GOUNOD : La Nonne sanglante.

gounod-dossier-annee-2018-dossier-concerts-gounod-festival-gounod-classiquenews-operas-recreations-actualites-gounod-2018FRANCE 2, lun 28 oct 2019, 00h15. GOUNOD : La nonne sanglante. En 1854, Charles Gounod, plus connu pour ses opéras romantiques et amoureux à venir Roméo et Juliette puis Faust, les plus applaudis à son époque, se risque dans le genre fantastique et surnaturel, dans l’esprit des romans anglais à fantômes. Filmé à l’Opéra Comique en juin 2018, le spectacle marquerait-il une réestimation de l’écriture de Gounod et de son apport à l’opéra romantique français ? Il est vrai qu’en 2018, c’était l’année du bicentenaire Gounod.

Présentation

gounod la nonne sanglante opera presentation par classiquenewsSur les 12 opéras signés Charles Gounod, 3 restent à l’affiche : Mireille, un peu ; surtout Roméo et Juliette, et Faust. Pour 2018, année du bicentenaire de la naissance Gounod, l’Opéra Comique ressuscite fort opportunément La Nonne sanglante. Le livret inspiré du « Moine » de Lewis, roman gothique très à la mode stimule davantage le romantique Gounod : La Nonne sanglante, son deuxième opéra, suscita le scandale et comme toujours l’horreur du directeur de l’Opéra qui la retira vite de l’affiche… Pourtant la partition « raffinée, sombre et labyrinthique », articule un texte qui fait la part belle à des pulsions encore inexplorées.
La NONNE est dite sanglante car elle erre comme un spectre haineux : son dĂ©sir ? Etre vengĂ©e et voir son assassin plus mort qu’elle. Le jeune hĂ©ros Rodolphe se lie Ă  la Nonne sanglante, un fantĂ´me qu’il croise, le prenant pour sa propre fiancĂ©e (Agnès). Pour se libĂ©rer du serment ainsi profĂ©rer, Rodolphe doit tuer celui qui a assassinĂ© la Nonne : le propre père de Rodolphe, Luddorf. Heureusement le père se sacrifie et permet Ă  son fils, d’épouser Agnès.

En Bohême au Moyen-Age, Rodolphe brave son père et défie ses ancêtres par amour pour la fille du clan rival, offerte en gage de paix à son propre frère. Or « Agnès » ressemble à la créature fantomatique qui hante le château des Moldaw…
france2-logoL’argument de cette production attendue au mérite légitime en cette anniversaire, reste surtout moins la direction musicale (terne et lisse), le décor (trop classique) que la distribution qui comprend le meilleur ténor américain dans le chant romantique français : Michael Spyres (Rodolphe) ; et deux jeunes divas françaises à suivre absolument : Vannina Santoni (Agnès), Marion Lebègue (La Nonne). FRANCE 2, lun 28 oct 2019, 00h15. GOUNOD : La nonne sanglante

Argument :

I. Au XIe siècle en Bohème, un conflit héréditaire oppose les Moldaw et les Luddorf. Dans la perspective de la croisade, l’ermite Pierre obtient des deux seigneurs qu’ils s’allient en mariant leurs enfants : Théobald de Luddorf épousera Agnès de Moldaw. Tous s’apprêtent à célébrer le projet dans le château de Moldaw. Or Agnès et Rodolphe, le cadet des Luddorf, s’aiment. Rodolphe tenant tête à son père, est chassé. Les amants prévoient de s’enfuir à la faveur de l’apparition rituelle d’un fantôme, celui d’une Nonne sanglante.

II. Au cœur de la nuit, tandis que son page Arthur prépare sa fuite, Rodolphe guette Agnès. À la femme voilée qui paraît, il jure une fidélité éternelle avant de l’emmener dans le château abandonné de ses ancêtres. Or à leur arrivée, les ruines se raniment, un riche banquet apparaît, les fantômes des aïeux prennent place à table : la femme voilée n’est autre que la Nonne sanglante qui entend à présent épouser Rodolphe.

III. Rodolphe s’est réfugié chez des paysans mais reste hanté, chaque nuit, par la Nonne sanglante qui réclame son dû. Arthur vient lui annoncer la mort de son frère au combat. Rodolphe pourrait épouser Agnès, n’était le serment qui le lie au fantôme. Or la malédiction de la Nonne ne sera levée qu’à la mort du meurtrier dont elle fut la victime. Il s’engage à le tuer lorsqu’elle le lui désignera.

IV. En pleine fête nuptiale, sur le point d’épouser Agnès, Rodolphe voit paraître la Nonne sanglante qui lui désigne son propre père, Luddorf. Épouvanté, Rodolphe quitte la cérémonie, ce qui ranime l’animosité entre les deux clans.

V. Près de l’ermitage, le comte de Luddorf est prêt à payer de ses crimes pour sauver son fils. Il surprend un projet de guet-apens des Moldaw à l’égard de Rodolphe, puis entend la confession de Rodolphe à Agnès : maudit par la Nonne, incapable de tuer son père, il veut s’exiler à jamais. Le père se jette dans le piège tendu à son fils. Il meurt sur la tombe de la Nonne qui implore la clémence de Dieu et délivre enfin Rodolphe de ses vœux.

LA NONNE SANGLANTE de Charles Gounod  -  Opéra en cinq actes (1854)
Musique de Charles Gounod
Livret de Eugène Scribe et Germain Delavigne

Équipe artistique

Dramaturgie: David Bobée, Laurence Equilbey
Décors :David Bobée, Aurélie Lemaignen
Costumes :Alain Blanchot
Lumières :Stéphane Babi Aubert
Vidéo :José Gherrak

Chœur Accentus
Orchestre Insula Orchestra
Direction musicale: Laurence Equilbey
Mise en scène: David Bobée

Distribution
Rodolphe :Michael Spyres
Agnès: Vannina Santoni
La Nonne: Marion Lebègue
Le Comte de Luddorf: Jérôme Boutillier
Arthur :Jodie Devos
Pierre l’Ermite: Jean Teitgen
Le baron de Moldaw: Luc Bertin-Hugault
Fritz, Le Veilleur de nuit: Enguerrand de Hys
Anna: Olivia Doray

Durée :2 h23 »
Année 2018
Réalisation : François Roussillon

LIRE aussi notre critique de LA NONNE SANGLANTE
LIRE aussi notre présentation de la Nonne sanglante

Compte-rendu, opéra. Tours, Grand théâtre, Mars 2015 : Puccini : Il Trittico. Jean-Yves Ossonce, direction. Pierre-Emile Fourny, mise en scène.

Le chef Jean-Yves Ossonce – directeur des lieux-,  retrouve Paul Emile Fourny après un RomĂ©o et Juliette dĂ©jĂ  convaincant. L’inspiration du metteur en scène (et directeur de l’OpĂ©ra de Metz), redouble mĂŞme de pertinence dans ce triptyque  (Il Trittico) oĂą l’efficacitĂ© théâtrale prolonge Verdi pour atteindre un impact rare, d’un esthĂ©tisme… cinĂ©matographique. Le choix du metteur en scène s’est portĂ© sur le jeu d’acteurs (impeccable de bout en bout), laissant la place aux protagonistes de la nouvelle production (crĂ©Ă©e en SlovĂ©nie jusqu’alors inĂ©dite en France).

Quai de Seine, cloĂ®tre des recluses, maison familiale… : chaque univers du Trittico est scrupuleusement respectĂ©, rehaussĂ© mĂŞme par l’intelligence du propos visuel ; la leçon de Puccini, deux tragĂ©dies prĂ©alables, une comĂ©die fine, rossinienne et verdienne, est restituĂ©e dans tout sa force et son dĂ©lire poĂ©tique. Un tel jeu des contrastes est un terrible dĂ©fi pour les metteurs en scène (et aussi les chefs) : dans son dĂ©roulement, la soirĂ©e est riche en dĂ©couvertes et satisfactions.

C’est d’abord, le jeu exceptionnellement fluide et nuancĂ© du baryton Tassis Christoyannis (applaudi auparavant pour un Don Giovanni impeccable et mordant) : sombre Michele dans Il Tabbaro (Ă  l’issue sauvage et barbare : Paul-Emile Fourny reprend le premier canevas de Puccini, celui des deux morts finales): tout en regards millimĂ©trĂ©s, en gestes et postures naturels, le chanteur se montre un formidable acteur qui sait aussi exprimer les failles non dites du patron de Luigi : un ĂŞtre dĂ©chirĂ© que la perte de l’amour de sa femme (et de leur enfant) a prĂ©cipitĂ© dans l’amertume haineuse, silencieuse et… meurtrière.
Quel contraste avec son dĂ©lire burlesque et lui aussi parfaitement mesurĂ©, d’une finesse rare, pour Gianni Schicchi : son intelligence lumineuse et positive contraste avec le profil Ă©triquĂ© et gris de la famille du dĂ©funt ; les sketches s’amoncellent sur la scène sans pourtant encombrer la finalitĂ© et l’enjeu de chaque situation, et fidèle Ă  son fil rouge qui est l’eau, d’Ĺ“uvre en Ĺ“uvre, Paul-Emile Fourny fait traverser des eaux d’Ă©gout aux personnages qui viennent visiter le mort et ses hĂ©ritiers… eaux boueuses et sales pour une famille de sacrĂ© filous âpres au gain. La cohĂ©rence de chaque rĂ´le est formidable ; elle offre une leçon de pĂ©tillance et de saine comĂ©die. C’est drĂ´le et lĂ©ger, mais aussi outrageusement juste et profond. La dernière rĂ©plique (parlĂ©e) de Gianni, Ă  l’adresse du public, n’en gagne que plus de pertinence.

 

 

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Dans le volet central, le plus bouleversant, Suor Angelica, le soprano tendre et intense de Vannina Santoni Ă©blouit la scène par sa prĂ©sence simple, elle aussi d’une absolue justesse d’intonation. Femme condamnĂ©e par sa famille au cloĂ®tre, AngĂ©lique doit renoncer Ă  tout et finit suicidaire après avoir appris que son garçon Ă©tait mort depuis… 2 ans. Celle Ă  qui tout fut exigĂ© jusqu’au sacrifice de sa propre vie, exulte ici avec une intensitĂ© contenue, un feu Ă©motionnel qui va crescendo jusqu’Ă  la mort. Le style, l’Ă©conomie, la concentration de Vannina Santoni nous hantent encore par leur exactitude, et aussi une grande humilitĂ© qui est toujours le propre des grands interprètes.

Courrez voir et applaudir ce Triptyque nouveau Ă  l’OpĂ©ra de Tours, d’autant qu’en chef lyrique aguerri, Jean-Yves Ossonce apporte le soutien et l’enveloppe instrumentale idĂ©ale aux chanteurs : travail d’orfèvre lĂ  encore oĂą outre les somptueux climats symphoniques, – parisien au bord de la Seine dans Il Tabbaro, de l’enfermement ultime pour Suor Angelica-, le chef construit le dernier volet tel une comĂ©die chantante, vrai théâtre musical qui grâce au dĂ©licat Ă©quilibre voix / orchestre rĂ©ussit totalement cette dĂ©clamation libre et articulĂ©e dont Puccini a rĂŞvĂ© : une farce lĂ©gère et subtile sertie comme un gemme linguistique. OĂą l’on rit souvent, oĂą l’on est touchĂ© surtout. Superbe production. Encore une date, le 17 mars Ă  20h.

 

 

 

REPORTAGE VIDEO : Il Trittico de Puccini Ă  l’OpĂ©ra de Tours (les 13,15, 17 mars 2015)

DVD. Puccini: un sĂ©duisant Trittico (Opus Arte)VIDEO. Tours, OpĂ©ra. Il Trittico de Puccini. Les 13, 15 et 17 mars 2015. Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours sous la baguette fine et dramatiquement souple de Jean-Yves Ossonce. Sur la scène tourangelle, les chanteurs dirigĂ©s par le metteur en scène Paul-Emile Fourny Ă©blouissent par leur incarnation saisissante, d’autant que la rĂ©alisation scĂ©nographique et visuelle d’une justesse cinĂ©matographique, souligne le gĂ©nie du dernier Puccini : les 3 actes courts et tous diffĂ©rents du Trittico (Triptyque, crĂ©Ă© Ă  New York en 1920), tous singuliers et si diffĂ©rents, composent cependant une unitĂ© théâtrale qui rĂ©sume les affres tragiques et comiques de la comĂ©die humaine. © CLASSIQUENEWS.TV 2015. LIRE aussi notre prĂ©sentation complète de la production d’Il Trittico Ă  l’OpĂ©ra de Tours, distribution, modalitĂ©s de rĂ©servation…

 

 

SUOR-ANGELICA-il-trittico-puccini-opera-de-tours-Jean-yves-ossonce-mars-2015

Juste et sincère, la soprano Vannina Santoni dans le rôle éprouvant, déchirant de Suor Angelica, volet central du Trittico de Giacomo Puccini  (© photo CLASSIQUENEWS.TV 2015)

 

 

 

 

 

boutonreservationTours, Opéra à l’Opéra de Tours. 3 dates événements :
Giacomo Puccini : Il Tritico, le Triptyque (1918)
Nouvelle production

Vendredi 13 mars 2015 – 20h
Dimanche 15 mars 2015 – 15h
Mardi 17 mars 2015 – 20h

 

OPERA. Tours : Trittico superlatif de Puccini, les 13, 15 et 17 mars 2015

TOURS : nouveau Trittico, 1918 par Jean-Yves OssonceTours, OpĂ©ra. Il Trittico de Puccini. Les 13, 15 et 17 mars 2015. Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours sous la baguette fine et dramatiquement souple de Jean-Yves Ossonce. Sur la scène tourangelle, les chanteurs dirigĂ©s par le metteur en scène Paul-Emile Fourny Ă©blouissent par leur incarnation saisissante, d’autant que la rĂ©alisation scĂ©nographique et visuelle d’une justesse cinĂ©matographique, souligne le gĂ©nie du dernier Puccini : les 3 actes courts et tous diffĂ©rents du Trittico (Triptyque, crĂ©Ă© Ă  New York en 1920), tous singuliers et si diffĂ©rents, composent cependant une unitĂ© théâtrale qui rĂ©sume les affres tragiques et comiques de la comĂ©die humaine.

 

 

 

Tragique et sincère pétillant et délirant, le théâtre de Puccini triomphe à Tours

Triptyque / Trittico Ă©tincelant Ă  l’OpĂ©ra de Tours

 

 

Tours : Jean-Yves Ossonce dirige la 7ème Symphonie de DvorakLa production crĂ©Ă©e en SlovĂ©nie fait escale avant Metz, (horizon 2016) Ă  Tours : elle est magnifiquement portĂ©e par une troupe de chanteurs et surtout d’acteurs parfaitement prĂ©parĂ©s, pilotĂ©s, engagĂ©s. Parmi un collectif au chant et jeu de scène ciselĂ©s, ne manquez surtout pas la bouleversante Suor Angelica de la soprano qui monte : Vannina Santoni, son timbre angĂ©lique et poignant transfigure le pauvre cĹ“ur de la sĹ“ur cloĂ®trĂ©e Ă  son insu, SĹ“ur AngĂ©lique ; c’est aussi l’excellent baryton, Tassis Christoyannis aussi suggestif et profond dans la tragĂ©die d’Il Tabarro (Michele), que fin et truculent en Gianni Schichi : l’interprète a tout pour sĂ©duire, captiver, transporter : la gouaille burlesque, la subtilitĂ© d’un jeu mozartien et rossinien, la fluiditĂ© sincère pour chaque sentiment et chaque situation… A leurs cĂ´tĂ©s, les amateurs retrouvent le tĂ©nor vaillant et solide Florian Laconi… Tours rĂ©unit donc la crĂŞme du chant lyrique pour honorer comme rarement le théâtre puccinien. Le dernier Puccini Ă©gale  le dernier Verdi, en sensibilitĂ©, justesse, tendresse (bien sĂ»r Schichi fait penser Ă  Falstaff… voire en plus cynique et glaçant). Quant aux actes qui prĂ©cèdent : si Il Tabbaro est un concentrĂ© stupĂ©fiant de vĂ©risme nuancĂ© (la fin dans cette production est… glaçante), Suor Angelica (le volet central), suscite la compassion cathartique, celle portĂ©e, incarnĂ©e par la jeune religieuse recluse et culpabilisĂ©e, dont les Ă©lans du cĹ“ur et le cri lyrique si mesurĂ© et contenu, rappellent et synthĂ©tisent les larmes dĂ©chirantes de Madama Butterfly (Cio Cio San) : Paul-Emile Fourny signe l’une de ses meilleures mises en scène, d’autant Ă©loquente sous la direction musicale du chef Jean-Yves Ossonce. Production incontournable. LIRE aussi notre prĂ©sentation complète de l’opĂ©ra Il Trittico de Giacomo Puccini, prĂ©sentĂ© Ă  l’OpĂ©ra de Tours, les 13, 15, 17 mars 2015.

 

 

boutonreservationTours, Opéra à l’Opéra de Tours. 3 dates événements :
Giacomo Puccini : Il Tritico, le Triptyque (1918)
Nouvelle production

Vendredi 13 mars 2015 – 20h
Dimanche 15 mars 2015 – 15h
Mardi 17 mars 2015 – 20h

Conférence Il Trittico de Puccini :
Samedi 7 mars – 14h30 – Grand Théâtre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Nouveau Trittico / Triptyque Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Tours, OpĂ©ra. Puccini : Il Trittico, le Triptyque. Les 13, 15, 17 mars 2015.  Il y eut Ă  l’opĂ©ra, au XVIIIè, ce goĂ»t particulier pour les opĂ©ras ballets de Rameau en un Prologue et 3 entrĂ©es : chacune depuis Les Indes Galantes (1735), ayant son propre climat et son sujet particulier. Puccini semble reprendre ce principe du “3 en 1″ (mais sans les ballets Ă©videmment, avec un orchestre aussi somptueux). Avec cette subtile relation des actes sĂ©parĂ©s entre eux : il y a bien une secrète unitĂ© dramatique entre les 3 volets. La dĂ©sillusion les relie allusivement.

 

 

 

3 drames en 1 soirée

 

DVD. Puccini: un sĂ©duisant Trittico (Opus Arte)Giorgetta dans il Tabarro, comme Angelica dans Suor Angelica Ă©prouvent chacune la brĂ»lure tragique : toute deux sont abonnĂ©es Ă  l’accablement le plus cynique. La première doit voir le visage de son aimĂ© mort (sortant de la houppelande oĂą l’avait enseveli le mari de Giorgetta, Michele) ; de mĂŞme, Ă  Angelica, il n’est rien Ă©pargnĂ© : recluse dans le couvent oĂą elle se consume, elle apprend que son propre enfant est mort… de surcroĂ®t sa famille lui fait payer encore le fruit de cet adultère en exigeant d’elle qu’elle renonce Ă  tout hĂ©ritage… seule l’apparition de la Vierge en fin de drame lui apporte un soulagement bien prĂ©caire dans le suicide qu’elle rĂ©alise alors. Il est plus difficile de relier le dernier drame, Gianni Schicchi, aux deux derniers : car ici le rusĂ© filou trompe une famille entière qui se rend coupable de rĂ©Ă©crire le testament de leur riche patriarche. L’espĂ©rance déçue pourrait ĂŞtre un lien apparemment : condamnĂ©e de fait, et Giorgetta et Angelica ; déçue et dindon de la farce qui se retourne contre elle, grâce au stratagème de Schicchi, la famille du riche Buoso Donati. Victimes absolues, Giorgetta et Angelica ont notre compassion. Par contre Gianni Schicchi est bien inspirĂ© de donner une leçon aux hĂ©ritiers Donati…

Puccini, Ă  travers la diversitĂ© des Ă©poques et des situations : une pĂ©niche amarrĂ©e Ă  Paris pour Il Tabarro ; un couvent itlaien au XVIIè pour Suor Angelica, enfin la demeure d’un riche marchant Ă  Florence en 1299…  pour Gianni Schicci, s’intĂ©resse principalement Ă  raffiner l’orchestration de chaque Ă©pisode. Peintre et mĂŞme alchimiste des harmonies subtiles (ambiance parisienne sur la Seine d’Il Tabarro ou la Florence mĂ©diĂ©vale et sentimentale de Gioanni Schicchi), il ose tout, sachant toujours ĂŞtre au service de la sensualitĂ© et de la tendresse : les rĂŞves perdues de Giorgetta (après la mort de son fils) ; le lyrisme tragique et humble de Suor Angelica, surtout, l’amour tendre des protĂ©gĂ©s de Schicchi, Rinuccio et Lauretta qui peuvent en effet en fin d’action se marier. Ici, le compositeur Ă©pingle l’hypocrisie familiale, l’Ă©tau affectif dĂ©cidĂ© par des clans stupides. En exploitant toutes les ressources expressives de chaque tableau, Puccini crĂ©e pour la scène new yorkaise (les 3 drames ont Ă©tĂ© conçus pour le metropolitan Opera en dĂ©cembre 1918) une nouvelle langue : aussi raffinĂ©e que Tosca, La Bohème, Madama Butterfly mais sur un ton lĂ©ger, resserrĂ©, d’une dĂ©licatesse intimiste rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. Le ton comique de Gianni Schicchi n’oublie jamais la gravitĂ© des sentiments, l’ivresse sincère des dĂ©sirs…

 

 

Pourquoi ne pas manquer Il Trittico Ă  Tours ?
Outre l’Ă©loquence de l’orchestre flamboyant, Il Trittico / Le Triptyque sĂ©duit aussi grâce Ă  la cohĂ©rence dĂ©fendu entre les drames par le seul choix d’une mĂŞme interprète entre les diffĂ©rents actes. A Tours, l’argument demeure la participation de l’excellente soprano Vannina Santoni dans les rĂ´les d’Angelica et de Lauretta, dĂ©jĂ  remarquĂ©e dans une convaincante production de La Chauve Souris prĂ©sentĂ©e en dĂ©cembre 2014 (elle y interprĂ©tait la dĂ©licieuse servante Adèle) . A ses cĂ´tĂ©s, le non moins engagĂ© et superbe acteur, Tassis Christoyannis (il y a peu de temps Don Giovanni sur la mĂŞme scène) prĂŞte son baryton subtile et dramatique aux rĂ´les de Michele (Il Tabarro) puis surtout Ă  Gianni Schicchi. Nouvelle production Ă©vĂ©nement.

 

 

boutonreservationPuccini: Il Trittico, Le Triptyque (1918) Ă  l’OpĂ©ra de Tours
Paul-Emile Fourny, mise en scène
Jean-Yves Ossonce, direction

Vendredi 13 mars, 20h
Dimanche 15 mars, 15h
Mardi 17 mars, 20h

distributions :

Il TABARRO
Opéra en un acte
Livret de Giuseppe Adami
Création le 14 décembre 1918 à New-York
Editions Ricordi

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène : Paul-Emile Fourny
Décors et Lumières : Patrick Méeüs
Costumes : Giovanna Fiorentini

Giorgetta : Giuseppina Piunti *
La Frugola : CĂ©cile Galois
Michele : Tassis Christoyannis
Luigi : Florian Laconi
Il Tinca : Antoine Normand
Il Talpa : Franck Leguérinel

 

 

SOEUR ANGELIQUE
Opéra en un acte
Livret de Giovacchino Forzano
Création le 14 décembre 1918 à New-York
Editions Ricordi

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène : Paul-Emile Fourny
Décors et Lumières : Patrick Méeüs
Costumes : Giovanna Fiorentini

Soeur Angelica : Vannina Santoni
Tante Princesse : CĂ©cile Galois
L’Abbesse : Delphine Haidan
Soeur Genovieffa : Aurélie Fargues
Soeur Osmina : Chloé Chaume

 

 

GIANNI SCHICCHI
Opéra en un acte
Livret de Giovacchino Forzano
Création le 14 décembre 1918 à New-York
Editions Ricordi

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène : Paul-Emile Fourny
Décors et Lumières : Patrick Méeüs
Costumes : Giovanna Fiorentini

Gianni Schicchi : Tassis Christoyannis
Lauretta : Vannina Santoni
Zita : CĂ©cile Galois
Rinuccio : Florian Laconi
Gherardo : Antoine Normand
Nella : Chloé Chaume
Marco : Franck Leguérinel
La Ciesca : Delphine Haidan
Betto : Nicolas Rigas
Simone : Ronan Nédélec
Spinelloccio : Jacques Lemaire
Notaro : François Bazola

 

 

VidĂ©o, clip : Nouvelle Chauve Souris Ă  l’OpĂ©ra de Tours, dĂ©cembre 2014

Épatante Chauve Souris Ă  l'OpĂ©ra de ToursVIDEO,clip. Tours, OpĂ©ra : nouvelle Chauve Souris. Dialogues en français, airs chantĂ©s en allemand, la nouvelle production de La Chauve-Souris de Johann Strauss II prĂ©sentĂ©e par l’OpĂ©ra de Tours les 27,28,30 et 31 dĂ©cembre 2014 rĂ©tablit l’Ă©lĂ©gance, la finesse d’une partition musicalement irrĂ©sistible et théâtralement pĂ©tillante : l’acteur et metteur en scène Jacques Duparc rĂ©invente la saveur des situations sans les dĂ©naturer, dans la fosse, Jean-Yves Ossonce fait briller couleurs et caractères des danses Ă©crites par Strauss, chez les Eisenstein, au bal du Prince Orlofsky, dans la prison de Franck oĂą chacun abat son masque… nuit de folie, nuit d’ivresse et de travestissements, La Chauve Souris est aussi la rĂ©alisation d’une vengeance, celle de Falke au dĂ©triment d’Eisenstein, dindon de la farce : le sĂ©ducteur impuni est dĂ©voilĂ© par sa femme Rosalinde masquĂ©e en comtesse hongroise… Au sein d’une distribution très homogène et scĂ©niquement impliquĂ©e, brille le soprano suave et gĂ©nĂ©reux de Vannina Santoni (Adèle/Olga), rĂ©vĂ©lation de la production. Clip vidĂ©o © classiquenews.tv. Reportage vidĂ©o Ă  venir.

LIRE aussi notre compte rendu de La Chauve Souris Ă  l’OpĂ©ra de Tours (dĂ©cembre 2014)

Compte rendu, opéra. Tours. Opéra, les 27,28, 30 et 31 décembre 2014. Strauss II : La Chauve Souris. Aude Extremo, Vannina Santoni… Jacques Duparc, mise en scène. Jean-Yves Ossonce, direction.

tours-opera-chauve-souris-bal-acte-II-ossonce-Une production dĂ©licieusement cohĂ©rente. C’est un opĂ©ra construit sur l’accomplissement d’une vengeance,  celle de Falke (Michal Partyka) qui entend bien ainsi laver l’humiliation que lui a infligĂ© Eisenstein (très efficace Dider Henry) – vrai petit bourgeois sans relief, Ă©poux infidèle dĂ©mangĂ© par la bagatelle…. de fait un piège lui est tendu avec la complicitĂ© d’un collectif aux apparences hĂ©tĂ©rogènes mais aux motivations et convergences bien soudĂ©es : la propre femme de chambre qui rĂŞve dĂ©jĂ  de briller sur la scène des théâtres (Adèle), le directeur de la prison Franck,  jusqu’au prince Orlofsky (excellente Aude Extremo),  jeune millionnaire asexuĂ© dĂ©sabusĂ© parfaitement dĂ©pressif que l’argent ennuie mais que grise l’idĂ©e de railler un petit prĂ©tentieux : Le portrait idĂ©al d’un jeune oligarche dĂ©bauchĂ© ?. Il occupe le devant des planches Ă  l’acte II.

 

 

 

Epatante Chauve Souris Ă  Tours

 

En organisant un bal costumĂ© au II (rĂ©gal visuel en place des habituels fracs noirs et robes de mariĂ©es vues habituellement, façon Jean BĂ©raud), le jeune prince permet Ă  chacun de changer d’identitĂ© – mais on en est pas au vrai travestissement et identitĂ© inversĂ©e comme dans les meilleurs opĂ©ras vĂ©nitiens (voyez les ouvrages de Cesti ou Cavalli,  les deux suiveurs de Monteverdi). Ici chacun devient ce qu’il veut,  “chacun Ă  son goĂ»t” comme le prĂ©cise non sans cynisme et malice le mĂŞme Orlofsky. Adèle devient une très honorable lady de la haute : Olga qui se rĂŞve actrice (III : voir son trio avec Ida et Franck ; celui lĂ  mĂŞme y devient le Chevalier Renard. …); et Eisenstein qui devrait ĂŞtre en prison, a son habit de galant vert, sous le titre de marquis Renard.

Le tableau ne serait pas complet sans la figure de l’Ă©pouse dĂ©laissĂ©e,  vraie desperate housewife emmurĂ©e Ă  Pontoise (- l’opĂ©ra de Strauss adapte un boulevard parisien La RĂ©ception) : Rosalinde. Celle-ci ne dĂ©roge pas Ă  la règle du masque… pour le bal d’Orlofsky au II, elle devient donc une comtesse hongroise en transit : le compositeur inspirĂ© par le sentiment nostalgique et patriote lui dĂ©die logiquement le seul grand air de la soirĂ©e, sublime Czardas qui pourrait faire l’air de concert parfait d’un programme de concert  (Mireille Delunsch s’y impose en actrice dĂ©lurĂ©e).

C’est elle qui piège son «  mufle » de mari: en se laissant courtiser par lui,  elle se fait offrir sa fameuse montre,  piège Ă  filles ; en possession de l’épouse vengeresse, l’objet dĂ©lictueux lui permet au III, de dĂ©voiler l’infidĂ©litĂ© du coquin : la honte de l’Ă©poux dĂ©masquĂ© fera la vengeance de Falke.

tours-opera-chauve-souris-jacques-duparc-582En cours de soirĂ©e, le spectacle va crescendo: le I est clairement et très efficacement d’exposition; le II se savoure comme une coupe de champagne, – en prĂ©sence de leur hĂ´te Orlofsky,  les convives masquĂ©s fĂŞtent et trinquent Ă  la santĂ© du «  roi Champagne » (un tableau rĂŞvĂ© pour les directions marketing de tous les producteurs champenois) et une succession de perles solistes et chorales signĂ©es du roi de la valse;  le III captive par sa verve théâtrale oĂą perce l’intelligence du metteur en scène Jacques Duparc dont le talent d’acteur,  dĂ©voilĂ© au I en policier cleptomane,  s’affirme davantage dans l’acte de la prison : il fait du chef geĂ´lier  Frosch, un loup dĂ©sabusĂ©, dĂ©jantĂ©, hilare, portĂ© sur la bouteille (son sketch sur la « fine » est mĂ©morable), qui rĂ©tablit le théâtre Ă  gags,  dĂ©lirant,  raffinĂ©,  un contrepoint purement théâtral dans l’enchaĂ®nement des airs chantĂ©s en allemand.

 

 

Épatante Chauve Souris à l'Opéra de Tours

 

Vannina Santoni, épatante Adèle / Olga

 

 

La rĂ©vĂ©lation de la soirĂ©e – dans toute production il y en a forcĂ©ment une-, reste la pĂ©tulante et si subtile Adèle/Olga de Vannina Santoni, nature incandescente pour l’indomptable et malicieuse servante qui se rĂŞve actrice. Au I, son Adèle est capricieuse et indiscrète ; au II, elle du chien en aristocrate improvisĂ©e. Puis son air du III dans lequel elle veut convaincre Franck d’ĂŞtre son protecteur est un sublime moment de fragilitĂ© virtuose, dans lequel l’actrice pĂ©tille et convainc par ses dons d’imitatrice versatile : une vĂ©ritable soeur de Zerbinette dans l’opĂ©ra Ariadne auf Naxos de l’autre Strauss (Richard). Quel timbre gĂ©nĂ©reux et fruitĂ©,  suavement articulĂ©,  aux aigus agiles, faciles, colorĂ©s. Sa performance est saisissante. Car l’actrice dĂ©jĂ  remarquĂ©e dans le Cosi fan tutte de Mozart ici mĂŞme,  avait Ă©tĂ© tout autant convaincante.

Dans la fosse,  Jean-Yves Ossonce dĂ©livre le parfum sensuel et voluptueux,  les couleurs nostalgiques d’une partition parmi les plus raffinĂ©es qui soient. Vrai plus de la production,  si les dialogues sont en français,  tous les airs sont en allemand: de quoi mieux comprendre enjeux et situations comme s’il s’agissait d’une comĂ©die de boulevard tout en savourant les dĂ©lices de chaque air dĂ©fendu dans la prosodie originelle. De quoi confirmer l’Ă©tonnante sensibilitĂ© de Strauss sur la scène lyrique.  De quoi aussi constater l’excellence artistique de l’opĂ©ra de Tours: une vraie troupe et un chef dĂ©fendent ici l’art lyrique et symphonique avec engagement et finesse. Preuve est faite pour qui en doute toujours que les initiatives lyriques en province tiennent très haut les promesses de leur affiche. Production idĂ©ale pour fĂŞter l’an neuf 2015.  La Chauve Souris de Johann Strauss prĂ©sentĂ© par l’OpĂ©ra de Tours les 27, 28, 30 et 31 dĂ©cembre 2015.

Comte-rendu, opéra. Tours. Opéra, les 27,28, 30 et 31 décembre 2014. Strauss II : La Chauve Souris. Aude Extremo, Vannina Santoni… Jacques Duparc, mise en scène. Jean-Yves Ossonce, direction.

 

 

Illustrations : © Fr. Berthon pour l’OpĂ©ra de Tours 2014

 

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