GOUNOD : La Nonne sanglante.

gounod-dossier-annee-2018-dossier-concerts-gounod-festival-gounod-classiquenews-operas-recreations-actualites-gounod-2018FRANCE 2, lun 28 oct 2019, 00h15. GOUNOD : La nonne sanglante. En 1854, Charles Gounod, plus connu pour ses opéras romantiques et amoureux à venir Roméo et Juliette puis Faust, les plus applaudis à son époque, se risque dans le genre fantastique et surnaturel, dans l’esprit des romans anglais à fantômes. Filmé à l’Opéra Comique en juin 2018, le spectacle marquerait-il une réestimation de l’écriture de Gounod et de son apport à l’opéra romantique français ? Il est vrai qu’en 2018, c’était l’année du bicentenaire Gounod.

Présentation

gounod la nonne sanglante opera presentation par classiquenewsSur les 12 opéras signés Charles Gounod, 3 restent à l’affiche : Mireille, un peu ; surtout Roméo et Juliette, et Faust. Pour 2018, année du bicentenaire de la naissance Gounod, l’Opéra Comique ressuscite fort opportunément La Nonne sanglante. Le livret inspiré du « Moine » de Lewis, roman gothique très à la mode stimule davantage le romantique Gounod : La Nonne sanglante, son deuxième opéra, suscita le scandale et comme toujours l’horreur du directeur de l’Opéra qui la retira vite de l’affiche… Pourtant la partition « raffinée, sombre et labyrinthique », articule un texte qui fait la part belle à des pulsions encore inexplorées.
La NONNE est dite sanglante car elle erre comme un spectre haineux : son désir ? Etre vengée et voir son assassin plus mort qu’elle. Le jeune héros Rodolphe se lie à la Nonne sanglante, un fantôme qu’il croise, le prenant pour sa propre fiancée (Agnès). Pour se libérer du serment ainsi proférer, Rodolphe doit tuer celui qui a assassiné la Nonne : le propre père de Rodolphe, Luddorf. Heureusement le père se sacrifie et permet à son fils, d’épouser Agnès.

En Bohême au Moyen-Age, Rodolphe brave son père et défie ses ancêtres par amour pour la fille du clan rival, offerte en gage de paix à son propre frère. Or « Agnès » ressemble à la créature fantomatique qui hante le château des Moldaw…
france2-logoL’argument de cette production attendue au mérite légitime en cette anniversaire, reste surtout moins la direction musicale (terne et lisse), le décor (trop classique) que la distribution qui comprend le meilleur ténor américain dans le chant romantique français : Michael Spyres (Rodolphe) ; et deux jeunes divas françaises à suivre absolument : Vannina Santoni (Agnès), Marion Lebègue (La Nonne). FRANCE 2, lun 28 oct 2019, 00h15. GOUNOD : La nonne sanglante

Argument :

I. Au XIe siècle en Bohème, un conflit héréditaire oppose les Moldaw et les Luddorf. Dans la perspective de la croisade, l’ermite Pierre obtient des deux seigneurs qu’ils s’allient en mariant leurs enfants : Théobald de Luddorf épousera Agnès de Moldaw. Tous s’apprêtent à célébrer le projet dans le château de Moldaw. Or Agnès et Rodolphe, le cadet des Luddorf, s’aiment. Rodolphe tenant tête à son père, est chassé. Les amants prévoient de s’enfuir à la faveur de l’apparition rituelle d’un fantôme, celui d’une Nonne sanglante.

II. Au cœur de la nuit, tandis que son page Arthur prépare sa fuite, Rodolphe guette Agnès. À la femme voilée qui paraît, il jure une fidélité éternelle avant de l’emmener dans le château abandonné de ses ancêtres. Or à leur arrivée, les ruines se raniment, un riche banquet apparaît, les fantômes des aïeux prennent place à table : la femme voilée n’est autre que la Nonne sanglante qui entend à présent épouser Rodolphe.

III. Rodolphe s’est réfugié chez des paysans mais reste hanté, chaque nuit, par la Nonne sanglante qui réclame son dû. Arthur vient lui annoncer la mort de son frère au combat. Rodolphe pourrait épouser Agnès, n’était le serment qui le lie au fantôme. Or la malédiction de la Nonne ne sera levée qu’à la mort du meurtrier dont elle fut la victime. Il s’engage à le tuer lorsqu’elle le lui désignera.

IV. En pleine fête nuptiale, sur le point d’épouser Agnès, Rodolphe voit paraître la Nonne sanglante qui lui désigne son propre père, Luddorf. Épouvanté, Rodolphe quitte la cérémonie, ce qui ranime l’animosité entre les deux clans.

V. Près de l’ermitage, le comte de Luddorf est prêt à payer de ses crimes pour sauver son fils. Il surprend un projet de guet-apens des Moldaw à l’égard de Rodolphe, puis entend la confession de Rodolphe à Agnès : maudit par la Nonne, incapable de tuer son père, il veut s’exiler à jamais. Le père se jette dans le piège tendu à son fils. Il meurt sur la tombe de la Nonne qui implore la clémence de Dieu et délivre enfin Rodolphe de ses vœux.

LA NONNE SANGLANTE de Charles Gounod  -  Opéra en cinq actes (1854)
Musique de Charles Gounod
Livret de Eugène Scribe et Germain Delavigne

Équipe artistique

Dramaturgie: David Bobée, Laurence Equilbey
Décors :David Bobée, Aurélie Lemaignen
Costumes :Alain Blanchot
Lumières :Stéphane Babi Aubert
Vidéo :José Gherrak

Chœur Accentus
Orchestre Insula Orchestra
Direction musicale: Laurence Equilbey
Mise en scène: David Bobée

Distribution
Rodolphe :Michael Spyres
Agnès: Vannina Santoni
La Nonne: Marion Lebègue
Le Comte de Luddorf: Jérôme Boutillier
Arthur :Jodie Devos
Pierre l’Ermite: Jean Teitgen
Le baron de Moldaw: Luc Bertin-Hugault
Fritz, Le Veilleur de nuit: Enguerrand de Hys
Anna: Olivia Doray

Durée :2 h23 »
Année 2018
Réalisation : François Roussillon

LIRE aussi notre critique de LA NONNE SANGLANTE
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Compte-rendu, opéra. Tours, Grand théâtre, Mars 2015 : Puccini : Il Trittico. Jean-Yves Ossonce, direction. Pierre-Emile Fourny, mise en scène.

Le chef Jean-Yves Ossonce – directeur des lieux-,  retrouve Paul Emile Fourny après un Roméo et Juliette déjà convaincant. L’inspiration du metteur en scène (et directeur de l’Opéra de Metz), redouble même de pertinence dans ce triptyque  (Il Trittico) où l’efficacité théâtrale prolonge Verdi pour atteindre un impact rare, d’un esthétisme… cinématographique. Le choix du metteur en scène s’est porté sur le jeu d’acteurs (impeccable de bout en bout), laissant la place aux protagonistes de la nouvelle production (créée en Slovénie jusqu’alors inédite en France).

Quai de Seine, cloître des recluses, maison familiale… : chaque univers du Trittico est scrupuleusement respecté, rehaussé même par l’intelligence du propos visuel ; la leçon de Puccini, deux tragédies préalables, une comédie fine, rossinienne et verdienne, est restituée dans tout sa force et son délire poétique. Un tel jeu des contrastes est un terrible défi pour les metteurs en scène (et aussi les chefs) : dans son déroulement, la soirée est riche en découvertes et satisfactions.

C’est d’abord, le jeu exceptionnellement fluide et nuancé du baryton Tassis Christoyannis (applaudi auparavant pour un Don Giovanni impeccable et mordant) : sombre Michele dans Il Tabbaro (à l’issue sauvage et barbare : Paul-Emile Fourny reprend le premier canevas de Puccini, celui des deux morts finales): tout en regards millimétrés, en gestes et postures naturels, le chanteur se montre un formidable acteur qui sait aussi exprimer les failles non dites du patron de Luigi : un être déchiré que la perte de l’amour de sa femme (et de leur enfant) a précipité dans l’amertume haineuse, silencieuse et… meurtrière.
Quel contraste avec son délire burlesque et lui aussi parfaitement mesuré, d’une finesse rare, pour Gianni Schicchi : son intelligence lumineuse et positive contraste avec le profil étriqué et gris de la famille du défunt ; les sketches s’amoncellent sur la scène sans pourtant encombrer la finalité et l’enjeu de chaque situation, et fidèle à son fil rouge qui est l’eau, d’Å“uvre en Å“uvre, Paul-Emile Fourny fait traverser des eaux d’égout aux personnages qui viennent visiter le mort et ses héritiers… eaux boueuses et sales pour une famille de sacré filous âpres au gain. La cohérence de chaque rôle est formidable ; elle offre une leçon de pétillance et de saine comédie. C’est drôle et léger, mais aussi outrageusement juste et profond. La dernière réplique (parlée) de Gianni, à l’adresse du public, n’en gagne que plus de pertinence.

 

 

SUOR-ANGELICA-il-trittico-puccini-opera-de-tours-Jean-yves-ossonce-mars-2015

 

 

 

Dans le volet central, le plus bouleversant, Suor Angelica, le soprano tendre et intense de Vannina Santoni éblouit la scène par sa présence simple, elle aussi d’une absolue justesse d’intonation. Femme condamnée par sa famille au cloître, Angélique doit renoncer à tout et finit suicidaire après avoir appris que son garçon était mort depuis… 2 ans. Celle à qui tout fut exigé jusqu’au sacrifice de sa propre vie, exulte ici avec une intensité contenue, un feu émotionnel qui va crescendo jusqu’à la mort. Le style, l’économie, la concentration de Vannina Santoni nous hantent encore par leur exactitude, et aussi une grande humilité qui est toujours le propre des grands interprètes.

Courrez voir et applaudir ce Triptyque nouveau à l’Opéra de Tours, d’autant qu’en chef lyrique aguerri, Jean-Yves Ossonce apporte le soutien et l’enveloppe instrumentale idéale aux chanteurs : travail d’orfèvre là encore où outre les somptueux climats symphoniques, – parisien au bord de la Seine dans Il Tabbaro, de l’enfermement ultime pour Suor Angelica-, le chef construit le dernier volet tel une comédie chantante, vrai théâtre musical qui grâce au délicat équilibre voix / orchestre réussit totalement cette déclamation libre et articulée dont Puccini a rêvé : une farce légère et subtile sertie comme un gemme linguistique. Où l’on rit souvent, où l’on est touché surtout. Superbe production. Encore une date, le 17 mars à 20h.

 

 

 

REPORTAGE VIDEO : Il Trittico de Puccini à l’Opéra de Tours (les 13,15, 17 mars 2015)

DVD. Puccini: un séduisant Trittico (Opus Arte)VIDEO. Tours, Opéra. Il Trittico de Puccini. Les 13, 15 et 17 mars 2015. Nouvelle production événement à l’Opéra de Tours sous la baguette fine et dramatiquement souple de Jean-Yves Ossonce. Sur la scène tourangelle, les chanteurs dirigés par le metteur en scène Paul-Emile Fourny éblouissent par leur incarnation saisissante, d’autant que la réalisation scénographique et visuelle d’une justesse cinématographique, souligne le génie du dernier Puccini : les 3 actes courts et tous différents du Trittico (Triptyque, créé à New York en 1920), tous singuliers et si différents, composent cependant une unité théâtrale qui résume les affres tragiques et comiques de la comédie humaine. © CLASSIQUENEWS.TV 2015. LIRE aussi notre présentation complète de la production d’Il Trittico à l’Opéra de Tours, distribution, modalités de réservation…

 

 

SUOR-ANGELICA-il-trittico-puccini-opera-de-tours-Jean-yves-ossonce-mars-2015

Juste et sincère, la soprano Vannina Santoni dans le rôle éprouvant, déchirant de Suor Angelica, volet central du Trittico de Giacomo Puccini  (© photo CLASSIQUENEWS.TV 2015)

 

 

 

 

 

boutonreservationTours, Opéra à l’Opéra de Tours. 3 dates événements :
Giacomo Puccini : Il Tritico, le Triptyque (1918)
Nouvelle production

Vendredi 13 mars 2015 – 20h
Dimanche 15 mars 2015 – 15h
Mardi 17 mars 2015 – 20h

 

OPERA. Tours : Trittico superlatif de Puccini, les 13, 15 et 17 mars 2015

TOURS : nouveau Trittico, 1918 par Jean-Yves OssonceTours, Opéra. Il Trittico de Puccini. Les 13, 15 et 17 mars 2015. Nouvelle production événement à l’Opéra de Tours sous la baguette fine et dramatiquement souple de Jean-Yves Ossonce. Sur la scène tourangelle, les chanteurs dirigés par le metteur en scène Paul-Emile Fourny éblouissent par leur incarnation saisissante, d’autant que la réalisation scénographique et visuelle d’une justesse cinématographique, souligne le génie du dernier Puccini : les 3 actes courts et tous différents du Trittico (Triptyque, créé à New York en 1920), tous singuliers et si différents, composent cependant une unité théâtrale qui résume les affres tragiques et comiques de la comédie humaine.

 

 

 

Tragique et sincère pétillant et délirant, le théâtre de Puccini triomphe à Tours

Triptyque / Trittico étincelant à l’Opéra de Tours

 

 

Tours : Jean-Yves Ossonce dirige la 7ème Symphonie de DvorakLa production créée en Slovénie fait escale avant Metz, (horizon 2016) à Tours : elle est magnifiquement portée par une troupe de chanteurs et surtout d’acteurs parfaitement préparés, pilotés, engagés. Parmi un collectif au chant et jeu de scène ciselés, ne manquez surtout pas la bouleversante Suor Angelica de la soprano qui monte : Vannina Santoni, son timbre angélique et poignant transfigure le pauvre cÅ“ur de la sÅ“ur cloîtrée à son insu, SÅ“ur Angélique ; c’est aussi l’excellent baryton, Tassis Christoyannis aussi suggestif et profond dans la tragédie d’Il Tabarro (Michele), que fin et truculent en Gianni Schichi : l’interprète a tout pour séduire, captiver, transporter : la gouaille burlesque, la subtilité d’un jeu mozartien et rossinien, la fluidité sincère pour chaque sentiment et chaque situation… A leurs côtés, les amateurs retrouvent le ténor vaillant et solide Florian Laconi… Tours réunit donc la crême du chant lyrique pour honorer comme rarement le théâtre puccinien. Le dernier Puccini égale  le dernier Verdi, en sensibilité, justesse, tendresse (bien sûr Schichi fait penser à Falstaff… voire en plus cynique et glaçant). Quant aux actes qui précèdent : si Il Tabbaro est un concentré stupéfiant de vérisme nuancé (la fin dans cette production est… glaçante), Suor Angelica (le volet central), suscite la compassion cathartique, celle portée, incarnée par la jeune religieuse recluse et culpabilisée, dont les élans du cÅ“ur et le cri lyrique si mesuré et contenu, rappellent et synthétisent les larmes déchirantes de Madama Butterfly (Cio Cio San) : Paul-Emile Fourny signe l’une de ses meilleures mises en scène, d’autant éloquente sous la direction musicale du chef Jean-Yves Ossonce. Production incontournable. LIRE aussi notre présentation complète de l’opéra Il Trittico de Giacomo Puccini, présenté à l’Opéra de Tours, les 13, 15, 17 mars 2015.

 

 

boutonreservationTours, Opéra à l’Opéra de Tours. 3 dates événements :
Giacomo Puccini : Il Tritico, le Triptyque (1918)
Nouvelle production

Vendredi 13 mars 2015 – 20h
Dimanche 15 mars 2015 – 15h
Mardi 17 mars 2015 – 20h

Conférence Il Trittico de Puccini :
Samedi 7 mars Р14h30 РGrand Th̢̩tre РSalle Jean Vilar
Entrée gratuite

Nouveau Trittico / Triptyque à l’Opéra de Tours

Tours, Opéra. Puccini : Il Trittico, le Triptyque. Les 13, 15, 17 mars 2015.  Il y eut à l’opéra, au XVIIIè, ce goût particulier pour les opéras ballets de Rameau en un Prologue et 3 entrées : chacune depuis Les Indes Galantes (1735), ayant son propre climat et son sujet particulier. Puccini semble reprendre ce principe du “3 en 1″ (mais sans les ballets évidemment, avec un orchestre aussi somptueux). Avec cette subtile relation des actes séparés entre eux : il y a bien une secrète unité dramatique entre les 3 volets. La désillusion les relie allusivement.

 

 

 

3 drames en 1 soirée

 

DVD. Puccini: un séduisant Trittico (Opus Arte)Giorgetta dans il Tabarro, comme Angelica dans Suor Angelica éprouvent chacune la brûlure tragique : toute deux sont abonnées à l’accablement le plus cynique. La première doit voir le visage de son aimé mort (sortant de la houppelande où l’avait enseveli le mari de Giorgetta, Michele) ; de même, à Angelica, il n’est rien épargné : recluse dans le couvent où elle se consume, elle apprend que son propre enfant est mort… de surcroît sa famille lui fait payer encore le fruit de cet adultère en exigeant d’elle qu’elle renonce à tout héritage… seule l’apparition de la Vierge en fin de drame lui apporte un soulagement bien précaire dans le suicide qu’elle réalise alors. Il est plus difficile de relier le dernier drame, Gianni Schicchi, aux deux derniers : car ici le rusé filou trompe une famille entière qui se rend coupable de réécrire le testament de leur riche patriarche. L’espérance déçue pourrait être un lien apparemment : condamnée de fait, et Giorgetta et Angelica ; déçue et dindon de la farce qui se retourne contre elle, grâce au stratagème de Schicchi, la famille du riche Buoso Donati. Victimes absolues, Giorgetta et Angelica ont notre compassion. Par contre Gianni Schicchi est bien inspiré de donner une leçon aux héritiers Donati…

Puccini, à travers la diversité des époques et des situations : une péniche amarrée à Paris pour Il Tabarro ; un couvent itlaien au XVIIè pour Suor Angelica, enfin la demeure d’un riche marchant à Florence en 1299…  pour Gianni Schicci, s’intéresse principalement à raffiner l’orchestration de chaque épisode. Peintre et même alchimiste des harmonies subtiles (ambiance parisienne sur la Seine d’Il Tabarro ou la Florence médiévale et sentimentale de Gioanni Schicchi), il ose tout, sachant toujours être au service de la sensualité et de la tendresse : les rêves perdues de Giorgetta (après la mort de son fils) ; le lyrisme tragique et humble de Suor Angelica, surtout, l’amour tendre des protégés de Schicchi, Rinuccio et Lauretta qui peuvent en effet en fin d’action se marier. Ici, le compositeur épingle l’hypocrisie familiale, l’étau affectif décidé par des clans stupides. En exploitant toutes les ressources expressives de chaque tableau, Puccini crée pour la scène new yorkaise (les 3 drames ont été conçus pour le metropolitan Opera en décembre 1918) une nouvelle langue : aussi raffinée que Tosca, La Bohème, Madama Butterfly mais sur un ton léger, resserré, d’une délicatesse intimiste régénérée. Le ton comique de Gianni Schicchi n’oublie jamais la gravité des sentiments, l’ivresse sincère des désirs…

 

 

Pourquoi ne pas manquer Il Trittico à Tours ?
Outre l’éloquence de l’orchestre flamboyant, Il Trittico / Le Triptyque séduit aussi grâce à la cohérence défendu entre les drames par le seul choix d’une même interprète entre les différents actes. A Tours, l’argument demeure la participation de l’excellente soprano Vannina Santoni dans les rôles d’Angelica et de Lauretta, déjà remarquée dans une convaincante production de La Chauve Souris présentée en décembre 2014 (elle y interprétait la délicieuse servante Adèle) . A ses côtés, le non moins engagé et superbe acteur, Tassis Christoyannis (il y a peu de temps Don Giovanni sur la même scène) prête son baryton subtile et dramatique aux rôles de Michele (Il Tabarro) puis surtout à Gianni Schicchi. Nouvelle production événement.

 

 

boutonreservationPuccini: Il Trittico, Le Triptyque (1918) à l’Opéra de Tours
Paul-Emile Fourny, mise en scène
Jean-Yves Ossonce, direction

Vendredi 13 mars, 20h
Dimanche 15 mars, 15h
Mardi 17 mars, 20h

distributions :

Il TABARRO
Opéra en un acte
Livret de Giuseppe Adami
Création le 14 décembre 1918 à New-York
Editions Ricordi

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène : Paul-Emile Fourny
Décors et Lumières : Patrick Méeüs
Costumes : Giovanna Fiorentini

Giorgetta : Giuseppina Piunti *
La Frugola : Cécile Galois
Michele : Tassis Christoyannis
Luigi : Florian Laconi
Il Tinca : Antoine Normand
Il Talpa : Franck Leguérinel

 

 

SOEUR ANGELIQUE
Opéra en un acte
Livret de Giovacchino Forzano
Création le 14 décembre 1918 à New-York
Editions Ricordi

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène : Paul-Emile Fourny
Décors et Lumières : Patrick Méeüs
Costumes : Giovanna Fiorentini

Soeur Angelica : Vannina Santoni
Tante Princesse : Cécile Galois
L’Abbesse : Delphine Haidan
Soeur Genovieffa : Aurélie Fargues
Soeur Osmina : Chloé Chaume

 

 

GIANNI SCHICCHI
Opéra en un acte
Livret de Giovacchino Forzano
Création le 14 décembre 1918 à New-York
Editions Ricordi

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène : Paul-Emile Fourny
Décors et Lumières : Patrick Méeüs
Costumes : Giovanna Fiorentini

Gianni Schicchi : Tassis Christoyannis
Lauretta : Vannina Santoni
Zita : Cécile Galois
Rinuccio : Florian Laconi
Gherardo : Antoine Normand
Nella : Chloé Chaume
Marco : Franck Leguérinel
La Ciesca : Delphine Haidan
Betto : Nicolas Rigas
Simone : Ronan Nédélec
Spinelloccio : Jacques Lemaire
Notaro : François Bazola

 

 

Vidéo, clip : Nouvelle Chauve Souris à l’Opéra de Tours, décembre 2014

Épatante Chauve Souris à l'Opéra de ToursVIDEO,clip. Tours, Opéra : nouvelle Chauve Souris. Dialogues en français, airs chantés en allemand, la nouvelle production de La Chauve-Souris de Johann Strauss II présentée par l’Opéra de Tours les 27,28,30 et 31 décembre 2014 rétablit l’élégance, la finesse d’une partition musicalement irrésistible et théâtralement pétillante : l’acteur et metteur en scène Jacques Duparc réinvente la saveur des situations sans les dénaturer, dans la fosse, Jean-Yves Ossonce fait briller couleurs et caractères des danses écrites par Strauss, chez les Eisenstein, au bal du Prince Orlofsky, dans la prison de Franck où chacun abat son masque… nuit de folie, nuit d’ivresse et de travestissements, La Chauve Souris est aussi la réalisation d’une vengeance, celle de Falke au détriment d’Eisenstein, dindon de la farce : le séducteur impuni est dévoilé par sa femme Rosalinde masquée en comtesse hongroise… Au sein d’une distribution très homogène et scéniquement impliquée, brille le soprano suave et généreux de Vannina Santoni (Adèle/Olga), révélation de la production. Clip vidéo © classiquenews.tv. Reportage vidéo à venir.

LIRE aussi notre compte rendu de La Chauve Souris à l’Opéra de Tours (décembre 2014)

Compte rendu, opéra. Tours. Opéra, les 27,28, 30 et 31 décembre 2014. Strauss II : La Chauve Souris. Aude Extremo, Vannina Santoni… Jacques Duparc, mise en scène. Jean-Yves Ossonce, direction.

tours-opera-chauve-souris-bal-acte-II-ossonce-Une production délicieusement cohérente. C’est un opéra construit sur l’accomplissement d’une vengeance,  celle de Falke (Michal Partyka) qui entend bien ainsi laver l’humiliation que lui a infligé Eisenstein (très efficace Dider Henry) – vrai petit bourgeois sans relief, époux infidèle démangé par la bagatelle…. de fait un piège lui est tendu avec la complicité d’un collectif aux apparences hétérogènes mais aux motivations et convergences bien soudées : la propre femme de chambre qui rêve déjà de briller sur la scène des théâtres (Adèle), le directeur de la prison Franck,  jusqu’au prince Orlofsky (excellente Aude Extremo),  jeune millionnaire asexué désabusé parfaitement dépressif que l’argent ennuie mais que grise l’idée de railler un petit prétentieux : Le portrait idéal d’un jeune oligarche débauché ?. Il occupe le devant des planches à l’acte II.

 

 

 

Epatante Chauve Souris à Tours

 

En organisant un bal costumé au II (régal visuel en place des habituels fracs noirs et robes de mariées vues habituellement, façon Jean Béraud), le jeune prince permet à chacun de changer d’identité – mais on en est pas au vrai travestissement et identité inversée comme dans les meilleurs opéras vénitiens (voyez les ouvrages de Cesti ou Cavalli,  les deux suiveurs de Monteverdi). Ici chacun devient ce qu’il veut,  “chacun à son goût” comme le précise non sans cynisme et malice le même Orlofsky. Adèle devient une très honorable lady de la haute : Olga qui se rêve actrice (III : voir son trio avec Ida et Franck ; celui là même y devient le Chevalier Renard. …); et Eisenstein qui devrait être en prison, a son habit de galant vert, sous le titre de marquis Renard.

Le tableau ne serait pas complet sans la figure de l’épouse délaissée,  vraie desperate housewife emmurée à Pontoise (- l’opéra de Strauss adapte un boulevard parisien La Réception) : Rosalinde. Celle-ci ne déroge pas à la règle du masque… pour le bal d’Orlofsky au II, elle devient donc une comtesse hongroise en transit : le compositeur inspiré par le sentiment nostalgique et patriote lui dédie logiquement le seul grand air de la soirée, sublime Czardas qui pourrait faire l’air de concert parfait d’un programme de concert  (Mireille Delunsch s’y impose en actrice délurée).

C’est elle qui piège son «  mufle » de mari: en se laissant courtiser par lui,  elle se fait offrir sa fameuse montre,  piège à filles ; en possession de l’épouse vengeresse, l’objet délictueux lui permet au III, de dévoiler l’infidélité du coquin : la honte de l’époux démasqué fera la vengeance de Falke.

tours-opera-chauve-souris-jacques-duparc-582En cours de soirée, le spectacle va crescendo: le I est clairement et très efficacement d’exposition; le II se savoure comme une coupe de champagne, – en présence de leur hôte Orlofsky,  les convives masqués fêtent et trinquent à la santé du «  roi Champagne » (un tableau rêvé pour les directions marketing de tous les producteurs champenois) et une succession de perles solistes et chorales signées du roi de la valse;  le III captive par sa verve théâtrale où perce l’intelligence du metteur en scène Jacques Duparc dont le talent d’acteur,  dévoilé au I en policier cleptomane,  s’affirme davantage dans l’acte de la prison : il fait du chef geôlier  Frosch, un loup désabusé, déjanté, hilare, porté sur la bouteille (son sketch sur la « fine » est mémorable), qui rétablit le théâtre à gags,  délirant,  raffiné,  un contrepoint purement théâtral dans l’enchaînement des airs chantés en allemand.

 

 

Épatante Chauve Souris à l'Opéra de Tours

 

Vannina Santoni, épatante Adèle / Olga

 

 

La révélation de la soirée – dans toute production il y en a forcément une-, reste la pétulante et si subtile Adèle/Olga de Vannina Santoni, nature incandescente pour l’indomptable et malicieuse servante qui se rêve actrice. Au I, son Adèle est capricieuse et indiscrète ; au II, elle du chien en aristocrate improvisée. Puis son air du III dans lequel elle veut convaincre Franck d’être son protecteur est un sublime moment de fragilité virtuose, dans lequel l’actrice pétille et convainc par ses dons d’imitatrice versatile : une véritable soeur de Zerbinette dans l’opéra Ariadne auf Naxos de l’autre Strauss (Richard). Quel timbre généreux et fruité,  suavement articulé,  aux aigus agiles, faciles, colorés. Sa performance est saisissante. Car l’actrice déjà remarquée dans le Cosi fan tutte de Mozart ici même,  avait été tout autant convaincante.

Dans la fosse,  Jean-Yves Ossonce délivre le parfum sensuel et voluptueux,  les couleurs nostalgiques d’une partition parmi les plus raffinées qui soient. Vrai plus de la production,  si les dialogues sont en français,  tous les airs sont en allemand: de quoi mieux comprendre enjeux et situations comme s’il s’agissait d’une comédie de boulevard tout en savourant les délices de chaque air défendu dans la prosodie originelle. De quoi confirmer l’étonnante sensibilité de Strauss sur la scène lyrique.  De quoi aussi constater l’excellence artistique de l’opéra de Tours: une vraie troupe et un chef défendent ici l’art lyrique et symphonique avec engagement et finesse. Preuve est faite pour qui en doute toujours que les initiatives lyriques en province tiennent très haut les promesses de leur affiche. Production idéale pour fêter l’an neuf 2015.  La Chauve Souris de Johann Strauss présenté par l’Opéra de Tours les 27, 28, 30 et 31 décembre 2015.

Comte-rendu, opéra. Tours. Opéra, les 27,28, 30 et 31 décembre 2014. Strauss II : La Chauve Souris. Aude Extremo, Vannina Santoni… Jacques Duparc, mise en scène. Jean-Yves Ossonce, direction.

 

 

Illustrations : © Fr. Berthon pour l’Opéra de Tours 2014

 

LIRE aussi notre présentation de La Chauve Souris à l’Opéra de Tours en décembre 2014