Comme nous l’évoquions dans ces colonnes à l’ouverture du festival, « Dans les Jardins de William Christie » ont ce don précieux de cultiver l’excellence dans l’intimité. Le concert du 26 août, présenté en la charmante Eglise de Saint-Juire – un écrin à l’acoustique parfaite où chaque note semble trouver sa place naturelle – en fut la plus éclatante démonstration. Une soirée qui, bien au-delà de la simple performance, se mua en une expérience spirituelle et musicale d’une rare intensité.
Pour ce moment privilégié, Paul Agnew, désormais pleinement investi dans son rôle de co-directeur musical et artistique des Arts Florissants aux côtés du maître William Christie – présent dans l’assistance (au premier rang) et visiblement conquis (au point d’être le premier a applaudir, debout, les artistes à l’issue du concert !…) –, nous a offert un voyage au cœur de l’Allemagne baroque naissante. Le programme, intelligemment construit et brillamment présenté par Paul Agnew lui-même lors de propos liminaires des plus captivants, était consacré essentiellement (mais pas que…) à Johann Hermann Schein et son recueil « Israelis Brünnlein » (La Fontaine d’Israël).
Trop méconnu, Schein a trouvé en Agnew et ses forces un interprète de génie. Les onze chanteurs issus des Arts Florissants, rejoints par le violoncelle éloquent de Joseph Carver et l’orgue subtil et coloré de Florian Carré, ont rendu toute la palette émotionnelle de ces pièces sacrées : de la douceur la plus contemplative à une exaltation dramatique puissante, toujours servie par une clarté de diction et une fusion des voix exceptionnelles.
La mise en perspective avec Heinrich Schütz, ami et contemporain de Schein, fut une idée lumineuse. Les œuvres choisies, telles que « O Herr, hilf » et « Schaffe in mir, Gott », ont résonné dans la nef avec une force presque palpables, créant un dialogue poignant entre les deux compositeurs. Le lien avec l’Italie, magistralement expliqué par Agnew, trouva son point d’orgue dans un sublime Ave Maria de Claudio Monteverdi, pure merveille de délicatesse et d’expressivité, rappelant que Schütz avait effectivement fait le voyage à Venise pour s’imprégner de la modernité italienne.
Après une trentaine de minutes d’entracte, le public fut invité à partager un chocolat chaud offert – devant le porche de l’église romane et sous le ciel étoilé de Vendée – sous les étoiles, prolongeant cette douce convivialité qui caractérise le festival. Puis à 22h, l’expérience se poursuivit d’une manière toute aussi magique, avec les « Méditations à l’aube de la nuit ». Entre temps, la lumière de bougies dissiminée dans le charmant édifice religieux l’avait plongé dans une pénombre recueillante. De jeunes et talentueux élèves de la prestigieuse Juilliard School de New York ont alors interprété un programme tout entier dédié à Henry Purcell. Les Fantaisies N°1 et 5, deux Pavanes et la Chaconne en sol mineur ont empli l’espace d’une gravité et d’une beauté spectrales, portées par une maîtrise instrumentale remarquable.
Dans un silence religieux, sans applaudissements, comme suspendu hors du temps, le public a alors quitté les lieux à la fin de cette méditation, le cœur et l’esprit emplis de beauté, pour se confronter au silence et à nouveau à ce ciel étoilé vendéen d’une pureté sans pareille. Une clôture parfaite, humble et profondément émouvante, pour une soirée qui restera, sans nul doute, l’un des joyaux de cette 14e édition !…
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CRITIQUE, festival. SAINT-JUIRE, 14e festival « Dans les Jardins de William Christie » (Eglise de Saint-Juire), le 26 août 2025. SCHEIN / SCHÜTZ / MONTEVERDI. Les Arts Florissants, Paul AGNEW (direction). Crédit photographique © J. Gazeau
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