REPLAY, DANSE pendant le confinement : les perles de classiquenews

REPLAY DANSE pendant le confinement. CLASSIQUENEWS sélectionne ici les meilleurs ballets actuellement accessible sur la toile, avec mention de la date ultime pour les voir et les revoir. Profitez du confinement pour réviser vos classiques et (re)découvrir les productions les plus passionnantes de la décade


 

 

 

 spécial CONFINEMENT 2020

SĂ©lection DANSE de classiquenews

Tous les ballets les plus enchanteurs Ă  voir chez soi

_________________________________________________________________________________________________

 

 

 

MERCE CUNNINGHAM, hommage par l’OpĂ©ra de Lyon
Jusqu’au 10 octobre 2020
https://www.france.tv/spectacles-et-culture/theatre-et-danse/1081207-l-hommage-a-merce-cunningham-par-le-ballet-de-l-opera-de-lyon.html
Durée : 1h06mn

 

 

exchange-cunningham-opera-de-lyon-danse-replay-danse-chez-soi-critique-annonce-ballet-classiquenewsHASARD CRÉATIF
 Pour les 10 ans de la mort de Merce Cunningham (2009), le Ballet de l’OpĂ©ra de Lyon rend hommage en 2019 au chorĂ©graphe amĂ©ricain, qui a rĂ©inventĂ© dans les annĂ©es 1940, le langage chorĂ©graphique (postmodern-dance) dans un esprit libre et fantaisiste comme marquĂ© par les impulsions nĂ©es du hasard dont aujourd’hui, la vitalitĂ© et la sincĂ©ritĂ© se distinguent. Ont collaborĂ© avec le chorĂ©graphe, le compositeur John Cage, les peintres nĂ©o-dadaĂŻstes prĂ©curseurs du Pop art Robert Rauschenberg et Jasper Johns, les musiciens Morton Feldman et David Tudor, au gĂ©nĂ©rique de cet anniversaire lyonnais. Au programme, deux piĂšces majeures Summerspace (1958) et Exchange (New York, 1978 ; notre photo ci dessus).
Sur un fond de scĂšne colorĂ© en touches pointillistes reprises sur le collant des solistes (signĂ© Robert Rauschenberg, pour Summerspace, jouĂ©e Ă  deux pianos), l’écriture des 6 danseurs est aĂ©rienne, flexible, en suspension, trĂšs contrĂŽlĂ©e, agissant par sĂ©quences plutĂŽt que par numĂ©ros amples et continus, en une sĂ©rie de figures individualisĂ©es. En cela au diapason d’une musique, elle aussi jaillissante, syncopĂ©e, fragmentĂ©e, expĂ©rimentale comme improvisĂ©e et sĂ©quentielle (Feldman). Exchange plus rĂ©cent, reprend le principe alĂ©atoire de John Cage dans sa musique : comme dans l’atelier, ou la coulisse oĂč s’affine le travail soliste et collectif, la moitiĂ© des danseurs exĂ©cute une sĂ©rie de gestes repris ensuite par l’autre moitiĂ© puis par l’ensemble, selon un ordre et des configurations nĂ©es du hasard. L’impression de work in progress est davantage rehaussĂ© par la musique, une bande sonore agglomĂ©rant des sons bruts, ceux d’une matrice instinctive, comme inaboutie


Chorégraphie : Merce Cunningham
Musique : Morton Feldman, Ixion
Ballet de l’OpĂ©ra de Lyon
filmé en nov 2018

_________________________________________________________________________________________________

 

 

 

 

 

 

 

PROJET BEETHOVEN par John Neumeier
jusqu’au 12 mai 2020

https://www.arte.tv/fr/videos/095221-000-A/ballet-de-john-neumeier-le-projet-beethoven/

VOD-BALLET-ARTE-critique-danse-classiquenews-confinement-restez-chez-vous-VOD-danse-ballets-critiquesFilmĂ© depuis Baden Baden. Dans son “Projet Beethoven”, le chorĂ©graphe Ă  Hambourg John Neumeier mĂȘle les codes du ballet d’action (voire de la pantomime) au souffle grandiose du ballet symphonique. La premiĂšre partie, « Beethoven Fragments », sollicite d’abord le piano (Variation Diabelli par l’excellent pianiste MichaƂ BiaƂk) et un grand solo de danseur dans le style d’un pantin qui exalte le sentiment d’énergie et de facĂ©tie
 autour et sur le piano
 illustrant les Ă©pisodes de la vie du compositeur ; la seconde partie revendique et assume le souffle symphonique en s’appuyant sur l’architecture irrĂ©sistible de la Symphonie n°5, « Eroica ».
Au Festspielhaus de Baden-Baden, le danseur Aleix MartĂ­nez se glisse dans la peau du musicien de gĂ©nie. Sur scĂšne, il est accompagnĂ© d’Edvin Revazov (l’idĂ©al de Beethoven), d’Ann a Laudere (la « bien-aimĂ©e lointaine » de Beethoven), de Patricia Friza (la mĂšre de Beethoven) et de Borja Bermudez (le neveu de Beethoven) pour les autres rĂŽles principaux. John Neumeier parle d’un poĂšme chorĂ©graphique inspirĂ© de la musique de Beethoven »  Par la troupe de danseurs Hamburg Ballett John Neumeier accompagnĂ© par Deutsche Radio Philharmonie.

_________________________________________________________________________________________________

 

 

 

 

 

BEETHOVEN : La Pastorale par Thierry Malandain
6Ăš symphonie de Beethoven
Jusqu’au 17 juin 2020

https://www.arte.tv/fr/videos/094382-000-A/la-pastorale-de-thierry-malandain-au-theatre-de-chaillot/

mallandrin-pastorale-beethoven“La Pastorale » synthĂ©tise ce qu’est la Symphonie n°6 dite Pastorale de Beethoven, selon la conception du chorĂ©graphe Thierry Malandain, directeur du Centre chorĂ©graphique national de Biarritz. La crĂ©ation commande du ThĂ©Ăątre national de la Danse Ă  Chaillot, cĂ©lĂšbre le 250Ăšme anniversaire du cĂ©lĂšbre compositeur allemand. Cela commence dans l’agitation voire la transe collective d’un corps de ballet tout de noir vĂȘtu, comme contraint dans un labyrinthe fait des barres des danseurs ; puis quand les premiĂšres mesures de la 6Ăš symphonie de Beethoven, miracle pastoral s’énonce, le corps de ballet paraĂźt en blanc, comme en un nouveau rituel paĂŻen et primitif

Thierry Malandain n’en est pas Ă  son premier Beethoven : aprĂšs Les CrĂ©atures (d’aprĂšs Les CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e) et Silhouette (d’aprĂšs le troisiĂšme mouvement de la Sonate n°30, opus 109), voici la troisiĂšme approche beethovĂ©nienne de Malandain. La SixiĂšme Symphonie de Beethoven est une cĂ©lĂ©bration de la nature. Sereine, exprimant le sentiment panthĂ©iste de la Beethoven, le ballet qu’en dĂ©duit Malandain ressuscite la pastorale antique, primitive, fleurie et candide. Beethoven pour sa part semble reprendre le chaemin dupeintre baroque Poussin, et revisiter ainsi l’Arcadie de l’ñge d’or : « terre de bergers oĂč l’on vivait heureux d’amour ». En plus de la symphonie Pastorale, Malandain ajoute des extraits d’une autre Ɠuvre de Beethoven : la Cantate opus 112 (Les Ruines d’AthĂšnes). Les 22 danseurs semblent y parcourir une nouvelle Ă©popĂ©e en GrĂȘce antique. Performance captĂ©e le 17 dĂ©cembre 2019 Ă  Chaillot – ThĂ©Ăątre national de la Danse, Paris.

_________________________________________________________________________________________________

 

 

 

 

giselle-adam-opera-bastille-garnier-critique-danse-opera-classiquenews-ballet-classiquenews-critique-ballet-danseOpĂ©ra de Paris, GISELLE jusqu’au 5 aoĂ»t 2020. L’OpĂ©ra de Paris prĂ©sente cette lecture idĂ©ale de Giselle, ballet en deux actes crĂ©Ă© en 1841, sommet romantique par excellence, alliant passion tragique et surnaturel spectral en particulier grĂące Ă  son acte blanc, oĂč les jeunes filles mortes suicidĂ©es par dĂ©pit (les Wilis) ressuscitent pour envoĂ»ter et tuer les jeunes hommes perdus – avatar romantique français proposĂ© par ThĂ©ophile Gautier, auteur du livret – alternative aux sirĂšnes elles aussi sĂ©ductrices et fatales dans l’OdyssĂ©e d’HomĂšre, pour Ulysse et ses compagnons marins
 Excellente version avec les fleurons du corps de Ballet parisien et les nouvelles “Ă©toiles”: DorothĂ©e Gilbert (Giselle), Mathieu Ganio (Albrecht), Valentine Colasante (la reine Myrtha)…  portĂ©s par la baguette fluide, expressive, efficace de Koen Kessels (production filmĂ©e en 2019)

 

 

 

 

_________________________________________________________________________________________________
 

 

BODY AND SOUL de Crystal PITE  jusqu’au 24 oct 2020

BODY-AND-SOUL-cristal-pyte-danse-ballet-opera-de-paris-ballet-chez-soi-opera-de-paris-critique-classiquenewsAprĂšs la crĂ©ation de The Seasons’ Canon en 2016, Crystal Pite retrouve les danseurs du Ballet de l’OpĂ©ra le temps d’un spectacle. Soixante minutes dĂ©coupĂ©es en autant de sĂ©quences dansĂ©es. NĂ©e au Canada, formĂ©e au Ballet de Francfort, la chorĂ©graphe assimile Forsythe, KyliĂĄn, Mats Ek pour inventer sa propre langue chorĂ©graphique. Elle insuffle au spectacle une Ă©nergie, un dĂ©fi Ă©motionnel qui pousse les danseurs au delĂ  de leur zone de confort
 pour un spectacle total. Ou la performance extrĂȘmiste croise l’équilibre rayonnant de corps maitrisĂ©s.


VISIONNER Body and Soul de Cristal Pyte Ă  l’OpĂ©ra de Paris
https://www.operadeparis.fr/magazine/body-and-soul-replay#slideshow_634/1
Mise en scÚne, chorégraphie : Crystal Pite
Musique Originale : Owen Belton
Musique additionnelle : FrĂ©dĂ©ric Chopin (24 PrĂ©ludes) / Teddy Geiger Body and Soul   -   durĂ©e : 1h20mn. Avec les Étoiles : LĂ©onore Baulac, Ludmila Pagliero, Hugo Marchand. Les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. Jusqu’au 24 oct 2020

PARTIE UNE… D’abord, une courte sĂ©quence thĂ©Ăątrale oĂč paraissent deux figures que commente une voix off (Marina Hands) qui dĂ©crit et prĂ©cise l’action comme un storyboard (« figure 1, Figure 2. pause. Aucune des deux ne bouge »)
 Confrontation, opposition, combat, violence
 le mĂȘme scĂ©nario est incarnĂ© par un collectif qui rĂ©alise alors une variation Ă  grande Ă©chelle et fragmentation orchestrĂ©e. Crystal Pite nous offre un regard flamboyant sur l’écriture chorĂ©graphique entre thĂ©Ăątre et danse. Le corps de ballet n’est pas synchronisĂ© mais dĂ©calĂ©, offrant une implosion millimĂ©trĂ©e d’un schĂ©ma prĂ©Ă©tabli
 L’écriture interroge les corps en action : rĂ©pĂ©tĂ©s, affrontĂ©s, ralentis. Couple (d’hommes, de femmes) en huis clos figĂ© en un rite sombre, Ă©touffant, sans issue, sinon leur mort. De l’un par l’autre. Ce que nous dit le corps. Ce que nous disent les gestes, d’une vertigineuse prĂ©cision, investis par l’ñme
 l’onirisme naĂźt au delĂ  de la rĂ©pĂ©tition mĂ©canisĂ©e et finalement sublimĂ©e des corps dans un espace noir. Et lorsque s’égrĂšne, trĂšs lente, la torpeur des prĂ©ludes de Chopin, l’écriture des deux corps (un couple homme femme) semble rĂ©pĂ©ter toujours inlassablement le mĂȘme rituel amoureux
 rite d’extĂ©nuation, de vertige, de mort. Il faut une houle ocĂ©ane dont le mouvement des vagues est Ă©voquĂ© par le corps de ballet en entier pour prendre un peu de hauteur ; enfin
 respirer. Puis rĂ©sister Ă  travers une foule de corps combattant.

 

 

PYTE-cristal-body-and-soul-danse-opera-de-paris-classiquenews

 

 

Voici Chrystal Pite au travail, geste intime et collectif, organique, analytique. Elle intĂšgre aussi un somptueux tableau (partie 3 Ă  59mn) oĂč la gestuelle des insectes est dĂ©cortiquĂ©e et lĂ  encore transcendĂ©e par la chorĂ©graphie des corps associĂ©s
  La canadienne qui est nĂ©e Ă  Vancouver, a travaillĂ© Ă  Francfort au sein de la compagnie de William Forsythe, maĂźtrise le langage du corps de ballet, danse en nombre Ă  laquelle rĂ©pond de superbes duos Ă  la grĂące intime, plastique, Ă©lastique
 Avant un final dĂ©tonant qui reprend les paroles du titre dont il est question : corps et Ăąme / Body and soul.  Sublime, puissant, poĂ©tique. Body and soul rĂ©cidive la rĂ©ussite du ballet prĂ©cĂ©demment crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris en 2016 : Season’s canon : mille pattes Ă  54 danseurs qui dit le mĂȘme cri dans la nuit d’une humanitĂ© maudite. Mais qui danse.

 

_________________________________________________________________________________________________

 

 

ROBERTO BOLLE 2017 / 2018 Ă  la RAI1
Danseur Ă©toile de la Scala di Milano
Star d’un soir dans une soirĂ©e dĂ©diĂ©e Ă  son art et ses goĂ»ts sur RAI 1 HD (NoĂ«l 2017 et 1er janvier 2018), Roberto Bolle prĂ©sente sa discipline et sa passion pour la danse
 L’élĂ©gance Ă  la tĂ©lĂ©vision italienne (invitĂ©s entre autres son ami le danseur syrien Ahmad, Sting, etc
)
https://www.raiplay.it/video/2017/12/Roberto-Bolle-Danza-con-me-0cdfaee2-8e3a-4df7-b9fc-a56c6e3ced66.html

 roberto-bolle-scala-milano-rai-critique-danse-classiquenews-danseur-etoile

 

 

 

_________________________________________________________________________________________________

 

 

 

LE SONGE D’UNE NUIT D’ETE / Balanchine / Mendelsohn (filmĂ© en 2017)
Corps de Ballet de l’OpĂ©ra de Paris – en replay jusqu’au 10 mai 2020

 

songe-d-une-nuit-d-ete-balanchine-mendelssohn-danse-ballet-critique-classiquenewsNOTRE AVIS : Le Songe d’une nuit d’étĂ©. Dans cette version trĂšs limpide et efficace du Corps de Ballet de l’OpĂ©ra de Paris (filmĂ©e en 2017), rayonne l’élĂ©gance native des danseurs. Ainsi Ă©blouit la grĂące du couple royal d’abord en froid de Tatiana (Eleonora Abbagnato) et d’ObĂ©ron (Hugo Marchand) dont le fidĂšle serviteur Puck (Emmanuel Thibault) s’amuse Ă  croiser les 2 couples perdus, Ă©garĂ©s, paniquĂ©s dans le labyrinthe de la forĂȘt magique
 MĂȘme Tatiana s’éprend, sous le charme d’une fleur enchanteresse de l’ñne Bottom
 Sensible Ă  la poĂ©sie du sujet, Balanchine dĂ©ploie une Ă©criture chorĂ©graphique prĂ©cise, graphique, ouvertement nĂ©oclassique, trĂšs en phase avec la tendresse elle aussi lumineuse de la partition de Mendelssohn. Un classique du Corps de ballet de l’OpĂ©ra de Paris. Au diapason du compositeur, l’ouvrage convainc par juvĂ©nile candeur Ă  laquelle Balanchine apporte une rĂ©vĂ©rence stylĂ©e purement nĂ©oclassique (dont le sommet serait ici le tableau final nuptial et ses trompettes victorieuses en ouverture / dĂ©but Ă  1h10’52 / un final en argent et blanc, auquel rĂ©pondent les Ă©pisodes qui suivent oĂč triomphent l’ordre et la mesure, vrai rĂ©pertoire de gestes et profils purement classiques d’un Balanchine Ă©pris d’équilibre et qui semble mĂ©diter alors la candeur du Songe lĂ©guĂ© par Shakespeare et Mendelssohn / superbe duo Ă©thĂ©rĂ© Karl Paquette / Sae Eun Park)
 A voir indiscutablement.

VISIONNER le spectacle ici : https://www.operadeparis.fr/en/magazine/le-songe-dune-nuit-dete

LIRE aussi notre compte rendu critique du Songe d’une nuit d’Ă©tĂ© Mendelssohn / Balanchine ici : https://www.classiquenews.com/compte-rendu-danse-paris-opera-bastille-le-14-mars-2017-balanchine-le-songe-dune-nuit-dete-simon-hewett-direction-musicale/ 

 

_________________________________________________________________________________________________

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roméo et Juliette de Kenneth MacMillan (chorégraphie)arte-concert-arts-de-la-scene-ballets-vod-critiques-classiquenews
par le Royal Ballet / Prokofiev – Koen Kessels
Jusqu’au 8 mai 2020

https://www.arte.tv/fr/videos/088015-000-A/romeo-et-juliette/

ROMEO-JULIETTE-PROKOFIEV-MCMILLAN-Royal-ballet-BalletBoyz-critique-danse-ballet-classiquenewsDirigĂ© par le duo fondateur des BalletBoyz, le Royal Ballet de Londres revisite le “RomĂ©o et Juliette” du chorĂ©graphe Kenneth MacMillan sur la partition coupĂ©e de SergueĂŻ Prokofiev. Le film au rendu cinĂ©matographique sublime la tendresse et la tragĂ©die du drame shakespearien. C’est l’histoire d’amour la plus connue au monde. ÉlevĂ©e au rang de mythe romantique, la piĂšce RomĂ©o et Juliette de Shakespeare inspire vorie Ă©lectrise compositeurs et chorĂ©graphes et devient comme ici un classique de la scĂšne du ballet. La musique de Prokofiev Ăąpre et mordante sait aussi ĂȘtre lyrique et Ă©perdue, mais elle ne gomme pas le cynisme barbare des guerres familiales que le couple amoureux subit au premier chef. Pour ce film de danse, Michael Nunn et William Trevitt (BalletBoyz), anciens danseurs du Royal Ballet de Londres, revisitent le RomĂ©o et Juliette du chorĂ©graphe Kenneth MacMillan (1929-1992), joyau du rĂ©pertoire de la compagnie britannique depuis sa premiĂšre reprĂ©sentation en 1965.
TournĂ© Ă  Budapest (dans les studios de la sĂ©rie The Borgias), le film dĂ©laisse la traditionnelle scĂšne de l’opĂ©ra pour le rĂ©alisme de la rue. De la cour du marchĂ© Ă  la salle de bal en passant par la chambre de Juliette, les dĂ©cors restituent l’atmosphĂšre de VĂ©rone Ă  la Renaissance. Autour des danseurs du Royal Ballet richement costumĂ©s, l’étoile Francesca Hayward (Juliette) et le premier soliste William Bracewell (RomĂ©o) expriment la candeur tragique du couple shakespearien, adolescents innocents, sacrifiĂ©s sur l’autel des haines dynastiques. RĂ©duite Ă  90 minutes, la partition de Prokofiev atteint une profondeur poĂ©tique saisissante dans ce ballet qui plonge au cƓur du mystĂšre shakespearien. Quand le couple RomĂ©o et Juliette meurt, c’est toute l’humanitĂ© et le sentiment Amour qui meurent. La lecture est aussi efficace que classique et sobre.

_________________________________________________________________________________________________

 

 

 

HOMMAGE A JEROME ROBBINS jusqu’au 19 avril 2020

faune-debussy-jerome-robbins-hommage-danse-critique-classiquenews-uNE-582Jerome Robbins considĂ©rait le Ballet de l’OpĂ©ra de Paris comme sa seconde famille aprĂšs le New York City Ballet. Le spectacle diffusĂ© Ă  partir de ce soir depuis le site de l’OpĂ©ra de paris, est conçu en son honneur et rĂ©unit des Ɠuvres qui tĂ©moignent de l’infinie diversitĂ© de ses sources d’inspiration et de son gĂ©nie scĂ©nique. Energie de Glass Pieces, piĂšce de grand format ; douceur intĂ©rieure d’Afternoon of a Faun et de A Suite of Dances, 
 ainsi se dessine un goĂ»t dĂ©lectable, accessible, esthĂšte pour faire vibrer les corps. Avec l’entrĂ©e au rĂ©pertoire du cĂ©lĂšbre Fancy Free, portrait thĂ©Ăątral d’une Ă©poque, Robbins Ă©largit encore la palette impressionnante de ses talents. Le ballet permet de revoir l’excellent Karl Paquette, ex Ă©toile parisienne (Fancy Free) qui a dĂ©sormais pris sa retraite
  comme de rĂ©Ă©couter la poĂ©tique arachnĂ©enne de PrĂ©lude Ă  l’AprĂšs midi d’un Faune, (Ă  51’09), oĂč la musique est poĂ©sie pure
 et dans la danse de Robbins,  enivrement incertain des sens dans une salle de danse, au cours d’une rencontre qui ne dit rien de ses vraies intentions (Le Faune : Hugo Marchand, Ă  la silhouette gracile et animale, celle d’une Ăąme qui s’éveille seul au dĂ©part Ă  la voluptĂ© du sommeil). Et l’indicible retourne au mystĂšre
 Inoubliable performance d’autant que l’orchestre de l’OpĂ©ra de Paris s’y montre des plus allusifs.  FilmĂ© en 2018.

 

CE QUE NOUS EN PENSONS
 
Le ballet de Debussy (PrĂ©lude Ă  l’AprĂšs midi d’un Faune) est conçu comme un hymne Ă  l’art du danseur, Ă  sa voluptĂ© suspendue qui dans le cadre d’une salle de rĂ©pĂ©tition avec barres d’appui et miroirs, laisse s’exprimer la grĂące poĂ©tique des deux corps Ă©lastiques dans un style d’une Ă©lĂ©gance toute
 parisienne (Ă©coute intĂ©rieure, Ă©conomie des gestes, vocabulaire et figures classiques
).
robbins-opera-de-paris-replay-danse-a-la-maison-classiquenewsBeau contraste avec Glass Pieces (1981, 1983) destinĂ© au corps de ballet en nombre, fresques collectives d’une joie brute, scintillante qui mĂȘle 6 danseurs classiques (3 couples) au corps de ballet plus chamarrĂ© et urbain. Puis le tableau s’assombrit, atteint une grandeur poĂ©tique inquiĂšte oĂč se dessinent les arĂȘtes vives d’un seul couple de danseurs aux tracĂ©s ralentis, suspendus dans la lumiĂšre latĂ©rale, quand en fond de scĂšne, toutes les danseuses forment un mur vivant dans l’ombre
 Le dernier volet de ce triptyque rĂ©jouissant permet aux jeunes danseurs du Ballet d’exprimer leur Ă©nergie dans une chorĂ©graphie joyeuse mais prĂ©cise et synchronisĂ©e. Les garçons et les filles se confrontent, exultent, se croisent et se mĂȘlent enfin pour un feu d’artifice final Ă©clatant, dans la lumiĂšre. La musique de Philip Glass porte Ă©videmment jusqu’à la transe cette danse du collectif et de l’énergie millimĂ©trĂ©e. Stimulante alchimie : tout l’art de Robbins est lĂ .

 

 

 

 

 

 

Compte rendu, danse. Paris. Palais Garnier, le 24 fĂ©vrier 2015. John Neumeier : Le chant de la Terre. Mathieu Ganio, LaĂ«titia Pujol, Karl Paquette, Nolwenn Daniel, Fabien RĂ©villion, Audric Bezard
 Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. Gustav Mahler, compositeur. Burkhard Fritz, Paul Armin Edelmann, chanteurs. Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris. Patrick Lange, direction musicale.

Mahler_gustav_mahler_2007John Neumeier revient au Palais Garnier pour la crĂ©ation du ballet Le Chant de la Terre sur la cĂ©lĂšbre musique de Gustav Mahler inspirĂ©e des poĂšmes chinois du VIII Ăšme siĂšcle! Ses danseurs prĂ©fĂ©rĂ©s tels que Mathieu Ganio ou Karl Paquette tiennent les rĂŽles solistes pour cette premiĂšre mondiale (il y a trois distributions, dont la plus jeune aussi nous interpelle). L’Orchestre de l’OpĂ©ra National de Paris dirigĂ© par le jeune chef Patrick Lange est accompagnĂ© par le tĂ©nor Burkhard Fritz et le baryton Paul Armin Edelmann interprĂ©tant les six lieder symphoniques. Une danse nĂ©oclassique savante et abstraite, non dĂ©pourvue d’un certain mysticisme et d’une mystĂ©rieuse tension sur scĂšne, rĂ©gale l’audience, tous sens confondus.

 

 

 

Le Chant de la Terre, version chorégraphique au Palais Garnier

« Comme je voudrais, ami, savourer prÚs de toi la beauté de ce soir. »

 

 

Gustav Mahler a une relation privilĂ©giĂ© avec le chorĂ©graphe et directeur du ballet de Hambourg. Le dernier rendez-vous parisien les rĂ©unissant a Ă©tĂ© la monumentale TroisiĂšme Symphonie de Mahler en 2013, crĂ©Ă©e en 1975 et rentrĂ©e au rĂ©pertoire du ballet de l’OpĂ©ra en 2009. L’annĂ©e 2015 voit la crĂ©ation de sa troisiĂšme commande, reçue de la maison nationale, aprĂšs Magnificat et Sylvia en 1987 et 1997 respectivement. Le Chant de la Terre est aussi la derniĂšre symphonie d’un Mahler superstitieux qui ne voulait pas la nommer ainsi (Ă  cause de la lĂ©gende des 9 symphonies : la plupart des compositeurs dĂ©cĂ©dant avant de composer leur 10Ăš). Comme d’habitude chez le compositeur viennois, la musique a un caractĂšre formel spĂ©cial, s’agissant en l’occurrence d’une sĂ©rie de 6 lieder symphoniques pour tĂ©nor et alto, ou plus rarement, comme ce soir d’ailleurs, pour tĂ©nor et baryton. Les textes sont des poĂšmes chinois anciens surtout de la plume du cĂ©lĂšbre poĂšte Li Bai (oĂč Li Po), figure poĂ©tique d’envergure Ă  l’Ăąge d’or chinois dans la dynastie Tang, mais aussi de Chang Tsi, Meng Haoran et Wang Wei, traduits et adaptĂ©s par Mahler.

 

Neumeier, maĂźtre de son art, illustre ainsi en mouvements, les sentiments explorĂ©s par les poĂšmes, parfois blasĂ©s, parfois drĂŽles, toujours beaux, toujours nostalgiques. Mathieu Ganio, Karl Paquette et LaĂ«titia Pujol sont le trio d’Etoiles solistes. Si la relation entre eux paraĂźt froidement ambiguĂ« au dĂ©but, elle s’expose progressivement sans pourtant jamais complĂštement se dĂ©voiler. Les deux derniers orbitent autour du premier, seraient-ils produits de son imagination ? Peu importe. Ce qui frappe l’audience depuis le dĂ©but et jusqu’Ă  la fin est un Ganio Ă  la belle extension, toujours merveilleusement nuancĂ© dans son expression. Pujol pourrait ĂȘtre un ange ou un fantĂŽme, elle impressionne par son style, et si son rĂŽle abstrait brille par une certaine froideur, son investissement est loin d’ĂȘtre glacial. Une figure Ă©thĂ©rĂ©e qui, virtuose, va et vient, que veut-elle ? On ne sait pas.
On en sait pas plus sur le rĂŽle de Paquette. C’est toujours un partenaire solide et fiable, surtout par rapport aux portĂ©s redoutables de Neumeier. Est-il aussi un fantĂŽme ? Ou un fantasme ? Nous remarquons une certaine tension entre Paquette et Ganio lors de leurs nombreuses interactions. Cette tension donne davantage d’intĂ©rĂȘt Ă  la prestation gĂ©nĂ©rale, si belle et si abstraite et pourtant tout aussi illustrative et technique. Les sentiments qui lient les deux personnages se prĂ©sentent donc comme un secret ; seraient-ils de cet amour qui n’ose -toujours- pas dire son nom, 
 encore en 2015 ? Encore une fois on ne sait pas, mais ceci n’est pas essentiel. L’important est que Neumeier sache stimuler et captiver l’auditoire avec son art, aussi riche que mystĂ©rieux.

 

Qu’en est-il du Corps de Ballet parisien et des couples demi-solistes ? Florian Magnenet souffrant a la chance d’ĂȘtre remplacĂ© par un Fabien RĂ©villion, sujet, en grande forme. L’audience a tout autant de chance, Ă  notre avis. Son partenariat avec Nolwenn Daniel est rĂ©ussi malgrĂ© l’imprĂ©vu. Si les beaux costumes de Neumeier donnent une espĂšce de cohĂ©sion chromatique au premier degrĂ©, les personnalitĂ©s et talents distincts au sein de la troupe des danseurs se rĂ©vĂšlent tout aussi fortement : saluons ainsi  Audric Bezard et Vincent Chaillet, sĂ©duisants, le premier avec un je ne sais quoi d’envoĂ»tant capable de lignes fantastiques, le deuxiĂšme excelle dans le langage de Neumeier ; il est mĂȘme fabuleux lors de son solo au 5e mouvement, avec des sauts impressionnants, une prĂ©sence remarquable, une agilitĂ© superlative. Si le Corps du Ballet ne paraĂźt pas toujours, Neumeier offre au collectif, plusieurs ensembles, dont le superbe troisiĂšme chant/mouvement, le plus orientalisant et dans la musique et dans la danse. Ces jeunes danseurs seront distribuĂ©s en vĂ©ritable solistes le 3 et 10 mars, Ă  dĂ©couvrir !

 

FĂ©licitons Ă©galement l’Orchestre de l’OpĂ©ra dirigĂ© par Patrick Lange, ainsi que les chanteurs lyriques : Burkhard Fritz et Paul Armin Edelmann, tous excellents dans leur interprĂ©tation de la partition mahlĂ©rienne, quelque peu adaptĂ©e au service de la chorĂ©graphie. Nous invitons nos lecteurs Ă  dĂ©couvrir cette nouvelle production, Ă  se dĂ©lecter dans le langage gĂ©omĂ©trique et parfois exotique, mais toujours d’une grande beautĂ© nĂ©oclassique, d’un Neumeier qui pense ne plus jamais chorĂ©graphier Mahler ! L’occasion d’entendre une fabuleuse partition et de revoir nos meilleurs danseurs ! Le Chant de la Terre version Neumeier est Ă  l’affiche du Palais Garnier les 24, 25, 26, 27 et 28 fĂ©vrier ainsi que les 2, 3, 4, 5, 6, 9, 10, 11 et 12 mars 2015.