaël Pichon, direction. 2 cd Harmonia Mundi HMC 902212.13. Enregistré à Montpellier en juillet 2014

William Christie dirige Rameau et Mondonville

William Christie au Château de Vaux le VicomteArte. Dimanche 28 juin 2015, 18h30. Le Baroque de Christie. Mondonville, Rameau : du grand motet à l’opéra ballet. Le XVIIIè en majesté. Soirée baroque à la Philharmonie de Paris. Direction musicale : William Christie L’âge d’or de la musique baroque française, entre sacré et profane est projeté et défendu par un collectif  les Arts Florissants et leur chef fondateur William Christie qui interprètent ainsi leur répertoire de prédilection. Les Arts Florissants, qui viennent de fêter leurs 35 ans d’existence, donnent accompagnés de leur directeur musical principal un programme qui illustre leur dévouement à la musique baroque et, tout particulièrement, aux compositeurs français du XVIII ème siècle. L’ensemble sur instruments anciens y fait dialoguer la musique religieuse et les accents dramatiques mais si poétiques des Indes Galantes, opéra ballet génial conçu avec le librettiste Fuzelier dont on connaît par ailleurs le talent dans le genre comique : habitués des tréteaux  de la foire avant de subjuguer à l’opéra, Rameau à certainement rencontré l’écrivain librettiste aux  foires parisiennes Saint-Germain ou Saint-Laurent.

Pour la musique profane, William Christie  a sélectionné plusieurs extraits des Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau parmi lesquelles la célèbre entrée Les Sauvages, sûrement la partie la plus connue de cet opéra en quatre actes, qui sous couvert de fables amoureuses rococo (l’oeuvre a été créée et complétée dans les années 1730), Fuzelier et Rameau défendent une vision humaniste déjà propre à l’esprit des lumières. Les Incas du Pérou n’y sont pas dépeints avec l’arrogance supérieure des colons occidentaux mais avec le regard fraternel de vrais humanistes pénétré par les valeurs  de Rousseau  (son idéal du bon sauvage non perverti par la soif de l’or et la duplicité des urbanisés venus de l’ancien monde).

Cette histoire d’amour qui enchante par son extravagance et son parfum d’exotisme est aussi un sujet engagé et fraternel  qui porte les valeurs humanistes  et universelles  des Lumières. Pour la musique sacrée, In exitu Israel de Mondonville, originellement destiné aux messes royales célébrées en présence de Louis XV et qui est caractéristique du grand motet français compte parmi les neuf « motets à grands choeurs et orchestre » qui ont été préservés à ce jour. La distribution vocale de la soirée comprend des partenaires de longue date des Arts Florissants, le baryton Marc Mauillon (lauréat de l’académie qu’il a fondée Le jardin des Voix) un artiste que l’on a entendu dernièrement dans les Grands Motets de Rameau en Europe et dans Les Fêtes Vénitiennes de Campra à l’Opéra comique à Paris et la soprano Danielle de Niese qui participait à la production emblématique d’Andrei Serban des Indes Galantes en 2003 à l’Opéra national de Paris également dirigée par William Christie ou la fantaisie baroque The Enchanted Island donnée au Met de New York fin 2011.

Sens du verbe incarné, caractérisé, dramatisé,  vision architecturée et puissante, goût habité des intentions du drame inscrit dans chaque texte font de la direction de William Christie l’une des profondes  et des plus investies dans le répertoire baroque français.

arte_logo_2013ARTE, dimanche 28 juin 2015, 18h30. Mondonville et Rameau : la musique au XVIIIè. William Christie, direction. Avec Les Arts Florissants. Coproduction : ARTE France, CLC Productions (43min). Enregistrée le 16 janvier 2015 à la Philharmonie de Paris

Au programme :

J.J. Cassan̩a de Mondonville РIn exitu Israel (Grands Motets, extraits)

J.P. Rameau – Les Indes Galantes (extraits)

Portrait de Rameau en génie baroque

Un Rameau méconnu : Les Fêtes de PolymnieArte, samedi 6 juin, 20h50. Rameau, maître du baroque. Documentaire inédit (2014, Olivier Simonnet).Cadet de deux ans des autres génies du XVIIIème, Haendel et Bach, Rameau, né sous la règne de Louis XIV (en 1683), atteint la pleine maturité lyrique la cinquantaine passée (1733 : création de son premier chef d’oeuvre scandaleusement génial : Hippolyte et Aricie). Inventeur de nouvelles formes entre l’opéra tragique, le ballet, la comédie, Rameau ne cesse de se dérober à toute catégorisation réductrice : un conscience des lumières, le Dijonais a subtilement coloré chacune de ses partitions d’une lecture humaniste très engagée pour l’époque ; ce qui en fait un compositeur moins officiel et complaisant que complexe, critique, lettré, allusivement humaniste, un compositeur philosophe qui a de facto collaboré avec Voltaire (Samson avorté, puis La Princesse de Navarre et Zaïs dont le profil de la princesse Zélidie synthétise les idéaux maçonniques et fraternels du musicien).
Le docu diffusé par Arte souligne d’abord la première carrière de Rameau – avant l’opéra, comme organiste (comme son père) : à Dijon, Clermont-, Saint-Etienne, Avignon puis Lyon (c’est probablement pour la capitale des Gaules que Rameau compose dans un contexte encore imprécis, ses fameux et grandioses Grands Motets).
Parisien, Rameau s’impose par sa science musicale : son Hippolyte et Aricie de 1733 affirme plus qu’un talent : son génie. Dans son écriture, coule désormais la grâce tragique et la noblesse héroïque de Racine, dont la langue déclamée est sublimée par une écriture musicale d’une inspiration inédite jusqu’alors.

 

 

 

Le portrait docu que diffuse Arte restitue hélas une facette convenue

Rameau, esprit baroque ou conscience des Lumières ?

 

rameau-documentaire-2015-ARTE-philippe-villiersDevenu compositeur de la chambre en 1745, Rameau, premier musicien du règne de Louis XV, renouvelle le faste poétique des célébrations dynastiques à Versailles, comme ce fut le cas au siècle précédent grâce à Lully, compositeur officiel de Louis XIV. Certes, le portrait présenté par Arte ne manque pas d’intérêt mais il y manque les spécialistes français du compositeur dont le pionnier William Christie et l’un des meilleurs connaisseurs actuels parmi la nouvelle génération des ramistes inspirés : le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio. De fait, le docu qui se veut exhaustif manque son enjeu même s’il est riche en évocations et séquences musicales lyriques : le théoricien sensuel, passionné par les effets de la Nature comme les vertiges du sentiments est gommé par un portrait assez lisse et convenable, qu’incarne avec une absence de profondeur le comédien Philippe Villiers. Y paraissent la soprano Sabine Devielhe, le ténor Cyril Dubois, les chefs Pichon, Minkowski, Rouset. Diantre, le génie de Rameau dont on fêtait en 2014, les 250 ans de la disparition, méritait un tout autre éclairage, plus intimement connaisseur des dernières trouvailles sur la personnalité comme l’esprit du musicien : un créateur qui depuis les Indes Galantes (à l’humanisme inouï à son époquegrâce aussi au livret de Fuzelier, se montre dans sa dernière oeuvre de 1764, Les Boréades, trop moderne et engagé… pour être de facto interdit : l’ultime opéra sera annulé car on y décela des critiques à peine masquées contre la torture, comme en témoigne ce que subit sur scène la princesse Alphise, victime désignée du roi Borée… Louis XVI abolira après la mort de Rameau la torture contre les prisonniers. Cette modernité humaniste de Rameau est totalement gommée du documentaire. Triste oubli entre autres qui continue de nourrir sur le compositeur toujours les mêmes idées réductrices : Rameau est un génie baroque emperruquée, trop savant… Or il est moins baroque que des Lumières et son orchestre annonce le romantisme tourmenté et ciselé de Berlioz. Dommage.

Arte, samedi 6 juin, 20h50. Rameau, maître du baroque. Documentaire inédit (2014, 1h32. Réalisation : Olivier Simonnet)

Reportage vidéo : L’Inde Galante par les collégiens de Trappes et les Pages du CMBV (février 2015)

visuel-_-inde-galante-cmbv-trappes-et-Versailles-Rameau-classiquenews-le-quatuor-de-solistes-les-pages-de-la-Maitrise-du-cmbv-10-fevrier-2015-compte-rendu-critique-inde-galante-de-RameauL’Inde Galante d’après Rameau (février 2015). Rencontre pédagogique. A l’initiative du Cmbv, Centre de musique Baroque de Versailles, les collégiens de Trappes et les Pages du Centre de musique baroque de Versailles travaillent ensemble pour un spectacle inspiré des Indes Galantes de Rameau : L’Inde Galante. Répétitions et séances de travail à Trappes (cours de danse, de déclamation et de chant) puis représentation à Trappes (La Merise) et à l’Opéra royal de Versailles (les 10 puis 12 février 2015), la performance étonne et convainc en réussissant la rencontre entre jeunes de la même génération mais  d’univers différents. La transmission, l’apprentissage du collectif autour d’une Å“uvre baroque majeure à laquelle sont associés des textes des Lumières (maximes de l’Abbé Raynal) percutants par leur engagement humaniste font tout l’intérêt de cette production atypique, aux vertus pédagogiques et culturelles multiples.  Edifiant. Reportage vidéo de 22 mn © studio CLASSIQUENEWS.com 2015

Dardanus de Rameau

RAMEAU 2014 : sélection cdFrance Musique, samedi 23 mai, 19h30. Dardanus de Rameau. En dépît d’un livret faible et bien peu vraisemblable, Rameau écrit une musique parmi les plus inspirées de son catalogue où la magie et le fantastique produisent plusieurs scènes pathétiques et tragiques dignes de Corneille et Racine. L’intrigue pose les jalons d’un huit clos amoureux composé de trois protagonistes : Iphise est aimée par deux prétendants : Anténor et Dardanus. Ce dernier ennemi de son père Teucer, est le seul aimé par la princesse. Comme toujours le surnaturel et le fantastique font la valeur des héros et révèlent leurs talents : Dardanus sauve des griffes du monstre Anténor qui laisse son rival épouser Iphise.

Depuis son premier opéra Hippolyte et Aricie en 1733, Rameau ne cesse d’attiser la haine des lullistes. .. avec le succès des Indes galantes puis des Fêtes d’Hebe, Dardanus propose un nouveau regard sur la tragédie lyrique, combinaison stimulante de l’amour, du merveilleux, du surnaturel fantastique et spectaculaire. En bien des points, Rameau d’ouvrage tragique en ballet enchanteur va toujours plus loin. Formellement, harmoniquement.

Pierre_Jelyotte Dardanus Rameau jeliotteLe livret de Leclerc de la Bruère, jeune auteur à la mode, un temps favorisé par Voltaire, est plus digne d’un Opéra ballet que d’une tragédie. .. Son manque d’unité et de progression dramatique, son caractère décousu affaiblissent en vérité un ouvrage que seul le traitement musical élève au rang de chef d’oeuvre : fils de Jupiter, Dardanus fait basculer le prétexte mythologique vers le merveilleux et le pouvoir des enchantements. Mais la prose et la construction poétique de La Bruère n’a pas l’intensité ni la tension des livrets de Pirrhus (Royer, 1730), ou de Jephté de Montéclair (1732).

Les deux amants Iphise et Dardanus s’aiment contre la volonté des hommes : les obstacles inventés par La Bruère manquent de nécessité dramatique, ils tombent souvent à plat dans le flux du drame : autorité du père d’Iphise (Teucer), rivalité du guerrier Antenor (qui aime aussi Iphise), formidable monstre destiné à révéler la valeur de chacun. .. pire, les épisodes dansés et les tableaux merveilleux sont mal intégrés à l’action. Superposition plutôt que fusion. .. malheureuse.

 

 

 

Le merveilleux dans Dardanus

 

piranese prisons dardanus RameauD’emblée, pourtant, ce qui frappe dans Dardanus, c’est la place du merveilleux et de la magie : présence du magicien Isménor dont le pouvoir accompagne Dardanus, et dévoile à ce dernier les vrais sentiments d’Iphise à son égard ; puis sommeil de Dardanus et songe du héros (avec divertissement dansé) soudainement libéré d’une prison où il était tenu prisonnier (superbes décors de Piranèse pour la reprise de l’opéra après sa création), enfin monstre affreux qui révèle Dardanus à sa vraie nature : un héros vainqueur promis à l’amour. .. Qu’il s’agisse de la version initiale de 1739 ou de celle de 1744, la partition captive par sa caractérisation musicale : le compositeur sait à l’inverse des divertissements dansés au prétexte totalement invraisemblable, approfondir la psychologie des protagonistes, concevoir des situations aux couleurs harmoniques inédites qui forcent l’admiration : le mode lugubre de la prière de Dardanus (Lieux funestes où tout respire la honte et la douleur) dans sa prison, reste un moment inoubliable dont la profondeur et la justesse émotionnelle égale la prière de Telaïre dans Castor et Pollux (Tristes apprêts, pâles flambeaux. ..). Si les vers de La Bruère sont indiscutablement bien trempés, le livret dans sa totalité n’a pas la même cohérence : le poète était bon pour la séquence non pour le drame dans sa continuité. Mais pour la création, Rameau a pu compter sur le tempérament virtuose du ténor Jéliotte, dont il fait son chanteur favori…

Le jeune ensemble Pygmalion et son chef Raphael Pichon ont fait de Rameau leur fond de commerce mais avec un verdeur encore perfectible : en témoigne encore leur récent enregistrement de Castor et Pollux, réalisé à Versailles : pas assez cohérent, poétiquement instable. En avril 2015, leur escale bordelaise pourrait indiquer une nouvelle maturité dans leur approche… A suivre donc.

Rameau : Dardanus à l’Opéra de Versailles, de Bordeaux

Mise en scène, Michel Fau
Décors, Emmanuel Charles
Costumes, David Belugou
Lumières, Joël Fabing
Maquillages et masques, Pascale Fau
Chorégraphe, Christopher Williams
Vénus, Karina Gauvin
Iphise, Gaëlle Arquez
Dardanus, Frédéric Antoun
Anténor, Florian Sempey
Teucer, Isménor, Nahuel di Pierro
Un songe, l’Amour, une phrygienne,
Katherine Watson
Un Phrygien, Etienne Bazola
Un Songe, Virgile Ancely
Un Songe, Guillaume Gutiérrez
Ensemble Pygmalion Chœur et Orchestre
Direction musicale, Raphaël Pichon

 

 

Illustrations : Rameau, Pierre Jéliotte / Jélyotte, les prisons de Piranèse (DR)

 

 

Rameau : Dardanus sur culturebox

piranese prisons dardanus RameauRameau : Dardanus. En direct sur culturebox, , le 22 avril 2015, 20h. Depuis l’Opéra de Bordeaux. Dardanus, opéra spectaculaire de Rameau, est à l’affiche de l’Opéra de Bordeaux de 18 au 22 avril 2015. Une jeune équipe aborde l’une des tragédies lyriques les plus ambitieuses de Rameau, comptant des profils individuels parfaitement caractérisés, des épreuves amoureuses intenses, des épisodes collectifs, infernaux et dansés parmi les plus impressionnants et spectaculaires jamais écrits. En homme des Lumières, Rameau ne fait pas que divertir. Le théoricien expérimentateur superbement honoré pendant son année 2014, ose tout dans Dardanus : réinventer l’opéra, renouveler la langue des passions, enrichir les modes du spectacle. Sur un livret au flux invraisemblable, Rameau déploie en toute liberté la sainte fantaisie de la musique : Dardanus est ainsi le plus merveilleux des contes de fées écrit par le Dijonais. Le jeune héros Dardanus, futur fondateur de Troie, aime Iphise que le père Teucer, ennemi du héros, destine à Anténor, chef guerrier rival de Dardanus. Mais dans l’optique maçonnique souvent à la source de l’inspiration ramélienne, Dardanus l’élu doit certes souffrir et éprouver le destin mais il est aidé en cela par son mentor, guide spirituel et entité positive, Isménor qui lui remet une baguette magique, à la manière de la flûte enchantée de Mozart. C’est aussi comme dans tout opéra, la métamorphose du « méchant » peu à peu enclin à la bonté : ainsi Anténor, sauvé du monstre par Dardanus, sait être reconnaissant et loyal et renonce à Iphise en faveur du héros des lumières. LIRE notre présentation de Dardanus de Rameau

 

 

Rameau : Dardanus à l’Opéra de Bordeaux

Mise en scène, Michel Fau
Décors, Emmanuel Charles
Costumes, David Belugou
Lumières, Joël Fabing
Maquillages et masques, Pascale Fau
Chorégraphe, Christopher Williams
Vénus, Karina Gauvin
Iphise, Gaëlle Arquez
Dardanus, Frédéric Antoun
Anténor, Florian Sempey
Teucer, Isménor, Nahuel di Pierro
Un songe, l’Amour, une phrygienne,
Katherine Watson
Un Phrygien, Etienne Bazola
Un Songe, Virgile Ancely
Un Songe, Guillaume Gutiérrez
Ensemble Pygmalion Chœur et Orchestre
Direction musicale, Raphaël Pichon

Les 18, 20, 22, 24 et 26 avril 2015, 20h (le 26 à 15h)

 

 

 

Compte rendu, opéra. Toulouse. Théâtre du Capitole, le 31 mars 2015. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Castor et Pollux, Tragédie en cinq actes, version de 1754 ; Mariame Clément, mise en scène ; Julia Hansen, décors et costumes ; Bernd Purkrabek , lumières ; FettFilm (Momme Hinrichs et Torge Møller), vidéo ; Antonio Figueroa, Castor ; Aimery Lefèvre, Pollux ; Hasnaa Bennani, Cléone / Une suivante/ Une Ombre heureuse ; Hélène Guilmette, Télaïre ; Gaëlle Arquez, Phébé ; Dashon Burton, Jupiter ; Sergey Romanovsky, L’Athlète / Mercure ; Konstantin Wolff, Le Grand Prêtre de Jupiter / Une Voix ; Choeur du Capitole ; Alfonso Caiani direction ; Les Talens Lyriques ; Christophe Rousset, direction musicale.

castor-pollux-rameau-Rameau au Capitole est bien servi, après Hippolyte et Aricie en 2009, les Indes Galantes en 2012, voici Castor et Pollux cette saison. Il ne manque plus que Platée pour que notre bonheur soit total. Rameau demande beaucoup. Certes la partition regorge de beautés mais il est important que la mise en scène soit habile afin que l‘intérêt du spectateur moderne soit maintenu. Même dans Castor et Pollux de 1754 l’intrigue est maigre et les ballets sont nombreux qui coupent tout élan dramatique. L‘intelligence de la mise en scène de Mariame Clément est parfaitement secondée par des costumes simples et beaux et un décor monumental, un double escalier central, qui permettent au spectacle de soutenir notre intérêt y compris dans les ballets. C’est un parti pris audacieux que cette absence de danses, remplacées par du théâtre et des mimes. L’histoire est ainsi déclinée dans le temps, par un habile retour vers l’enfance des quatre héros ; nous comprenons mieux les liens complexes qui les unissent. Tout avance donc sans temps morts. Les chœurs jouent très bien et les solistes, secondés par des enfants, prennent un relief passionnant.

Tendres et beaux Castor et Pollux à Toulouse

Le théâtre s’invite mais c’est bien les voix qui dominent le plateau, même avant l’orchestre. Nous le dirons d’emblée l’orchestre de Rameau pose un problème qui ce soir n’a pas été résolu par Christophe Rousset et ses superbes musiciens des Talens Lyriques. Très haut dans la fosse, l’orchestre sonne souvent trop fort et lourd. C’est un peu le défaut des instruments anciens lorsqu’ils sont sommés, comme ce soir de sonner trop pour montrer leur puissance après des années de trop modestes possibilités. La direction ferme et puissante de Christophe Rousset fait sensation mais les passages sensibles ne touchent pas assez. Les couleurs sombres de l‘orchestre avec des basses très présentes, manque de lumière. La direction est efficace, mais un peu trop sèche et manquant de moelleux. L’équilibre avec le plateau a fait défaut lors de la scène des enfers de l’acte IV lorsque la voix du «vaillant Pollux » se perd alors que Phébé, Mercure et les démons traversent la puissance orchestrale déchainée.

La fête vocale est magnifiée par les dames. En Phébé, Gaëlle Arquez brûle les planches et sa voix paraît d’une puissance enviable. Le beau mezzo de tempérament a une autorité indiscutable. La présence du personnage infernal séduit et inquiète à la fois. La Télaïre d’Hélène Guilmette a également une belle présence scénique et la voix fruitée de soprano lyrique sait galber les lignes de chant avec art. Tout au plus, un manque de fragilité en particulier dans l’air triste flambeau suscite des réserves. Mais la mise en scène lui demande une présence forte que la voix soutient parfaitement.
Le Castor d’Antonio Figueroa est vocalement d’une tendresse idéale. Voix de miel, le ténor sait chanter avec art son rôle d’amoureux que rien n’arrête. Aux Enfers il manquera un peu de vaillance mais l’essence de cette voix semble être de rendre des sentiments délicats seulement. En Pollux, Aimery Lefèvre est sensible et douloureux. La belle voix souple phrase à la perfection. Mais la grandeur du monarque et du fils d’un dieu, éternel lui même, fait défaut. Dashon Burton, campe un Jupiter inattendu et plein d‘humour. La voix est moelleuse et séduisante et le jeu du jeune baryton est parfait. Ce Dieux de l’argent est si vraisemblable et fantasque à la fois…
En Plusieurs rôles, dont une formidable « trompette », Sergey Romanovsky est un ténor impertinent par sa capacité de rivaliser avec des sons d ‘airains comme une grande noblesse dans la partie de Mercure. Voilà un engagement vocal impressionnant à suivre dans des rôles plus longs et complexes. Le chœur du capitole admirablement préparé par Alfonso Caiani a magnifié les si beaux chœurs de Rameau, oscillants entre douleur et splendeur avec des couleurs superbes. Tout particulièrement le pupitre de ténor a semblé pur et lumineux.

Cette production du Theater an der Wien a eu un beau succès à Toulouse. Ce parfait mélange de théâtre et de chant est digne du chef d ‘œuvre de Rameau. La distribution sans faiblesse, la mise en scène stimulante et la direction musicale énergique ont porté haut l’esprit de la Tragédie Lyrique au Capitole. L’équipe soudée pour ce spectacle total, en ces temps incertains réconforte par un tel engagement.

CD. Rameau : Les Fêtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa)

rameau-cd-fetes-de-polymnie-1745-orfeo-orchestra-gyorgy-Vashegyi-2-cd-glossa-clic-de-classiquenewsCD. Rameau : Les Fêtes de Polymnie, 1745. Orfeo Orchestra, György Vashegyi (2 cd Glossa). Voici le premier cd découlant de l’année Rameau 2014. Le présent titre est d’autant plus méritoire qu’il dévoile la qualité d’une partition finalement très peu connue et qui mérite ce coup de projecteur car elle incarne le sommet de l’inspiration du Dijonais, ces années 1740 qui marquent assurément la plénitude de son génie … 1745 est une année faste pour Rameau.  Aux côtés de Platée, ces Fêtes de Polymnie soulignent une inventivité sans limites. Le compositeur mêle tous les genres,  renouvelle profondément le modèle officiel et circonstanciel déjà conçu et développé par Lully. En guise d’une Å“uvre qui fait l’apologie de Louis XV comme l’a fait Lully s’agissant de Louis XIV au siècle précédent, Rameau livre un triptyque d’une flamboyante diversité de formes et de genres poétiques.  Les titres de chaque Entrée indiquent ainsi les développements musicaux libres et originaux : histoire,  fable,  féerie.  Un prodige de renouvellement des modes dramatiques d’autant plus qu’il n’est pas uniquement question de mythologie : à ce titre l’argument et le climat de la troisième dépasse tout ce qui a été entendu jusque là tant le dernier volet développe singulièrement le thème féerique qui le porte…

Prolongement de l’année Rameau 2014, le Fêtes de Polymnie sont une redécouverte majeureDélices orchestraux et vocaux de Polymnie

Un Rameau méconnu : Les Fêtes de PolymnieLe lien de tout cela est préservé par un formidable orchestre qui palpite et bondit, s’enivre et s’alanguit, réussissant la caractérisation de chaque danse, revendiquant par une instrumentation miroitante et brillante (trompettes et cors sont tous même spécifiquement honorés et sollicités par Zimes dans le III),  la souveraineté expressive de l’orchestre : la divine musique que nous sert Rameau en particulier dans cette entrée III, saisit par sa majesté comme sa suavité. Orfeo Orchestra sous la baguette fine et nerveuse de György Vashegyi décuple de saine inspiration dans La Féerie : la puissance évocatrice de l’orchestre qui en guise de fond féérique imagine la clameur de la chasse et du motif cynégétique, captive : c’est un déferlement d’invention mélodique, harmonique, rythmique, perpétuel… le tout attestant du génie de Rameau et renouvellant de fait, la tradition de l’opéra ballet de circonstance.

La distribution convainc différemment selon les tableaux.  Disons que les hommes se montrent à la hauteur de la partition… Le soprano charnu d’Aurélie Leguay pose un problème d’intention poétique et de technique : le chant déborde souvent la délicatesse ramélienne : réserves soulevées par sa Mnémosyne carrément surjouée et peu intelligible (Prologue); puis dans son Argélie,  carrément ampoulée,  aux aigus étranglés pour le troisième volet (et une justesse bien aléatoire) ; en revanche quel aplomb et quel panache linguistique affirme Mathias Vidal, énergie voire véhémence d’un engagement toujours parfaitement articulé (voilà qui prolonge ses réussites exemplaires avec le CMBV : Atys de Piccinni,  et relevant de la même année Rameau 2014 : Bacchus surtout Trajan dans la très convaincante récréation du Temple de la gloire, autre révélation de cette année de commémoration avec donc cette Polymnie flamboyante. Un prochain disque du Temple de la Gloire est également annoncé d’ici la fin 2015.

CLIC D'OR macaron 200Au sommet d’une partition qui aurait pu seulement plaire et flatter – c’est à dire polir et sculpter la solennité décorative au sacrifice de l’intériorité,  le baryton Thomas Dolié se distingue nettement. La seconde entrée, L’histoire, impose un étonnant brio des cuivres, la résonance des percus et le chÅ“ur à la fête, visiblement très engagés dans l’expression du retour de la gloire grâce au héros vertueux et clément (Séleucus) : à nouveau la noblesse héroïque de Thomas Dolié, campe le vainqueur sublime Séleucus ; dans sa somptueuse virilité chantante s’écoule déjà tous les souverains idéalisés par Les Lumières : roi magnanime et compréhensif, surtout père préoccupé, exemplaire… la richesse du timbre, la simplicité et le naturel de l’articulation, l’intelligibilité font ici un modèle de chant engagé, précis, d’une rare intelligence dramatique. Puis, le chanteur touche au sublime pathétique dans la solitude de Zimes au III… souci du verbe, justesse émotionnelle,  simplicité et mesure du style (air : Que deviens je ?)… tant de grâce noble et raffinée fait espérer demain un superbe Thesée (Hippolyte et Aricie) ou un non moins coeur foudroyé idéal pour le rôle d’Anthénor dans Dardanus et son fameux air “Monstres affreux”…: que les directeurs n’oublient pas son formidable potentiel.

Lumineuse,  tendre,  d’un brio irrésistible,  le soprano d’EmÅ‘ke Baráth est l’autre perle vocale de la distribution (Polymnie puis une syrienne dans le Prologue et le III). La présence de Véronique Gens reste précieuse même si la voix hélas n’offre plus rien dans les aigus à peine soutenus et constamment confus.
Sa Stratonice a la distinction altière et royale (malgré ses aigus tirés, vibrés, confus) : elle fait une princesse tiraillée, dont l’amour pour son beau fils, Antiochus, fait une cougar, traîtresse au roi Séleucus. Son “Triste recours des malheureux” partage avec Phèdre d’Hippolyte et Aricie, une souveraine gravité, digne des plus grandes tragédies de Rameau.Distinguée, racée, ainsi Gens / Stratonice parvient à convaincre (n’a t elle pas l’âge et la fatigue manifeste du rôle?). Sachons donc reconnaître la finesse de sa diction toujours d’un port princier. .. qui fait mouche même dans le rôle de la mère aux vertus magiciennes d’Oriane.

Thomas Dolié,  Mathias Vidal,  EmÅ‘ke Baráth font les délices vocaux de cette récréation attendue pour l’année Rameau.  La tenue musicale,  fluide, ronde,  précise de l’orchestre,  la qualité du chÅ“ur ajoutent à l’excellence artistique du présent enregistrement : un autre fleuron à posséder d’urgence dans le prolongement du Rameau concertant et transposé du jeune ensemble Zaïs de Benoît Babel (1 cd Parary)…. en attendant le Zaïs avec la subtile et irrésistible Sandrine Piau dans le rôle clé de Zélidie (voir notre reportage vidéo Zaïs de Rameau,  recréation de novembre 2014).

CD. Rameau : Les Fêtes de Polymnie, 1745. Ballet héroïque en un Prologue et Trois actes : La Fable, L’Histoire, La Féerie. Avec Thomas Dolié, Mathias Vidal, Emoke Barath, Véronique gens, Aurélia Legay, Marta Stefanik, Domonkos Blazsó… Purcell Choir, Orfeo Orchestra. György Vashegyi, direction. Enregistrement réalisé en Hongrie, Palace des Arts, en avril 2014 (2 cd Glossa réf.: GCD 923502).

VIDEO : voir notre reportage exclusif Les Fêtes de Polymnie de Rameau, extraits musicaux de la production dirigée en Hongrie par György Vashegyi

Reportage vidéo : Le Temple de la Gloire de Rameau et Voltaire, 1745. Recréation

RameauVIDEO, reportage. Le Temple de la Gloire de Rameau et Voltaire, 1745. Recréation. Temps fort de l’année Rameau 2014, la recréation par le CMBV (Centre de musique baroque de Versailles), du Temple de la Gloire témoigne de la collaboration entre Rameau et Voltaire en 1745. C’est l’année des prodiges pour le compositeur : Platée, La Princesse de Navarre et donc Le Temple de la Gloire : universel, génie imaginatif, Rameau imagine dans le ballet héroïque, trois opéras en un. Bacchanale pour la première entrée (Bélus), bacchanale pour la seconde entrée (Bacchus), tragédie pour la troisième entrée (Trajan). Même le Prologue est l’un des plus raffinés et aboutis, suscitant dans le personnage de l’Envie trépignant aux abords du Temple, l’un des personnages graves et tragiques, accompagné par les bassons, parmi les plus saisissants conçus par Rameau. Reportage exclusif CLASSIQUENEWS.COM © 2015

Reportage vidéo. Rameau : Zaïs (1748), recréation par le CMBV (novembre 2014)

rameau 2014 logo 2014VIDEO. Recréation : Zaïs (1748) de Rameau à l’Opéra royal de Versailles. Temps fort de l’année Rameau 2014, le 18 novembre 2014, à l’Opéra royal de Versailles, le CMBV présente la recréation de la Pastorale héroïque ZAïS, ouvrage merveilleux inspiré par les idées des Lumières. C’est en vérité la ténacité de Zélidie, très éprouvée par son amant Zaïs soupçonneux, qui triomphe ici malgré les épreuves et les tromperies qu’elle doit subir. Pour la soprano Marie Fel et la haute contre Jélyotte, – deux chanteurs d’exception, Rameau écrit deux rôles d’une grâce et d’un charme irrésistibles. Recréation événement. Reportage vidéo © CLASSIQUENEWS.TV 2015

Les Indes Galantes de Rameau pour et par les jeunes

Trappes, La Merise. Rameau : L’Inde Galante, les Sauvages. Le 10 février 2015, 19h30.  Lycéens, Pages de la Maîtrise du CMBV. L’Inde dansante :quand le baroque suscite un projet de jumelage pour les jeunes… Le CMBV réalise une nouvelle production comprenant la 4ème entrée des Indes Galantes de Rameau, Les Sauvages en associant les Pages de la Maîtrise du Centre de musique baroque de Versailles et plusieurs classes des lycées de Trappes.  Une expérience collective qui transmet l’écoute, le partage, la rencontre comme valeurs premières.

cmbv-rameau-2015-les-indes-galantes,-l'inde-dansante-Trappe-Versailles-opera-olivier-schneebeli-582Dans un bosquet d’une forêt de l’Amérique, une belle Sauvage, Zima (soprano), fille d’un chef puissant et redouté est courisée par les officiers européens, le français Damon (haute-contre) et l’espagnol Don Alvar (baryton). Un temps dépaysée par tant de courtoisies exotiques, la Sauvagesse préfère l’un de ses semblables le guerrier Adario (baryton). Rameau dépeint l’amour imprévu et aussi la guerre qui se conclue par la pacification des nations affrontées (fameuse danse du calumet de la paix). A l’époque, Les Indiens d’Amérique étaient réputés dansant nus et fumant de longs calumets, d’après les chroniques des voyageurs ou les gravures de Bernard (Cérémonies et coutumes religieuses, 1723), ou de Lafitau (Mœurs des Sauvages Américains (1724). Le compositeur réutilise la pièce fameuse de son recueil de pièces pour le clavecin, Les Sauvages publiée en 1728 d’après la danse de vrais indiens de Louisiane danseurs, qu’il avait pu voir au Théâtre Italien en 1725.

Les Sauvages est la quatrième Entrée de son opéra ballet les Indes Galantes, entrée ajoutée pour la reprise de l’ouvrage en 1736 (un an après sa création en 1735). C’est l’occasion d’utiliser de brillantes trompettes, des airs d’agilité d’esprit italien : ainsi l’air de Zima « Régnez plaisirs et jeux » où s’associent trompettes, timbales et flûtes. Comme plus tard (1745) dans Le Temple de la gloire et l’acte de Bacchus (bacchanale sensuelle), Rameau alterne en particulier dans la Chaconne finale des Sauvages, accents guerriers et pastoraux, nerf et suavité, caractère et douceur. L’air des Sauvages publié en 1728 innerve toute la danse collective à l’ouverture et dans le rondeau final. La mélodie géniale comme l’est Frère Jacques (attribué depuis 2014 à Rameau donc), sera repris immédiatement par nombre de compositeurs de Suites orchestrales ou d’opéras (Corette, Tapray, Guignon, Dalayrac…), la pièce traverse même l’Atlantique pour rejoindre les côtes des Antilles Françaises, sur l’île de Dominique : un témoin d’époque rend compte du jeu d’un claveciniste très versé dans l’art de Rameau.

Après la Ritournelle d’entrée, Rameau imagine d’abord la confrontation entre Alvar et Damon, colons aux Amériques, rivaux en amour.

Puis paraît les Indiens : Adario amoureux qui fusionne bientôt avec la belle et convoitée par tous, Zima. Les deux indigènes inspirés par l’amour se jurent fidélité.

Ensuite, la Danse du grand calumet de la Paix est portée par les Indiens et le couple d’amoureux Zima et Adario ; puis c’est la danse qui conclue l’ouvrage indien : menuet des Françaises en Amazones, air de ZIma victorieuse : « Régnez plaisirs et jeux », enfin Chaconne finale.

Partition débordante de sensualité et d’italianisme, Les Sauvages sont l’objet d’un travail spécifique entre les Pages de la Maîtrise du Centre de Musique Baroque de Versailles et plusieurs lycéens de Trappes. Chant, déclamation, danse et jeu scénique sont les étapes d’un jeu collectif où les jeunes professionnels rencontrent les jeunes publics autour du génie musical de Rameau. La vivacité dansante de l’opéra ballet fascine toujours autant depuis le XVIIIème siècle. Une équipe chevronnée de professionnels (Olivier Schneebeli, direction musicale ; Françoise Deniau, chorégraphie ; Michel Verschaeve, mise en scène) encadrent les jeunes apprentis. Sous leurs auspices, certains pourraient même se dépasser porté par la magie du théâtre baroque.

 

 

 

 

boutonreservationSoirée les Indes Galantes au Théâtre La Merise de Trappesmardi 10 février 2015, 19h30

Direction Musicale : Olivier Schneebeli
Direction des Chœurs: Sarah Boissou (collège Youri Gagarine), Marjolaine Martel (collège Le Village) et Marie-Pascale Perillon (collège Gustave Courbet),
Mise en scène : Michel Verschaeve
Chorégraphie : Françoise Deniau
Régie : Thierry Carreau

Solistes et choristes : Pages du CMBV
Choristes : Elèves des collèges Youri Gagarine, Le Village et Gustave Courbet de Trappes.
Instrumentistes : Elèves du CRR de Versailles et du CRD de la Vallée de Chevreuse.
Danseurs et comédiens : Elèves de Lycée Plaine de Neauphle (à confirmer)
Régisseurs : stagiaires Ecole de la deuxième chance (ZA-Trappes-Elancourt).

Infos et réservations

Théâtre La Merise à Trappes

01 30 13 98 51  tarif unique : 5 euros.

Spectacle repris le 12 février 2015 à l’Opéra royal de Versailles

Vidéo, grand reportage. Rameau : Les Fêtes de Polymnie, 1745

RAMEAU 2014 : sélection cdVidéo, grand reportage. Rameau : Les Fêtes de Polymnie, 1745. En 2014, pour l’année Rameau (250ème anniversaire de sa mort), le CMBV Centre de musique baroque de Versailles a ressuscité Les Fêtes de Polymnie (ballet héroïque, 1745 puis 1753), opéra ballet majeur heureusement dévoilé à l’occasion de l’année anniversaire. C’est avec Le Temple de la Gloire, la réhabilitation la plus marquante d’une année de productions riches en surprises et redécouvertes. L’année où Rameau compose Platée et La Princesse de Navarre (sur un livret de Voltaire), Les Fêtes de Polymnie dépasse son prétexte monarchique (célébration des victoires militaires de Louis XV) et saisit par le fin équilibre réalisé entre chÅ“urs, airs solistes, duos et trios enchaînés… Avec son librettiste Cahusac, Rameau met l’accent sur le ballet et le divertissement tout en illustrant plusieurs thèmes franc-maçons… Reportage vidéo exclusif © CLASSIQUENEWS. Le double cd est édité chez Glossa en janvier 2015

Castor et Pollux à Toulouse

RAMEAU 2014 : sélection cdToulouse, Capitole. Rameau: Castor et Pollux : 22 mars>14 avril 2015. Lors de sa création en 1737, le second opéra tragique de Rameau est d’autant plus attendu qu’il succède à deux ouvrages saisissants : le scandaleux et déjà génial Hyppolite et Aricie de 1733, puis l’opéra-ballet, les Indes Galantes de 1735. Suscitant l’ire des Lullistes, choqués par tant d’audaces inédites, Castor et Pollux n’est joué que 21 fois : c’est pour Rameau un semi échec : il pense aussitôt à réécrire l’opéra dont la seconde version très différente voit le jour en 1754. En 17 ans, le goût du public a sensiblement évolué.

Au centre de l’action le lien fraternel qui unit Pollux fils immortel de Jupiter et Léda, à son demi frère, Castor fils de Tyndare et a contrario simple mortel. S’ils aiment la même femme, Télaïre, Pollux s’efface et désire même après la mort de son frère, prendre sa place aux enfers; Phébé amoureuse de Castor, jalouse de Télaïre, ne cesse d’invoquer les forces maléfiques pour contraindre et faire échouer les projets de Pollux et Télaïre. Finalement, Jupiter ému par l’amour de Pollux pour Castor, lequel sait aussi se sacrifier pour son frère, accepte de ressusciter Castor, l’unir à Télaïre, leur offrir l’immortalité, après avoir foudroyé l’ignoble Phébé.

La version de 1754 prend en compte toutes les évolutions du goût : en plein cÅ“ur de la Querelle des Bouffons, le nouveau Castor éblouit et s’impose sur la scène : c’est le plus grand succès lyrique du XVIIIème siècle. Rameau y excelle à renforcer l’impact dramatique de l’action, tout en flattant l’oreille des spectateurs par des airs italiens des plus tendres et sensuels. En 1754, plus de prologue à la gloire du roi, une musique nouvelle qui enchaîne en un tout organique, chÅ“ur, air, récitatif, surtout ampleur et souffle “cosmique” de l’orchestre.

RameauLa couleur funèbre et lugubre du chÅ“ur des Spartiates : ” Que tout gémisse “, précédant la fameuse plainte / prière de Télaïre (” Tristes apprêts, pâles flambeaux… “), le monologue solitaire de Castor : ” Séjour de l’éternelle paix “, la grâce amoureuse de l’ariette du V : ” Tendre amour “, la noire haine de Phébé (” Soulevons tous les dieux “),  le pathétique noble et viril de Pollux tout au long des actes… bouleversent et saisissent par leur justesse poétique et leur profondeur sentimentale. Rameau réussit tout : l’implacable solitude des coeurs amoureux, la grandeur des sentiments partagées, la brûlure et la hideuse noirceur des âmes haineuses… Le compositeur offre un nouveau standard lyrique après Lully, l’égalant voire le dépassant par sa force dramatique, la pureté et la grandeur de son éloquence déclamatoire qui égale aussi le théâtre parlé déclamé de Corneille et Racine. Avec Rameau, l’opéra gagne ses lettre de noblesse et atteint une grandeur et un sublime jamais égalés avant lui ; théâtre d’action et de sublimation, c’est aussi une scène flamboyante qui culmine par la réussite des disciplines associées : où la danse toujours omniprésente avec le chÅ“ur et les solistes, chanteurs et danseurs, réalise les plus beaux “divertissements”, ballets combinés au drame chanté dont le dernier, l’ultime chaconne après le jugement de Jupiter et qui représente les planètes autour du Soleil (quand Castor nouvel immortel rejoint aux côtés de Pollux, le Zodiaque), demeure un sommet de l’écriture ramélienne.

 

 

 

Castor, modèle du bon goût français

 

Rameau_Carmontelle10 ans avant de mourir, Rameau laisse une oeuvre alliant la grandiose et le tendre, le pathétique et le sensuel qui s’exprime par un orchestre suractif et nuancé qui comme un creuset, transfigure chaque élément au contact de l’autre : danse, chant, musique pure se trouvent fusionnés comme jamais. Jusqu’en 1785, sous le règne de Marie-Antoinette et de Louis XVI, Castor et Pollux incarne la grandeur exemplaire de l’opéra français : même en pleine rivalité entre glukistes et piccinnistes, Castor incarne le modèle indépassable. Même Berlioz pourtant ardent gluckiste, savait reconnaître le génie unique de Rameau par la prière de Télaïre : “Tristes apprêts, pâles flambeaux”, cet air que Sofia Coppola dans son film Marie-Antoinette, fait paraître à l’opéra, sachant séduire et même enthousiasmer la jeune reine qui ose applaudir contre tout respect de l’étiquette… Au début du XXème siècle, quand les antiwagnériens tels D’Indy, et Bordes jouent Castor, l’emblème du bon goût français, Debussy est ému par la justesse lugubre du chÅ“ur des spartiates dont l’humanité le touche particulièrement. En 1991, Wiliam Christie fait retentir les notes magiciennes de Castor à Aix en Provence et l’année Rameau 2014 a vu le retour en force de l’opéra le plus célébré du compositeur.

 

 

 

 

RAMEAU 2014 : sélection cdCastor et Pollux de Rameau au Capitole de Toulouse,
du 24 mars au 2 avril 2015.

Christophe Rousset, direction
Marianne Clément, mise en scène
Les 24,27,29 31 mars puis le 2 avril 2015.

Tragédie lyrique en cinq actes
Livret de Pierre-Joseph Gentil-Bernard
créée le 24 octobre 1737 à l’Opéra de Paris (version révisée : 1754)

 

 

 

Nouveau Dardanus de Rameau par Michel Fau à Bordeaux

RAMEAU 2014 : sélection cdBordeaux, Opéra. Rameau : Dardanus. 18>26 avril 2015. 5 représentations pour un chef d’oeuvre musical que le génie de Rameau porte au sommet de l’inspiration baroque française. L’intrigue pose les jalons d’un huit clos amoureux composé de trois protagonistes : Iphise est aimée par deux prétendants : Anténor et Dardanus. Ce dernier ennemi de son père Teucer, est le seul aimé par la princesse. Comme toujours le surnaturel et le fantastique font la valeur des héros et révèlent leurs talents : Dardanus sauve des griffes du monstre Anténor qui laisse son rival épouser Iphise.

Depuis son premier opéra Hippolyte et Aricie en 1733, Rameau ne cesse d’attiser la haine des lullistes. .. avec le succès des Indes galantes puis des Fêtes d’Hebe, Dardanus propose un nouveau regard sur la tragédie lyrique,  combinaison stimulante de l’amour,  du merveilleux,  du surnaturel fantastique et spectaculaire. En bien des points, Rameau d’ouvrage tragique en ballet enchanteur va toujours plus loin. Formellement, harmoniquement.

Pierre_Jelyotte Dardanus Rameau jeliotteLe livret de Leclerc de la Bruère,  jeune auteur à la mode, un temps favorisé par Voltaire,  est plus digne d’un Opéra ballet que d’une tragédie. .. Son manque d’unité et de progression dramatique, son caractère décousu affaiblissent en vérité un ouvrage que seul le traitement musical élève au rang de chef d’oeuvre : fils de Jupiter,  Dardanus fait basculer le prétexte mythologique vers le merveilleux et le pouvoir des enchantements. Mais la prose et la construction poétique de La Bruère n’a pas l’intensité ni la tension des livrets de Pirrhus (Royer, 1730), ou de Jephté de Montéclair (1732).

Les deux amants Iphise et Dardanus s’aiment contre la volonté des hommes : les obstacles inventés par La Bruère manquent de nécessité dramatique, ils tombent souvent à plat dans le flux du drame : autorité du père d’Iphise (Teucer), rivalité du guerrier Antenor (qui aime aussi Iphise), formidable monstre destiné à révéler la valeur de chacun. .. pire, les épisodes dansés et les tableaux merveilleux sont mal intégrés à l’action.  Superposition plutôt que fusion. .. malheureuse.

 

 

 

Le merveilleux dans Dardanus

 

piranese prisons dardanus RameauD’emblée, pourtant, ce qui frappe dans Dardanus, c’est la place du merveilleux et de la magie : présence du magicien Isménor dont le pouvoir accompagne Dardanus,  et dévoile à ce dernier les vrais sentiments d’Iphise à son égard ; puis sommeil de Dardanus et songe du héros (avec divertissement dansé) soudainement libéré d’une prison où il était tenu prisonnier (superbes décors de Piranèse pour la reprise de l’opéra après sa création),  enfin monstre affreux qui révèle Dardanus à sa vraie nature : un héros vainqueur promis à l’amour. .. Qu’il s’agisse de la version initiale de 1739 ou de celle de 1744, la partition captive par sa caractérisation musicale : le compositeur sait à l’inverse des divertissements dansés au prétexte totalement invraisemblable,  approfondir la psychologie des protagonistes,  concevoir des situations aux couleurs harmoniques inédites qui forcent l’admiration : le mode lugubre de la prière de Dardanus (Lieux funestes où tout respire la honte et la douleur) dans sa prison, reste un moment inoubliable dont la profondeur et la justesse émotionnelle égale la prière de Telaïre dans Castor et Pollux (Tristes apprêts,  pâles flambeaux. ..). Si les vers de La Bruère sont indiscutablement bien trempés,  le livret dans sa totalité n’a pas la même cohérence : le poète était bon pour la séquence non pour le drame dans sa continuité. Mais pour la création, Rameau a pu compter sur le tempérament virtuose du ténor Jéliotte, dont il fait son chanteur favori…

Le jeune ensemble Pygmalion et son chef Raphael Pichon ont fait de Rameau leur fond de commerce mais avec un verdeur encore perfectible : en témoigne encore leur récent enregistrement de Castor et Pollux, réalisé à Versailles : pas assez cohérent, poétiquement instable. En avril 2015, leur escale bordelaise pourrait indiquer une nouvelle maturité dans leur approche… A suivre donc.

Rameau : Dardanus à l’Opéra de Bordeaux

Mise en scène, Michel Fau
Décors, Emmanuel Charles
Costumes, David Belugou
Lumières, Joël Fabing
Maquillages et masques, Pascale Fau
Chorégraphe, Christopher Williams
Vénus, Karina Gauvin
Iphise, Gaëlle Arquez
Dardanus, Frédéric Antoun
Anténor, Florian Sempey
Teucer, Isménor, Nahuel di Pierro
Un songe, l’Amour, une phrygienne,
Katherine Watson
Un Phrygien, Etienne Bazola
Un Songe, Virgile Ancely
Un Songe, Guillaume Gutiérrez
Ensemble Pygmalion Chœur et Orchestre
Direction musicale, Raphaël Pichon

Les 18, 20, 22, 24 et 26 avril 2015, 20h (le 26 à 15h)

 

 

Illustrations : Rameau, Pierre Jéliotte / Jélyotte, les prisons de Piranèse (DR)

 

 

Compte rendu, concert. Liège. Salle Philharmonique. Orchestre philharmonique royal de Liège. Rameau symphonique : ouvertures et ballets des opéras Zoroastre, Naïs, Castor et Pollux, Acante et Céphise… Bruno Procopio, direction.

Maestro surprenant. Rameau : une épreuve décisive pour les orchestres modernes ? Alors que s’impose peu à peu l’orthodoxie des instruments anciens, nouveaux jalons pour une sonorité historique des orchestres, Bruno Procopio, spécialiste de l’approche historiquement informée, propose de jouer Rameau sur instruments … modernes. Une vision ouverte, curieuse, audacieuse qui ouvre de nouvelles perspectives et favorise surtout l’enrichissement musical et technique des musiciens d’orchestre. Non tout ne dépend pas uniquement des instruments : il en suffit pas de jouer Rameau, Bach, Haendel avec des cordes en boyaux pour réussir immédiatement un concert… le style, la réalisation technique, le jeu et d’autres questions relevant de l’esthétique, font aussi une vision.

 

 

 

bruno-procopio-liege-rameau-symphonique-copyright-classiquenews-2014-grand-angle-tout-orchestre

 

 

En 2012, à Caracas (Vénézuela) avec l’orchestre de Gustavo Dudamel (Simon Bolivar Symphony Orchestra), Bruno Procopio avait démontré une étonnante maîtrise de l’écriture et de l’énergie raméliennes en un concert offrant, sur instruments modernes donc, un florilège d’extraits d’ouvertures et de danses du Dijonais. L’expérience valait défi : comment réussir (comme ici) à faire jouer aujourd’hui un orchestre moderne dans les Å“uvres de Rameau, compositeur parmi les plus difficiles du baroque français ? Le résultat (inouï) peut s’écouter à présent grâce au disque édité dans le prolongement de cette aventure “Rameau in Caracas” (1 cd Paraty) : éloquente démonstration que l’on peut interpréter et exprimer le génie orchestral de Rameau avec des instruments modernes… – C’est aussi ce que réussit Sir Simon Rattle avec le Philharmonique de Berlin !
Pour fêter à son tour les 250 ans de la disparition de Rameau, l’Orchestre Philharmonique royal de Liège indique une curiosité méritante et aussi un goût exemplaire du risque en invitant Bruno Procopio à faire de même : jouer Rameau sur instruments modernes mais avec la culture et la connaissance de la pratique d’époque, des traités historiques précisant la manière de réaliser les attaques, les ornements, la dynamique et l’hagogique, la succession déconcertante des rythmes divers… Bref, un défi rare pour un orchestre qui n’a pas l’habitude d’une syntaxe et d’une langue parmi les plus éprouvantes de la musique baroque.

 

 

 

L’orchestre à l’école de Rameau

Rameau électrisé sur instruments modernes

 

C’est pour l’Orchestre, une occasion unique d’apprendre d’un jeune chef passé maître dans l’art symphonique ramélien ; c’est pour ce dernier, une expérience humaine et artistique aux vertus pédagogiques inestimables. Rien de mieux pour dépoussiérer et dynamiser, régénérer et surtout enrichir la vie d’un orchestre, que ce type d’expérience musicale aux bénéfices multiples.
Bruno Procopio a donc passé 3 jours (seulement) avec les instrumentistes du Philharmonique royal de Liège, les pilotant dans le jeu savant et très technique, si exigeant aussi dans la réalisation motorique, d’un Rameau d’une complexe mais géniale inspiration.
Le programme reprend pour partie celui de Caracas (cf. le programme du cd Rameau in Caracas précité), faisant se succéder plusieurs Ouvertures et Suites de danses dont le choc des contrastes, l’éclat martial pour certaines (comme Naïs) – timbales et trompettes en diable-, rappelaient non sans opportunité, la thématique de la saison symphonique de l’OPRL : “guerre(s) et paix”.

 

 

bruno-procopio-liege-rameau-symphonique-2-copyright-classiquenews-2014

 
 
 

D’une tenue rythmique impeccable, soucieux de la structure, exploitant de son mieux les ressources de l’orchestre en timbres et en accents, le jeune maestro convainc pas une franchise de ton, une sûreté à la fois économe et efficace, une énergie dansante qui emportent le collectif. Sa battue d’une clarté exemplaire rétablit les équilibres entre les pupitres, jouant de l’acoustique naturelle de la Salle Philharmonique qui réserve elle aussi bien des surprises pour celui qui la découvre. C’est un guide d’une brillante fermeté qui sait traverser un parcours semé d’embûches avec d’autant plus de mérite que le temps de préparation a été réduit.
Le gain pour l’orchestre en termes de dépassement, de risques assumés, d’enrichissements nouveaux dans le jeu proprement dit est indiscutable. Mais alors quels orchestres en Europe, en France oseraient une telle expérience ? C’est aussi à l’aune de ce pari artistique et musical, pour ne pas dire strictement technicien- que se mesure l’intérêt de la démarche. A tous les orchestres qui souhaitent enrichir encore leur approche des répertoires, assimiler Rameau ainsi, pour mieux mieux jouer Gluck ou Mozart et Haydn, voilà un sillon fertile en accomplissements inédits.  Pour l’année de ses 250 ans, Rameau ne pouvait mieux être servi, révélé, réhabilité : et si son écriture était une formidable école pour tous les orchestres ? A méditer. Bruno Procopio nous en apporte déjà la preuve. Gageons que le jeune maestro n’affirme bientôt son intuition et son travail en visionnaire.

 

 

Liège. Salle Philharmonique. Dimanche 14 décembre 2014. Concert “Rameau Symphonique”. Dans le cadre de la saison 2014-2015 de l’Orchestre philharmonique royal de Liège : “Guerre(s) et paix”. Rameau : Ouvertures et Ballets des opéras Zoroastre, Naïs, Castor et Pollux, Acante et Céphise, Les Indes Galantes… Bruno Procopio, direction.

 

 

Approfondir
LIRE notre critique intégrale du cd Rameau in Caracas par Bruno Procopio et les Soloists of the Simon Bolivar Symphony Orchestra of Venezuela (1 cd Paraty 2012)

 

Illustrations : photographies © CLASSIQUENEWS 2015

Liège. Grand concert Rameau symphonique par Bruno Procopio, annonce

Liège, OPRL. Bruno Procopio joue Rameau. Le 14 décembre 2014, 16h. Dans la Salle Philharmonique, voici un récital symphonique qui célèbre l’année Rameau 2014 et sur instruments modernes. Faire jouer Rameau, le plus grand compositeur baroque français, en dirigeant des orchestres modernes ? C’est le choix audacieux du chef Bruno Procopio. Après l’Orchestre Simón Bolívar de Caracas, le voici à Liege ce 14 décembre 2014, 16h pilotant l’OPRL, l’Orchestre philharmonique royal de Liège.

Il a osé ce que personne avant lui n'avait osé, renouant avec l'audace de premiers conquérants et pionniers baroqueux : jouer et enregistrer Rameau à Caracas sur instruments modernes ! Le résultat dépasse nos attentes...

 

VOIR notre reportage Les Grands Motets de Rameau à Cuenca

 

 

L’élève au clavecin de Christophe Rousset qui a dirigé et enregistré les Grands Motets, les Pièces pour clavecin en concerts, n’en est pas à un défi près. Jouer Rameau sur des instruments qui ne sont pas anciens peut paraître contradictoire de la part d’un enfant de la révolution baroque. Il n’en est rien bien au contraire car l’expérience pourrait s’avérer particulièrement formatrice pour le chef et les musiciens. Nouvelle technique d’archet, réalisation des attaques, ornements, vibrato, phrasés. .. tout le vocabulaire instrumental est ici reformulé dans le sens de la lisibilité et de la clarté. Bruno Procopio apprend pour sa part de nouvelles facettes de sa maîtrise pédagogique. Le style et l’esprit des oeuvres Baroques en particulier la vitalité rythmique et l’esprit chorégraphique de Rameau, sa sensualité comme sa profondeur sont des clés redoutables pour réussir une immersion dans l’esthétique baroque.

Bruno Procopio : maestro assoluto !

 

 

VOIR notre reportage Jouer Carl Philip Emanuel Bach à Caracas

Jouer Rameau sur instruments modernes

Le Rameau symphonique de Bruno Procopio

 

 

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)De quoi faire encore et encore progresser les instrumentistes du Philharmonique de Liège. Bruno Procopio connaît d’autant mieux ce programme qu’il l’a enregistré dans les mêmes conditions instrumentales et avec les mêmes enjeux esthétiques à Caracas au Venezuela, avec les musiciens du Simon Bolivar Orchestra, l’orchestre si énergique et audacieux qu’ a piloté Gustavo Dudamel. Du Venezuela à Liège, Bruno Procopio transmet la même tension recréatrice, le même élan dansant, un sens affûté de la transmission et s’agissant de Rameau, un sens remarquable de la construction dramatique comme des respirations poétiques. .. un art de la direction d’autant mieux adapté pour les ouvertures et les ballets extraits des opéras de Rameau.

 

Concert Rameau 2014 à la salle Philharmonique de Liège

Liège, salle philharmonique. Bruno Procopio dirige l’OPRL, Rameau 2014. Dimanche 14 décembre 2014, 16h.

Jean-Philippe Rameau

Ouvertures et ballets de Zoroastre, Dardanus, Naïs, Castor et Pollux, Acanthe et Céphise, Les Indes galantes

Orchestre Philharmonique Royal de Liège

Bruno Procopio, direction

28/16 € – GRATUIT pour les moins de 16 ans

 

« Rencontre avec… » Bruno Procopio. Le mercredi 10 décembre à 18h30, au Foyer Ysaye, Stéphane Dado (OPRL) anime une rencontre d’une heure avec Bruno Procopio : l’occasion de faire connaissance avec le musicien francobrésilien qui ne craint pas de sortir des sentiers battus (il est aussi fondateur du label de disques Paraty). Entrée gratuite.

 

 

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Liège. Grand concert Rameau symphonique par Bruno Procopio

Liège, OPRL. Bruno Procopio joue Rameau. Le 14 décembre 2014, 16h. Dans la Salle Philharmonique, voici un récital symphonique qui célèbre l’année Rameau 2014 et sur instruments modernes. Faire jouer Rameau, le plus grand compositeur baroque français, en dirigeant des orchestres modernes ? C’est le choix audacieux du chef Bruno Procopio. Après l’Orchestre Simón Bolívar de Caracas, le voici à Liege ce 14 décembre 2014,  16h pilotant l’OPRL, l’Orchestre philharmonique royal de Liège.

Il a osé ce que personne avant lui n'avait osé, renouant avec l'audace de premiers conquérants et pionniers baroqueux : jouer et enregistrer Rameau à Caracas sur instruments modernes ! Le résultat dépasse nos attentes...

 

VOIR notre reportage Les Grands Motets de Rameau à Cuenca

 

 

L’élève au clavecin de Christophe Rousset qui a dirigé et enregistré les Grands Motets,  les Pièces pour clavecin en concerts, n’en est pas à un défi près.  Jouer Rameau sur des instruments qui ne sont pas anciens peut paraître contradictoire de la part d’un enfant de la révolution baroque.  Il n’en est rien bien au contraire car l’expérience pourrait s’avérer particulièrement formatrice pour le chef et les musiciens.  Nouvelle technique d’archet, réalisation des attaques,  ornements,  vibrato,  phrasés. .. tout le vocabulaire instrumental est ici reformulé dans le sens de la lisibilité et de la clarté. Bruno Procopio apprend pour sa part de nouvelles facettes de sa maîtrise pédagogique. Le style et l’esprit des oeuvres Baroques en particulier la vitalité rythmique et l’esprit chorégraphique de Rameau, sa sensualité comme sa profondeur sont des clés redoutables pour réussir une immersion dans l’esthétique baroque.

Bruno Procopio : maestro assoluto !

 

 

VOIR notre reportage Jouer Carl Philip Emanuel Bach à Caracas

Jouer Rameau sur instruments modernes

Le Rameau symphonique de Bruno Procopio

 

 

De quoi faire encore et encore progresser les instrumentistes du Philharmonique de Liège. Bruno Procopio connaît d’autant mieux ce programme qu’il l’a enregistré dans les mêmes conditions instrumentales et avec les mêmes enjeux esthétiques à Caracas au Venezuela, avec les musiciens du Simon Bolivar Orchestra,  l’orchestre si énergique et audacieux qu’ a piloté Gustavo Dudamel.  Du Venezuela à Liège,  Bruno Procopio transmet la même tension recréatrice, le même élan dansant, un sens affûté de la transmission et s’agissant de Rameau, un sens remarquable de la construction dramatique comme des respirations poétiques. .. un art de la direction d’autant mieux adapté pour les ouvertures et les ballets extraits des opéras de Rameau.

Concert Rameau 2014 à la salle Philharmonique de Liège

Liège,  salle philharmonique. Bruno Procopio dirige l’OPRL,  Rameau 2014. Dimanche 14 décembre 2014, 16h.

Jean-Philippe Rameau

Ouvertures et ballets de Zoroastre, Dardanus, Naïs, Castor et Pollux, Acanthe et Céphise, Les Indes galantes

Orchestre Philharmonique Royal de Liège

Bruno Procopio, direction

28/16 € – GRATUIT pour les moins de 16 ans

 

 

« Rencontre avec… » Bruno Procopio. Le mercredi 10 décembre à 18h30, au Foyer Ysaye, Stéphane  Dado (OPRL) anime une rencontre d’une heure avec Bruno Procopio : l’occasion de faire connaissance avec le musicien francobrésilien qui ne craint pas de sortir des sentiers battus (il est aussi fondateur du label de disques Paraty). Entrée gratuite.