Compte rendu, opĂ©ra. Versailles. OpĂ©ra Royal, le 18 novembre 2014. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : ZaĂŻs, Pastorale hĂ©roĂŻque en quatre actes avec prologue. Livret Louis de Cahusac. CrĂ©Ă©e Ă  l’AcadĂ©mie Royale de Musique de Paris, le 29 fĂ©vrier 1748. Avec : ZaĂŻs, Julian PrĂ©gardien ; Zelidie, Sandrine Piau ; OromasĂšs, Aimery LefĂšvre ; Cindor, BenoĂźt Arnould ; Sylphide, la Grande prĂȘtresse de l’amour, Amel Brahim-Djelloul; L’Amour, Hasnaa Bennani ; Un Sylphe, Zachary Wilder. Choeur de Chambre de Namur, direction du chƓur, Thibaut LenĂŠrts. Les Talens Lyriques ; Direction et clavecin, Christophe Rousset.

rousset christophe talens lyriques amadis phaeton roland, bellerophonAvant le grand gala Rameau organisĂ© dans le somptueux Ă©crin de la galerie des glaces ce 22 novembre 2014, Versailles poursuit ces cĂ©lĂ©brations dans le cadre de l’annĂ©e Rameau 2014. L’annĂ©e Rameau touche Ă  sa fin, du moins Ă  Versailles. Elle a, grĂące au travail des Ă©quipes du CMBV Centre de musique baroque de Versailles, Ă©tĂ© fĂȘtĂ©e avec un certain faste dans le monde et en France, permettant de faire dĂ©couvrir ou de redĂ©couvrir certaines Ɠuvres d’un Rameau plus mal connu qu’inconnu du public. Ce soir, c’est ZaĂŻs qui nous Ă©tait proposĂ© en version concert Ă  l’OpĂ©ra Royal, aprĂšs une recrĂ©ation Ă  Beaune l’étĂ© dernier et un passage par Amsterdam quelques jours auparavant. ZaĂŻs que les Talens Lyriques auront enregistrĂ©s Ă  l’occasion de cette fin de tournĂ©e est une pastorale dont le livret de Louis de Cahusac est des plus simplissimes et des plus « naĂŻfs ». C’est une histoire de bergers et de bergĂšres, d’amours lĂ©gĂšrement contrariĂ©s.

ZaĂŻs inabouti

Le gĂ©nie des airs, ZaĂŻs, dĂ©guisĂ© en berger, met Ă  l’épreuve une jolie bergĂšre, ZĂ©lidie, dont il est follement Ă©pris. Il est aidĂ© par son complice, Cindor, mais ni l’un ni l’autre ne parviennent Ă  dĂ©tourner la belle bergĂšre, qui fait preuve de constance dans ses sentiments. ZaĂŻs renonce alors Ă  son immortalitĂ© pour elle. Mais pour les rĂ©compenser, OromazĂšs, le roi des gĂ©nies leur offre Ă  tous deux de vivre Ă  jamais ensemble, car le temps ne doit pas s’opposer au bonheur.

Ce n’est donc pas l’histoire qui compte mais bien la musique de Rameau. La page la plus connue de cette Ɠuvre exceptionnelle est son prologue. Il rĂ©sume Ă  lui seul, toute la puissance, l’effervescence, le bouillonnement, la violence des Ă©lĂ©ments qui rend si unique la musique de ce compositeur. Mais de ci de lĂ , on a parfois dĂ©jĂ  entendu en particulier dans le somptueux CD d’Ausonia « Que les mortels servent de modĂšles aux dieux », certains airs, dont la beautĂ© onirique et Ă©vanescente comme « Chantez-oiseaux » ou tempĂ©tueuse et tellurique comme « Aquilons, rompez vos chaĂźnes », y rĂ©vĂ©laient toutes leurs splendides nuances.

C’est donc avec une certaine impatience que nous attendions cette recrĂ©ation complĂšte de l’Ɠuvre par les Talens Lyriques, d’autant plus lorsqu’on connait les affinitĂ©s Ă©lectives de Christophe Rousset avec la musique du compositeur dijonnais. Las, il y a des soirĂ©es avec et des soirĂ©es sans. On ne peut pas dire que tout fĂ»t dĂ©cevant ce soir, loin s’en faut. C’est une addition de petits riens, de petites fautes, qui ont fini par nous laisser un sentiment d’incomplĂ©tude, un rien agaçant, d’autant plus lorsqu’on sait combien les Talens Lyriques nous offrent gĂ©nĂ©ralement bien mieux.

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)Christophe Rousset avait rĂ©uni autour de lui une trĂšs belle, voir exceptionnelle distribution. Mais malheureusement, on a dĂ» relever ce qui est une erreur de casting. Cette derniĂšre est d’autant plus regrettable que Zachary Wilder, puisque c’est de lui qu’il s’agit, nous avait rĂ©vĂ©lĂ© de magnifiques qualitĂ©s d’interprĂ©tation en compagnie de Leonardo Garcia Alarcon dans la production d’Elena de Cavalli, il y a quelques mois. Son timbre de haute – contre est inadaptĂ© pour la musique du XVIIIe, a fortiori celle de Rameau. En revanche, mĂȘme si Aimery LefĂšvre semble en lĂ©gĂšre difficultĂ© en premiĂšre partie, il se reprend ensuite, donnant dans la sĂ©quence finale,  toute sa noble solennité  à OramasĂšs dans la cĂ©lĂ©bration de l’union de ZaĂŻs et ZĂ©lidie. BenoĂźt Arnould est un Cindor, Ă  peine rouĂ© et plein de charmes, tandis qu’Hasnaa Bennani est un Amour suave et Amel Brahim-Djelloul une grande – prĂȘtresse de l’Amour, au cĂ©leste envoutement. Enfin les deux grands triomphateurs de la soirĂ©e, sont Julian PrĂ©gardien et Sandrine Piau. Lui est un ZaĂŻs au timbre et Ă  la diction d’une grande sĂ©duction. Tandis que la soprano est une bergĂšre Ă  l’élĂ©gance Ă©lĂ©giaque, sensible, raffinĂ©e, pourtant si combattive. Le ChƓur de chambre de Namur est quasi parfait, particuliĂšrement redoutable comme dans « Aquilons, brisez vos chaĂźnes ». Leur phrasĂ©, leur musicalitĂ© en font un acteur essentiel.

Ce soir, ce sont les Talens Lyriques nous ont semblĂ© en lĂ©gĂšre mĂ©forme. Bien sĂ»r, il y a eu de beaux moments, mais aussi de maniĂšre assez surprenante, chez eux des fautes de justesse et de lĂ©gers dĂ©calages avec le chƓur qui ont troublĂ© cette harmonie parfaite que nous attendions d’eux. Certes Christophe Rousset est parvenu Ă  rĂ©tablir une situation trĂšs instable, mais la fatigue de ses troupes -et tout particuliĂšrement des flĂ»tes et des hautbois-, aura laissĂ© au cours de la soirĂ©e un sentiment d’inaccompli.

Compte rendu, opĂ©ra. Versailles. OpĂ©ra Royal, le 18 novembre 2014. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : ZaĂŻs, Pastorale hĂ©roĂŻque en quatre actes avec prologue. Livret Louis de Cahusac. CrĂ©Ă©e Ă  l’AcadĂ©mie Royale de Musique de Paris, le 29 fĂ©vrier 1748. Avec : ZaĂŻs, Julian PrĂ©gardien ; Zelidie, Sandrine Piau ; OromasĂšs,  Aimery LefĂšvre ; Cindor, BenoĂźt Arnould ; Sylphide, la Grande prĂȘtresse de l’amour, Amel Brahim-Djelloul; L’Amour, Hasnaa Bennani ; Un Sylphe, Zachary Wilder. Choeur de Chambre de Namur, direction du chƓur, Thibaut LenĂŠrts. Les Talens Lyriques ; Direction et clavecin, Christophe Rousset.

CD. Rameau : the sound of light (Currentzis, 2012)

rameau courrentzis musicaeterna tteodor currentzis sound of lightCD. Rameau : the sound of light (Currentzis, 2012). Voici un Rameau qui fait rĂ©agir : lisez d’abord le titre de cette anthologie, The sound of light, le son de la lumiĂšre… Lumineux et mĂȘme solarisĂ© (serait-ce une rĂ©fĂ©rence indirecte Ă  son appartenance Ă  une loge comme Ă  ses nombreux ouvrages pĂ©nĂ©trĂ©s de symboles et rituels maçonniques : de ZaĂŻs Ă  Zoroastre…?). FrĂ©nĂ©tique, motorique, surexpressive… la lecture de Teodor Currentzis, jeune chef athĂ©nien formĂ© dans la classe d’Illya Musin Ă  Saint-PĂ©tersbourg (Ă  22 ans) qui est passĂ© par l’OpĂ©ra de Novossibirsk puis actuellement Perm, – oĂč il est directeur artistique, ne laisse pas indiffĂ©rent : sa baguette suractive exaspĂšre comme elle transporte.
Pour le 250Ăšme anniversaire de sa mort, le compositeur vit une annĂ©e 2014 finalement florissante : aux concerts (Le Temple de la gloire, ZaĂŻs… resteront de grands moments de redĂ©couverte… Ă  l’OpĂ©ra de Versailles), ou Ă  l’opĂ©ra (Castor et Pollux, Les Indes Galantes, PlatĂ©e...), s’ajoutent plusieurs rĂ©alisations discographiques dont ce programme pourtant enregistrĂ©e dĂ©jĂ  en juin 2012 Ă  Perm (Maison Diaghilev, Oural). Le champion de la direction nerveuse, survitaminĂ©e au risque de paraĂźtre … hystĂ©rique fait feu de tout bois, en l’occurrence sa facultĂ© motorique qui frise la surenchĂšre souvent, s’accommode idĂ©alement de la science rythmique d’un Rameau jamais en reste d’une idĂ©e ou d’une forme neuve. Le Rameau dĂ©fricheur, expĂ©rimentateur, inventif trouve ici une dĂ©monstration Ă©loquente voire spectaculaire, continĂ»ment investie. Evidemment les partisans du compositeur fulgurant et tendre regretterons cette outrance, ce jeu pĂ©taradant, certes dramatique et thĂ©Ăątral mais agressif (Ă©coutez les BorĂ©ades et Dardanus… trop caricaturaux). Musette et surtout tambourin pour Terpsichore des FĂȘtes d’HĂ©bĂ© sont Ă  la limite du trait percussif. Pourtant dans cette violence et cette dĂ©termination surgit une autre facette du talent de Rameau : son insolence gĂ©niale.

currentzis teodorLes autres qui aspirent Ă  plus de trouble et d’ambivalence, de profondeur et de poĂ©sie voire de tendresse en seront certainement pour leurs frais. Pourtant le phĂ©nomĂšne Currentzis, il y a dĂ©jĂ  2 ans, se distingue par une capacitĂ© hors norme Ă  exprimer la vitalitĂ© et l’intensitĂ© radicale des partitions qu’il a choisi : ses premiers Mozart (ceux de la trilogie da Ponte en cours, – hier Les Noces ; aujourd’hui pour NoĂ«l 2014 : Cosi ; et demain Don Giovanni… Ă  l’automne 2015) en font foi : l’urgence, l’intensitĂ© fulgurante imposent ici, d’abord le chant et l’engagement de l’orchestre ; ensuite les voix (qui ne sont pas toutes totalement convaincantes il est vrai…). Mais le caractĂšre entier, passionnĂ©, la volontĂ© du chef font table rase de tout ce qui a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© et entendu jusque lĂ  ; une juste et trĂšs attachante remise en question de tous les fondamentaux : Teodor Currentzis a cette facultĂ© de tout reprendre Ă  zĂ©ro : exprimer avec conviction et engagement un point de vue, rĂ©vĂ©lant les Ɠuvres Ă  leur propre force de motricitĂ©, dĂ©voilant souvent grĂące Ă  une travail de plus en plus nuancĂ©, la richesse des Ă©critures, la vitalitĂ© des inspirations, le fini d’une orchestration.

 

 

 

Rameau solarisĂ©, survitaminĂ©… Ă©lectrocutĂ©

 

currentzis teodor cosi fan tutte mozart dirige baltasar neumannVoilĂ  qui nous change de la standardisation polie de rigueur, dans bien des concerts et programmes enregistrĂ©s : son Rameau exulte, regorge de frĂ©nĂ©sie thĂ©Ăątrale, de force dramatique… parfois dure voire Ăąpre.  Une Ă©nergie comme celle des pionniers baroqueux, osant tout, risquant tout… Et cette seule capacitĂ© Ă  dĂ©passer la simple exĂ©cution pour une interprĂ©tation qui dĂ©range ou enchante, renouvelle mĂȘme la place de l’auditeur : autant dire que notre Ă©coute est ici active ; et lorsque les chanteurs partagent l’engagement du chef, ses dĂ©lires aussi, quand ceux ci sont justes et mesurĂ©s, le rĂ©sultat est trĂšs convaincant : c’est le cas de l’actuel Cosi fan tutte (publiĂ© ce 17 novembre 2014 : dont la Despina de la soprano – bellinienne – Anna Kassyan est anthologique, de finesse, d’intelligence, de subtilitĂ© expressive : un rĂ©gal) ; c’est assurĂ©ment le cas aussi pour Nadine Koutcher, soprano biĂ©lorusse qui affirme ici une technicitĂ© expressive de premier ordre pour le rĂŽle dĂ©jantĂ© de la Folie de PlatĂ©e. Un personnage que seul Rameau pouvait imaginer, et qui est la personnification de toute ce que peut et doit la musique – selon le compositeur thĂ©oricien de grande valeur-. Ce Rameau dramatique, exaltĂ© est la meilleure rĂ©alisation nĂ©e de la complicitĂ© du chef et de la soprano.

L’Ă©nergie vindicative qui semble refaire le monde et rĂ©organiser le cosmos pour l’ouverture de NaĂŻs, se perd, Ă  la fois brouillon et absent Ă  la nostalgie rĂȘveuse, dans la priĂšre d’Aricie d’Hippolyte : rien Ă  faire, la tendre langueur, la profondeur sont absentes, et Currentzis rate l’air qui aurait dĂ» bercer par sa caresse allusive. Pourtant l’entrĂ©e des Muses des BorĂ©ades (plage 3) laissait prĂ©sager une tendresse revivifiĂ©e, une juvĂ©nilitĂ© tendre et profonde. VoilĂ  peut-ĂȘtre la limite d’une direction trop nerveuse qui s’Ă©loigne du cƓur et du sentiment.

CLIC D'OR macaron 200Cependant, depuis 2012, les instrumentistes ont gagnĂ© une nouvelle Ă©paisseur, un nouveau sentiment dans ce Cosi fan tutte anthologique (Ă©ditĂ© en dĂ©cembre 2014) qui frappe par sa nervositĂ© palpitante et touche aussi par la finesse Ă©motionnelle de ses couleurs (voyez l’exceptionnelle Ă©toffe instrumentale qui porte la pĂ©tillance de Despina, comme nous le disions).  MĂȘme la tonicitĂ© motorique et la tension expressive des deux contredanses des BorĂ©ades sont expĂ©diĂ©es sans guĂšre de nuances, dans la force et la dĂ©monstration outrĂ©es… quant Ă  la fin des Tambourins de Dardanus, la transe tourne Ă  … l’hystĂ©rie (c’est rĂ©ducteur et bien mal connaĂźtre Rameau que d’exĂ©cuter ainsi l’oeuvre). Nonobstant ce Rameau force l’admiration par la rage conquĂ©rante dont font preuve chef et instrumentiste de MusicAeterna. Comme il agace par l’outrance expressive de certains passage. Cependant, Currentzis n’Ă©tant pas Ă  une exception prĂšs, l’ineffable douleur tragique de ” Tristes apprĂȘts ” de TĂ©laĂŻre dans Castor et Pollux se rĂ©alise ici par la caresse de la lecture, vĂ©ritable aurore, le commencement d’une Ăšre nouvelle. De cela, par ses visions jamais neutres, sachons reconnaĂźtre au chef, cette audace de la baguette qui tranche avec bon nombre de ses confrĂšres trop lisses, trop conformes. DĂ©cidĂ©ment le geste de Currentzis fait rupture et dĂ©bat. La RĂ©daction de classiquenews a choisi son camp : l’Ă©nergie, la fougue complĂ©tĂ©e par son Cosi rĂ©cent confirme la valeur du chef. Sa direction dĂ©tonne, renouvelle. Ce Rameau saisit, frappe, agace… tel Ă©tait assurĂ©ment le cas Ă  l’Ă©poque du compositeur si jalousĂ© et critiquĂ©. Changer de regard et de perspective reste une valeur Ă  laquelle nous tenons. Merci au chef de nous surprendre dans ce disque qui suscitera Ă©videmment de vives rĂ©actions. Son Rameau non conforme, outrancier ne pouvait mieux tomber en cette annĂ©e Rameau 2014.

 

Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : The sound of Light. Extraits des FĂȘtes d’HĂ©bĂ©, Zoroastre, Les BorĂ©ades, Les Indes Galantes, PlatĂ©e, Six Concerts, NaĂŻs, Hippolyte et Aricie, Dardanus, Castor et Pollux… MusicAeterna. Teodor Currentzis, direction. EnregistrĂ© Ă  Perm (Oural, maison Tourgheniev, juin 2012). 1 cd Sony classical 88843082572.

 

 

Gala Rameau 2014 dans la Galerie des glaces

Versailles. Galeries des glaces, Gala Rameau 2014. Samedi 22 novembre 2014, 21h. L’annĂ©e Rameau, assez fĂ©conde et plutĂŽt rĂ©ussie sur le plan des (re)dĂ©couvertes (Le temple de la Gloire, ZaĂŻs, Rameau, maĂźtre Ă  danser
) s’achĂšve officiellement ce 22 novembre 2014 Ă  21h lors d’un grand gala Rameau donnĂ© dans l’exceptionnelle Ă©crin de la Galerie des glaces du ChĂąteau de Versailles, un Ă©vĂ©nement Ă  l’initiative du CMBV Centre de musique baroque de Versailles, grand coordinateur de l’annĂ©e Rameau 2014 en France. 

galerie des glaces versailles concert gala rameau 2014A l’occasion du 250Ăšme anniversaire de sa mort, voici un programme Ă©clectique, foisonnant, rĂ©capitulatif tel qu’on aurait pu l’écouter dans la salle du Concert Spirituel au XVIIIe siĂšcle.  Au menu, pages sacrĂ©es et profanes. MĂȘlĂ©s aux partitions lyriques et thĂ©Ăątrales, les Grands Motets, oeuvres de jeunesse, rĂ©vĂ©lant avant les opĂ©ras dont le premier est Hippolyte et Aricie en 1733, la flamboyante inspiration du jeune Rameau organiste itinĂ©rant, alors inspirĂ© par le genre du grand motet : choeur, solistes, orchestre, Rameau maĂźtrise dĂ©jĂ  tous les effectifs, toutes les combinaisons possibles, offrant dans un contexte sacrĂ©, plusieurs oeuvres particuliĂšrement 
 thĂ©Ăątrales. Trois Grands motets en tĂ©moignent ce soir par ordre de rĂ©alisation au cours de la soirĂ©e : Laboravi, Quam dilecta, In Convertendo.

Compositeur audacieux, rĂ©formateur mĂȘme jusqu’à un Ăąge avancĂ© (songez Ă  son ouvrage ultime Les BorĂ©ades de 1764, l’annĂ©e de sa mort d’un souffle exceptionnel sur un thĂšme dĂ©licat : la torture
), Rameau invente, explore, expĂ©rimente toujours ; son orchestre est le plus novateur et le plus original de son temps : ainsi les Suites extraites de La Princesse de Navarre et son opĂ©ra crĂ©Ă© en 1737, rĂ©visĂ© en 1754 : Castor et Pollux.

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)Pour nous l’intĂ©rĂȘt majeur du gala Rameau Ă  Versailles, demeure la Suite de danses de la trop peu jouĂ©e Princesse de Navarre : l’Ɠuvre fait partie de la commande faite en 1745 au nouveau compositeur de la Chambre du Roi : Rameau ainsi cĂ©lĂ©brĂ© et honorĂ© devient une figure majeure de la vie musicale française Ă  62 ans. Le Roi lui commande quatre Ɠuvres lyriques dont la cĂ©lĂšbre et atypique autant que dĂ©jantĂ© PlatĂ©e, pour le mariage du Dauphin. La danse est le cadre oĂč se libĂšre le riche tempĂ©rament dramatique du compositeur : son Ă©criture est aussi savante et virtuose, de plus en plus italienne comme en tĂ©moigne l’air redoutable : Vents furieux. GĂ©nie du timbre, et grand coloriste, Rameau Ă©tonne tout autant dans Castor et Pollux dans l’usage spĂ©cifique du basson, comme le montre avec Ă©loquence, la priĂšre funĂšbre et de dĂ©ploration de TĂ©laĂŻre, pleurant la mort de son bien-aimĂ© Castor, dans Castor et Pollux : « tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux », un air immĂ©diatement applaudi Ă  la crĂ©ation et repris rĂ©guliĂšrement tout au long du XVIIIĂšme.

La galerie des glaces du ChĂąteau de Versailles. Longue de 73 mĂštres et large de 10,50 mĂštres, la Galerie des Glaces, ou Grande Galerie du ChĂąteau de Versailles, a Ă©tĂ© imaginĂ©e par l’architecte Jules Hardouin-Mansart et dĂ©corĂ©e par le peintre Charles Lebrun. SouhaitĂ©e par Louis XIV pour Ă©blouir ses visiteurs, elle arbore quelques 357 miroirs et 17 fenĂȘtres, elle fut construite entre 1678 et 1684. Le dĂ©cor actuel est celui rĂ©alisĂ© Ă  la fin du rĂšgne de Louis XV pour le mariage du Dauphin futur Louis XVI avec Marie-Antoinette.

Programme

La Princesse de Navarre, Suite de danses
Comédie ballet sur un livret de Voltaire, 1745
Contredanses en rondeau
Menuets
Sarabande
PrĂ©lude pour la descente de l’Amour
Gavottes
Air : Vents furieux (une GrĂące)

Laboravi (motet Ă  grand choeur a capella)
Quam Dilecta (motet pour solistes, choeur et orchestre)

entracte

Castor et Pollux, extraits
Tragédie lyrique, version de 1754, initialement créée en 1737
Choeur des spartiates : Que tout gémisse
TĂ©laĂŻre : Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux

Marche
Choeur des spartiates : Que l’enfer applaudisse
Air pour les AthlĂštes

In convertendo : grand motet

distribution :

Katherine Watson, dessus
Anders J. Dahlin, haute-contre
Marc Mauillon, basse-taille
Marc Labonnette, basse

Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles
Olivier Schneebeli, direction
ChƓur et Orchestre du Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction

Versailles. Galeries des glaces,
Gala Rameau 2014
Samedi 22 novembre 2014, 21h.

Rameau 2014, Les Indes Galantes. Entretien avec JérÎme Corréas

CORREAS jerome_correas.jpgAu cours d’une tournĂ©e qui passe ce 25 novembre 2014 Ă  La Piscine de ChĂątenay Malabry (92), JĂ©rĂŽme CorrĂ©as cĂ©lĂšbre aussi le gĂ©nie rĂ©volutionnaire de Rameau en proposant comme Hugo Reyne rĂ©cemment une nouvelle lecture de l’opĂ©ra ballet Les Indes Galantes. Flamboyante partition portĂ©e par le rythme des danses et des divertissements, l’Ɠuvre illustre l’invention inĂ©galĂ©e dont Rameau fut capable de son vivant. Explications. Entretien avec JĂ©rĂŽme CorrĂ©as, directeur musical de l’ensemble qu’il a crĂ©Ă©, Les Paladins. 

 

 

 

 

Quel regard jetez vous sur Les Indes Galantes ? De quelle maniÚre la musique unifie toutes les entrées ?

Les Indes Galantes sont souvent considĂ©rĂ©es comme une revue, de par le caractĂšre divertissant et ludique des diffĂ©rentes entrĂ©es. C’est un opĂ©ra-ballet, avec une certaine libertĂ© de ton par rapport Ă  une tragĂ©die lyrique. Un opĂ©ra ballet est constituĂ© d’un prologue et de plusieurs histoires indĂ©pendantes se terminant par des divertissements dansĂ©s. C’est une forme assez libre, plus libre en tous cas que celle du grand opĂ©ra qu’on appelle tragĂ©die lyrique.  Cette souplesse favorise l’humour, le second degrĂ©, un niveau de langage un peu plus familier. Pour autant, on trouve dans cette Ɠuvre des thĂšmes sĂ©rieux comme l’esclavage, la parole donnĂ©e (dans Le turc gĂ©nĂ©reux), la libertĂ© d’aimer, la colonisation, la paix ou la fraternitĂ© entre les peuples (Les Sauvages) .

Sans verser dans un discours fĂ©ministe ou anticolonialiste militant qui n’a rien Ă  voir avec l’Ɠuvre, on peut dire que ces thĂšmes permettent de relier les diffĂ©rentes histoires Ă  notre monde actuel tout en nous rapprochant de l’imaginaire de ce XVIIIeme siĂšcle trĂšs attirĂ© par l’exotisme, mais aussi trĂšs prĂ©occupĂ© de gĂ©nĂ©rositĂ© envers les peuples et les individus, et de lutte contre les inĂ©galitĂ©s.

Dans ce contexte, la musique agit comme un cataliseur des énergies, elle apporte rythme et couleur en caractérisant chaque personnage, chaque univers différent. Chaque histoire est un voyage.

Que peut nous apporter en 2014 le spectacle version Rameau tel qu’il se dĂ©ploie dans Les Indes Galantes ?

Les Indes galantes parlent du triangle amoureux habituel : amant-amante-rival. Cette relation triangulaire nous a incités avec Constance Larrieu, la metteure en scÚne,  à imaginer un travail entre chanteurs, marionnettes et marionnettistes, pour mettre en valeur ces histoires simples, ces intrigues vite résolues qui sont des numéros, voire des sketches se terminant invariablement par des numéros dansés.

Rameau est un homme de spectacle, c’est un maĂźtre de l’harmonie, un amoureux des belles mĂ©lodies; on trouve dans sa musique une joie de vivre, un enthousiasme et un sens du rythme qui plongent l’auditeur dans un Ă©tat de jubilation; la « Danse du grand calumet de la paix », qu’on appelle aussi «  Les Sauvages », en est un bon exemple.  Cette annĂ©e Rameau a Ă©tĂ© pour moi l’opportunitĂ© d’interprĂ©ter beaucoup de ses musiques. Plus je joue Rameau, plus j’ai cette impression qu’on peut aussi aller le chercher hors de la conception grandiose dans laquelle on l’enferme parfois.

Cette forme lĂ©gĂšre des Indes galantes est pour moi l’occasion de prĂ©senter un Rameau plus proche, plus direct, plus accessible Ă  tous publics et Ă  tous Ăąges. Il est important de montrer que la musique baroque n’est ni Ă©litiste, ni compassĂ©e, et que l’on peut se divertir avec Rameau. C’est le cas avec PlatĂ©e, c’est aussi le cas dans certaines scĂšnes des Indes galantes.

De quelle maniÚre cette nouvelle production met-elle en avant les qualités propres des Paladins ?

Tous les projets des Paladins sont de expĂ©riences, des dĂ©fis ou des recherches. Je ne peux faire autrement et j’ai besoin d’avancer et progresser Ă  chaque Ă©tape de mon travail.

Les Indes galantes, c’est pour moi une exploration de la thĂ©ĂątralitĂ© dans la musique française, c’est l’opportunitĂ© de chercher plus de naturel dans les rĂ©citatifs, plus de souplesse dans la texture orchestrale, et d’expĂ©rimenter sans cesse en matiĂšre de nuances et d’expressivitĂ©, tant avec les chanteurs qu’avec l’orchestre.

Cette musique est tellement bien Ă©crite pour les instruments que les musiciens se sentent tout de suite Ă  l’aise et peuvent prendre des risques.

Avec les chanteurs, nous explorons les possibilitĂ©s du parlĂ©-chantĂ© tel que nous l’avons dĂ©jĂ  travaillĂ© dans l’opĂ©ra italien, mais en s’adaptant aux exigences de la langue française, faisant en sorte qu’elle soit toujours claire, naturelle et rĂ©sonnante.

Je souhaite surtout que ces Indes galantes prĂ©sentent une version dĂ©complexĂ©e et jubilatoire du rĂ©pertoire baroque français, c’est l’objectif que nous nous sommes fixĂ© avec les musiciens des Paladins et les chanteurs. J’espĂšre que le public aura envie de danser avec sur l’air du Grand calumet de la paix !

 

 

Propos recueillis par Alexandre Pham en novembre 2014.

 

 
 
 

AGENDA. Les Paladins en concert avec JĂ©rĂŽme CorrĂ©as. Rameau : les Indes Galantes, le 25 novembre 2014 – ThĂ©Ăątre La Piscine, ChĂątenay Malabry (92)

 

DVD. Rameau : Hippolyte et Aricie (HaĂŻm, Alexandre, 2012)

rameau-hippolyte-et-aricie-dvd-erato-rameau-alexandre-haimDVD. Rameau : Hippolyte et Aricie (HaĂŻm, Alexandre, 2012). PrĂ©sence des machineries d’Ă©poque, faste des dĂ©cors peints trĂšs architecturĂ©s, Ă  l’identique selon les relevĂ©s d’Ă©poque, statisme Ă©loquent de la gestuelle, placement des figures chanteurs dans un espace souvent rĂ©duit Ă  l’ordonnancement classique tripartite : premiers et seconds plans, lointains… la production de cet Hippolyte entend offrir un Ă©quivalent visuel et scĂ©nique Ă  la restitution historiquement informĂ©e infĂ©odant chant et orchestre. C’est une construction d’abord de l’esprit que viennent colorer et enrichir la souplesse des danseurs et remettre en mouvement les situations des chanteurs tragiques et pathĂ©tiques inscrits dans l’action. La clartĂ© spatiale qui en rĂ©sulte sert Ă©videmment l’exposition baroque du drame et immĂ©diatement la totalitĂ© de la machine ramĂ©lienne saisit par sa cohĂ©rence, son Ă©quilibre, sa richesse Ă©vocatoire et sa puissance … magique. ThĂ©Ăątre de dĂ©passement et d’enchantement, l’opĂ©ra de Rameau d’autant plus fort et signifiant en son premier opus de 1733 – le plus scandaleux aussi-, surgit dans toute sa force scĂ©nographiĂ©e dans son dĂ©ploiement matĂ©riel (jusqu’Ă  Zoroastre, les opĂ©ras de Rameau touchent autant par leur science musicale que leur impact visuel et dĂ©coratif).  La vertu essentielle de cette production demeure la prĂ©sentation de l’ouvrage dans une approche historicisante proche de ses codes originels : l’esthĂ©tique qui en dĂ©coule favorise le fantastique (acte des enfers), l’enchantement et l’onirisme des divertissements dansĂ©s (les plus fascinants et tendres depuis Lully et Campra). VoilĂ  qui change des mise en scĂšnes modernes, trop dĂ©calĂ©es, trop inopĂ©rantes dans le systĂšme lyrique baroque.

A cela s’ajoutent deux donnĂ©es clĂ©s que seul William Christie sait distiller depuis ses dĂ©buts dĂ©fricheurs au service du Baroque avc la complicitĂ© de ses Arts Florissants : son intelligence linguistique et sa tendresse alanguie. Deux dimensions que le plateau ici ne maĂźtrise que rarement exception faite de l’Aricie si dĂ©lectable et Ă©blouissante de prĂ©cision incarnĂ©e d’Anne-Catherine Gillet (qui ose avec succĂšs une immersion dans le XVIIIĂš) et le ThĂ©sĂ©e, virile et juvĂ©nile de StĂ©phane Degout : ardeur tendue mais articulĂ©e plutĂŽt que hĂ©roĂŻsme noble dĂ©jĂ  chenu. Le reste de la distribution déçoit dont la PhĂšdre expressive mais hystĂ©rique et brouillonne de Connelly, comme le prĂ©cieux maniĂ©rĂ© de l’Hippolyte dĂ©cidĂ©ment trop affectĂ© de Lehtipuu. Dans la fosse, Le Concert d’AstrĂ©e plein d’Ă©nergie ne trouve pas les respirations languissantes ni l’Ă©lĂ©gance dĂ©clamĂ©e et naturelle de Bill : pourtant Emmanuelle HaĂŻm ex continuiste des Arts Flo a su prendre le meilleur auprĂšs de la source Christie : son Rameau est vif mais creux, efficace mais dĂ©sincarnĂ©. Le spectacle est cependant total et riche : quand ThĂ©sĂ©e ou Aricie paraissent la mĂ©canique se change en thĂ©Ăątre des passions palpitantes : un must pour les deux solistes.

DVD. Rameau : Hippolyte et Aricie, 1733. Emmanuelle HaĂŻm, direction. I. Alexandre, mise en scĂšne. Avec Anne-Catherine Gillet, StĂ©phane Degout, François Lis, Marc Mauillon, Sarah Connelly, Topi Lehtipuu… Le Concert d’AstrĂ©e. EnregistrĂ© au Palais Garnier en 2012. 1 dvd Erato.

DVD événement. Rameau, maßtre à danser par William Christie (1 dvd Alpha)

Rameau enchantĂ©DVD. Rameau, maĂźtre Ă  danser : Daphnis et EglĂ©, La naissance d’Osiris (William Christie, Les Arts Florissants, 1 dvd Alpha). Pour l’annĂ©e Rameau 2014, son plus fervent et convaincant champion, William Christie et ses Arts Florissants, surprennent lĂ  oĂč nous ne les attendions pas : ni tragĂ©die lyrique ni grand ballet mais deux piĂšces intimistes, des opĂ©ras miniatures dont le charme et la lĂ©gĂšretĂ© nous sont astucieusement restituĂ©s par un ” Bill ” plus inspirĂ© que jamais. Les deux actes de ballet sont mĂȘme astucieusement reliĂ©s l’un Ă  l’autre en une totalitĂ© musicale, dramatique, dansante d’une belle cohĂ©rence. Ce dvd rĂ©alisĂ© Ă  Caen en juin dernier (2014), confirme les impressions vĂ©cues sur le vif et dont tĂ©moigne aussi notre compte-rendu complet rĂ©digĂ© au moment de la crĂ©ation de la production Ă©vĂ©nement : LIRE Rameau, maĂźtre Ă  danser par William Christie et Les Arts Florissants, nouvelle production pour l’annĂ©e Rameau 2014. Pour faire simple et court, Bill renoue avec la rĂ©ussite de son enregistrement rĂ©cent, Le jardin de Monsieur Rameau : mĂȘme Ă©cole de la grĂące collective, mĂȘme orchestre ciselĂ©, taillĂ© et assoupli au diapason de la tendresse la plus allusive… Au XVIIIĂš, la France de Louis XV sait s’alanguir des dĂ©lices tendres et sensuels de divertissements dĂ©licieusement aimables. C’est Ă©videmment le cas de ces deux actes de ballet : Daphnis et EglĂ© puis La naissance d’Osiris-, dont Rameau revivifie la tension dramatique grĂące au seul gĂ©nie de sa musique que Bill divin interprĂšte dans ce rĂ©pertoire, rĂ©tablit dans son raffinement tendre le plus enchanteur. En musicien savant et lettrĂ© respectant la tradition de la cour de France,  le compositeur ajoute le ballet,  c’est Ă  dire cette ” belle danse ” que la chorĂ©graphe complice, Françoise Denieau aborde avec une verve rafraĂźchissante au diapason d’une mise en scĂšne subtile et trĂšs prĂ©cise (signĂ©e de l’ex chanteuse Sophie Daneman) dans l’esprit d’une troupe de comĂ©diens dont le jeu collectif apporte une cohĂ©rence imprĂ©vue entre les deux divertissements.

Rameau enchanté

CLIC D'OR macaron 200Pour illustrer notre enthousiasme, ne prenons que l’exemple du premier ballet : le plus enchanteur Ă  notre avis : Daphnis et ÉglĂ©. Les pas des danseurs se mĂȘlent astucieusement au mouvement des acteurs chanteurs plutĂŽt Ă  l’aise sur la scĂšne du ManĂšge de la GuĂ©riniĂšre spĂ©cialement amĂ©nagĂ© pour l’occasion. Le principe est sĂ©duisant : il rappelle que sous Louis XV nombre de spectacles ne disposaient pas d’un thĂ©Ăątre en dur mais Ă©taient accueillis dans le thĂ©Ăątre du ManĂšge de la Grande Ă©curie Ă  Versailles : un esprit “trĂ©teaux et troupe de comĂ©diens” que le regard et la conception de Sophie Daneman ont su magnifiquement exploiter dans la rĂ©alisation de ce spectacle nouveau signĂ© Les Arts Flo.

La dĂ©licatesse des sentiments abordĂ©s, – amitiĂ© / amour -, s’accorde au raffinement de l’orchestre.  Tout y est aimable entre les bergers radieux et souriants,  EglĂ© et DaphnĂ© jusqu’Ă  la scĂšne du temple oĂč le ministre des autels exprime le courroux des dieux en un Ă©clair et un tonnerre opportuns, superbe coup de thĂ©Ăątre faisant rupture avec l’harmonie idyllique qui avait cours depuis le dĂ©but : ces deux bergers lĂ  ne s’aiment pas comme des amis, ils s’aiment d’un amour vĂ©ritable.  RĂ©vĂ©lĂ©s Ă  eux-mĂȘmes,  Daphnis et EglĂ© peuvent enfin s’exprimer librement non sans avoir auparavant dit leur dĂ©sarroi.  SincĂšres,  justes,  d’une pudeur continĂ»ment prĂ©servĂ©e, les interprĂštes joignent leur Ă©lĂ©gance tendre au chant de l’orchestre enchanteur dont le pastoralisme final affirme son indĂ©niable tendresse.  Il revient Ă  William Christie d’exprimer pas Ă  pas ce glissement poĂ©tique, de l’amitiĂ© Ă  l’amour, en une direction vive et mesurĂ©e, fine et dĂ©licate, mais souple et vive, en autant de nuances suavement rĂ©alisĂ©es : l’aveu de Daphnis troublĂ© comme ÉglĂ©, tous deux dĂ©masquĂ©s par Cupidon lui-mĂȘme est un grand moment de puretĂ© Ă©motionnelle. Plus de masques ni d’identitĂ© feinte alors, mais le jaillissement saisissant d’un sentiment pur qui passe Ă©videment par chant, la musique puis la danse, idĂ©alement accordĂ©s.
Le raffinement et l’Ă©lĂ©gance du chef,  le soutien des instrumentistes tout en accents murmurĂ©s et finement nerveux qui dĂ©coulent de sa direction souple et onctueuse,  l’accord des danseurs,  le chant fin et subtile des deux protagonistes (Elodie Fonnard et Reinoud van Mechelen : deux laurĂ©ats du Jardin des Voix et depuis lors associĂ©s aux grands projets de la famille des Arts Flo), l’unitĂ© scrupuleuse de la mise en scĂšne composent le plus tendre tableau ramĂ©lien :  une pastorale Ă  la Boucher, aux vives couleurs d’un Frago, auxquelles le chef subtil esthĂšte, ajoute aussi en facĂ©tieux connaisseur, des touches plus nuancĂ©es et palpitantes – vaporeuses -, … Ă  la façon de Watteau (musette conclusive).
C’est dire combien le Rameau des Arts florissants sait scintiller et charmer par cet Ă©quilibre constant entre la vie et l’Ă©lĂ©gance. L’enchaĂźnement dernier est un festival de sĂ©quences d’un exquise intelligence : l’ air  ” Oiseaux, chantez ” entonnĂ© par Daphnis amoureux qui rappelle ce sentiment enivrĂ© de la nature que sait affirmer Rameau jusque dans ses plus grandes tragĂ©dies (Rossignols amoureux d’Hippolyte et Aricie de 1733), synthĂ©tise la perfection d’un art savant qui sous la direction de Bill, sait pourtant nous toucher par son infinie tendresse.  L’orchestre regorge de teintes amoureuses et enivrĂ©es : une prouesse dont William Christie est dĂ©cidĂ©ment le seul Ă  dĂ©tenir le secret. La pantomime amoureuse espiĂšgle et suave, qui  prolonge le solo de Daphnis ajoute encore Ă  la totale rĂ©ussite de l’ensemble. On n’en attendait pas moins des Arts Flo en cette annĂ©e Rameau 2014 :  sur le mode lĂ©ger, badin,  le geste est touchant, la sensibilitĂ© des Arts Flo, dĂ©licieusement bouleversante. Superbe apport du plus grand ramĂ©lien actuel. Courrez voir et Ă©coutez ce Rameau enchanteur parmi les dates et les lieux de la tournĂ©e de cet automne (dont les 21 et 22 novembre Ă  la CitĂ© de la musique Ă  Paris)…

Tournée de Rameau, maßtre à danser
Daphnis et EglĂ©, la Naisance d’Osiris

Philharmonie de Luxembourg
le mardi 4 novembre 2014 Ă  20h

Théùtre Bolchoï de Moscou
les jeudi 6 et vendredi 7 novembre 2014 Ă  19h

Opéra de Dijon
le vendredi 14 novembre 2014 Ă  20h

Barbican Centre de Londres
le mardi 18 novembre 2014 Ă  19h30

Cité de la musique à Paris
les vendredi 21 et samedi 22 novembre 2014 Ă  20h

ZaĂŻs de Rameau Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)Versailles, OpĂ©ra royal. Le 18 novembre 2014, 20h. Rameau : ZaĂŻs, 1748. Oeuvre du compositeur officiel de Louis XV, rĂ©cemment couronnĂ© par ses contemporains pour l’insolente, mordante, dĂ©lirante PlatĂ©e (comĂ©die lyrique de 1745), Rameau livre les divertissements de la Cour la plus raffinĂ©e et la plus innovante l’Europe en matiĂšre musicale. Pour preuve, le ballet-hĂ©roĂŻque ZaĂŻs sur un livret de Cahuzac, complice de Rameau dans la modernitĂ© : rien que l’Ouverture qui organise le Chaos est un dĂ©fi orchestral inouĂŻ Ă  l’Ă©poque ; il souligne combien Rameau est ce gĂ©nie expĂ©rimental soucieux d’exprimer les phĂ©nomĂšnes naturels comme l’expression des passions humaines. Propre Ă  la lĂ©gĂšretĂ© sensuelle et pastorale de l’Ă©poque de La Pompadour, l’intrigue amoureuse Ă©voque en quatre actes les Ă©preuves qu’impose l’amant soupçonneux ZaĂŻs (Julian PrĂ©gardien) Ă  l’endroit de sa maĂźtresse ZĂ©lidie (Sandrine Piau)… d’acte en acte, le gĂ©nie aĂ©rien redouble de manigances et d’intrigues (avec la complicitĂ© de son confident le roublard Cindor) pour confondre celle qu’il aime mais dont il doute… Ă  force d’Ă©preuves et de dĂ©fis masqĂ©s, ZaĂŻs ne risque-t-il pas de dĂ©truire le lien qui le lie Ă  ZĂ©lidie ? L’amour Ă©prouvĂ© fait contraste ici avec les danses et les divertissements qui permettent le dĂ©ploiement de la souveraine musique, celle du gĂ©nie ramĂ©lien riche en enchantements formels des plus divers.

 

 

 

L’amour Ă©prouvĂ©

 

Prologue. AprĂšs que le roi des gĂ©nies Ă©lĂ©menaires OromazĂšs ait dĂ©brouiller le chaos, l’Amour vient s’emparer des cƓurs pour mieux les Ă©prouver.

Acte I. ZaĂŻs, gĂ©nie de l’air aime la belle mortelle ZĂ©lide, simple bergĂšre : il lui apparaĂźt comme un berger rĂ©pondant Ă  sa flamme.

Acte II. Cindor, confident de ZaĂŻs, Ă©prouve l’amour de ZĂ©lide : il l’emporte dans sa cour cĂ©leste : lui avoue son amour, l’effraie par un tonnerre, lui offre l’immortalitĂ© ; rien n’y fait : ZĂ©lidie rĂ©clame ZaĂŻs qu’elle pense en danger car il est restĂ© sur terre. ZĂ©lidie parvient Ă  dĂ©noncer Cindor Ă  ZaĂŻs : la loyautĂ© de la bergĂšre semble sans dĂ©faut.

entracte

Acte III. ZĂ©lidie ainsi Ă©prouvĂ©e douteĂ  prĂ©sent des sentiments de ZaĂŻs. D’autant que zaĂŻs dĂ©guisĂ© Ă  prĂ©sent en Cindor propose Ă  la bergĂšre de se venger de l’infidĂšle… ZĂ©lidie dĂ©truite, Ă©mue, s’enfuit.

Acte IV. en un geste final d’apaisement, ZaĂŻs rassurĂ© dĂ©clare aimer Ă  jamais ZĂ©lidie, et renoncer Ă  son immortalitĂ© comme gĂ©nie : car comme l’a prĂ©cisĂ© l’oracle : “Le vĂ©ritable amour se suffit Ă  lui-mĂȘme”. Mais pour rĂ©compenser une amante si dĂ©vouĂ©e, le roi OromazĂšs restitue Ă  ZaĂŻs son immortalitĂ© et l’Ă©tend mĂȘme Ă  ZĂ©lidie. Le couple par la puretĂ© partagĂ© de son amour a conquis l’immortalitĂ©.

Visiter le site de l’OpĂ©ra royal de Versailles, voir les infos sur ZaĂŻs Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles

Rameau : ZaĂŻs, 1748 Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles
version de concert

Julian Prégardien, Zaïs
Sandrine Piau, Zelidie
Aimery LefÚvre, OromasÚs
BenoĂźt Arnould, Cindor
Amel Brahim-Djelloul, Sylphide, la Grande prĂȘtresse de l’amour
Hasnaa Bennani, L’Amour
Zachary Wilder, Un Sylphe

Choeur de Chambre de Namur
Thibaut LenĂŠrts, direction du choeur
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, direction et clavecin

William Christie dĂ©voile Rameau en “maĂźtre Ă  danser”

William Christie conducts Les Arts Florissants at Prom 17.Paris. CitĂ© de la musique, Rameau, maĂźtre Ă  danser, les 21 et 22 novembre 2014, 20h. AprĂšs l’avoir crĂ©Ă©e en juin dernier Ă  Caen, William Christie reprend la production Ă©vĂ©nement qu’il dĂ©die au gĂ©nie chorĂ©graphique de Rameau, pour l’annĂ©e des 250 ans de la disparition du Dijonais. “Rameau maĂźtre Ă  danser”… c’est le titre prĂ©cis de ce nouveau spectacle façonnĂ© par les Arts Florissants. William Christie nous offre ainsi deux ballets mĂ©connus Ă  redĂ©couvrir (tous deux reprĂ©sentĂ©s Ă  Fontenaibleau) dont un ballet crĂ©Ă© pour la naissance du Dauphin, futur Louis XVI, le 12 octobre 1754. Avant la vogue Retour d’Egypte Ă  venir, -celle initiĂ© Ă  l’extrĂ©mitĂ© du XVIIIĂš par la Campagne de Bonaparte en Egypte-, Rameau aborde l’exotisme de l’AntiquitĂ© Ă©gyptienne en cĂ©lĂ©brant la naissance d’un dieu, Osiris.  Dieu majeur du panthĂ©on nilotique qui incarne, thĂšme central de la ferveur antique, la rĂ©surrection aprĂšs la mort. C’est selon la vision de Rameau, toujours soucieux de reprĂ©senter les mĂ©canismes et phĂ©nomĂšnes de la nature, une pastorale heureuse et rĂ©jouissante (commande royale oblige) oĂč Jupiter descend des cintres, interrompt la danse des bergers, pour annoncer l’évĂ©nement heureux : l’amour et les grĂąces s’associent aux mortels pour cĂ©lĂ©brer la naissance divine. Ni spectaculaire fracassant, ni apparitions fantastiques (quoique) mais la seule et miraculeuse activitĂ© de la danse magicienne… avec cette sensualitĂ© envoĂ»tante dont nous dĂ©lecte le fondateur des Arts Florissants depuis plus de 30 ans Ă  prĂ©sent. LIRE notre critique complĂšte du spectacle Rameau, maĂźtre Ă  danser

William Christie réenchante Rameau

Rameau, maĂźtre Ă  danser

La Naissance d’Osiris, ballet en un acte
Daphnis et Eglé, pastorale
nouvelle production
William Christie, direction
Sophie Daneman, mise en scĂšne
Paris, Cité de la musique
Salle des concerts
Les 21 et 22 novembre 2014, 20h

 

 

Les Arts Florissants choeur et orchestre / William Christie, direction musicale
Sophie Daneman, mise en scÚne / Françoise Denieau, chorégraphie / Nathalie Adam, Robert Le Nuz, assistants à la chorégraphie / Gilles Poirier, répétiteur / Alain Blanchot, costumes / Christophe Naillet, lumiÚres et scénographie

Reinoud van Mechelen, Daphnis / Elodie Fonnard, EglĂ©e / Magali LĂ©ger, Amour (D&E), Pamilie (Naissance) / Arnaud Richard, grand prĂȘtre / Pierre BessiĂšre, Jupiter / Sean Clayton, un berger (La Naissance)

Robert Le Nuz, Nathalie Adam, Andrea Miltnerova, Anne-Sophie Berring, Bruno Benne, Pierre-François Dolle, Artur Zakirov, Romain Arreghini, danseurs

EN LIRE +

LIRE notre critique complÚte du spectacle Rameau, maßtre à danser

 

Entretien avec BenoĂźt Babel, directeur musical de ZaĂŻs. Jouer Rameau et Haendel.

babel-benoit-zais-rameau-handel-ENTRETIEN avec BenoĂźt Babel, directeur musical de ZaĂŻs. Jouer Rameau et Haendel. Avec son ensemble sur instruments d’époque, baptisĂ© ZaĂŻs en hommage au gĂ©nie ramĂ©llien, le claveciniste BenoĂźt Babel vient de publier chez Paraty, un programme discographique rĂ©jouissant : enchaĂźnant Concertos pour orgue de Handel et transpositions d’aprĂšs Rameau. La vitalitĂ© exquise, le sens du drame, le festival des saveurs instrumentales servies comme un buffet de combinaisons rares font les dĂ©lices d’une rĂ©alisation superlative, d’autant plus bienvenue pour l’annĂ©e Rameau 2014. Mais mettre en regard Haendel et Rameau, deux gĂ©nies contemporains de la musique baroque n’est pas si anodin que cela. Explications. Entretien avec BenoĂźt Babel, directeur musical de ZaĂŻs.

 

 

En jouant les deux compositeurs qu’avez vous souhaitĂ© exprimer comme singularitĂ©s respectives ? 

Ce qui est curieux avec Handel et Rameau, c’est que leur musique diffĂ©rente de prime abord se complĂšte parfaitement. Handel a cette spontanĂ©itĂ©, ce naturel et cette fluiditĂ© qui font penser Ă  l’Italie. Rameau a pour lui la lĂ©gĂšretĂ©, ce cĂŽtĂ© spirituel, humoristique mais jamais naĂŻf. Mais ces deux gĂ©nies ont en commun une incroyable maĂźtrise de leur art.
Avec Paul Goussot, titulaire de l’orgue de Ste-Croix, nous avons souhaitĂ© composer un programme le plus vivant possible. Nous avons pour cela utilisĂ© deux « disciplines » que Rameau et Handel eux mĂȘme ont beaucoup pratiquĂ©es : l’improvisation et la rĂ©-Ă©criture.
Handel, dans ses concertos, laisse Ă  l’organiste d’immenses possibilitĂ©s de crĂ©ation par des mentions « ad libitum ». Notre enregistrement compte au moins quatre grandes parties improvisĂ©es : trois au sein des concertos et Ă©galement une ouverture en trois mouvements, ce qui est assez rare au disque. C’est d’ailleurs une joie immense pour l’ensemble ZaĂŻs de dĂ©couvrir chaque fois que nous donnons ce programme les nouvelles trouvailles de Paul. C’est trĂšs inspirant pour nous.
babel-bonit-zais-582-concert-maestro-rameau-handelLa dĂ©marche de rĂ©-Ă©criture et elle aussi trĂšs historique. Tous les opĂ©ras de Rameau contiennent des piĂšces rĂ©-Ă©crites, adaptĂ©es pour l’occasion. Paul Goussot a passĂ© des mois entiers Ă  inventer des parties de violon, alto, hautbois, bassons 
 Ă  partir de la version en trio de Rameau. Il a ainsi crĂ©Ă© une conversation constante entre l’orgue et les parties d’orchestre. Un immense travail ! C’Ă©tait notre maniĂšre Ă  nous de cĂ©lĂ©brer l’annĂ©e Rameau en montrant que la pratique de la musique ancienne passe aussi par des expĂ©riences et que l’on peut de cette façon continuer Ă  faire vivre ce rĂ©pertoire et Ă  le renouveler.

 

 

 

RĂ©Ă©criture, improvisation


 

A propos de Rameau, que diriez vous en quelques mots pour définir son génie particulier au regard des oeuvres jouées ?

Rameau est pour moi le meilleur ambassadeur de la musique française du XVIIIĂšme siĂšcle et de l’esprit des LumiĂšres. Bien que sa musique soit souvent intellectuellement complexe et virtuose, jamais elle ne contraint l’auditeur Ă  une concentration extrĂȘme pour se laisser toucher par les affects. C’est ce que Rameau lui mĂȘme appelait « cacher l’art par l’art ». Sa musique mĂ©rite d’ĂȘtre jouĂ©e et dĂ©fendue. Je crois que, comme pour tout notre rĂ©pertoire de musique ancienne, mĂȘme aprĂšs des siĂšcles, cette musique parle directement Ă  l’auditeur du XXIĂšme siĂšcle. C’est une musique sincĂšre, honnĂȘte, dans le sens oĂč elle invite directement l’auditeur Ă  entrer dans son jeu, dans ses Ă©motions. Pas besoin de distance, elle est faite pour que chacun la vive en soit.

Quels sont les caractÚres distinctifs de votre ensemble Zaïs et en quoi ce programme met il en avant ses qualités propres ? 

Tous les musiciens se sont Ă©normĂ©ment investis dans ce projet. Ils m’ont fait confiance et chacun a apportĂ© le meilleur de ce qu’il pouvait faire. Je leur en suis extrĂȘmement reconnaissant. Beaucoup ne me connaissaient pas ou n’avaient encore jamais jouĂ© avec moi. C’est une rĂ©ussite collective. Pourtant les obstacles ne manquaient pas. Jouer avec un grand orgue, se fondre dans sa justesse et donner vie Ă  ces transcriptions de Rameau 
 tout cela constituait des dĂ©fis Ă©normes ! Je pense que nous proposons dans ce CD quelque chose de vraiment original et singulier. Chacun pourra juger, mais nous sommes fiers de ce que nous proposons. Beaucoup de travail nous attend encore, l’aventure ne fait que commencer ! Propos recueillis par Alexandre Pham. Illustrations : ©ecliptique/Laurent Thion.

 

 

LIRE aussi notre critique complùte du cd Rameau & Handel par l’ensemble Zaïs et Benoüt Babel : CLIC de classiquenews de septembre 2014.

 

 

DOM BEDOS Rameau handel orgue PARATY visuel_cd_handelrameau_reelCD. Rameau, Handel : Concertos pour orgue, PiĂšces pour clavecin
 (ZaĂŻs, Paul Goussot, Paraty, 2013). Attention, programme remarquablement audacieux. Et sur le plan interprĂ©tatif : quelle fulgurance dans un jeu Ă  la fois noble, gĂ©nĂ©reux et aussi percutant voire d’une mordante Ă©nergie ! Sans rĂ©serve, voici le cd que nous attendions pour l’annĂ©e Rameau 2014 : d’une plĂ©nitude enthousiasmante et par le choix de son programme, dans les Ɠuvres retenues et transcrites, l’expression la plus sincĂšre et la plus directe de cette furie musicale, doublĂ©e d’élĂ©gance propre au gĂ©nie ramĂ©llien : l’affinitĂ© des interprĂštes (instrumentises de l’ensemble ZaĂŻs et organiste) avec le compositeur est totale et aussi d’une inventive audace comme l’atteste l’intelligence des transcriptions proposĂ©e s’agissant des PiĂšces de Rameau, originellement pour clavecin et transfĂ©rĂ©es ici Ă  l’orgue.

CLIC D'OR macaron 200D’abord au service du premier Concerto pour orgue de Haendel (HWV 309), la gravitĂ© (couleurs sombres d’un lugubre solennel grĂące aux bassons vrombissants) de l’Adagio & organo ad libitum captive dĂšs le dĂ©but ; la prĂ©cision mordante, -pulsionnellement  pertinente de l’Allegro qui suit montre Ă  quel point la musicalitĂ© rayonnante de l’ensemble ZaĂŻs (BenoĂźt Babel, direction) sait s’affirmer avec une exceptionnelle voluptĂ© assurĂ©e, complice Ă  chaque mesure de l’orgue bordelais, royal, et mĂȘme impĂ©rial dans sa dĂ©mesure rĂ©ellement impressionnante. De ce fait, la cohĂ©rence et l’équilibre dans la prise de son, rĂ©solvant l’ampleur rĂ©verbĂ©rante de l’orgue avec le relief des instrumentistes est exceptionnellement rĂ©ussie. Outre sa justesse artistique convaincante, le programme satisfait donc aussi sur le plan de sa rĂ©alisation technique, prĂ©servant une balance idĂ©ale malgrĂ© la disparitĂ© des instruments en jeu. Un exemple mĂȘme de naturel et de prise de son vivante. Bravo aux ingĂ©nieurs du son!

ECOUTER quelques extraits de l’ensemble ZaĂŻs en concert

 

Compte rendu, opéra. Paris. Théùtre des Champs Elysées, le 14 octobre 2014. Rameau : Castor et Pollux. John Tessies, Edwin Crossley-Mercer, Omo Bello, Reinoud van Mechelen
 Le Concert Spirituel, choeur et orchestre. Hervé Niquet, direction. Christian Schairetti, mise en scÚne.

Castor pollux DĂ©cor-de-Castor-et-Pollux-c-Rudy-SabounghiCompte rendu, opĂ©ra. L’annĂ©e Rameau est fĂȘtĂ©e au ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es avec un Ă©vĂ©nement devenu rare : un opĂ©ra baroque mise en scĂšne ! Voici donc la tragĂ©die lyrique en 5 actes du maĂźtre de Dijon, Castor et Pollux, dont le livret de Gentil-Bernard est inspirĂ© des GĂ©meaux lĂ©gendaires de la mythologie grecque. C’est Ă©galement l’occasion de retrouver HervĂ© Niquet et son orchestre Le Concert Spirituel, avec une jeune distribution des chanteurs beaux Ă  entendre et Ă  regarder. La mise en scĂšne Ă©purĂ©e est signĂ©e Christian Schiaretti.

Quel marbre si beau

Castor et Pollux voit le jour en 1737 dans une version plus longue avec un prologue allĂ©gorique sur le traitĂ© de Vienne. Les Lullystes acharnĂ©s sont alors trĂšs critiques et mĂ©prisants, ironie de l’histoire : en 1754 l’opĂ©ra repris et remaniĂ© sera l’ exemple illustre de l’Ă©cole française de musique effectivement crĂ©Ă©e par Lully et dont Rameau sera le dernier vĂ©ritable reprĂ©sentant d’envergure, voire le sommet, avec ce mĂ©lange de science et d’Ă©motion qui lui sont propres. La version mise en scĂšne pour cette nouvelle production et celle de 1754 dont peut-ĂȘtre seul l’aspect dramaturgique est amĂ©liorĂ©. Comme dans toute tragĂ©die lyrique, chƓurs et danses abondent. Les pages les plus impressionnantes de la partition leur sont dĂ©diĂ©es. Ainsi le chƓur du Concert Spirituel rĂ©gale l’audience au cours des 5 actes, avec des passages fuguĂ©s impressionnants, une complicitĂ© et une synchronie Ă©poustouflante avec l’orchestre, souvent vocalisants (remarquons que les fioritures et la base mĂ©lodique rappellent parfois l’Ecole napolitaine par le rythme et l’Ecole romaine par la gravitĂ©), que ce soit dans la joie rĂ©vĂ©rencieuse du « Chantons l’Ă©clatante victoire » au 1er acte, dans la solennitĂ© larmoyante du « Que tout gĂ©misse », ou encore dans l’entrain innovateur et endiablĂ© du chƓur des dĂ©mons au mĂȘme acte : « Brisons tous nos fers », un vĂ©ritable tour de force. Ce dernier chƓur est prĂ©cĂ©dĂ© d’un trio « Rentrez, rentrez dans l’esclavage » d’une virtuositĂ© et d’une vivacitĂ©, reprĂ©sentatives du gĂ©nie cosmopolite de Rameau. Ici, sous un fond des cordes faisant penser aux procĂ©dĂ©s typiques du baroque tardif romain, Rameau ajoute les plus impressionnantes harmonies au chant des trois solistes, crĂ©ant en effet un Ă©difice musical dont la structure en elle-mĂȘme charme l’ouĂŻe et stimule l’intellect. HervĂ© Niquet dirige un orchestre Ă  la rĂ©activitĂ© et au brio Ă©vidents mais parfois galants. MĂȘme si nous trouvons qu’il aurait pu gagner en audace, l’orchestre suit la partition Ă  la lettre et sert l’Ɠuvre, qui, malgrĂ© les passages novateurs et de grande beautĂ© (pensons toujours aux vents incroyables, en particulier les bassons si bien aimĂ©s de Rameau) donne parfois une sensation de … monotonie.

La jeune distribution offre une prestation vocale rĂ©ussie. Les faux gĂ©meaux sont interprĂ©tĂ©s par John Tessier en Castor et Edwin Crossley-Mercer en Pollux. Si le Castor de Tessier a un certain charme, il ne dĂ©passe pas les limites du personnage moins dĂ©veloppĂ© que son frĂšre divin. Son ariette virtuose « Quel bonheur rĂšgne dans mon Ăąme » est interprĂ©tĂ© avec une certaine rĂ©serve, ce qui fait du morceau un moment de beautĂ© certes mais qui manque d’Ă©clat.  Edwin Crossley-Mercer a des pages plus riches et plus intĂ©ressantes. Sa performance est allĂ©chante par la singularitĂ© de son timbre et une technique solide. Sa beautĂ© plastique ne distrait donc pas, au contraire, elle paraĂźt ĂȘtre en l’occurrence l’expression visuelle et naturelle de ses talents musicaux. Omo Bello dans le rĂŽle de TĂ©laĂŻre, mĂȘme si elle pouvait valoriser ses atouts avec un coach pour raffiner encore son articulation de la langue française, offre incontestablement une prestation d’une grande dignitĂ©. Sa fausse lamentation au 2e acte « Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux » est l’ un des plus beaux moments de la soirĂ©e, un grand moment au sein du catalogue Rameau en vĂ©ritĂ©. Nous ne pouvons pas rester insensibles Ă  la riche couleur vocale de la soprano d’origine NigĂ©rienne; elle remplit la salle facilement par l’ampleur du chant et captive l’auditoire par une prestance indĂ©niable. Remarquons Ă©galement la prestation de Hasnaa Bennani et MichĂšle Losier en ClĂ©one et PhoebĂ©, toutes deux charmantes et touchantes, avec une belle prĂ©sence sur le plateau. La derniĂšre chante le fabuleux trio de l’acte 4 « Rentrez, rentrez dans l’esclavage » avec une vivacitĂ© et un entrain confondants ! Finalement remarquons la superbe performance de Reinoud van Mechelen en Mercure (un spartiate et un athlĂšte), il participe aussi Ă  ce trio Ă©tonnant et fait preuve d’un grand talent. Nous avons Ă©tĂ© tout particuliĂšrement saisis par son interprĂ©tation de l’ariette virtuose de l’athlĂšte Ă  la fin du 2e acte « Eclatez, fiĂšres trompettes », oĂč il se distingue par ses vocalises hĂ©roĂŻques, par l’attaque franche et prĂ©cise, la candeur toute fraĂźche de son timbre.

La mise en scĂšne de Christian Schiaretti, qui dit dans le programme que son mĂ©tier est un art mineur (!), n’arrive pas Ă  surprendre. Rudy Sabounghi signe des dĂ©cors trĂšs Ă©lĂ©gants… du thĂ©Ăątre. En fait, sauf exceptions, la plus remarquable celle aux Enfers du 4e acte, le plateau realise une imitation du ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es, avec les peintures de Bourdelle et mĂȘme la coupole de Maurice Denis. Le tout trĂšs beau, trĂšs Ă©lĂ©gant, mĂȘme si l’idĂ©e n’est pas originale (pensons, entre autres, au Capriccio de Robert Carsen avec les dĂ©cors du Palais Garnier). L’Ă©quipe artistique a souhaitĂ© insister sur l’idĂ©e d’abstraction, sans vraiment transposer, ni recrĂ©er non plus. Un sorte d’arte povera superbement maquillĂ©e, certes, mais … pauvre. Les acteurs-chanteurs sont souvent statiques malgrĂ© la multitude des rythmes de la piĂšce ; ils n’arrivent pas non plus Ă  Ă©voquer l’esprit altier de la tragĂ©die. Que dire du chorĂ©graphe Andonis Foniadakis qui met en mouvement 10 danseurs aux talents confirmĂ©s ? Les danses sont aussi belles et abstraites que hasardeuses ; elles n’Ă©clairent la narration que trĂšs rarement. Or, quand elles le font, l’effet est frappant (nous pensons surtout au 4e acte aux Enfers, avec le dĂ©doublement de Castor et de Pollux, le premier devant la scĂšne, le dernier, dont on ne voit que l’ombre, derriĂšre ; ou encore Ă  un pas de deux reprĂ©sentant l’amour des gĂ©meaux plein d’Ă©motion).

Nonobstant nos rĂ©serves,   il faut courrir dĂ©couvrir cette production: les opĂ©ras baroques mis en scĂšne au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, restent rares : une exception d’autant plus opportune pour l’annĂ©e Rameau. Attendez-vous Ă  une musique et des chƓurs Ă©poustouflants ; un orchestre, des chanteurs et danseurs trĂšs investis! A voir au TCE, Paris : les 13, 15, 17, 19 et 21 octobre 2014. VOIR aussi notre CLIP vidĂ©o exclusif

Compte rendu, opéra en concert. Versailles. Opéra royal, le 14 octobre 2014. Rameau : Le Temple de la gloire, 1746. Les Agrémens. Guy van Waas, direction.

Rameau Jean Philippe d'aprĂšs RestoutCompte rendu. Versailles. OpĂ©ra royal, le 14 octobre 2014. Rameau : Le Temple de la gloire, 1746. Les AgrĂ©mens. Guy van Waas, direction.  Ce pourrait bien ĂȘtre la rĂ©vĂ©lation de cette annĂ©e Rameau 2014, finalement pingre en rĂ©els apports pour la comprĂ©hension du Dijonais. Nous regrettons toujours une nouvelle tragĂ©die Ă  l’opĂ©ra totalement convaincante : seul opĂ©ra affichĂ© Ă  l’automne, Castor et Pollux est un gouffre de 
. dĂ©ceptions. Les nouvelles propositions de Lille et Paris n’ont guĂšre convaincu : quelle rĂ©gression mĂȘme s’agissant d’Emmanuelle Haim Ă  Lille ou d’HervĂ© Niquet au TCE. OĂč est le temps des Gardiner et des Christie seuls capables d’exprimer cette inĂ©narrable nostalgie, cette exquise et bouleversante tendresse d’un Rameau aussi proche du cƓur humain qu’orfĂšvre des chƓurs tonitruants et infernaux, artisan gĂ©nial de spectaculaires tempĂȘtes ou de tremblements de terre sidĂ©rants qui convoquent sur la scĂšne, les cataclysmes et la nature dĂ©chaĂźnĂ©e elle-mĂȘme


N’oublions cependant pas certains concerts à Versailles qui fruits de la riche collaboration entre le Centre de musique baroque de Versailles (CMBV) et Chñteau de Versailles spectacles (CVS) ont produit d’authentiques accomplissements cet automne.

Les Grands Motets de Rameau alternĂ©s Ă  ceux de Mondonvile, confrontation spectaculaire comme Ă©tonnamment profonde par Les Arts Florissants (7 octobre), puis ce Requiem d’un anonyme d’aprĂšs Castor et Pollux (justement) par les Pages et les Chantres de la MaĂźtrise du CMBV sous la direction d’Olivier Schneebeli
 (11 octobre), ont marquĂ© l’affiche de la rentrĂ©e. Programmes somptueux autant qu’éloquents, le ramiste a pu en tirer grand profit. Versailles dĂ©cidĂ©ment engagĂ©, propose aussi une superbe exposition Rameau, accessible gratuitement jusqu’au 3 janvier 2015 (exposition : “Rameau et son temps, Harmonie et LumiĂšres).

Superbe recréation du Temple de la Gloire

Voici enfin un autre programme des plus rĂ©jouissants comme le furent les 2 actes de ballets rĂ©vĂ©lĂ©s par William Christie, et de façon trĂšs originale lĂ  encore Ă  l’étĂ© 2014 Ă  Caen et Ă  ThirĂ© en VendĂ©e lors de son festival estival (programme intitulĂ© « Rameau, maĂźtre Ă  danser » : DaphnĂ© et EglĂ©, La Naissance d’Osiris, compte rendu de la crĂ©ation du 4 juin 2014 Ă  Caen) : Le Temple de la Gloire prĂ©sentĂ© aprĂšs LiĂšge Ă  Versailles, Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles rĂ©alise une belle surprise ; d’autant que Les AgrĂ©mens (inspirĂ©s) sous la direction du chef Guy Van Waas (d’une fluiditĂ© allante souvent irrĂ©sistible) savent choisir la derniĂšre version, celle de 1746 : plus resserrĂ©e, plus adoucie et aimable, plus finement caractĂ©risĂ©e et diversifiĂ©e selon les actes (il y en a trois), d’aprĂšs le livret de Voltaire, d’une martialitĂ© initialement un peu rĂȘche, pas assez amoureuse pour le public de l’époque. L’écrivain librettiste ambitionnait d’autres objectifs (philosophiques et politiques) dans un texte qui tout en prolongeant l’esthĂ©tique de MĂ©tastase, voulait la dĂ©passer : brosser sans digression, le portrait du prince vertueux sachant briller par sa clĂ©mence (Trajan en l’occurrence).

voltaire portraitDans les faits, et en version de concert, les interprĂštes savent caractĂ©riser un ouvrage qui dans la version derniĂšre brille par son Ă©tonnante cohĂ©rence, d’autant plus surprenante qu’elle est diverse : Ă  chaque acte, son climat. Le I Ă©pinglant la violence barbare de BĂ©lus qui sait, – sĂ©duction des bergers oblige, s’assagir et s’humaniser, s’apparente Ă  une pastorale ; le II, fait paraĂźtre l’arrogance hĂ©roĂŻque de Bacchus, maĂźtre des Indes, en une Bacchanale comique et presque bouffonne, Ă  la sensualitĂ© magnifiquement dionysiaque ; enfin le III, oĂč l’ouvrage trouve enfin son hĂ©ros, fait l’apothĂ©ose de Trajan dont la clĂ©mence lui ouvre l’accĂšs du Temple de la Gloire (une claire invitation moralisatrice Ă  l’adresse de Louis XV).  L’époque savait divertir tout en Ă©duquant. Mais le ton est ici celui noble et sublime (ciselure exemplaire des rĂ©citatifs) de la pure veine tragique : cet acte de Trajan Ă©gale en bien des points, le dĂ©pouillement digne et tendu des Ă©pisodes tragiques les mieux inspirĂ©s d’Hippolyte et Aricie.

vidal Mathias VidalD’une distribution homogĂšne et vivante, saluons surtout l’impact expressif et linguistique de deux solistes, particuliĂšrement convaincants dans cette langue stylĂ©e, qui sait dĂ©clamer et s’alanguir : Judith Van Wanroij en Lydie (II) et Plautine (l’épouse Ă©plorĂ©e de Trajan au III) a la noblesse de ton idĂ©ale, la distinction du verbe, une finesse musicale Ă  la fois tendre et tragique. Mais c’est essentiellement Mathias Vidal -hier sublime Atys version Piccinni – 1780 -,  d’aprĂšs Quinault (autre rĂ©surrection passionnante du CMBV, septembre 2012) qui saisit par son sens du verbe dramatique, la clartĂ© d’un timbre rayonnant aussi musical qu’expressif : le dĂ©braillĂ© lascif de son Bacchus, puis l’intelligence de son Trajan, hĂ©roĂŻque puis humanisĂ© par une clĂ©mence admirable, enfin tendre et sensuel (dans son ultime air d’un angĂ©lisme pastoral aussi bouleversant que les tendres ramages d’Hippolyte) font la gloire de cette production surprenante. L’acoustique du lieu ajoute aussi Ă  la rĂ©ussite de la rĂ©surrection du Temple de la Gloire : l’écrin de l’OpĂ©ra royal assure la juste proportion sonore, les Ă©quilibres et les balances proches de ce que purent entendre les contemporains d’un Rameau alors au sommet de ses possibilitĂ©s : en 1745, il vient de composer son Ɠuvre la plus expĂ©rimentale et harmoniquement la plus audacieuse, PlatĂ©e. Il y a aussi beaucoup d’ironie cachĂ©e, de dĂ©lire poĂ©tique assumĂ© dans ce jeu des registres d’acte en acte : le gĂ©nie de Rameau est dĂ©cidĂ©ment insaisissable tant il revĂȘt de facettes habilement combinĂ©es, gĂ©nialement rĂ©alisĂ©es. Tendresse des compagnes amoureuses (Lydie, Erigone, Plautine
), ivresse des danses toujours omniprĂ©sentes, impact expressifs des portraits virils (BĂ©lus, Bacchus, Trajan, sans omettre la scĂšne primordiale dans le Prologue de l’Envie ni celle du Grand PrĂȘtre dans le II, Ă©cartant l’indigne Bacchus du Temple). Tout cela relĂšve d’un gĂ©nie du thĂ©Ăątre et d’un orchestrateur hors pair aussi (avec des couleurs inĂ©dites, jouant des vents et des bois originalement appareillĂ©s : doubles petites flĂ»tes et doubles cors somptueux, idĂ©alement guerriers, dĂšs l’ouverture, et aussi dans le dernier air aux oiseaux de Trajan, et ces bassons mordants et nobles dans l’air tragique de Plautine au III
 Superbe temps fort de cette annĂ©e Rameau 2014, ce Temple de la Gloire rĂ©vĂ©lĂ© captive littĂ©ralement. Notre seule rĂ©serve : que la partition n’ait pas Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ©e en version scĂ©nique, rĂ©tablissant  entre autres ainsi la succession des danses intercalĂ©es dans l’action
 L’enregistrement est annoncĂ© courant 2015. Reportage vidĂ©o complet Ă  venir sur classiquenews.com

Versailles, Opéra royal, le 14 octobre 2014. Rameau : Le Temple de la Gloire, version de 1746 (recréation, version de concert). Judith Van Wanroij, Kaita Velletaz, Chantal Santon-Jeffery, Mathias Vidal, Alain Buet. Les Agrémens. Choeur de chambre de Namur. Guy van Waas, direction.

Clip vidĂ©o. Castor et Pollux de Rameau au TCE Ă  Paris, jusqu’au 21 octobre 2014

Rameau-jean-philippe-portrait-600CLIP vidĂ©o. Nouveau Castor et Pollux de Rameau au TCE Ă  Paris, les 13, 15, 17, 19 et 21 octobre 2014. RAMEAU : Castor et Pollux, version 1754. Dossier. Dans sa premiĂšre version de 1737, la seconde tragĂ©die lyrique de Rameau (aprĂšs Hippolyte et Aricie de 1733) renouvelle un choc esthĂ©tique dont seul Ă©tait capable le gĂ©nie dramatique et instrumental de Rameau. C’est cependant en 1754 que le compositeur prĂ©sente une nouvelle version de l’opĂ©ra Castor et Pollux, sans prologue, avec de nouvelles sĂ©quences pour les actes II, III, IV et V, imposant en pleine Querelle des Bouffons (aux cĂŽtĂ© de titan et l’Aurore de Mondonville), la suprĂ©matie de l’opĂ©ra français malgrĂ© les dĂ©lices de l’opĂ©ra buffa napolitain. Ainsi Rameau hier opposĂ© Ă  Lully (qu’il dĂ©naturait), Ă©tait devenu le meilleur reprĂ©sentant du gĂ©nie français Ă  l’opĂ©ra. AprĂšs la RĂ©volution française, Castor et Pollux disparaĂźt de la scĂšne et ne ressuscite qu’en 1903 grĂące Ă  la Scola Cantorum de Paris, suscitant un nouveau choc esthĂ©tique chez Debussy. Rameau s’intĂ©resse surtout Ă  l’évolution psychologique des caractĂšres, le profil et les aspirations des deux jumeaux Dioscures qui aiment une mĂȘme femme (TĂ©laĂŻre) mais se retrouvent dans un mĂȘme sens de la loyautĂ© fraternelle et du sacrifice pour l’autre. Des deux spartiates, c’est surtout Pollux (baryton) qui affirme un sens moral supĂ©rieur, ne dĂ©sirant que le bonheur de son frĂšre et pour lui, renonçant Ă  l’amour. En LIRE +

 

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)CLIP vidĂ©o. Nouveau Castor et Pollux de Jean-Philippe Rameau (version de 1754), au TCE ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es Ă  Paris, les 13, 15, 17, 19 et 21 octobre 2014. CLIP vidĂ©o © CLASSIQUENEWS.COM 2014…

 

 

AGENDA 2014 :

Castor et Pollux de Rameau au TCE Ă  Paris
nouvelle production
Les 13, 15, 17, 21 octobre 2014, 19h30
Le 19 octobre, 17h

John Tessier, Castor
Edwin Crossley-Mercer, Pollux
Omo Bello, TĂ©laĂŻre
MichĂšle Losier, PhƓbĂ©
Jean Teitgen Jupiter
Reinoud van Mechelen Mercure, un spartiate, un athlĂšte

Hasnaa Bennani Cléone, une ombre heureuse
Marc Labonnette, Un grand prĂȘtre

Le Concert Spirituel ChƓur du Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction musicale
Christian Schiaretti, mise en scĂšne

Versailles, Opéra royal. Rameau : Le temple de la gloire

AnnĂ©e Rameau 2014 : concerts, opĂ©ras, temps forts de septembre Ă  dĂ©cembre 2014Versailles, OpĂ©ra royal. Rameau: Le temple de la gloire, mardi 14 octobre 2014, 20h. AprĂšs les Grands Motets par William Christie et Les Arts Florissants, puis la rĂ©vĂ©lation d’un Requiem d’aprĂšs Castor et Pollux (Ă©galement mis en regard avec Mondonville) sous la direction d’Olivier Schneebeli, le chĂąteau de Versailles et le CMBV, Centre de musique baroque de Versailles poursuivent leur cĂ©lĂ©bration Rameau 2014, avec nouveau temps fort, l’Ă©coute intĂ©gral de l’opĂ©ra ballet Ă©crit avec Voltaire : Le temple de la gloire.  AprĂšs une premiĂšre tentative de collaboration avec Rameau autour du personnage de Samson (finalement censurĂ© : le matĂ©riel musical sera recyclĂ© dans ses opĂ©ras suivants), Voltaire livre un nouveau texte pour le compositeur : Le temple de la gloire. Commande du responsable des Menus Plaisirs, le duc de Richelieu, l’opĂ©ra cĂ©lĂšbre la victoire de Louis XV Ă  Fontenoy  : la crĂ©ation, le 27 novembre 1745 dans le thĂ©Ăątre du manĂšge de la Grande Ecurie, indique clairement l’intention de Voltaire : rĂ©former l’opĂ©ra français en l’Ă©cartant des fadeurs sensuelles et pastorales Ă  la mode afin de rĂ©aliser un thĂ©Ăątre moral, politique et philosophique. L’oeuvre est donc une commande officielle dont le ton rĂ©solument critique, l’Ă©carte de la pure propagande comme de l’esthĂ©tique mĂ©tastasienne alors prĂ©dominante Ă  l’opĂ©ra, laquelle flatte gĂ©nĂ©reusement les tĂȘtes couronnĂ©es.
AprĂšs un prologue dĂ©diĂ© Ă  l’Envie (hommage au premier opĂ©ra de Quinault que Voltaire veut dĂ©passer), l’opĂ©ra qui suit est un ballet qui brosse le portrait idĂ©al du prince vertueux, digne d’admiration. Par antithĂšse, Voltaire Ă©pingle d’abord dans les deux premiers actes, la figure des tyrans mĂ©prisables : BĂ©lus, trop violent (acte I), Bacchus, trop effĂ©minĂ© (acte II); tout cela pour mieux souligner les vertus du hĂ©ros parfait : Trajan, couronnĂ© de lauriers par la Gloire (acte III).
Opera-Royal-chateau-de-Versailles-1Voltaire apporte sa connaissance aiguĂ« du thĂ©Ăątre : celui moral de Corneille (Cinna) qui inspire la ClĂ©mence de Titus de MĂ©tastase, lequel influence le profil de Trajan ici, qui aprĂšs avoir vaincu les souverains rebelles, sait leur pardonner (III). Un pouvoir ne saurait ĂȘtre digne s’il ne peut se montrer humain. Voltaire va plus loin encore en imaginant Trajan hĂ©roisĂ©, refuser les honneurs et la gloire ; puis, dĂ©dier sa victoire au peuple romain et au bonheur public. Incroyable surenchĂšre morale… dont on doute que Louis XV et la Cour de Versailles aient rĂ©ellement compris les enjeux et le sens humaniste. De toute Ă©vidence, le livret est d’un modernitĂ© intellectuelle et politique.
AprĂšs avoir Ă©tĂ© boudĂ© par le public parisien qui y cherchait vainement une intrigue amoureuse, l’ouvrage est remaniĂ© par Rameau et prĂ©sentĂ© modifiĂ© en avril 1746 Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique Ă  Paris : BĂ©lus, trop violent est finalement adouci par les bergers, et Trajan chante un tendre ramage d’oiseaux Ă  son Ă©pouse (!), selon l’esthĂ©tique galante et suave Ă  la mode.  Entre temps, Voltaire se dĂ©solidarise de la nouvelle mouture et est mĂȘme Ă©lu Ă  l’AcadĂ©mie française pendant les reprĂ©sentations. Ce 14 octobre, l’OpĂ©ra royal prĂ©sente la derniĂšre version de 1746.

DĂšs l’ouverture, l’instrumentarium requis par Rameau – au sommet de son travail rĂ©formateur et expĂ©rimental car il vient de composer PlatĂ©e, comĂ©die lyrique dĂ©jantĂ©e qui renouvelle le genre lyrique en 1745 -, l’orchestre affirme sa couleur spĂ©cifiquement guerriĂšre et glorieuse (2 petites flĂ»tes, 2 trompettes, 2 cors…). Puis ce sont 2 bassons obligĂ©s pour le monologue de l’Envie dans le Prologue (Profonds abĂźmes du TĂ©nare) : un air trĂšs applaudi Ă  l’Ă©poque et repris de moults concerts.

Au I, Lydie chante un air italien contrastĂ© et vocalisĂ©, passant de la dĂ©ploration Ă  la fureur : elle aime BĂ©lus qui terrorise les bergers. Le tyran se laisse convaincre par le ballet pastoral sui suit d’une sĂ©duction littĂ©ralement irrĂ©sistible : BĂ©lus entend dĂ©sormais se faire aimer plutĂŽt que craindre.

Le II est devenue une ample bacchanale, prĂ©texte Ă  un long divertissement dansĂ© et chantĂ© : vainqueur aux Indes, Bacchus entre au temple de la gloire avec son Ă©pouse Erigone : mais il se voit Ă©cartĂ© par le grand prĂȘtre. Peu importe, il continue son chemin vers d’autres lieux, oĂč le plaisir est cĂ©lĂ©brĂ©.

Au III, L’impĂ©ratrice Plautine se languit en une longue scĂšne tragique, du retour de son Ă©poux Trajan parti Ă  la conquĂȘte de Parthia. Le double choeur des PrĂȘtres de VĂ©nus et de Mars, trĂšs distinctement caractĂ©risĂ©, sollicite les dieux pour protĂ©ger l’empereur (Rameau y excelle dans leurs gavotte et rigaudons). Trajan revient victorieux avec les rebelles parthes soumis : dans la scĂšne capitale du pardon de Trajan, oĂč l’orchestre atteint Ă  ce sublime moral que Voltaire appelait de tous ses voeux, Rameau rĂ©ussit un nouveau double choeur Ă  l’effet solennel et grandiose : 5 voix des rois parthes et choeur du peuple romain. La descente de la Gloire suscite le divertissement final qui prĂ©pare Ă  l’ariette de Trajan, devenu clĂ©ment et galant, par son chant pastoral (ramage aux oiseaux). L’air final reprend les petites flĂ»tes et les cors par deux, tels que dĂ©jĂ  exposĂ©s dans l’ouverture.

Rameau, Opéra royal de Versailles.
Mardi 14 octobre 2014, 20h
DurĂ©e avec l’entracte (situĂ© aprĂšs le premier acte) : 2h45

Judith Van Wanroij : Lydie, Plautine
Katia Velletaz : Une bergĂšre, une bacchante, Junie
Chantal-Santon-Jeffery : Arsine, Érigone, la Gloire
Mathias Vidal : Apollon, Bacchus, Trajan
Alain Buet : L’Envie, BĂ©lus, le Grand PrĂȘtre de la Gloire
Choeur de chambre de Namur
(Thibaut Lenaerts, chef de choeur)

Les Agrémens
Guy Van Waas, direction

Compte rendu, concert. Versailles. Chapelle royale, le 7 octobre 2014. Rameau, Mondonville : Grands Motets. Solistes, choeur et orchestre des Arts Florissants. William Christie, direction.

christie-bill-william-grands-motets-rameau-concerts-2014L’ADN des Arts Florissants. Dans un programme qui correspond Ă  l’ADN des Arts Florissants, William Christie, inĂ©galable, irremplaçable chez Rameau et dans le genre du Grand Motet français (car c’est lui qui en a proposĂ© en pionnier dĂ©fricheur les enregistrements les plus exaltants Ă  ce jour), offre ici un remarquable concert sous la voĂ»te de la Chapelle royale de Versailles. Le dĂ©cor pierre et or du vaisseau architectural, dernier chantier du chĂąteau de Louis XIV, s’accorde idĂ©alement aux oeuvres aussi spectaculaires et virtuoses que raffinĂ©es et intĂ©rieures, signĂ©es Rameau et Mondonville. Le premier Dijonais, le second Narbonnais permettent au XVIIIĂš, l’essor inouĂŻ du genre, crĂ©Ă© et enrichi au XVIIĂš comme l’Ă©quivalent français de la cantate germanique : mais avec Rameau, la forme saisit par sa dĂ©mesure, son Ă©lĂ©gance, sa majestĂ©, sa poĂ©sie exubĂ©rante, d’une justesse poĂ©tique inĂ©galĂ©e qui montre, avant son premier opĂ©ra de 1733 (le fabuleusement scandaleux Hippolyte et Aricie), sa maturitĂ© musicale, dĂ©jĂ  prĂȘte pour traiter et rĂ©former l’opĂ©ra. De son cĂŽtĂ©, Mondonville, son cadet (nĂ© en 1711 quand Rameau est nĂ© en 1683), a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© par William Christie en un disque lĂ©gendaire (enregistrĂ© en 1997) qui fut dĂ©cisif pour l’estimation juste du compositeur et qui dĂ©jĂ  regroupait ses 3 Grands Motets. De fait, alterner les deux compositeurs, montrent les secrets de leur rĂ©ussite toujours vivace (cf les applaudissements et l’enthousiasme du public Ă  la fin du concert) : flamboyance de la forme, extrĂȘme raffinement de l’orchestration, noblesse et humanitĂ© des mĂ©lodies, sans omettre un dramatisme thĂ©Ăątral dans l’illustration des images narratives imposĂ©es par le texte de l’Ancien Testament ainsi mis en musique. Ici, aux images des textes convoquant le miracle et le surnaturel divin rĂ©pond une musique idĂ©alement inspirĂ©e.

Rameau, maĂźtre Ă  danser par William ChristieL’opĂ©ra Ă  l’église. Entre spectaculaire surnaturel et audace stylistique, l’exemple le plus significatif en serait dans In exitu Israel (Psaume 113, 1753 de Mondonvile), l’Ă©pisode flamboyant de la fuite de la mer et de la remontĂ©e des eaux du Jourdain : une sĂ©quence qui convoque tous les effets de l’opĂ©ra Ă  l’Ă©glise et exprime au plus prĂšs le spectacle impressionnant des phĂ©nomĂšnes surnaturels dĂ©crits par la Bible, eux-mĂȘmes signes de la volontĂ© divine : Mondonville s’y distingue nettement par son imagination fertile, intensĂ©ment dramatique, portĂ©e par l’Ă©loquence foisonnante de l’orchestre et surtout la parole exacerbĂ©e, agissante du choeur dont William Christie favorise en maĂźtre absolu de ce rĂ©pertoire, la fluiditĂ© mordante, l’engagement bondissant et dansant qui font du grand Motet, son immense succĂšs au Concert Spirituel (dont Mondonville Ă©tait le chef d’orchestre). La houle chorale convoque des effets qui pourraient ĂȘtre ceux d’une tempĂȘte ou d’un tonnerre Ă  l’opĂ©ra : le dĂ©chaĂźnement des Ă©lĂ©ments marins et fluviaux du Psaume 113 (moins de 3 mn de suractivitĂ© chorale inĂ©dite), sont d’ailleurs prĂ©figurĂ©s dĂšs le Motet de Mondonville que jouent prĂ©cĂ©demment Les Arts Florissants (Elevaverunt flumina du Dominus Regnavit). L’exultation collective accordĂ©e Ă  un remarquable souci du verbe, son intelligibilitĂ© comme sa couleur et son caractĂšre, laisse le public littĂ©ralement 
 sans voix. Et quand succĂšde aux accents choraux, le suave larghetto en rondeau pour haute-contre : “Montes exultaverunt”, d’une grĂące aussi Ă©lĂ©gante que naturelle, la sincĂ©ritĂ© Ă©lĂ©gantissime qu’y affirme Cyril Auvity, rappelle combien ici, alliance idĂ©alement rĂ©alisĂ©e, on verse constamment entre dramatisme Ă©pique et priĂšre individuelle. D’autant que dans cet Ă©pisode pour voix soliste, les images du texte ne manquent non plus d’intensitĂ© ni d’invention visuelle (“les monts sautĂšrent comme des bĂ©liers”)…

Rameau 2014 : les Grands Motets par Bruno Procopio, William ChristieRameau superlatif. MĂȘme affinitĂ© superlative avec les deux Grands Motets de Rameau (Quam dĂ©lecta puis In convertendo) : si Mondonville bĂ©nĂ©ficie de la voie dĂ©jĂ  ouverte par son aĂźnĂ©, Jean-Philippe, de la gĂ©nĂ©ration prĂ©cĂ©dente, rĂ©invente dĂ©jĂ  tout un vocabulaire dont on a toujours pas bien mesurĂ© la modernitĂ©, l’insolente audace, le clair esprit d’expĂ©rimentation formelle… comme Monteverdi en 1611 quant il concevait le vaste laboratoire musical et sacrĂ©, et lui aussi si thĂ©Ăątral des VĂȘpres de la Vierge. Rameau n’est pas encore cĂ©lĂšbre et n’a pas Ă©crit d’opĂ©ras mais comme organiste de nombreuses paroisses (Dijon, Clermont, Saint-Etienne, Lyon), il a l’occasion de faire valoir sous la voĂ»te, sa prodigieuse inventivitĂ© et un tempĂ©rament dĂ©jĂ  taillĂ© pour le thĂ©Ăątre.

L’argument de ce soir outre le trĂšs haut degrĂ© d’implication partagĂ©e par tous les interprĂštes, demeure la collaboration des jeunes chanteurs laurĂ©ats des derniĂšres promotions du Jardin des voix : preuve Ă©loquente que « Bill » (qui a toujours eu une longueur d’avance) a eu raison de dĂ©fendre Ă  Caen un projet unique en France : assurer la relĂšve du chant baroque français oĂč aux cĂŽtĂ©s de la beautĂ© du timbre, ne comptent que deux Ă©lĂ©ments essentiels : intelligibilitĂ© linguistique, souplesse vocale. Ici rayonnent en particulier deux voix ardentes, juvĂ©niles, d’une intensitĂ© miraculeuse (et si bien employĂ©e tout au long du programme) : le soprano angĂ©lique, comme touchĂ© par la grĂące de l’Ă©cossaise Rachel Redmond (irrĂ©sistible dĂšs le premier verset de Quam dilecta tabernacula tua… comme dans l’accomplissement du Testimonia tua du Domine Regnavit de Mondonville), et la jeune basse française, Cyril Costanzo (lequel fait aussi toute la rĂ©ussite du dernier cd des Arts Florissants intitulĂ© Le Jardin de Monsieur Rameau, aux cĂŽtĂ©s de sa consoeur mezzo, absente ce soir, mais aussi rĂ©vĂ©lation du disque : Emilie Renard. Le cd Le Jardin de monsieur Rameau est CLIC de classiquenews). La franchise du timbre (Domine Deus virtutum exaudi… du mĂȘme Quam dilecta ; puis Magnificavit Dominus agere nobiscum… le Seigneur nous a glorifiĂ©s…), l’Ă©lĂ©gance naturelle du style, la volontĂ© de s’exprimer vers le public, comme la complicitĂ© (In convertendo : Trio vocal du Qui seminant in lacrimis…), et le plaisir du chanter ensemble, sont exemplaires et hautement dĂ©lectables. Ces deux tempĂ©raments Ă  suivre, incarnent l’esprit de famille et cette excellence qui constituent aujourd’hui, comme depuis toujours, l’identitĂ© artistique des Arts Flo.

Christie_William_dirigeant_rameau_faceD’une prĂ©sence habitĂ©e, chantant tous les textes avec ses musiciens et chanteurs, Bill renouvelle le miracle de ses disques pourtant antĂ©rieurs de plus de 10 ans
 Mais le Maestro dĂ©fend aussi un Mondonville d’une majestĂ© finement caractĂ©risĂ©e : qui saisit immĂ©diatement par la puissance trĂšs incarnĂ©e du choeur dont il obtient toutes les nuances expressives requises, ciselant l’articulation du texte au souffle impĂ©rieux comme l’intĂ©rioritĂ© du mystĂšre qui semble s’incarner dans le chant (trio masculin d’Etenim firmavit orbem terrae… “Car il a affermi le vaste corps de la terre”…).

Connaisseur depuis des annĂ©es de cette esthĂ©tique, entre opĂ©ra et intense ferveur, Bill se rĂ©vĂšle d’une absolue sincĂ©ritĂ© : articulant et ciselant la complexe architecture des Grands Motets, soulignant aussi tout ce qu’ils ont en commun. Rameau y laisse les traits dĂ©sormais inestimables de son jeune gĂ©nie musical ; Mondonville parfois plus sĂ©ducteur et donc plus dĂ©monstratif sait poursuivre le brio du MaĂźtre, dans la noblesse et la sincĂ©ritĂ©.

chapelle-concert-gauchePour conclure une soirĂ©e mĂ©morable, le chef fondateur des Arts Florissants joue un extrait de Castor et Pollux puis Tendre amour des Indes Galantes (par l’orchestre et le choeur) de Rameau : dernier geste nourri d’une exquise tendresse et qui rappelle la clĂ© de ce concert entre majestĂ© et sincĂ©ritĂ© : l’amour triomphant. Ce que rĂ©alise William Christie qui conquis par l’enthousiasme du public, lui adresse, bouquet en mains, un baiser imprĂ©vu, fraternel. Les concerts Ă  la Chapelle royale de Versailles sont parfois des expĂ©riences inoubliables. De toute Ă©vidence, celui ci en fait partie.

Versailles. Chapelle royale, le 7 octobre 2014. Rameau, Mondonville : Grands Motets. Solistes, choeur et orchestre des Arts Florissants. William Christie, direction.

Versailles. Chapelle royale, samedi 11 octobre 2014, 20h : Requiem Aeternam d’aprùs Rameau

Rameau-jean-philippe-portrait-600Versailles. Chapelle royale, samedi 11 octobre 2014, 20h : Requiem Aeternam d’aprĂšs Rameau. Et si Castor et Pollux, opĂ©ra funĂšbre et mĂȘme ample et spectaculaire rĂ©flexion sur la mort, avait outrepasser son cadre lyrique stricte, jusqu’à inspirer par ses thĂšmes et sa couleur particuliĂšre tout un Requiem inĂ©dit ? C’est le constat qu’illustre le Requiem Aeternam, abordĂ© par Olivier Schneebeli et ses effectifs choraux ce 11 octobre en un passionnant programme qui s’annonce prometteur : l’ensemble de la matiĂšre musicale que l’on Ă©coute, s’inspire ouvertement de mĂ©lodies et compositions rĂ©alisĂ©s par Rameau pour son opĂ©ra Castor et Pollux dont la derniĂšre et sublime version date de 1754. En brossant le portrait des frĂšres spartiates Dioscures, Castor mort, Pollux prĂȘt Ă  le remplacer aux Enfers, Rameau a Ă©crit l’une de ses partitions les plus poignantes, vĂ©ritable succĂšs inĂ©galĂ© pendant tout le XVIIIĂšme siĂšcle. La Messe de Requiem ressuscitĂ©e ainsi affirme la notoriĂ©tĂ© et l’impact des Ɠuvres de Rameau de son vivant.

Thomas Leconte, chercheur et musicologue du CMBV Centre de musique baroque de Versailles explique l’intĂ©rĂȘt de cette rĂ©surrection, d’autant plus opportune pour l’annĂ©e Rameau (250 ans de sa disparition en 1764)


chapelle-concert-gauche« La messe est Ă©crite pour cinq voix rĂ©citantes (2 dessus, haute-contre, basse-taille, basse), un chƓur Ă  quatre voix (dessus, haute-contre, taille, basse-taille/basse), tous soutenus par trois dessus de violon (et flĂ»tes pour les deux premiers), effectif instrumental assez frĂ©quent dans les rĂ©pertoires pratiquĂ©s dans les cathĂ©drales de province, les maĂźtres de musique devant souvent se contenter, pour soutenir les voix d’ enfants et des chantres, de quelques instruments, Ă  l’ordinaire comme Ă  l’extraordinaire. Cette Messe de Requiem nous est parvenue sous forme de parties sĂ©parĂ©es (4 parties vocales : dessus, haute-contre, taille, basse-taille ; 3 parties de violon : 1er violon et flĂ»tes, 2Ăšme violon et flĂ»tes, 3Ăšme violon ; une partie de basse continue ; une partie de basson, pour le premier chƓur seulement), complĂ©tĂ©es par deux fragments de partition: l’un, probablement de la main du compositeur, comporte quelques mesures de l’IntroĂŻt et du Kyrie, avec des variantes plus ou moins importantes par rapport aux parties sĂ©parĂ©es ; l’autre, de la mĂȘme main que les parties, donne une version remaniĂ©e pour la Post-communion (non retenue pour ce concert). TrĂšs fautives – on peut douter qu’elles aient pu servir en l’état Ă  une exĂ©cution –, les parties sĂ©parĂ©es sont Ă©galement incomplĂštes. La mise en partition et la comparaison avec les fragments de partitions ont en effet rĂ©vĂ©lĂ© qu’il manquait au moins deux parties sĂ©parĂ©es dans l’ensemble qui nous est parvenu : une partie de 2Ăšme dessus et une partie de basse ou de 2Ăšme basse-taille, que l’on peut partiellement restituer grĂące au fragment autographe de l’IntroĂŻt (2 dessus dans le duo « Te decet hymnus ») et du Kyrie (basse rĂ©citante). En revanche, aucun fragment ne permet de restituer la ligne vocale du Sanctus, trĂšs probablement confiĂ©e Ă  l’une de ces deux voix. Enfin, pour le duo « Lux ĂŠterna » de la version originale de la Post-communion, pour lequel il ne subsiste que le dessus vocal, il est possible de dĂ©duire une ligne de basse vocale de la partie de basse continue «  prĂ©cise encore Thomas Leconte dans la passionnante notice qui prĂ©pare au concert de Versailles.

Requiem inĂ©dit d’aprĂšs Castor et Pollux de Rameau

Soit plus de 15 emprunts Ă  l’opĂ©ra Castor et Pollux dans sa version 1754.  « ExceptĂ© pour « Et lux perpetua » du Graduel et « Sed signifer sanctus Michael » de l’Offertoire, conçus par combinaison de deux thĂšmes distincts, un mouvement de la Messe de Requiem se base gĂ©nĂ©ralement sur un seul emprunt musical. Il en rĂ©sulte donc une grande variĂ©tĂ© d’emprunts, dans des sections gĂ©nĂ©ralement assez courtes et assez peu dĂ©veloppĂ©es, ce probablement pour des nĂ©cessitĂ©s liturgiques. Les citations sont de longueurs variables mais le plus souvent assez courtes, le compositeur ne reprenant parfois mĂȘme qu’une idĂ©e, plus ou moins modifiĂ©e, qu’il adapte aux impĂ©ratifs prosodiques du nouveau texte latin. Les emprunts se font sur plusieurs niveaux. Le plus simple est l’emprunt fidĂšle Ă  Rameau, avec des amĂ©nagements relativement minimes (outre les adaptations prosodiques) portant essentiellement sur l’instrumentation, simplifiĂ©e ».

RAMEAU portrait 1761L’emprunt le plus marquant concerne le rĂ©cit initial du Graduel (Requiem Aeternam
) qui reprend la dĂ©ploration funĂšbre, cĂ©lĂ©brissime (mĂȘme Sofia Coppola en fait une scĂšne fameuse oĂč Marie-Antoinette assiste Ă  l’opĂ©ra dans son film pop psychĂ©dĂ©lique) celui quand TĂ©laĂŻre chante en regrettant la mort de son bien aimĂ© Castor : « Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux  », l’un des airs les plus sublimes de la littĂ©rature ramĂ©lienne pour soprano et orchestre.  L’emprunt le plus fidĂšlement retranscrit a Ă©tĂ© rĂ©servĂ© Ă  l’Offertoire (Hostias et perces »), transposition littĂ©rale de l’air pour baryton de Pollux (« SĂ©jour de l’éternelle paix », IV, scĂšne 4). N’omettons pas non plus l’entrĂ©e solennelle et majestueuse dĂšs l’ouverture du Requiem, si touchante grĂące Ă  la reprise du choeur des Spartiates pleurant la mort du mĂȘme Castor (Que tout gĂ©misse)
 De l’opĂ©ra Ă  l’église, la sensibilitĂ© et la qualitĂ© du recueillement reste intact. Le transfert d’un mode Ă  l’autre, – du lyrique profane au sacrĂ© dĂ©ploratif-, est tout fait lĂ©gitime. Combien de compositeurs depuis les premiers temps baroques, ont Ă©crit et Ă©bloui indistinctement comme auteurs d’opĂ©ras ou d’église, Monteverdi le premier. Rameau ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle : il a mĂȘme imposĂ© son tempĂ©rament unique en son siĂšcle, d’abord dans la forme du grand motet, avant de traiter les possibilitĂ©s illimitĂ©es de la scĂšne lyrique. Du vivant mĂȘme de Rameau, ses opĂ©ras ont livrĂ© une formidable matiĂšre aux Messes donnĂ©es dans les cathĂ©drales de province, messes ainsi Ă©laborĂ©es par Louis GrĂ©non (ca 1734-1769) ou aussi  DenoyĂ© (mort en 1759). Dans le cas du Requiem de ce soir, les emprunts sont rĂ©alisĂ©s avec une intelligence et une pertinence rares propres Ă  construire une arche fervente qui touche et convainc par la cohĂ©rence de son architecture global. Le rĂ©sultat est loin de n’ĂȘtre qu’un composite d’airs recyclĂ©s sans unitĂ© ni gradation.

CMBV Schneebeli cmbv_web« On ne doit sans doute pas voir dans ses emprunts une facilitĂ© de composition, tant ce type de rhabillage musical est un exercice complexe, mais bien plutĂŽt un hommage Ă  la musique d’un compositeur reconnu de son vivant mĂȘme comme l’un des plus grands maĂźtres français. À sa mort, survenue le 12 septembre 1764, tout le royaume cĂ©lĂ©bra unanimement sa mĂ©moire par de nombreux hommages musicaux. À Paris, le principal service, organisĂ© par François Rebel et François FrancƓur, fut donnĂ© en l’Oratoire du Louvre le 27 septembre 1764 et rĂ©unit les musiciens de l’OpĂ©ra et de la Musique de la cour. On y donna la cĂ©lĂšbre Messe des morts de Jean Gilles, retouchĂ©e et agrĂ©mentĂ©e pour la circonstance d’extraits d’Ɠuvres lyriques de Rameau, notamment le chƓur « Que tout gĂ©misse » de Castor & Pollux, adaptĂ© en Kyrie, ou l’air de Pollux « SĂ©jour de l’éternelle paix », arrangĂ© pour le Graduel. De nombreuses cĂ©rĂ©monies furent organisĂ©es en province, notamment Ă  Avignon, OrlĂ©ans, Marseille, Dijon, Rouen… Peut-ĂȘtre la Messe de Requiem anonyme du fonds Raugel constitue-t-elle un tĂ©moin musical de ces trĂšs nombreux hommages rendus par tous les musiciens du royaume, qui reconnaissaient en Rameau l’un de leurs plus grands maĂźtres », conclue Thomas Leconte.

 

 

 

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Requiem Aeternam, d’aprĂšs Castor et Pollux de Rameau, 1754

Versailles, Chapelle royale
Samedi 11 octobre 2014, 20h
Olivier Schneebeli, direction
Les Pages et les Chantres du CMBV
Les Folies Françoises

CĂ©line Scheen, dessus
Robert Getchell, haute contre
Arnaud Richard, basse taille

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Versailles. OpĂ©ra Royal, le 5 octobre 2014. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les BorĂ©ades, tragĂ©die lyriques en cinq actes sur un livret attribuĂ© Ă  Louis de Cahusac. Version concert. Distribution : Julie Fuchs, Alphise ; Samuel Boden, Abaris ; Manuel Nunez-Camelino, Calisis ; Jean-Gabriel Saint-Martin, BorilĂ©e ; ChloĂ© Briot, SĂ©mire, une nymphe, L’amour, Polymnie ; Damien Pass, BorĂ©e ; AndrĂ© Morsch, Adamas ; Mathieu Gardon, Apollon. Choeurs Aedes, direction Mathieu Romano ; Les Musiciens du Louvre Grenoble ; Marc Minkowski, Direction musicale.

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)Si de tous les merveilleux instants d’une fin d’aprĂšs-midi automnale, nous ne devions retenir que l’un d’entre eux, se serait celui oĂč l’EntrĂ©e de Polymnie a retenti sous les ors de l’OpĂ©ra Royal. Tout le soyeux et la rondeur d’un orchestre emportĂ© par l’Harmonie d’une musique unique et qui nous a libĂ©rĂ© par ses sortilĂšges du poids de la mĂ©diocritĂ© et des peurs. Une musique dont il Ă©mane un sentiment de plĂ©nitude, fait de lumiĂšre et de sensualitĂ© qui nous laisse d’abord dĂ©muni, pour nous porter ensuite vers des horizons infinis.

Nous attendions l’annĂ©e Rameau, dont on nous disait qu’elle serait exceptionnelle avec impatience, mĂȘme si dĂ©jĂ  quelques concerts en prĂ©lude nous avaient Ă©tĂ© offerts l’an dernier par le Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV) et ChĂąteau de Versailles Spectacles (CVS). Mais voici qu’enfin l’évĂšnement prend de l’ampleur pour notre plus grand bonheur.

Bon Rameau en version de concert

Peut-on mieux honorer la musique du compositeur dijonnais qu’en lui offrant cette salle Ă  l’acoustique quasi parfaite et qui aurait dĂ» ĂȘtre la sienne ? C’est avec Les BorĂ©ades, qui n’y fut jamais reprĂ©sentĂ©e que la « cĂ©lĂ©bration » de ce 250e anniversaire de sa disparition a officiellement commencĂ©e en ce dimanche 5 octobre 2014.

Marc Minkowski qui a des affinitĂ©s Ă©lectives Ă©videntes avec Rameau, a dĂ©cidĂ© de proposer au public versaillais et avant cela, aixois l’étĂ© dernier, une version concert de cette Ɠuvre posthume, qui ne fut donnĂ©e pour la 1Ăšre fois en concert qu’en 1964 et Ă  la scĂšne, en 1982, au festival d’Aix en Provence.

C’est Ă  la fin de sa vie en 1764, Ă  plus de 80 ans que Rameau entame la composition de cet ultime chef-d’Ɠuvre dont le librettiste est inconnu. Toutefois, Louis de Cahusac, dĂ©cĂ©dĂ© en 1759, avec lequel il a de trĂšs nombreuses fois collaborĂ© en est considĂ©rĂ© comme l’auteur probable.

Si les livrets dont dispose Rameau passent pour souffrir d’une faiblesse dramaturgique, sa musique, leur apporte un supplĂ©ment d’ñme, de force voire de violence psychologique hors normes.

Ici, la trame en soi est des plus simples. Alphise, reine de Bactriane ne peut Ă©pouser qu’un descendant de BorĂ©e. BorilĂ©e  et Calisis, lui font une cour appuyĂ©e qui ne la touche guĂšre. C’est Abaris, qu’elle aime. Des danses viennent ponctuer, en une riche diversitĂ© orchestrale, les hĂ©sitations de cette jeune souveraine entre son devoir et ses sentiments, tout comme d’ailleurs celle de l’élu qui ne sait s’il doit choisir la mort pour ne pas mettre en danger celle qu’il aime, ou combattre pour l’aider Ă  se libĂ©rer du joug d’une tradition. En finissant par renoncer Ă  sa couronne, Alphise provoque la colĂšre de BorĂ©e. Mais grĂące Ă  l’intervention d’Adamas et Apollon, Abaris finit par se rĂ©vĂ©ler un descendant du dieu des Vents du Nord et ainsi, en pouvant Ă©pouser Alphise, permettre une fin heureuse.

Ce n’est donc pas la premiĂšre fois que Marc Minkowski rencontre Rameau et Les BorĂ©ades. Sa collaboration avec Laurent Pelly, nous a non seulement fait cadeau d’une PlatĂ©e inoubliable mais Ă©galement de fascinantes BorĂ©ades.

Ce soir donc point de mise en scĂšne, mais une distribution jeune et fastueuse. Il faut reconnaĂźtre que Marc Minkowski est passĂ© maĂźtre dans l’art de choisir ses interprĂštes, n’hĂ©sitant pas Ă  s’appuyer sur de jeunes talents, dont la crĂ©dibilitĂ© scĂ©nique, apporte bien souvent un supplĂ©ment de vĂ©ritĂ©, ici de candeur, fidĂšle miroir des personnages.

Il est à noter que tous les chanteurs ont apporté un réel soin à la prononciation et projettent parfaitement leurs voix sans jamais perdre en lisibilité.

Julie Fuchs, Ă©toile plus que montante de la scĂšne lyrique, est une Alphise sĂ©duisante et juvĂ©nile. La beautĂ© de son timbre fruitĂ©, de sa ligne de chant, sa facilitĂ© dans les vocalises et les ornementations nous sĂ©duisent au plus haut point. Samuel Boden est un Abaris plus touchant qu’hĂ©roĂŻque. Face aux jeunes hĂ©ros, les fils de BorĂ©e interprĂ©tĂ©s respectivement par Manuel Nunez Camelino et Jean-Gabriel Saint-Martin sont tout simplement splendides tant de prĂ©sence scĂ©nique que vocalement. Il nous faut souligner que le baryton français, possĂšde une surprenante flexibilitĂ© sur l’ensemble de son registre vocal. Ses graves sont profonds et ses aigus faciles. La brillante soprano ChloĂ© Briot caractĂ©rise avec sensibilitĂ© et impertinence l’ensemble des rĂŽles qui lui sont impartis (SĂ©mire, une nymphe, l’Amour, Polymnie). Elle nous enchante vocalement par son timbre d’une clartĂ© quasi cĂ©leste et cette ingĂ©nuitĂ© scĂ©nique qui donne une rĂ©elle consistance Ă  des rĂŽles en apparence si tĂ©nus.

Damien Pass est un BorĂ©e redoutable. Et si Mathieu Gardon dans le petit rĂŽle d’Apollon n’a guĂšre le temps de nous montrer son savoir-faire qui semble toutefois trĂšs prometteur, AndrĂ© Morsch dans le rĂŽle d’Adamas a toutes les qualitĂ©s requises pour le rĂŽle.

Les ChƓurs Aedes sont un personnage Ă  part entiĂšre. Leur engagement dramatique, leur homogĂ©nĂ©itĂ©, leur ligne de chant ponctuent avec ferveur la tragĂ©die.

Enfin, quel bonheur de retrouver les Musiciens du Louvre et cette palette sonore si onctueuse qui est la leur. La direction de Marc Minkowski insuffle une rĂ©elle cohĂ©rence entre les solistes, les chƓurs, l’orchestre. Il colore avec sensibilitĂ©, souligne tout le brillant et la tendresse qui Ă©mane de la partition, l’énergie, la violence et la virtuositĂ© farouche de la tempĂȘte. Marc Minkowski nous touche, par des nuances Ă  fleur de peau, qui sont tout juste perceptibles, si dĂ©licates et mĂ©lancoliques.

L’annĂ©e Rameau ne fait que commencer Ă  l’OpĂ©ra Royal et d’autres grands moments y sont prĂ©vus dont deux ballets hĂ©roĂŻque le Temple de la Gloire dont le librettiste a pour nom Voltaire et ZaĂŻs, ainsi qu’une soirĂ©e de Gala qui s’annonce trĂšs prometteuse. Une annĂ©e Rameau qui nous l’espĂ©rons sera Ă  la hauteur de cette aprĂšs-midi si riche des enchantements que les troupes de Marc Minkowski nous ont dĂ©voilĂ©s.

Compte rendu, opĂ©ra. Versailles, OpĂ©ra Royal, le 5 octobre 2014. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les BorĂ©ades, tragĂ©die lyriques en cinq actes  sur un livret attribuĂ© Ă  Louis de Cahusac. Version concert. Distribution : Julie Fuchs, Alphise ; Samuel Boden, Abaris ; Manuel Nunez-Camelino, Calisis ; Jean-Gabriel Saint-Martin, BorilĂ©e ; ChloĂ© Briot, SĂ©mire, une nymphe, L’amour, Polymnie ; Damien Pass, BorĂ©e ; AndrĂ© Morsch, Adamas ; Mathieu Gardon, Apollon. Choeurs Aedes, direction Mathieu Romano ; Les Musiciens du Louvre Grenoble ; Marc Minkowski, Direction musicale.

Rameau, Grands Motets par William Christie. Les 7,10,11 octobre 2014

christie-bill-william-grands-motets-rameau-concerts-2014Rameau, Grands Motets par William Christie. Les 7,10,11 octobre 2014. A Versailles, puis Poissy enfin Royaumont, Bill l’enchanteur aborde un cycle de partitions dont il est passĂ© maĂźtre. Un maĂźtre interprĂšte enchanteur et grand dramaturge tant les Grands Motets de Rameau, qui relĂšvent de la pĂ©riode d’avant les opĂ©ras parisiens et versaillais, regorgent d’inventivitĂ©, de furie expĂ©rimentale d’un jeune compositeur qui passe alors comme organiste d’une paroisse Ă  l’autre : Dijon, Clermont, Saint-Etienne, et c’est probablement Ă  Lyon pour un Ă©vĂ©nement privĂ© ou religieux encore indĂ©terminĂ© que Rameau le Dijonais compose les 3 Motets pour solistes, chƓur et orchestre que nous connaissons aujourd’hui. William Christie et ses Arts Florissants ont sĂ©lectionnĂ© 2 grands Motets de Rameau : Quam dilecta et In Convertendo, offrant aux solistes et au chƓur des passages d’une virtuositĂ© exigeante voire spectaculaire qui Ă©videmment rejoint l’Ă©loquence dramatique de l’opĂ©ra. PiĂšces recherchĂ©es et trĂšs applaudies au Concert Spirituel Ă  Paris, mais aussi dans toutes les nouvelles salles de concerts ou acadĂ©mies de musique qui s’ouvrent partout dans la France du XVIIIĂš dont celle de Lille, les grands motets deviennent aprĂšs Rameau et dans son sillon, un rĂ©pertoire particuliĂšrement recherchĂ© des mĂ©lomanes curieux de sensations solennelles et raffinĂ©es. C’est le cas des Grands Motets de Mondonville qui avec Dauvergne, incarne la gĂ©nĂ©ration d’aprĂšs Rameau. Le Dominus regnavit, et surtout In exitu IsraĂ«l avec le repli des eaux du Jourdain dĂ©ploient une maestriĂ  irrĂ©sistible proche des effets de la tragĂ©die lyrique contemporaine : chƓurs exultant, solistes embrasĂ©s, orchestre impĂ©tueux sont autant d’arguments qui accrĂ©ditent aujourd’hui la valeur de ces piĂšces grandiloquentes dont William christie qui les a ressucitĂ©s, exprime le souffle incomparable. A Versailles, Poissy, Royaumont, le grand souffle baroque du motet royal prend son essor avec d’autant plus de rĂ©ussite qu’il est servi par un interprĂšte inĂ©galĂ©. Outre l’excellence des Arts Florissants (instrumentistes et chƓurs), les solistes rĂ©unis par Bill, illustrent la vitalitĂ© des tempĂ©raments lyriques dĂ©fendus par le chef fondateur des Arts Florissants, comptant des partenaires fidĂšles en particulier des anciens jeunes laurĂ©ats du Jardin des Voix, et non des moindres : la soprano Ă©cossaise Rachel Redmond, Cyril Auvity (haute-contre), Marc Mauillon (basse-taille), Cyril Costanzo (basse)… chacun formĂ© Ă  l’Ă©cole du bien dire et du mieux chanter. Programme Ă©vĂ©nement.

Tournée des Grands Motets de Rameau et de Mondonville par William Christie et Les Arts Florissants (2h, entracte inclus)

Versailles, chapelle royale
mardi 7 octobre 2014, 20h

Poissy, Théùtre
vendredi 10 octobre 2014, 20h

Royaumont, Abbaye
samedi 11 octobre 2014, 20h

Rachel Redmond, dessus
Katherine Watson, dessus
Cyril Auvity, haute-contre
Marc Mauillon, basse-taille
Cyril Costanzo, basse

Choeur et orchestre des Arts Florissants
William Christie, direction

VOIR les grands motets de Rameau par Bruno Procopio, réalisés au festival de musique sacrée de Cuenca en Espagne, avril-mai 2014 (Maria Bayo, Véronique Bourin, Erwin Aros, Antoine Richard, Les SiÚcles sous la direction de Bruno Procopio).

LIVRES. Jean Malignon : Jean-Philippe Rameau (Bleu Nuit Ă©diteur)

rameau-bleu-nuit-editeur-biographie-Jean-Malignon-livresLIVRES. Jean Malignon : Jean-Philippe Rameau (Bleu Nuit Ă©diteur). Jeune organiste impatient de montrer ses capacitĂ©s dramatiques et lyriques (les Grands Motets composĂ©s avant son arrivĂ©e Ă  Paris tĂ©moignent d’une fougue inĂ©dite totalement saisissante : ils prĂ©figurent la fougue et la flamboyance de ses futurs opĂ©ras), surtout thĂ©oricien et harmoniste gĂ©nial… Jean-Philippe Rameau (1683-1764) se taille une rĂ©putation irrĂ©sistible avec son premier opĂ©ra Hippolyte et Aricie en 1733 : l’heure est au rocaille et au dĂ©coratif, on pensait l’opĂ©ra pĂ©trifiĂ© depuis Lully : que nenni, Rameau montre une verve et un tempĂ©rament spectaculaire, psychologique de premier plan : son style est captivant, dĂ©concertant et scandaleusement inventif. La rĂ©volution est en marche… TragĂ©die lyrique, opĂ©ra ballet, comĂ©die… acte de ballet…. Rameau renouvelle chaque genre connu (et avec PlatĂ©e de 1745 en invente un nouveau en relation avec ses premiĂšres piĂšces pour la foire, entre cocasserie et satire mordante); dĂ©jĂ  quinquagĂ©naire, il rĂ©ussit tout et ce jusqu’Ă  sa mort en 1764, soit il y a 250 ans.
CLIC_macaron_2014Pour commĂ©morer cet anniversaire, Bleu Nuit Ă©diteur rĂ©Ă©dite un ancien texte (paru en 1960 au Seuil dans la collection SolfĂšges), prĂ©facĂ©, actualisĂ© pour 2014, complĂ©tĂ© ici et lĂ  par le fondateur de Bleu Nuit (J.-P. Biojout). Le rĂ©sultat est une entrĂ©e en matiĂšre captivante qui brosse un portrait relativement complet (pas aussi fondateur et exhaustif que le Rameau de Cuthbert Girdlestone, certes), mais en premiĂšre approche pour le temps de la dĂ©couverte, le texte Ă  peine diffĂ©rent et retouchĂ© que celui originel de 1960, pose des jalons essentiels et clairement argumentĂ© sur le “cas” Rameau : l’un des malentendus les plus honteux de notre histoire musicale et qui poursuit comme c’est le cas de Lully, son bonhomme de chemin dans le mensonge et l’invention la plus totale.
GrĂące Ă  la plume trĂšs fine et habilement polĂ©mique de Jean Malignon, le lecteur comprend trĂšs vite Ă  qui il a affaire : non, Rameau n’est ni pĂ©dant, ni trop savant, ni artificiel. En rien, la figure emblĂ©matique d’un ordre monarchique poudrĂ© et dĂ©cadent.. C’est plutĂŽt l’inverse : gĂ©nie du thĂ©Ăątre, mĂ©lodiste hors pair (aussi inspirĂ© que les Italiens), harmoniste inĂ©galĂ©, orchestrateur insurpassĂ© : grĂące Ă  lui l’orchestre gagne un supplĂ©ment d’Ăąme et les voix, une vĂ©ritĂ© nouvelle en particulier en terres amoureuses : Rameau fut un sensuel passionnĂ© qui exprime comme aucun autre compositeur Ă  son Ă©poque, l’effusion et la tendresse du pur amour… Contre Rousseau et les encyclopĂ©distes qui ne voyaient ici qu’ un fatras poussiĂ©reux de dieux et de hĂ©ros antiques trop usĂ©s, servis par une musique complexe et surchargĂ©, force est de reconnaĂźtre en Rameau, un esprit rĂ©formateur, qui en digne enfant des LumiĂšres, “ose” reprĂ©senter la force de la nature, le mouvement des astres, et surtout le mystĂšre des passions humaines. Rameau, compositeur du cƓur rĂ©tablit la vĂ©ritĂ© humaine dans chaque partition, chaque drame choisi (c’est ce qui explique la profonde et inĂ©luctable admiration d’un Voltaire et d’un D’Alembert, plus avisĂ© sur le personnage que ne le fut Diderot ou Grimm). GrĂące Ă  lui, dans la tradition du Lully d’Atys et d’Alceste, Rameau Ă©gale Ă  l’opĂ©ra, la poĂ©sie du thĂ©Ăątre de Racine, recomposant au carrefour des disciplines, – danses, thĂ©Ăątre, chant, musique, une spectacle total qui annonce Ă©videmment Wagner.
S’il devait ĂȘtre sĂ©duit et convaincu par la somme ainsi rĂ©Ă©ditĂ©e, le lecteur ne se reportera que sur la derniĂšre partie du texte : une maniĂšre d’hommage conclusif Ă  l’endroit de notre musicien. Rameau y reçoit les palmes du gĂ©nie de la sensualitĂ©, un authentique disciple de VĂ©nus (ce en quoi il se montre finalement proche de Boucher et plus encore de Fragonard dont il pourrait partager, dans sa derniĂšre maniĂšre baroque – avant celle lĂ©chĂ©e nĂ©oclassique-, le sens inouĂŻ de la couleur, du mouvement, du drame, de la dĂ©licatesse, de ce vaporeux climatique qui fait aussi la grĂące d’un Watteau…). Et c’est sous la plume d’un esthĂšte Ă©rudit que Jean-Philippe trouve de l’autre cĂŽtĂ© des Alpes, un “frĂšre” de cƓur inespĂ©rĂ© : le grand auteur du Faust 2, Goethe soi-mĂȘme qui aurait ainsi compris mieux que quiconque Ă  son Ă©poque, ce que le Français a vĂ©ritablement apportĂ© Ă  l’art, l’esprit de Versailles qu’il a su si bien rĂ©gĂ©nĂ©rer, recomposer, humaniser. Rameau est un perpĂ©tuel inventeur qui prĂ©pare les formes de l’avenir : comme Mozart et aprĂšs eux, Berlioz. Autant de gĂ©nies qui ne furent pas compris Ă  leur Ă©poque… Lecture plus que recommandĂ©e en cette annĂ©e d’anniversaire 2014.
Texte nĂ©cessaire, fruit d’un regard senti et personnel que complĂštera la somme inestimable rĂ©cemment parue : la nouvelle biographie de Rameau par Sylvie Bouissou, ouvrage de rĂ©fĂ©rence Ă©ditĂ© chez Fayard avant l’Ă©tĂ© 2014.

LIVRES. Jean Malignon : Jean-Philippe Rameau (rĂ©Ă©dition actualisĂ©e par Jean-Philippe Biojout). Collection « Horizons », Bleu nuit Ă©diteur. 176 pages. ISSN 1769-257. Prix indicatif : 20 €.

RAMEAU : Castor et Pollux, version 1754. Dossier

Rameau-jean-philippe-portrait-600RAMEAU : Castor et Pollux, version 1754. Dossier. Dans sa premiĂšre version de 1737, la seconde tragĂ©die lyrique de Rameau (aprĂšs Hippolyte et Aricie de 1733) renouvelle un choc esthĂ©tique dont seul Ă©tait capable le gĂ©nie dramatique et instrumental de Rameau. C’est cependant en 1754 que le compositeur prĂ©sente une nouvelle version de l’opĂ©ra Castor et Pollux, sans prologue, avec de nouvelles sĂ©quences pour les actes II, III, IV et V, imposant en pleine Querelle des Bouffons (aux cĂŽtĂ© de titan et l’Aurore de Mondonville), la suprĂ©matie de l’opĂ©ra français malgrĂ© les dĂ©lices de l’opĂ©ra buffa napolitain. Ainsi Rameau hier opposĂ© Ă  Lully (qu’il dĂ©naturait), Ă©tait devenu le meilleur reprĂ©sentant du gĂ©nie français Ă  l’opĂ©ra. AprĂšs la RĂ©volution française, Castor et Pollux disparaĂźt de la scĂšne et ne ressuscite qu’en 1903 grĂące Ă  la Scola Cantorum de Paris, suscitant un nouveau choc esthĂ©tique chez Debussy. Rameau s’intĂ©resse surtout Ă  l’évolution psychologique des caractĂšres, le profil et les aspirations des deux jumeaux Dioscures qui aiment une mĂȘme femme (TĂ©laĂŻre) mais se retrouvent dans un mĂȘme sens de la loyautĂ© fraternelle et du sacrifice pour l’autre. Des deux spartiates, c’est surtout Pollux (baryton) qui affirme un sens moral supĂ©rieur, ne dĂ©sirant que le bonheur de son frĂšre et pour lui, renonçant Ă  l’amour.

 

 

 

L’amour de Pollux pour son frùre Castor


castor-et-pollux-rameau-poussin-opera-francaisCastor et Pollux 2014 au TCE. Pourtant jumeaux, ils n’ont pas le mĂȘme pĂšre. NĂ©s de LĂ©da, et conçus par elle dans la mĂȘme nuit, Castor a pour pĂšre Tyndare, roi de Sparte, et Pollux, Zeus. Dans la mise en scĂšne trĂšs subjective et partisane prĂ©sentĂ©e Ă  Paris, les deux frĂšres sont les faces d’une mĂȘme mĂ©daille, contraires, opposĂ©es mais complĂ©mentaires et insĂ©parables : « les deux frĂšres ont toujours un rapport de clair-obscur tragique, voire cruel. Lorsque l’un est vivant, l’autre est une ombre noire… L’autre est prĂ©sent comme parfois les morts sont prĂ©sents parmi nous. La condition de la vie de l’un est la mort de l’autre ». Christian Schiaretti rĂ©alise sur la scĂšne un passage en trompe l’Ɠil : « du thĂ©Ăątre dĂ©ployĂ© dans son rituel Ă  un thĂ©Ăątre dĂ©ployĂ© dans ses artifices ». La scĂšne prolonge la salle du thĂ©Ăątre parisien : les costumes antiques rappelant aussi l’époque de la salle, les annĂ©es 1920 (en vĂ©ritĂ© le TCe a Ă©tĂ© inaugurĂ© en 1913 au moment du Sacre du printemps de Stravinsky). «  Puis, lorsque Castor tombe sous les coups de LyncĂ©e, le monde en trompe- l’Ɠil bascule. La magie thĂ©Ăątrale prend le pas sur la rĂ©alitĂ© en offrant tour Ă  tour statues vivantes, danses animales, jeux d’ombres, espaces mĂ©tamorphosĂ©s. »

 

 

 

Synopsis et temps forts par acte

rameau_Castor_pollux_ChristieDans le Prologue, VĂ©nus dompte Mars le dieu de la guerre : c’est l’évocation du traitĂ© de Vienne qui met fin alors en 1754 Ă  la guerre de succession du trĂŽne de Pologne.  Selon une vision maçonnique crĂ©dible, Castor et Pollux suit une trame symbolique, telle une initiation, des tĂ©nĂšbres Ă  la lumiĂšre, du Mal Ă  la Raison  lumineuse. OpĂ©ra funĂšbre et de dĂ©ploration, l’ouvrage s’ouvre au I sur un lugubre chƓur de dĂ©ploration : Castor vient d’ĂȘtre tuĂ© par LincĂ©e. Sa fiancĂ©e dĂ©truite, TĂ©laĂŻre reçoit l’hommage du frĂšre de Castor, Pollux qui vient de tuer LincĂ©e et dĂ©pose sa dĂ©pouille aux pieds de la veuve. Tout en lui demandant sa main, Pollux accepte de rĂ©aliser le dĂ©sir de TĂ©laĂŻre : adoucir les dieux et permettre le retour Ă  la vie de son frĂšre Castor. (Illustration : Castor et Pollux dans la version remarquable de William Christie, rĂ©fĂ©rence de la discographie).

 

 

Au II, Zeus tente d’inflĂ©chir la dĂ©cision de Pollux en lui vantant les plaisirs cĂ©lestes (divertissement dansĂ©). MalgrĂ© les suivantes d’HĂ©bĂ©, dĂ©esse de la jeunesse Ă©ternelle, Pollux poursuit son destin : remplacer Castor aux Enfers pour le ramener Ă  la vie.

Au III (acte fantastique et de magie noire) : Survient PhĂ©bĂ©, amoureuse de Pollux qui essaye elle aussi d’empĂȘcher le Dioscure d’atteindre les Enfers en une superbe scĂšne de fantastique tĂ©nĂ©breux oĂč la sorciĂšre invoque monstres et dĂ©mons contre Pollux. En vain. Mercure protĂšge et conduit Pollux jusqu’aux champs ElysĂ©es.

Au IV, acte infernal, malgrĂ© les enchantements des ombres heureuses, Castor se languit de TĂ©laĂŻre. Pollux le rejoint et lui prĂ©sente son projet. S’il accepte le sacrifice de son frĂšre, Castor reviendra sur terre que pour un jour seulement : le temps de faire ses adieux Ă  TĂ©laĂŻre, puis de restituer Ă  son frĂšre, son propre droit Ă  la vie.

Au V, PhĂ©bĂ©, haineuse et jalouse du couple reconstruit TĂ©laĂŻre et Castor, se suicide pour rejoindre aux enfers Pollux dont elle condamnait le sacrifice.TĂ©laĂŻre comprenant qu’elle a perdu dĂ©finitivement son aimĂ©, invoque les dieux. Zeux paraĂźt et dĂ©crĂšte que les Dioscures se partageront Ă  tour de rĂŽle le sĂ©jour immortel. Un divertissement final, solennel qui convoque toutes les planĂštes conclue le drame.

 

 

 

AGENDA 2014 :

Castor et Pollux de Rameau au TCE Ă  Paris
nouvelle production
Les 13, 15, 17, 21 octobre 2014, 19h30
Le 19 octobre, 17h

John Tessier Castor
Edwin Crossley-Mercer Pollux
Omo Bello TĂ©laĂŻre
MichĂšle Losier PhƓbĂ©
Jean Teitgen Jupiter
Reinoud van Mechelen Mercure, un spartiate, un athlĂšte

Hasnaa Bennani Cléone, une ombre heureuse
Marc Labonnette Un grand prĂȘtre

Le Concert Spirituel ChƓur du Concert Spirituel
Hervé Niquet direction musicale
Christian Schiaretti mise en scĂšne

 

 

 

 

Illustrations : Rameau, les Dioscures Castor et Pollux par Nicolas Poussin, XVIIĂšme, visuel de la version discographique de l’opĂ©ra Castor et Pollux par Les Arts Florissants et William Christie (DR)

Bruno Procopio, jeune maestro Ă  LiĂšge et Ă  Rio (dĂ©cembre 2014 – mars 2015)

Bruno Procopio dirige Rameau Ă  CaracasBruno Procopio maestroso : LiĂšge, 14 dĂ©cembre 2014. Rio, 21,22 mars 2015. Agenda chargĂ© pour le jeune chef franco brĂ©silien Bruno Procopio : le dĂ©fricheur mobile habile, capable de ciseler sur instruments modernes un Rameau Ă©lĂ©gant, prĂ©cis, dramatique (avec les instrumentistes de Gustavo Dudamel: ceux de l’Orchestre Symphonique Simon Bolivar du Venezuela), porteur d’une nouvelle version des PiĂšces pour clavecin en concerts (nouveau cd paru en 2013 avant l’annĂ©e Rameau et sur instruments anciens), dirige en dĂ©cembre 2014 puis mars 2015, deux programmes prometteurs, attendus, ambitieux. Les deux sont littĂ©ralement originaux, signes extĂ©rieurs d’un tempĂ©rament dynamique qui se passionne pour le dĂ©frichement et les nouvelles postures. D’abord Rameau Ă©videmment et sur instruments modernes, ceux de l’Orchestre philharmonique royal de LiĂšge (une nouvelle expĂ©rience qui renouvelle son expĂ©rience Ă  Caracas), d’emblĂ©e dĂ©cisive pour le perfectionnement et la culture de l’orchestre liĂ©geois ; puis le grand genre lyrique et tragique hĂ©ritĂ© de l’époque des LumiĂšres : Renaud du napolitain Sacchini, champion Ă  Paris et Ă  Versailles Ă  l’époque de Marie Antoinette, d’un style Ă©clairĂ©, raffinĂ©, europĂ©en, et plutĂŽt trĂšs dramatique
 il fut invitĂ© Ă  Paris pour rivaliser avec Gluck, champion de l’opĂ©ra français d’alors. Mais Sacchini finit par faire du.. Gluck, tant le Germanique avait rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© le style lyrique français


 

 

Bruno Procopio : de Rameau Ă  Sacchini, de LiĂšge… Ă  Rio de Janeiro

procopio_bruno_chemise_bleueBruno Procopio s’est forgĂ© une trĂšs solide rĂ©putation comme ramiste fervent et engagĂ© : il l’a dĂ©montrĂ© encore Ă  Cuenca en Espagne (Castilla La Mancha) au dernier festival de PĂąques (Semana de MĂșsica religiosa de Cuenca, avril 2014. Voir notre reportage vidĂ©o : Bruno Procopio dirige Ă  Cuenca les Grands Motets de Rameau) : les grands motets de Rameau, offrande de jeunesse d’un compositeur gĂ©nial, ont bouleversĂ© l’audience ibĂ©rique en avril dernier, retrouvant la star baroque ibĂ©rique, Maria Bayo (inoubliable interprĂštre de La Calisto de Cavalli version RenĂ© Jacobs). A LiĂšge en dĂ©cembre prochain, Bruno Procopio s’engage Ă  dĂ©fendre l’enjeu symphonique des ballets et ouvertures des opĂ©ras de Rameau. En mars 2015 Ă  Rio, le jeune maestro, esprit articulĂ© expressif, taillĂ© pour l’opĂ©ra, comme il l’avait fait en dĂ©cembre 2012, de l’opĂ©ra comique facĂ©tieux L’Oro no compra amore de Marcos Portugal – le Rossini brĂ©silien- (ouvrage crĂ©Ă© Ă  Lisbonne en 1804 puis crĂ©Ă© Ă  Rio en 1811), dĂ©voilera une autre partition oubliĂ©e frappante par son raffinement dramatique. Sacchini s’y montre inspirĂ© par son sujet oĂč perce surtout la figure Ăąpre, haineuse, puissante de l’enchanteresse Armide dont l’orchestre rugissant, convulsif exprime les aspirations frustrĂ©es, les dĂ©sirs inapaisĂ©s, la souffrance de la guerriĂšre amoureuse… Sacchini y brosse en 1783 pour la Cour Ă  l’Ă©poque de Marie-Antoinette le portrait de la femme tiraillĂ©e, impuissante et submergĂ©e par la passion… mais finalement tendre et heureuse : un portrait de femme passionnant, une silhouette singuliĂšre qui annonce la future MĂ©dĂ©e de Cherubini Ă  l’extrĂ©mitĂ© du siĂšcle (1797). Pour cette rĂ©surrection d’un opĂ©ra de Sacchini de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique, Bruno Procopio suit la direction pionniĂšre de son ex professeur de clavecin, Christophe Rousset, lequel a rĂ©cemment dirigĂ© et enregistrĂ© Renaud de Sacchini (1783). Voir notre reportage vidĂ©o de Renaud de Sacchini...

 

 

 

 

Année Rameau 2014 : concerts, opéras, temps forts de septembre à décembre 2014LIEGE, Philharmonie. Le 14 décembre 2014, 20h
Suites de ballets et ouvertures des opéras de Rameau.
Il s’agit du mĂȘme programme que le disque « Rameau in Caracas » enregistrĂ© avec les instrumentistes du Simon Bolivar Symphonic Orchestra of Venezuela.

 

 

Programme :

Zoroastre, Tragédie Lyrique (Paris, 1756)
Ouverture
PremiÚre et DeuxiÚme Gavotte en rondeau, Acte I, ScÚne 3
Premier et DeuxiÚme Menuet, Acte II, ScÚne 4
Contredanse, Acte II, ScÚne 4
Entrée des Indiens, Acte II, ScÚne 4
Ballet Figuré, Air des Esprits Infernaux, Acte IV, ScÚne 5
Air des Esprits Infernaux, TrÚs vite, Acte IV, ScÚne 5
Loure, Acte III, ScĂšne 9
Ballet FigurĂ© – Air, Acte IV, ScĂšne 5
Premier et DeuxiÚme Passepied, Acte III, ScÚne 9
PremiÚre et DeuxiÚme Gavotte, Acte V, ScÚne 7

Dardanus, Tragédie Lyrique (Paris,1739)
Ouverture
Entrée pour les Guerriers, Acte I, ScÚne III
Premier et DeuxiÚme Tambourin, Prologue, ScÚne II

Naïs, Pastorale héroïque (Paris 1749)
Ouverture
Entrée Des Luteurs, Chaconne & Air de Triomphe

pause

Castor et Pollux, Tragédie Lyrique (Paris, 1737)
Ouverture
Air pour les AthlÚtes, Acte I, ScÚne III
TroisiÚme Air, Acte I, ScÚne IV - 2e Air, Acte II, ScÚne V
Premier et DeuxiÚme Tambourin, Acte I, ScÚne IV
Premier et DeuxiÚme Passepied, Acte IV, ScÚne II
Chaconne, Acte V, ScÚne VII

Acanthe et Céphise ou La Sympathie, Pastorale Héroïque (Versailles 1751)
Ouverture
Tambourin, Acte III
Contredanse, Acte III

Les Indes Galantes, Opéra-Ballet (Paris, 1735)
Chaconne, TroisiÚme Entrée : Les Sauvages, ScÚne VI

+ d’infos :
Pour la rencontre avec le public : le concert Rameau symphonique est prĂ©cĂ©dĂ© d’une rencontre avec Bruno Procopio, le 10 dĂ©cembre 2014 Ă  18h30.
Pour le concert du 14 décembre 2014 

 

 

 

Antonio_SacchiniRIO DE JANEIRO. Sala Cecilia Meireles, Rio de Janeiro
Les 21 et 22 mars 2015 Ă  20h
Largo da Lapa, 47 ‹Centro – Rio de Janeiro. ‹Tel.: (21) 2332-9223
Sacchini : Renaud, tragédie lyrique, 1783

Solistes :
Armide – Adriane Queiroz
Renaud – Geilson Santos
Hidraot – Leonardo Pascoa
Adraste, Arcas, Tissapherne, MĂ©gĂšre – Murillo Neves
MĂ©lisse – Nivea Raf
Doris, Antiope, Iphise – Mariana Lima

Brazilian Symphony Orchestra
ChƓur : Associação de Canto Coral do Rio de Janeiro
Bruno Procopio, direction

 

 

 

Castor et Pollux de Rameau en direct du TCE

mezzo_logoRameauMezzo, direct. Rameau : Castor et Pollux, le 15 octobre 2014, 19h30. Depuis le TCE Ă  Paris, Mezzo diffuse en direct l’opĂ©ra tragique de Rameau : Castor et Pollux (1754) dans la mise en scĂšne de Christian Schiaretti (Le Concert Spirituel, HervĂ© Niquet, direction).  ComposĂ© aprĂšs le choc d’Hippolyte et Aricie de 1733, Castor et Pollux commandĂ© par Louis XV, renouvelle le genre lyrique français par son Ă©criture raffinĂ©e, spectaculaire, profonde et tendre. La version de 1754, modifiant celle de la crĂ©ation en 1737, renforce encore les vertus dramatiques et expressives de l’opĂ©ra français alors trĂšs critiquĂ© au moment de la concurrence du buffa italien et de la Querelle des Bouffons. L’action inspirĂ© par l’idĂ©al des LumiĂšres et la loge maçonnique que frĂ©quente Rameau, suit une tension continue des tĂ©nĂšbres (chƓur funĂšbre d’entrĂ©e pleurant le corps mort de Castor, puis sublime priĂšre funĂšbre de TĂ©laĂŻre : « tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux, jours plus affreux que les tĂ©nĂšbres   ») jusqu’à la pleine lumiĂšre finale, celle de l’apothĂ©ose des jumeaux immortalisĂ©s grĂące Ă  leur vertu morale par Jupiter.

La nouvelle production de Castor et Pollux au TCE ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es Ă  Paris bĂ©nĂ©ficie de la fougue toujours enlevĂ©e d’HervĂ© Niquet. Restent la mise en scĂšne et le plateau vocal qui donneront au spectacle sa couleur finale.

LIRE aussi notre dossier spécial CASTOR et POLLUX de RAMEAU 

Castor et Pollux
Jean-Philippe Rameau

à l’affiche du TCE, Paris, du 13 au 21 octobre 2014

Tragédie lyrique en cinq actes (version de 1754)
Livret de Pierre-Joseph Bernard

Hervé Niquet direction
Christian Schiaretti mise en scĂšne
Florent Siaud  dramaturgie
Andonis Foniadakis  chorégraphie
Rudy Sabounghi  décors
Thibaut Welchlin  costumes
Laurent Castaingt  lumiÚres

John Tessier Castor
Edwin Crossley-Mercer Pollux
Omo Bello Télaïre
MichĂšle Losier PhƓbĂ©
Jean Teitgen Jupiter
Reinoud van Mechelen Mercure, un spartiate, un athlÚte
Hasnaa Bennani Cléone, une ombre heureuse
Marc Labonnette Un grand prĂȘtre

Le Concert Spirituel
ChƓur du Concert Spirituel

Jeudi 9 octobre 2014  19h
Une heure avec… l’équipe artistique du spectacle

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William Christie dirige ” Rameau, maĂźtre Ă  danser “

Christie William portrait 290Rameau, maĂźtre Ă  danser par William Christie : jusqu’au 22 novembre 2014. Sur les traces des Ă©blouissantes danseuses devenues lĂ©gendaires Ă  l’Ă©poque baroque, La Camargo ou Marie SallĂ©, que Rameau a su mettre en avant dans ses ballets Ă©clatants, William Christie et  ses Arts Florissants soulignent la verve enchanteresse du Dijonais sur la scĂšne chorĂ©graphique dans un nouveau programme … “Rameau maĂźtre Ă  danser”… c’est le titre prĂ©cis de ce nouveau spectacle façonnĂ© par les Arts Florissants. William Christie pour l’annĂ©e Rameau 2014 nous offre deux ballets Ă  redĂ©couvrir (tous deux reprĂ©sentĂ©s Ă  Fontenaibleau) dont un ballet peu connu (la Naissance d’Osiris) crĂ©Ă© pour la naissance du Dauphin, futur Louis XVI, le 12 octobre 1754. Avant la vogue Retour d’Egypte Ă  venir, Rameau aborde l’exotisme de l’AntiquitĂ© Ă©gyptienne en cĂ©lĂ©brant la naissance d’un dieu, Osiris.  Dieu majeur du panthĂ©on nilotique qui incarne, thĂšme central de la ferveur antique, la rĂ©surrection aprĂšs la mort. C’est selon la vision de Rameau, toujours soucieux de reprĂ©senter les mĂ©canismes et phĂ©nomĂšnes de la nature, une pastorale heureuse et rĂ©jouissante (commande royale oblige) oĂč Jupiter descend des cintres, interrompt la danse des bergers, pour annoncer l’évĂ©nement heureux : l’amour et les grĂąces s’associent aux mortels pour cĂ©lĂ©brer la naissance divine. rameau-maitre-a-danser-ballet-danseuse-william-christieNi spectaculaire fracassant, ni apparitions fantastiques (quoique) mais la seule et miraculeuse activitĂ© de la danse ; ici rĂšgne sans partage essor chorĂ©graphique (gigue, gavotte, sarabande, tambourins et menuets charmants) mais aussi incursion dĂ©veloppĂ©e de la pantomime. En pleine Querelle des Bouffons, oĂč les clans s’affrontent, les uns pour les Italiens, les autres pour la grande machine lyrique française, Rameau inflĂ©chit son style : il s’italianise (les deux ouvertures sont Ă  l’italienne : vif-lent-vif). William Christie prĂ©sente dans la continuitĂ© et comme le 2Ăšme acte d’un vaste opĂ©ra ballet, Daphnis et ÉglĂ© qui dans la vision scĂ©nographie de Sophie Daneman, ex soprano vedette des Arts Florissants, ici, metteur en scĂšne, poursuit l’enchantement musical, lyrique et dansĂ© d’Osiris…

rameau-maitre-a-danser-christie-william-dirigeLire notre compte rendu critique su spectacle Rameau, maßtre à danser (création en Caen en juin 2014). Prochaines dates de la tournée sous la direction de William Christie : 27 septembre (Mortagne au perche), puis 5 dates en novembre 2014 : Luxembourg (le 4), Moscou (les 6 et 7), Dijon (le 14), Londres (le 18), Paris, Cité de la musique, les 21 et 22 novembre. EN LIRE +

 

La Naissance d’Osiris, ballet en un acte
Daphnis et Eglé, pastorale
“Rameau, maĂźtres danser “, nouvelle production
William Christie, direction
Sophie Daneman, mise en scĂšne

APPROFONDIR : d’autres articles sur William Christie et Les Arts Florissants :

CD. Le Jardin de Monsieur Rameau
CD. Belshazzar
Atys 2011 : l’Ɠuvre au noir du Roi Soleil
Festival Dans les jardins de William Christie, 1Úre édition août 2012 

 

 

CD. Coffret Rameau 2014 (27 cd ERATO)

ERATO coffret Rameau 27 cdCD. Coffret Rameau 2014 (27 cd ERATO). Nul ce coffret Ă©vĂ©nement pour l’annĂ©e Rameau 2014 rĂ©capitule 40 ans d’interprĂ©tation ramĂ©llienne : comme souvent, les approches les plus pertinentes sont extrahexagonales, voire anglo-saxonnes… Paillard et Harnoncourt, puis McGegan et Gardiner, surtout William Christie qui rĂ©invente Rameau en lui restituant sa poĂ©tique symphonique singuliĂšre
 voilĂ  autant d’interprĂštes majeurs qui font de la rĂ©Ă©dition anniversaire Ă©laborĂ©e par Erato pour l’annĂ©e Rameau 2014 et en 27 cd, une somme Ă©vĂ©nement. Evidemment CLIC de classiquenews. Le coffret prend valeur d’odyssĂ©e discographique dĂ©voilant les jalons marquants de l’interprĂ©tation ramellienne depuis 40 ans – c’est dire son importance d’autant plus cruciale pour les 250 ans de la disparition du compositeur en 2014. Commençons par les pionniers, certes perfectibles mais si bien inspirĂ©s. Telle deux bornes rĂ©fĂ©rentielles, rĂšgnent en premiers marqueurs de rĂ©fĂ©rence propre aux annĂ©es 1970 : le Castor et Pollux d’Harnoncourt en 1972, puis Les Indes galantes par l’Ă©quipe française de Valence impliquĂ©e deux ans plus tard par Jean-François Paillard, en 1974.

CLIC_macaron_2014Reconnaissons Ă  Vienne, le flux expressif du premier dĂ©fenseur des instruments d’époque : sans parfaitement maĂźtriser l’intelligibilitĂ© de notre langue, Harnoncourt sait instiller avec le mordant parfois acide dont il a le secret, cette ossature interne intensĂ©ment dramatique qui creuse la profondeur poĂ©tique et tragique de la partition : les danses y acquiĂšrent un statut autre que celui de simples et artificielles pauses : la construction complexe avec choeurs gagnent le pari de la clartĂ© et l’orchestre sait mordre par son approche affĂ»tĂ©e. De fait Harnoncourt mĂȘme s’il n’a pas approfondi par la suite se rĂ©vĂšle le premier grand interprĂšte du Rameau dramaturge. En particulier sur instruments d’Ă©poque- ceux de son Concentus Musicus de Vienne-, restituant pour la premiĂšre fois des balances et des dynamiques expressives proches du XVIIIĂšme.

 

 

 

Joyaux ramélliens

 

Paillard jean francoisValence, 1974. Immense surprise que l’approche de Jean-François Paillard dont dĂ©jĂ  le conception du continuo, la volontĂ© de clartĂ© et de transparence du choeur, le choix de certains solistes dont l’inoubliable John Elwes (Tacmas, Adario), au timbre soyeux, clair, intelligible d’une tendresse hĂ©roĂŻque sans apprĂȘt (un modĂšle pour tous ceux qui viendront aprĂšs lui), indique la voie Ă  suivre pour la redĂ©couverte de Rameau. En 1974, sa lecture des Indes Galantes est bien celle pionniĂšre et fondatrice d’une vĂ©ritĂ© (Ă©quilibres tĂ©nues des pupitres, coloration humaine et nostalgique des ballets…) que bientĂŽt portera Ă  l’excellence William Christie, et que fort Ă©tonnament certains baroqueux actuels, parmi les plus rĂ©cents, continuent d’ignorer…  En comparaison, l’orchestre si lourd de l’OpĂ©ra de Paris avec Leppard en 1980 -lire ci aprĂšs) paraĂźt indigne de la scĂšne parisienne : « Papillon inconstant » est chez Paillard, d’une infinie poĂ©sie, instrumentalement, vocalement. Un modĂšle pour tous, par sa justesse, son Ă©lĂ©gance, Ă  dĂ©faut d’avoir tous les moyens. Mais l’esprit de Rameau rĂšgne aux cĂŽtĂ©s de Paillard (disparu en avril 2013) 
 remercions Erato d’en avoir gardĂ© la mĂ©moire.

En 1980, l’orchestre de l’OpĂ©ra de Paris dirigĂ© par Raymond Leppard ne partage pas malheureusement une telle Ă©thique instrumentale et ce malgrĂ© une distribution assez Ă©poustouflante comptant plusieurs chanteurs acteurs d’un aplomb psychologique exceptionnel : surtout Von Stade, puis Eda-Pierre et le royal  Van Dam. … soit des valeurs sĂ»res du star systĂšme d’alors, son Dardanus est de facto orchestralement hors sujet : empĂątĂ©, sirupeux, restituĂ© de façon confuse et approximative (le clavecin bavard Ă  souhait comble un manque de rigueur scientifique);  en cela vite dĂ©passĂ© par les baroqueux de la gĂ©nĂ©ration suivante : plus lĂ©gers, fins, prĂ©cis,  caractĂ©risĂ©s,  mordants. Triste constat pour les Français Ă  propos de leur patrimoine. Les avancĂ©es viennent outre Manche, de la part de deux britanniques Mc Gegan et Gardiner, avant le NewYorkais – et français de coeur-, Christie.

nicholas_mcgeganLe miracle londonien de Nicholas McGegan (nĂ© en 1950). Si en 1980, l’OpĂ©ra de Paris assĂšne un Rameau ampoulĂ©, instrumentalement indĂ©fendable,  l’aurore des vertus stylistiques vient de Londres oĂč un mois aprĂšs Leppard Ă  Paris,  l’exceptionnel et flamboyant Mc Gegan, – trentenaire d’une insolente certitude en dĂ©cembre 1980, enregistre le plus inventif et le plus irrĂ©sistible des opĂ©ras hĂ©roĂŻques et pastoraux conçus en 1749 par le duo Cahusac et Rameau : NaĂŻs.  D’un ouvrage commandĂ© pour la Paix, les auteurs trĂšs Ă  la mode et particuliĂšrement inspirĂ©s conçoivent un drame musical au souffle jamais Ă©coutĂ© jusque lĂ , ou l’inventivitĂ© mĂ©lodique de Rameau engendre une partition comme son sujet sur l’amour de Neptune,  d’une continuitĂ© fluviale et ocĂ©anique gorgĂ©e d’Ă©nergie permanente.  La force vient lĂ  encore de l’intelligence de la conception musicale qui imprime un dĂ©veloppement organique nouveau,  les sĂ©quences (courts airs,  rĂ©citatifs alanguis et extatiques,  choeurs de rage,  ballets fusionnĂ©s Ă  l’action) semblent se dĂ©duire les uns des autres en une perspective sonore unique qui se mĂ©tamorphose au fur et Ă  mesure du temps dramatique.  La poĂ©sie du propos (Neptune foudroyĂ© donc humanisĂ© par l’amour que suscite la belle nymphe NaĂŻs), l’Ă©clat et la profondeur du geste global dont un orchestre aux vrais accents d’Ă©poque (bois insolemment savoureux : hautbois et bassons saisissants), mais aussi deux chanteurs idĂ©alement touchants par leur sobriĂ©tĂ© et leur tendresse font toute la valeur de cet enregistrement britannique absolument majeur.  La seule rĂ©serve vient de la langue,  parfois d’une articulation molle ou trop sombre malgrĂ© un sens inouĂŻ de la caractĂ©risation individuelle : que ce Neptune humanisĂ© en tĂ©nor a de grĂące et d’ardeur hĂ©roĂŻque,  sans compter NaĂŻs dont l’air du II : « je ne sais quel ennui me presse » reste l’un des plus inspirĂ©s de Rameau.

Gardiner john eliot sir bach rameauOutre la PlatĂ©e revigorante (Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre rĂ©ellement poĂ©tique et trouble) de Minkowski – qui depuis a bien perdu en profondeur ramĂ©llienne : ses rĂ©centes BorĂ©ades de 2014 – brouillonne, dĂ©monstratives donc creuses-, n’ont guĂšre convaincu-, le champion absolu aux cĂŽtĂ©s des McGegan et avant Christie, demeure « l’autre Britannique », Sir John Gardiner (nĂ© en 1943). Dans le sillon du formidable NaĂŻs de son compatriote McGegan, Gardiner dirige alors les grands Rameau au festival d’Aix en 1980, bĂ©nĂ©ficiant de stars (dont Jessye Norman en PhĂšdre pour Hippolyte en 1983 : hĂ©las l’enregistrement n’a jamais Ă©tĂ© commercialisĂ© mĂȘme s’il existe
) ou justement l’ultime ouvrage de Rameau, rĂ©pĂ©tĂ© mais interdit finalement Ă  cause de son livret trop audacieux et irrĂ©vĂ©rencieux mĂȘme : Les BorĂ©ades de 1982. Erato dans la foulĂ©e des soirĂ©es aixoises a enregistrĂ© cet absolu discographique guĂšre Ă©galĂ© depuis : tant par le style nerveux et souple de l’orchestre (scintillements et audaces cynĂ©gĂ©tiques – cors et clarinettes- de l’ouverture – formidable contredanse en rondeau qui ferme le I : tonicitĂ©, mordant, souplesse chorĂ©graphique disent ici l’absolu libertĂ© de l’écriture orchestrale), tempĂ©rament des solistes (l’Alphise de Jennifer Smith y incarne avec finesse et gravitĂ©, l’amour douloureux de la reine de Bactriane avec une profondeur psychologique bouleversante ; elle chantera plus tard La Folie dans PlatĂ©e de Minko en 1988-, Philip Langridge, John Aller, François Le Roux
), au mĂ©rite de Gardiner revient aussi la sensibilitĂ© instrumentale, hautement dramatique de la direction. Les annĂ©es 1980 ont Ă©tĂ© dĂ©cisives pour Rameau. L’enregistrement prend mĂȘme valeur de premiĂšre mondiale car l’opĂ©ra ne fut jamais crĂ©Ă© l’annĂ©e oĂč meurt Rameau en 1764: sa modernitĂ© et ses Ă©clairs instrumentaux rejaillissent ici de façon superlative. Encore un joyau qui accrĂ©dite la valeur de la box Erato.

Christie William portrait 290La rĂ©volution interprĂ©tative vient d’un maĂźtre absolu en l’occurrence William Christie  : c’est qu’en plus de la force tendre de son orchestre, Bill cultive comme personne le souci de l’Ă©loquence linguistique et du verbe, le nerf et la nostalgie des danses, l’effusion tendre du sentiment amoureux de forme pastorale. Son Hippolyte et Aricie enregistrĂ© Ă  Garnier en 1995 s’impose enfin par la somptuositĂ© incisive,  opulente,  rageusement dramatique comme superbement chorĂ©graphique et d’une poĂ©sie nostalgique dans les ballets et divertissements, de l’orchestre des Arts Florissants dont on sent bien que le chef fondateur en a rĂ©glĂ© le moindre effet, le plus initime accent, la nuance la plus tĂ©nue… c’est une version premiĂšre de rĂ©fĂ©rence. Comme l’est Les BorĂ©ades de Gardiner, rĂ©alisĂ© 12 ans auparavant. Evidemment, la PhĂšdre de Lorraine Hunt y brille d’un Ă©clair intĂ©rieur bouleversant, convoquant chez Rameau toutes les hĂ©roĂŻnes tragiques de Racine.

Diction superlative et structurante, plateau de solistes d’un relief individualisĂ©… la vision du chef souverain rĂ©tablit la violence racinienne des passions contenues dans le premier opĂ©ra de Rameau (1733) qui frappe tout autant par son invention audacieuse, dĂ©lirante,  fantastique (sublime acte des enfers). Voici restituĂ© le gĂ©nie de Rameau rĂ©inventeur de la tragĂ©die baroque française dont il fait un spectacle total.

MĂȘme Ă©vidence irrĂ©sistible pour ses FĂȘtes d’HĂ©bĂ© (live de 1997) qui dĂ©livre la mĂȘme magie envoĂ»tante mais sur un canevas autre, celui tout aussi abouti convaincant et expĂ©rimental de l’opĂ©ra ballet. L’ouvrage de 1739 trouve ici les qualitĂ©s distinctives de son Hippolyte : profil convaincant des protagonistes (mĂȘme si l’on trouve parfois l’Hippolyte de Padmore un rien trop minaudant, une once affecté ,  pulsation Ă©nergisante et organique d’un orchestre flamboyant et si finement caractĂ©risĂ© qui rĂ©alise l’unitĂ© et la profonde continuitĂ© des 3 entrĂ©es chacune – poĂ©sie,  musique, danse-, affirmant le raffinement de chaque discipline sans attĂ©nuer l’intelligence de la totalitĂ©. Sophie Daneman,  Paul Agnew s’y montrent entre autres irrĂ©sistibles,  comme dans La Guirlande, acte de ballet enregistrĂ© en 2000 avec le mĂȘme esprit raffinĂ©, dĂ©licat, pĂ©tillant mĂȘlĂ© Ă  la grĂące la plus tendre : oĂč a-t-on Ă©laborĂ© un Rameau aussi humain, nostalgique,  trĂ©pidant?  C’est bien tout le charme d’une Ă©poque sensuelle et raffinĂ©e dont La Pompadour amie maĂźtresse du roi Ă©tait alors la grande organisatrice
 ayant trouvĂ© en Rameau, son ambassadeur le mieux inspirĂ©.

NicholasMcGegan450pxEn 1997, retour d’un McGegan qui rĂ©cidive non plus au service d’un drame hĂ©roĂŻque Ă  grand effectif mais dans la miniature d’un acte de ballet : Pigmalion. 17 ans aprĂšs un Nais Ă©poustouflant par son souffle Ă©pique ou Neptune apprend l’amour le dieu y est incarnĂ© par un tĂ©nor tendre: (superbe option), le chef affirme une profondeur poĂ©tique et amoureuse comme davantage ciselĂ©e : sans perdre sa superbe vivacitĂ©,  McGegan l’un des premiers ramelliens qui compte avant Gardiner caresse chaque inflexion du hĂ©ros frappĂ© impuissant dĂ©muni face au miracle de l’amour. La justesse de la direction produit les mĂȘmes prodiges que NaĂŻs mĂȘme si lĂ  encore le Britannique ne maĂźtrise pas comme Christie l’Ă©loquence tendue et sculptĂ©e de la langue,  choix des chanteurs oblige.  Mais l’intention,  le style Ă  dĂ©faut d’une accentuation parfaite rejoignent ici la totale comprĂ©hension du chef face Ă  la source premiĂšre de la magie ramellienne: sa musique d’un raffinement et d’une Ă©lĂ©gance suprĂȘmes. Il n’y a qu’à Ă©couter comment le maestro (trop absent en France) exprime la mĂ©tamorphose de Pigmalion dans le seul flot organique et continu de la divine musique, celle des ballets de plus en plus inspirĂ©s, lĂ©gers, aĂ©riens
 L’enregistrement confirme les affinitĂ©s de McGegan et de Rameau.

minkowski marcLa suite d’aprĂšs les Surprises de l’Amour, donc succession de sĂ©quences purement orchestrales qui en soit est un pari lĂ©gitime car il dĂ©montre Ă  juste titre l’ampleur du gĂ©nie symphonique de Rameau, montre un Marc Minkowski fidĂšle Ă  lui-mĂȘme, limitĂ© dans ses effets… pĂ©taradants. Certes vivace mais essentiellement dĂ©monstratif : c’est enlevĂ© mais creux. VoilĂ  une limite singuliĂšrement discriminante pour le chef des Musiciens du Louvre qui chez Rameau oĂč il faut de la profondeur (McGegan, puis Gardiner et Christie se sont rĂ©vĂ©lĂ©s sur ce registre dĂ©cisifs), se borne Ă  dĂ©fendre une machinerie instrumentale riche en surenchĂšre : ses Ă©pisodes langoureux manquant spĂ©cifiquement de ce trouble et de cette grĂące qui font le charme inĂ©narrable de William Christie (Ă©couter ici ZĂ©phyre ou la Guirlande oĂč le pastoralisme qui exprime la fusion des coeurs en extase avec le sĂ©millant chant des oiseaux, marque un point d’accomplissement de l’esthĂ©tique Pompadour : moins creux justement que veut bien nous le faire accroire les commentateurs jamais en reste d’une vision rĂ©ductrice et schĂ©matique par mĂ©connaissance : nostalgique et d’une pudeur mariĂ©e Ă  l’élĂ©gance la plus pure). Evidemment la PlatĂ©e de Minko, avec l’incomparable Jennifier Smith, remplacĂ©e ensuite sur la scĂšne par Delunsch et surtout l’exceptionnelle Annick Massis-, reste le joker indiscutable du chef des Musiciens du Louvre : la comĂ©die sarcastique et cynique va bien Ă  sa direction lĂ  encore plus mordante que profonde


Christie_William_dirigeant_rameau_faceChristie : l’accomplissement symphonique et la poĂ©sie souveraine. La poĂ©tique et l’esthĂ©tique que dĂ©veloppe William Christie et ses Arts Florissants Ă  l’encontre de Rameau demeure certainement l’apport le plus convaincant dans l’interprĂ©tation ramĂ©llienne depuis les 20 derniĂšres annĂ©es. Le chef inscrit Rameau dans une ambition symphonique qui montre Ă  quel point l’orchestrateur hĂ©doniste et sensuel Ă©gale l’audace du thĂ©oricien savant et expĂ©rimental
  A l’appui de son Zoroastre, tout autant dramatique et orchestralement trĂšs abouti, n’écoutez que la derniĂšre partie des FĂȘtes d’HĂ©bĂ© pour comprendre tout ce que peut apporter Bill l’enchanteur Ă  la lyre ramĂ©lienne : ce drame sous jacent qui souterrain enracine les personnages dans une tragĂ©die prĂ©alable, d’une infinie pudeur, d’une expression Ă  l’élĂ©gance alliant, combinaison si rare ailleurs, raffinement, naturel, sincĂ©ritĂ©. L’équilibre sonore des instrumentistes des Arts Florissants mariĂ©s Ă  l’éloquence mĂ©ditative des choeurs achĂšvent de produire un tableau d’un dramatise irrĂ©sistible. La fin de la seconde entrĂ©e La Musique puis enchaĂźnĂ©e, la IIIĂšme entrĂ©e : La Danse, sous la direction de Christie dĂ©voile une profondeur d’intention insoupçonnĂ©e : une grĂące sombre, un esthĂ©tisme  idĂ©al dĂ©jĂ  crĂ©pusculaire, les ors scintillants et l’ombre mystĂ©rieuse Ă  la fois. La direction d’un maestro hautement inspirĂ© rĂ©tablit le dĂ©veloppement organique du flot musical : chaque sĂ©quence semble naĂźtre de la prĂ©cĂ©dente, indiquant une vaste perspective purement musicale qui unit toutes les parties et vainc la tentation de la fragmentation : voilĂ  qui rĂ©tablit ce souci de la cohĂ©rence interne d’un Rameau immense symphoniste, prĂ©berlozien en somme (cf. l’ivresse opulente du Tambourin en rondeau qui revendique la suprĂ©matie de la seule musique emportĂ©e par l’énergie dansante ; idem pour l’arabesque frĂ©nĂ©tique, subtilement enjouĂ©e de la Contredanse finale). Une filiation prĂ©romantique qui accrĂ©dite encore grĂące Ă  la vision de William Christie, la modernitĂ© inclassable de Rameau le rĂ©formateur.  Avec Bill, ce Rameau poĂšte et coloriste approche Ă©videmment non plus le Boucher lascif (et quand mĂȘme malgrĂ© sa virtuositĂ© chromatique, essentiellement dĂ©coratif) mais plutĂŽt par ce miroitement de teintes nuancĂ©es et rares, l’éclat lunaire et cuivrĂ©, nostalgique et introspectif,- saturnien donc infiniment mystĂ©rieux- de 
 Watteau. Du dĂ©but Ă  la fin de ces FĂȘtes d’HĂ©bĂ©, la clartĂ© et l’esthĂ©tisme de la direction saisit par son Ă©lĂ©gance, son panache dramatique, sa frĂ©nĂ©sie nerveuse (pulsion et vitalitĂ© de l’air « L’objet qui rĂšgne dans mon Ăąme » d’un Mercure – Jean-Paul FauchĂ©court Ă  la diction irrĂ©sistible : l’orchestre des Arts Flo s’y montre d’une souplesse proche du sublime !). Un accomplissement qui se rapproche Ă©videmment par l’intelligence de la vision de son Hippolyte et Aricie, pour nous d’une profondeur et d’une sincĂ©ritĂ© poĂ©tique inĂ©galĂ©e.

Il manque Ă  cette quasi intĂ©grale des oeuvres lyriques majeures de Rameau, le fameux Castor et Pollux de Christie Ă©ditĂ© chez un autre label
 mais, pour McGegan et Gardiner anthologique, Paillard immensĂ©ment touchant, surtout Christie ardent et sincĂšre ambassadeur de la poĂ©tique ramĂ©llienne, le coffret de 27 cd Ă©ditĂ© par ERATO pour l’annĂ©e Rameau 2014 est l’évĂ©nement incontournable de cet an de cĂ©lĂ©bration aux apports divers.

ERATO coffret Rameau 27 cdRAMEAU 2014 : The opera collection, 27 cd ERATO. Christie : Hippolyte et Aricie, Les FĂȘtes d’HĂ©bĂ©, Zoroastre, La Guirlande, ZĂ©phyre. Gardiner : Les BorĂ©ades. Harnoncourt : Castor et Pollux. Leppard : Dardanus. Minkowski : Les Surpises de l’Amour (suite orchestrale), PlatĂ©e. McGegan : NaĂŻs, Pigmalion. Paillard : Les Indes Galantes.

Versailles. Exposition Rameau, jusqu’au 3 janvier 2015

expo rameau versailles 2014Versailles. Exposition Rameau et son temps : 20 septembre 2014 > 3 janvier 2015: Harmonie et LumiĂšres. La Ville de Versailles consacre au compositeur Jean Philippe Rameau, disparu il y a 250 ans (le 12 septembre 1764), une grande exposition organisĂ©e par la BibliothĂšque municipale et prĂ©sentĂ©e dans la Galerie de l’HĂŽtel des Affaires Ă©trangĂšres de Louis XV, siĂšge de la bibliothĂšque depuis 1803. L’exposition (entrĂ©e libre) se dĂ©ploie sur les cinq salons d’apparat de la Galerie. Il n’en faut pas moins pour Ă©voquer l’univers sonore et visuel du plus grand gĂ©nie musical du XVIIIĂšme dont comme le rappelle l’affiche de l’exposition versaillaise, le dĂ©ploiement spectaculaire et le raffinement comme la poĂ©sie atteignent un sommet sous le rĂšgne de Louis XV… et grĂące au soutien de La Pompadour. Ballets, thĂ©Ăątre, passions et dĂ©flagrations guerriĂšres jusqu’aux phĂ©nomĂšnes naturels finement observĂ©s par un thĂ©oricien inouĂŻ (tremblements de terre, reflux et dĂ©bordements de fleuve, tempĂȘtes et orages… rien ne manque sur la scĂšne de Monsieur Rameau : il a fait de l’opĂ©ra une machine enchanteresse soucieuse de sens comme maĂźtresse des sens… Les 5 salles ou salons de l’exposition offre des clĂ©s d’accĂšs pour se familiariser avec un monde flamboyant et une carriĂšre atypique… Le premier Ă©voque la pĂ©riode parisienne de Rameau, son TraitĂ© d’harmonie, le salon de son protecteur, Alexandre Le Riche de La PoupliniĂšre, tout en Ă©voquant le contexte intellectuel et artistique intense, voire agitĂ© et polĂ©miste de l’époque (idĂ©es des LumiĂšres, dĂ©bats thĂ©oriques, Querelle des Bouffons…). Les salles suivantes illustrent ses diffĂ©rents opĂ©ras, les lieux et les personnages qui les entourent : dessins et maquettes de dĂ©cors, mises en scĂšne, costumes, instruments de musique, tableaux, objets, livrets et partitions, documents originaux


MusĂ©ographie. L’exposition de Versailles Ă©voque concrĂštement Jean-Philippe Rameau et son Ɠuvre (contours de l’homme lui-mĂȘme, mais encore  Ă©vocation de l’époque et des milieux intellectuels et artistiques dans lesquels il a Ă©voluĂ©, et dont il fut un des acteurs phares). Sa musique fut jouĂ©e Ă  la Cour et Ă  Paris, abondamment critiquĂ©e, surtout applaudi par le plus grand nombre. Dans l’exposition sont surtout prĂ©sents les personnages qui ont accompagnĂ© le compositeur dans sa carriĂšre et au-delĂ  : rois et princes, mĂ©cĂšnes, dĂ©fenseurs, adversaires farouches. La musique elle mĂȘme est mise en avant de façon concrĂšte : les instruments, et parmi eux l’un des plus cĂ©lĂšbres clavecins de l’époque, celui de Donzelague, les costumes de scĂšne, les reprĂ©sentations d’opĂ©ra jusqu’à nos jours Ă  travers les maquettes, tableaux, dessins, gravures, photos et vidĂ©os
 participent Ă  l’intĂ©rĂȘt de l’exposition Rameau de Versailles. Jusqu’au 3 janvier 2015. EntrĂ©e libre.

1Ăšre salle : Rameau et Paris, ou la reconnaissance (1722-1733)

Contexte : Un nouveau rĂšgne, celui de Louis XV et le retour dĂ©finitif de Rameau Ă  Paris. ƒuvres : les premiers traitĂ©s de Rameau dont Le TraitĂ© de l’Harmonie, Rameau thĂ©oricien de la musique et ses prĂ©dĂ©cesseurs ; le renouveau musical dans lequel s’inscrit Rameau ; ses premiĂšres Ɠuvres ; une sociĂ©tĂ© nouvelle incarnĂ©e par Alexandre Le Riche de La PoupliniĂšre, son mĂ©cĂšne. La Foire Saint Germain et ses thĂ©Ăątres

2Ăšme salle : Rameau et l’AcadĂ©mie royale de musique, ou la cĂ©lĂ©britĂ© (1733-1745)

Contexte : Hippolyte et Aricie, premier opĂ©ra de Rameau prĂ©sentĂ© Ă  l’AcadĂ©mie Royale de Musique, ancĂȘtre de l’OpĂ©ra de Paris, consacre sa cĂ©lĂ©britĂ© au seuil de la cinquantaine. ƒuvres : Hippolyte et Aricie, tragĂ©die lyrique, les parodies qu’elle a inspirĂ©es, Les Indes galantes (premier opĂ©ra-ballet de Rameau), Castor & Pollux, Dardanus. L’AcadĂ©mie royale de musique

3Ăšme salle : Rameau et Versailles, ou la gloire (1745-1752)

Contexte : la victoire de Fontenoy, les deux mariages du Dauphin, l’arrivĂ©e de la marquise de Pompadour Ă  Versailles. Sont Ă©voquĂ©s ici les liens qu’entretiennent Rameau et la cour, notamment les opĂ©ras qui y furent jouĂ©s.
ƒuvres : La Princesse de Navarre (Rameau et Voltaire), PlatĂ©e, Le Temple de la Gloire, Les Surprises de l’Amour, … La Salle du manĂšge

4Ăšme salle : Rameau et les LumiĂšres, ou la controverse (1752-1770)

Contexte : dĂšs le succĂšs d’Hippolyte et Aricie, la musique de Rameau suscite des rĂ©actions passionnĂ©es qui culminent avec la querelle des Bouffons et les dĂ©bats qui entourĂšrent la rĂ©daction de l’EncyclopĂ©die. Anoblissement puis dĂ©cĂšs de Rameau le 12 septembre 1764. PersonnalitĂ©s : Rousseau, Diderot, d’Alembert. L’OpĂ©ra de Versailles

5ùme salle : Rameau d’un siùcle à l’autre, ou la renaissance

Redécouvertes et évocation de Rameau, de la fin du XIXe siÚcle à 2014.

Surface d’exposiiton : 400 m2
Lieux de provenance des prĂȘts : Paris, Moulins, Lyon, Besançon, Versailles, AsniĂšres/Oise, Pontoise Commissariat : Christophe Thomet, conservateur en chef chargĂ© du Patrimoine, BibliothĂšque municipale de Versailles
Commissariat scientifique : BenoĂźt Dratwicki, Directeur artistique, Centre de Musique Baroque de Versailles Avec le concours exceptionnel de la BibliothĂšque nationale de France.
Nombre d’Ɠuvres exposĂ©es : 100

expo rameau versailles 2014Catalogue : Rameau et son temps, harmonie et LumiĂšres, Editions Magellan, 2014, 100p. 20€. Sommaire indicatif : Programmer Rameau en 2014 par BenoĂźt Dratwicki. Rameau le musicien philosophe par MĂ©lanie Traversier. Jean-Philippe Rameau, naissance d’une Ɠuvre par Jean Duron. Les thĂ©Ăątres comiques et la vogue de la parodie Ă  l’époque de Rameau par Pauline BeaucĂ©. Hippolyte & Aricie ou La Belle-mĂšre amoureuse par Jean-Philippe Desrousseaux. Les spectacles de l’OpĂ©ra Ă  l’époque de Rameau, d’aprĂšs les maquettes de Piero Bonifazio Algieri par JĂ©rĂŽme de La Gorce. Remarques curieuses, sur la prĂ©sence de Jean-Philippe Rameau dans la presse de son temps par Pierre Saby. La lente redĂ©couverte de Rameau aux XIXĂšme et XXĂšme siĂšcles, par Patrick Florentin


Versailles. Exposition Rameau et son temps : 20 septembre 2014 > 3 janvier 2015: Harmonie et LumiĂšres. EntrĂ©e libre. Galerie des Affaires Ă©trangĂšres – BibliothĂšque municipale de Versailles. 5, rue de l’IndĂ©pendance amĂ©ricaine – 78000 Versailles – TĂ©l. : 01 39 07 13 20

Sélection des oeuvres exposées :

Antoine Danchet (1671-1748), Le Sacre de Louis XV, roy de France & de Navarre, dans l’Ă©glise de Reims, le dimanche XXV octobre MDCCXXII. [Paris, s.n., 1723], Versailles, BibliothĂšque municipale, RĂ©s. in-fol I 210 d. Livre de fĂȘte reliĂ© de maroquin rouge aux armes de Louis XV.

TraitĂ© de l’harmonie rĂ©duite Ă  ses principes naturels [...]. Paris, Ballard, 1722 [Suivi de :] Nouveau systĂšme de musique thĂ©orique [...]. Paris, Ballard, 1726. Fondation Royaumont, BibliothĂšque musicale François-Lang, Coll. Patrick Florentin

Premier livre de piĂšces de clavecin [...], gravĂ©es par Roussel. Paris, l’auteur, Roussel, Foucault, 1706. Paris, BibliothĂšque nationale de France, Musique, RES VM7- 677

Pieces de clavessin avec une mĂ©thode pour la mĂ©chanique des doigts oĂč l’on enseigne les moyens de se procurer une parfaite exĂ©cution sur cet instrument [...] - Paris : Ch. Et. Hochereau : Boivin : l’auteur, [1724] Paris, BibliothĂšque nationale de France, Musique, D-8403 (1)

Cantates françoises Ă  voix seule avec simphonie…. GravĂ©es par Melle Roussel…. Livre premier. – Paris : l’auteur : Boivin : Le Clerc, [ca 1728]. Paris, BibliothĂšque nationale de France, Musique, VM7- 269

Pierre-Antoine Demachy (1723-1807) L’incendie de la Foire Saint-Germain, la nuit du 16 au 17 mars 1762, Huile sur toile. H. 50,8 x L. 45,6 cm. Collection particuliùre

 Maurice Quentin de La Tour (1704-1788) Portrait dit d’Alexandre Jean-Joseph Le Riche de La PoupliniĂšre (1693-1762), fermier gĂ©nĂ©ral, Pastel, H. 64,2 x L. 48,3 cm. Versailles, MusĂ©e national des chĂąteaux de Versailles et Trianon, MV8353 ; inv. dessins 229

Pierre Donzelague (1668-vers 1750) Clavecin Ă  deux claviers, signĂ© “Donzelague Ă  Lyon 1716″. Noyer, marqueterie de bois de couleur, laque noire, papier peint, huile sur bois. Lyon, 1716. Acquis par prĂ©emption avec souscription publique, 1978. L. 240 x I. 95 x H. 98 cm. Lyon, MusĂ©e des Tissus & MusĂ©e des Arts dĂ©coratifs, MAD

Petr Ƙezáč et Katia Ƙezáčová, Marionnettes de Phùdre et Hippolyte, Prague, 2013. Hauteur totale 190 cm. Centre de Musique Baroque de Versailles

Louis-RenĂ© Boquet (1717-1814), [Les Indes galantes : maquettes de costume], 1761 Mlle Dubois Phany Palla, Dessin : encre mĂ©tallogallique, 237 x 162 mm (avec cadre 34 x 26 cm). Paris, BibliothĂšque nationale de France, BibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra, D216 III-79

Pier Luigi Pizzi (1930-….). Rameau – Les Indes galantes : [maquettes de costumes],1983. Paris, BibliothĂšque nationale de France, BibliothĂšque-musĂ©e de l’OpĂ©ra, BMO ESQ PIZZI-361

Les Indes galantes / ZĂ©phyr : D – ONP – 52IG010. Costume de Georges WakhĂ©vitch pour le rĂŽle du ZĂ©phir dans Les Indes Galantes, opĂ©ra de Rameau, mise en scĂšne de Maurice Lehmann, OpĂ©ra national de Paris, 1952

PlatĂ©e / Mercure : D – ONP – 77PL004 Costume de Beni MontrĂ©sor pour le rĂŽle de Mercure dans PlatĂ©e, opĂ©ra de Rameau, mise en scĂšne de Henri Ronse, OpĂ©ra-Comique, 1977

Pierre-Adrien PĂąris (1745-1819), architecte du roi, peintre dĂ©corateur de l’AcadĂ©mie royale de musique, Projets de dĂ©cor de thĂ©Ăątre : Pont et porte d’entrĂ©e d’une ville monumentale pour l’opĂ©ra de Castor et Pollux et Arc de triomphe pour l’opĂ©ra de Castor et Pollux. Dessin : croquis Ă  la plume, 188 x 495 mm et dessin : croquis Ă  la plume, 176 x 136 mm. BibliothĂšque municipale de Besançon, vol. 483, n° 73 & 76

Piero Bonifazio Algieri (….-1764) Projet de dĂ©cor pour le finale de “Dardanus” de Jean-Philippe Rameau. Maquette en carton, avec gouache et rehauts d’or, H. 42,5 cm x la. 53,5 cm. Centre des monuments nationaux, chĂąteau de Champs-sur-Marne, n° inv. collection CMN : CSM1938003509

Nicolas de LargilliÚre (1656-1746) François-Marie Arouet de Voltaire, dit Voltaire (1694-1778), représenté ùgé de 24 ans en 1718. Huile sur toile. H. 79 x 64 cm. Versailles, Musée national des chùteaux de Versailles et Trianon, don M. Massimo Uleri

Louis-René Boquet (1717-1814), dessinateur, [Zoroastre : maquettes de costumes]. Dessins : plume et encre brune, aquarelle. Les Arts Décoratifs, Musée des Arts décoratifs, Paris

Versailles. Exposition Rameau et son temps : 20 septembre 2014 > 3 janvier 2015: Harmonie et LumiĂšres. EntrĂ©e libre. Galerie des Affaires Ă©trangĂšres – BibliothĂšque municipale de Versailles. 5, rue de l’IndĂ©pendance amĂ©ricaine – 78000 Versailles – TĂ©l. : 01 39 07 13 20

AccĂšs
Gare Versailles-Chantiers (direct depuis Paris Montparnasse)
Gare Versailles-Rive Droite (direct depuis La DĂ©fense ou Paris Saint-Lazare) RER C Versailles ChĂąteau-Rive gauche (direct depuis Paris Invalides) Autobus 171 Versailles Place d’armes (direct depuis Pont de SĂšvres) Autoroute A13 sortie « Versailles centre »

Horaires d’ouverture : du mardi au vendredi, de 14h Ă  18h / Le samedi, de 10h Ă  18h / FermĂ© le dimanche et le lundi. EntrĂ©e libre.

CD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002)

grands motets francais william christie ERATOCD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville par Les Arts Florissants, William Christie. Le coffret Erato tombe Ă  pic : fleuron de l’annĂ©e Rameau 2014, rĂ©capitulatif d’un legs discographique majeur, et tout autant, focus remarquablement persuasif sur un pan entier de notre rĂ©pertoire musical qui Ă©tait bien oubliĂ© jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1990
 jusqu’à ce que William Christie  ne s’en empare en dĂ©fricheur visionnaire et si justement inspirĂ© : le fondateur  et directeur musical des Arts Florissants rĂ©vĂšle l’humanitĂ© et la splendeur des Grands Motets français. Il en dĂ©voile mĂȘme l’exceptionnelle fortune aprĂšs les Lully et Lalande qui au XVIIĂšme en avaient portĂ© les fruits Ă  leur sommet expressif pour le faste de la Cour versaillaise de Louis XIV. Le dĂ©but du rĂšgne du Roi Soleil comme l’apparat quotidien de sa Chapelle s’expriment Ă©videmment dans l’essor du genre : le motet « à grand choeur » – selon la terminologie d’époque, incarne la solennitĂ© et la sincĂ©ritĂ© d’un rĂšgne qui se voyait universel et central. Or le coffret que (re)publie aujourd’hui ERATO, met en lumiĂšre la permanence voire l’évolution du genre qui dĂ©passe aprĂšs Louis XIV son cadre strictement versaillais.

C’est toute la pertinence du regard et du geste de William Christie et de ses flamboyants Arts Florissants, chƓur (si articulĂ©s et puissants) et instrumentistes (Ă©quilibre sonore somptueux) : le grand Motet suscite un intĂ©rĂȘt croissant du public, il est liturgique certes mais bientĂŽt jouĂ© pour les Ă©vĂ©nements religieux mais pas que (dynastiques et militaires
), applaudi surtout partout dans le royaume au Concert Spirituel et dans les acadĂ©mies en Province.

De plus orchestral, italianisant, et mĂȘme symphonique, le Grand Motet souligne l’ambition des auteurs inspirĂ©s par son langage et sa syntaxe : de la fin du rĂšgne de Louis XIV aux LumiĂšres, les enregistrements rĂ©alisĂ©s par William Christie illustre l’essor singulier de la forme tout au long du XVIIIĂšme : Campra, Desmaret, Rameau, Mondonville s’illustrent chacun dans sa propre Ă©criture, spectaculaire, sincĂšre, fervente.

William Christie dévoile le souffle irrésistible des Grands Motets


CLIC_macaron_2014Il y faut comme Ă  l’opĂ©ra, une maĂźtrise remarquable des grands effectifs. NĂ©s en 1660, quinquas Ă  la mort de Louis XIV, Desmaret et Campra insufflent au genre une couleur trĂšs personnelle ; d’autant plus dans le cas de Desmaret qui adresse en 1708 ses oeuvres depuis son exil Ă  Nancy, telle une formidable supplique au Souverain
 geste implorant et subtilement dĂ©monstratif comme Monteverdi lorsqu’ en 1611, il adressait ses VĂȘpres de la Vierge pour susciter l’intĂ©rĂȘt et la protection du Pape
 Pas de meilleur cadre fertile et Ă  fort potentiel, pour faire la preuve de ses capacitĂ©s. De fait, Louis XIV les apprĂ©cia et Desmarets put ĂȘtre fier de gagner cette Ă©preuve musicale.

Campra, mort en 1744 succĂšde Ă  Lalande comme sous-maĂźtre de chapelle Ă  Versailles en 
 1723.  Il est dĂ©jĂ  sexagĂ©naire : il recycle alors nombre de grands motets initialement Ă©crits pour les CathĂ©drales d’Aix et de Paris.

Rameau jean-philippe anniversaireNĂ© en 1683, dĂ©cĂ©dĂ© il y a 250 ans en 1764, l’infatigable et rĂ©formateur Rameau, en son gĂ©nie expĂ©rimental, « ose » le genre Motet avant l’opĂ©ra : de fait, ses Grands Motets, probablement composĂ©s pour Dijon, Lyon ou Clermont  et pour les salles de concert ou des Ă©vĂ©nements encore imprĂ©cis, attestent de sa maestriĂ  alors mĂȘme qu’il est jeune et qu’il ne s’est pas encore fixĂ© Ă  Paris (1722) : harmonie audacieuse, Ă©criture chorale Ă©poustouflante, airs italianisants d’une virtuositĂ© jamais vue jusque lĂ , les Grands Motets de Rameau Ă©tonnent et saisissent toujours par leur exceptionnelle et flamboyante originalitĂ©.

Rameau, maĂźtre Ă  danser par William ChristieSur les traces du moderne Rameau, Mondonville nĂ© en 1711 et mort en 1772, de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration que Louis XV, affirme comme Rameau, lequel est a lors engagĂ© sur le terrain de l’opĂ©ra, l’essor intact du genre Motet comme un cadre spectaculaire, propice au merveilleux et Ă  l’inĂ©dit. L’In exitu Israel, le De profundis – pourtant conçus pour la voĂ»te sacrĂ©e-, affirment l’éclat d’un nouveau gĂ©nie du genre, miraculeux en 1750 ; ils sont applaudis au concert, hors du contexte religieux : au Concert Spirituel, au Concert de Lille (le Dominus regnavit est d’ailleurs Ă©crit pour la salle lilloise), jamais les grands motets n’ont Ă©tĂ© aussi cĂ©lĂ©brĂ©s  par un large public de nouveaux mĂ©lomanes. La syntaxe des Grands Motets atteint un  raffinement inouĂŻ, une caractĂ©risation prĂ©cise de chaque verset comme le ferait un peintre d’histoire ; tout y est proche du texte, la musique en articule le souffle narratif, la suggestion spectaculaire (le reflux du Jourdain dans l’In exigu Israel vaut bien tempĂȘtes et tremblements de terre dĂ©crits exprimĂ©s par Rameau dans ses opĂ©ras). L’orchestre, Ă  partir de Rameau y gagne comme Ă  l’opĂ©ra, une ampleur progressive, souvent aux couleurs et accents irrĂ©sistibles.

Christie William portrait 290Ardent dĂ©fenseur de ce rĂ©pertoire, quasiment oubliĂ© avant qu’il ne s’y soit penchĂ©, William Christie saisit ici par la cohĂ©rence d’une regard qui s’étend sur des dĂ©cennies et que le coffret dans son exhaustivitĂ© recouvrĂ©e met en lumiĂšre : Ă  partir des annĂ©es 1990, le fondateur des Arts Florissant se dĂ©voue de toute son Ăąme Ă  la restitution complĂšte des Motets Ă  grand choeur, avec une ivresse sensuelle et un dramatise thĂ©Ăątral qui sait aussi prĂ©server la profondeur voire l’humaine sincĂ©ritĂ© des partitions. DĂšs 1994, ses Grands Motets de Rameau Ă©tonnent par leur dĂ©mesure flamboyante, leur autoritĂ© harmonique, leur audace formelle servies par un plateau de solistes indiscutables et des choeurs articulĂ©s, cohĂ©rents, dĂ©clamatoires
 saisissants. MĂȘme rĂ©ussite totale en 1996 pour un autre choc : Mondonville 
 dont alors on ne connaissait pas jusqu’au nom, et encore moins, au sein du grand public, les Ɠuvres pourtant frappantes par leur imagination : un sens de la grandeur et de la caractĂ©risation qui ne dĂ©pare pas aux cĂŽtĂ©s de l’immense Rameau. C’est dire. Puis comme remontant le temps et le fil d’une source impressionnante par la qualitĂ© des Ă©critures rĂ©vĂ©lĂ©es, Bill l’enchanteur ressuscite ce thĂ©Ăątre fervent de Desmaret (Grands Motets Lorrains de 1708 donc) en 1999, et les piĂšces non moins prenantes de Campra en 2002. Les 4 cd de ce coffret incontournable expriment l’Ɠuvre dĂ©cisive d’un chef de premier plan, sachant rĂ©unir autour de lui, une Ă©quipe inspirĂ©e, habitĂ©e, convaincante de bout en bout. Outre la majestĂ©, les Arts Florissants ici Ă  leur meilleur, ont la grĂące et l’humanitĂ© : une offrande interprĂ©tative qui Ă©blouit encore.  Coffret Ă©vĂ©nement.

CD. Grands Motets français. Desmaret, Campra, Rameau, Mondonville. Les Arts Florissants. William Christie (4 cd ERATO, 1994-2002).

agenda

Les Arts Florissants et William Christie sont en tournĂ©e en 2014 dans un programme mĂȘlant Grands Motets de Rameau et de Mondonville (avec une distribution prometteuse lĂ  encore comprenant quelques uns des derniers laurĂ©ats du Jardin de Voix, l’acadĂ©mie vocale fondĂ©e par William Christie et qui en rĂ©sidence tous les deux ans au ThĂ©Ăątre de Caen) : le 2 octobre Ă  la CitĂ© de la musique Ă  Paris, le 7 octobre Ă  la Chapelle royal de Versailles

 

CD. Rameau, Handel : Concertos pour orgue, PiĂšces pour clavecin… (ZaĂŻs, Paul Goussot, Paraty, 2013)

DOM BEDOS Rameau handel orgue PARATY visuel_cd_handelrameau_reelCD. Rameau, Handel : Concertos pour orgue, PiĂšces pour clavecin… (ZaĂŻs, Paul Goussot, Paraty, 2013). Attention, programme remarquablement audacieux. Et sur le plan interprĂ©tatif : quelle fulgurance dans un jeu Ă  la fois noble, gĂ©nĂ©reux et aussi percutant voire d’une mordante Ă©nergie ! Sans rĂ©serve, voici le cd que nous attendions pour l’annĂ©e Rameau 2014 : d’une plĂ©nitude enthousiasmante et par le choix de son programme, dans les Ɠuvres retenues et transcrites, l’expression la plus sincĂšre et la plus directe de cette furie musicale, doublĂ©e d’Ă©lĂ©gance propre au gĂ©nie ramĂ©llien : l’affinitĂ© des interprĂštes (instrumentises de l’ensemble ZaĂŻs et organiste) avec le compositeur est totale et aussi d’une inventive audace comme l’atteste l’intelligence des transcriptions proposĂ©e s’agissant des PiĂšces de Rameau, originellement pour clavecin et transfĂ©rĂ©es ici Ă  l’orgue.

 

CLIC D'OR macaron 200babel-benoit-zais-rameau-handel-D’abord au service du premier Concerto pour orgue de Haendel (HWV 309), la gravitĂ© (couleurs sombres d’un lugubre solennel grĂące aux bassons vrombissants) de l’Adagio & organo ad libitum captive dĂšs le dĂ©but ; la prĂ©cision mordante, -pulsionnellement  pertinente de l’Allegro qui suit montre Ă  quel point la musicalitĂ© rayonnante de l’ensemble ZaĂŻs (BenoĂźt Babel, direction) sait s’affirmer avec une exceptionnelle voluptĂ© assurĂ©e, complice Ă  chaque mesure de l’orgue bordelais, royal, et mĂȘme impĂ©rial dans sa dĂ©mesure rĂ©ellement impressionnante. De ce fait, la cohĂ©rence et l’Ă©quilibre dans la prise de son, rĂ©solvant l’ampleur rĂ©verbĂ©rante de l’orgue avec le relief des instrumentistes est exceptionnellement rĂ©ussie. Outre sa justesse artistique convaincante, le programme satisfait donc aussi sur le plan de sa rĂ©alisation technique, prĂ©servant une balance idĂ©ale malgrĂ© la disparitĂ© des instruments en jeu. Un exemple mĂȘme de naturel et de prise de son vivante. Bravo aux ingĂ©nieurs du son!

CĂŽtĂ© Rameau, le Portrait de La PopliniĂšre – clin d’Ɠil Ă  son protecteur parisien, est la premiĂšre transcription opĂ©rĂ©e : dans son transfert Ă  l’orgue accompagnĂ© par les musiciens de ZaĂŻs, elle ne perd rien  de son panache ni de son caractĂšre hautement enjouĂ©,  avec propre au jeu tout en finesse de l’organiste Paul Goussot, une nuance de facĂ©tie Ă©lĂ©gantissime : quelle intelligence dans le style. De facto on se prend Ă  imaginer comment Rameau jouait Ă  son Ă©poque, prĂȘt Ă  tous les risques, Ă  toutes les boutades provocantes (rapportĂ©es par ses contemporains)… Ă  tous les dĂ©lires d’un musicien – comme Haendel- : improvisateur hors pair… Comment jouait  Rameau Ă  son Ă©poque ? : probablement comme dans cet enregistrement qui ose cette Ă©vocation Ă  laquelle tous les spĂ©cialistes et les connaisseurs ont un jour pensĂ© !

 

 

Un Rameau inĂ©dit Ă  l’orgue

La monumentalitĂ© Ă  l’Ă©preuve de l’intimitĂ© facĂ©tieuse

 

Rameau_CarmontelleHĂ©las non transcrit Ă  l’orgue (ce qui aurait Ă©tĂ© tout autant lĂ©gitime car les tĂ©moignages rapportent que Rameau improvisait Ă  l’orgue d’aprĂšs ses propres mĂ©lodies lyriques), le souffle Ă©pique, de fiĂšre allure de la Ritournelle extraite du premier chef d’Ɠuvre lyrique, Hippolyte et Aricie saisit par son mordant aristocratique d’un dramatisme lui aussi irrĂ©sistible. L’ensemble ZaĂŻs est visiblement inspirĂ© par son sujet.
S’agissant des 3 PiĂšces pour clavecin en concerts du Livre IV  (La Forqueray, La Cupis, La Marais), le mĂȘme constat s’impose Ă  la faveur des interprĂštes : le gigantisme spatialisĂ© qui aurait pu noyer la fine expressivitĂ© et l’intelligence mordante voire satirique de chaque propos n’affecte en rien la prodigieuse invention de Rameau, ni ses qualitĂ©s chambristes ni son raffinement expressif. Orchestre et orgue accomplissent un prodige de conversation dialoguĂ©e qui Ă©tonne par son assise, sa clartĂ©, une superlative complicitĂ©. Chapeau bas. Energie et feu – voire embrasement- de la Forqueray ; intĂ©rioritĂ© pudique de La Cupis… ; festin Ă  tous les Ă©tages de La Marais. Les instrumentistes ne se brident pas : ils savent trouver ce naturel et cette libertĂ© du geste qui font tant dĂ©faut chez bon nombre de leurs confrĂšres.

paul-goussotSous les doigts aĂ©riens, magiciens de Paul Goussot, l’alternance des PiĂšces de Rameau avec les 3 Concertos pour orgue de Handel se rĂ©alise avec cohĂ©rence : l’exercice de la monumentalitĂ© s’y dĂ©ploie avec un naturel et une prĂ©cision au service de l’expressivitĂ© la plus fine. Le jeu habitĂ© et trĂšs intĂ©rieur de l’organiste (superbes respirations) fait valoir dans le grand format sonore, ses qualitĂ©s de dĂ©tails et de nuances. Voici un Handel certes majestueux mais si humain, si subtil. Comme son Rameau : fin, volubile, enjouĂ©. Programme superlatif, donc logiquement CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2014.

PARATY rameau handel babel benoit zais concertos pieces pour clavecin et orgueRameau : PiĂšces pour clavecin (Concerts III et IV, 1741, transcrits pour orgue et orchestre). Handel : Concertos pour orgue. Paul Goussot, grand orgue Dom Bedos 1748 (Ste-Croix de Bordeaux). ZaĂŻs. Benoit Babel, direction (1 cd Paraty). Enregistrement rĂ©alisĂ© en septembre 2013 Ă  l’Abbatiale Sainte-croix de Bordeaux, France. Parution annoncĂ©e mi octobre 2014.

 

 

ZAIS benoit babel

 

 

LIRE aussi notre ENTRETIEN avec BenoĂźt Babel, Ă  propos du cd Rameau & Handel

ECOUTER un extrait du cd Rameau & Handel sur le site du label Paraty

Rameau 2014. Aujourd’hui, 250ùme anniversaire de la mort de Jean Philippe Rameau (1683-1764)

RameauAujourd’hui, 250Ăšme anniversaire de la mort de Jean Philippe Rameau (1683-1764). Le 12 septembre 2014 marque le 250Ăšme anniversaire de la mort de Jean-Philippe Rameau, le plus grand gĂ©nie musical français du XVIIIĂšme. Contemporain de Bach, Haendel, Domenico Scarlatti (nĂ©s 2 ans aprĂšs Rameau), Jean-Philippe souffre toujours d’une stature d’érudit rĂ©actionnaire, odieusement critiquĂ© par Rousseau, puis contestĂ© et Ă©cartĂ© par Diderot et les EncyclopĂ©distes. Or le compositeur qui fut un thĂ©oricien de premier plan – il publie son TraitĂ© d’harmonie en 1722 l’annĂ©e de son installation Ă  Paris, n’a cessĂ© toute sa vie durant (qui fut longue car il meurt en 1764 Ă  l’ñge canonique de 80 ans), de dĂ©fendre l’art musical en se souciant toujours de l’invention de la forme et aspect moins connu, de l’intelligence poĂ©tique de ses livrets : sait-on suffisamment aujourd’hui que dans Les BorĂ©ades, son ultime opĂ©ra, Rameau y dĂ©nonce la torture ? ThĂšme trop explicite qui a probablement suscitĂ© les foudres de la censure royale.

AnnĂ©e Rameau 2014 : nos temps fort (opĂ©ras, concerts, ballets...)Rameau souffre en particulier de la disgrĂące actuelle pour l’opĂ©ra français du XVIIIĂš ; Ă  notre Ă©poque des lectures minimalistes, dĂ©calĂ©es, actualisĂ©es, l’essor des ballets, des dĂ©cors spectaculaires signifient pour beaucoup l’opulence passĂ©iste, superfĂ©tatoire d’un ordre rĂ©volu. L’homme moderne ne comprend plus le foisonnement dans les opĂ©ras de Rameau et de ses contemporains, des danses, du chant ornementĂ©, des costumes et des effets de scĂšnes et machineries de plus en plus spectaculaires
 La discorde avec Rameau se situe ici et l’enjeu des productions et spectacles Rameau en 2014 serait justement de rĂ©tablir sa modernitĂ© et sa justesse derriĂšre/malgrĂ© le surcroĂźt de danses, de divertissements, de dĂ©cors


Pourtant si l’on n’interroge que la musique, souveraine dans le cas de Rameau, l’auditeur se laisse irrĂ©sistiblement saisir par un thĂ©Ăątre sincĂšre qui exprime au plus juste les passions humaines et le langage du cƓur. Rameau n’a cessĂ© d’ĂȘtre un amoureux, parlant de sensualitĂ©, de serment Ă©prouvĂ©s, de tendresse cĂ©lĂ©brĂ©es ; il exprime comme nul l’autre, l’intensitĂ© de l’amour et la nostalgie que sa dissipation fait naĂźtre (comme en peinture, l’Ɠuvre de Watteau)


Sa derniĂšre oeuvre Les BorĂ©ades interdite en 1764 ne sera crĂ©Ă©e qu’en 1982 Ă  Aix en Provence, et rĂ©cemment Sylvie Bouissou dans sa biographie 2014, la plus complĂšte aujourd’hui, vient de dĂ©couvrir que la mĂ©lodie FrĂšre Jacques Ă©tait de la main de Rameau ! Combien d’autres dĂ©couvertes attendent le chercheur ? Sans omettre la figure de ce frĂšre cadet, Claude Rameau, compositeur et musicien comme Jean-Philippe, et peut-ĂȘtre plus prĂ©coce que lui, dont on ne sait encore que si peu de choses


Louis_XV_by_Maurice-Quentin_de_La_TourL’homme des 6 opĂ©ras – jalons majeurs pour comprendre l’évolution de la machine lyrique Ă  l’époque de Louis XV (Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux, Dardanus, Zoroastre, Les BorĂ©ades) demeure un rĂ©volutionnaire. Rameau aura rĂ©gner en gĂ©nie vĂ©nĂ©rĂ© prĂšs de 30 ans sur la scĂšne française : de 1733 avec Hippolyte Ă  1764 avec Les BorĂ©ades. Son opĂ©ra Samson Ă©crit avec Voltaire fut censurĂ© Ă  cause de son sujet sacrĂ© et la vĂ©hĂ©mence rentrĂ©e de son traitement. La part la moins Ă©tudiĂ©e demeure sa contribution aux ouvrages de divertissement pur destinĂ© aux Ă©vĂ©nements dynastiques de la Cour Ă  Versailles : opĂ©ras ballets ou comĂ©dies ballets (comme PlatĂ©e en 1745, partition avec laquelle il invente la comĂ©die musicale française)
 Rameau reprend Ă  son compte la fonction expĂ©rimentale d’un Lully quand il inventait l’opĂ©ra français pour Louis XIV et associait de façon nouvelle ballets et action tragique. Du reste, Rameau dĂ©montre de son vivant combien le langage musical est l’égal de la poĂ©sie et du thĂ©Ăątre. Les Racine et les Corneille y sont dĂ©passĂ©s mĂȘme ; les hĂ©ros de Rameau : Hippolyte, PhĂšdre, ThĂ©sĂ©e, Dardanus, Abaris ou Castor et Pollux valent bien des Cid, Titus et BĂ©rĂ©nice, Andromaque et Ester
 C’est le temps de La Pompadour, patronne des arts, amis des musiciens : la favorite rĂšgne surtout sur le cƓur de Louis XV auquel comme Rameau, elle rĂ©serve des plaisirs et divertissements toujours renouvelĂ©s. Ce fut le secret de sa permanence.

jelyotte TocquĂ©_Pierre_de_JĂ©lyotteOn le dit dur, inflexible, butĂ© : rien de tel en vĂ©ritĂ©. Comme les plus grands crĂ©ateurs et les peintres de gĂ©nie : Leonard, Titien, Poussin, David, Rameau rĂ©invente une forme pour chaque nouveau sujet. Amoureux des voix, il sait ĂȘtre souple face aux performances diverses des chanteurs : pour Pierre JĂ©lyotte (1713-1797, portrait ci-contre), il conçoit ses plus grands personnages lyriques : de Dardanus Ă  PlatĂ©e ! En homme des LumiĂšres, Rameau repoussent trĂšs loin les facultĂ©s expressives de l’orchestre (c’est le plus grand symphoniste de son temps), il envisage de nouvelles perspectives harmoniques pour la musique, ne cesse d’inventer de nouvelles formes thĂ©Ăątrales et scĂ©niques avec surtout un partenaire familier, Cahuzac. L’homme reste mystĂ©rieux, discret, d’une exigence supĂ©rieure. Son Ɠuvre parle pour lui : flamboyante et foisonnante, multiforme, poĂ©tiquement riche et intense, moderne. Au final, ses dĂ©tracteurs ont perdu : la subtilitĂ© de son thĂ©Ăątre ne cesse de produire surprises et enchantements. Le merveilleux qui s’efface aprĂšs Rameau, et que Mozart d’une certaine façon prolonge jusqu’à sa mort en 1791 (La FlĂ»te enchantĂ©e), fonde le succĂšs indiscutable de l’opĂ©ra français. Quand l’Europe s’entiche des Italiens et de leur verve bouffe, Versailles et Paris, grĂące Ă  Rameau offrent le meilleur rival de l’opĂ©ra napolitain envahissant : l’invention sans limite de Monsieur Rameau. A nous de le redĂ©couvrir et de le comprendre mieux.

A l’heure oĂč les reprises de Castor et Pollux se multiplient; quand nĂ©gligence dommageable pour Rameau, pas une tragĂ©die lyrique Ă  l’OpĂ©ra de Paris -ancĂȘtre quand mĂȘme de l’AcadĂ©mie royale de musique pour laquelle Ɠuvra tant Jean-Philippe-; quand William Christie et ses Arts Florissants poursuivent leur tournĂ©e internationale dĂ©diĂ©e aux Grands Motets et aux ballets mĂ©connus
 l’idĂ©e d’un bilan se prĂ©cise. C’est au terme des cĂ©lĂ©brations de l’annĂ©e Rameau 2014, c’est Ă  dire en dĂ©cembre 2014 ou janvier 2015 que l’on pourra dessiner une conclusion Ă  l’anniversaire Rameau 2014. Le rendez vous est pris. Pour l’heure, retrouvez ici mĂȘme, les 5 feuilletons de notre cycle Rameau 2014. La semaine prochaine : Rameau, gĂ©nie tragĂ©dien
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discographie rĂ©cente : 6 nouveaux titres parus en 2014 …

Les FĂȘtes de l’Hymen et de l’Amour par HervĂ© Niquet
Requiem pour Mr Rameau par Skip Sempé
Les Indes Galantes par Hugo Reyne
Rameau : le grand thĂ©Ăątre de l’amour (Sabine Devielhe)
Dardanus, version 1744 par Pygmalion
Le jardin de monsieur : florilĂšge d’airs lyriques du XVIIIĂš par le Jardin des Voix 2013, Les Arts Florissants et William Christie

CD de référence :

Castor et Pollux par William Christie (la référence inégalée au sein de la discographie ramélienne)
PiĂšces pour clavecin en concerts par Bruno Procopio
Rameau in Caracas : Ouvertures et ballets d’opĂ©ras par Bruno Procopio (Rameau sur les instruments modernes du Simon Bolivar Orchestra, mais avec un feu et une Ă©nergie Ă  couper le souffle : cd Ă©vĂ©nement, CLIC de classiquenews d’octobre 2013)

 

Livres

Lire Jean-Philippe Rameau, nouvelle biographie événement par Sylvie Bouissou (Fayard)

 

 

Erato. Coffret événement pour les 250 ans de la mort de Rameau (annonce)

ERATO coffret Rameau 27 cdCD, annonce. Erato. Coffret Ă©vĂ©nement pour les 250 ans de la mort de Rameau. Pour les 250 ans de la mort du compositeur Jean-Philippe Rameau, ce 12 septembre 2014, Erato rĂ©Ă©dite en un coffret Ă©vĂ©nement de 27 cd, les perles lĂ©gendaires de son catalogue : y paraissent aux cĂŽtĂ©s (oĂč Ă  l’ombre de l’immense William Christie, pionnier et visionnaire dans ce rĂ©pertoire, dĂšs les annĂ©es 1980) : Gardiner, Minko, McGegan, sans omettre l’autre dĂ©fricheur Leppard (qui oeuvra tout autant pour la rĂ©surrection de Cavalli Ă  l’époque oĂč le VĂ©nitien n’intĂ©ressait personne
). Gloire aux grands explorateurs donc, dĂ©voilant la magie opĂ©rante de la planĂšte RamĂ©llienne, avec Ă  la place d’honneur, Bill l’enchanteur, orfĂšvre ici de 5 ouvrages ainsi rĂ©estimĂ©s  : Hippolyte et Aricie, Les FĂȘtes d’HĂ©bĂ©, Zoroastre, La Guirlande, ZĂ©phyre
 : William Christie a le gĂ©nie de traiter avec le mĂȘme souci enchanteur, la scĂšne tragique et les ballets
 en plus de chanteurs scrupuleusement choisis, le geste hautement dramatique mais aussi profondĂ©ment humain et nostalgique voire tendre du chef fondateur des Arts Florissants, rĂ©ussit en maints endroits un tour de force, toujours inĂ©galé  une source inspiratrice pour ses suiveurs, admiratifs comme nous de sa science et de sa prĂ©cision linguistique comme de son engagement orchestral (Rameau est le plus grand symphoniste de son Ă©poque)
 Le coffret ajoute des documents inoubliables dont NaĂŻs et Pigmalion par McGegan, surtout Les BorĂ©ades de Gardiner
 Coffret Ă©vĂ©nement. Prochain compte rendu critique complet dans le mag cd de classiquenews.com

Coffret anniversaire : RAMEAU,  les grands opéras, 250 Úme anniversaire de la disparition de Jean-Philippe Rameau. 27 cd ERATO. Parution : le 1er septembre 2014.

Contenu du coffret Rameau chez Erato :


CD 1–3 Hippolyte et Aricie – William Christie

CD 4–6 Les Indes galantes – Jean-François Paillard

CD 7–9 Castor et Pollux – Nikolaus Harnoncourt

CD 10 & 11 Les FĂȘtes d’HĂ©bĂ© – William Christie

CD 12 & 13 Dardanus – Raymond Leppard

CD 14 & 15 PlatĂ©e – Marc Minkowski

CD 16 Pigmalion – Nicholas McGegan

CD 17 Les Surprises de l’Amour – Marc Minkowski

CD 18 & 19 Naïs – Nicholas McGegan

CD 20–22 Zoroastre – William Christie

CD 23 La Guirlande – William Christie

CD 24 ZĂ©phyre – William Christie

CD 25–27 Les BorĂ©ades – John Eliot Gardiner

CD. Rameau : Les fĂȘtes de l’Hymen et de l’Amour (Niquet, fĂ©vrier 2014, 2 cd Glossa).

rameau-fetes-hymen-amour-1747-Niquet-cd-glossaCD. Rameau : Les fĂȘtes de l’Hymen et de l’Amour (Niquet, fĂ©vrier 2014, 2 cd Glossa). A l’Ă©poque oĂč La Pompadour enchante et captive le coeur d’un Louis XV dĂ©pressif, grĂące Ă  ses divertissements toujours renouvelĂ©s, Rameau et son librettiste favori Cahuzac imaginent de nouvelles formes lyrique et thĂ©Ăątrales. Quoiqu’on en dise, les deux compĂšres forment l’un des duos crĂ©ateurs les plus inventifs de l’heure, ce plein milieu XVIIIĂš, encore rocaille et rococo qui pourtant par sa nostalgie et ses aspirations Ă  l’harmonie arcadienne prĂ©figure dĂ©jĂ  en bien des points, l’idĂ©al pacificateur et lumineux des LumiĂšres. Au contact de Cahuzac, Rameau Ă©chafaude un thĂ©Ăątre musical dĂ©lirant, poĂ©tique, polymorphe dont la subtilitĂ© et l’Ă©lĂ©gance viscĂ©rales composent l’an basique d’un Ăąge d’or de l’art français. L’Europe est alors française et l’art de vivre, Ă©minament versaillais. De toute Ă©vidence, Rameau est alors le champion de la mode et son thĂ©Ăątre, le miroir de l’excellence hexagonale.
HervĂ© Niquet s’engage dans cette constellation de disciplines complĂ©mentaires (chant, thĂ©Ăątre, ballets) avec un rĂ©el sens dramatique, imposant surtout un superbe allant orchestral (suractivitĂ© et sonoritĂ© somptueuse des cordes), ce qui rappelle combien chez Rameau c’est bien la musique qui domine l’action : en particulier dans les Ă©pisodes spectaculaires comme le gonflement du Nil (puis le tonnerre dans la seconde EntrĂ©e ” Canope “). Le plateau vocal, peu articulĂ©, parfois inintelligible (un comble aprĂšs le modĂšle dĂ©jĂ  ancien du standard façonnĂ© par le pionnier William Christie, dĂ©cidĂ©ment inĂ©galĂ© dans ce rĂ©pertoire) reste en deçà de la direction musicale avec des voix Ă©troites, parfois usĂ©es dans des aigus mal couverts et tirĂ©s, surtout un choeur dont la pĂąte manque singuliĂšrement de rondeur comme d’Ă©lĂ©gance : prise de son dĂ©fectueuse probablement, le choeur paraĂźt constamment tiraillĂ©, combinĂ© sans rĂ©elle fusion Ă  l’action – un contresens si l’on songe au souci de fusion dĂ©fendu par Cahuzac. DĂ©solĂ© pour les interprĂštes de la gĂ©nĂ©ration nouvelle, mais le modĂšle des Arts Florissants demeure de facto inatteignable chez Rameau : la dĂ©licatesse prosodique des rĂ©citatifs moulĂ©s dans la souple Ă©toffe des airs souffre ici d’une approche inaboutie : le sens du verbe Ă©chappe Ă  la majoritĂ© des solistes.
Non obstant ces rĂ©serves, le flux souple et nerveux, d’un indiscutable raffinement canalisĂ© par le chef reste l’argument majeur de ce live enregistrĂ© Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles en fĂ©vrier 2014 dont les ors et bleus textiles sont postĂ©rieurs Ă  Jean-Philippe Rameau (lequel crĂ©a son ballet au ManĂšge des Ecuries en 1747, Ă  l’occasion du second mariage du Dauphin).

Rameau – Cahuzac : le duo dĂ©tonant

Dans sa formulation flamboyante, la partition est un chef d’oeuvre de finesse chorĂ©graphique, le chant plutĂŽt italien s’y mĂȘle Ă©troitement aux divertissements dansĂ©s et chantĂ©s par le choeur (si essentiel ici), le spectaculaire et le merveilleux (thĂšmes chers Ă  Cahuzac) permettant l’accomplissement du dessein esthĂ©tique de Rameau. Les deux hommes se sont rencontrĂ©s (et compris immĂ©diatement) dĂšs 1744 : Rameau l’aĂźnĂ©, a dĂ©jĂ  composĂ© des oeuvres majeures imposant son gĂ©nie Ă  la Cour et Ă  la ville : Hippolyte et Aricie (1733), Les Indes Gamantes (1735),Castor et Pollux (1737, plus tard rĂ©visĂ© en 1754), Les FĂȘtes d’HĂ©bĂ© et Dardanus en 1739.  NĂ© Ă  Montauban, Cahuzac participe Ă  l’encyclopĂ©die (qui est fermĂ©e alors Ă  Rameau, Ă  la faveur de son ennemi jaloux Rousseau)… Le librettiste plus jeune que Rameau, est franc-maçon et introduit dans le thĂ©Ăątre ramĂ©lien d’Ă©videntes rĂ©fĂ©rences au rituel maçonnique. L’Egypte, temple du savoir antique, y reste un dĂ©licieux prĂ©texte pour un exotisme en rien rĂ©aliste, plutĂŽt symbolique, permettant de s’engager dans la faille de la licence poĂ©tique : oĂč rĂšgne le sommet dramatique de l’ensemble le fameux ” dĂ©bordement” du Nil de l’entrĂ©e Canope, scĂšne 5 : Rameau y retrouve la libertĂ© et l’ampleur spatiale atteintes dans ses Grands Motets de jeunesse).

MalgrĂ© la disparitĂ© apparente des 3 entrĂ©es, Rameau y dĂ©ploie un continuum musical et lyrique d’une incontestable unitĂ© organique (suite de symphonies remarquablement inspirĂ©es, premier ballet d’Osiris) oĂč brillent la fantaisie mĂ©lodique, l’originalitĂ© des enchaĂźnements harmoniques, l’intelligence des airs italiens et français, mais aussi les ensembles plus ambitieux (le sextuor d’AruĂ©ris, format unique dans le catalogue gĂ©nĂ©ral), comme l’inventivitĂ© formelle remarquablement cultivĂ©e par Cahuzac (jeu des danseurs minutieusement dĂ©crit dans les “ballets figurĂ©s” dont la prĂ©cision narrative et la belle danse ainsi privilĂ©giĂ©e, influenceront Noverre lui-mĂȘme pour son ballet d’action Ă  venir, intĂ©gration trĂšs subtile des choeurs – mobiles et acteurs-, et des danses dans l’action proprement dite). Ici, le geste inspirĂ© du maestro Ă©claire un triptyque marquĂ© par l’opposition fugace de l’Amour et de l’Hymen : les dĂ©buts sont apparemment emportĂ©s par un souffle dramatique de nature dionysiaque que l’organisation et la tendresse des danses et de la seule musique conduisent vers l’apaisement final : de l’amour libre et souverain Ă  l’hymen rassĂ©rĂ©nante l’action de chaque entrĂ©e sait cultiver contrastes et variĂ©tĂ©s des situations.
Des 3 EntrĂ©es enchaĂźnĂ©es, c’est Canope puis AruĂ©ris qui se distinguent par leur cohĂ©rence. Canope bĂ©nĂ©ficiant de facto des deux solistes les plus sĂ»rs, Ă  la claire diction sans appui ni effets (vibrato incontrĂŽlĂ© chez d’autres) des deux chanteurs Mathias Vidal (AgĂ©ris) et Tassis Christoyannis (Canope). Le dernier Rigaudon emporte  l’adhĂ©sion par sa fluiditĂ© et son entrain orchestraux.
AruĂ©ris ou Les Isies laisse au timbre angĂ©lique de Chantal Santon (Orie, qui succĂšde ici Ă  la lĂ©gendaire Marie Fell, muse et maĂźtresse finalement inaccessible du pauvre Cahuzac…)) l’occasion de dĂ©ployer sans forcer ses attraits : noblesse, tendresse, clartĂ© du timbre emperlĂ© d’une amoureuse souveraine, convertie aux plaisirs et dĂ©lices de l’amour conjuguĂ© aux Arts : coloratoure enivrĂ©e de son air d’extase : “Enchantez l’amant que j’adore…”. EmboĂźtant le pas au lĂ©gendaire JĂ©lyotte (interprĂšte fĂ©tiche de Rameau), Mathias Vidal (AruĂ©ris) y campe un dieu des Arts, ardent, palpitant, lui aussi d’une sobre diction mesurĂ©e : ses fĂȘtes Ă  Isis, Isies, rĂ©alisent l’union convoitĂ©e depuis l’origine du cycle, de l’amour et de l’hymen. De sorte que l’ultime entrĂ©e exprime les bĂ©atitudes que promet Amour quand il est l’alliĂ© de l’Hymen : un clair message favorisant / cĂ©lĂ©brant l’union de La Pompadour et de Louis.

RĂ©sumons nous : saluons le geste hautement dramatique et souple d’HervĂ© Niquet mĂȘme s’il y manque cette Ă©lĂ©gance nostalgique indicible que sait y dĂ©ployer toujours l’indiscutable William Christie : l’orchestre s’impose par son opulence colorĂ©e, sa prĂ©cision contrastĂ©e, ses accents dynamiques (parfois rien que dĂ©monstratifs : final des Isies). Le plateau vocal déçoit globalement Ă  trois exceptions prĂšs. Quoiqu’il en soit, saluons le choix d’enregistrer pour le 250Ăšme anniversaire de Rameau, une oeuvre dĂ©licieuse, dĂ©licate, Ă©lĂ©gantissime qui synthĂ©tise le raffinement suprĂȘme de la Cour française au milieu du XVIIIĂšme. C’est tout le gĂ©nie de Rameau qui s’affirme encore et qui y gagne un surcroĂźt d’Ă©vidence. La science s’y marie avec la justesse et la sincĂ©ritĂ©. Quel autre auteur alors est-il capable d’une telle gageure ?

Jean-Philippe Rameau Ă  ParisRameau : Les FĂȘtes de l’Hymen et de l’Amour, 1747. Ballet hĂ©roĂŻque crĂ©Ă© pour le second mariage du Dauphin au ThĂ©Ăątre du ManĂšge Ă  Versailles. Le Concert Spirituel. HervĂ© Niquet, direction. EnregistrĂ© en fĂ©vrier 2014 Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles. 2 cd Glossa. L’Ă©diteur rĂ©unit aux 2 galettes, quatre contributions scientifiques d’autant plus mĂ©ritantes qu’elles soulignent le gĂ©nie de Rameau, qui avec Cahuzac, sait dans le cas de la partition de 1747, renouveler le genre lyrique Ă  la Cour de Louis XV. L’annĂ©e des 250 ans de la mort de Rameau ne pouvait compter meilleur apport sur l’art toujours mĂ©connu du Dijonais. Par la valeur enfin rĂ©vĂ©lĂ©e de l’ouvrage, le soin Ă©ditorial qui accompagne l’enregistrement, le titre est l’un des temps forts discographiques de l’annĂ©e Rameau.  Parution annoncĂ©e le 23 septembre 2014.

Opéra. Rameau : Castor et Pollux. Dijon, Paris : 26 sept-21 octobre 2014

castor-et-pollux-rameau-poussin-opera-francaisOpĂ©ra. Rameau : Castor et Pollux. Dijon, Paris : 26 sept-21 octobre 2014. 250Ăšme anniversaire de la mort de Rameau. Le 12 septembre prochain marque le 250Ăšme anniversaire de la mort de Jean- Philippe Rameau. Pour cĂ©lĂ©brer le plus grand gĂ©nie musical français du XVIIIĂšme siĂšcle, Dijon (sa ville natale, du 26 septembre au 4 octobre 2014) puis Paris (oĂč il connaĂźtra la gloire, comme Ă  Versailles : TCE, du 13 au 21 octobre 2014) prĂ©sentent deux nouvelles productions de son opĂ©ra Castor et Pollux, rĂ©flexion personnelle sur le genre lyrique et hommage rendu Ă  l’amour fraternel et viril des Dioscures, hĂ©ros divinisĂ©s par Jupiter en raison de leur grandeur morale, les jumeaux Castor et Pollux. TrĂšs original dans son dĂ©roulement et sa rĂ©solution, le livret de Castor et Pollux ne laisse pas de questionner l’apport de Rameau au genre tragique. Ici certes l’amour qui lie Telaire Ă  Castor est trĂšs longuement Ă©voquĂ© : c’est le canevas classique de l’ouvrage. TĂ©laĂŻre est mĂȘme jalousĂ©e par PhĂ©bĂ©, force jalouse et dĂ©moniaque prĂȘte Ă  tout pour reconquĂ©rir le coeur de Castor. La magie noire et les manipulations dont elle fait preuve, montrent bien ici encore la persistance dans l’opĂ©ra baroque français des figures d’amoureuses magiciennes, hystĂ©riques, nĂ©fastes en diable… et pourtant aussi vĂ©nĂ©neuses … qu’impuissantes. A l’opposĂ© rĂšgne l’amour fraternel de Pollux pour son frĂšre Castor : il renonce Ă  Telaire pour lui, il renonce de mĂȘme Ă  la vie pour permettre Ă  Castor pourtant assassinĂ©, de revoir sur terre sa bien aimĂ©e…

 

 

L’amour fraternel

 

castor-pollux-antonous-ildefonso-groupe-marbre-madrid-pradoOĂč a-t-on vu ailleurs un tel sens du sacrifice ? Un tel amour fraternel ? A son tour, Castor rĂ©pond Ă  l’amour de son frĂšre en refusant de laisser Pollux renoncer Ă  tout. C’est bien l’amour des deux frĂšres ici qui occupe le sujet principal de l’action. Jupiter lui-mĂȘme est touchĂ©. Saisi, le dieu leur permet l’immortalitĂ©. Mais devenu immortel, Castor ne peut plus dĂšs lors retrouver celle qu’il aime : Telaire. Le destin des hĂ©ros est contraire Ă  toute rĂ©alisation d’un bonheur terrestre. Telaire n’a donc plus que ses yeux pour pleurer son cher et tendre : elle est dĂ©sormais condamnĂ©e Ă  un amour solitaire, la jeune femme demeure cette figure sublime qui dĂ©plore et regrette Ă  l’infini, telle qu’elle s’exprime dans le plus bel air jamais Ă©crit au XVIIIĂšme: “Tristes apprĂȘts, pales flambeaux”, l’emblĂšme funĂšbre de tout l’ouvrage, miroir lacrymal des fragilitĂ©s humaines… Et l’un des temps forts de la partition qu’il ne faut pas manquer.
Rameau s’y affirme comme le plus grand connaisseur du coeur humain. Son Ă©rudition musicale et le raffinement inĂ©galĂ© de sa langue y tissent le plus dĂ©chirant des serments amoureux. DĂ©sespoir et sublime… sacrifice et amour… Les thĂšmes traitĂ©s par Rameau ne finissent pas de nous subjuguer,  rappelant qu’il est bien le plus grand crĂ©ateur Ă  l’opĂ©ra en France au XVIIIĂšme siĂšcle. Reportez vous sans hĂ©sitation Ă  la version signĂ©e William Christie : souffle tragique, justesse poĂ©tique, profondeur humaine, la vision du fondateur des Arts Florissants y reste inĂ©galĂ©e. Un modĂšle de vĂ©ritĂ© ramellienne. A Dijon puis Paris, les interprĂštes actuels se rĂ©vĂ©leront ils Ă  la hauteur de l’ouvrage ?

L’intrigue
AnnĂ©e Rameau 2014 : nos temps fort (opĂ©ras, concerts, ballets...)PhĂ©bĂ© aime Castor. Castor, de son cĂŽtĂ©, aime TĂ©laĂŻre, la sƓur de PhĂ©bĂ©. TĂ©laĂŻre, qui rĂ©pond Ă  l’amour de Castor, est cependant promise Ă  Pollux, le frĂšre de Castor, qui lui aussi aime TĂ©laĂŻre. Craignant que Pollux renonce Ă  TĂ©laĂŻre par affection pour son frĂšre, PhĂ©bĂ© a encourage LyncĂ©e Ă  ravir sa propre sƓur. Castor veut mettre fin Ă  sses jours en quittant pour toujours TĂ©laĂŻre et Pollux. Mais ce dernier renonce Ă  TĂ©laĂŻre. Castor et TĂ©laĂŻre sont enfin rĂ©unis. Les festivitĂ©s du mariage sont brutalement interrompues par LyncĂ©e et ses acolytes, Castor succombe sous les coups. La mort de Castor sĂšme le dĂ©sespoir. PhĂ©bĂ© veut user de son pouvoir magique pour ramener Castor parmi les vivants, Ă  une condition : que TĂ©laĂŻre renonce Ă  lui pour toujours. Pollux annonce qu’il s’est vengĂ© sur LyncĂ©e de la mort de Castor. Il rejette le plan de PhĂ©bĂ©, dĂ©clarant vouloir lui-mĂȘme libĂ©rer Castor des enfers. Conduit par Mercure, le messager des dieux, Pollux supplie en vain son pĂšre Jupiter : Castor ne pourra ĂȘtre libĂ©rĂ© que si Pollux renonce Ă  son immortalitĂ© et prend la place de Castor au royaume des morts. Jupiter tente de dissuader Pollux en dĂ©ployant devant lui les charmes et les voluptĂ©s cĂ©lestes. Mais rien ne peut le retenir. accompagnĂ© de Mercure, Pollux trouve PhĂ©bĂ© Ă  l’entrĂ©e de l’hadĂšs et rejette Ă  nouveau son dessein.
Aux champs Ă©lysĂ©es, Castor ne trouve pas la paix tant il se meurt de dĂ©sir pour TelaĂŻre. La joie inattendue de retrouver Pollux n’est que de courte durĂ©e lorsqu’il apprend le sacrifice que son frĂšre est prĂȘt Ă  faire pour lui : Castor refuse que Pollux prenne sa place aux enfers. Il ne demande Ă  revenir sur terre que pour un seul jour, le temps de faire ses adieux Ă  TĂ©laĂŻre. Voyant Castor et TĂ©laĂŻre rĂ©unis, PhĂ©bĂ© devient folle de rage. Sourd aux protestations de TelaĂŻre, Castor entend tenir sa promesse envers Pollux et retourner aux enfers. Jupiter apparaĂźt avec Pollux : proclamant que Castor est libĂ©rĂ© de son serment, le dieu emmĂšne avec lui les deux frĂšres qui, sous le signe de la fidĂ©litĂ© et de l’amitiĂ©, partageront l’immortalitĂ©, laissant TĂ©laĂŻre esseulĂ©e.

 

 

Castor et Pollux, tragédie lyrique
(version 1754)
livret Pierre-Joseph Bernard, dit Gentil-Bernard

castor-et-pollux-rameau-poussin-opera-francaisA l’OpĂ©ra de Dijon (version de 1754) :
5 dates : Les 26, 28, 30 septembre puis 2 et 4 octobre 2014

Pour cĂ©lĂ©brer le 250Ăšme anniversaire de la mort de Rameau, l’OpĂ©ra de Dijon honore le gĂ©nie de son compositeur natal et prĂ©sente une nouvelle production de la tragĂ©die lyrique, Castor & Pollux, dans sa version de 1754. L’argument principal du spectacle, dĂ©fendu par la maison dijonaise reste ici la proposition du metteur en scĂšne Barrie Kosky, directeur du Komische Oper de Berlin. Quelques jours aprĂšs, Paris prĂ©sente aussi sa propre production de Castor sous la baguette d’HervĂ© Niquet….

Le Concert D’astrĂ©e
Emmanuelle HaĂŻm, direction
Mise en scĂšne : Barrie Kosky

Castor : Pascal Charbonneau
Pollux :  Henk Neven
TĂ©laĂŻre : Emmanuelle de Negri
PhƓbĂ© : GaĂ«lle Arquez
Jupiter : Frédéric Caton
Un grand prĂȘtre de Jupiter : Geofroy BufĂšre
Mercure, un athlÚte :  Erwin Aros

 

 

 

castor-et-pollux-rameau-poussin-opera-francaisA Paris, TCE (version de 1754) :
5 dates : les 13, 15, 17, 19 et 21 octobre 2014

Hervé Niquet direction
Christian Schiaretti, mise en scĂšne
John Tessier : Castor
Edwin Crossley-Mercer : Pollux
Omo Bello : Télaïre
MichĂšle Losier : PhƓbĂ©
Jean Teitgen : Jupiter
Reinoud van Mechelen : Mercure, un spartiate, un athlÚte
Hasnaa Bennani : Cléone, une ombre heureuse
Marc Labonnette : Un grand prĂȘtre
Le Concert Spirituel‹ChƓur du Concert Spirituel

Vendredi 10 octobre 2014  18h30
Une heure avec… l’équipe artistique du spectacle
Inscription conferences@theatrechampselysees.fr

 

 

Illustration : Les Dioscures, Pollux et Castor (abaissant son flambeau en signe de mort) : dessin de Nicolas Poussin.

 

Bruno Procopio joue Rameau à la CÎte-Saint-André

video_procopio_manonFestival Berlioz. Rameau : Procopio / Kossenko. Le 25 aoĂ»t 2014.  Deux ramistes de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, Bruno Procopio et Alexis Kossenko cĂ©lĂšbrent le gĂ©nie de Jean-Philippe Rameau pour l’annĂ©e des 250 ans de sa disparition en 1764. Le premier, claveciniste et chef d’orchestre, a enregistrĂ© et publiĂ© chez Paraty deux disques particuliĂšrement remarquĂ©s : un cycle d’extraits des ouvertures et ballets des opĂ©ras avec l’orchestre Simon Bolivar sur instruments modernes (album intitulĂ© ” Rameau in Caracas “), puis une nouvelle lecture des PiĂšces pour clavecin en concerts.  Le second, flĂ»tiste, a Ă©ditĂ© chez  Erato un rĂ©cital instrumental et lyrique dĂ©diĂ© au Rameau amoureux avec la soprano Sabine Devielhe et son ensemble Les Ambassadeurs. Les deux musiciens ont tous les deux Ă©tudiĂ© au Conservatoire SupĂ©rieur de Paris (CNSMDP).

Bruno Procopio / Alexis Kossenko

Rameau new generation

 

 

 

procopio-kossenko-clavecin-flute-baroque-Rameau-CPE-BACH

 

 

CPE Bach 2014. ParallĂšlement les deux interprĂštes s’engagent Ă©galement pour rĂ©tablir le gĂ©nie d’un autre compositeur baroque, Carl Philipp Emanuel Bach dont 2014 marque le tricentenaire. Par son Ɠuvre, son style et son activitĂ© musicale en particulier Ă  Hambourg, Carl Philipp montre qu’il ne doit pas sa cĂ©lĂ©britĂ© uniquement pour ĂȘtre le fils de Bach dont il a ƓuvrĂ© Ă  rĂ©Ă©diter les Ɠuvres et Ă©ditĂ© le catalogue : c’est un auteur majeur de l’Ă©poque classique, illustre reprĂ©sentant de l’esthĂ©tique Empfindsamkeit.
En 2014, Alexis Kossenko s’apprĂȘte Ă  publier d’ici l’hiver 2014, un nouveau disque dĂ©diĂ© aux Trios et aux Concertos (Alpha 821). De son cĂŽtĂ©, Bruno Procopio vient d’enregistrer au clavecin, les fameuses Sonates WĂŒrttembeg, considĂ©rĂ©es comme l’un des plus importants recueils de Sonates pour clavier de la premiĂšre moitiĂ© du XVIIIĂšme siĂšcle. L’album devrait sortir Ă©galement dans le dernier trimestre de cette annĂ©e (Ă©galement pour le label Paraty, distribuĂ© par Harmonia Mundi). Le claveciniste connaĂźt d’autant mieux le style et l’Ă©criture de CPE Bach qu’il a enregistrĂ© avec le mĂȘme Orchestre Simon Bolivar (et pour cette session, premiĂšre pour la phalange vĂ©nĂ©zuĂ©lienne) sur instrument d’Ă©poque, plusieurs Sinfonie du compositeur baroque.

 

 

 

agenda

 

En aoĂ»t 2014, avant la sortie de leur albums CPE Bach, les deux ramistes reconnus abordent l’intĂ©grale des PiĂšces pour clavecin en concert de Jean-Philippe Rameau, les 6 aoĂ»t  au festival  Musique et nature en Bauges, puis 25 aoĂ»t au festival Berlioz de la CĂŽte Saint-AndrĂ©.

Rameau : PiĂšces pour clavecin en concert
Bruno Procopio, clavecin
Alexis Kossenko, flûte
Patrick Bismuth, violon
Romina Lischka, viole de gambe

VOIR Bruno Procopio jouer les PiĂšces pour clavecin en concerts

Mercredi 6 août 2014, 21h (Eglise de Pugny-Chatenod)
Lundi 25 août 2014, 17h (Couvent des Carmes, Beauvoir en Royans)

 

Premier concert : La Coulicam – La Livri – Le VĂ©zinet
DeuxiĂšme Concert : La Laborde – La Boucon – L’Agaçante – Premier Menuet et DeuxiĂšme Menuet
TroisiĂšme Concert : La PopliniĂšre – La Timide – Premier tambourin et DeuxiĂšme tambourin en rondeau
QuatriĂšme Concert : La Pantomime – L’indiscrĂšte – La Rameau
CinquiĂšme concert : Fugue La Forqueray – La Cupis – La Marais

 

 

 

L’art de la conversation en musique

 

Rameau_Joseph_Aved-Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Les PiĂšces pour clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau. Au dĂ©but de sa carriĂšre et bien avant les premiers accomplissements lyriques, Rameau a publiĂ© trois livres de piĂšces de clavecin entre 1706 et 1728, puis sont venues les PiĂšces de clavecin en concerts
 C’est son seul cycle de musique de chambre et le plus inventif de son temps.  Rameau explique dans la prĂ©face (intitulĂ©e « Avis aux concertants »), qu’ayant constatĂ© le succĂšs immĂ©diat de la forme mĂȘlant clavecin et violon, il a souhaitĂ© Ă©crire pour cette combinaison particuliĂšrement concertante, riche en possibilitĂ©s de dialogues, telle une vĂ©ritable conversation en musique : « Le quatuor y rĂšgne le plus souvent, Ă©crit-il. Il faut non seulement que les trois instruments se confondent entre eux, mais encore que les concertants s’entendent les uns les autres, et que surtout le violon et la viole se prĂȘtent au clavecin, en distinguant ce qui n’est qu’accompagnement, de ce qui fait partie du sujet. C’est en saisissant bien l’esprit de chaque piĂšce, que le tout s’observe Ă  propos. » Chaque instrumentiste doit donc maĂźtriser qualitĂ© d’Ă©coute et virtuositĂ© caractĂ©risĂ©e.
Jamais relĂ©guĂ© au second plan tel un instrument d’accompagnement, le clavecin a souvent un rĂŽle concertant, mais il peut ĂȘtre Ă  l’unisson avec les dessus ou leur servir d’accompagnateur colorĂ©. “Cinq de ces piĂšces ont d’ailleurs Ă©tĂ© adaptĂ©es par lui-mĂȘme pour clavecin seul. Lors de notre enregistrement, nous nous sommes donc interrogĂ© sur la position du clavecin Ă  cĂŽtĂ© des deux dessus. Comment respecter son rĂŽle concertant ? Nous avons donc choisi de le mettre au centre de l’enregistrement, car la difficultĂ© a Ă©tĂ© pour nous de situer les instruments les uns par rapport aux autres” ajoute Bruno Procopio.

Le cas des PiĂšces pour clavecin en concerts de Rameau reflĂšte idĂ©alement le goĂ»t des LumiĂšres en France au XVIIIĂšme : c’est l’emblĂšme d’un art de vivre copiĂ© comme modĂšle dans toute l’Europe. A Rameau revient le prodige d’offrir au temps de Voltaire et des Rois Ă©clairĂ©s (Louis XV et La Pompadour, FrĂ©dĂ©ric II de Prusse, L’impĂ©ratrice Catherine…) l’expression musicale d’un raffinement inĂ©dit oĂč les instruments Ă©voque le jeu et les enjeux de la conversation telle qu’elle a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e au moment oĂč toute l’Europe cultivĂ©e parlait français.
“Les PiĂšces de clavecin en concerts constituent une sorte de maillon entre les sonates en trio italiennes ou les trios polyphoniques de Bach, comme la sonate en trio qui clĂŽt L’Offrande musicale,  et les sonates pour clavier – clavecin ou piano-forte – avec accompagnement de violon obligĂ© ou ad libitum qui se dĂ©veloppĂšrent considĂ©rablement Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle, en France notamment. Dans ce genre de compositions oĂč le clavier se taillait la part du lion, l’instrument Ă  cordes se bornait Ă  doubler la mĂ©lodie ou Ă  ponctuer les basses. AnimĂ© par son expĂ©rience de musicien de thĂ©Ăątre, Rameau s’émancipe du cadre forgĂ© par les Italiens et par ses prĂ©dĂ©cesseurs français et raffine sur les dĂ©tails. Il compose de vĂ©ritables trios, car chaque « Concert » est un trio presque symphonique oĂč le clavecin, affranchi de toute fonction polyphonique, devient un instrument soliste Ă  part entiĂšre Ă  cĂŽtĂ© de ses deux partenaires qui lui apportent un lumineux complĂ©ment de richesse sonore “, complĂšte Bruno Procopio Ă  propos des PiĂšces pour clavecin en concerts. Contribution rĂ©alisĂ©e pour la sortie de son disque Rameau (d’aprĂšs les propos recueillis par AdĂ©laĂŻde de Place).

 

 

discographie : 3 cd incontournables

Lire notre critique du cd Rameau : PiĂšces pour clavecin en concerts par Bruno Procopio

Lire notre critique du cd Rameau : ouvertures et ballets des opĂ©ras de Rameau par Bruno Procopio avec l’orchestre Simon Bolivar du Venezuela

Lire notre critique du cd Rameau : le grand thĂ©Ăątre de l’amour par Les Ambassadeurs, Sabine Devielhe et Alexis Kossenko

CD. Rameau’s funeral. Paris : 27.IX.1764 (Skip SempĂ©, mai 2014)

rameau-jean-gilles-skip-sempe-Rameau's-funeral--1-cd-ParadizoCD. Rameau’s funeral. Paris : 27.IX.1764 (Skip SempĂ©, mai 2014). D’emblĂ©e, le programme nous convainc totalement. Par sa solennitĂ© tendre, grave, Ă©tonnement transparente, Skip SempĂ© inscrit idĂ©alement le Requiem de Gilles dans le contexte liturgique XVIIIĂšme qu’il s’est fixĂ©: celui propre au service funĂšbre de Rameau le magnifique, tel qu’il aurait pu se rĂ©aliser lors des funĂ©railles historiques du Dijonais Ă  sa mort, ce 27 septembre 1764. Jouer Gilles pour honorer la mĂ©moire et saluer le gĂ©nie du plus audacieux des compositeurs français du XVIIIĂšme, rien de surprenant quand on sait que des sources d’Ă©poque confirment que le Requiem ou Messe des morts de Gilles fut rĂ©guliĂšrement apprĂ©ciĂ© et jouĂ© dans des versions renouvelĂ©es tout au long du XVIIIĂšme…. pour les propres funĂ©railles de Gilles, pour celles des compositeur Royer et  donc effectivement, Rameau
 mĂȘme pour celles de Louis XV. C’est dire le renom et la faveur d’une Messe Ă  la fois majestueuse et humaine oĂč la pompe ne s’embarrasse jamais d’un dramatisme noir et inquiĂ©tant comme cela peut ĂȘtre le cas du Requiem de Du Caurroy lequel hĂ©ritĂ© de la Renaissance tout en offrant le spectaculaire et l’effrayant  de la faucheuse, reste aussi l’ordinaire liturgique des dĂ©plorations royales Ă  partir des funĂ©railles d’Henri IV. ComparĂ© Ă  Du Caurroy, Gilles frappe par sa lumineuse espĂ©rance.

S’appuyant sur un usage avĂ©rĂ© qui se montre d’une rare pertinence musicologique et esthĂ©tique, Skip SempĂ© nous offre ici l’un des programmes ramĂ©liens les plus convaincants et opportuns pour l’annĂ©e des 250 ans de la mort de Jean-Philippe Rameau.

DĂšs le dĂ©but, timbales roulantes et majestueuses,  cordes recueillies dans une rĂ©sonance rĂ©verbĂ©rante – qui souligne et renforce l’écho de la dĂ©ploration tragique-, indiquent le plus grandiose des portiques : soulignons les superbes couleurs des bassons et du cor auxquelles les cordes des 24 violons rĂ©tablissant les teintes frottĂ©es intermĂ©diaires qui ont fait la rĂ©putation de l’orchestre lullyste versaillais – que l’on ne prĂ©sente plus-, rĂ©pondent avec panache et flexibilitĂ©.

Le chef sait jouer avec l’Ă©cho et la longueur du son, inscrivant le geste musical dans une brume affligĂ©e du plus bel effet. Insistant aussi sur le silence prolongeant la note et creusant la rĂ©sonance. C’est une vraie thĂ©ĂątralitĂ© sonore qui sied Ă  l’essence mĂȘme de ce Requiem, jamais tout Ă  fait Ă©tranger au sens du thĂ©Ăątre et de l’opĂ©ra (comme le sont les Grands Motets de Rameau).

Lumiùre de Gilles, profondeur et dramatisme de Rameau


Les contemporains de Rameau ont vu dans ce Requiem provençal et lumineux un rituel rassurant et serein dont la fraĂźcheur et la simplicitĂ© pastorale revivifient ce « primitivisme » Grand SiĂšcle si vĂ©nĂ©rĂ© par Louis XV et Voltaire. Une sorte de retour aux sources du premier baroque français. Écoutez ici le recueillement tout en nuances et mesure de l’Offertoire : la mise en musique du texte contredit la dĂ©ploration du texte en une priĂšre sereine et apaisĂ©e presque tendre.

Le choeur y semble sourire d’une grĂące sĂ»re et conquĂ©rante qui annihile toute ombre, jusqu’Ă  la moindre tension. Ici le grandiose funĂšbre ne prĂ©sente aucune inquiĂ©tude ni aucune angoisse mais une infaillible certitude d’un passage en sublimation, la cĂ©lĂ©bration d’une mĂ©tamorphose inĂ©luctable en forme d’apothĂ©ose.

Le jeu tout en finesse et précision de Skip Sempé et de son collectif réalise de façon trÚs cohérente et investie (reprise du Kyrie eleison marqué par le sentiment du déchirement le plus sombre, seul court passage en creux du cycle) ce rituel acclimaté aux funérailles de Monsieur Rameau.

EnchĂąssĂ©s tels des gemmes lyriques d’une exquise profondeur, dans cette tapisserie tragique et sombre, quelques extraits des opĂ©ras de Rameau (et avec quel Ă  propos), se rĂ©vĂšlent des plus bĂ©nĂ©fiques et des plus poĂ©tiques…. la dĂ©solation de l’air de Dardanus (originellement d’AntĂ©nor que l’amateur gagnera Ă  Ă©couter dans son intĂ©gralitĂ© dans le rĂ©cent album des Arts Florissants  : « Le jardin de Monsieur Rameau » ou la priĂšre sombre et lugubre y est magistralement chantĂ©e par le jeune laurĂ©at du dernier jardin des voix, le baryton français Victor Sicard) s’intĂšgre idĂ©alement Ă  ce dĂ©chirement dĂ©clarĂ©. Le passage de l’opĂ©ra Ă  l’Ă©glise est d’autant plus lĂ©gitime et pertinent que Rameau avant Hippolyte, s’affirme par ses Grands Motets trĂšs probablement lyonnais, comme un laboratoire de toutes ses possibilitĂ©s expressives musicales, chorales, orchestrales et lyriques…. tant chez lui, le gĂ©nie opĂ©ratique prolonge directement l’inspiration sacrĂ©e d’abord dĂ©veloppĂ©e sous la voĂ»te.

Le choeur Collegium Vocale Gent apporte sa brillante et expressive verve apportant entre autres un Ă©loquent mordant au verbe dramatique (Graduel II).

L’enchaĂźnement du Sanctus puis du motif extrait de Castor et Pollux (dĂ©ploration de TelaĂŻre songeant Ă  son aimĂ© Castor aux Enfers) est tout autant naturel : mĂȘme couleurs affĂ»tĂ©es, mĂȘme caractĂšre affligĂ© et sobre d’une simplicitĂ© qui dĂ©voile dans son dĂ©nuement le plus bouleversant et le plus sincĂšre, l’humaine fragilitĂ© humaine. EnchĂąssĂ©es dans le cycle funĂšbre, les lueurs crĂ©pusculaires de Castor y deviennent un jalon de cet accomplissement lacrymal.

Semblable rĂ©ussite pour la lumiĂšre conclusive de la Communion (Lux ĂŠterna….) dont l’Ă©lan et le rebond des apaisement dĂ©clarĂ©s, aĂ©riens, se dĂ©ploient davantage grĂące aux deux extraits d’opĂ©ras qui lui sont enchaĂźnĂ©s : rondeau tendre de Dardanus qui Ă©voque trĂšs justement par sa sereine et noble intimitĂ©, le « sommeil Ă©ternel de Rameau »; enfin, accomplissement spectaculaire, l’air des esprits infernaux, extraits de Zoroastre pour 
 « l’ApothĂ©ose de Rameau ». Inscrit dans ce cycle liturgique funĂšbre, chaque fragment d’opĂ©ra y gagne un Ă©clat renouvelĂ© tout en affirmant l’essence du baroque selon Rameau: sa verve dramatique, sa libertĂ© inventive. La conception est juste, sa rĂ©alisation fine et argumentĂ©e. Superbe hommage pour le plus grand compositeur français du XVIIIĂšme.

Jean Gilles : Messe des morts, Service funÚbre de Rameau. Capriccio Stravagante. Skip Sempe, direction.  1 cd Paradizo. Enregsitrement réalisé à Brugges en mai 2014.

Concerts Rameau : Procopio / Kossenko. Les 6 et 25 août 2014.

video_procopio_manon Rameau : Procopio / Kossenko. Les 6 et 25 aoĂ»t 2014.  Deux ramistes de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, Bruno Procopio et Alexis Kossenko cĂ©lĂšbrent le gĂ©nie de Jean-Philippe Rameau pour l’annĂ©e des 250 ans de sa disparition en 1764. Le premier, claveciniste et chef d’orchestre, a enregistrĂ© et publiĂ© chez Paraty deux disques particuliĂšrement remarquĂ©s : un cycle d’extraits des ouvertures et ballets des opĂ©ras avec l’orchestre Simon Bolivar sur instruments modernes (album intitulĂ© ” Rameau in Caracas “), puis une nouvelle lecture des PiĂšces pour clavecin en concerts.  Le second, flĂ»tiste, a Ă©ditĂ© chez  Erato un rĂ©cital instrumental et lyrique dĂ©diĂ© au Rameau amoureux avec la soprano Sabine Devielhe et son ensemble Les Ambassadeurs. Les deux musiciens ont tous les deux Ă©tudiĂ© au Conservatoire SupĂ©rieur de Paris (CNSMDP).

Bruno Procopio / Alexis Kossenko

Rameau new generation

 

 

 

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CPE Bach 2014. ParallĂšlement les deux interprĂštes s’engagent Ă©galement pour rĂ©tablir le gĂ©nie d’un autre compositeur baroque, Carl Philipp Emanuel Bach dont 2014 marque le tricentenaire. Par son Ɠuvre, son style et son activitĂ© musicale en particulier Ă  Hambourg, Carl Philipp montre qu’il ne doit pas sa cĂ©lĂ©britĂ© uniquement pour ĂȘtre le fils de Bach dont il a ƓuvrĂ© Ă  rĂ©Ă©diter les Ɠuvres et Ă©ditĂ© le catalogue : c’est un auteur majeur de l’Ă©poque classique, illustre reprĂ©sentant de l’esthĂ©tique Empfindsamkeit.
En 2014, Alexis Kossenko s’apprĂȘte Ă  publier d’ici l’hiver 2014, un nouveau disque dĂ©diĂ© aux Trios et aux Concertos (Alpha 821). De son cĂŽtĂ©, Bruno Procopio vient d’enregistrer au clavecin, les fameuses Sonates WĂŒrttembeg, considĂ©rĂ©es comme l’un des plus importants recueils de Sonates pour clavier de la premiĂšre moitiĂ© du XVIIIĂšme siĂšcle. L’album devrait sortir Ă©galement dans le dernier trimestre de cette annĂ©e (Ă©galement pour le label Paraty, distribuĂ© par Harmonia Mundi). Le claveciniste connaĂźt d’autant mieux le style et l’Ă©criture de CPE Bach qu’il a enregistrĂ© avec le mĂȘme Orchestre Simon Bolivar (et pour cette session, premiĂšre pour la phalange vĂ©nĂ©zuĂ©lienne) sur instrument d’Ă©poque, plusieurs Sinfonie du compositeur baroque.

 

 

 

agenda

 

En aoĂ»t 2014, avant la sortie de leur albums CPE Bach, les deux ramistes reconnus abordent l’intĂ©grale des PiĂšces pour clavecin en concert de Jean-Philippe Rameau, les 6 aoĂ»t  au festival  Musique et nature en Bauges, puis 25 aoĂ»t au festival Berlioz de la CĂŽte Saint-AndrĂ©.

Rameau : PiĂšces pour clavecin en concert
Bruno Procopio, clavecin
Alexis Kossenko, flûte
Patrick Bismuth, violon
Romina Lischka, viole de gambe

VOIR Bruno Procopio jouer les PiĂšces pour clavecin en concerts

Mercredi 6 août 2014, 21h (Eglise de Pugny-Chatenod)
Lundi 25 août 2014, 17h (Couvent des Carmes, Beauvoir en Royans)

 

Premier concert : La Coulicam – La Livri – Le VĂ©zinet
DeuxiĂšme Concert : La Laborde – La Boucon – L’Agaçante – Premier Menuet et DeuxiĂšme Menuet
TroisiĂšme Concert : La PopliniĂšre – La Timide – Premier tambourin et DeuxiĂšme tambourin en rondeau
QuatriĂšme Concert : La Pantomime – L’indiscrĂšte – La Rameau
CinquiĂšme concert : Fugue La Forqueray – La Cupis – La Marais

 

 

 

L’art de la conversation en musique

 

Rameau_Joseph_Aved-Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Les PiĂšces pour clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau. Au dĂ©but de sa carriĂšre et bien avant les premiers accomplissements lyriques, Rameau a publiĂ© trois livres de piĂšces de clavecin entre 1706 et 1728, puis sont venues les PiĂšces de clavecin en concerts
 C’est son seul cycle de musique de chambre et le plus inventif de son temps.  Rameau explique dans la prĂ©face (intitulĂ©e « Avis aux concertants »), qu’ayant constatĂ© le succĂšs immĂ©diat de la forme mĂȘlant clavecin et violon, il a souhaitĂ© Ă©crire pour cette combinaison particuliĂšrement concertante, riche en possibilitĂ©s de dialogues, telle une vĂ©ritable conversation en musique : « Le quatuor y rĂšgne le plus souvent, Ă©crit-il. Il faut non seulement que les trois instruments se confondent entre eux, mais encore que les concertants s’entendent les uns les autres, et que surtout le violon et la viole se prĂȘtent au clavecin, en distinguant ce qui n’est qu’accompagnement, de ce qui fait partie du sujet. C’est en saisissant bien l’esprit de chaque piĂšce, que le tout s’observe Ă  propos. » Chaque instrumentiste doit donc maĂźtriser qualitĂ© d’Ă©coute et virtuositĂ© caractĂ©risĂ©e.
Jamais relĂ©guĂ© au second plan tel un instrument d’accompagnement, le clavecin a souvent un rĂŽle concertant, mais il peut ĂȘtre Ă  l’unisson avec les dessus ou leur servir d’accompagnateur colorĂ©. “Cinq de ces piĂšces ont d’ailleurs Ă©tĂ© adaptĂ©es par lui-mĂȘme pour clavecin seul. Lors de notre enregistrement, nous nous sommes donc interrogĂ© sur la position du clavecin Ă  cĂŽtĂ© des deux dessus. Comment respecter son rĂŽle concertant ? Nous avons donc choisi de le mettre au centre de l’enregistrement, car la difficultĂ© a Ă©tĂ© pour nous de situer les instruments les uns par rapport aux autres” ajoute Bruno Procopio.

Le cas des PiĂšces pour clavecin en concerts de Rameau reflĂšte idĂ©alement le goĂ»t des LumiĂšres en France au XVIIIĂšme : c’est l’emblĂšme d’un art de vivre copiĂ© comme modĂšle dans toute l’Europe. A Rameau revient le prodige d’offrir au temps de Voltaire et des Rois Ă©clairĂ©s (Louis XV et La Pompadour, FrĂ©dĂ©ric II de Prusse, L’impĂ©ratrice Catherine…) l’expression musicale d’un raffinement inĂ©dit oĂč les instruments Ă©voque le jeu et les enjeux de la conversation telle qu’elle a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e au moment oĂč toute l’Europe cultivĂ©e parlait français.
“Les PiĂšces de clavecin en concerts constituent une sorte de maillon entre les sonates en trio italiennes ou les trios polyphoniques de Bach, comme la sonate en trio qui clĂŽt L’Offrande musicale,  et les sonates pour clavier – clavecin ou piano-forte – avec accompagnement de violon obligĂ© ou ad libitum qui se dĂ©veloppĂšrent considĂ©rablement Ă  la fin du XVIIIe siĂšcle, en France notamment. Dans ce genre de compositions oĂč le clavier se taillait la part du lion, l’instrument Ă  cordes se bornait Ă  doubler la mĂ©lodie ou Ă  ponctuer les basses. AnimĂ© par son expĂ©rience de musicien de thĂ©Ăątre, Rameau s’émancipe du cadre forgĂ© par les Italiens et par ses prĂ©dĂ©cesseurs français et raffine sur les dĂ©tails. Il compose de vĂ©ritables trios, car chaque « Concert » est un trio presque symphonique oĂč le clavecin, affranchi de toute fonction polyphonique, devient un instrument soliste Ă  part entiĂšre Ă  cĂŽtĂ© de ses deux partenaires qui lui apportent un lumineux complĂ©ment de richesse sonore “, complĂšte Bruno Procopio Ă  propos des PiĂšces pour clavecin en concerts. Contribution rĂ©alisĂ©e pour la sortie de son disque Rameau (d’aprĂšs les propos recueillis par AdĂ©laĂŻde de Place).

 

 

discographie : 3 cd incontournables

Lire notre critique du cd Rameau : PiĂšces pour clavecin en concerts par Bruno Procopio

Lire notre critique du cd Rameau : ouvertures et ballets des opĂ©ras de Rameau par Bruno Procopio avec l’orchestre Simon Bolivar du Venezuela

Lire notre critique du cd Rameau : le grand thĂ©Ăątre de l’amour par Les Ambassadeurs, Sabine Devielhe et Alexis Kossenko

Compte rendu critique, concert.Saintes. Abbaye aux dames, le 19 juillet 2014. Rameau; Armelle KhourdoĂŻan, dessus (soprano); AndrĂ©a Soare, dessus (soprano); Élodie Hache bas-dessus (mezzo soprano); Joao Pedro Cabral, haute contre (tĂ©nor); Tiago Matos, basse-taille (baryton); Andriy Gnatiuk, basse. Les Folies Francoises; Patrick CohĂ«n-Akenine, violon et direction.

Dans une chronique prĂ©cĂ©dente,  nous avons rendu hommage au compositeur espagnol Juan Hidalgo, nĂ© il y a quatre cents ans. Mais 2014 est aussi l’annĂ©e du deux cent cinquiĂšme anniversaire du dĂ©cĂšs de Jean Philippe Rameau (1683-1764). D’abord connu comme compositeur de musique religieuse (cantates, grands motets 
) et instrumentale (musique pour orgue essentiellement) et comme thĂ©oricien (il est l’auteur d’un TraitĂ© d’harmonie qui fait alors autoritĂ©), Rameau a cinquante ans lorsqu’il compose son premier opĂ©ra : Hippolyte et Aricie (1733). Il faut moins de vingt-quatre heures pour que s’allume la querelle des Lullystes et des ramistes tant ce nouvel opĂ©ra est musicalement novateur. Pour ce concert, le dernier de la tournĂ©e entamĂ©e quelques semaines plus tĂŽt, Patrick CohĂ«n-Akenine, chef et fondateur des Folies Francoises, a programmĂ©, outre Hippolyte et Aricie, Les surprises de l’amour (commande de madame de Pompadour) et Les Indes Galantes. Les Folies Francoises accompagnent six chanteurs de l’Atelier lyrique de l’OpĂ©ra de Paris.

Les Folies Françoises rendent hommage à Jean Philippe Rameau

AnnĂ©e Rameau 2014 : nos temps fort (opĂ©ras, concerts, ballets...)C’est avec Les surprises de l’amour, composĂ©es et crĂ©Ă©es en 1748 sur commande de madame de Pompadour qui cherchait constamment Ă  amuser Louis XV, que dĂ©bute le concert. La premiĂšre entrĂ©e, La lyre enchantĂ©e ouvre le programme; les voix d’Armelle KhourdoĂŻan (Uranie), Andrea Soare (Amour) et Tiago Matos (Linus) sont bien assorties et les trois jeunes gens utilisent judicieusement l’espace Ă  leur disposition. La soprano Armelle KhourdoĂŻan fait sien le grand air d’Uranie et ses hĂ©sitations, sa crainte de succomber Ă  l’amour de Linus et Ă  ses propres sentiments. Dans l’entrĂ©e des incas du PĂ©rou tirĂ©e des Indes Galantes (1735), c’est la basse ukrainienne Andryi Gnatiuk (Huascar) qui est Ă  l’honneur en compagnie d’Armelle KhourdoĂŻan (Phani) et de Joao Pedro Cabra (Carlos). Le couple Cabra/KhourdoĂŻan est juvĂ©nile et bien en voix mais c’est Andryi Gnatiuk qui sĂ©duit et Ă©tonne par une diction remarquable. Cependant la part belle est faite Ă  Hippolyte et Aricie, premier opĂ©ra de Rameau, avec des extraits tirĂ©s de chacun des cinq actes de l’oeuvre; il est un peu regrettable cependant que les choeurs aient Ă©tĂ© supprimĂ©s, ĂŽtant une part d’autoritĂ© Ă  PhĂšdre notamment dans le premier acte lorsqu’elle tente de contraindre Aricie Ă  devenir prĂȘtresse de Diane. La mezzo soprano Élodie Hache est une PhĂšdre tourmentĂ©e Ă  souhait; la voix est limpide, large, claire mais peut-ĂȘtre un peu puissante pour un rĂŽle, certes court mais intense.

Les Folies Francoises et les six chanteurs de l’Atelier lyrique de l’OpĂ©ra de Paris donnent un fort beau concert, vivant, plein d’allĂ©gresse, trĂšs en voix. Saluons l’engagement de chacun des chanteurs dont la diction est excellente et la direction idĂ©ale de Patrick CohĂ«n-Akenine qui aussi joue la partie de premier violon avec un plaisir Ă©vident.

Saintes. Abbaye aux dames, le 19 juillet 2014. Jean Philippe Rameau (1683-1764) : Les surprises de l’amour, premiĂšre entrĂ©e : La lyre enchantĂ©e; Les indes Galantes, deuxiĂšme entrĂ©e : Les incas du PĂ©rou, troisiĂšme entrĂ©e : Le bon sauvage (bis : Danse des sauvages : forĂȘts paisibles); Hippolyte et Aricie, extraits ; Armelle KhourdoĂŻan, dessus (soprano); AndrĂ©a Soare, dessus (soprano); Élodie Hache bas-dessus (mezzo soprano); Joao Pedro Cabral, haute contre (tĂ©nor); Tiago Matos, basse-taille (baryton); Andriy Gnatiuk, basse. Les Folies Francoises; Patrick CohĂ«n-Akenine, violon et direction.

Paris : Exposition Rameau et la scÚne (Palais Garnier, 16 décembre 2014-8 mars 2015)

Jean-Philippe Rameau Ă  Paris

 

Paris : Exposition Rameau et la scĂšne (Palais Garnier, 16 dĂ©cembre 2014-8 mars 2015). Pour les 250 ans de la mort de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Ă  dĂ©faut d’avoir programmer une tragĂ©die lyrique du compositeur dijonnais (omission impardonnable de la part de l’institution pour laquelle Rameau a conçu son thĂ©Ăątre lyrique et livrer ses plus grandes partitions thĂ©Ăątrales), le Palais Garnier et sa BibliothĂšque-MusĂ©e prĂ©sentent, compensation opportune, une exposition Ă  partir du mois de dĂ©cembre 2014 et jusqu’en mars 2015. « Rameau et la scĂšne », le titre prĂ©cise ce qui sera mis en avant sur les cimaises du musĂ©e. Avant les baroqueux des annĂ©es 1960-1970 dont le premier ramĂ©lien sur instruments d’époque (William Christie), D’Indy et Saint-SaĂ«ns puis Debussy, Ă  l’époque oĂč il fallait rĂ©gĂ©nĂ©rer l’art français en puisant dans son glorieux passĂ© national, ont su distinguer le gĂ©nie du plus grand compositeur du XVIIIĂš : harmoniste virtuose, expĂ©rimentateur gĂ©nial, thĂ©oricien plutĂŽt polĂ©miste et trĂšs argumentĂ© (vis Ă  vis de JJ Rousseau et des EncyclopĂ©distes), rĂ©inventeur (aprĂšs Lully) de l’opĂ©ra tragique (Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux, Dardanus, Zoroastre
), de la comĂ©die musicale (PlatĂ©e), de l’opĂ©ra-ballet (Les Indes Galantes, Les fĂȘtes d’HĂ©bĂ©)
 , un Ă©rudit sensuel d’une audace jamais vue jusque lĂ . S’il ne crĂ©Ă©e pas vĂ©ritablement chacune de ses formes lyriques, il en donne des exemples dĂ©cisifs qui assurent la pĂ©rennitĂ© de chaque genre. L’exposition parisienne 2014/2015 souhaite rĂ©capituler les ferments du gĂ©nie de Rameau Ă  la scĂšne : les opĂ©ras du Dijonais sur la scĂšne lyrique parisienne de leur crĂ©ation Ă  nos jours, des chefs d’oeuvres pour la Cour versaillaise de Louis XV aux productions plus rĂ©centes Ă  l’OpĂ©ra Comique. Que signifie Rameau aujourd’hui dans le goĂ»t moderne ? Quelles avancĂ©es reconnaĂźtre Ă  ses ouvrages tragiques, chorĂ©graphiques et comiques ?  Quel dĂ©ploiement visuel pour chaque production ? Quels grands interprĂšte de Rameau : chanteurs tels JĂ©lyotte ou Marie Fel, mais aussi premiĂšres Ă©toiles de la danse : Marie SallĂ© ou La Camargo ! Comment chanter Rameau ? Rameau prĂ©fĂ©rait-il le chant ou le texte ? Et comment fut-il un orchestrateur inouĂŻ, capable de couleurs et de combinaisons dĂ©jĂ  debussystes ? RĂ©ponses au Palais Garnier, Galerie des expositions de la BibliothĂšque MusĂ©e de l’OpĂ©ra, Ă  partir de novembre 2014.

 

 

 

rameau-et-la-scene_catalogue bnf expositionUn remarquable catalogue est conjointement Ă©ditĂ© par la BNF, 216 pages, 143 illustrations, qui met en lumiĂšre les Ă©tapes de la redĂ©couverte de Rameau  au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle puis sur instruments anciens grĂące Ă  William Christie., Gardiner, Malgoire et leurs disciples… Entretiens avec Jean-Paul FauchĂ©court (sur le chant et l’articulation du texte), avec Jean-Marie VillĂ©gier (sur le gĂ©nie thĂ©Ăątral de Rameau), entre autres ; dossier spĂ©cial sur Hippolyte et Aricie, l’oeuvre du commencement datĂ©e de 1733, Ă  travers sa crĂ©ation et ses reprises jusqu’en 2012 Ă  l’OpĂ©ra de Paris, l’Ăąge du chant Ă  l’Ă©poque de Rameau… sont quelques pistes qui agrĂ©mentĂ©es de superbes illustrations, restituent Rameau dans son Ă©poque, dans sa formidable modernitĂ©. Lecture incontournable.

 

 

Les Grands Motets de Rameau et Mondonville par William Christie

Rameau_Joseph_Aved-Portrait_de_Jean-Philippe_Rameau_vers_1728Rameau, Mondonville : les Grands Motets en concert. William Christie. 22>29 juillet 2014.  Lessay, Salzbourg, Beaune, Londres… En 2014, l’agenda des concerts met en avant l’inspiration sacrĂ©e de Rameau ; Un interprĂšte d’exception offre sa vision des Grands Motets de Rameau mis en perspective avec ceux de son cadet, Mondonville : William Christie. C’est le maĂźtre pour tous, pionnier de la reconnaissance de Rameau en France et dans le monde, et son meilleur serviteur, le plus inspirĂ©, Ă  la tĂȘte de ses fascinants Arts Florissants
 Bill l’enchanteur dirige 4 dates (les premiĂšres d’une vaste tournĂ©e internationale qui dĂ©bute donc en France et en Europe Ă  partir du 22 juillet et passe par Lessay, Salzbourg, Beaune puis Londres… voir dĂ©tail de la tournĂ©e, dates et lieux en fin d’article ). Avant d’ĂȘtre le gĂ©nie de l’opĂ©ra, Rameau, tĂącheron plus ou moins connu, plus ou moins apprĂ©ciĂ© pour ses Ă©carts imprĂ©visibles Ă  l’orgue (ses improvisations fascinent et terrifient Ă  la fois par leurs audaces) dans plusieurs paroisses Avignon, Clermont-Ferrand, Montpellier, Dijon
, apprend, perfectionne son mĂ©tier. Avant Paris (rejoint en 1722), le compositeur prĂ©pare son sĂ©jour Ă  la Cour, traitant dĂ©jĂ  la forme officielle (Lullyste) du grand motet. InspirĂ© par le cĂ©rĂ©monial liturgique officiel dont celui royal, pour l’Ordinaire des Messes, Rameau s’intĂ©resse au genre qu’il renouvelle considĂ©rablement avec cette touche dramatique, cette science harmonique et mĂ©lodique dont il a le secret. C’est un poĂšte du verbe biblique et un architecte dans l’Ă©criture chorale, instrumentale (dĂ©jĂ  d’un souffle symphonique). Le dijonnais enrichit sensiblement le genre qu’avant lui, Lully et Dumont ont portĂ© Ă  Versailles en une forme accomplie.

Solennité et profondeur du Rameau sacré

TournĂ©e. William Christie dirige Belshazzar de HaendelEn d’autres termes, pas encore auteur lyrique, Rameau importe dĂ©jĂ  l’opĂ©ra Ă  l’église : ses motets offre une ambition des moyens expressifs jamais vue jusque lĂ . D’un corpus certainement plus Ă©tendu Ă  l’origine, il nous reste principalement trois motets, d’un souffle et d’une portĂ©e lĂ  aussi visionnaires, dont l’expressivitĂ© et les audaces musicales annoncent les grandes rĂ©alisations Ă  l’opĂ©ra, Ă  partir des annĂ©es 1730 (1733: crĂ©ation scandaleuse d’Hippolyte et Aricie). A l’église, Rameau apprend et perfectionne le mĂ©tier. A l’opĂ©ra, il rĂ©vĂšle son gĂ©nie.
VĂ©ritable acte de ferveur, volontiers thĂ©Ăątral, le grand motet d’une durĂ©e moyenne de 20 mn ouvre la messe, avec faste et solennitĂ© (rĂ©unissant chƓur, solistes et orchestre). Lui succĂšde, piĂšce plus intime, le petit motet pour solistes et basse continue. Enfin, conclusion majestueuse, propre Ă  la monarchie française, le Domine salvum fac regem apporte une fin digne du cĂ©rĂ©moniel royal.
Trois piÚces majeures ont subsisté à ce jour (une quatriÚme Exultet coelum laudibus avait été redécouverte puis disparut de nouveau) : In Convertendo, Deus noster refugium, Quam dilecta tabernacula.


Tournée des Arts Florissants, William Christie
9 dates : du 22 juillet au 11 octobre 2014
Christie William portrait 290De son cÎté William Christie, maßtre incontestable de la dramaturgie ramiste, alterne les motets de Rameau avec ceux de son successeur Mondonville dont il partage la qualité des mélodies et le sens de la caractérisation dramatique : Dominus Regnavit et In exigu Israel sont mis en regard avec deux motets de Rameau : Quam dilecta et In convertendo Dominus.
DĂ©jĂ  abordĂ©s au concert et au disque (sublime rĂ©alisation), les motets de Mondonville permettent Ă  Bill d’affiner encore son geste musical, dĂ©voilant chez le Narbonnais, une thĂ©ĂątralitĂ© palpitante hĂ©ritiĂšre des accomplissements de son aĂźnĂ© Rameau : solennitĂ© mais humanitĂ©, ferveur et raffinement, vivacitĂ© prodigieuse, construction harmonique audacieuse, articulation du verbe ciselĂ©e, mordante, agissante. Sans Ă©lĂšves directs, Rameau a su transmettre sa gĂ©niale crĂ©ativitĂ© : Dauvergne comme Mondonville aprĂšs lui savent perpĂ©tuer son style autant orchestrale, chorale que vocale


Tournée Grands Motets de Rameau et de Mondonville
William Christie, direction
9 dates 2014 : Abbaye de Lessay (22 juillet) – Salzbourg (25 juillet) – Beaune (27 juillet) – BBC Proms (29 juillet) – puis aprĂšs l’Ă©tĂ© : CitĂ© de la musique (2 octobre) – Ambronay (4 oct) – Versailles (7 octobre) – Poissy (10 octobre) – Royaumont (11 octobre)

Toutes les infos sur le site des Arts Florissants William Christie

Les derniers enregistrements de William Christie et des Arts Florissants :

Belshazzar de Handel (CLIC de classiquenews)
Le Jardin de Monsieur Rameau (CLIC de classiquenews)

 

 

Pourquoi y aller ? Nos 3 raisons qui rendent ce programme en tournée, incontournable :
- Parce que le geste noble, élégant, raffiné de Bill (William Christie) reste inégalé chez Rameau.
- Le souffle dramatique des grands motets font des Motets de Rameau comme de Mondonville de véritables fresques lyriques et symphoniques.
- Pour l’annĂ©e Rameau 2014, aborder la ferveur ramĂ©lienne par son meilleur interprĂšte est un must absolu pour tout amateur de Baroque français.

rameau portraitD’In convertendo Ă  In exitu Israel… Le souffle biblique. Le programme dĂ©fendu par Les Arts Florissants en grand effectif met heureusement en regard deux musiciens experts dans l’Ă©criture ambitieuse associant chƓur, orchestre, solistes. Les Grands motets de Rameau et de Mondonville illustrent l’essor de la littĂ©rature sacrĂ©e en France au XVIIIĂšme siĂšcle.
D’une durĂ©e Ă©gale, In Convertendo du premier et In exitu Israel affirment la science et l’expertise dans la grande forme de Rameau (1683-1764) comme de son suiveur Mondonville. In Convertendo met en avant la soprano et son double (hautbois, pastoral et aĂ©rien), dialoguant avec le chƓur ; avant d’ĂȘtre l’immense compositeur d’opĂ©ras (Ă  partir de 1733 avec Hippolyte et Aricie), Rameau se montre Ă©lĂ©gant, virtuose dans les formes concertantes, en particulier dans le trio (pour baryton, soprano, tĂ©nor) souple et d’une Ă©loquence onctueuse (Qui seminant in lacrimis). Les choeurs y sont flamboyants, d’un contrepoint prĂ©cis, dansant, immensĂ©ment virtuoses lĂ  encore. Chaque dĂ©tail de l’orchestre, chaque intervention des solistes et du choeur relĂšve d’un esprit prĂ©cis qui a le souci de l’exactitude expressive et dramatique.
Rameau, maĂźtre Ă  danser par William ChristieMondonville (171-1772), aprĂšs Rameau, semble recueillir de son illustre aĂźnĂ© l’esprit de la grandeur mais aussi tout autant la profondeur et un sens de la noblesse tragique trĂšs emblĂ©matique du Versailles XVIIIĂšme. Le chant choral y atteint comme chez Rameau un flamboiement dramatique d’un souffle qui annonce les grandes fresques Ă  venir celles de Gossec et mĂȘme de Berlioz. Son Dominus Regnavit (choeur solennel ” Elevaverunt flumina “, synthĂ©tise depuis Lully, la ferveur piĂ©tiste individuelle au mĂȘme titre que l’arche grandiose des cĂ©lĂ©brations officielles.  “In exitu Israel ” (1753) est de loin le plus captivant, Ă©tourdissant par l’imaginaire poĂ©tique que son traitement musical suscite. Extrait du Psaume 113, le texte Ă©voque l’Ă©lĂ©ment marin Ă  l’Ă©poque de l’exode des IsraĂ©lites : d’abord description lente et statique (Mare vidit) puis rapide et intensĂ©ment dramatique lorsque les eaux se retirent en une sĂ©quence vocalement flamboyante digne des plus belles pages  lĂ©guĂ©es par Rameau, lui-mĂȘme maĂźtre des Ă©lĂ©ments (par ses nombreuses tempĂȘtes, tremblement de terre)… Le chƓur des Arts Florissants comme la direction nerveuse, Ă©lĂ©gantissime et finement caractĂ©risĂ©e du dramaturge Christie relĂšvent les dĂ©fis multiples de partitions parmi les mieux inspirĂ©es du baroque français. Choeur, orchestre, solistes expriment en images puissantes et violentes la force et le sens profond du rĂ©cit biblique.

Illustrations ci dessous : Rameau et Mondonville (DR)

 

 

 

Rameau : Castor et Pollux en direct de Montpellier

rameau jean_philippeFrance Musique. Rameau : Castor Et Pollux, 1754. Jeudi 24 juillet 2014, 20h. En direct de Montpellier. CrĂ©Ă© en 1737, dans le sillon scandaleux (et triomphal d’Hippolyte et Aricie), Castor et Pollux affirme le gĂ©nie lyrique de Rameau. Le compositeur n’a cessĂ© de rĂ©viser ses partitions et Castor connaĂźt une nouvelle version en 1754 : le Prologue est supprimĂ© ; tout le premier acte remaniĂ© afin d’exposer plus clairement l’histoire des deux frĂšres. Pollux, roi de Sparte, doit Ă©pouser TĂ©laĂŻre qui aime en vĂ©ritĂ© le frĂšre du souverain, Castor. Pollux dĂ©cide alors de renoncer Ă  TĂ©laĂŻre pour que son frĂšre l’Ă©pouse.  Mais le palais essuie les attaques du roi LyncĂ©e, lequel tue Castor. Pollux dĂ©cide alors de se sacrifier encore pour chercher son frĂšre aux Enfers et lui permettre de retrouver TĂ©laĂŻre sur terre. Dans la scĂšne des enfers, Rameau renoue avec le souffle infernal de son prĂ©cĂ©dent Hippolyte : langueurs lugubres et malĂ©fiques, terreur dĂ©sespĂ©rĂ©e de TĂ©laĂŻre (sublime priĂšre de dĂ©ploration : “Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux…” : le plus bel air de l’opĂ©ra français du rĂšgne de Louis XV), ardeur virile des guerriers spartiates, sans compter les danses jubilatoires des divertissements par lesquels Rameau en dĂ©ployant aussi la lyre chorĂ©graphique, sait renouveler le genre tragique ; excellence des recitatifs, ajouts d’ariettes italianisantes… Castor et Pollux reste l’opĂ©ra le plus impressionnant du thĂ©Ăątre ramĂ©lien.

Montpellier aprĂšs Aix rend hommage Ă  Rameau pour le 250Ăšme anniversaire de sa mort.

France Musique. Rameau : Castor Et Pollux, 1754. Jeudi 24 juillet 2014, 20h. En direct de Montpellier.  Avec Colin Ainsworth, Castor. Florian Sempey, Pollux. Emmanuelle de Negri, TĂ©laĂŻre. Sabine Devieilhe, ClĂ©one… Pygmalion. RaphaĂ«l Pichon, direction.

Rameau : Les BorĂ©ades en direct d’Aix

Rameau 2014 : les Grands Motets par Bruno Procopio, William ChristieFrance Musique, le 18 juillet 2014, 20h. Rameau : Les BorĂ©ades en direct. A dĂ©faut de Paris, Aix 2014 se devait de fĂȘter les 250 ans de la mort du plus grand compositeur d’opĂ©ras au XVIIIĂšme. Le dernier opĂ©ra de Rameau, rĂ©pĂ©tĂ© de son vivant mais jamais crĂ©Ă©, investit le grand thĂ©Ăątre de Provence (mais en version de concert). GĂ©nie lyrique au XVIIIĂšme, Ă  partir de son retentissant et scandaleux premier ouvrage : Hippolyte et Aricie de 1733 (trop de musique, trop d’action, trop d’orchestre
 sans compter les audaces harmoniques jamais Ă©ditĂ©es jusque lĂ  : voir le fameux Trio des Parques), Rameau entretient le feu sacrĂ© d’une inspiration jamais affaiblie jusqu’à son ultime drame : Les BorĂ©ades de 1764. Soit 30 ans d’une indĂ©fectible foi dans l’avancĂ©e de la musique appliquĂ©e au thĂ©Ăątre : ici, fidĂšle Ă  ses convictions dramatiques c’est l’orchestre flamboyant qui imprime Ă  l’action ses rebonds expressifs, sa cohĂ©rence premiĂšre. A contrario de bien des idĂ©es prĂ©conçues, le livret du compositeur signĂ© Louis de Cahusac – un fidĂšle partenaire-, Rameau Ă©chafaude une partition ambitieuse dont le sujet dĂ©nonce en vĂ©ritĂ© la torture, la violence, la violation physique. En lettrĂ© engagĂ© des LumiĂšres, au mĂȘme titre qu’un Voltaire (qui avait conçu l’opĂ©ra Samson avec le compositeur) dĂ©fend au nom de la justice un Calas, Rameau fustige la barbarie d’un pouvoir autoritaire celui de BorĂ©e, le dieu des vents du nord, et de sa progĂ©niture : la princesse Alphise (reine de Bactriane, – actuel Afganisthan) doit se plier Ă  sa volontĂ© en une scĂšne des plus violentes jamais conçues Ă  l’opĂ©ra (acte V). Mais la jeune femme laisse son cƓur s’inflĂ©chir pour Abaris protĂ©gĂ© d’Apollon


Le dernier opéra de Rameau

L’orchestre impĂ©tueux exprime la force des Ă©lĂ©ments dans plusieurs tableaux spectaculaires (tempĂȘte concluant l’acte III, Ă©vocation des vents du nord
), mais il Ă©claire la situation psychologique des caractĂšres : la dĂ©termination du couple lumineux (Alphise/Abaris) opposĂ© Ă  la noirceur diabolique des BorĂ©ades (BorĂ©e et ses fils BorilĂ©e et Calisis)
 Pour dĂ©mĂȘler et inflĂ©chir une action qui semble condamnĂ©e, deux guides aident Abaris Ă  se rĂ©vĂ©ler Ă  lui-mĂȘme et vaincre l’adversitĂ© : Adamas et Apollon. En offrant sa flĂšche magique Ă  Alphise abattue, l’Amour prĂ©pare sa victoire finale.

Presque octogĂ©naire, Rameau qui fut thĂ©oricien de la musique et polĂ©miste acharnĂ© contre les EncyclopĂ©distes et les Ă©lucubrations simplistes de Rousseau (dĂ©fenseur de l’opĂ©ra italien, contre la grande machine française), entreprend de nouvelles directions rĂ©alisĂ©es dans Les BorĂ©ades. La tragĂ©die lyrique n’attĂ©nue en rien sa trĂšs grande intensitĂ© Ă©motionnelle dans plusieurs situations oĂč les protagonistes expriment solitude, abattement (Alphise, Abaris) ou haine et cruautĂ© (Les BorĂ©ades). Mais le Dijonais ajoute une dizaine de danses et de ballets, ponctuant le drame noir, d’épisodes (divertissements) qui font contraste avec la ligne tragique. Gavottes, contredanses soulignent la pensĂ©e expĂ©rimentale de Rameau qui n’hĂ©site pas Ă  rompre le carcan des scĂšnes bien Ă©tablies. Les BorĂ©ades comme PlatĂ©e ou Zoroastre sont traversĂ©s par l’idĂ©al des LumiĂšres, en opposant en un formidable choc esthĂ©tique et musical, forces du bien contre forces du mal. Et c’est bien l’orchestre et ses mouvements imprĂ©visibles, dans son orchestration d’un raffinement jamais entendu avant, qui en arbitre jeux et enjeux.

Le livret scandaleux (« Vous voulez ĂȘtre craints, pouvez vous ĂȘtre aimĂ©s ? ») semble faire le bilan d’une situation politique explosive, 25 ans avant la RĂ©volution. C’est que Rameau y excelle en tout : il n’est pas seulement ce grand machiniste, ce symphoniste immense, ce chorĂ©graphe visionnaire, il nous parle essentiellement du cƓur humain. La musique d’une difficultĂ© incroyable conduit-elle Ă  l’annulation des rĂ©pĂ©titions pourtant programmĂ©es et amorcĂ©es ? Rameau qui meurt quelques jours aprĂšs ne voit pas son opĂ©ra entier. Les BorĂ©ades n’ont pas fini de fasciner. C’est mĂȘme avec Le Requiem de Mozart, l’une des Ă©nigmes irrĂ©solues de l’histoire de la musique au XVIIIĂšme. Dans les deux cas, un pur chef d’oeuvre. Une musique d’une justesse infinie, d’une poĂ©sie tendre irrĂ©sistible.

France Musique, vendredi 18 juillet 2014, 20h. Rameau (1683-1764) : Les BorĂ©ades, 1764.  CrĂ©Ă© Ă  Paris en 1964 (Maison de la Radio), en version de concert – puis en version scĂ©nique en juillet 1982 Ă  Aix en Provence.

En 2014, France Musique retransmet en direct en version de concert un plateau dirigé par Marc Minkowski (Les Musiciens du Louvre). Avec :

Alphise : Julie Fuchs

Sémire / Amour / Polymnie : Chloé Briot

Abaris : Samuel Boden

Calisis : Manuel Nuñez-Camelino

Borilée : Jean-Gabriel Saint-Martin

Borée : Damien Pass

Adamas / Apollon : Mathieu Gardon

ChƓur : Ensemble Aedes

CD. Rameau : Les Indes Galantes (Hugo Reyne, 2013)

rameau-les-indes-galantes-hugo-reyne-simphonie-marais-cd-CD. Rameau : Les Indes Galantes (Hugo Reyne, 2013)… Parlons de l’Ɠuvre d’abord. S’il y a bien un “cas” Hippolyte et Aricie, scandale retentissant et coup de gĂ©nie sur la scĂšne lyrique et tragique en 1733, il y eut bien un nouvel accomplissement tout autant capital dans l’art français avec Les Indes Galantes de 1735/1736…. Au dĂ©but des annĂ©es 1730, le quinqua Rameau y renouvelle considĂ©rablement le genre de l’opĂ©ra ballet lĂ©guĂ© par Lully et Campra (L’Europe Galante de 1697), mais le Dijonais va plus loin et ose plus fort : la galanterie ici unit les parties disparates (les quatre entrĂ©es), et la danse unifie le propos avec l’essor du ballet hĂ©roĂŻque et d’action.

 

 

 

Hugo Reyne souligne l’Ă©clat poĂ©tique des Indes Galantes de Rameau

Live viennois enthousiasmant

 

Mais, exigence du sens oblige, et soucieux d’une dramaturgie pas que dĂ©corative, Rameau et son librettiste Fuzelier, dĂ©veloppent aussi une satire de la sociĂ©tĂ© française (comme l’a fait Montesquieu dans ses Lettres persanes de 1721) : sous couvert de badinerie exotique (Les Indes sont orientales donc persanes, mais aussi occidentales, donc des AmĂ©riques), les deux satiristes pourfendeurs tendent le miroir (comme dans PlatĂ©e) Ă  leurs contemporains, et Rameau si peu courtisan et frappĂ© de luciditĂ© quant Ă  la comĂ©die humaine, y Ă©pingle les travers les plus ignobles du genre humain. L’homme en sociĂ©tĂ© est un monstre que la candeur et l’innocence du bon sauvage sait dĂ©noncer par contraste. La sociabilitĂ© corrompt le coeur humain que la musique de l’enchanteur Rameau sait retrouver Ă  sa source : le prĂ©texte exotique et le registre amoureux et tendre permettent de rĂ©aliser cette miraculeuse redĂ©couverte. Un retour aux sources d’une certaine maniĂšre que la magie d’une musique enchanteresse rĂ©active… Lire notre critique complĂšte des Indes Galantes de Rameau par Hugo Reyne

Bruno Procopio grand invité de KTO

Bruno Procopio : les Grands Motets de Rameau Ă  Cuenca (Espagne)TĂ©lĂ©, KTO, 7-14 juin 2014. Bruno Procopio, chef d’orchestre. Entretien. Le jeune chef d’orchestre Bruno Procopio est l’invitĂ© d’Emmanuelle Dancourt dans son Ă©mission VIP, du 7 au 14 juin 2014. Rameau, Marcos Portugal, Carl Philipp Emmanuel Bach
 les grands noms du baroque europĂ©en, de la France et de l’Allemagne des LumiĂšres 
 jusqu’au BrĂ©sil (avec Marcos Portugal qui du Portugal s’expatrie outre Atlantique) n’ont plus de secret pour le claveciniste et chef d’orchestre Bruno Procopio. D’un continent l’autre, de chaque cĂŽtĂ© de l’Atlantique, le fougueux interprĂšte de François Couperin Ă©galement (somptueuse lecture des Barricades MystĂ©rieuses) cultive les champs florissants de la conversation musicale, apportant chez Rameau un tempĂ©rament et une Ă©nergie peu commune, Ă  Caracas ou Ă  Rio, Ă  la tĂȘte des instrumentistes du Simon Bolivar Orchestra ou ceux de l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil, les ferments de la pratique historiquement informĂ©e. Il a jouĂ© puis enregistrĂ© les PiĂšces pour clavecin en concert, puis un programme d’extraits d’ouvertures et de ballets de Rameau Ă  Caracas avec l’orchestre de Gustavo Dudamel, l’Orchestre Simon Bolivar du Venezuela (2 disques Ă©vĂ©nements Ă©ditĂ© par le label Paraty). En quelques annĂ©es, le bouillonnant chef, maestro affĂ»tĂ©, douĂ© d’un rare sens dramatique aura rĂ©vĂ©lĂ© la verve prĂ©rossinnienne de Marcos Portugal (recrĂ©ation Ă  Rio de son joyau comique L’oro no compta amore de 1804) tout en soulignant sa haute inspiration sacrĂ©e en jouant la fameuse Missa Grande Ă  Cuenca (Espagne). Admirable interprĂšte de Jean-Philippe Rameau, Bruno Procopio pour l’annĂ©e 2014, vient de diriger en avril 2014, les Grands Motets du Dijonais : fougueuses piĂšces spectaculaires (avec chƓur), surtout hautement lyriques avec le concours de la diva ibĂ©rique Maria Bayo… Bruno Procopio dans une mise en place impeccable a soulignĂ© la science expĂ©rimentale et foisonnante du Rameau d’avant les opĂ©ras (son premier ouvrage est crĂ©Ă© en 1733 : Hippolyte et Aricie ; les grands Motets auraient Ă©tĂ© composĂ©s Ă  Lyon vers 1714)…

EngagĂ©, passionnĂ© dans le renouvellement des oeuvres baroques (mais pas que), Bruno Procopio Ă©voque sa carriĂšre, ses goĂ»ts, son expĂ©rience de la direction. Prochainement, il dirigera Ă  nouveau l’Orchestre Symphonique du BrĂ©sil Ă  Rio (septembre 2014) puis l’Orchestre national de Lille (dĂ©cembre 2014) 
. Sur le plateau de KTO est Ă©galement invitĂ©e aux cĂŽtĂ©s de Bruno Procopio, la comĂ©dienne centenaire GisĂšle Casadesus.

 

 

 

Bruno Procopio, grand invité de KTO

Magazine VIP, Visages inattendus de personnalités. Présenté par Emmanuelle Dancourt.

Samedi 7 juin Ă  20h40

Dimanche 8 juin Ă  17h00 et 1h35

Lundi 9 juin Ă  11h10

Mardi 10 juin Ă  7h50 et 22h45

Jeudi 12 juin Ă  11h00

Vendredi 13 juin Ă  14h35

Samedi 14 juin Ă  8h40

L’émission sera Ă©galement accessible sur le site de KTO dĂšs sa premiĂšre diffusion : voir le site KTO tĂ©lĂ©vision catholique.