CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 14 fév 2022. Sebastian DURON : Coronis. Perbost, Auvity… Dumestre, / Porras.

CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 14 fév 2022. Sebastian DURON : Coronis. Perbost, Auvity… Dumestre, / Porras. De la zarzuela à l’Opéra-Comique pour chauffer les cœurs en plein hiver ! L’illustre maison parisienne réchauffe l’esprit en affichant la très attendue création parisienne de la zarzuela de Sebastian Duron, « Coronis », avec Vincent Dumestre qui dirige « son » Poème Harmonique et des chanteurs dans la meilleure des formes. Une soirée baroquissime, rocambolesque à souhait !

 

 

 

CORONIS
Un opéra unique en son genre…

 

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La zarzuela, composition de théâtre lyrique espagnol du 17e siècle, réunit dialogues parlés et chant; elle est contemporaine du semi-opéra anglais, de la tragédie en musique française ou encore de l’opéra baroque italien. La partition récemment exhumée et authentifiée de Sebastian Duron, maître de musique à la Chapelle royale des Habsbourg, date de 1701. Quelle audace incroyable que celle de l’Opéra-Comique dans sa volonté de produire une œuvre si rare. Sa rareté ne vient pas seulement du fait que c’est un genre méconnu en France, mais aussi dans les qualités intrinsèques de l’œuvre. En effet, c’est une zarzuela tardive (voire peut-être la dernière) de Duron, qui a la particularité remarquable d’être entièrement chantée… Et quelle joie qu’elle soit ainsi, grâce à la fabuleuse distribution de chanteurs, visiblement heureux d’interpréter cette musique d’une grande richesse expressive, passant du tragique au comique, dans toute sorte de configuration !

Le livret anonyme raconte l’histoire de la nymphe Coronis, pourchassée par le monstre Triton. Elle demande l’avis du devin Protée, pour savoir quel dieu elle doit prier pour être sauvée. Apollon le dieu soleil ou Neptune le dieu des mers ? Il dit Apollon, lequel acquiesce et offre sa protection. S’ensuit une sorte de compétition divine, rigolote à souhait, mais qui met Coronis dans une affreuse situation : voir son peuple périr soit noyé par Neptune, soit brûlé par Apollon. Après maintes péripéties et rebondissements, Iris, l’arc-en-ciel personnifié, envoyé par Jupiter ordonne que se calme le jeu, que Coronis choisisse définitivement le vainqueur. C’est Apollon (qui avait réussi à tuer Triton). Lieto fine obligé avec les noces de la nymphe et du dieu, ainsi tout va bien dans le meilleur des mondes !

 

 

Un faste pour les sens !

Au cours des presque 2 heures de représentation, sans entracte, le public est en permanence enchanté, parfois ému, souvent diverti, avec les nombreux airs, chœurs et danses. La richesse de la partition est remarquable ! Toute la distribution rayonne par la force de son investissement et l’adhésion évidente au délire baroque qui a jeu sur scène. Marie Perbost en Coronis et Isabelle Druet en Triton font un joli binôme, bien qu’un peu étrange. Le solo de la dernière, dans la partie II, quand Triton chante sa désolation face à l’absence de la première, bouleverse. L’Apollon de Marielou Jacquard est comique, parfois carrément irritant dans l’aigu. Le Neptune de Caroline Meng est tout aussi drôle, mais curieusement le chant est plus agréable et plus rond. Les deux sont néanmoins excellentes dans la caractérisation caricaturale des dieux, jaloux et vicieux ! Le ténor Cyril Auvity est le plus flatté dans la partition ; s’il incarne Protée, vieux devin barbu et fatigué, la beauté du timbre et la justesse du chant rendent le personnage presque beau, surtout passionnant ! Son interprétation est délicieuse.

Tout comme la musique instrumentale. Le Poème Harmonique propose une interprétation pas moins qu’extraordinaire de la partition, avec une attention particulière à la couleur, et toujours pleine de brio ! Guitares, viole de gambe, théorbe et percussions volent souvent la vedette, avec le caractère indéniablement espagnol qu’ils incarnent ici à la perfection. La direction de Vincent Dumestre se distingue par la force de l’attaque et la complicité saisissante entre les groupes d’instruments. Leur exécution de l’orage, moment de rigueur dans toute œuvre baroque, est prodigieuse. Le rendu est brillant et dramatique !

La mise en scène d’Omar Porras s’accorde parfaitement au faste, avec des costumes et décors colorés, des acrobates et des danseurs, des feux d’artifice et des jeux d’ombre et de lumière heureusement récurrents, tout en proposant une direction d’acteur tournée vers le comique qui frappe à l’œil. Une première à l’Opéra-Comique dont nous nous souviendrons longtemps !

 

 

 

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coronis-duron-opera-zarzuela-opera-comique-paris-critique-annonce-classiquenewsCRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra-Comique, le 14 fév 2022. Sebastian DURON : Coronis. Marie Perbost, Cyril Auvity, Caroline Meng… Le Poème Harmonique. Vincent Dumestre, direction. Omar Porras, mise en scène et chorégraphie.
A l’affiche à l’Opéra-Comique de Paris les 14, 15, 16 et 17 février 2022. Le cd de la production de Coronis de Duron par Le Poème Harmonique est paru en février 2022, avec la soprano Ana Quintans dans la rôle-titre (2 cd Alpha) – lire ici notre critique complète du CD CORONIS par Le Poème Harmonique (Alpha).

 

 

 

CRITIQUE. CD événement. DURÓN : Coronis (Le Poème Harmonique, 2 cd Alpha – PARIS, avril 2021)

sebastian-duron-coronis-alpha788 poeme harmonique druet bunel opera critique review cd review critique classiquenews CLIC de classiquenewsCRITIQUE. CD événement. DURÓN : Coronis (Le Poème Harmonique, 2 cd Alpha – PARIS, avril 2021) – Formidable production pour sa vitalité rayonnante, ses contrastes opulents, ses situations truculentes qui mêlent grâce à la seule inspiration de Sebastian Durón (1660-1716), langueur extatique, rage guerrière, réalisme satirique. Le Poème Harmonique, chanteurs et instrumentistes relèvent tous les défis de cette action mythologique certes, surtout carnavalesque et bouffone, aux airs de tendresse grave, en particulier au II (Jornada Segunda) où s’imposent dans la fresque délirante, la prière et la plainte bouleversante de Protée (si peu respecté malgré ses alertes et prédictions) et Triton (soupirant démuni, colérique, éconduit par la voluptueuse Coronis). Les solistes concernés ici, Cyril Auvity et Isabelle Druet composent de superbes tempéraments vocaux, doués de puissance et de justesse humaine, de profondeur comme de sincérité émotionnelle. A leurs côtés, rien à dire aux épatantes Ana Quintans dans le rôle-titre : sa plasticité diamantine incarne à la perfection la beauté langoureuse et active qui finalement décide du sort de la Thrace et arbitre la guerre amorcée entre Neptune et son impérial époux, Apollon. Idem pour les deux Menandro et Sirene, couple secondaire (et plein de bon sens populaire) : Anthéa Pichanick et surtout Victoire Bunel, souple, articulée, expressive mais nuancée : remarquable duo de bout en bout.

 

 

Le Poème Harmonique ressuscite Coronis…
MADRID, 1705 : DURÓN invente l’opéra espagnol

 

 

CLIC_macaron_2014A travers la victoire du souverain solaire, ce sont les Bourbons qui annoncent leur victoire en pleine guerre de succession d’Espagne ; la zarzuela représentée en déc 1705 devant la Cour de Philippe V à Madrid, porte haut les espoirs et la certitude d’une nation prête à s’engager et à rire. Durón pour se faire, réussit une fusion saisissante entre truculence espagnole et beau chant italien, en une langue d’une volupté incandescente dont la continuité suave rappelle l’immense vénitien Cavalli. Toute la maîtrise de Sebastian Durón qui pourtant incompris, et malévalué alors, finira en exil quelques années après (1716), explose ici grâce au geste virtuose des interprètes. Aucun doute, le père de l’opéra espagnol, c’est lui. CLIC de CLASSIQUENEWS pour ce superbe opéra révélé. Dommage que la prise de son, acide et aigre dès le début, et qui lisse les plans, contredise constamment l’opulence voluptueuse de Durón, son écriture flamboyante et sensuelle.

 

 

 

 

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CRITIQUE. CD événement. DURÓN : Coronis (Le Poème Harmonique, 2 cd Alpha – PARIS, avril 2021). L’enregistrement en studio recueille les représentations de la recréation scénique en 2019. PLUS D’INFOS sur le site ALPHA : https://outhere-music.com/fr/albums/sebastian-duron-coronis

 
 

 

CRITIQUE SPECTACLE...  LIRE aussi notre critique complète de CORONIS, production présentée à CAEN, en novembre 2019 : CORONIS de DURON, la politique des muses... par Pedro Octavo DIAZ

 
 
 

CRITIQUE, CD événement. Molière / Lully : musiques pour la comédie-ballet LE BOURGEOIS GENTILHOMME. Le Poème Harmonique (1 cd Château de Versailles Spectacles – avril 2021)

Le-Bourgeois-gentilhomme poeme harmonique lully 400 ans de moliere critique cd review clic de classiquenewsCRITIQUE, CD événement. Molière / Lully : musiques pour la comédie-ballet LE BOURGEOIS GENTILHOMME. Le Poème Harmonique (1 cd Château de Versailles Spectacles – avril 2021) – Intercalées dans la pièce de Molière, les musiques de scènes (ballets, divertissements, airs…) de Lully soulignent le génie facétieux du surintendant de la musique depuis 1661 ; sa verve n’a de limite que le génie de Molière ; chacun semble même rivaliser d’astuces expressives, de finesse parodique sur le thème d’un Bourgeois désireux d’être anobli… à l’heure où la Cour ne parle que des Turcs en audience près du Roi-Soleil. Les 2 Baptistes ont précédemment présenté (également à Chambord, devant la Roi) Monsieur de Pourceaugnac (1669). Pour cette restitution des parties intégrales que Lully a alors façonnées, le Poème Harmonique met en lumière l’articulation langoureuse des jeunes tempéraments du chant baroque actuel ; le Bourgeois Gentilhomme s’il moque l’exotisme des moeurs du Grand Turc à travers une charge contre son ambassade alors à Versailles pour une réception attendue, reportée auprès de Louis XIV, exprime d’abord au I, l’empire de l’amour sur des cœurs enivrés ; se distingue avant tout, l’essor poétique des premières scènes du drame de 1670, la flamme désirante de l’élève du Maître de musique, de la musicienne, du 2è musicien, trio vocal en extase que la musique sublime par ses élans nostalgiques et caressants. Déjà, Lully et Molière élaborent le futur opéra français à venir, 3 ans plus tard.

 

 

 

Délire poétique, verve satirique…
Molière & Lully : un génie théâtral à 4 mains

 

Mr Jourdain veut être gentilhomme certes : il devra d’abord passer par plusieurs rites / « apprentissages », dont celui de la musique amoureuse. Ce que nous fait entendre Le Poème Harmonique non sans un sens de l’ivresse la plus enchantée dans les accents et les inflexions du chant accompagné. Même les intermèdes (airs des « garçons tailleurs » puis « entrée des cuisiniers » qui suit), s’ils n’ont pas l’ampleur de l’orchestre de Lully qui fut plus nombreux et étoffé, dansent avec une belle vivacité ; caractérisent suffisamment les chansons à boire (véritable apologie du vin!).
 Le point d’orgue reste la cérémonie turque en 9 séquences (finale grandiose et farcesque de l’acte IV) que les musiciens inscrivent avec justesse entre parodie et sincérité, tension dramatique et recréation exotique, truculence et joie ironique, irrévérencieuse voire sacrilège… ; l’entrée accorde les gestes en une vaste supercherie collective où le Mufti, les 12 turcs, les 4 dervis exposent leur foi ; Molière explore toutes les nuances du délire d’une critique libre et déjantée des croyances orientales. Pas sûr aujourd’hui, que tel affront railleur ne passe inaperçu chez certains : la verve insolente de Molière annonce celle de Voltaire et la musique de Lully se montre d’une géniale énergie, prête à enflammer le jeu des mots, la gastronomie des allitérations en fête. De sorte que dans l’élan de la satire enjouée, ce rituel qui intronise le vaniteux Jourdain, pourtant heureux de se voir glorifié ici en vrai mahométan, se termine en belle bastonnade : l’orgueil de Jourdain est châtié. Et sa naïveté épinglée : dindon rhabillé, il donne finalement la main de sa fille au fils du grand turc !
Tout autre est le Ballet des nations où des gens d’origine (et de langues accentuées) diverse(s) : gascons, suisses, espagnols, italiens,… se disputent, s’énervent franchement, réclamant « le livre du ballet » dont il est question (comme si les acteurs fixaient alors la question que se pose le spectateur à ce moment du drame : de quoi est-il question ? Quel est l’enjeu de ce tableau ?) ; en maîtres des foules et des ensembles ciselés, Molière et Lully s’entendent à portraiturer une humanité contrastée, bariolée, là aussi déjantée ; bel effet de leurs talents accordés où musique et chant, danses et textes exacerbent toutes les possibilités et ressources poétiques sur les planches. Il n’est que la musique, divine, noble, élégantissime, versatile comme les séquences théâtrales (sublime chaconne des comédiens bouffes italiens, …), qui puisse unifier tout cela, au son d’un élan qui pointe le but CLIC_macaron_2014ultime (et l’un des derniers mot du livret) : l’Amour. A la cacophonie répond ainsi des stances subtilement langoureuses (lamento et plainte dans la 3è entrées des « Espagnols chantant », idéalement / douloureusement, amoureux…). Fin et engagé, Le Poème Harmonique exprime cette surenchère drôlatique et dramatique, ce grand chaos poétique et satirique, à la fois libre et délirant qui est à la source du Baroque français. Irrésistible. D’autant mieux apprécié et bienvenu pour les 400 ans de la naissance de Molière en janvier 2022.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CRITIQUE, CD événement. Molière / Lully : musiques pour la comédie-ballet LE BOURGEOIS GENTILHOMME (1670). Le Poème Harmonique (1 cd Château de Versailles Spectacles – avril 2021). Prise de son parfois confuse, dans les choeurs et les tutti.
CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2022.

 

 

 

 

 

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Autre CD MOLIERE sur CLASSIQUENEWS :

 

 

 

cd-george-dandin-grotte-de-versailles-jarry-marguerite-louise-cd-critique-classiquenews-Versailles-cd-critiqueCD Georges Dandin par l’Ensemble Marguerite Louise / Gaétan Jarry (1 cd Château de Versailles Spectacles – fev 2020 – CLIC de CLASSIQUENEWS)  –  Les musiques des intermèdes et de la Pastorale pour la comédie Georges Dandin de Molière précise l’ambition de Lully sur le plan lyrique avant l’élaboration d’un modèle pour l’opéra français. Ici rayonnent déjà la puissance onirique des instruments, habiles à suggérer cet accord rêvé, harmonieux entre Nature et bergers ; a contrario de la peine de Dandin, les bergères disent par leur chant, l’empire de l’amour et ce flux tragique qu’il peut susciter (leurs amants semblent noyés)

 

 

 

 

 

 

 

ANAMORFOSI : Le Poème Harmonique en direct sur YouTube

POEME-HARMONIQUE-ANAMORFOSI-allegri-monteverdi-marazzolli-mazzochi-cd-review-critique-cd-classiquenews-vincent-dumestreLIVE STREAMING : 11 déc, 20h30. ANAMORFOSI par Le Poème Harmonique. Concert en direct à vivre sur Youtube, vend 11 déc 20h30. Le Poème Harmonique explore l’Italie du Seicento, « où la langue musicale est celle des passions, profanes et sacrées »… Le programme a été l’objet d’un somptueux album discographique (enregistré en juin 2018) distingué par le CLIC de CLASSIQUENEWS : Cd critique. ANAMORFOSI : Allegri, Marazzoli, Monteverdi (Le Poème Harmonique, juin 2018 – 1 cd ALPHA) – «  Au carrefour du profane et du sacré, se développe une même musique, constante et touchante par ses aspérités passionnelles. En hymnes sacrés ou en vers madrigalesques, l’écriture musicale ne varie pas, mais elle modifie son sens selon les paroles associées : il n’y a donc pas de « métamorphoses » comme nous l’explique le Poème Harmonique qui du reste nous parle aussi d’anamorphoses (le titre du cd : intitulé plus adapté à ce dont il est question : un même élément dont l’aspect / l’apparence varie selon le point de vue) ; tout du moins, il s’agit ici d’un changement de paroles, donc superficiel ; un changement d’enveloppe (linguistique) ; les vertiges de la musique eux sont toujours invariables et constants.
« Vers 1630 en Italie, un voyageur franchit le seuil d’une église. Double vertige ! Tandis que l’œil se perd dans la profusion baroque, l’oreille croit rêver. Quels sont ces bruits de bataille, ces plaintes amoureuses, ces disputes théâtrales qui ont remplacé les cantiques ? » Ainsi est résumé le prétexte de ce nouveau programme que l’ensemble de Vincent Dumestre a déjà éprouvé en concert. A quelques pertes de tension près et de faiblesses (bien anecdotique) dans le parcours musical, nous tenons là un cycle de perles baroques captivant, où brillent surtout les jeunes voix actuelles, la soprano Déborah Cachet en tête, voix aux fulgurances naturelles et sincères, irrésistible. Dramatiques et introspectives, articulées et flexibles. » (Lire la critique complète du cd Anamorfosi / Le Poème Harmonique, par notre rédacteur Benjamin Ballifh : http://www.classiquenews.com/cd-critique-anamorfosi-allegri-marazzoli-monteverdi-le-poeme-harmonique-juin-2018-1-cd-alpha/)

CONCERT EN DIRECT
Live streaming – Vendredi 11 décembre, 20h30
Anamorfosi – Église Saint Jean-Baptiste, Neuilly-sur-Seine
Rendez-vous sur Facebook et Youtube pour suivre le concert

Lien direct : VOIR sur YOUTUBE
https://www.youtube.com/watch?v=zO539EzbPts&feature=youtu.be

Compte rendu, concert. Versailles. Chapelle Royale, 1er avril 2015. François Couperin (1668-1733) Les Leçons de Ténèbres. Louis Nicolas Clerambault (1676-1749) Miserere Sophie Junker et Ana Quintas, dessus ; Lucile Richardot, bas-dessus. Vincent Dumestre, théorbe, direction musicale.

Francois_Couperin_portraitL’Opéra Royal/Château de Versailles Spectacle, offre à son public à l’occasion des fêtes de Pâques, une série de concerts dont les œuvres et les interprètes sont une promesse d’enchantements ; promesse belle et bien tenue dès le premier soir. Le Poème Harmonique a enregistré et donné une première fois en la Chapelle royale en novembre 2013, les Leçons de Ténèbres de François Couperin. Alors que le CD vient de sortir, ces pièces composées pour le Mercredi Saint ne pouvaient pas être symboliquement mieux indiquées pour ouvrir les célébrations de la Semaine Sainte.
Chef-d’œuvre incontesté d’un genre qui accompagna la fin du règne du Roi Soleil, ces trois Leçons sont les seules du compositeur à nous être parvenues, les 6 autres étant malheureusement perdues. Elles furent composées pour le Couvent de Longchamp dans les années 1714-1715, alors que dans les églises et les couvents, un public nombreux, composé de courtisans et de membres de la bonne société citadine, se pressait. Cette passion pour un art vocal raffiné, sensuel, dramatique est fille de l’air de cour, art spécifiquement français. Pour compléter le programme on trouve ici le Miserere de Clérambault, contemporain de Couperin, où se déploie une palette expressive intense et ardente, si italienne.

Leçons de Ténèbres éblouissantes…

Vincent Dumestre et ses trois interprètes sont parvenus ce soir à soutenir ce miracle d’équilibre, qu’appellent ces œuvres et à les transfigurer jusqu’à l’incandescence. Aurait-on pu mieux nous donner à entendre toute la splendeur du beau chant français tel qu’il était pratiqué au tout début du XVIIIe siècle, donnant sens à cette union de la vocalité et de la spiritualité. ?Les trois voix féminines étaient parfaitement appariées. Trois timbres uniques, dont les couleurs se complètent, s’unissent jusqu’à embraser les mélismes sur les lettres introductives hébraïques, maintenant avec ferveur la souplesse de la ligne entre arioso et récit. Le timbre fruité et suave d’Ana Quintans, celui plus juvénile de Sophie Junker soulignent avec justesse les caractères des deux premières leçons. Ici tout n’est qu’élévation, nuances et humilité. Plus la nuit se fait autour de nous, -car comme à l’époque, venant souligner la dramaturgie, un officiant éteint les cierges après chaque psaume-, plus la lumière qui émane de la musique, par la grâce des interprètes,  prend possession de la Chapelle Royale et de nos âmes. Lucile Richardot, au timbre profond et charnel, apporte une présence éloquente et une ampleur de ton bouleversante.
L’interprétation du Miserere de Louis-Nicolas Clérambault, par les trois interprètes est tout simplement envoûtante. Jamais les couleurs de la voûte de Charles de la Fosse, ne nous ont semblé, aussi étincelantes et irradiantes qu’à l’instant où la voix d’Ana Quintans a lancé cet appel à la miséricorde.
L’accompagnement des trois musiciens est subtil et élégant. Sylvia Abramowicz à la basse de viole si tendre et mélancolique et Philippe Grisvard à l’orgue et clavecin si inventif, donnent corps à une basse continue pourtant si dépouillée. Vincent Dumestre au théorbe et à la direction a réuni ici une distribution idéale et bien au-delà crée une palette intemporelle et sensuelle, signature du Poème Harmonique. Tout ici est émotion intime, sensible et mystérieuse. La musique  s’harmonise avec un lieu qui dépasse son caractère religieux pour devenir un lieu « source ».

Compte rendu, concert. Versailles. Chapelle Royale, 1er avril 2015. François Couperin (1668-1733) Les Leçons de Ténèbres. Louis Nicolas Clerambault (1676-1749) Miserere Sophie Junker et Ana Quintas, dessus ; Lucile Richardot, bas-dessus.  Vincent Dumestre, théorbe, direction musicale.