Compte rendu, récital lyrique. Parme. Teatro Regio, le 11 octobre 2014. Verdi. Mariella Devia, soprano; Giulio Zappa, piano.

parme festival teatro regioChaque annĂ©e au mois d’octobre, les ligues contre le cancer du monde entier se mobilisent pour la lutte contre le cancer du sein. La ligue italienne ne fait pas exception et s’associe au Teatro Regio de Parme Ă  l’occasion du rĂ©cital de la cĂ©lèbre soprano Mariella Devia. Si nous saluons cette heureuse et gĂ©nĂ©reuse initiative nous regrettons que la salle ait Ă©tĂ© Ă  peine Ă  moitiĂ© pleine, ne fusse que pour profiter de la prĂ©sence sur scène d’une artiste exceptionnelle qui, accompagnĂ©e par un excellent pianiste, alterne avec bonheur mĂ©lodies et extraits d’opĂ©ras.

Mariella Devia triomphe au Teatro Regio

Giuseppe Verdi (1813-1901) est d’abord connu pour ses opĂ©ras, il en a composĂ© vingt-sept, c’est il a aussi composĂ© nombre de mĂ©lodies charmantes qui sont rĂ©gulièrement enregistrĂ©es mais peu donnĂ©es en rĂ©cital. Mariella Devia a lĂ  une excellente idĂ©e en choisissant quelques unes d’entre elles dans les recueils “sei romanze” composĂ©s en 1838 et 1845 et qu’elle a gravĂ©, pour celles de 1845, au CD. La soprano romaine surprend tant elle maĂ®trise encore parfaitement une voix toujours bien prĂ©sente, puissante, ferme; la tessiture est large et les aigus sont toujours bien prĂ©sents, bref la voix a peu bougĂ© et l’artiste offre Ă  un public survoltĂ© un grand moment de beau chant. Si, dans l’ensemble, les mĂ©lodies, notamment “E la vita un mar d’affanni” ou “Deh pietoso, oh adorata”, incitent Ă  la mĂ©ditation, les airs d’opĂ©ra lui permettent de vocaliser et de passer d’un registre Ă  l’autre avec une aisance confondante. Qu’il s’agisse de Il Corsaro ou de I Vespri siciliani, Mariella Devia fait montre d’une redoutable agilitĂ© et le Bolero d’Elena dans I Vespri siciliani reçoit une ovation grandement mĂ©ritĂ©e. D’ailleurs, l’ensemble de sa superbe performance reçoit une ovation telle que la chanteuse a du concĂ©der trois bis Ă  une salle en dĂ©lire. Et sortant un peu de l’hommage Ă  Verdi, elle chante un extrait de Norma de Vincenzo Bellini (1801-1835) : “Casta Diva” ; un autre tirĂ© du Manon de Jules Massenet (1842-1912) : “Adieu notre petite table”, achevant le rĂ©cital avec un extrait de La Traviata (Addio del passato). C’est le pianiste Giulo Zappa qui accompagnait Mariella Devia Ă  l’occasion de ce concert exceptionnel. Excellent musicien, Zappa sublime les introductions et les moments purements musicaux; et lorsque la soprano chante le piano se fait tout doux, jamais tapageur et toujours très attentif Ă  sa partenaire.

Mariella Devia reçoit en ce samedi après midi un triomphe grandement mĂ©ritĂ©; d’autant plus mĂ©ritĂ© que la voix n’a quasiment pas bougĂ© avec une tessiture large des aigus superbes et des graves encore bien prĂ©sents. D’autre part, soucieuse de faire dĂ©couvrir les diffĂ©rentes facettes de Verdi, l’artiste romaine a judicieusement alternĂ© mĂ©lodies et extraits d’opĂ©ras.

Parme. Teatro Regio, le 11 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Perduta ho la pace; il brigidino (E la vita un mar d’affanni), Deh pietoso, oh addolorata; La zingara, Lo spazzacamino; Stornello (Chi i bei di m’adduce ancora); Il corsaro : Egli non ride ancora … Non so le tetre immagini; I vespri siciliani : Cavatine “Arrigo ! Ah parli ad un core”, siciliana “MercĂ© dilette amiche”; Giovanna d’Arco : scène et cavatine “Oh ben s’addice … Sempre all’alba ed alla sera”, rĂ©citatif et romance “Qui! qui! O fatidica foresta”; I lombardi alla prima crocciata : scène et vision “Qual prodigio! … Non fu sogno”, La Traviata : “Addio del passato” (bis 3); Vincenzo Bellini : Norma : Casta Diva (bis 1); Jules Massenet : Manon : Adieu notre petite table (Bis 2). Mariella Devia soprano; Giulio Zappa, piano

Compte rendu, opéra. Parme. Teatro Regio, le 10 octobre 2014. Verdi : La forza del destino, opéra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Antonio Ghislanzoni. Virginia Tola, Donna Leonora; Luca Salsi, Don Carlo di Vargas; Roberto Aronica, Don Alvaro… Filarmonica Arturo Toscanini, coro del Teatro Regio di Parma; Jader Begnamini. Stefano Poda, mise en scène, décors, costumes, chorégraphies et lumières

Vague verdienne en juin 2014Une fois passĂ©es les rĂ©jouissances du bicentenaire Giuseppe Verdi (1813-1901), l’annĂ©e dernière, le festival consacrĂ© Ă  l’enfant du pays revient Ă  des « proportions » plus modestes. Ainsi l’édition 2014 commence le jour anniversaire de la naissance du compositeur, c’est-Ă -dire le 10 octobre; et c’est La forza del destino qui ouvre une sĂ©rie d’une trentaines de concerts dont dix reprĂ©sentations d’opĂ©ras (5 pour La forza del destino au Teatro Regio de Parme et 5 pour La Traviata au Teatro Verdi de Bussetto). Pour ce premier opĂ©ra, c’est une distribution presque exclusivement parmesane qui a Ă©tĂ© convoquĂ©e. Avec une distribution d’un niveau si Ă©levĂ© on peut regretter que Stefano Poda, en charge de la mise en scène ait dĂ©cidĂ© de prendre en charge aussi les costumes, les dĂ©cors, les chorĂ©graphies et mĂŞme les lumières.

La Forza del destino ouvre le festival Verdi … en demi teintes

Au vu du nombre de morts qui s’alignent Ă  mesure que la soirĂ©e avance, La forza del destino porte plutĂ´t bien son nom. Dans un tel contexte, Stefano Poda aurait pu se contenter de transporter son public dans une Italie intemporelle. Que nenni, il assombrit son propos Ă  l’excès (dĂ©cors noirs ou gris antracite, costumes noirs (exceptĂ©es Preziosilla qui porte un manteau rouge et Leonora toute de blanc vĂŞtue après son entrĂ©e au couvent d’Hornacuelos), lumières très (trop ?) tamisĂ©es saufs Ă  quelques rares moments, notamment la scène de l’auberge et celle du campement militaire qui suit le duel. Ajoutons Ă  cela des ballets sans âme aux mouvements mĂ©caniques, des entrĂ©es et des sorties d’une lenteur exaspĂ©rante pendant toute la soirĂ©e et des mimes incomprĂ©hensibles; des choeurs arrivant et sortant en rang d’oignons … Du coup nous avons la dĂ©sagrĂ©able impression de voir une mise en scène brouillonne et peu convaincante. Seul le quatrième acte, le dernier, laisse enfin entrer un peu de vie ( nous avons droit, enfin, Ă  une très belle scène d’entrĂ©e lorsque Fra’ Melitone, remplaçant Don Alvaro devenu frère Raffaele après son duel avortĂ© avec Don Carlo di Vargas, est censĂ© faire acte de charitĂ© sous la surveillence de Guardiano Ă  la fois critique et bienveillant) dans un maelström de fer et de sang.

Fort heureusement, le nombre de satisfactions du cĂ´tĂ© de la distribution ne manque pas ; il nous permet d’oublier une mise en scène brouillonne et trop sombre (chose dont les artistes eux mĂŞmes parlaient prudemment). Virginia Tola effectue une très belle prise de rĂ´le; sa Leonora est une jeune fille amoureuse et tourmentĂ©e, dĂ©jĂ  pleine de remords vis Ă  vis de son père. Et lorsque survient le drame, la malĂ©diction de son père achève de la faire sombrer dans la honte et le regret. Roberto Aronica, que nous avions saluĂ© lors de l’Ă©dition 2013, revient en 2014 et campe un Alvaro de très belle tenue. La voix est ferme, ronde, chaleureuse, la tessiture large et les aigus percutants. Le tĂ©nor fait passer son personnage par des sentiments divers et contradictoires passant plusieurs fois de l’espoir le plus fou au dĂ©sespoir le plus sombre en quelques secondes donnant ainsi un Alvaro touchant. Le Don Carlo de Luca Salsi est fou de rage et obnubilĂ© par la vengeance qu’il compte tirer d’Alvaro et de Leonora. Si l’air d’entrĂ©e est laborieux, – souffrant il a Ă©tĂ© remplacĂ© pour la gĂ©nĂ©rale-, il a quelques problèmes encore quelques scories d’un rhume tenace et a quelques dĂ©faillances de justesse lors de la première. Il se re-cadre cependant rapidement et donne au final une très belle interprĂ©tation d’un rĂ´le intense et complexe. Pour incarner il Padre Guardiano, c’est Michele Pertusi qui s’y colle; la basse parmesane ajoute Ă  l’occasion de cette sĂ©rie, une prise de rĂ´le inattendue. Pertusi fait de Guardiano un prĂŞtre attentif et plein de compassion d’autant, ainsi qu’il le dit lui mĂŞme, le père supĂ©rieur est un “grand pĂŞcheur et un homme tourmentĂ©” et d’ajouter aussitĂ´t : “comme nous le sommes tous un peu”. Excellent comĂ©dien, Pertusi fait montre d’une autoritĂ© naturelle qui colle parfaitement au personnage et mĂŞme si les graves sont parfois peu audibles, Michele Pertusi prend le rĂ´le Ă  son compte, en le montrant sous un jour humain et attachant plutĂ´t que comme un religieux inflexible. Le Fra’ Melitone de Roberto de Candia est virulent, peu enclin Ă  la charitĂ© et d’une foi bornĂ©e; et les dĂ©fauts du frère, dĂ©cuplĂ©s par De Candia en deviennent comiques tant il tend le bâton pour se faire battre. Nous regrettons d’ailleurs que Poda ait oubliĂ© “de surfer” sur cette vague, ayant largement matière Ă  travailler avec ce comique malgrĂ© lui; vocalement De Candia n’a rien Ă  envier Ă  ses partenaires tant il maitrise son instrument dont il use parfaitement. Chiara Amaru campe une Preziosilla flamboyante. La jeune mezzo soprano palermitaine s’empare du rĂ´le de la bohĂ©mienne avec gourmandise et malgrĂ© une mise en scène peu accommodante, elle brĂ»le les planches; vocalement Amaru monte dans les aigus et descend dans les graves avec facilitĂ© couvrant sans peine la large tessiture d’un rĂ´le peu Ă©vident. Andrea Giovannini est un Trabucco roublard et sans scrupules face aux soldats mais prudent face Ă  un Carlo inquisiteur recherchant obstinĂ©ment sa soeur. Saluons les très belles performances des comprimari et du choeur, parfaitement prĂ©parĂ© par son nouveau chef Salvo Sgro, – Martino Faggiani Ă©tant parti Ă  Bruxelles.

Dans la fosse, la Filarmonica Arturo Toscanini est dirigĂ©e par Jader Begnamini. Nous avions eu, lors de l’Ă©dition 2013, l’occasion de saluer le talent du jeune chef; il rĂ©Ă©dite  cette annĂ©e ses très belles performances en dirigeant d’une main ferme et avec une maĂ®trise digne des plus grands. Sa lecture du chef d’oeuvre de Verdi est vive, dynamique, sans temps mort; et si la battue est parfois très inhabituelle, elle reste prĂ©cise et efficace puisque l’orchestre suit son jeune chef avec une prĂ©cision millimĂ©trĂ©e.

Nonobstant une mise en scène obscure, pas dynamique pour deux sous et quelque peu brouillonne,  saluons une distribution cohérente et efficace à commencer par Virginia Tola et Michele Pertusi qui réussissent parfaitement leurs prises de rôles respectives. A noter également la parfaite performance de la Filarmonica Arturo Toscanini et de Jader Bignamini qui impulse un dynamisme et une vitalité bienvenus.

Parme. Teatro Regio, le 10 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La forza del destino, opéra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Antonio Ghislanzoni. Simon Lim, il marchese di Calatrava; Virginia Tola, Donna Leonora, sa fille; Luca Salsi, Don Carlo di Vargas, son fils; Roberto Aronica, Don Alvaro; Chiara Amaru, Préziosilla; Michele Pertusi, Padre Guardiano; Roberto de Candia, Fra’ Melitone; Andrea Giovannini, Trabucco; Raffaella Lupinacci, Curra, femme de chambre de Léonora; Daniele Cusari, un alcade; Gianluca Monti, un chirurgien. Filarmonica Arturo Toscanini, coro del Teatro Regio di Parma; Jader Begnamini. Stefano Poda, mise en scène, décors, costumes, chorégraphies et lumières.