jeudi 29 octobre 2026

CRITIQUE, opéra (en version de concert). VERSAILLES, Opéra Royal, le 02 juin 2026. RAMEAU : Les Boréades. R. Van Mechelen, G. Blondeel, R. Getchell, P. Estèphe… Choeur de chambre de Namur, Ensemble a nocte temporis, Reinoud Van Mechelen (direction)

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Les Boréades – œuvre à la fois légendaire et d’une grande fraîcheur, testament de Jean-Philippe Rameau – sont créés seulement en 1982 au festival d’Aix en Provence. Si quelques passages sont de la grande modernité qu’on connaît au Maître de Dijon dans ses œuvres les plus tardives comme Anacréon ou la seconde version de Zoroastre, la majorité de cette tragédie lyrique relève d’un style assez classique se rapprochant de Campra.

 

A l’Opéra Royal de Versailles, le belge Reinoud Van Mechelen tenait à la fois le superbe rôle d’Abaris et la direction de l’ensemble a nocte temporis dont il est le codirecteur avec sa superbe flûtiste Anna Besson. Reinoud Van Mechelen est extraordinairement touchant. Il n’y a pas un mot qui ne porte intensément du sens, et il distille dans sa voix toutes les couleurs qu’il désire, avec une justesse mémorable. Cela est particulièrement marquant dans son premier air, au début du deuxième acte “Charmes trop dangereux, malheureuse tendresse”, où il nous tire des larmes. Cependant, le fait qu’il dirige en même temps qu’il chante induit parfois quelques soucis à la fois de précision et de souplesse. En effet, trop concentré sur sa battue, bras écartés pour que l’orchestre dans son dos la déchiffre, il manque parfois de la liberté, propre au fait d’être suivi par un chef. Sa direction est toutefois d’une grande qualité pour un chanteur, assez claire et vivante. Les récits ne sont pas dirigés, laissés à la discrétion du continuo et des solistes. De son côté, sa compatriote Gwendoline Blondeel (Alphise) est une magnifique interprète de Rameau et du baroque français, qu’elle connaît particulièrement bien. Sa voix est pure et flûtée, et sa diction est d’une grande lisibilité. Dans un très beau style, tout à fait ramiste, elle fait preuve d’une virtuosité presque instrumentale qui s’accorde à la perfection à la flûte d’Anna Besson.

Les Boréades sont deux frères fils de Borée, Calisis et Borilée. Le choix est très judicieux de réunir pour ces deux rôles Robert Getchell et Philippe Estèphe, tous deux très vivants et portant les mêmes qualités de timbre et de diction, tout en ayant des voix très complémentaires. Robert Getchell est un véritable haute-contre à la française, au timbre clair rappelant celui du hautbois. Précis et brillants, tous ses suraigus (et ils sont nombreux dans le rôle) semblent faciles. Il fait preuve d’une aisance dans la virtuosité du très bel air avec chœur “Jouissons de nos beaux ans”. Il arrive néanmoins que certains contre-Ut soient couverts par la puissance de l’orchestre et du chœur réunis dans le quatrième acte, ce qui n’est pas étonnant au vu de la disposition très serrée sur le plateau de l‘Opéra Royal. Philippe Estèphe possède la même agilité et vivacité dans sa charmante voix de baryton. Comme chez Getchell, la voix ne se fait pas remarquer par une grande puissance mais reste néanmoins très belle.

Lore Binon interprète les nombreux petits rôles féminins de Sémire, une nymphe, Amour et Polymnie dont la “descente” est une des pages les plus célèbres de cet opéra et de l’oeuvre de Rameau en général. Une très belle voix, agile et intéressante, mais qui manque d’intensité dramatique, dont les petits rôles si légers soient-ils ne devraient pas être dépourvus. Le tchèque Tomáš Král montre une belle intensité dans les rôles d’Adamas et Apollon malgré une voix jeune où les beaux sons, trop rares, trahissent une diction approximative. Enfin, le très attendu Lisandro Abadie apparaît en Borée seulement au 5ème acte ! Malgré ce rôle court, la basse argentine dégage une puissante énergie portée par une diction des plus excellentes. Il est extrêmement touchant dans toutes les émotions que traverse le rôle.

Ultime personnage et pas des moindres, le formidable Chœur de Chambre de Namur, véritable Rolls Royce du chant choral dont la diction est inégalée. S’il est courant de comprendre ce que disent de bons solistes, les chœurs sont rarement aussi clairs dans le propos dramatique. C’est également la superbe homogénéité entre les cinq voix du chœur qui frappe l’oreille dès sa première entrée. En effet, la qualité d’écriture de Rameau et un splendide pupitre de haute-contre donnent un équilibre choral rare dans les productions lyriques. L’ensemble baroque a nocte temporis est entièrement composé d’excellents musiciens, et fait également preuve d’une épatante homogénéité au sein des pupitres.

Une soirée d’immense plaisir à entendre cette musique trop rare, ici interprétée avec brio par de grands artistes dans un lieu merveilleux !

 

 

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CRITIQUE, opéra. VERSAILLES, Opéra Royal, le 02 juin 2026. RAMEAU : Les Boréades. R. Van Mechelen, G. Blondeel, R. Getchell, P. Estephe… Choeur de chambre de Namur, Ensemble a nocte temporis, Reinoud Van Mechelen (direction). Crédit photographique (c)

 

 

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