LIVRE Ă©vĂ©nement, critique et annonce. Brigitte François-Sappey : JOHANNES BRAHMS : Chemins vers l’absolu (Fayard)

brahms brigitte francois sappey livre evenement clic de classiquenews livre critique book review FAYARDLIVRE Ă©vĂ©nement, critique et annonce. Brigitte François-Sappey : JOHANNES BRAHMS : Chemins vers l’absolu (Fayard). C’est peu dire que l’auteure connaĂźt son sujet. Ses Schumann demeurent des rĂ©fĂ©rences ; ses nombreux articles et opuscules sur le romantisme germanique, tout autant. C’est dire si « son » Brahms, ayant Ă©tĂ© annoncĂ©, Ă©tait attendu et particuliĂšrement scrutĂ©. L’attente comme la lecture n’en sont pas déçus, loin de lĂ . Tant la finesse de l’écriture, d’une exactitude toute 
 brahmsienne justement, rĂ©gĂ©nĂšre le mythe et la figure du compositeur nĂ© Ă  Hambourg ; la biographie qui en dĂ©coule nĂ©puise pas la lecture par une accumulation de dĂ©tails liĂ© au quotidien d’une chronologie minutieusement restituĂ©e ; mais le texte convainc par sa facultĂ© de synthĂšse et sa grande Ă©rudition jamais inaccessible ni fastidieuse ; l’étude, la recherche, la rĂ©daction fluide qui en dĂ©coule, pĂšsent de tous leurs carats ; c’est un portrait tout en effet rĂ©flĂ©chi, tout en nuances des plus prĂ©cises et Ă©vocatrices. Un modĂšle en la matiĂšre. Seule rĂ©serve, le manque d’iconographie et de photos du MaĂźtre (Ă  part la couverture et quelques rares effigies Ă©maillant le texte).

Luthérien, agnostique, solitaire
BRAHMS le marcheur vers l’Absolu

Le JOHANNES BRAHMS (1833 – 1897) dont il est question ici, est bien le champion Ă©lu (1853) par Schumann avant de mourir, prophĂšte d’un « classicisme moderne » sans Ă©gal, portĂ© au sommet par Schoenberg, et qui de fait, releva idĂ©alement, point par point, le dĂ©fi de survivre Ă  Schumann, son maĂźtre spirituel, son mentor, incarnant ce luthĂ©ranisme sincĂšre mais agnostique, qui savait combien Ă©taient essentielles les oeuvres des classiques germaniques », JS BACH, Beethoven, Haydn,
 les Viennois de la premiĂšre Ă©cole.

Le texte en quatre grandes parties (I. Il n’est rien qu’il ne puisse entreprendre / II. Gradus ad Parnassum / III. Il n’est rien dont il ne puisse se rendre maĂźtre / IV. Par-delĂ  1897. Regards sur l’avenir), analyse les vertus admirables d’un « Hercule » solitaire, marcheur inspirĂ© qui a su synthĂ©tiser la leçon des anciens pour mieux en transmettre la vivante et constante impertinence Ă  son Ă©poque.
PĂ©riode par pĂ©riode, -Hambourg vite quittĂ©e, Dusseldorf et la « Rencontre avec Schumann », Vienne adorĂ©e qui le lui rendit bien, le chemin vers l’Absolu de la musique se dessine ; Brahms est un rĂȘveur dĂ©terminĂ© ; hors styles ; hors chapelle ; un prophĂšte Ă  part sur lequel le temps mĂȘme semble glisser
 Toutes les oeuvres de musique de chambre et les lieder, comme les opus symphoniques (dont les Concertos pour piano) et les cantates, sans omettre Ein Deutsches Requiem, sont analysĂ©s, rĂ©tablis dans le contexte de la vie personnelle , des affinitĂ©s artistiques, des amitiĂ©s, et des mondanitĂ©s sociales.
La question du cĂ©libat, de l’opĂ©ra, de Clara, de la barbe aussi
 sont abordĂ©es avec arguments comme interprĂ©tations, celles d’une perception personnelle, Ă  la fois originale et surprenante.

Sont enfin Ă©lucidĂ©s les Ă©pisodes peu connus ou qui suscitaient question : « L’affaire de la Philharmonie de Hambourg », « le dilemne du hĂ©risson », « Brahms et Wagner » et donc la « TĂ©tralogie symphonique », « le Bach moderne », « l’appel de la clarinette », les ultimes lieder, « chants du crĂ©puscule »  soient autant de chemins (avec un s) qui mĂšne le marcheur dĂ©terminĂ© vers l’idĂ©al et l’Absolu. Lecture incontournable.

 

 

 

 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. JOHANNES BRAHMS, Chemins vers l’Basolu (Fayard, collection Chemin de la musique) – EAN :
9782213701646 – EAN numĂ©rique :  9782213703282 – Code article : 3287530 – Parution :  03/10/2018 – 408 pages

https://www.fayard.fr/johannes-brahms-9782213701646

 

 

 

Tugan Sokhiev dirige la 2Ăšme de Brahms

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekARTE. Dimanche 29 mai 2016, 18h30. Tugan Sokhiev joue la 2Ăšme Symphonie de Brahms. Suivez la grue volante… Le programme intĂ©resse autant les techniciens que la question : comment filmer aujourd’hui un concert symphonique ?, taraude, que les mĂ©lomanes, brahmsiens dĂ©clarĂ©s. Quand la prouesse technique rencontre la virtuositĂ© musicale : un seul plan-sĂ©quence pour la “Symphonie n°2″ de Brahms, interprĂ©tĂ©e par l’Orchestre symphonique allemand de Berlin, dirigĂ© par l’actuel directeur musical du Capitole de Toulouse, le chef ossĂšte Tugan Sokhiev. C’est une expĂ©rience unique : filmer la Symphonie n° 2 en rĂ© majeur opus 73 de Brahms en un seul plan-sĂ©quence ! Dans une ancienne usine transformĂ©e en salle de concert, une camĂ©ra fixĂ©e Ă  une grue survole l’orchestre et ose les plans rapprochĂ©s sur les instrumentistes. Vertigineux et enivrant.

Symphonie n°2 de Johannes Brahms (1833-1897)

Brahms-Johannes-portrait-face-500-brahmsL’écriture symphonique remonte dans la carriĂšre de Brahms au milieu des annĂ©es 1850, quand le jeune compositeur (17 ans), esquisse dĂ©jĂ  ce qui sera sa PremiĂšre Symphonie, (achevĂ©e en 1876, aprĂšs l’écriture de ses Variations sur un thĂšme de Haydn). La deuxiĂšme Symphonie est conçue en 1877, le compositeur est alors ĂągĂ© de 44 ans. La partition est contemporaine de son Concerto pour violon. Avant de commencer l’écriture de ses deux derniĂšres Symphonies, Brahms, fixĂ© Ă  Vienne depuis 1862, dirige la SociĂ©tĂ© des Amis de la musique de Vienne jusqu’en 1875. Il rencontre Dvorak en 1878 et l’encourage Ă  poursuivre sa carriĂšre de compositeur, enfin Ă©crit son chef-d’oeuvre, le DeuxiĂšme Concerto pour piano et orchestre en 1881. Les TroisiĂšme puis QuatriĂšme Symphonies suivent le sillon tracĂ© par son Concerto pour piano: ses derniers opus symphoniques l’occupent de 1883 Ă  1885. Brahms opĂšre une synthĂšse entre les grands romantiques qui l’ont immĂ©diatement prĂ©cĂ©dĂ©, de Beethoven Ă  Schubert et Schumann, mais il revisite aussi les anciens dont Haydn. Artisan de la musique pure, intensĂ©ment romantique, le compositeur a su puiser au carrefour de caractĂšres, traditions, sensibilitĂ©s aussi distincts que nĂ©cessaires au renouvellement de l’écriture symphonique: hĂ©roĂŻsme confictuel de Beethoven, mĂ©lodie chantante et populaire hĂ©ritĂ©es de Schubert, emportement dynamique de Schumann. Comme ce dernier dont il fut un admirateur assidu (il restera aprĂšs la mort du compositeur, trĂšs proche de Clara Schumann, sa vie durant), Brahms compose quatre Symphonies quand Beethoven puis Mahler illustrent un cycle de neuf. Le compositeur attend d’atteindre la quarantaine, pour disposer avant de se lancer dans la premiĂšre sĂ©rie symphonique, d’une expĂ©rience sĂ»re, Ă©prouvĂ©e pendant la composition de son Premier Concerto pour piano, de ses deux SĂ©rĂ©nades et des Variations sur un thĂšme de Haydn. L’inspiration se rĂ©alise par couples d’oeuvres: Brahms Ă©crivant ses deux premiĂšres symphonies dans la tranche 1876-1877, puis ses deux ultimes, entre 1883 et 1885. AprĂšs la PremiĂšre Symphonie, la deuxiĂšme confirme une autonomie vis Ă  vis du modĂšle betthovĂ©nien. Le Scherzo est remplacĂ© par un mouvement de caractĂšre, Ă  l’inspiration puissante et personnelle qui se souvient de Schubert. Souvent, Brahms situe son mouvement lent en deuxiĂšme position alors qu’il occupe la troisiĂšm place chez ses confrĂšres.

Symphonie n°2 en ré majeur opus 73
Hans Richter dirige la crĂ©ation Ă  Vienne, le 30 dĂ©cembre 1877. AmorcĂ©e dĂšs la fin de la PremiĂšre Symphonie, la partition est dans sa majoritĂ© Ă©crite pendant l’étĂ© 1877 que Brahms passe en Carinthie (Ă  Portschach sur le Wörtersee). L’engouement pour l’oeuvre est immĂ©diat et supĂ©rieur Ă  sa Symphonie prĂ©cĂ©dente. La sĂ©duction du premier mouvement d’un entendement plus facile a favorisĂ© son succĂšs.

Plan. Allegro non troppo: Les cors imposent la coloration d’ensemble: noblesse, majestĂ©, sĂ©rĂ©nitĂ©. MĂȘme si le caractĂšre de valse du second thĂšme souligne l’allant et l’énergie lyrique, l’écriture de Brahms n’en demeure pas moins liĂ©e Ă  un sentiment sombre et grave en rapport avec sa filiation nordique (Brahms est nĂ© sur la façade septentrionale de l’Allemagne: Ă  Hambourg, port ouvert sur la Baltique). Adagio ma non troppo: voilĂ , le mouvement lent le plus rĂ©ussi de l’univers brahmsien. L’orchestration prĂ©serve le dialogue entre les pupitres: cordes et bois. Allegretto grazioso, quasi andantino: ici, s’impose simplement l’esprit de la danse (de nature populaire comme un lĂ€ndler) dont le souci de la variation, Ă©noncĂ©e de façon dynamique, rappelle Beethoven. Allegro con spirito: l’ample dĂ©veloppement du finale atteste ce dĂ©sir et ce sentiment d’équilibre qui ont inaugurĂ© le premier mouvement de la Symphonie. Proche pour certains analystes, de la Symphonie Jupiter, l’oeuvre exhalerait un souffle Ă©minemment classique, voire “un sang mozartien”.

Rediffusion : vendredi 10 juin 2016, 5h25.

CD. Symphonies de Brahms par Christian Thielemann (Staatskapelle de Dresde, 2 cd Deutsche Grammophon)

brahms thieleman deutsche grammophon 3 cd 1 dvd Pollini, Lisa Batiashvili christian Thielemann Conertos Symphonies Ouverture tragique deutsche grammophon cdCD. Brahms : Symphonies n°1-4.  Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction (3 cd Deutsche Grammophon). Avouons notre pleine satisfaction globale pour cette lecture saisie sur le vif des Symphonies de Brahms par Christian Thieleman : parfois pesante, la direction du chef gagne de beaucoup au contact des excellents instrumentistes de la Staatskapelle de Dresde : affĂ»tĂ©s, nerveux, prĂ©cis allĂ©geant la texture, favorisant la transparence et la clartĂ© du propos grĂące Ă  leur expĂ©rience entre autres lyrique… De toute Ă©vidence, voici une lecture dramatiquement vive qui s’avĂšre dans certaines sĂ©quences et mouvements, passionnante. La surprise est de taille et notre enthousiasme inattendu…  La PremiĂšre Symphonie fait valoir les formidables qualitĂ©s de l’orchestre de la Staatskapelle de Dresde dont Thielemann nommĂ© directeur musical depuis 2012 propose un cycle Brahms d’une profondeur indiscutable : en tĂ©moigne le travail sur la transparence articulĂ©e de la texture surtout aprĂšs un premier mouvement d’une irrĂ©pressible aspiration, un deuxiĂšme mouvement littĂ©ralement Ă  tomber par une expressivitĂ© sensible oĂč le chef sait allĂ©ger la pĂąte instrumentale,  trouve des respirations mozartiennes s’appuyant surtout sur le dialogue clarifiĂ© des cordes (d’une fluiditĂ© toute schumanienne) et des bois Ă©tincelants de tendresse maĂźtrisĂ©e: sont Ă©cartĂ©es les brumes et les langueurs maudites ; ainsi quand surgit le clair rayon solaire du violon solo dans la sĂ©quence finale du mouvement sostenuto,  repris et soutenu en Ă©cho par le cor lointain,  toute idĂ©e de rĂ©signation et de blessure s’est miraculeusement effacĂ©e.  Dissipation totale des tensions : le fait mĂ©rite d’ĂȘtre saluĂ© tant le Brahms de Thielemann s’impose ici par son fini et son Ă©quilibre souverain. Magistrale comprĂ©hension de la partition.

Superbe Brahms de Thielemann

CLIC_macaron_2014MĂȘme profondeur et suprĂȘme Ă©lĂ©gance du geste dans le QuatriĂšme mouvement. Le drame s’y accomplit avec un sens souverain de l’action orchestrale, Ă  chaque Ă©pisode si justement contrastĂ©. On y relĂšve les mĂȘmes qualitĂ©s que prĂ©cĂ©demment : noblesse wagnĂ©rienne des cuivres,  calibrage millimĂ©trĂ© des bois et cordes d’une fluiditĂ© ocĂ©ane… la rĂ©fĂ©rence Ă  la 9Ăšme de Beethoven s’y glisse allusivement rĂ©alisant cet Ă©lan fraternel d’un humanisme Ă©chevelĂ©, tournĂ© irrĂ©versiblement vers le soleil, et la pleine conscience d’une dĂ©termination coĂ»te que coĂ»te, assenĂ©e, triomphante. Tout au long des plus de 18mn de dĂ©veloppement, la direction se distingue par une caractĂ©risation Ă©loquente de chaque section,  dosant trĂšs efficacement la participation de chaque pupitre … si l’on peut parfois regretter le choix de tempo lents au risque de diluer la tension et l’allant global,  reconnaissons le relief et le sens intensĂ©ment dramatique de la direction : cette Symphonie n°1 est une rĂ©ussite totale.

Brahms johannes-brahms-1327943834-view-0Que suscite la Symphonie n°2 ? … un mĂȘme bonheur. L’aurore du dĂ©but est magnifiquement brossĂ© avec cette fluiditĂ© solaire et bienheureuse, qui regarde aussi du cĂŽtĂ© de la Pastorale beethovĂ©nienne, en sa coupe franche et puissamment structurĂ©e, Thielemann manie la direction avec une Ă©loquence souveraine. Ici superbement contenu dans la cadre formel instituĂ© dĂšs le dĂ©part, tensions et forces en prĂ©sences sont finement canalisĂ©es : dans le chant des violoncelles, puis dans l’écho des cors lointains. Le dĂ©veloppement suit son cours prĂ©cisĂ©ment balisĂ© pendant plus de 20 mn, le chef ne poussant pas ses effectifs au delĂ  d’un hĂ©donisme heureux d’une rondeur pacifiĂ©e, essentiellement sereine.  Le tendre et si sensible Adagio non troppo marque la mĂȘme rĂ©serve dans le geste trĂšs adouci : qui explore en filigrane les replis d’une intimitĂ© qui demeure toujours Ă  distance comme inaccessible. Le chant des cordes et des violoncelles y trouve un Ă©largissement allusif superlatif, idĂ©alement caressant et nostalgique. PlĂ©nitude, et aussi articulation, le geste de Thielemann et ses musiciens dresdois font mouche dans l’un des adagios les plus aboutis de Brahms.

Une mĂȘme douceur apaisĂ©e et rayonnante qui passe par le chant solaire du hautbois traverse tout l’allĂšgre allegretto grazioso, dont l’Ă©nergie signifie aussi en plus d’un Ă©noncĂ© simple d’un landler, la transe amorcĂ© d’une danse collective 
 aux champs. Le pastoralisme y est exprimĂ© avec une finesse de ton elle aussi passionnante. Enfin la vitalitĂ© nerveuse mozartienne (c’est Ă  dire JupitĂ©rienne) de la conclusion Allegro con spirito s’affirme avec une souplesse caressante et ondulante. La cohĂ©rence de la lecture emporte l’enthousiasme.  Au delĂ  de la structure, de sa puissante assise – contrepoint rigoureux d’une mesure beethovĂ©nienne, Thielemann fait couler un sang palpitant, fluide et dansant, « mozartien » et schumanien.

PlĂ»tot que de relever les qualitĂ©s et les limites de chacune des symphonies qui suivent, – en particulier la 3Ăšme, soulignons ce qui fait sens dans l’ultime : la 4 Ăšme Symphonie. LĂ  aussi, aprĂšs des mouvements prĂ©cĂ©dents en demi teinte, le dernier mouvement, surtout dans sa rĂ©solution finale, s’impose par le tempĂ©rament articulĂ© du chef, superbe et sincĂšre brahmsien.

Christian Thielemann chefD’emblĂ©e, la trĂšs belle cohĂ©sion organique de la direction s’impose. Le copieux premier mouvement allegro non troppo est surtout lissĂ© dans le sens d’une exposition Ă©motionnelle et intĂ©rieure dont Thielemann expose les directions diverses sans prendre partie.  Ce geste de suprĂȘme sĂ©rĂ©nitĂ© qui manque certainement de caractĂ©risation plus fouillĂ©e dans les contrastes se ressent davantage encore dans le second mouvement trĂšs (trop) moderato : c’est d’un fini suprĂȘme Ă  mettre au crĂ©dit de l’orchestre en bien des points superlatif : rondeur allusive des cordes,  harmonie idĂ©alement articulĂ©e, cors lointains scintillants et cuivrĂ©s comme rarement.  Mais comme charmĂ© par un sortilĂšge qui vaut sĂ©datif,  le chef semble bien peu saisi par la force et la violence du volcan Brahms.  Sa vision est compacte et Ă©paisse voire sĂšche dans la rĂ©solution de ce second mouvement. Le 3 Ăšme mouvement vaut par son temps vif lĂ©ger : un vrai dĂ©fi pour le maestro qui peine dans le nerveux tant il garde une baguette 
 lourde. Mais rĂ©capitulation et synthĂšse du pathos et de la subtilitĂ© tragique de Johannes,  le dernier mouvement montre les mĂȘmes limites de la vision : prenante certes mais Ă©paisse et lourde. Pourtant un vrai sentiment d’angoisse tragique enfle et se dĂ©ploie tout au long des presque 10 mn : Thielemann progresse ici par une dĂ©termination qui passe dans la tenue tendue permanente des cordes idĂ©alement furieuses ; et aussi une trĂšs belle couleur d’extĂ©nuation des bois qui en offrent une rĂ©ponse Ă  la fois apaisĂ©e et rĂ©signĂ©e (solo de flute Ă  3mn). Le pessimisme de Brahms revient cependant en force dans la rĂ©solution de ce mouvement final qui s’impose par sa noblesse noire et sombre. Reconnaissons Ă  Thielemann de l’avoir rĂ©ussi au delĂ  de nos attentes Ă  partir de 5mn35 quand explose le ressac orchestral,  expression de la violence tragique qui impose sa loi dĂ©sormais jusqu’à la fin de cet Ă©pisode sans issue.  La lecture de ce dernier mouvement, dans sa section derniĂšre, est de loin la mieux aboutie,  nerveuse,  Ăąpre,  engagĂ©e,  expressive et comme brĂ»lĂ©e. Sans espoir. C’est sans demi mesure et finement Ă©noncĂ© : donc irrĂ©sistible.

Le coffret ajoute en bonus visuel un dvd comprenant d’autres oeuvres de Brahms, les Concerto pour piano par Pollini et le Concerto pour violon par Batiashvili : avouons notre nette prĂ©fĂ©rence pour le violon de Batiashvili : la gĂ©orgienne qui vient de publier un disque Bach avec son compagnon le oboĂŻste François Leleux, irradie par un jeu puissant et raffinĂ© qui laisse entrevoir des failles sensibles d’une profondeur lĂ  aussi trĂšs convaincante. 

Brahms : Symphonies N°1-4.  Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction. 3 cd  + 1 dvd. enregistrement live SemperOper de Dresde, 2011-2012-2013 (Concertos pour piano : Maurizio Pollini, piano. Concerto pour violon : Batiashvili, violon) Deutsche Grammophon

CD. Le Brahms de Thielemann chez Deutsche Grammophon

Tours : L’OSRCT joue Dvorak et Brahms

Brahms-Johannes-portrait-face-500-brahmsTours, OpĂ©ra : Les 22 et 23 mars 2014. OSRCT. Jean-Yves Ossonce. Brahms : Symphonie n°1. Deux grands pages romantiques pour ce programme symphonique dĂ©fendu par l’Orchestre tourangeau (Orchestre symphonique RĂ©gion centre Tours) sous al direction de son chef principal Jean-Yves Ossonce : le Concerto de Dvorak permet le retour du violoncelliste Yan Levionnois, aprĂšs son sensationnel succĂšs avec l’OSRC-T dans Chostakovitch en novembre 2011.L’oeuvre de Dvorak est le grand concerto romantique pour violoncelle par excellence, reflet de l’Ăąme musicale de l’Europe Centrale, exigeant puissance, intĂ©rioritĂ©, tendresse et profondeur. L’infinie nostalgie, la couleur des bois et des cordes, les envolĂ©es et les contrastes, la puretĂ© des intentions musicales … en font un chef d’oeuvre. La 1Ăšre Symphonie de Brahms marque la conclusion du cycle de la saison derniĂšre : l’occasion de mesurer Ă  quel point cette musique parle Ă  chacun, Ă  toutes les Ă©poques. Grands frissons symphoniques et romantiques garantis !

 

AntonĂ­n DvorĂĄk
Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur, op.104

Johannes Brahms
Symphonie n°1 en ut mineur, op.68

Yan Levionnois, violoncelle
Jean-Yves Ossonce, direction
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Samedi 22 mars 2014 – 20h
Dimanche 23 mars 2014 – 17h
Tours, Opéra Théùtre

Conférence sur le thÚme du programme :
samedi 22 mars Ă  19h00
Dimanche 23 mars Ă  16h00
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

La premiĂšre Symphonie de Brahms recueille les fruits d’une longue maturation de prĂšs de 20 annĂ©es ! Gestation lente et progressive qui fructifie Ă©videmment les bĂ©nĂ©fices de sa relation intime avec le couple Schumann. Le jeune Johannes rencontre Robert Schumann Ă  DĂŒsseldorf aprĂšs 1854. L’opus 68 est crĂ©Ă© Ă  Karlsruhe Ă  la fin de l’annĂ©e 1876. L’agitation et la nervositĂ© d’essence tragique du premier mouvement affirme un tempĂ©rament puissant et trĂšs grave, voire angoissĂ© : sentiment dont toutes les oeuvres de Brahms, habitĂ© par la mort, tĂ©moignent irrĂ©sistiblement. L’Andante sostenuto semble un temps se libĂ©rer du fatum, comme le presque scherzo rĂ©solument pastoral et assagi, d’une candeur sereine. L’Ă©criture de Brahms se souvient alors de la 9Ăšme de Beethoven dont le souvenir et la complexitĂ© contrapuntique animent tout le dernier mouvement qui se rapproche aussi de la carrure brucknĂ©rienne. La puissance et la densitĂ© de la facture, l’Ă©nergie conflictuelle qui se dĂ©tache de la riche texture orchestrale ne doivent pas voiler la trĂšs fine texture et les couleurs originales de l’orchestration. Ce point est souvent gommĂ© par les chefs qui prĂ©fĂšrent en gĂ©nĂ©ral soigner le souffle parfois Ă©pais, plutĂŽt que l’expressivitĂ© instrumentale dans la filiation de Mendelssohn et de Schumann. Or Brahms sait Ă  la fois architecturer son propos et ciseler l’arĂȘte vive de chaque pupitre. C’est un vrai dĂ©fi pour les orchestres.
Programmer Dvorak aux cĂŽtĂ©s de Brahms est tout Ă  fait lĂ©gitime car aprĂšs la mort de Schumann, Brahms se passionne pour les Ɠuvres de Dvorak rencontrĂ© en 1878.

RĂ©servations, informations sur le site de l’OpĂ©ra de Tours