Vivica Genaux, mezzo: A tribute to Faustina Bordoni. Haendel, Hasse1 cd Deutsche Harmonia Mundi

La formule fait recette : les programmes de chanteurs rendant hommage à des étoiles du chant devenu légendes sont de plus en plus nombreux, et tous diversement accomplis. En septembre 2012, il y eut l’excellent Ann Hallenberg rendant hommage à la première muse de Rossini, Marietta Marcolini (Naïve). Depuis le choc de l’album de Cecilia Bartoli à la plus grande diva romantique, Maria Malibran (2006), le dispositif inspire de nombreuses cantatrices depuis lors. Outre la cohérence d’un répertoire conçu par des rôles souvent écrits sur mesure, c’est aussi s’agissant de l’interprète actuelle, une occasion parfaite pour démontrer possibilités et qualités expressives comme techniques de la diva admiratrice.
Faustina Bordoni (1697-1781) fut une mezzo adulée au XVIIè, étoile des scènes européennes, dans l’opéra italien que son époux, le compositeur Johann Adolph Hasse (1699-1783), auteur lyrique majeur, a favorisé comme nulle autre, lui réservant de superbes emplois pour ses propres opéras. Qual di voi… Piange quel fonte de Numa Pompilio (1741, pour Dresde) en témoigne tout d’abord : ampleur expressive avec hautbois obligé, noblesse de ton, extase et ravissement de plus de 12 mn, marquent cette faveur réservée à la cantatrice baroque.

Mariés secrètement depuis 1730, Hasse et la Bordoni éclairent l’opéra du XVIIIè: à Naples, surtout Venise où le duo se fixe, redoublant de réussites à l’époque où paraissent aussi deux autres étoiles du chant baroque Farinelli et la Cuzzoni (rivale de Faustina), ces derniers plutôt interprètes haendéliens… cependant avec son épouse, Hasse s’impose définitivement, gagnant la partie contre Haendel. A Dresde, à Varsovie, à Venise, à Milan, ses opéras et oeuvres religieuses sont même plus applaudies que ceux de Haendel. Une telle faveur ne sera véritablement balayée qu’avec l’arrivée du jeune Mozart dans l’opéra seria italien… au début des 1770.

Le choix des opéras du programme souligne la carrière de Faustina Bordini comme interprète des deux compositeurs rivaux, Haendel (Alesandro, 1726; Radamisto, 1720; Tolomeo, 1728) et Hasse. De ce dernier, Vivica Genaux retient outre Numa Pompilio déjà cité, Cajo Fabricio (1732), I ciro riconosciuto, Artaserse de 1730 et surtout l’ultime aria, composé en hommage à son épouse défunte en 1781: Ah Che mancar mi sento... déclaration amoureuse et déploration pudique très bien défendues par la diva américaine Vivica Genaux. Le mordant du timbre, l’agilité et la fluidité de la technique demeurent constamment convaincants: une performance très investie qui exprime sans difficulté ce qu’a pu être en son époque, le talent reconnu et applaudi de l’inoubliable Bordoni, telle qu’elle fut portraiturée par la pastelliste vénitienne Rosalba Carriera, elle aussi visiblement tombée sous la charme de la diva baroque (voir le visuel de couverture).

A tribute to Faustina Bordoni; Un hommage à Faustina Bordoni. Vivica Genaux, mezzo. Airs d’opéras de Haendel et Hasse. Cappella Gabetta. Andrès Gabetta, direction. 1 cd Deutsche Harmonia Mundi. Enregistré en 2011. Référence 0 86919 44 592 3.

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