COMPTE-RENDU, critique, opéra. PISE, le 13 oct 2019. Alessandro MELANI : L’empio punito. Orchestre Auser Musici, Carlo Ipata.

alessandro-MELANI-opera-critique-opera-classiquenews-opera-concert-critique-portrait_young_gentleman_hiCOMPTE-RENDU, critique, opéra. PISE, le 13 oct 2019. Alessandro MELANI : L’empio punito. Orchestre Auser Musici, Carlo Ipata. Pour l’ouverture de la saison du Teatro Verdi de Pise, son directeur artistique Stefano Vizioli a eu l’excellente idée de recréer un chef d’œuvre de l’opéra romain, premier don Juan lyrique, représenté il y a 350 ans au palais Colonna, devant la reine Christine de Suède. Une partition extraordinaire, défendue par un casting, une mise en scène et une direction musicale sans faille. Si cet Impie puni est une rareté, l’œuvre n’est pas totalement inconnue, Christophe Rousset l’ayant donnée à Leipzig, à Montpellier et à Beaune en 2004. L’opéra, un pur chef d’œuvre, connaît en outre une incroyable résurrection : juste avant la production pisane, une autre production fut donnée à Rome par Alessandro Quarta, et l’œuvre est annoncée l’année prochaine au Festival d’Innsbruck. Les versions de Rousset et Quarta furent honteusement amputées, les quatre heures de la version intégrale ramenées à un peu plus de deux heures de musique.

 

 

Réussite magistrale au Teatro Verdi de Pise

Le premier Don Giovanni : un chef d’oeuvre romain

 

 

Si à Pise les coupures ne sont pas absentes, la version dirigée par Carlo Ipata, auteur de l’édition de la partition, est plus respectueuse, avec ses 3h15 de musique, et fidèle aux tessitures originales (chez Quarta, le rôle aigu d’Acrimante fut confié à un baryton !). La source littéraire étant la même (le Burlador de Sevilla de Tirso de Molina), la confrontation avec le chef-d’œuvre de Mozart est tentante : Don Giovanni, Leporello et Donna Elvira ont ainsi les traits d’Acrimante, Bibi et Atamira, tandis que le Commandeur, Donna Anna et Don Ottavio ont pour nom Tidemo, Ipomene et Cloridoro. L’action se situe en Macédoine, à la cour du Roi Atrace, dont la sœur Ipomene chante son amour pour Coridoro. Atamira, fille du roi de Corinthe, est à la recherche de son époux volage, Acrimante, qui apparaît, rescapé d’un naufrage, accompagné par son valet Bibi, mais qui très vite jette son dévolu sur Ipomene, tandis que Bibi courtise la vieille nourrice Delfa. Une série de quiproquos sème le trouble sur les couples qui se défont, suscitant la jalousie de Cloridoro et la condamnation à mort d’Acrimante par le roi de Macédoine. Mais Atamira, toujours amoureuse, feint de lui administrer un poison, en réalité un somnifère, le laissant libre de continuer à séduire Ipomene. Entretemps, son précepteur Tidemo provoque Atrace en duel et est tué : comme chez Mozart, sa statue sera convoquée à un souper, entrainant Acrimante dans les enfers ; les couples se reforment et tous chantent la punition de « celui qui le ciel offense ».
Il faut tout d’abord souligner la qualité exceptionnelle du livret de Filippo Acciaiuoli, l’un des meilleurs du XVIIe siècle, tour à tour tragique, comique, burlesque, truffé de formules sentencieuses et de métaphores audacieuses, de jeux de mots truculents : c’est un déchirement que d’y retrancher le moindre vers. La musique y est constamment inventive, d’une grande variété, pathétique (les airs d’Atamira notamment, « Vaghe frondi », « Piangete, occhi piangete », ou le lamento d’Atrace, « Conducetemi a morte »), incisive et véhémente (« Fu troppo acuto dardo » d’Atrace, et surtout « Crudo amor, nume tiranno » d’Acrimante, au rythme incroyable), culminant dans le sublime duo entre Acrimante et Atamira, « Se d’amor la cruda sfinge », sommet de toute la partition, à faire fondre les pierres. Les duos comiques sont également légion, marqués cependant par une grande variété de registres, notamment pathétiques (« Non più strali, non più dardi », « Addio, Delfa »), tandis que Melani use aussi du style madrigalesque dans le superbe duo des bergères au premier acte. Mais l’espace nous manque pour décrire les mille beautés de ce chef-d’œuvre.
Sur scène, Jacopo Spirei a opté pour une lecture à la fois littérale et poétique, un décor minimaliste mais respectueux de la lettre, d’une grande efficacité dramatique. On y voit des silhouettes de chevaux se détachant sur des panneaux verts, presque fluorescents, un éventail géant richement historié figurant le palais d’Ipomene, des vagues tour à tour bleues et rouges, un bateau digne d’une gravure renaissante : décor à la fois cartoonesque et stylisé du plus bel effet.
Pour défendre cette partition exigeante, la distribution réunie au Teatro Verdi constitue un (quasi) sans faute. Dans le rôle éprouvant d’Acrimante (tenu à l’époque par le célèbre espion castrat Atto Melani, frère du compositeur) Raffaele Pe impressionne par un timbre très sonore, magnifiquement projeté, une diction impeccable et une aisance scénique toujours captivante. Ce sont ces mêmes qualités que l’on retrouve chez Alberto Allegrezza, irrésistible Delfa que nous avions découvert émerveillé à Innsbruck cet été dans la Dori de Cesti. Il crève littéralement l’écran et allie à une aisance vocale stupéfiante des qualités d’acteur digne d’un Dominique Visse des grands jours. Bibi est quant à lui très bien défendu par le baryton Giorgio Celenza, vêtu d’un costume à la Toulouse-Lautrec : la voix est bien charpentée, même si on aurait pu attendre une prestation plus débridée pour ce rôle à l’époque interprété par un nain. Les deux principaux rôles féminins sont admirablement tenus par Roberta Invernizzi (Ipomene), dont chaque intervention est un concentré de déclamation pathétique, un modèle de chant qui incarne le verbe en magnifiant les affects dont il est porteur, et par Raffaella Milanesi, inoubliable Atamira, parfois légèrement en retrait dans le registre medium, mais dont les interventions sont toujours d’une grande intensité.

Les autres interprètes sont de jeunes chanteurs issus de l’« Accademia barocca » : l’excellent sopraniste Federico Fiorio dans le rôle de Cloridoro, voix pure et délicate, d’une grande homogénéité, est une véritable révélation ; remarquable également la prestation de la jeune basse Piersilvio De Santis, dans plusieurs rôles, dont celui du démon : sa frêle silhouette contraste avec un timbre caverneux, magnifié par un jeu d’acteur toujours efficace. Légère déception pour l’Atrace de Lorenzo Barbieri, si la voix est là, généreuse, ample, elle pèche parfois par une certaine instabilité, mais nous gratifie aussi de très beaux moments (notamment dans son beau lamento du I, « Conducetemi a morte »). Les autres rôles, l’Auretta et la Proserpina affirmées de Benedetta Gaggioli, le Corimbo juvénile de Shaked Evron, et le Tidemo volontaire de Carlos Negrin Lopez, se défendent avec les honneurs.
Dans la fosse, Carlo Ipata à la tête de sa phalange des Auser Musici, institue un dialogue fécond avec la scène, et souligne avec une grande intelligence ce que l’accompagnement musical – toujours lacunaire dans les partitions manuscrites du Seicento – a de profondément théâtral. Sa réalisation est exemplaire et on lui doit beaucoup dans la révélation enfin idoine de cette exceptionnelle perle irrégulière du baroque romain.

 

 

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Compte-rendu. Pise, Teatro Verdi, Melani, L’empio punito, 13 et 14 octobre 2019. Raffaele Pe (Acrimante), Raffaella Milanesi (Atamira), Roberta Invernizzi (Ipomene), Giorgio Celenza (Bibi), Alberto Allegrezza (Delfa), Lorenzo Barbieri (Atrace), Federico Fioro (Cloridoro), Bendetta Gaggioli (Proserpina, Auretta), Piersilvio De Santis (Niceste, Demonio, Capitano della nave), Shaked Evron (Corimbo), Carlos Negrin Lopez (Tidemo), Jacopo Spirei (Mise en scène), Mauro Tinti (Décors et costumes), Fiammetta Baldisserri (Lumières), Orchestre Auser Musici, Carlo Ipata (direction).

OPERA FUOCO : la Compagnie lyrique de David Stern, de Paris à Shanghaï (2016)

opera-fuoco-logo-2015OPERA FUOCO, grand reportage vidéo. Orchestre, troupe de chanteurs et aussi laboratoire lyrique où les jeunes talents apprennent le métier… OPERA FUOCO, créé par le chef d’orchestre DAVID STERN, est un collectif conçu pour le chanteur et l’opéra, toutes les formes d’opéra. Comment fonctionne l’Atelier lyrique d’Opera Fuoco ? Quels sont les objectifs et les enjeux, défendus depuis la création de l’ensemble par son fondateur, le chef David Stern ?… Opera Fuoco, de Paris à Shanghaï. GRAND REPORTAGE VIDEO par le studio CLASSIQUENEWS.COM (Réalisateur : Philippe Alexandre PHAM)

Compte rendu, opéra. Shanghai, Shanghai Symphony Hall, le 18 décembre 2015. Haendel : Alcina. Opera Fuoco. David Stern, direction. Raffaella Milanesi (Alcina), Jeunes chanteurs de l’Atelier Lyrique d’Opera Fuoco.

STERN-david-maestro-chef-orchestre-gallery_03HD_DAVID_STERN-582-594-UNE-HOMEDavid Stern à Shanghai. En décembre 2015, la présence du fils d’Isaac Stern, le chef David Stern dans la mégapole chinoise (23 millions de citadins, la concentration urbaine la plus importante au monde) relève d’une aventure romanesque qui prend l’ampleur d’une légende telle qu’on les aime. Les amateurs, mélomanes avisés ou connaisseurs voire historiens de la musique savent combien la tournée du père, Isaac Stern, en Chine, en 1979, passant ainsi significativement à Shanghai, -immortalisée par un célèbre documentaire intitulé “De Mao à Mozart” (édité en 1980), a profondément marqué l’histoire de la musique occidentale dans l’Empire du milieu : c’est même à partir de cet événement choc, – rare et exceptionnelle rencontre culturelle entre deux mondes distincts, qu’est née l’aventure de la musique occidentale en Chine. A la lueur de ce précédent, on estimera aisément la mesure de la déjà 2ème édition du Festival Baroque à Shanghai, en décembre 2015, événement porté et piloté par David Stern (qui en est le directeur artistique) en collaboration étroite avec l’Orchestre Symphonique de Shanghai (SSO). Il estv vrai que la programmation 2015 comprenait outre les rvs avec Opera Fuoco, un programme où les musiciens de l’orchestre shanghaiais jouaient avec leurs confrères européens dans un programme redoutable (Telemann, Haendel) sous la direction de maestro Stern.

 

 

 

Opera Fuoco et David Stern à Shanghai

 

 

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Comme hier, Isaac ouvrait une nouvelle perspective en faisant jouer Mozart et Brahms aux jeunes violonistes chinois, élèves du Conservatoire de musique de Shanghai (l’institution participe aussi à la réussite du festival baroque en 2015), David en continuateur inspiré et défricheur, plus de 35 ans après, poursuit l’aventure paternelle en terre asiatique, mais la renouvelle et sait stimuler la curiosité des chinois pour Haendel et Telemann, sans omettre Bach et ses fils (pour ne citer que les compositeurs mis à l’honneur en 2015). Pour Alcina, se sont les élèves de ce même Conservatoire qui ont assuré la tenue des parties chorales le 18 décembre dernier, lors du concert officiel de l’opéra de Haendel ainsi donné dans l’impressionnant Concert Hall du SSO (Shanghai Symphony Orchestra : un écrin acoustiquement fabuleux). L’épopée gagne donc une cohérence inédite et surprenante, du père au fils, chacun apportant dans ce rapprochement des peuples et des cultures, tout un continent musical non pas dans l’esprit d’une redite mais dans celui d’un complément, dans la quête d’un accomplissement. Un nouveau jalon sera atteint cet été (août 2016) avec le lancement du Concours international de violon à Shanghai qui portera le nom du pionnier désormais célébré : Isaac Stern.

Au demeurant, l’activité de David Stern à Shanghai, prend aussi une dimension spécifique car en liaison avec la création de sa propre compagnie d’opéra, Opera Fuoco, il s’agit d’accomplir tout un cheminement artistique et donc pédagogique vécu avec le noyau de jeunes chanteurs qui constitue les tempéraments les plus prometteurs de l’Atelier Lyrique de la Compagnie : des jeunes interprètes auxquels le maestro, généreux et toujours disponible, veut apporter les clés de leur futur métier : travailler le texte, l’articuler, l’incarner ; comprendre les enjeux dramatiques, écouter les autres, trouver sa place dans une équipe et à l’autre bout du monde, gérer stress, fatigue (décalage horaire), tension, concentration… Avec les années, parce qu’aussi l’accompagnement et l’aide aux jeunes se réalisent sur plusieurs années, des liens se sont tissés ; un esprit de troupe et de famille s’est renforcé ; tout cela concourt à la réussite d’une aventure lyrique unique au monde. Le dépassement de soi, le partage, et le plaisir dans la discipline font le miracle de ce qui s’est produit à Shanghai en décembre dernier. Opera Fuoco réinvente l’idée d’une équipe d’opéra : à la fois laboratoire, pépinière, fabrique vocale…. C’est un collectif qui depuis quelques années a acquis une identité renforcée grâce à la conjonction des talents complémentaires et distincts (la compagnie, aujourd’hui productrice de spectacles ; l’orchestre sur instruments anciens ; la troupe de jeune chanteurs d’un niveau plus que prometteur…) que le chef a su marier, et qui assurent la réussite de chaque production.

 
 

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alcina-stern-shanghai-raffaella-milanesiALCINA A SHANGHAI. Emblématique à tous égards, la production de cette Alcina de rêve, présentée sur le plateau du Shanghai Symphony Hall, ce 18 décembre 2015 indique le chemin parcouru et le niveau d’exigence de la troupe ; un niveau exemplaire car ici a contrario d’autres expériences de transmission et de savoir partagé, il s’agit de nouer un mode de travail sur le long terme ; la notion de talent soudain n’existe pas ; c’est une vue (dangereuse) du marketing outrancier. Rien ne remplace l’Å“uvre du temps ; les acquis façonnés pas à pas ; la lente mais sûre maturation d’un jeune tempérament… David Stern l’a bien compris ; lui qui avec un instinct exceptionnel et toujours sûr, sait choisir chaque voix pour son rôle idéal et au bon moment : cette acuité et ce discernement artistique fondent aussi les vertus de sa démarche. Autour du chef se retrouvent de jeunes tempéraments qui ont pris l’habitude de jouer et de chanter ensemble. L’esprit de complicité prévaut chez Opera Fuoco ; une émulation fraternelle cultivée par la bienveillance et la confiance, qui profite aussi de la proximité de professionnels aguerris, …. des pointures vocales à la présence charismatique : c’est évidemment le cas de la soprano italienne Raffaella Milanesi : ardente et subtile Alcina dont elle exprime les moindres tiraillements intérieurs, surtout le parcours psychologique, de la magicienne triomphante à l’amoureuse détruite, abandonnée (par Roger/Ruggiero), basculant finalement dans l’amertume haineuse et destructrice. C’est peu dire que Raffaella Milanesi marque le rôle ; funambule, féline, habitée voire possédée par le rôle, la jeune diva s’empare du caractère, le décortique au millimètre, l’analyse, révélant le génie psychologique de Haendel ; continument en contrôle et d’une concentration optimale (il en faut pour enchaîner ses deux airs monstrueux au II), elle se taille une voie royale par une prise de rôle éblouissante, de justesse comme d’intensité. On a guère vécu une telle décharge directe et juste, sauf précédemment avec la regrettée Lorraine Hunt (autre

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haendélienne de premier plan). C’est une performance ponctuée de moments de grâce absolue, en étroite symbiose avec le geste du chef et la finesse de l’orchestre : un modèle de concentration et de chant projeté, nuancé et souple pour les jeunes qui l’entourent ; le duo amoureux (style je t’aime moi non plus) qu’elle compose alors avec le Ruggiero juvénil de la jeune et suave Lea Desandre (photo ci dessus avec Alexandre Artemenko) atteint un sommet de sensualité envoûtante (à quand son Ariodante, prolongement naturel et complémentaire de sa formidable prise de rôle à Shanghai ?) ; de toute évidence, les deux forment un couple où la grâce le dispute à la vérité. Timbre de miel, voix à la fois fine et puissante, la jeune mezzo subjugue car comme ses partenaires, l’interprète apporte sur scène, une personnalité dotée de profondeur (la marque de la troupe Opera Fuoco ?) ; c’est pour chacun une histoire, un vécu, une sensibilité dont la sobriété du geste, l’efficacité du jeu dévoilent les tensions, la précision des intentions, la justesse du style ; tout ce qui enrichit ici la palette expressive de vrais chanteurs-acteurs. On aura rarement décelé chez de jeunes artistes, l’émergence d’une telle compréhension profonde, plurielle, intime des oeuvres. Pilotés par David Stern et son équipe, chaque interprète sait trouver son périmètre expressif qui convient à sa tessiture, sa personnalité, ses possibilités réelles.

Face à cette tigresse magicienne, à la fois souveraine et mendiante, que ce Roger a de panache et aussi de candeur, accent d’une noble et sincère adolescence. Aucune faute à la distribution : en soeur complice, souvent émerveillée (par l’amour que lui inspire Bradamante, la première compagne de Roger, déguisée en … homme), la Morgane de Daphné Touchais (partenaire fidèle d’Opera Fuoco depuis des années), affirme le rayonnement de son personnage, une âme solaire contrastant évidemment avec la ténébreuse Alcina. Même solide assurance pour Angélique Noldus, familière du rôle travesti de Bradamante.

 
 


 
 

alcina-oronte-sahy-ratia-tenor-classiquenews-shanghai-classiquenews-copyright-philippe-alexandre-pham-shanghai-david-stern-582JEUNES TEMPERAMENTS DRAMATIQUES. Saluons parmi les plus jeunes solistes de l’Atelier Lyrique, trois autres tempéraments qui sont aussi de superbes voix, pas seulement caractérisées mais déjà polies et assurées, des sensibilités vives au relief dramatique captivant : le ténor Sahy Ratianarinaivo (Oronte, photo ci contre), juvénilité, flexibilité au bel canto irrésistible (son “momento di contento” est projeté / formulé avec une fraîcheur et une innocence délectable ; c’est un belcantiste né qui devrait demain chanter Bellini…) ; l’Oberto très abouti de la jeune Natalie Perez dont le dernier air, exprime toute l’horreur que lui inspire la magicienne qui a tombé le masque : superbe progression vocale dans l’horreur et la blessure intime ; enfin le baryton Alexandre Artemenko (photo ci dessous) qui assure une sincérité bouleversante dans son seul air de Melisso : même si l’articulation de l’italien est encore perfectible, la sincérité et la sobriété de l’intention, la noble virilité du timbre montrent combien le jeune acteur a saisi l’enjeu du personnage au moment où il chante… encore un accomplissement à mettre au bénéfice du geste Opera Fuoco. Outre la volonté de les aider à prendre conscience de toutes les composantes du métier, l’équipe offre surtout aux jeunes chanteurs une ambiance idéale pour accomplir leur tempérament, approfondir alcina-melisso-alexandre-ARTEMENKO-review-critique-alcina-shanghai-classiquenews-decembre-2015-copyright-classiquenewsleur caractère ; d’autant que sans mise en scène (est ce vraiment utile ici ?), chacun doit nécessairement se dépasser pour exprimer par un jeu dramatique mesuré et un chant d’autant mieux exposé, la vérité de leur personnage. Il n’est pas de formation aussi décisive pour le jeune chanteur que celle offerte par Opera Fuoco. Préalable à cette Alcina chinoise, les jeunes ont peu suivre au cours des mois précédents, plusieurs masterclasses où à chaque fois, c’est un style et une langue spécifique qu’il a fallu comprendre, pratiquer, exprimer, ciseler. Au cÅ“ur du projet d’Opera Fuoco et selon l’objectif de David Stern, c’est surtout le sens et le texte qui impriment la vision globale : “il ne s’agit pas seulement d’avoir une belle voix ; il faut encore savoir ce que l’on dit, ce qui est en jeu, ce que l’on peut exprimer dans chaque situation“, ne cesse de préciser le maestro pédagogue.

 
 
 

La Compagnie lyrique Opera Fuoco réinvente la notion de troupe et de transmission

David Stern et Opera Fuoco : l’école de la vérité

 
 

PARCOURS PRÉALABLE : Cole Porter, Gluck, Berlioz… Ainsi avant Haendel à Shanghai, chaque jeune chanteur a pu (re)découvrir les défis du chant américain (Kiss me Kate de Cole Porter) ; le raffinement de la déclamation française chez Gluck et Berlioz ; à chaque session, un invité spécialiste de ce répertoire complète les indications et les conseils de David Stern et de Jay Bernfeld, conseiller pédagogique : Jeff Cohen pour Porter, Véronique Gens pour la mélodie et l’opéra français classique et romantique. Jamais en reste d’une idée nouvelle, pourvu qu’elle soit formatrice et engage plus encore les jeunes apprentis chanteurs, David Stern a même inventé une nouvelle forme de spectacle : le concert-rencontre où il prend la parole, explique tous les enjeux du répertoire et des Å“uvres afin que le public mesure l’ampleur du travail effectué par les élèves de l’Atelier Lyrique.

 

opera-fuoco-logo-2015Défenseur du texte au mot près, soucieux de l’histoire, de son explicitation par le geste et le chant, le chef a même conçu un nouveau spectacle avec l’écrivain Eric-Emmanuel Schmitt : à partir de la traduction du livret de Da Ponte des Noces de Figaro de Mozart, les deux passeurs ont élaboré un programme où la mise en regard du français inspiré de Beaumarchais et de l’italien mis en musique par Mozart, révèle les spécificités de chaque langue : encore une affaire de texte, encore et toujours la question du sens et de sa juste et naturelle formulation. Evidemment les jeunes voix sont mises à contribution : chanter en français et en italien, le désir ou l’allusion, sonne différemment. Quelle connotation pour quelle intention ? Ici, le chanteur apprend toutes les nuances du jeu de l’acteur. C’est une nouvelle expérience capitale et enrichissante pour l’interprète. Et la réalisation d’un idéal pour David Stern : la vérité. C’est peut-être cela, au fond, le but ultime du maestro et ce qu’il a construit à travers l’aventure d’Opera Fuoco : l’école de la vérité. Ce concert du 18 décembre à Shanghai restera comme un jalon important de l’histoire d’Opera Fuoco. En plus d’offrir un somptueux tremplin à ses jeunes apprentis, le chef a aussi permis au public chinois, de découvrir sur instruments d’époque, et défendu par une distribution idéale, l’un des sommets de l’opéra baroque. La nouvelle saison d’Opera Fuoco, portée par un tel esprit de complicité et d’accomplissement promet encore bien d’autres surprises et découvertes. Fin janvier, voici l’offrande d’une nouvelle session de travail autour de Candide de Bernstein (le 29 janvier 2016, 20h – Fondation Mona Bismark American Center). Puis, avant l’heure (les célébrations Telemann 2017), Damon opéra oublié de Telemann à Magdebourg en Allemagne (les 12, 13, 18 et 19 mars 2016), – évidemment une nouvelle production (mise en scène) promettant de nouveaux apports tout autant captivant que ceux que nous avons vécu à Shanghai, en décembre 2015, lors du IIè festival de musique Baroque. A suivre.

  

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Compte rendu, opéra. Shanghai, Shanghai Symphony Hall, le 18 décembre 2015. Haendel : Alcina. Opera Fuoco. David Stern, direction. Raffaella Milanesi (Alcina), Jeunes chanteurs de l’Atelier Lyrique d’Opera Fuoco. LIRE aussi notre présentation annonce du 2ème festival de musique Baroque à Shanghai : David Stern dirige Alcina de Haendel avec l’orchestre et l’Atelier lyrique d’Opera Fuoco

Approfondir : tous les programmes et productions d’OPERA FUOCO de la saison 2015-2016, sur le site d’OPERA FUOCO.FR

 
Toutes les photos de la production ALCINA par David Stern / Opera Fuoco Shanghai 2015 © CLASSIQUENEWS.COM / Philippe Alexandre PHAM

 
 

CD. Gluck : La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013)

gluck-clemenza-tito-ehrhardt-werner-arte-del-mundo-dhmCD. Gluck : La Clemenza di Tito (Ehrhardt, 2013). L’ouvrage de Gluck surprend par sa coupe ardente, l’ambition de ses récitatifs (du vrai théâtre lyrique : toute la première scène d’ouverture est du pur théâtre) et ici, une très fine caractérisation des protagonistes (grâce à des airs qui savent développer l’énergie psychologique de chaque profil individuel) : Vitellia, Sesto, Titus, Servillia, c’est à dire le  quatuor embrasé des amours éprouvées, en souffrance dont la couleur spécifique fait passer du classicisme au préromantisme… tous déjà sous sa plume et avant Mozart, impose des tempéraments instrumentalement et vocalement passionnants à suivre du début à la fin.

gluck willibald christoph orfeoMaîtrise exceptionnelle du genre seria. 10 ans avant de réformer l’opéra sedia avec son premier Orfeo (Viennois, créé en 1762), Gluck affirme dans cette Clémence de Titus de 1752, une maîtrise époustouflante de la forme lyrique noble : le seria, ses règles strictes, sa dignité morale, sa nécessité vertueuse inspirée des Lumières, sa conception codifiée dans l’expression cathartique des passions humaines exacerbées y trouvent une illustration qui force l’admiration. Le présent album nous gratifie d’une connaissance régénérée de l’art d’un Gluck révélé en génie du drame. Mai pour autant pas, comme chez Mozart (en 1791), de déroulement dramatique resserré, d’airs solistiques moins longs, de souffle théâtral irrésistible comme l’incendie du Capitole dont le divin Wolfgang, à la fin de sa trop courte carrière, fait le premier tableau romantique de l’histoire lyrique au XVIIIème siècle finissant. Pas encore de duos, d’ensembles ou de chœurs agissant cachés en coulisses pour une action simultanée, mais déjà en 1752, une refonte des airs qui certes longs, savent s’immiscer très subtilement dans la trame même de l’action : le parcours émotionnel de chaque protagoniste fusionne avec l’action proprement dite et les arias da capo paraissent étroitement liés et interdépendant des situations scéniques. Tout cela est remarquablement exprimé et compris par Werner Ehrhardrt et son musiciens d’Arte del mondo.

Dans cet enregistrement réalisé en novembre 2013, l’équipe des chanteurs et des instrumentistes réunie par Werner Ehrhardt défend avec conviction et subtilité l’une des partitions méconnues du chevalier Gluck, constellé de pépites lyriques. Un ouvrage qui remontant à 1752 (créé à Naples) et sur le livret de Métastase incarne les valeurs humanistes et éclairées de l’Europe intellectuelle et savante. Et qui sous la plume du compositeur passionné de vertus comme de passion, saisit par la volonté de caractérisation de chaque profil : voyez le formidable Sesto à l’allure carnassier et martial par exemple… On y relève les ficelles du milieu napolitain dans lequel Gluck évolue, celui des Tratetta et Jommelli. Mais le fiévreux démiurge se distingue déjà, 20 ans avant sa révolution parisienne, par son muscle rebelle, sa tension continue… En somme Gluck avant Gluck.
Vitalité, tempérament et aussi voix caractérisées prêtes à en découdre parfois à la limite de la justesse mais avec quel sens du risque (assumé): écoutez ici l’air CD3 plage 5 où le contre ténor Flavio Ferri-Benedetti (Publio) ose tout … à l’égal de sa consÅ“ur, la mezzo Raffaella Milanesi (ardent Sesto de braise et embrasé, aux agilités acrobatiques inouïes révélant des aigus nets dans son air plage 11): ce “nouveau” et méconnu Gluck saisit par son audace, sa musicalité expressive, d’une âpreté qui rappelle les premiers jalons baroques portés par l’engagement des pionniers. De son côté, Valer Sabadus (Annio) n’usurpe pas sa renommée naissante, aux côtés des Franco Fagioli, nouveaux contre ténors d’un nouveau gabarit : percutants, finement caractérisés ; son timbre (d’une fragilité cristalline taillée pour les lamentos introspectifs et les blessures ténues), son style fin apportent également une couleur humaine très aboutie à la ciselure émotionnelle développée et défendue par Gluck (même cd, plage 18).

Gluck avant Gluck

Lyre brûlante du Gluck napolitain

CLIC_macaron_2014Voici donc le génie dramatique du compositeur à Naples, déjà maître du seria en 1752, soit 10 ans avant sa sensationnelle réforme de l’opéra opérée à Vienne avec Orfeo en 1762… DHM Deutsch Harmonia Mundi a le mérite de soutenir un tel projet car les productions discographiques d’envergure et ambitieuses comme les révélations lyriques sont de plus en plus rares surtout à ce niveau d’implication. Ici, le premier Gluck, très italien évidemment, contemporain des premiers chefs d’oeuvres mozartiens s’impose à nous par un sens du drame que les interprètes parfaitement menés par le chef de L’arte del mondo, Werner Ehrhardt, servent en se dépassant unanimement.
Le profil des caractères y gagne un surcroît de relief, qui doublé par un continu et un orchestre bondissants eux aussi à l’écoute des vibrations expressives, articule une musicalité constamment développée dans le sens de l’action. Les 4 cd de cette première sur instruments d’époque montrent toute la science du Gluck “napolitain” des années (1752) : efficace, vitaminé, souvent direct dans une langue lyrique qui sert et la tentation virtuose des airs de bravoure et l’allant irrépressible de l’orchestre qui pousse à la résolution du drame.

aikin-laura-soprano-vitellia-gluckNous sommes loin cependant du chef d’oeuvre mozartien – sombre, funèbre mélancolique-, mais Gluck âgé de 38 ans, sur un livret de Metastase sait relever le défi de la dramatisation psychologique et des situations extrêmes révélant les vraies natures. Sans temps morts, tout le CD3 (Acte II) est une série d’airs frénétiques  (de coloration martiale – cor omniprésent) qui déploient les pulsions, les désirs, les aspirations les plus intimes, jusque là demeurées cachées par bienséance, pudeur ou calcul. Le chef gagne par un geste précis, intérieur, expressif certes mais subtilement suggestif (plage 9 : la soprano Laura Aikin campe une Vitellia, voix tragique et lugubre, d’une gravité douloureuse, languissante et nostalgique dont la déchirante impuissance s’exprime dans son dialogue avec le hautbois : je sens geler mon cÅ“ur : Sento gelarmi il cor…). C’est l’un des instants les plus prenants de l’action. L’emblème d’un style capable de faire jaillir la pudeur la plus juste.

2014 marque le centenaire de Gluck : anniversaire passé sous silence quand Rameau, son rival dans le coeur de Rousseau, occupe légitimement le devant de l’affiche. Avec ce remarquable enregistrement, Werner Ehrahrdt poursuit un parcours sans fautes semé d’indiscutables accomplissements (dont Medonte de Myslivecek en 2010) première révélation majeure du maestro et de son ensemble, suivi de La Finta Giardiniera d’Anfossi, 1774 (enregistré en 2011) ; et DHM confirme la justesse de son discernement, combinant défrichement et cohérence artistique car ici le plateau vocal et la lecture des instrumentistes se révèlent plus que convaincants. Superbe découverte servie par une réalisation sans défauts.

Gluck :  La Clemenza di Tito (1752). Aikin, Trost, Milanesi, Ezenarro, Sabadus, Ferri-Benedetti, L`arte del mondo. Werner Ehrhardt. 4 cd DHM Deutsche Harmonia Mundi  (3 CD Sony classical). Enregistré à Leverkusen, en novembre 2013.

Compte-rendu : Caen. Théâtre de Caen, le 15 mai 2013. Myslevecek : L’Olympiade. Raffaella Milanesi, Simona Houda-Saturova… Orchestre Collegium 1704. Vaclac Luks, direction. Ursel Hermann, mise en scène.

MyslevecekLe Théâtre de Caen accueille l’orcheste pragois Collegium 1704 et son chef Vaclav Luks pour la création française de L’Olympiade, opera seria du compositeur tchèque Josef Myslevecek. Il s’agît d’une nouvelle production et d’une véritable résurrection de l’oeuvre. La mise en scène est signée Ursel Hermann, très célèbre metteur en scène allemande que nous souhaiterions voir plus souvent en France.

 

 

Il était une fois un Tchèque

 

L’Olympiade de Metastasio est certainement l’un des livrets les plus utilisés sur la scène lyrique. C’est aussi l’un des plus pertinents dans l’histoire de la musique. Mis en musique originellement par Antonio Caldara en 1733, il est ensuite reutilisé par Vivaldi, Pergolèse, Galuppi, Hasse et même Paisiello et Cimarosa, entre autres. Le compositeur Josef Mysleveck (1737 – 1781), lié d’amitié avec Mozart, a eu une carrière pleine de succès. Un des rares compositeurs étrangers a devenir célèbre dans l’Italie du 18e siècle, il est surtout connu par son oeuvre lyrique. S’il existe de légères réminiscences de Mozart dans la partition, l’opéra est surtout un bel et curieux exemple du classicisme napolitain. Dans ce sens, la voix en est l’instrument privilégié.

Mais si l’orchestre de Myslevecek a un rôle moins complexe, l’excellente prestation du Collegium 1704 ne fait que hausser l’attrait de la récréation. Les musiciens débordent d’énergie et de vivacité. Sous la direction du chef Vaclav Luks la musique de caractère brillant a davantage d’éclat. Les moments élégiaques sont interprétés avec âme, mais nous sommes surtout impressionnés par les morceaux de bravoure et de fureur, où l’orchestre agité frappe l’audience avec un entrain et un brio particuliers. L’intensité dramatique et interprétative notamment pendant les récitatifs accompagnés laisse respirer la verve napolitaine à laquelle n’est pas absente, coloration davantage convaincante, une certaine profondeur.

L’Olympiade de sentiments

D’ailleurs, la soprano italienne Raffaella Milanesi ne manque pas de profondeur dans son interprétation de Mégaclès, ami de Lycidas. Véritable protagoniste de l’oeuvre, sont portrait est saisissant, et ce dans plusieurs sens. La virtuosité vocale est là dès le premier air “Superbo di me stesso” avec ses trois ” rés ” redoutables, mais surtout elle impressionne par l’honnêteté de sa performance. Le conflit du personnage masculin qu’elle interprète paraît le sien. Si nous sommes stimulés par sa beauté plastique et son agilité vocale, son art du drame nous éblouit davantage ; sa présence, sa composition du rôle complexe restent exquise, inoubliable.

La mezzo-soprano Tehila Nini Goldstein dans le rôle masculin de Lycidas est beaucoup moins présente dans la partition, mais se montre d’un contrôle total dans la conduite de sa voix pendant les deux airs dont elle a droit. Dans cette édition de l’oeuvre par le chef Vaclac Luks, un air dramatique de l’Ezio de Gluck remplace le choeur final disparu. Il est chanté par la soprano avec une puissance là aussi remarquable.

Simona Houda-Saturova interprète Aristée, fille du Roi de Sicyone, éprise de Mégaclès. Sa voix légère a pourtant un timbre particulièrement touchant. Elle a de l’entrain, et aussi un souffle remarquable, notamment lors du duo mozartien avec Mégaclès. Néanmoins, c’est la tendresse émouvante du personnage qui nous étonne. Son beau chant est plein de coeur, même pendant ses vocalises virtuoses qui sont avant tout sentimentales. Sophie Harmsen est une Argène d’une grande fraîcheur et plutôt piquante. D’une présence ravissante et avec beaucoup de caractère, nous retenons son air de fureur “Che non mi disse” chanté de façon littéralement … furieuse!

Les deux ténors de l’opéra sont des personnages fortement contrastés. Clisthène, Roi de Sicyone est assuré par Johannes Chum. Dans l’édition choisie par le chef Luks, il commence l’oeuvre avec un récitatif accompagné d’un oratorio de Myslevecek “La Passion de Jésus-Christ”. Chum gère bien les vocalises virtuoses de son rôle et sa voix argentée paraît plus stylisée que caractéristique. Jaroslav Brezina interprète le rôle secondaire d’Aminta, oncle de Lycidas. Sa performance est d’une force inattendue. L’instrument vocal est d’une belle couleur et se projette aisément. Le brio s’affirme même pendant ses deux airs suscitant les applaudissements d’un public charmé à chaque fois.

Saluons aussi le groupe des 4 solistes du choeur composé d’Alena Hellerova, Jan Mikusek, Vaclav Cizek et Tomas Kral. Ils ont une présence intéressante dans l’oeuvre et excellent au niveau vocal. L’effet qu’il produisent sur l’audience est dû à la mise en scène élégante et inventive, et tout autant ésotérique et métaphysique d’Ursel Hermann. Son travail avec la distribution est particulièrement remarquable, sensible et intelligent. En effet, la metteuse en scène sait pousser et repérer l’acteur caché chez chacun des chanteurs ; l’approche cultive un exemplaire souci de dévoiler la signification profonde de la coloratura, moyen pyrotechnique et superficiel typique de l’opera seria. La réalisation nourrit les coeurs mais aussi les yeux. Ainsi les décors d’un vert olympique prédominant signé Hartmut Schörghofer vont dans la même ligne stylistique de pertinence et de clarté, et les simples et beaux costumes de Margit Koppendorffer sont d’une indéniable qualité.

La redécouverte est majeure. L’effort de  résurrection et de réhabilitation de Myslevecek s’avère justifié tant le travail de toute l’équipe se révèle convaincante. Le spectacle est encore à l’affiche de l’Opéra de Dijon le 22 et 24 mai puis les 4 et 5 juin 2013 au Grand Théâtre de Luxembourg.

Caen. Théâtre de Caen, le 15 mai 2013. L’Olympiade, opéra seria de Pietro Metastasio, mise en musique par Josef Myslevecek. Raffaella Milanesi, Simona Houda-Saturova… Orchestre Collegium 1704. Vaclac Luks, direction. Ursel Hermann, mise en scène.