CARTES CAPTIVANTES… Le jeu chambriste des Timbres, trio virtuose et sensible, s’ingénie à défendre dans ce programme original, un « carré » de génies, soit 4 compositeurs baroques français ayant particulièrement marqué l’histoire de la musique : Marin Marais, François Couperin, Antoine Forqueray et Jean-Philippe Rameau, le plus récent. Chacun éblouit littéralement par sa justesse et sa profondeur, son unicité, son imaginaire ; clarté de Couperin, expressivité de Forqueray, sentiment de Marais, puissance suggestive chez Rameau, … tous les 4 ont en partage, l’ampleur de la vision poétique et une élégance toute française. Ils ont aussi le goût des filiations ou des hommages ; ainsi leurs portraits des confrères admirés, respectés : voici donc Couperin par Forqueray ; et vice versa ; Rameau par Forqueray ; surtout Marais et Forqueray par Rameau (en conclusion)…
Dans ce brillant aréopage, c’est Forqueray qui inspire le plus (pas moins de 8 portraits lui sont ici consacrés) ; puis Couperin (5 portraits)… quand Rameau (trop impressionnant ?), n’en suscite que … 3. Mais quand l’auteur d’Hippolyte et Aricie portraiture Marais et Forqueray, son invention produit un jaillissement irrésistible …
L’ART DU PORTRAIT MUSICAL
« La Superbe » de Couperin, ou le portrait de Forqueray (plage 1) berce par son élégance et une noblesse claire et transparente qui charme par son naturel sous les doigts du claveciniste Julien Wolfs. Belle ouverture, développée dans une grâce idéalement équilibrée entre mélancolie et douceur, où berce une sérénité solaire de plus de 4mn. Ce portrait premier ne contredit d’ailleurs en rien le portrait du même Forqueray par Duphly cette fois (23), douceur et tendresse, noblesse et gravité, surtout intériorité et pudeur s’affichent sans réserve aussi sous le doigts du claviériste. Même nostalgie d’une infinie douceur, dans les 5 sonates de Jean-Féry Rebel (2), contrastées, capricieuses, d’une activité ciselée (suggestivité nuancée dans le Récit), mais aussi électrisée par le feu des Timbres (Viste et Gai).
Et comment se voyait Couperin lui-même ? Car le programme sélectionne aussi quelques autoportraits : le 7 donne la clé ou suggère un climat : vivant, naturel, présent (grâce là encore à l’éloquence sans apprêts de l’excellent Julien Wolfs) – une grâce volubile qu’expose aussi son portrait par d’Agincourt de 1733, ou que confirme l’entrain à 3 de la Gigue de Dornel (17)…
Et Rameau ? Il est selon Caix d’Hervelois : d’une vitalité active, où le Trio exprime la rondeur aimable d’une mondanité dansante (voilà qui tranche avec la réputation du théoricien suffisant, un rien acariâtre et tendu). Dans l’esprit de Collage, Marais paraît tel un rêveur nocturne (pour le clavier seul), tandis que les 3 instrumentistes redoublent d’exquises nuances dialoguées, dans un jeu de surenchère idéalement canalisée, dans le portrait de Forqueray par Lafont.
Il revient enfin à Rameau de conclure, avec son esprit synthétique et puissant, sur lui-même : obstinée et joviale, la charge n’a rien d’incisif ni de mordant, plutôt animé par un feu vaillant, volubile et insistant, d’une vitalité bouillonnante (28).
S’agissant de Forqueray, Rameau est tout aussi inspiré d’une éloquence vive, alternant assauts conquérants et rebonds d’une fine ciselure nostalgique (29), cependant que son Marais, plus court, jaillit comme une même eau vive, riche en rebonds et d’une infinie sensualité.
Dans ce jeu d’hommages, d’admirations, Les Timbres redoublent de connivence experte, de dialogues filigranés ; qu’il s’agisse de Julien Wolfs seul au clavecin, ou des 3 complices associés (avec Yoko Kawakubo, violon et Myriam Rignol, viole de gambe), … chaque timbre coopère dans un équilibre collectif superlatif ; ils éblouissent dans la finesse expressive, l’éloquence poétique, l’alliance parfaite entre intériorité et séduction. Chaque portrait gagne une profondeur allusive : l’intention du portraitiste rehausse la vitalité de son observation, tissant des nuances musicales au diapason de son acuité psychologique ; dans cet art réaliste et introspectif, qui n’écarte pas une dose de subjectivité, le génie de Rameau convainc plus que tout autre dans les deux portraits qu’il a conçus, de ses ainés, Couperin et Forqueray. Magistral.
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CRITIQUE CD événement. CARRÉ D’AS : portraits musicaux : Couperin, Forqueray,
Marais, Rameau… LesTimbres – Yoko Kawakubo, Myriam Rignol, Julien Wolfs. Enregistré majoritairement à Pompierre-sur-Doubs, en juin 2025. 1 cd CVS Château de Versailles Spectacles – CLIC de CLASSIQUENEWS été 2026.
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