COMPTE RENDU, concert baroque. PARIS, Philh le 21 déc 19. 40 ans des ARTS FLO / W Christie / P Agnew.

COMPTE RENDU, concert baroque. PARIS, Philh le 21 dĂ©c 19. 40 ans des ARTS FLO / W Christie / P Agnew. D’une soirĂ©e inoubliable, ne retenons que l’essentiel. AprĂšs une premiĂšre partie copieuse, dĂ©diĂ©e aux baroques anglais, sorte de chauffe progressive aux jalons savoureux dont des Haendel rĂ©jouissants, certains en italien (Alcina), la seconde partie gagne un surcroĂźt d’implication comme de jeu complice, cette fois en jardin français : au programme prĂ©cisĂ©ment, Charpentier puis Rameau. D’abord, de Marc-Antoine, les interprĂštes chantent et jouent douceur et tendresse lumineuses des 
 Arts Florissants justement, oratorio qui leur a donnĂ© leur nom depuis la crĂ©ation de l’ensemble en 1979, oĂč perce le dard ciselĂ©, suave de la soprano visiblement enivrĂ©e par l’évĂ©nement anniversaire Sandrine Piau
 notre coloratoure baroque le plus fin. Appelant Ă  l’harmonie amoureuse, lui rĂ©pond le chƓur en Ă©cho, concrĂ©tisant aujourd’hui ce collectif choral, en rĂ©alitĂ© des solistes qui compose chacun le relief et l’unitĂ© des Arts Florissants ; leur charme n’a cessĂ© depuis leur dĂ©but de nous enchanter. Ils mordent dans le verbe et la langue de MoliĂšre et de Racine avec une inflexion nerveuse idĂ©ale. ChƓur prĂ©cis et percutant, ce collectif pilotĂ© par son fondateur alterne ivresse hallucinante, torpeur d’un rĂȘve et pĂ©tillante hargne, dĂ©terminĂ©e, vindicative
 Tout cela s’agrĂšge et prend sens sous la direction prĂ©cise Ă  la gestuelle extrĂȘmement claire du chef William Christie.

AprĂšs tant de splendeurs collective, un air intimiste qui restitue la langue française Ă  sa juste place : au cƓur du Baroque qui nous occupe. Marc Mauillon, soliste dans la vaste salle Pierre Boulez, rayonne lui aussi, comme enivrĂ© dans un air de sĂ©duction et d’amour, accompagnĂ© par l’archiluth : de D’Ambruis « le doux silence de nos bois » (prononcez : « boĂšsses ») : l’amour y est pastoral. Trouble des oiseaux capables de voix complices plutĂŽt que d’un chant familier ; fleurs, zĂ©phyrs, saison qui frĂ©mit
 : voici bien par ce chant articulĂ©, souverain, l’apologie la plus aimable d’une Nature rĂ©enchantĂ©e (par la musique). C’est un appel Ă  un Ă©picurisme mesurĂ© celui des tendres amours. RĂȘve, extase suspendue d’un chambrisme, introspectif : le charme opĂšre. La sĂ©quence rappelle combien William Christie inscrit l’articulation et l’intelligibilitĂ© au cƓur de son travail.

 

 

 

Pour les 40 ans des Arts Flo…

De Bill à Paul Agnew : une passation réussie

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Puis, plongĂ©e nocturne, non moins enchantĂ©e dans le songe d’Atys. Entre gravitĂ© et mĂ©lancolie voluptueuse (flĂ»tes : traverso et flĂ»te Ă  bec), le sommeil s’épaissit, se dĂ©ploie par la voix d’un trio d’hommes, les gĂ©nies du sommeil. Lully peint un endormissement comme un ravissement, exprimant l’activitĂ© d’un psychisme prĂȘt Ă  s’enivrer. « Dormons » 
 le tableau saisit par la souplesse du son, l’effet d’un abandon hallucinĂ©, surtout l’équilibre des voix, parfaitement associĂ©es.

Changement de chef ensuite, car c’est bien d’une passation dont il s’agit, entre Bill Christie et Paul Agnew, nommĂ© codirecteur des Arts Florissants. Pour les 40 ans de l’ensemble prĂ©cisĂ©ment.
D’abord l’ouverture de PlatĂ©e est dirigĂ©e superbement par Paul Agnew qui a chantĂ© le rĂŽle titre (derniĂšrement sous la direction du regrettĂ© Jean-Claude Malgoire) ; la lecture est Ăąpre et comme prĂ©cipitĂ©e qui ne manque pas de rebonds ni de superbe Ă©loquence
 le geste du chef convainc totalement confĂ©rant mĂȘme une ampleur symphonique Ă  la partition.
ImmĂ©diatement, ce lever de rideau irrĂ©sistible est enchaĂźnĂ© avec l’air de la nymphe des marais : « que ce sĂ©jour est agrĂ©able, il est aimable »: s’y illustre en dragqueen façon cage aux folles, Marcel Beekmann qui connaĂźt parfaitement le rĂŽle pour l’avoir dĂ©jĂ  chantĂ© sous la direction de Bill Christie
 languissante introspection en dialogue avec un orchestre dĂ©taillĂ©, tendre, murmurĂ©, d’une dĂ©lectable prĂ©cision discursive. Le chant est clair, droit et juste, incarnant cette gouaille trouble qui a fait la lĂ©gende de son interprĂšte crĂ©ateur JĂ©lyotte : entre candeur et libertĂ© dĂ©lurĂ©e. Le public rit beaucoup.

Le clou du spectacle demeure certainement ce qui suit : le grand air de la Folie Ă  l’Acte II, parodie de l’opĂ©ra : sous la direction de Paul Agnew, s’affirment la force et la puissance expressive de l’orchestre conçu par Rameau le plus grand symphoniste français avant Berlioz par ses couleurs et ses accents. VoilĂ  ce que l’on Ă©coute et qui se rĂ©vĂšle avec Ă©vidence.
La Folie c’est Sandrine Piau : « Formons les plus brillants concerts »  digne interprĂšte de ce personnage dĂ©lirant, au sommet de l’inspiration ramĂ©lienne, Piau, aprĂšs les divas qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©e (Massis, Delunsch
), mais la soprano de ce soir, affirme une musicalitĂ© rayonnante et un jeu affinĂ©, sĂ»r qui semble vouloir en dĂ©coudre avec le maestro qu’elle n’hĂ©sitera pas d’ailleurs Ă  Ă©carter pour diriger elle mĂȘme en fin de session, l’orchestre entier.

TrĂšs Ă  l’aise, Paul Agnew communique un vrai sens du drame avec une interprĂšte prĂȘte Ă  tout, mais dans l’élĂ©gance
 une walkyrie baroque dotĂ©e de moyens lyriques, dramatique et coloratoure ahurissants. L’intelligence, l’élĂ©gance, la souplesse au service du thĂ©Ăątre : cette joute entre Folie et chef restera dans les mĂ©moires mĂȘme si la diva n’a pas rĂ©alisĂ© les aigus de la fin.

BILL revient pour les Indes Galantes, prĂ©cisĂ©ment pour l’entrĂ©e des Incas du PĂ©rou. La partition exige le meilleur; elle nĂ©cessite de la finesse, une ivresse nostalgique et tendre ; c’est Ă  dire un Rameau qui se souvient de Campra (celui de l’Europe Galante quand il inventait avant tous, au dĂ©but du XVIIIĂš, le genre de l’opĂ©ra-ballet). Les couleurs, la palette des accents, la sonoritĂ© d’ensemble n’appellent que des suffrages ; on retrouve le geste des Arts Flo, Ă  leur meilleur, dans une Ɠuvre emblĂ©matique de leur histoire. Comme pour Haendel, le Rameau de Bill respire la sincĂ©ritĂ©, en une Ă©criture dont il sait exprimer et le raffinement et la voluptĂ© souterraine. On aimerait encore ĂȘtre enivrĂ© ainsi pour les 40 ans qui viennent. Bon anniversaire chers Arts Flo. Que chacun reste Ă  ce niveau d’excellence et de connivence.

Illustration : capture d’aprĂšs le live rĂ©alisĂ© le soir par la Philharmonie, que pouvait suivre en direct les internautes.

 

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REVOIR LE LIVE 40 ans des Arts Flo Ă  la Philharmonie
ici :

 

 

 

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Vidéo. CREMONA, Livres I, II, III de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Forissants et Paul Agnew

cremona-palazzo-monteverdi-cremona-vol-1-paul-agnew-les-arts-florissants-presentation-dossier-special-livres-I-II-III-de-madrigaux-classiquenews-mai-2015CD,  “CREMONA” Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilĂšge (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants Ă©ditions). Forts d’une intĂ©grale donnĂ©e en concert depuis 4 annĂ©es, Paul Agnew et les chanteurs des Arts Florissants poursuivent leur approfondissement des madrigaux de Monteverdi avec cette Ă©loquence voluptueuse dont ils savent projeter le geste poĂ©tique. Soucieux du verbe, de son intensitĂ© comme de sa couleur et de son intelligibilitĂ©, une vraie complicitĂ© collective s’entend ici, au profit des 3 premiers Livres, (I,II et III, Ă©ditĂ©s en 1587, 1590 et 1592) : c’est un retour Ă  la source, celle miraculeuse et jaillissante qui permet de comprendre comment Claudio, de sa formation Ă  CrĂ©mone auprĂšs de son maĂźtre Ingegneri, plutĂŽt conservateur, fait Ă©clater le cadre du langage musical Renaissance (Ars Perfecta) pour en libĂ©rer le potentiel expressif afin d’exprimer au plus prĂšs, les vertiges Ă©motionnels des poĂšmes choisis. EsthĂ©tique du verbe et du sentiment qu’il contient, voici donc rĂ©vĂ©lĂ©, ce chemin qui mĂšne Ă  
 l’opĂ©ra. Le CD CREMONA paraĂźt mardi 19 mai 2015. VIDEO CLIP © CLASSIQUENEWS.COM 2015

LIRE aussi notre compte rendu critique complet du cd Cremona par Les Arts Forissants et Paul Agnew, ” CLIC ” de classiquenews de mai 2015.

LIRE notre dossier sur les Madrigaux de Monteverdi : Livres I, II, III

CD, compte rendu critique. Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilĂšge (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants Ă©ditions

cremona-palazzo-monteverdi-cremona-vol-1-paul-agnew-les-arts-florissants-presentation-dossier-special-livres-I-II-III-de-madrigaux-classiquenews-mai-2015CD, compte rendu critique. Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilĂšge (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants Ă©ditions). Forts d’une intĂ©grale donnĂ©e en concert depuis 4 annĂ©es, Paul Agnew et les chanteurs des Arts Florissants poursuivent leur approfondissement des madrigaux de Monteverdi avec cette Ă©loquence voluptueuse dont ils savent projeter le geste poĂ©tique. Soucieux du verbe, de son intensitĂ© comme de sa couleur et de son intelligibilitĂ©, une vraie complicitĂ© collective s’entend ici, au profit des 3 premiers Livres, (I,II et III, Ă©ditĂ©s en 1587, 1590 et 1592) : c’est un retour Ă  la source, celle miraculeuse et jaillissante qui permet de comprendre comment Claudio, de sa formation Ă  CrĂ©mone auprĂšs de son maĂźtre Ingegneri, plutĂŽt conservateur, fait Ă©clater le cadre du langage musical Renaissance (Ars Perfecta) pour en libĂ©rer le potentiel expressif afin d’exprimer au plus prĂšs, les vertiges Ă©motionnels des poĂšmes choisis. EsthĂ©tique du verbe et du sentiment qu’il contient, voici donc rĂ©vĂ©lĂ©, ce chemin qui mĂšne Ă  … l’opĂ©ra.

CLIC_macaron_2014Apprenant de Marenzio, De Rore, de Pallavicino, le jeune Claudio,  ĂągĂ© de seulement 19 ans quand il fait paraĂźtre son Livre I (CrĂ©mone, 1587), ardent amoureux des sens, cisĂšle dĂ©jĂ  une langue vocale d’un raffinement irrĂ©sistible, sachant surtout souligner, commenter, articuler les textes de Guarini et essentiellement de Torqueto Tasso (Le Tasse) : le miracle de l’aube nouvelle qui accompagne le rĂ©veil des amants (Non si levav’ancor l’alba novella), et dĂ©jĂ  une Ă©criture qui prĂȘte oreille aux enchantement de la nature (Ecco mormorar l’onde… et ses graves ondulents quasiment Ă©rotiques et languissants) suscitent entre autres, dans l’Ă©blouissant Livre II de 1590 (qui clĂŽt littĂ©ralement l’Ă©poque crĂ©monaise ; le Livre III est dĂ©jĂ  dĂ©diĂ© au Duc Vincent de Gonzague Ă  Mantoue…), des perles de trouvailles murmurĂ©es, contrastĂ©es, serties dans une justesse suggestive que les 6 solistes Ă©clairent d’une vibrante implication. MĂȘmes les autres poĂšmes du Tasse mis en musique, – S’andasse Amor Ă  caccia, et Se tu mi lassi, perfida… plus dramatiques et proches du texte parlĂ© incantatoire, illuminent les mĂȘmes recherches du jeune Claudio, dĂ©jĂ  grand connaisseur de poĂ©sie dramatique.

 

 

 

A cappella, les 5 chanteurs autour de Paul Agnew embrasent les Livres I,II,III de madrigaux de Monteverdi

Crémona, la matrice miraculeuse

Dans ce florilĂšge qui regroupe les joyaux des Livres I,II et III, Paul Agnew veille plus que jamais et peut-ĂȘtre davantage encore que dans le recueil prĂ©cĂ©demment publiĂ© de cette quasi intĂ©grale discographique (Mantova : Livres IV, V, VI), Ă  la clartĂ© de la polyphonie, Ă  l’architecture harmonique des partitions, Ă  l’engagement pulsionnel et psychologique, Ă  l’Ă©quilibre et l’Ă©coute des voix (ample portique de Vattene pur, crudel, ultime cycle madrigalesque du IIĂšme Livre (1592) que Monteverdi a conçu comme un retable profane en trois volets, lĂ  encore inspirĂ© du Tasse qui imagine la figure tragique et dĂ©munie d’Armide, abandonnĂ©e par Renaud… Il en rĂ©sulte ce cabinet intĂ©rieur oĂč les intentions se rĂ©vĂšlent dans l’Ă©noncĂ© du verbe, cette mĂ©canique mesurĂ©e au diapason du cƓur et du souffle qui proche de l’improvisation, Ă  force de rĂ©pĂ©tition et de travail collectif, incarne l’enjeu sensuel et le drame intĂ©rieur de chaque poĂšme ; ici, la mĂ©lodie et le chant semblent naĂźtre du mot : lisibilitĂ©, flexibilitĂ©, couleur du sentiment dĂ©jĂ  : rien ne manque Ă  cette fusion idĂ©ale, lĂ©gendaire et pilier pour l’essor de l’opĂ©ra Ă  venir.

monteverdi cremona ingegneri Primeiro_retrato_de_MonteverdiGrĂące Ă  Paul Agnew et ses formidables complices des Arts florissants, il semble que jamais interprĂštes n’ont compris et su transmettre Ă  ce point, l’intelligence de Monteverdi, peintre des Ăąmes et des paysages sensuels : au service du Tasse, lui-mĂȘme engagĂ© Ă  stimuler l’inspiration des compositeurs pour la mise en musique de ses poĂšmes, Monteverdi semble mieux que quiconque alors dans ce passage dĂ©cisif au dĂ©but des annĂ©es 1590, entre la Renaissance et le Baroque naissant, dĂ©celer l’enjeu dramatique du verbe. Avec lui, le chant devient dramatique et se prĂ©pare Ă  l’Ă©closion trĂšs prochaine, dans la dĂ©cennie suivante, de l’opĂ©ra. C’est Ă  dire au moment oĂč en peinture, Caravage rĂ©alise la mĂȘme inflexion vers l’incarnation et l’individualisation de la forme et du discours. Un rĂ©alisme fait jour, une intimitĂ© et la reprĂ©sentation de l’homme surtout s’affirment comme jamais auparavant. Tout se joue ici et dans cette matrice vocale d’une Ă©blouissante cohĂ©rence ; les Arts Florissants sous la direction de Paul Agnew se rĂ©vĂšlent superlatifs. On se souvient de l’intĂ©grale de Rinaldo Alessandrini pour l’ex label Opus 111, cycle en son Ă©poque Ă©vĂ©nement ; prĂšs de 15 ans plus tard, toute la science et l’Ă©loquence des Arts Florissants dĂ©fendues par William Christie depuis le dĂ©but de l’aventure de l’ensemble, sont transmises et comprises, recueillies avec une finesse magicienne par son “associĂ©” et directeur musical adjoint, dĂ©sormais adoubĂ©, Paul Agnew. Magistral.
On attend le troisiÚme et dernier volume de ce florilÚge madrigalesque, avec impatience (intitulé Venezia, Livres VII et VIII). Illustration : portrait présumé de Monteverdi jeune (DR).

 

 

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CD, compte rendu critique. Monteverdi : Livres I,II,III de madrigaux – florilĂšge (Les Arts Florisants, Paul Agnew, 1 cd Les Arts Florissants Ă©ditions. Parution : mardi 19 mai 2015.

AGENDA Monteverdi : Paul Agnew et Les Arts Florissants en concert
Lundi 18 mai 2015 : Paris, Philharmonie 2, 20h30 : Livre VIII, Madrigali amorosi
Dimanche 24 mai 2015 : Londres, Barbican-Milton Court, 14h : Livre VIII, Madrigali guerrieri
Dimanche 24 mai 2015 : Londres, Barbican-Milton Court, 19h30 : Livre VIII, Madrigali amorosi
Jeudi 28 mai 2015 : Caen, Théùtre. Livre VIII : Madrigali guerrier
Vendredi 29 mai 2015 : Caen, Théùtre. Livre VIII, Madrigali amoroso

Monteverdi : Livres I, II, III de madrigaux (Paul Agnew, Les Arts Florissants). Dossier spécial

agnew-paul-800CD Ă©vĂ©nement. CREMONA : Livres I,II,III par Les Arts Florisants et Paul Agnew. Cremona. Livres I, II, III de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants et Paul Agnew. AprĂšs la parution du premier volume de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi (volume 1 : Mantova : Livres IV, V, VI), Les Arts Florissants font paraĂźtre le second volet, celui dĂ©diĂ© aux premiers recueils du jeune Monteverdi, soit Ă  Ă©ditĂ©s Ă  CrĂ©mone dĂšs 1587 (Livre I) oĂč le jeune compositeur assimile et dĂ©passe dĂ©jĂ  l’Ă©criture polyphonique en imitation (Ars perfecta) lĂ©guĂ© par Lassus et Palestrina ; trĂšs vite, dans le Livre II (1590) oĂč s’affirme la gravitĂ  expressive des poĂšmes du Tasse, Monteverdi rĂ©invente la langue musicale Ă  prĂ©sent infĂ©odĂ©e au texte souverain (Secunda prattica) : en servant le verbe, les Ă©motions – amour, dĂ©sir, langueur, blessures des cƓurs amoureux -, Claudio rĂ©alise peu Ă  peu la rĂ©volution baroque qui mĂšne Ă  l’opĂ©ra : dissonances nouvelles et utilisĂ©es de façon mesurĂ©e expriment une nouvelle caractĂ©risation plus dramatique du texte. Les Livres de madrigaux racontent trĂšs prĂ©cisĂ©ment le passage des esthĂ©tiques, de la Renaissance tardive au Baroque premier : de l’abstraction collective Ă  l’affirmation du sentiment grĂące Ă  l’intelligibilitĂ© recouvrĂ©e du texte. En 1686, 1590, et 1592, soit les trois annĂ©es de publication de ses trois premiers recueils, Claudio Monteverdi ĂągĂ© d’une vingtaine, Ă©labore le grand chantier vocal et musical parmi les plus dĂ©cisifs de l’histoire europĂ©enne… Paul Agnew nous en offre aujourd’hui grĂące au disque, le nouveau volet en un coffret Ă©vĂ©nement. En orfĂšvre du poĂšme musical, le directeur musical adjoint des Arts Florissants (aux cĂŽtĂ©s de William Christie) Ă©claire ce laboratoire madrigalesque spectaculaire ; en un florilĂšge, il nous en propose les avancĂ©es les plus dĂ©terminantes.

 

 

 

Contexte

 

monteverdi portrait 1A la naissance de Monteverdi (Cremona, 1567), Glareanus et Zarlino, considĂšrent que la musique sacrĂ©e d’alors, Ars Perfecta, – subtil contrepoint d’origine franco-flamande-, incarnant la perfection, ne peut guĂšre ĂȘtre dĂ©passĂ©e. Les compositeurs tels Josquin des PrĂ©s ou Gombert ont atteint l’excellence : quel progrĂšs pourrait-il ĂȘtre accompli aprĂšs eux ? C’est omettre la recherche de certains auteurs pour lesquels l’expression du sentiment et la clarification des enjeux Ă©motionnels du verbe doivent aussi ĂȘtre les nouvelles pistes pour rĂ©gĂ©nĂ©rer le langage musical : ainsi Vicentino et Galilei conduisent-ils un travail diffĂ©rent qui affirme la primautĂ© du texte. Si le contrepoint de l’ars perfecta confine Ă  l’abstraction (et son Ă©lĂ©vation affleurant la notion mĂȘme d’idĂ©al divin), les nouveaux compositeurs souhaitent a contrario souligner l’acuitĂ© et l’intelligibilitĂ© concrĂšte du texte comme un dĂ©fi musical nouveau. Si le texte sacrĂ© se perd dans les entrelacs de la construction contrapuntique comment dĂšs lors impliquer les fidĂšles, et faire en sorte qu’ils se sentent partie prenante du rituel liturgique ? RĂ©unis au Concile de Trente, en 1560, les Ă©vĂšques avaient dĂ©battu de cette question essentielle. Soucieux de pĂ©dagogie comme de prosĂ©lythisme, les prĂ©lats souhaitent favoriser l’intelligibilitĂ© des nouvelles compositions : rendre le texte sacrĂ© plus accessible, plus clair, mieux perceptible, plus immĂ©diat et franc.
TrĂšs vite, Ă  la fin des 1580, le compositeurs rĂ©activent les fondements esthĂ©tiques lĂ©guĂ©s par les grecs antiques : une mise en musique du texte (recitativo / rĂ©citatif) permet par la mĂ©lodie, de souligner le sens du texte. Il s’agit bien d’une articulation musicale du verbe destinĂ©e Ă  rendre plus explicite, le sens des textes.

Homme de synthĂšse plutĂŽt que rĂ©volutionnaire, Monteverdi – Ă©lĂšve Ă  CrĂ©mone du conservateur Ingegneri,  a le gĂ©nie de rĂ©unir les pistes jusque lĂ  opposĂ©es : rĂ©concilier la puissante architecture contrapuntique et l’articulation nouvelle du texte.

monteverdi cremona ingegneri Primeiro_retrato_de_MonteverdiAgĂ© de 19 ans, Claudio publie son Livre en 1587.  Son dernier Livre (VIII) est Ă©ditĂ© Ă  Venise en 1638,… Ă  71 ans. C’est donc une Ă©popĂ©e musicale, un lent et progressif ajustement de l’Ă©criture musicale au sens du texte : Monteverdi offre ainsi dans ses huit Livres de madrigaux, la quintessence de l’Ă©volution esthĂ©tique qui se rĂ©alise pendant sa vie : ultimes Ă©clats de l’Ars perfecta de la Renaissance tardive en son essor maniĂ©riste (fin du XVIĂšme siĂšcle), crĂ©ation de la monodie et de la basse continue, enfin essor de la langue lyrique baroque, alors que naĂźt le genre nouveau de l’opĂ©ra (Orfeo, 1607).

Or pour rĂ©ussir son premier opĂ©ra, vĂ©ritable manifeste baroque et le premier du  genre, le plus rĂ©ussi, Orfeo crĂ©Ă© au palais ducal de Mantoue en 1607, Monteverdi a pu perfectionner son style en maĂźtrisant peu Ă  peu l’Ă©criture madrigalesque.

Soucieux du texte et de son intelligibilitĂ©, Monteverdi veille en particulier Ă  infĂ©oder harmonie et mĂ©lodie Ă  l’expression du texte, c’est Ă  dire, les parole dopo la musica, les paroles puis la musique. La musique y est servante du verbe : audace inĂ©dite avant lui et qui prend son sens et s’incarne dans l’esthĂ©tique nouvelle qu’il appelle dĂ©sormais “secunda prattica” (seconde pratique ; la premiĂšre Ă©tant l’ancien Ars perfecta lĂ©guĂ© par la Renaissance).

 

 

cremona-palazzo-monteverdi-cremona-vol-1-paul-agnew-les-arts-florissants-presentation-dossier-special-livres-I-II-III-de-madrigaux-classiquenews-mai-2015Paul Agnew veille ici aux prĂ©ceptes esthĂ©tiques dĂ©fendus par Claudio lui-mĂȘme : quel est le sens du texte ? Que veut-il exprimer ? C’est un travail spĂ©cifique sur le verbe, sa prononciation ; sur le poĂšme, son architecture, “sa structure et son rythme, le contexte historique”… En s’appuyant sur les tĂ©moignages et traitĂ©s de l’Ă©poque, les chanteurs des Arts Florissants multiplient tous les effets vocaux (soupirs, murmures, silence, sauts, trilles, legato ou staccato, Ă©cho inattendu… ) afin d’exprimer les milles significations du poĂšme. HĂ©las Monteverdi n’a pas laissĂ© sur les Ă©ditions de notations ou d’indications prĂ©cisant Ă  l’interprĂšte, le type d’effet choisir Ă  tel passage du poĂšme.
On voit bien comment s’effectue le passage de la Renaissance au Baroque, avec l’Ă©mergence de la sensibilitĂ© Ă©motionnelle incarnĂ©e, accomplissement contraire Ă  l’Ă©pure abstraite (approche homogĂšne et rĂ©guliĂšre) de la musique sacrĂ©e de l’Ars perfecta ; avec Monteverdi, la musique passe des sommets cĂ©lestes aux vertiges de la passion et des sentiments intĂ©rieurs, transmis par le texte. L’ars perfecta tend Ă  l’ouverture cĂ©leste, entend approcher l’idĂ©e divine ; la scunda prattica est immergĂ©e dans le labyrinthe des sentiments et ressentiments qui attache le cƓur humain aux souffrances de l’amour. DĂ©sormais les champs qu’investit la musique d’avant garde basculent, du sacrĂ© au profane, des textes liturgiques Ă©thĂ©rĂ©s Ă  la force et l’intensitĂ© inĂ©dites de poĂšmes mis en musique. L’opĂ©ra, drame de l’intimitĂ© et dĂ©voilement des forces psychiques peut bientĂŽt naĂźtre (1607 : Orfeo crĂ©Ă© au Palais ducal de mantoue).
Le cycle enregistrĂ© par Les Arts Florissants et Paul Agnew tĂ©moigne des concerts proposĂ©s depuis 2011 sur le thĂšme de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi. AprĂšs le volume intitulĂ© MANTOVA, regroupant les Livres IV, V, VI, qui illustrent la maturitĂ© des recherche de Monteverdi Ă  la Cour du Duc Vincenzo Gonzagua, voici le second opus de l’intĂ©grale : CREMONA, c’est Ă  dire la quintessence des Livres I,II,III.

 

 

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CREMONA. Monteverdi : les Livres I,II,III.. L’annĂ©e oĂč naĂźt Monteverdi Ă  CrĂ©mone (Cremona), en 1567, l’Europe musicale est dominĂ©e par l’esthĂ©tique franco flamande : le contrepoint en imitation, rĂ©glĂ© par Zarlino est triomphalement illustrĂ© par les maĂźtres incontestables : Lassus (depuis Munich) et surtout Palestrina. Victoria, encore jeune homme, semble suivre ce courant d’Ă©criture dominant : le contrepoint polyphonique atteint une perfection (Ars perfecta) qui n’appelle plus aucune amĂ©lioration…
Pourtant abstraite, diluant l’articulation du verbe sacrĂ©, l’Ars perfecta va bientĂŽt ĂȘtre dĂ©tronĂ© par la musqiue incarnĂ©e et dramatique de Monteverdi dont les madrigaux, de Livre et Livre, restituent un laboratoire continu, la chambre des expĂ©rimentations et des avancĂ©es rĂ©volutionnaires. Mieux entendre le  texte, le commenter tout en favorisant son articulation : voilĂ  un nouvel objectif que s’est fixĂ© le jeune crĂ©monais.

Paul Agnew ouvre le florilĂšge CREMONA par un madrigal emblĂ©matique, extrait du Livre II de 1590 : Cantai un tempo (“j’ai chantĂ© autrefois”) [plage 1] qui reprend Ă  son compte le madrigal de son prĂ©dĂ©cesseur Cyprien de Rore (Cantai, mentre ch’i arsi, del mio foco sur un poĂšme de Pietro Bembo, lui-mĂȘme influencĂ© par PĂ©trarque) : or Rore est dĂ©jĂ  en 1590 dĂ©modĂ©. Pour exprimer les langueurs nostalgiques, Monteverdi utilise l’arts perfecta (imitations engendrĂ©es par de longues lignes mĂ©lismatiques) en le rendant mobile, dynamique.

 

 

Crémone, 1587 :  Livre I de madrigaux

Le Livre I datĂ© de 1587, affirme dĂ©jĂ  le tempĂ©rament du jeune compositeur de 19 ans qui en est dĂ©jĂ  Ă  son 4Ăš recueil de musique (que de la musique sacrĂ©e jusque lĂ ). ‹Ch’ami la vita mia (“Que tu aimes ma vie”) [2] contient aussi l’allusion Ă  l’aimĂ©e du moment Camilla ( “Camilla, vita mia” / “Camille, ma vie”) : la rĂ©fĂ©rence Ă  un ĂȘtre cher dĂ©jĂ , source de langueurs et de suspensions, Ă©rotiques et sensuelles caractĂ©risent le geste monteverdien. Baci soavi, e cari (“Baisers suaves et si chers”) [3] est Ă  l’avant garde des recherches de l’Ă©poque : le principe homophonique respecte l’intelligibilitĂ© du texte, qui par l’imitation dans l’Ă©criture Ars perfecta tend Ă  se diluer (Cantai un tempo) : le mot rythme naturellement la prosodie et la dĂ©clamation, en cela proche du souffle et de la parole. Les dissonnances colorent certains mots afin d’en exprimer la connotation Ă©motive particuliĂšre souterraine.  Ainsi Monteverdi place le texte avant la musique, concept fondamental de la Secunda prattica et qui est le cƓur de  la nouvelle esthĂ©tique.
Pour clore son Livre I de 1587, Monteverdi aborde un texte cĂ©lĂšbre de Guarini  : Ardo sĂŹ ma non t’amo (“je brĂ»le, oui, mais sans t’aimer”) [8-10] que son maĂźtre Ingengneri avait lui aussi mis en musique. Claudio innove en intĂ©grant riposta et contrariposta du Tasse, un auteur que le compositeur rencontrera Ă  Mantoue.

 

 

 

GravitĂ  du Tasse : le Livre II (1590)

Claudio+Monteverdi+monteverdiEt d’ailleurs, c’est naturellement les poĂšmes du Tasse qui rĂšgnent majoritairement dans le Livre II publiĂ© en 1590. Monteverdi semble lui rĂ©pondre mĂȘme par un souci de caractĂ©risation nouveau, et un dramatisme sensuel, trĂšs original.  Trop douce et effĂ©minĂ©e, l’Ă©criture madrigalesque s’est fourvoyĂ©e, Ă©crit Le Tasse qui rĂ©clame cette gravitĂ  expressive plus adaptĂ©e Ă  ses vers (Cavaletta, 1584).  Monteverdi exprime une conscience Ă©motionnelle plus nuancĂ©e et subtile, plus profonde et riche dans le traitement du verbe tassien. Non si levav’ ancor (“L’aube nouvelle encore ne s’était pas levĂ©e”) [11-12], avec lequel dĂ©bute le DeuxiĂšme Livre de madrigaux, comme Cantai un tempo, rend hommage Ă  Marenzio qui avait rĂ©alisĂ© la mise en musique sur le mĂȘme texte : madrigal Non vidi mai dopo notturna pioggia (publiĂ© en 1585) : la rĂ©fĂ©rence hommage est explicite mĂȘme dĂšs l’ouverture avec la citation du phrasĂ© musical de Marenzio.
De Rore, Marenzio, … Monteverdi assimile en une Ă©nergie synthĂ©tique puissante, les meilleures avancĂ©es poĂ©tiques et musicales qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©. Le Livre II en fait foi. C’est un laboratoire formidablement audacieux, d’une culture rĂ©fĂ©rentielle impressionnante et aussi orientĂ©e dĂ©jĂ  vers l’avenir et l’accomplissement des Livres III, IV, V et VI (c’est Ă  dire vers la maturitĂ© du sĂ©jour Ă  Mantoue : rĂ©vĂ©lĂ© dans le coffret cd MANTOVA dĂ©jĂ  paru – et dĂ©diĂ© aux meilleurs madrigaux selon Paul Agnew des Livres IV,V et VI). VOIR notre entretien vidĂ©o avec Paul Agnew Ă  Venise Ă  propos des Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi.

Dans le madrigal hommage Ă  Rore, l’aube est prĂ©cisĂ©ment dĂ©crite et exprimĂ©e, Ă  mesure que les jeunes amants se dĂ©couvrent l’un Ă  l’autre…  Non si levav’ ancor : le parallĂšle imaginĂ© par le Tasse, entre l’Ă©veil des Ăąmes Ă©prises et le lever du soleil est superbement compris et respectĂ©, comme commentĂ© par le gĂ©nie de Claudio (polyphonie claire et dĂ©licate). L’homophonie introduit un effet digne d’un drame qui rompt la puissance de l’Ă©vocation premiĂšre : avec le soleil qui paraĂźt, les 2 cƓurs doivent se sĂ©parer. En un souffle Shakespearien, Monteverdi innove dĂ©jĂ , avant mĂȘme le thĂ©Ăątre amoureux du Britannique.

Ecco mormorar l’onde (“Voici que l’onde murmure”) [15], est un autre sommet musical et poĂ©tique du Livre II… Monteverdi se fait peintre atmosphĂ©riste ; la quiĂ©tude profonde et comme suspendue de cet instant d’ivresse et d’extase sensuelle, entre le dĂ©sir des amants et le miracle d’une nature enchanteresse, souligne sa sensibilitĂ© introspective et Ă©motionnelle. Pour Paul Agnew c’est un instant de grĂące absolu, ” la communion avec une aube printaniĂšre dont la beautĂ© demeure immuable depuis 400 ans.”

 

 

 

DĂ©buts Ă  Mantoue : le Livre III (1592)
monteverdi claudio bandeauLe TroisiĂšme Livre de madrigaux Ă©ditĂ© en 1592, est contemporain de l’installation de Monteverdi Ă  la Cour de Mantoue (il porte la dĂ©dicace au Duc Vincenzo Gonzagua), alors cĂ©nacle artistique parmi les plus actifs et modernistes de l’Ă©poque. A quelle date Claudio rejoint la Cour des Gonzague ? On l’ignore. Mais bientĂŽt, un peintre de renom se fixera lui aussi Ă  Mantoue : Pierre Paul Rubens. C’est dire le prestige de la Cour ducale dans l’Europe de la fin de la Renaissance. AprĂšs avoir abordĂ© les mĂ©andres picturaux et puissants de la poĂ©sie du Tasse, Monteverdi dans son Livre III, rend hommage Ă  la poĂ©tique amoureuse de Guarini dont de larges extraits d’Il pastor fido (“Le Berger fidĂšle”) sont trĂšs reprĂ©sentĂ©s. Ce recueil de poĂšmes est alros le plus cĂ©lĂ©brĂ© et utilisĂ© par les compositeurs madrigalistes aux cĂŽtĂ©s de la Gerusalemme Liberata (“JĂ©rusalem dĂ©livrĂ©e”) du Tasse. La maĂźtrise du registre Ă©motionnel (affectif selon Paul Agnew) gagne encore en profondeur et en justesse : le Monteverdi de la maturitĂ© paraĂźt dans ce Livre III ; le dĂ©but des annĂ©es 1590 marque une avancĂ©e phĂ©nomĂ©nale du langage expressif montĂ©verdien.

Le madrigal dernier :  Vattene pur, crudel (“Va-t’en, cruel”) [19-21] affirme par sa durĂ©e et sa construction ample et puissante : 3 madrigaux diffĂ©rents et successifs en expriment la progression dramatique. c’est dĂ©jĂ  un mini opĂ©ra avant l’heure qui inspirĂ© par la Gerusalemme Liberata du Tasse exprime trĂšs prĂ©cisĂ©ment la solitude blessĂ©e de la belle Armide qui ne peut empĂȘcher des larmes amĂšres Ă  la vue du navire qui emporte loin d’elle le chevalier chrĂ©tien Renaud qui a ravi son coeur. Sa plainte et sa priĂšre font place au regret : elle s’Ă©vanouit de dĂ©pit.

Madrigaux_4_5_6_arts_florissants_paul_agnewPaul Agnew en dĂ©voile l’Ă©tonnante modernitĂ© qui prĂ©figure le Livre VI : ” le rĂ©cit Ă  la premiĂšre personne du mouvement d’ouverture ainsi que la thĂ©matique annoncent le Lamento d’Arianna (“Lamentations d’Ariane”) du SixiĂšme Livre tandis que l’écriture chroma- tique, associĂ©e Ă  l’étourdissement d’Armide, se distingue par sa science et sa maĂźtrise techniques inĂ©dites. Cette Ɠuvre est une vĂ©ritable prouesse sur le plan de la dramaturgie musicale, Ă©crite alors que Monteverdi n’a que 25 ans”.
Les 3 premiers Livres de madrigaux de Monteverdi dĂ©signent l’Ă©tonnante maturitĂ© du jeune Claudio : son immense sensibilitĂ© poĂ©tique et dans l’agencement mobile, changeant des madrigaux, son esprit de synthĂšse opĂ©rĂ© Ă  CrĂ©mone et immĂ©diatement au dĂ©but de son sĂ©jour mantouan, au dĂ©but des annĂ©es 1590. La personnalitĂ© du duc Vincenzo Gonzagua, exigeant beaucoup de ses poĂštes et madrigalistes a certainement stimulĂ© davantage le jeune musicien alors membre du foyer artistique le plus prestigieux d’Italie.

 

VOIR notre clip vidéo : CREMONA, les Livres I, II, III de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants et Paul Agnew

 

Illustrations : Monteverdi mûr ; Paul Agnew ; Cremona, Piazza del Comune  (DR)

 

 

Versailles. Salon d’Hercule, le 16 avril 2015. Claudio Monteverdi (1567 – 1643). Il combattimento di Tancredi & Clorinda. Madrigaux guerriers du Livre VIII. Miriam Allan, soprano ; Hannah Morrison, soprano ; Lucile Richardot, contralto ; StĂ©phanie Leclercq, contralto ; Cyril Costanzo et Lisandro Abadie, basses. Les Arts Florissants, Paul Agnew, tĂ©nor et direction.

agnew-paul-800-concertmonteverdiLes Arts Florissants ont entamĂ© en 2012 une tournĂ©e consacrĂ©e aux madrigaux de Claudio Monteverdi. Sur le chemin de ce qui est presque un pĂ©lerinage musical, ils ont, Ă  l’occasion de quasi chaque Livre, fait une halte sous les ors du Palais des rois de France Ă  Versailles. Le Salon d’Hercule est tout particuliĂšrement indiquĂ© tant par son cadre que son dĂ©cor et son acoustique pour accueillir celui dont la musique est tout comme les deux Ɠuvres du peintre qui ornent ce salon, – Paolo VĂ©ronĂšse -, l’expression de la quintessence mĂȘme de ce que Philippe Beaussant appelle l’instant privilĂ©giĂ© du « Passage ». Que de fois Monteverdi dut croiser aussi bien Ă  Mantoue qu’Ă  Venise, les tableaux de celui qui l’avait prĂ©cĂ©dĂ©. Tous deux ouvrirent la voie Ă  de nouveaux univers qui aujourd’hui encore nous Ă©merveillent.
La quĂȘte des Arts Florissants n’est pas loin de toucher Ă  sa fin. L’intĂ©grale entreprise parvient au VIII Ăšme Livre, celui qui rend tout Ă  la fois un hommage Ă  un genre en voie de disparition, le madrigal-, et qui souligne l’Ă©mergence de ce genre nouveau qu’est l’opĂ©ra. Ce VIII Ăšme livre est en fait composĂ© de deux Livres : les Madrigali Guerrieri et les Madrigali Amorosi. Et c’est le premier que nous ont donnĂ© Ă  entendre ce soir, les musiciens et chanteurs, rĂ©unis par Paul Agnew pour l’occasion.
C’est dans le VIII Ăšme Livre que l’on trouve le Combattimento di Tancredi e Clorinda dont les Arts Florissants nous ont offert une version thĂ©ĂątralisĂ©e avec une mise en espace, discrĂšte pourtant trĂšs rĂ©ussie, faite de quelques dĂ©placements scĂ©niques et d’Ă©changes de regards trĂšs appuyĂ©s.
Mais pour l’essentiel, c’est tout Ă  la fois le soin apportĂ© aux mots, aux phrasĂ©s, Ă  la beautĂ© de la langue et Ă  sa poĂ©sie musicale qui une fois de plus soulĂšve notre enthousiasme dans cette intĂ©grale en concerts des Arts Florissants. Ici tout semble aller de soi, y compris dans l’interprĂ©tation virtuose du Ballo delle Ingrate. Les timbres parfaitement appariĂ©s viennent s’enrichir. Paul Agnew a parfaitement choisi ses chanteurs et ses musiciens. Sa direction, fruit d’un travail en commun de dĂ©jĂ  bientĂŽt trois ans, a l’Ă©lĂ©gance du partage assumĂ© et amical. Il va jusqu’Ă  crĂ©er une complicitĂ© avec le public, car en plusieurs moments, il prend la parole pour nous dire, avec son charmant accent si british, tout ce qui rend si unique la rencontre avec Claudio Monteverdi.
Les 7 chanteurs rĂ©unis forment la distribution quasi idĂ©ale, qui donne vie Ă  cette musique oĂč se mĂȘlent la tragĂ©die et la sensualitĂ© baroque. Toutes et tous ont dĂ©jĂ  participĂ© Ă  la tournĂ©e et leur connivence avec la sensibilitĂ© de ce rĂ©pertoire est une Ă©vidence. Quant aux musiciens, ils apportent des couleurs luxuriantes et charnelles, dont Ă©manent tout Ă  la fois lumiĂšre et ĂąpretĂ©. Dans le combat de TancrĂšde et Clorinde, les cordes deviennent aussi tranchantes que la lame d’une Ă©pĂ©e, tandis que dans Altri canti d’amor, tenero arciero, elles sont aussi voluptueuses que les velours de VĂ©ronĂšse.
Cette soirĂ©e magnifique, Ă  laquelle un public nombreux s’est pressĂ©, a obtenu sa gratitude enthousiaste, tant l’enchantement en a Ă©tĂ© un vrai bonheur. DĂ©cidĂ©ment la saison musicale dĂ©fendue par ChĂąteau de Versailles Spectacles (CVS) est une trĂšs belle rĂ©ussite artistique
 baroque. Chaque programme musical trouve dans les salles et sites du chĂąteau, son Ă©crin idĂ©al.

Vidéo, grand reportage. Monteverdi : Livres 7 et 8 de madrigaux par Paul Agnew et Les Arts Florissants

agnew-paul-800Suite de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew et Les Arts Florissants… Le directeur musical associĂ© des Arts Florissants (aux cĂŽtĂ©s du fondateur William Christie) revient aux sources du verbe baroque : le madrigal montĂ©verdien… la poursuite de l’aventure madrigalesque permet en 2015 d’aborder le dernier jalon du cycle : Paul Agnew et les chanteurs et instrumentistes des Arts Florissants incarnent le dramatisme incandescent des derniers madrigaux, si proches de ses opĂ©ras contemporains. PrĂ©sentation des enjeux esthĂ©tiques et interprĂ©tatifs des madrigaux des Livres VII et VIII, derniĂšre Ă©tape d’une intĂ©grale qui suit l’Ă©criture de Monteverdi, des madrigaux amoureux Ă  la naissance de l’opĂ©ra… Entretien avec Paul Agnew Ă  Venise © CLASSIQUENEWS. COM 2015

 

Tournée avril et mai 2015

Agenda – tournĂ©e LIVRE VIII de madrigaux – Madrigali guerrieri

Jeudi 16 avril 2015, 21h. Versailles, ChĂąteau : salon d’Hercule
Lundi 20 avril 2015, 20h30. Paris, Philharmonie 2. Enregistré par France Musique

Dimanche 24 mai, 14h. LONDRES, Barbican Milton Court (+ Madrigali amorosi Ă  19h30)
Jeudi 28 mai, 20h. CAEN, Théùtre

 

 

LIVRE VIII – Madrigaux amorosi

Lundi 18 mai, 20h30. PARIS, Philharmonie 2 (Cité de la musique), concert enregistré par France Musique
Dimanche 24 mai, 19h30.
LONDRES. Barbican center – Milton Court (+ Madrigali guerrieri Ă  14h)
Vendredi 29 mai, 20h.
CAEN, Théùtre

 

LIRE aussi notre critique du cd MANTOVA : Livres IV,V, VI de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants et Paul Agnew,  Editions Les Arts Florissants, CLIC de classiquenews 2014

 + d’infos sur le site des Arts Florissants

 

Vidéo, reportage. CD. MANTOVA : Livres 4,5,6 de madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew et Les Arts Florissants

MANTOVA-mantoue-cd-livres-4-5-6-Paul-agnew-Les-Arts-Florissants-cd-400CD Ă©vĂ©nement. Prolongement d’une tournĂ©e internationale, le CD MANTOVA (Mantoue) est le volume II de l’intĂ©grale des Madrigaux par Les Arts Florissants et Paul Agnew. Le programme enregistrĂ© offre un florilĂšge des plus beaux Madrigaux composĂ©s pour les Livres 4,5 et 6 par le compositeur baroque nĂ© Ă  CrĂ©mone et qui fut aussi avant Venise, le crĂ©ateur le plus douĂ© de la Cour de Vincent de Gonzague Ă  … Mantoue. Vertiges, Ă©clats entre ombre et lumiĂšre d’un nouveau scintillement Ă©motionnel. Le jeune compositeur rĂ©alise une alliance inĂ©dite, convergence et dialogue, entre climats sonores et images poĂ©tiques. Il sublime les accents sincĂšres du texte en ciselant l’Ă©criture musicale : la sensualitĂ© souveraine, non dĂ©nuĂ©e d’humour, dĂ©montrent une connaissance aiguĂ« de chaque poĂšme, et sa propension Ă  Ă©tablir de nouvelles situations dramatiques.

FidĂšle Ă  la ligne Ă©ditoriale du nouveau label des Arts Florissants (qui mĂȘle musique et littĂ©rature), le coffret comprend la collection de madrigaux mais aussi un texte inĂ©dit du romancier et Ă©crivain RenĂ© de Ceccatty : La Sibylle ou la chambre des illusions, claire rĂ©fĂ©rence Ă  la chambre des Ă©poux dĂ©corĂ©e par Mantegna dans le palais ducal de Mantoue.  Les 2 autres coffrets cd Ă  venir : CREMONA (vol.I) puis VENEZIA (vol.III) comprendront Ă©galement une nouvelle inĂ©dite du mĂȘme auteur.

Reportage vidĂ©o : pourquoi Paul Agnew et les solistes des Arts Florissants ont choisi cette collection de piĂšces d’une fascinante expressivitĂ©? C’est pour le chef associĂ© des Arts Florissants, aux cĂŽtĂ©s de William Christie, un retour Ă  la source primordiale de l’esthĂ©tique baroque, une immersion dans l’antichambre des grandes rĂ©alisations musicales, dramatiques et lyriques : dĂ©jĂ  dans les Livres 4,5 et 6, Monteverdi opĂšre une rĂ©volution esthĂ©tique oĂč la note articule le verbe, oĂč le chambrisme puissant et Ă©lĂ©gant des interprĂštes Ă©claire toutes les nuances poĂ©tiques du texte du Tasse ou de Guarini : Monteverdi accompagne la musique dans son passage de la Polyphonie au sentiment dispersĂ© (aux voix multiples) Ă  la passion individualisĂ©e (incarnĂ©e par un seul chanteur et dĂ©sormais, dans le lIvre V, sur un tapis instrumental)… Reportage vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM 2014. Le cd est paru le 7 octobre 2014

Reportage vidĂ©o. Argentan, le dĂ©fi pĂ©dagogique : Les Arts Florissants et le ChƓur du Donjon (mai 2013)

Paul Agnew, Les Arts Florissants : Livre VII de MonteverdiReportage vidĂ©o. Les Arts Florissants et le ChƓur du Donjon. Argentan, le dĂ©fi pĂ©dagogique (mai 2013). Au CarrĂ© des Arts d’Argentan. Les Arts Florissants et Paul Agnew, directeur musical associĂ© rĂ©ussissent un nouveau dĂ©fi pĂ©dagogique : avec les choristes amateurs du chƓur du Donjon, Paul Agnew a travaillĂ© l’interprĂ©tation de Monteverdi. Deux Scherzi musicali sont ainsi appris, rĂ©pĂ©tĂ©s, puis prĂ©sentĂ©s en lever de rideau, lors du concert des Arts Florissants (Madrigaux de Monteverdi, Livre V) du 29 mai 2013 au CarrĂ© des Arts d’Argentan. Rencontre, transmission, dĂ©passement, partage sont ainsi au cƓur de l’aventure des Arts Florissants fondĂ© par William Christie. Reportage vidĂ©o CLASSIQUENEWS.COM © 2014

Monteverdi : les Madrigaux des Livres IV, V & VI (1603-1614)

Claudio+Monteverdi+monteverdiMonteverdi : les Madrigaux des Livres IV, V & VI  (1603-1614). Chaque publication des QuatriĂšme (1603), CinquiĂšme (1605) et SixiĂšme Livres (1614) marque un jalon de l’esthĂ©tique baroque naissante. C’est la pĂ©riode clĂ© oĂč Monteverdi Ă©crit son  premier opĂ©ra- en un coup de maĂźtre : Orfeo (1607), puis L’Arianna, en 1608. Les deux ouvrages signent la fin du madrigal Ă  5 voix. Les trois Livres sont tous publiĂ©s Ă  Mantoue, cour ducale extrĂȘmement active sur le plan artistique depuis le XVĂšme siĂšcle. Le patron de Monteverdi, Vincent de Gonzague encourage les recherches nouvelles des musiciens Ă  son service : l’émulation profite au jeune chanteur et instrumentiste qui comme compositeur, devenu maĂźtre de chapelle en 1602, Ă©labore Ă  Mantoue, sa langue musicale, expressive, sensuelle, rĂ©aliste grĂące Ă  ses madrigaux, qui composent comme le laboratoire de ses avancĂ©es propres. Le nouveau disque des Arts Florissants, sous la direction artistique du chanteur Paul Agnew, concrĂ©tise et prolonge un cycle de concerts dĂ©diĂ©s Ă  l’intĂ©grale des Madrigaux de Monteverdi, initiĂ©e en 2011. Le choix du chef associĂ© des Arts florissants se porte sur un florilĂšge des madrigaux des Livres Ă©ditĂ©s Ă  Mantoue (Livres IV, V, VI) oĂč s’affirme l’exceptionnel tempĂ©rament novateur d’un Monteverdi surtout soucieux d’intelligibilitĂ© linguistique. Il a fixĂ© les rĂšgles de l’écriture monodique, assurĂ© la caractĂ©risation de plus en plus individuelle de l’écriture, et bientĂŽt composera le premier opĂ©ra assurĂ©ment baroque de l’histoire de la musique
  La pĂ©riode est donc dĂ©cisive : elle souligne l’Ɠuvre rĂ©formatrice et rĂ©volutionnaire de Monteverdi. L’équivalent en musique du peintre Caravage, lui-mĂȘme rĂ©formateur du langage pictural Ă  l’extrĂȘme fin du XVIĂšme Ă  Rome


Les madrigaux de Monteverdi
Un laboratoire musical qui mĂšne Ă  l’opĂ©ra baroque

monteverdi cremona ingegneri Primeiro_retrato_de_MonteverdiLivre IV. Dan le IVĂšme Livre, Monteverdi alors Ă©tabli Ă  Mantoue rend hommage aux compositeurs modernes et intrĂ©pides de Ferrare dont le duc de Mantoue, Vincent de Gozague, aux goĂ»ts avantgardistes pourrait bien avoir Ă©tĂ© le patron et le protecteur. En un faux bourdon classique, « Sfogava con le stelle «  [ plage 1] exige des chanteurs une Ă©coute collective supĂ©rieure afin de restituer la force poĂ©tique du texte en une rĂ©citation libre et naturelle. “Anima dolorosa” [4] commencĂ©e en trio, requiert ensuite les 5 voix en une homophonie de plus en plus implorante. La clartĂ© intelligible du texte servi par l’Ă©criture homophonique, Ă©claire aussi le puissant Ă©rotisme langoureux de “SĂŹ ch’io vorrei morire” [2], dont les soupirs et spasmes sur le mot “morire” (“mourir”), dissonances millimĂ©trĂ©es, et Ă©voquent l’ultime souffle vital comme la jouissances sensuelle atteinte. « Piagn’ e sospira », le dernier madrigal affirme la trĂšs forte caractĂ©risation du texte tragique dans le sens d’une dĂ©ploration sensuelle oĂč l’amante gravant les vers sur l’Ă©corce d’un arbre se lamente, coeur esseulĂ©, naufragĂ© impuissant au cƓur de la tempĂȘte de la guerre d’amour.

monteverdi claudio bandeauLivre V. Le CinquiĂšme Livre (1605) tĂ©moigne d’une avancĂ©e dĂ©cisive deux ans avant Orfeo, premier opĂ©ra de l’histoire et premiĂšre gĂ©niale sous la plume de Monteverdi (1607). Le nouveau Livre publiĂ© Ă  Mantoue fixe l’usage moderne de la basse continue sollicitant dĂ©sormais l’Ă©criture monodique avec instruments. Le principe est dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© dĂšs 1600 par Salomon Rossi  Ă©galement actif Ă  Mantoue, et par Luzzaschi.  Mais l’Ă©criture de Monteverdi s’avĂšre d’une originalitĂ© et d’une justesse poĂ©tique inĂ©galĂ©e. Les voix enfin libĂ©rĂ©es du simple accompagnement peuvent dĂ©sormais incarner un personnage, s’individualiser plus intensĂ©ment. Les dialogues entre solistes peuvent dĂ©sormais s’Ă©panouir comme en tĂ©moigne le premier madrigal, conversation entre Amarillis et Mirtilomlo, extrait d’Il Pastor fido de Guarini. De mĂȘme, les deux autres dialogues, Ecco, Silvio, en cinq parties, et Ch’io t’ami en trois provenant de Il Pastor Fido, attestent d’une conception thĂ©ĂątralisĂ©e des passions amoureuses peut ĂȘtre dans la perspective d’une reprĂ©sentation du poĂšme de Guarini en 1598.

Cruda Amarilli [6] et O Mirtillo, Mirtill’ anima mia [7] ont suscitĂ©es les foudres du chanoine Artusi de Bologne, un dĂ©fenseur rĂ©actionnaire de l’ancienne esthĂ©tique de l’Ars Perfecta (Prima prattica). Trop d’audace, trop de rĂ©alisme, de dissonances expressives servent la vĂ©ritĂ© criante du texte : Monteverdi simultanĂ©ment Ă  la rĂ©volution picturale engagĂ©e par Caravage, rĂ©volutionne la musique de son Ă©poque. Les deux crĂ©ateurs partagent un sens dramatique incandescent colorĂ© de sensualitĂ© suggestive, marquĂ© par un rĂ©alisme saisissant des passions humaines.

Les deux autres dialogues, E cosĂŹ a poco a poco [10] et T’amo mia vita [9] confirment cette mĂȘme profondeur musicale rĂ©vĂ©lant sous l’Ă©noncĂ© des mots de nouveaux enjeux, une force intĂ©rieure jusque lĂ  inconnue : l’activitĂ© de la psychĂ© bouillonnante sous la surface du verbe. Le premier est un duo amoureux virtuose entre un tĂ©nor et une soprano, et, le second, un charmant tableau entre une soprano et l’homme aimĂ© reprĂ©sentĂ© par un trio de voix masculines. Enfin Questi vaghi concenti [22] laisse  la place initiale aux instruments (symphonie prĂ©alable Ă  5 instruments) prĂ©parant en nuances suaves, Ă©perdues, l’apothĂ©ose du madrigal Ă  9 voix. La piĂšce pourrait elle aussi avoir Ă©tĂ© conçue comme une pastorale enivrĂ©e pour une reprĂ©sentation ducale.

FETI Claudio_Monteverdi_1Livre VI. En 1612, Monteverdi est Ă  Venise oĂč il dĂ©croche le poste enviĂ©, prestigieux de maitre de chapelle Ă  San Marco. Deux ans plus tard en 1614, paraĂźt son Livre VI de madrigaux : beaucoup d’entre eux remontent Ă  son sĂ©jour Ă  Mantoue, Ă©tant liĂ©s aux Ă©vĂ©nements dynastiques de la Cour ducale. La sĂ©lection affirme la maturitĂ© dramatique et la sensibilitĂ© poĂ©tique du musicien alors au sommet de ses possibilitĂ©s. LĂ  encore, l’expression douloureuse de la passion amoureuse s’impose clairement. Deux lamentos dominent, soulignant la maĂźtrise de Monteverdi dans ce genre emblĂ©matique de l’opĂ©ra vĂ©nitien : le Lamento d’ Arianna [11- 14], et la Sestina [16-21]. Le Lamento d’Arianna est l’adaptation polyphonique du lamento originellement composĂ© pour l’opĂ©ra Ă©ponyme de 1608. Sur le mode plaintif, Arianna abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e sur l’Ăźle de Naxos exprime sa dĂ©sespĂ©rance et sa solitude tragique : c’est une Ăąme dĂ©truite vouĂ©e Ă  la mort. ComparĂ© Ă  la trame monodique oĂč la soprano soliste (Arianne) dialogue avec les 3 hommes en Ă©cho de sa plainte, le lamento polyphonique pour 5 voix dĂ©montre le raffinement harmonique que permet l’écriture polyphonique. La Sestina est encore plus originale et plus intime voire secrĂšte qu’Arianna : le lamento convoque un Ă©pisode dramatique oĂč l’amour se dĂ©cline en geste dĂ©ploratif : Glaucus arrive sur la tombe de Corinna, sa bien-aimĂ©e. L’épisode Ă©voque le Giunto al la tomba de la Gerusalemme  Liberata du Tasse, mis en musique par le prĂ©dĂ©cesseur de Monteverdi Ă  la charge de maĂźtre de chapelle Ă  Mantoue, Giaches de Wert. Le Duc Vincent Gonzague commande cette piĂšce dĂ©chirante, d’une pudeur inĂ©dite, Ă  la mort d’une jeune soprano, Caterina Martinelli, qui devait crĂ©er le rĂŽle titre d’Arianna en 1608. La trĂšs jeune cantatrice, maĂźtresse du duc Ă©tait alors hĂ©bergĂ©e chez les Monteverdi, particuliĂšrement affectĂ©s par le deuil. « Zefiro torna » [15], la derniĂšre piĂšce du SixiĂšme Livre , emprunte Ă  la danse son dĂ©but et illustre en particulier Ă  la fin, les audaces harmoniques d’un Monteverdi, gĂ©nial dramaturge du sentiment. Avec le Livre VI, s’achĂšve l’extraordinaire Ă©popĂ©e du madrigal Ă  5 voix auquel Monteverdi en un geste rĂ©formateur et expĂ©rimental aura offert ses plus grands accomplissements. Les Livres suivants VII et VIII font Ă©clater la forme classique du madrigal, de sorte qu’avec le Livre VI se ferme le livre d’une expĂ©rimentation continue Ɠuvrant pour l’essor de l’opĂ©ra.

discographie

CD. Mantova : Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. A paraĂźtre le 23 septembre 2014. AprĂšs avoir donnĂ© en concert, les Livres I,II,III,IV, V et VI de Madrigaux de Claudio Monteverdi, Paul Agnew, chef associĂ© des Arts Florissants fait paraĂźtre (enfin) le premier volume d’une trilogie discographique dĂ©diĂ©e naturellement au Monteverdi madrigaliste. Le premier volume intitulĂ© «  Mantova «  (Mantoue) est annoncĂ© ce 23 septembre 2014 ; il offre un florilĂšge des madrigaux des Livre IV, V et VI. Le sujet est captivant : le choix des piĂšces ainsi enregistrĂ©es accompagne l’une des rĂ©volutions les plus dĂ©cisives de l’histoire de la musique en Europe ; il suit les Ă©volutions stylistiques de la Renaissance au Baroque, des entrelacs polyphoniques aux vertiges passionnels de la monodie nouvelle, quand Claudio, entre CrĂ©mone et Mantoue, avant Venise, Ă©labore sa propre langue dramatique, accordant comme nul autre avant lui, verbe poĂ©tique et harmonie sensuelle. Peu Ă  peu se prĂ©cise un chant de plus en plus incarnĂ© au service du texte : si les Livres IV et V (Ă©ditĂ©s Ă  Mantoue en 1603 et 1605) appartiennent encore Ă  l’esthĂ©tique de la Renaissance (certes colorĂ©e par les ultimes recherches expressives modernes liĂ©es Ă  la Cour du Duc Vincent de Gonzague Ă  Mantoue), le Livre VI Ă©ditĂ© en 1614, montre l’accomplissement de l’écriture montĂ©verdienne dans le domaine opĂ©ratique car les madrigaux y sont contemporains des opĂ©ras Orfeo (1607) et Arianna (1608). En lire +

CD. Mantova : Livres IV,V, VI des madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. A paraĂźtre le 23 septembre 2014.

MANTOVA-mantoue-cd-livres-4-5-6-Paul-agnew-Les-Arts-Florissants-cd-400CD. Mantova : Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi. Les Arts Florissants, Paul Agnew. A paraĂźtre le 23 septembre 2014. AprĂšs avoir donnĂ© en concert, les Livres I,II,III,IV, V et VI de Madrigaux de Claudio Monteverdi, Paul Agnew, chef associĂ© des Arts Florissants fait paraĂźtre (enfin) le premier volume d’une trilogie discographique dĂ©diĂ©e naturellement au Monteverdi madrigaliste. Le premier volume intitulĂ© «  Mantova «  (Mantoue) est annoncĂ© ce 23 septembre 2014 ; il offre un florilĂšge des madrigaux des Livre IV, V et VI. Le sujet est captivant : le choix des piĂšces ainsi enregistrĂ©es accompagne l’une des rĂ©volutions les plus dĂ©cisives de l’histoire de la musique en Europe ; il suit les Ă©volutions stylistiques de la Renaissance au Baroque, des entrelacs polyphoniques aux vertiges passionnels de la monodie nouvelle, quand Claudio, entre CrĂ©mone et Mantoue, avant Venise, Ă©labore sa propre langue dramatique, accordant comme nul autre avant lui, verbe poĂ©tique et harmonie sensuelle. Peu Ă  peu se prĂ©cise un chant de plus en plus incarnĂ© au service du texte : si les Livres IV et V (Ă©ditĂ©s Ă  Mantoue en 1603 et 1605) appartiennent encore Ă  l’esthĂ©tique de la Renaissance (certes colorĂ©e par les ultimes recherches expressives modernes liĂ©es Ă  la Cour du Duc Vincent de Gonzague Ă  Mantoue), le Livre VI Ă©ditĂ© en 1614, montre l’accomplissement de l’écriture montĂ©verdienne dans le domaine opĂ©ratique car les madrigaux y sont contemporains des opĂ©ras Orfeo (1607) et Arianna (1608).

Mantova : le premier cd des Madrigaux de Monteverdi par Paul Agnew et Les Arts Florissants

Le Livre VI marque ainsi le partage des eaux, entre Renaissance et Baroque, avec l’usage des instruments qui libĂ©rant les voix, permettent l’individualisation trĂšs forte de l’écriture : le secunda prattica est nĂ©e alors avec le principe de l’écriture monodique, impliquant la basse continue. Paul Agnew s’inscrit comme un interprĂšte de choix au service d’une odyssĂ©e vocale (et instrumentale) passionnante. Chanteurs parmi ses pairs, le tĂ©nor Ă©claire la puretĂ© expressive du madrigal : il a rĂ©uni un ensemble de chanteurs soucieux de l’Ă©coute, dĂ©fenseurs d’une prosodie flexible et prĂ©cise, ciselant chaque figuralisme poĂ©tique.

Le coffret s’annonce comme le miroir fidĂšle et la synthĂšse de l’intĂ©grale madrigalesque en cours donnĂ©e en concert. Paul Agnew et les chanteurs et instrumentistes des Arts Florissants poursuivent en 2014-2015, leur Ă©popĂ©e proposant les ultimes Livres VII et VIII.

1 cd, un texte inĂ©dit. Comme c’est le cas des premiers albums sous Ă©tiquette du propre label des Arts Florissants (Les Arts Florissants Éditions), l’album Mantova est accompagnĂ© d’un texte inĂ©dit signĂ© RenĂ© de Ceccatty (qui a Ă©crit aussi les deux autres textes des volumes Ă  paraĂźtre : Cremona, puis Venezia) : en une mise en perspective des madrigaux montĂ©verdiens et d’un texte littĂ©raire, le nouvel album offre Ă  l’auditeur / lecteur, l’occasion d’approfondir sa propre expĂ©rience des Madrigaux de Monteverdi grĂące Ă  la lecture complĂ©mentaire d’une nouvelle inĂ©dite («  La Sibylle et la fresque des illusions », commande des Arts Florissants) dont les Ă©lĂ©ments narratifs s’inspirent de l’écriture musicale montĂ©verdienne : RenĂ© de Ceccatty y brosse le portrait d’une femme Ă©crivain qui dĂ©voile au crĂ©puscule de sa vie, le secret amoureux qui l’a rongĂ© sa vie durant et dont les madrigaux portent comme l’essence, le souvenir cryptĂ©. Le propre du texte est de prĂ©server la brĂ»lante force d’évocation du verbe et de la prose musicale, toute leur puissance Ă©motionnelle comme si la voix multiple des chanteurs diffusait l’intensitĂ© intacte d’un sentiment primordial, prĂ©cieusement cachĂ©.

Prochaine critique complĂšte du cd MANTOVA par Paul Agnew et Les Arts Florissants, Ă  venir dans le mag cd de classiquenews.com

Lire aussi les critiques des albums dĂ©jĂ  parus aux Éditions Les Arts Florissants : Belshazzar, Le Jardin de Monsieur Rameau, 2 albums Ă©lus «  CLIC » de classiquenews

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Les Arts Flo chantent le lIvre VII de Monteverdi sur France Musique

Madrigaux_paul_agnewFrance Musique, aujourd’hui, 14h : Les Arts Florissants, Paul Agnew chantent le Livre VII de madrigaux de Monteverdi. L’épopĂ©e vocale (et instrumentale Ă  partir du Livre V) des madrigaux de Monteverdi poursuit son cours : Paul Agnew rĂ©unit les meilleurs solistes des Arts Florissants pour l’intĂ©grale des madrigaux du divin Monteverdi. Le cycle rĂ©capitule l’évolution de plus dramatique de Claudio Monteverdi : un voyage musical inouĂŻ qui mĂšne de la polyphonie poĂ©tique au baroque dramatique et opĂ©ratique
 Voici l’étape actuelle, celle du Livre VII, sommet des vertiges amoureux Ă©crits par Claudio.

monteverdi_Claudio_Monteverdi_2Les lettres amoureuses qui y paraissent, le ballet final de Tirsi et Clori, deux bergers alanguis enivrĂ©s ressuscitent l’élan du dĂ©sir, la promesse de l’extase, une sensibilitĂ© ardente que Monteverdi retrouve en pleine possession de ses moyens, comme un nouveau printemps des sentiments. Le dramatisme du style fusionnĂ© Ă  l’articulation du mot confirme les nouvelles avancĂ©es de Monteverdi
 bientĂŽt gĂ©nie spectaculaire Ă  l’opĂ©ra, dans la CitĂ© des Doges. De sorte que ce nouveau Livre VII est bien comme le prochain Livre VIII, un laboratoire vocale et lyrique d’une prodigieuse activitĂ©. EN LIRE +

 
 

Suite de l’intĂ©grale des Madrigaux de Claudio Monteverdi
Livre VII
Paul Agnew et les solistes des Arts Florissants
5 dates : Les 16 (Caen), 22 (Anvers, De Singel), 25 (Prague, festiva), 26 (Dresde, festival), et 28 (Paris, Cité de la musique) mai 2014.

Diffusion sur France Musique, le lundi 16 juin 2014 Ă  14h.

logo_francemusiqueMadrigaux de Monteverdi                                   
Les Arts Florissantsdirigés par Paul Agnew
Enregistré à la Cité de la musique à Paris
Claudio Monteverdi : Madrigaux (Livre VII)
Solistes vocaux : Miriam Allan, soprano. Hannah Morrison, soprano. Lucile Richardot, contralto. Zachary Wilder, ténor. Lisandro Abadie, basse

 
 

Les Arts Florissants : le Livre VII de madrigaux de Monteverdi

Madrigaux_paul_agnewMonteverdi: Livre VII. Les Arts Florissants, Paul Agnew. 16<28 mai 2014. En mai 2014, Paul Agnew poursuit l’intĂ©grale des Madrigaux de Monteverdi avec les solistes des Arts Florissants (chanteurs et instrumentistes). Place aux enchantements amoureux du Livre VII en une formule vocale et instrumentale Ă©largie. L’heure est Ă  l’accomplissement d’une Ă©criture qui n’a cessĂ© d’évoluer selon les alĂ©as d’une carriĂšre chaotique 
 Mais heureusement stabilisĂ©e quand Claudio aprĂšs avoir Ă©tĂ© chassĂ© de Mantoue par le successeur de son ancien protecteur Vincenzo Gonzaga (fĂ©vrier 1612), obtient lĂ©gitimement le poste de maĂźtre de chapelle Ă  San Marco de Venise en aoĂ»t 1613.

AprĂšs Mantoue, la gloire vĂ©nitienne
 AprĂšs les vicissitudes d’une vie de dĂ©pendance souvent humiliante, Venise lui offre des conditions et un salaire dignes de son immense gĂ©nie. De fait, Monteverdi crĂ©era, au dĂ©but des annĂ©es 1640, l’opĂ©ra vĂ©nitien en une formule jamais Ă©galĂ©e aprĂšs lui, entre sensualitĂ© et cynisme, dĂ©lirant burlesque et rĂ©alisme picaresque (L’Incoronazione di Poppea, Il Ritorno d’Ulysse in patria.)

C’est aussi le moment en 1619 oĂč Ă  Venise paraĂźt aussi son Livre VII de madrigaux. La rupture est consumĂ©e ici : plus de madrigaux Ă  5 voix, la norme depuis lors, mais une Ă©criture toute aussi souple et audacieuse pour 6 chanteurs.
L’amour y rĂšgne en souverain dĂšs le premier chant « Tempro la cetra  » j’accorde ma lyre
 dit le tĂ©nor qui Ă©carte vite la martialitĂ© de son Ă©tat pour s’alanguir aux sons vibrants de Venus. Monteverdi privilĂ©gie duos, trios, en liaison avec sa nouvelle vie vĂ©nitienne (intrigues urbaines, frĂ©nĂ©sie du carnaval
). A l’imploration doloriste du Livre VI, rĂ©pond la lyre ardente, festive, lumineuse et mĂȘme optimiste du VII : miroir d’un nouveau tempĂ©rament liĂ© Ă  sa prise de fonctions Ă  Venise.

monteverdi_Claudio_Monteverdi_2Les lettres amoureuses qui y paraissent, le ballet final de Tirsi et Clori, deux bergers alanguis enivrĂ©s ressuscitent l’élan du dĂ©sir, la promesse de l’extase, une sensibilitĂ© ardente que Monteverdi retrouve en pleine possession de ses moyens, comme un nouveau printemps des sentiments. Le dramatisme du style fusionnĂ© Ă  l’articulation du mot confirme les nouvelles avancĂ©es de Monteverdi
 bientĂŽt gĂ©nie spectaculaire Ă  l’opĂ©ra, dans la CitĂ© des Doges. De sorte que ce nouveau Livre VII est bien comme le prochain Livre VIII, un laboratoire vocale et lyrique d’une prodigieuse activitĂ©.

Suite de l’intĂ©grale des Madrigaux de Claudio Monteverdi
Livre VII
Paul Agnew et les solistes des Arts Florissants
5 dates : Les 16 (Caen), 22 (Anvers, De Singel), 25 (Prague, festiva), 26 (Dresde, festival), et 28 (Paris, Cité de la musique) mai 2014.

Diffusion sur France Musique, le lundi 16 juin 2014 Ă  14h.

logo_francemusiqueMadrigaux de Monteverdi                                   
Les Arts Florissantsdirigés par Paul Agnew
Enregistré à la Cité de la musique à Paris
Claudio Monteverdi : Madrigaux (Livre VII)
Solistes vocaux : Miriam Allan, soprano. Hannah Morrison, soprano. Lucile Richardot, contralto. Zachary Wilder, ténor. Lisandro Abadie, basse

Compte rendu, opéra. Paris. Opéra-Comique, le 24 mars 2014. Jean-Philippe Rameau : Platée. Marcel Beekman, Edwin Crossley-Mercer, Simone Kermes, Cyril Auvity, Marc Mauillon. Paul Agnew, direction artistique. Robert Carsen, mise en scÚne

platee_rameau_junon_2014_-580-Dr-M.-RittershausRobert Carsen est omniprĂ©sent Ă  Paris cette saison. Une Elektra Ă  l’ONP pour dĂ©buter l’annĂ©e lyrique, suivie par son Alcina dĂ©sormais bien connue Ă  Garnier, et, conjointement, La FlĂ»te EnchantĂ©e Ă  Bastille tandis que la Salle Favart prĂ©sente sa nouvelle production de PlatĂ©e de Rameau. La question se posait : n’était-ce pas un peu trop ?
Reconnaissons-le tout de go : nous craignions pour cette mise en scĂšne, tant pour son angle de vision que pour son inspiration, la source pouvant se tarir en Ă©tant employĂ©e Ă  un tel rĂ©gime. En outre, comme sans doute bien des mĂ©lomanes dans la salle, les images de la production de Laurent Pelly, dĂ©sormais presque indissociable de cette Ɠuvre, risquaient de se rĂ©vĂ©ler tenaces devant les yeux.

Nymphe de la mode

Et pourtant, aprĂšs un prologue qui demande un temps d’adaptation, celui de la plongĂ©e dans un univers nouveau et l’accoutumance Ă  une atmosphĂšre inĂ©dite, ce spectacle fonctionne Ă  merveille.
Le monde qu’invoque Robert Carsen, celui de la mode, superficiel et clinquant, oĂč l’apparence et les faux-semblants rĂšgnent en maĂźtres, rĂ©sonne comme un Ă©cho Ă  la cour de Louis XV que ridiculise le compositeur dans cette satire.
On se plait Ă  reconnaĂźtre Anna Wintour, la rĂ©dactrice en chef du magazine Vogue, dans la foule occupant le plateau, et le tonnant Jupiter devient un sosie extrĂȘmement convaincant de Karl Lagerfeld portant dans ses bras son Ă©ternel chat blanc.

PlatĂ©e, qui malgrĂ© ses coassements en musique n’est en rĂ©alitĂ© pas dĂ©signĂ©e dans le livret comme une grenouille, devient ici la pensionnaire brimĂ©e d’un Ă©tablissement chic, vaniteuse et sans-gĂȘne, vilain petit canard trop facile Ă  berner. La scĂ©nographie, brillante et chic, caricature – Ă  peine – la dĂ©coration Ă  la mode dans les milieux branchĂ©s, façon Fashion Week, miroirs nombreux, mobilier transparent et lumiĂšres Ă©clatantes. La direction d’acteurs, prĂ©cise et d’une grande justesse, Ă©vite, comme sait le faire Carsen, toute vulgaritĂ©, jusqu’à l’orgie du troisiĂšme acte, chorĂ©graphiĂ©e avec juste ce qu’il faut d’érotisme par Nicolas Paul. Les danseurs s’intĂšgrent ainsi parfaitement Ă  l’action, en des ballets drĂŽles et dĂ©calĂ©s, mais toujours en situation.
On se souviendra longtemps de cette nymphe dĂ©voilĂ©e et raillĂ©e par la fureur de Junon, achevant l’Ɠuvre en sous-vĂȘtements, honteuse dans sa quasi-nuditĂ© sous le regard cruellement moqueur de la foule, utilisant son dernier geste pour se suicider, mettant enfin un terme Ă  ses tourments. Une ultime image forte, montrant la mĂ©chancetĂ© humaine dans sa bĂȘtise la plus crue.

TrĂšs belle Ă©galement 
 la distribution. Aux cĂŽtĂ©s de la fraĂźche Thalie de Virginie Thomas et du Satyre / Mommus dĂ©sopilant de JoĂŁo Fernandes, la Junon Ă  la jalousie brĂ»lante d’Emilie Renard ressemble Ă  s’y mĂ©prendre Ă  Coco Chanel et rĂ©ussit Ă  merveille une composition de trĂšs belle tenue. On salue Ă©galement la superbe Clarine d’Emmanuelle de Negri, toujours irrĂ©prochable dans ce rĂ©pertoire.
Marc Mauillon provoque l’hilaritĂ© en CithĂ©ron devenu serveur que poursuit de ses assiduitĂ©s la reine des marais, et le rĂŽle coule idĂ©alement dans cette voix au timbre si particulier, tenant Ă  la fois du tĂ©nor et du baryton.
Excellent Mercure de Cyril Auvity, percutant et beau diseur, parfaitement Ă  sa place.
On attendait avec impatience la Folie de Simone Kermes, l’enthousiasme se rĂ©vĂšle finalement relatif. Non que cette vocalitĂ© ne lui convient pas, bien au contraire. Ce pastiche de style italien ramĂšne la soprano allemande Ă  son rĂ©pertoire de prĂ©dilection, et c’est justement pour cela que le rĂŽle nous apparaissait comme idĂ©alement Ă©crit pour elle. Las, elle a semble-t-il Ă©coutĂ© attentivement l’interprĂ©tation qu’en a inventĂ© Marc Minkowski tout en tentant de s’en affranchir, sans pour autant trouver sa propre voie, ce qui nous vaut un « Aux langueurs d’Apollon » bien sage, Ă  la diction française fragile et aux variations chiches, un comble pour une chanteuse autant encline Ă  tout oser quitte Ă  franchir allĂšgrement les limites du bon goĂ»t. Par ailleurs, aprĂšs une entrĂ©e remarquĂ©e en clone de Lady Gaga, c’est vĂȘtue d’une conventionnelle robe de concert verte qu’elle entonne prudemment cet air
, avant de revenir vĂȘtue telle une Marie-Antoinette de bal masquĂ©, dans un costume paraissant tout droit sorti d’une pochette d’un de ses propres disques. Il faudra attendre le troisiĂšme acte, son irremplaçable chevelure rousse enfin rendue Ă  sa libertĂ©, et l’air « Amour, lance tes traits » pour que la chanteuse redevienne enfin elle-mĂȘme, osant vocalises, contre-notes et cadences improbables. Il Ă©tait temps !
IrrĂ©sistible en couturier au catogan, Edwin Crossley-Mercer ne fait qu’une bouchĂ©e de l’écriture du roi des Dieux, dĂ©ployant en Jupiter sa grande et belle voix de baryton, octaviant cependant certains graves et assombrissant par instants inutilement une Ă©mission d’ordinaire plus mordante, au dĂ©triment parfois de la limpiditĂ© du texte.

On admire sans rĂ©serve la naĂŻade disgracieuse du tĂ©nor nĂ©erlandais Marcel Beekman, terriblement attachante et Ă©mouvante. Que dire, sinon qu’il incarne Ă  merveille cette femme Ă  la naĂŻvetĂ© dĂ©sarmante, ridicule Ă  force Ă  force d’aveuglement ? Le chanteur offre une saisissante performance de comĂ©dien, oĂč l’on se prend Ă  oublier que c’est un homme qui incarne une figure fĂ©minine, tant l’identification grandit durant la reprĂ©sentation Ă  tel point qu’elle en devient Ă©vidente. Clair et sonore, son instrument Ă  la couleur trĂšs personnelle paraĂźt tout destinĂ© Ă  cet emploi, permettant mille nuances, utilisant tous ses registres et servant un français digne d’éloges. L’émotion affleure sans cesse derriĂšre l’humour, et la scĂšne finale citĂ©e plus haut, interprĂ©tĂ©e Ă  fleur de peau, reste le point culminant de la soirĂ©e, la promise bafouĂ©e apparaissant poignante dans son dĂ©sespoir.
Remplaçant William Christie souffrant Ă  la tĂȘte du chƓur – impeccable de bout en bout – et de l’orchestre des Arts Florissants, Paul Agnew, grand interprĂšte du rĂŽle-titre, dĂ©montre sa connaissance profonde de l’Ɠuvre, qu’il a pu roder de l’intĂ©rieur durant de longues annĂ©es. Il cultive une pĂąte sonore ronde et gĂ©nĂ©reuse, toujours vive mais sans prĂ©cipitation ni aciditĂ©, peignant parfaitement les diffĂ©rentes atmosphĂšres qui composent l’ouvrage, et emporte musiciens et chanteurs dans un tourbillon sonore qui soulĂšve l’enthousiasme.
Un trĂšs beau succĂšs au rideau final, qui prouve qu’on peut encore aujourd’hui mont(r)er PlatĂ©e autrement.

Paris. OpĂ©ra-Comique, 24 mars 2014. Jean-Philippe Rameau : PlatĂ©e. Livret d’Adrien-Joseph Le Valois d’Orville, d’aprĂšs la comĂ©die de Jacques Autreau. Avec PlatĂ©e : Marcel Beekman ; Jupiter : Edwin Crossley-Mercer ; La Folie : Simone Kermes ; Thespis / Mercure : Cyril Auvity ; Momus / CithĂ©ron : Marc Mauillon ; Amour / Clarine : Emmanuelle de Negri ; Junon : Emilie Renard ; Satyre / Mommuss : JoĂŁo Fernandes ; Thalie : Virginie Thomas. ChƓur et orchestre Les Arts Florissants. Paul Agnew, direction musicale. Mise en scĂšne : Robert Carsen ; DĂ©cors et costumes : Gideon Davey ; LumiĂšres : Robert Carsen et Peter van Praet ; ChorĂ©graphie : Nicolas Paul ; Dramaturgie : Ian Burton

VIDEO. Reportage : Platée de Rameau par Paul Agnew et Jean-Claude Malgoire (2013)

VIDEO. Reportage : PlatĂ©e de Rameau par Paul Agnew et Jean-Claude Malgoire. PlatĂ©e 2013
 Chef-d’oeuvre lyrique du rĂšgne de Louis XV, et Ă  vrai dire d’un genre poĂ©tique totalement inclassable, PlatĂ©e de Jean-Philippe Rameau (1745) reprend du service dans la mise en scĂšne et l’univers visuel du
chorĂ©graphe François Raffinot. Le crĂ©ateur plasticien avait dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© une premiĂšre production de l’ouvrage avec Jean-Claude Malgoire
 en 1988. Le directeur et fondateur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing parle de “beautĂ© infernale”, soulignant le bouillonnement inventif et volcanique de l’orchestre ; François Raffinot s’intĂ©resse au profil humain, pathĂ©tique et touchant de PlatĂ©e comme Ă  la charge barbare et cynique de l’ouvrage oĂč s’impose la figure centrale et omniprĂ©sente de la Folie. Entre mouvements incessants des danseurs, superbe incarnation de Paul Agnew dans le rĂŽle-titre, et fosse d’une irrĂ©sistible invention, la nouvelle production de PlatĂ©e confirme le gĂ©nie inclassable de Rameau


Compte rendu, opĂ©ra. Paris. Rameau : PlatĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Comique (Les Arts Florissants), le 20 mars 2014. Paul Agnew, direction. Robert Carsen, mise en scĂšne

10013809_256214464553237_1528097424_nCompte rendu, opĂ©ra. PlatĂ©e par Les Arts Florissants. Laide mais sincĂšre et mĂȘme dĂ©sarmante, PlatĂ©e nymphe des marais … retourne l’Olympe de la mode. Les dieux sont infĂąmes et leur victime rien que … divinement humaine. Une apothĂ©ose en somme. Et contre toute attente, c’est la moins sophistiquĂ©e de tous qui triomphe (malgrĂ© sa mort finale). Il y a certainement un peu de Rousseau chez Rameau mĂȘme si l’Ă©crivain philosophe, partisan du bon sauvage, fut le rival trop jaloux du compositeur Ă©rudit. Face aux dieux et leur suite invitĂ©s ici (une parodie de Cour), la figure naturelle de la nymphe issue du marais remporte les lauriers de la sincĂ©ritĂ© et de la vĂ©ritĂ©. Un joyau au royaume du clinquant et du factice.

Robert Carsen rĂ©cidive ainsi chez Rameau: comme il l’avait fait des BorrĂ©ades, pas de costumes ni de dĂ©cors ou machineries XVIII Ăšme mais une actualisation chic (trĂšs parisienne) convoquant les icĂŽnes de la fashion Week.  Au sommet d’une Olympe rhabillĂ©e,  Junon – Coco Chanel et Jupiter – Lagerfield vivent le nouvel avatar de leur dĂ©route conjugale au dĂ©triment de la mortelle PlatĂ©e dont la laideur et la naĂŻvetĂ© font les dĂ©lices d’une clique arrogante et cynique.
En pointant du doigt la face hideuse de la batracienne Jupiter moralisateur entend souligner combien la jalousie de Junon est dĂ©placĂ©e. .. un tel laideron ,fiancĂ©e de Jupiter ? Et tous de s’Ă©trangler d’un rire persifleur qui pourtant se retourne contre ceux qui l’ont proclamĂ©. La laideur morale assassine les arrogants. Et PlatĂ©e rayonne enfin par une beautĂ© imprĂ©vue.

 

 

La PlatĂ©e des Marais renverse l’Olympe de la mode …

 

La dupe ici est la nymphe dont la face boursouflĂ©e est proportionnelle Ă  son humanitĂ©: et l’on comprend in fine que les vulgaires et les plus mĂ©prisables sont bien les mieux fardĂ©s. GrĂące Ă  l’exemplaire performance du tĂ©nor travesti dans le rĂŽle-titre, sur les traces du fameux Jelyotte- interprĂšte adulĂ© par Rameau qui lui rĂ©servera ses plus grands rĂŽles,  Marcel Beekman exprime Ă  Paris aprĂšs Vienne, avec une gĂ©nĂ©rositĂ© tendre, emblĂšme des innocents admirables, toute la justesse sincĂšre si humaine de la nymphe odieusement raillĂ©e.

 

platee_rameau_junon_2014_-580-Dr-M.-Rittershaus

 

 

La formule fait recette depuis longtemps chez le metteur en scĂšne canadien : il aime Ă©pingler la mĂ©chancetĂ© perverse des dieux et des hommes…. monde barbare, ironique des courtisans et de leurs souverains, -habituĂ©s en nantis mĂ©prisants aux suites des Palaces internationaux, aux cocktails Ă  coupes de champagne et petit fours, contrastant ici avec la naĂŻvetĂ© si touchante de leur victime.
Rameau appelle mĂȘme Ă  la rescousse en un tableau dĂ©jantĂ© (poĂ©tiquement le plus fort) La Folie ayant ravi la lyre d’Apollon : en dĂ©montrant (et singeant parfois) la facilitĂ© de la musique Ă  exprimer toutes les facettes des passions humaines, le compositeur prend acte et tĂ©moigne du dĂ©rĂšglement collectif qui pilote la terrifiante hypocrisie des sociĂ©tĂ©s fussent-elles divines. Ces dieux qui raillent et ironisent, sont trop mortels et d’un soin si vulgaire. .. Rameau et son librettiste feraient-ils sous couvert de comĂ©die dĂ©jantĂ©e, la satire de la Cour versaillaise comme celle du genre humain ? HĂ©las, celle qu’on attendait, Simone Kermes, dans un rĂŽle taillĂ© pour sa dĂ©mesure bouffonne déçoit : comme emblĂšme de l’artifice ici omniprĂ©sent, son chant tombe Ă  plat, ses rires et ses accents, comme son français pĂ©taradent (et s’enlisent) sans vĂ©ritĂ© : de Lady gaga, la diva dĂ©passĂ©e reste un artefact sans chaleur. Le constat est d’autant plus regrettable que sa performance dans le rĂŽle de la Comtesse de Nozze de Mozart (cd  rĂ©centpubliĂ© par Sony classical) sous la baguette de Currentzis, prĂ©sente les mĂȘmes dĂ©rapages dommageables : affĂȘterie, surenchĂšre, prĂ©ciositĂ© mĂ©canique… un contre sens chez Rameau.

Tout ce que ce monde divin/terrestre compte en rituels factices et creux se dĂ©voile sur la scĂšne de Carsen,  conçu tel un vaste miroir aquatique -les miroirs citent l’eau du marais de la nymphe abusĂ©e. En outre, la transparence des miroirs, l’accumulation des plastics sans Ăąme renforce ce vide criant d’un monde qui a pourtant l’horreur du  nĂ©ant.  A mesure que l’action se rĂ©alise,  fashion King and Queen sans omettre leurs serviles petites mains, se noient dans leur propre fange cynique quand Ă  l’inverse c’est PlatĂ©e qui s’Ă©lĂšve. .. par son humanitĂ© coassante magnifique.  Burlesque, comique et tragique, sincĂšre surtout, voici le rĂŽle le plus dĂ©lirant et le plus attachant du thĂ©Ăątre ramĂ©lien. Il est magistralement incarnĂ© ici.

PLATEE_2014_lagerfield_-Edwin-Crossley-Mercer-(Jupiter)-DR-Monika-RittershausEn faisant la satire du genre humain, Rameau permet au vengeur Carsen,  nettement du cĂŽtĂ© de PlatĂ©e, de dĂ©noncer l’artifice ritualisĂ© organisĂ© en singeries sociales. C’est tout le milieu de la mode qui en prend pour son grade. .. il aurait Ă©tĂ© prometteur de pousser plus loin les rĂ©fĂ©rences et l’analogie.  Pourquoi n’avoir pas convoquer l’impĂ©ratrice du bon goĂ»t dĂ©clarĂ© loi divine, la fabuleuse Anna W. qui rĂšgne de façon hallucinante Ă  chaque  fashion Week? La figure aurait ajoutĂ© Ă  une Ă©tonnante galerie de portrait. Remplaçant William Christie souffrant, le chef associĂ© des Arts Florissants, Paul Agnew, chef ardent Ă  l’indĂ©niable souffle dramatique, dĂ©fend avec panache, flexibilitĂ© et des couleurs ciselĂ©es,  une partition qu’il connaĂźt bien pour en avoir Ă©tĂ© le premier chanteur, incarnant la sublime PlatĂ©e sous la baguette de Minkowski il y a quelques annĂ©es au Palais Garnier (mise en scĂšne de Laurent Pelly),  sous la baguette plus rĂ©cente encore de Jean- Claude Malgoire Ă  Tourcoing en 2013… voir notre reportage vidĂ©o : PlatĂ©e Ă  Tourcoing par Paul Agnew et Jean-Claude Malgoire.
Performance vocale et musicale riche en couleurs,  lignes claires, défilé subtilement nuancé et fortement caractérisé,  scénographie tirée à quatre épingles parfois trop accessoirisée à force de volonté parodique, cette Platée chic choc réussit son coup et forçant la charge satirique du divertissement comique conçu par le génial Rameau de 1745.

 

platee_468-620x412A l’affiche de l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris jusqu’au 30 mars 2014.

En direct sur culturebox, le 27 mars 2014, 20h. Lien direct sur la page PlatĂ©e en direct depuis l’OpĂ©ra Comique sur le site culturebox (puis disponible aprĂšs le direct jusqu’au 10 octobre 2014).
A ne pas manquer, la confĂ©rence concert PlatĂ©e par William Christie et les chanteurs de la production (“ la leçon de William Christie “), mĂȘme lieu, le 28 mars 2014, 20h.

Illustrations : © Monika Rittershaus 2014 (OpĂ©ra de Vienne). PlatĂ©e au bras de Jupiter en promise Ă©berluĂ©e ; Jupiter Lagerfield et ses doubles narcissiques en miroir…

Compte-rendu, rĂ©cital lyrique. Versailles. Salon d’Hercule, le 22 janvier 2014. L’intĂ©grale des madrigaux, Livre VI. Claudio Monteverdi. Les Arts Florissants. Paul Agnew, direction, tĂ©nor.

Madrigaux_paul_agnewPoursuivant leur tournĂ©e mondiale de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi, c’est dans le cadre exceptionnel du Salon d’Hercule au ChĂąteau de Versailles, que les Arts Florissants nous ont donnĂ© Ă  entendre ce soir, le SixiĂšme Livre. Entre deux VĂ©ronĂšse, peintre dont le compositeur crĂ©monais a du connaĂźtre dĂšs son arrivĂ©e Ă  Mantoue quelques toiles, Paul Agnew et les chanteurs et musiciens des Arts Florissants ont suspendu le temps pour le public, nous faisant partager un songe musical. Ce Livre dont on cĂ©lĂšbre les 400 ans, est si rarement prĂ©sentĂ© en concert, qu’il a attirĂ© un public nombreux et recueilli sous les ors et les marbres d’un palais enchantĂ©.

Hommage Ă  Caterina …

Ce SixiÚme Livre bien que publié à Venise, fût composé durant les derniÚres années mantouanes. Il est intimement lié à des dates qui marquent la vie aussi bien musicale que personnelle de Monteverdi.

Le deuil est ici si prĂ©sent, si douloureux que rien, pas mĂȘme l’évocation de jours heureux ne peut l’apaiser. La tragĂ©die y est vĂ©cue au plus profond de l’ñme, elle est un dĂ©chirement si humain que chaque larme par-delĂ  son Ă©loquence poĂ©tique et musicale devient la quintessence de la mĂ©lancolie baroque. FrappĂ© par la disparition de son Ă©pouse Ă  l’automne 1607, puis de la jeune soprano qui devait interprĂ©tĂ©e le rĂŽle – titre de l’Arianna en 1608 -et qu’il avait lui-mĂȘme formĂ©-, Claudio Monteverdi donne dans ce livre toute sa place aux affects.

Le Livre VI est le seul Ă  ne pas porter de dĂ©dicace, semblant ainsi indiquer que c’est aux deux disparues qu’elle doit revenir. Utilisant dĂ©sormais un style de plus en plus moderne, le style concertato, sa musique libĂšre le texte et fait de la basse continue un acteur Ă  part entiĂšre de ce thĂ©Ăątre des Ă©motions.

Le lamento d’Arianna, extrait de son second opĂ©ra aujourd’hui perdu y tient avec la Sestina une place essentielle ici.

Ce second lamento vient en miroir du premier, pour mieux en souligner l’immense dĂ©sarroi de l’homme face Ă  la mort. Il fĂ»t commandĂ© par le duc Vincenzo en 1608 afin de rendre hommage Ă  la jeune Caterina Martinelli, dont la voix unique avait su sĂ©duire tous ceux qui l’avaient entendu. Le poĂšme en est composĂ© par Scipione Agnelli. Si ces deux lamenti sont les facettes les plus somptueuses de ce diamant noir qu’est le SixiĂšme Livre, l’ensemble des madrigaux qui le composent sont d’une intense beautĂ©. PĂ©trarque et Marino offrent Ă  Monteverdi l’occasion d’invoquer par – delĂ  les larmes, les pleurs et les adieux qui se rĂ©pĂštent, les dissonantes fulgurances des amours fusionnels.

Prenant la parole au dĂ©but du concert, puis aprĂšs l’entracte pour expliquer ses choix artistiques, en particulier pour la Sestina interprĂ©tĂ©e a capella, Paul Agnew avec son dĂ©licieux accent, parvient dĂšs le dĂ©but Ă  capter l’attention du public et un silence envoĂ»tant. Il nous propose de commencer le concert par la premiĂšre version pour voix seule du Lamento d’Arianna, provenant de l’opĂ©ra, avant de nous donner celle pour cinq voix du Livre VI. Loin du destin tragique de la femme abandonnĂ©e et seule de la version scĂ©nique, le lamento Ă  cinq voix, exprime dĂ©sormais combien la perte de l’ĂȘtre aimĂ© est un drame universel.

La soprano irlando-Ă©cossaise, Hannah Morrison parvient d’emblĂ©e tant par son timbre quasi juvĂ©nile et cristallin que par ses inflexions finement ciselĂ©es Ă  figer le temps Ă  l’ombre de la mort.

Son interprĂ©tation est absente de tout pathos. L’interprĂ©tation des madrigaux par les Arts Florissant est Ă  fleur d’émotion. La palette des timbres est si finement contrastĂ©e qu’elle fait ressortir les multiples tonalitĂ©s de l’obscuritĂ©, tout en faisant surgir des tĂ©nĂšbres une lueur diaprĂ©e et sensible. La direction de Paul Agnew dĂ©coule d’un travail d’ensemble et d’une prĂ©paration qui ne nĂ©cessite plus en concert que quelques regards bienveillants.

Le dialogue des solistes soutenus par une basse continue trĂšs pure et Ă©loquente souligne les mots clĂ©s, ceux de l’adieu, du tourment si dĂ©chirant de la sĂ©paration. L’interprĂ©tation raffinĂ©e que nous offre les Arts Florissants est Ă©vocatrice aussi de cette soif du bonheur que rien ne peut Ă©tancher, comme dans les strophes de Zefiro torna, e’l bel tempo rimena, lorsqu’il est Ă  jamais perdu.

Ils nous donnent aussi Ă  voir et entendre ces minis opĂ©ras que sont certains madrigaux avec une rĂ©elle intensitĂ© dramatique comme dans A dio, Florida Bella ou dans Presso un fiume tranquillo. Le verbe devient ici musique, de la souplesse et de la suavitĂ© des voix, Ă©mane un sentiment de poĂ©sie Ă  l’aura mystĂ©rieuse, d’une si douce chaleur humaine.

C’est par un bis, celui que Paul Agnew dĂ©signe comme le madrigal qui leur est le plus cher, Zefiro torna, que s’est achevĂ©e cette soirĂ©e dĂ©diĂ©e Ă  celui sans qui la musique moderne ne serait pas. Une bien belle soirĂ©e, trop rare, oh combien prĂ©cieuse.

Versailles. Salon d’Hercule, le 22 janvier 2014. L’intĂ©grale des madrigaux, Livre VI. Claudio Monteverdi. Avec Hannah Morrison, soprano ;Miriam Allan, soprano ; Maud Gnidzaz, soprano ;Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Sean Clayton,tĂ©nor ; Cyril Costanzo, basse. Massimo Moscardo, Jonathan Rubin, luth, thĂ©orbe ; Florian CarrĂ©,clavecin ; Nanja Breedijk, harpe. Les Arts Florissants. Paul Agnew, direction, tĂ©nor.

Les Arts Florissants : les Madrigaux de Monteverdi (Livre VI)

Madrigaux_paul_agnewInternet. En direct : Le Livre VI de madrigaux de Monteverdi par Les Arts Florissants et Paul Agnew, ténor. Jeudi 16 janvier 2014 à 20h. Le 16 janvier 2014 à partir de 20h sur le site culturebox, palpitez en direct depuis la Cité de la musique à Paris, avec les solistes des Arts Florissants (Paul Agnew, ténor et direction), serviteurs ciselés des madrigaux composés par Claudio Moneverdi, le plus compositeur italien du Premier Baroque.

Les Arts Florissants poursuivent ici leur intĂ©grale des madrigaux de Claudio Monteverdi avec la sensualitĂ© expressive et articulĂ©e qui les caractĂ©risent depuis leur fondation en 1979 par William Christie. C’est fidĂšle Ă  l’intention artistique premiĂšre souhaitĂ©e par ” Bill “, le souci du verbe, l’affirmation – vivante-, d’une Ă©loquence fluide et partagĂ©e, restituant l’humanitĂ© des textes mis en musique.
En mai 2014, les interprĂštes joueront les derniers Livres VII et VIII, oeuvres capitales qui malgrĂ© leur format chambriste, chanteurs et instrumentistes, recueillent toutes les avancĂ©es poĂ©tiques du gĂ©nie de l’opĂ©ra italien au XVIIĂš Ă  Venise. Le Livre VI sublime les textes mis en musique : c’est un cycle remarquablement abouti oĂč Monteverdi traite les passions et les sentiments de l’Ăąme (tendresse, dĂ©sir, extase, amertume et dĂ©pit…) en une langue musicale particuliĂšrement imagĂ©e et expressive. Aucun auteur Ă  son Ă©poque n’atteint un tel sensualisme voire un tel Ă©rotisme langoureux dont l’arc tendu et les vertiges les plus indicibles expriment le mystĂšre de l’amour. Concert Ă©vĂ©nement. A vivre en direct depuis la CitĂ© de la musique Ă  Paris.

Culturebox propose le live en direct sur le web, web mobile, tablette et TV connectĂ©e, puis en replay durant 6 mois (jusqu’en juin 2014).

Livre VI des madrigaux de Claudio Monteverdi, par Les Arts Florissants, Paul Agnew (ténor et direction) à découvrir sur culturebox le jeudi 16 janvier 2014, à 20h. Consultez le site culturebox

Monteverdi : Livres IV, V, VI de madrigaux par Les Arts Florissants, Paul Agnew

Madrigaux_4_5_6_arts_florissants_paul_agnewLes solistes chevronnĂ©s des Arts florissants, subtils chambristes et diseurs admirĂ©s (Ă  juste titre), poursuivent Ă  l’initiative du tĂ©nor Paul Agnew, leur intĂ©grale des madrigaux de Claudio Monteverdi. Le cycle a Ă©tĂ© inaugurĂ© Ă  Venise Ă  l’Ă©tĂ© 2011, dans la citĂ© oĂč les partitions ont Ă©tĂ© Ă©ditĂ©es (mĂȘme si elles ont Ă©tĂ© Ă©crites Ă  Mantoue) et oĂč le compositeur trouvera un foyer propice Ă  l’Ă©panouissement de son art vocal et dramatique, comme maestro di cappella Ă  San Marco.

Si le Livre IV se rapproche encore des opus prĂ©cĂ©dents (Ă©criture essentiellement polyphonique), le Livre V marque une rupture et reprĂ©sente un jalon spectaculaire dans la maturation de l’Ă©criture musicale; c’est aussi pour l’Histoire de la musique, un coup de tonnerre ouvrant l’esthĂ©tique baroque proprement dite: dans les 6 derniers madrigaux, Monteverdi invente la basse continue, libĂ©rant de ce fait le chant mĂȘlĂ© de plusieurs voix; sur l’assise nouvelle des instruments, plus acteurs qu’accompagnateurs, le chant peut dĂ©sormais se concentrer en une voix: l’individualisation expressive, la caractĂ©risation Ă©motionnelle peuvent s’Ă©panouir; Paul Agnew et ses partenaires, en orfĂšvres du mot savent ciseler ce passage dĂ©cisif, du chant polyphonique indistinct Ă  l’expression du sentiment tĂ©nu. Le Livre VI regroupe plusieurs piĂšces d’une nouvelle ampleur: le fameux Lamento d’Arianna (seul morceau qui nous soit parvenu de l’opĂ©ra Ă©ponyme), et aussi La Sestina, piĂšce dĂ©chirante et troublante Ă©crite Ă  la mĂ©moire de Catarina Martinelli, jeune soprano pressentie pour crĂ©er le rĂŽle d’Arianne mais qui meurt avant la crĂ©ation de l’opĂ©ra: c’est un chant puissant et sincĂšre, dĂ©chirant mĂȘme oĂč la sensualitĂ© conquĂ©rante et si subtile de Monteverdi se double d’Ă©clairs et d’une conscience nouvelle, celle de la profondeur et de la vĂ©ritĂ©. Cycle Ă©vĂ©nement, Livres IV,V,VI de madrigaux de Monteverdi, du 9 au 27 novembre 2012

Les Arts Florissants
Paul Agnew, direction
Francesca Boncompagni, soprano
Maud Gnidzaz, soprano
Lucile Richardot, contralto
Paul Agnew, ténor
Sean Clayton, ténor
Lisandro Abadie, basse

 
 
 

agenda 2014

  

Suite de l’intĂ©grale des madrigaux de Monteverdi. Paul Agnew et les solistes des Arts Florisants chantent le Livre VI, et poursuivent leur Ă©popĂ©e madrigalesque en janvier 2014 (7 dates):
 

Belfort, le Granit, le 10 janvier 2014, 20h
Anvers, Amuz, le 12 janvier 2014, 15h
Paris, Cité de la musique, le 16 janvier 2014, 20h
Flers, ScĂšne nationale 61, le 18 janvier 2014, 20h30
Blois, La Halle aux grains, le 19 janvier 2014, 17h
Versailles, Opéra, le 22 janvier 2014, 20h
Caen, Théùtre, concert hors les murs au Conservatoire, samedi 25 janvier 2014, 20h