jeudi, décembre 8, 2022

Toulouse. Basilique Saint-Sernin, samedi 18 octobre 2008. Pages célèbres d’Olivier Messiaen (1908-1992). Michel Bouvard, orgue.

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Musiques célestes

Michel Bouvard (50 ans en 2008), certainement l’un des meilleurs organistes de l’école française, rend un hommage à Olivier Messiaen. Non pas le poète du rythme, des couleurs; non pas ce passionné des chants d’oiseaux, mais, en rapport avec la monumentale nef de Saint-Sernin, un hommage au croyant, fou de Dieu, serein dans sa foi positive et émerveillée qui scrute frontalement les vertiges incomparables des miracles divins.

Petit-fils de Jean Bouvard, organiste et compositeur lyonnais, qui fut l’élève de Vierne, Schmitt et d’Indy, Michel Bouvard, lyonnais de naissance, travaille l’orgue à Paris avec Suzanne Chaisemartin, André Isoir, mais aussi auprès des organistes de Saint-Séverin (Jean Boyer, Francis Chapelet, Michel Chapuis), avant d’être nommé pendant 10 ans, organiste titulaire de Saint-Séverin. Premier prix au Concours international d’orgue de Toulouse de 1983, le virtuose succède à Xavier Darasse à la classe d’orgue du CNR de Toulouse en 1985. C’est avec Jan Willem Jansen que Michel Bouvard, nommé en 1995 professeur d’orgue au CNSM de Paris, crée le Festival Toulouse les Orgues en 1996.

Le programme admirablement conçu, offre une saisissante dramaturgie de l’instant, dans des temps variés, où porté par la puissante résonance de l’orgue Cavaillé Coll, -réputé pour son ampleur symphonique-, l’âme se repaît des paysages hallucinés et fracassants, imaginés par le compositeur.
Porté par son président Jean-Jacques Germain, le festival Toulouse les orgues, unique en Europe, permet la délectation du mélomane comme du passionné chevronné: la ville rose abrite l’un des patrimoines d’orgues les plus riches et les plus variés de toutes les villes européennes. Empereur des instruments locaux, l’orgue de Saint-Sernin s’impose indiscutablement, même si à la même période, (vers la fin des années 1880), la famille des facteurs Puget, facteurs de Toulouse auxquels le Festival 2008 a dédié une exposition passionnante, s’ingénie à perfectionner une toute autre esthétique, représentée aujourd’hui par le chantier en cours de finition de l’orgue de la Dalbade (conçu d’après l’instrument antérieur par Théodore Puget vers 1889).

Dramaturge subtil

Pour chaque extrait sélectionné par Michel Bouvard, – organiste titulaire de Saint-Sernin-, le curé de l’église lit les mots que le croyant Messiaen a inscrit en marge de sa partition (Incipit). Le cycle débute avec l’Apparition de l’Eglise éternelle (1932), première composition du jeune organiste qui fait suite à la commande passé par l’éditeur Henri Lemoine qui l’avait écouté, subjugué, dans l’une de ses improvisations à La Trinité de Paris: la monumentalité du portique musical gagne en majesté et en gravité, dans le volume intérieur de Saint-Sernin, corps minéral fait pour l’ivresse et l’opulence sonore, édifiée à la mesure des visions célestes dessinées par Messiaen. En une pièce saisissante, où le sentiment de certitude et de joie transparaissent, Olivier Messiaen représente sa vision des miracles divins, en un registre terrible, à la fois vivant et grave.
L’Ascension (1932/1934) nous fait gravir de nouvelles hauteurs: arches jetées dans le ciel, sensation et plénitude du mystère de la foi, et puis soudain ce sont des anges libres qui suspendus en une douceur caressante, volent sous la voûte toulousaine (Alléluias sereins d’une âme qui désire le ciel).

En dramaturge subtil, Michel Bouvard enchaîne ensuite Les corps glorieux (1939), partition centrale qui permet à Messiaen d’après plusieurs textes de Saint-Thomas d’Aquin, d’exprimer l’aspiration vers la Grâce céleste des ressuscités, agiles, joyeux, baignés de lumière… Le Combat de la mort et de la vie est une arche grandiose dans lequel après la lutte, et un tutti là encore vertigineux, le silence qui est inscrit dans la partition, fait sens et prélude aux délices de la résurrection… une résurrection qui n’a rien de conquérante ni de proclamée, mais au contraire superbement atténuée par le sentiment de certitude et de sérénité. Sous les doigts enchantés de Michel Bouvard, l’orgue attise la grâce et la diffuse.

Ecouter l’orgue de Saint-Sernin, confronté à la noblesse majestueuse de l’autel puisque l’auditeur selon le rituel propre aux concerts d’orgues, fait dos à l’instrument, dans une semi-pénombre qui ajoute à l’envoûtement musical, reste une expérience inoubliable. Le choix de la dernière pièce prend alors tout son sens: « Dieu parmi nous ». La 9 ème partition de La Nativité du Seigneur (1935), s’achève ainsi en une Toccata aux notes descendantes. Dieu descend dans le corps prêt à l’accueillir. Saluons le génie de Michel Bouvard, orfèvre et alchimiste des sons évocatoires et partagés. Voici assurément l’un des concerts les plus emblématiques de Toulouse les orgues, donné donc en clôture de la déjà 13 ème édition. Un accomplissement mémorable qui réussit l’alliance rare du patrimoine et de la musique. Deux directions complémentaires, au coeur du Festival toulousain.

Toulouse. Basilique Saint-Sernin, samedi 18 octobre 2008. Pages célèbres d’Olivier Messiaen (1908-1992): Apparition de l’Eglise éternelle (1932), L’Ascension (1932/1934), Les corps glorieux (1939), La Nativité du Seigneur (1935). Michel Bouvard, orgue.

Illustrations: Michel Bouvard, les orgues de Saint-Sernin © Patrice Nin 2008, Festival Toulouse les orgues

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