Ces Noces de Figaro de W. A. Mozart, données en version de concert au Théâtre des Champs-Élysées le 13 octobre 2026, était portée par une distribution vocalement somptueuse et une direction musicale d’une superbe vitalité rare. Cette « folle journée » a confirmé, s’il en était besoin, que l’œuvre de Mozart et Da Ponte demeure un sommet inépuisable du répertoire lyrique.
À la tête du B’Rock Orchestra, le jeune chef américain Sasha Scolnik-Brower a déployé une battue à la fois alerte et précise, insufflant à la partition une énergie communicative et une légèreté toute mozartienne. Sa lecture, d’une grande clarté, a su mettre en valeur la transparence des textures et la vivacité des contrastes, sans jamais alourdir la ligne musicale. On a particulièrement apprécié la manière dont il a soutenu les chanteurs dans les récitatifs, créant une continuité dramatique remarquable, ainsi que son sens aigu du théâtre dans les ensembles, où l’orchestre se faisait tour à tour complice, caressant ou bondissant.
Le plateau vocal réuni pour cette soirée était tout simplement exceptionnel. Chaque interprète a su incarner son personnage avec intelligence et musicalité. Le baryton britannique Huw Montague Rendall, en Comte Almaviva, a fait à nouveau forte impression, juste après son grand succès dans Le Barbier de Séville de Rossini à l’Opéra Bastille. Son baryton au timbre puissant et charnu a donné au personnage une dimension charismatique et trouble, passant de la morgue aristocratique à la jalousie la plus corrosive avec une aisance déconcertante. Face à lui, la Comtesse Almaviva d’Emöke Baráth fut une révélation. Sa voix, claire comme une lame de verre, a exprimé avec une noblesse poignante le cœur blessé d’une femme délaissée. Son air « Dove sono » a suspendu le temps, tant la pureté de la ligne et l’intensité de l’émotion étaient saisissantes.
La Suzanne de Lauranne Oliva a été l’incarnation même de l’espièglerie et de la vivacité. Sa voix souple et brillante a donné à chaque réplique une saveur particulière, et son entente scénique et vocale avec Adrien Fournaison (Figaro) fut un bonheur constant. Il a su offrir à son personnage une basse chaleureuse et sonore, campant un valet à la fois rusé, drôle et profondément humain. De son côté, Eva Zaïcik, en Chérubin, a offert une composition d’une fraîcheur et d’une ardeur juvéniles irrésistibles. Son « Voi che sapete » fut un moment de grâce, alliant la candeur de l’adolescent à une musicalité déjà accomplie. Les rôles secondaires n’ont pas été en reste, tous tenus avec un professionnalisme et une présence remarquables. Diana Montague (la mère du baryton dans la vraie vie !) a donné à Marceline une autorité et une humanité touchantes, tandis que Jennifer Courcier, en Barberine, a apporté la touche de piquant nécessaire à son personnage. Raphaël Brémard, tour à tour Don Basilio et Don Curzio, s’est joué des registres avec un art consommé du comique et de la caricature. Enfin, Nicolas Brooymans, dans les rôles de Bartolo et Antonio, a complété cette galerie de portraits avec une solidité vocale et une truculence réjouissantes.
Un moment de grâce musicale qui a emporté l’adhésion d’un public conquis !
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CRITIQUE, opéra (en version concertante). PARIS, Théâtre des Champs-Elysées, le 13 oct 2026. H. Montague Rendall, E. Barath, L. Oliva, A. Fournaison… B’Rock Orchestra, Sasha Scolnik-Brower (direction). Crédit photo (c) droits réservés





