LIVRE événement, critique et annonce. Brigitte François-Sappey : JOHANNES BRAHMS : Chemins vers l’absolu (Fayard)

brahms brigitte francois sappey livre evenement clic de classiquenews livre critique book review FAYARDLIVRE événement, critique et annonce. Brigitte François-Sappey : JOHANNES BRAHMS : Chemins vers l’absolu (Fayard). C’est peu dire que l’auteure connaît son sujet. Ses Schumann demeurent des références ; ses nombreux articles et opuscules sur le romantisme germanique, tout autant. C’est dire si « son » Brahms, ayant été annoncé, était attendu et particulièrement scruté. L’attente comme la lecture n’en sont pas déçus, loin de là. Tant la finesse de l’écriture, d’une exactitude toute … brahmsienne justement, régénère le mythe et la figure du compositeur né à Hambourg ; la biographie qui en découle népuise pas la lecture par une accumulation de détails lié au quotidien d’une chronologie minutieusement restituée ; mais le texte convainc par sa faculté de synthèse et sa grande érudition jamais inaccessible ni fastidieuse ; l’étude, la recherche, la rédaction fluide qui en découle, pèsent de tous leurs carats ; c’est un portrait tout en effet réfléchi, tout en nuances des plus précises et évocatrices. Un modèle en la matière. Seule réserve, le manque d’iconographie et de photos du Maître (à part la couverture et quelques rares effigies émaillant le texte).

Luthérien, agnostique, solitaire
BRAHMS le marcheur vers l’Absolu

Le JOHANNES BRAHMS (1833 – 1897) dont il est question ici, est bien le champion Ă©lu (1853) par Schumann avant de mourir, prophète d’un « classicisme moderne » sans Ă©gal, portĂ© au sommet par Schoenberg, et qui de fait, releva idĂ©alement, point par point, le dĂ©fi de survivre Ă  Schumann, son maĂ®tre spirituel, son mentor, incarnant ce luthĂ©ranisme sincère mais agnostique, qui savait combien Ă©taient essentielles les oeuvres des classiques germaniques », JS BACH, Beethoven, Haydn,… les Viennois de la première Ă©cole.

Le texte en quatre grandes parties (I. Il n’est rien qu’il ne puisse entreprendre / II. Gradus ad Parnassum / III. Il n’est rien dont il ne puisse se rendre maître / IV. Par-delà 1897. Regards sur l’avenir), analyse les vertus admirables d’un « Hercule » solitaire, marcheur inspiré qui a su synthétiser la leçon des anciens pour mieux en transmettre la vivante et constante impertinence à son époque.
Période par période, -Hambourg vite quittée, Dusseldorf et la « Rencontre avec Schumann », Vienne adorée qui le lui rendit bien, le chemin vers l’Absolu de la musique se dessine ; Brahms est un rêveur déterminé ; hors styles ; hors chapelle ; un prophète à part sur lequel le temps même semble glisser… Toutes les oeuvres de musique de chambre et les lieder, comme les opus symphoniques (dont les Concertos pour piano) et les cantates, sans omettre Ein Deutsches Requiem, sont analysés, rétablis dans le contexte de la vie personnelle , des affinités artistiques, des amitiés, et des mondanités sociales.
La question du célibat, de l’opéra, de Clara, de la barbe aussi… sont abordées avec arguments comme interprétations, celles d’une perception personnelle, à la fois originale et surprenante.

Sont enfin élucidés les épisodes peu connus ou qui suscitaient question : « L’affaire de la Philharmonie de Hambourg », « le dilemne du hérisson », « Brahms et Wagner » et donc la « Tétralogie symphonique », « le Bach moderne », « l’appel de la clarinette », les ultimes lieder, « chants du crépuscule »… soient autant de chemins (avec un s) qui mène le marcheur déterminé vers l’idéal et l’Absolu. Lecture incontournable.

 

 

 

 

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LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. JOHANNES BRAHMS, Chemins vers l’Basolu (Fayard, collection Chemin de la musique) – EAN :
9782213701646 – EAN numĂ©rique :  9782213703282 – Code article : 3287530 – Parution :  03/10/2018 – 408 pages

https://www.fayard.fr/johannes-brahms-9782213701646

 

 

 

Tugan Sokhiev dirige la 2ème de Brahms

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekARTE. Dimanche 29 mai 2016, 18h30. Tugan Sokhiev joue la 2ème Symphonie de Brahms. Suivez la grue volante… Le programme intĂ©resse autant les techniciens que la question : comment filmer aujourd’hui un concert symphonique ?, taraude, que les mĂ©lomanes, brahmsiens dĂ©clarĂ©s. Quand la prouesse technique rencontre la virtuositĂ© musicale : un seul plan-sĂ©quence pour la “Symphonie n°2″ de Brahms, interprĂ©tĂ©e par l’Orchestre symphonique allemand de Berlin, dirigĂ© par l’actuel directeur musical du Capitole de Toulouse, le chef ossète Tugan Sokhiev. C’est une expĂ©rience unique : filmer la Symphonie n° 2 en rĂ© majeur opus 73 de Brahms en un seul plan-sĂ©quence ! Dans une ancienne usine transformĂ©e en salle de concert, une camĂ©ra fixĂ©e Ă  une grue survole l’orchestre et ose les plans rapprochĂ©s sur les instrumentistes. Vertigineux et enivrant.

Symphonie n°2 de Johannes Brahms (1833-1897)

Brahms-Johannes-portrait-face-500-brahmsL’écriture symphonique remonte dans la carrière de Brahms au milieu des années 1850, quand le jeune compositeur (17 ans), esquisse déjà ce qui sera sa Première Symphonie, (achevée en 1876, après l’écriture de ses Variations sur un thème de Haydn). La deuxième Symphonie est conçue en 1877, le compositeur est alors âgé de 44 ans. La partition est contemporaine de son Concerto pour violon. Avant de commencer l’écriture de ses deux dernières Symphonies, Brahms, fixé à Vienne depuis 1862, dirige la Société des Amis de la musique de Vienne jusqu’en 1875. Il rencontre Dvorak en 1878 et l’encourage à poursuivre sa carrière de compositeur, enfin écrit son chef-d’oeuvre, le Deuxième Concerto pour piano et orchestre en 1881. Les Troisième puis Quatrième Symphonies suivent le sillon tracé par son Concerto pour piano: ses derniers opus symphoniques l’occupent de 1883 à 1885. Brahms opère une synthèse entre les grands romantiques qui l’ont immédiatement précédé, de Beethoven à Schubert et Schumann, mais il revisite aussi les anciens dont Haydn. Artisan de la musique pure, intensément romantique, le compositeur a su puiser au carrefour de caractères, traditions, sensibilités aussi distincts que nécessaires au renouvellement de l’écriture symphonique: héroïsme confictuel de Beethoven, mélodie chantante et populaire héritées de Schubert, emportement dynamique de Schumann. Comme ce dernier dont il fut un admirateur assidu (il restera après la mort du compositeur, très proche de Clara Schumann, sa vie durant), Brahms compose quatre Symphonies quand Beethoven puis Mahler illustrent un cycle de neuf. Le compositeur attend d’atteindre la quarantaine, pour disposer avant de se lancer dans la première série symphonique, d’une expérience sûre, éprouvée pendant la composition de son Premier Concerto pour piano, de ses deux Sérénades et des Variations sur un thème de Haydn. L’inspiration se réalise par couples d’oeuvres: Brahms écrivant ses deux premières symphonies dans la tranche 1876-1877, puis ses deux ultimes, entre 1883 et 1885. Après la Première Symphonie, la deuxième confirme une autonomie vis à vis du modèle betthovénien. Le Scherzo est remplacé par un mouvement de caractère, à l’inspiration puissante et personnelle qui se souvient de Schubert. Souvent, Brahms situe son mouvement lent en deuxième position alors qu’il occupe la troisièm place chez ses confrères.

Symphonie n°2 en ré majeur opus 73
Hans Richter dirige la création à Vienne, le 30 décembre 1877. Amorcée dès la fin de la Première Symphonie, la partition est dans sa majorité écrite pendant l’été 1877 que Brahms passe en Carinthie (à Portschach sur le Wörtersee). L’engouement pour l’oeuvre est immédiat et supérieur à sa Symphonie précédente. La séduction du premier mouvement d’un entendement plus facile a favorisé son succès.

Plan. Allegro non troppo: Les cors imposent la coloration d’ensemble: noblesse, majesté, sérénité. Même si le caractère de valse du second thème souligne l’allant et l’énergie lyrique, l’écriture de Brahms n’en demeure pas moins liée à un sentiment sombre et grave en rapport avec sa filiation nordique (Brahms est né sur la façade septentrionale de l’Allemagne: à Hambourg, port ouvert sur la Baltique). Adagio ma non troppo: voilà, le mouvement lent le plus réussi de l’univers brahmsien. L’orchestration préserve le dialogue entre les pupitres: cordes et bois. Allegretto grazioso, quasi andantino: ici, s’impose simplement l’esprit de la danse (de nature populaire comme un ländler) dont le souci de la variation, énoncée de façon dynamique, rappelle Beethoven. Allegro con spirito: l’ample développement du finale atteste ce désir et ce sentiment d’équilibre qui ont inauguré le premier mouvement de la Symphonie. Proche pour certains analystes, de la Symphonie Jupiter, l’oeuvre exhalerait un souffle éminemment classique, voire “un sang mozartien”.

Rediffusion : vendredi 10 juin 2016, 5h25.

CD. Symphonies de Brahms par Christian Thielemann (Staatskapelle de Dresde, 2 cd Deutsche Grammophon)

brahms thieleman deutsche grammophon 3 cd 1 dvd Pollini, Lisa Batiashvili christian Thielemann Conertos Symphonies Ouverture tragique deutsche grammophon cdCD. Brahms : Symphonies n°1-4.  Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction (3 cd Deutsche Grammophon). Avouons notre pleine satisfaction globale pour cette lecture saisie sur le vif des Symphonies de Brahms par Christian Thieleman : parfois pesante, la direction du chef gagne de beaucoup au contact des excellents instrumentistes de la Staatskapelle de Dresde : affĂ»tĂ©s, nerveux, prĂ©cis allĂ©geant la texture, favorisant la transparence et la clartĂ© du propos grâce Ă  leur expĂ©rience entre autres lyrique… De toute Ă©vidence, voici une lecture dramatiquement vive qui s’avère dans certaines sĂ©quences et mouvements, passionnante. La surprise est de taille et notre enthousiasme inattendu…  La Première Symphonie fait valoir les formidables qualitĂ©s de l’orchestre de la Staatskapelle de Dresde dont Thielemann nommĂ© directeur musical depuis 2012 propose un cycle Brahms d’une profondeur indiscutable : en tĂ©moigne le travail sur la transparence articulĂ©e de la texture surtout après un premier mouvement d’une irrĂ©pressible aspiration, un deuxième mouvement littĂ©ralement Ă  tomber par une expressivitĂ© sensible oĂą le chef sait allĂ©ger la pâte instrumentale,  trouve des respirations mozartiennes s’appuyant surtout sur le dialogue clarifiĂ© des cordes (d’une fluiditĂ© toute schumanienne) et des bois Ă©tincelants de tendresse maĂ®trisĂ©e: sont Ă©cartĂ©es les brumes et les langueurs maudites ; ainsi quand surgit le clair rayon solaire du violon solo dans la sĂ©quence finale du mouvement sostenuto,  repris et soutenu en Ă©cho par le cor lointain,  toute idĂ©e de rĂ©signation et de blessure s’est miraculeusement effacĂ©e.  Dissipation totale des tensions : le fait mĂ©rite d’ĂŞtre saluĂ© tant le Brahms de Thielemann s’impose ici par son fini et son Ă©quilibre souverain. Magistrale comprĂ©hension de la partition.

Superbe Brahms de Thielemann

CLIC_macaron_2014MĂŞme profondeur et suprĂŞme Ă©lĂ©gance du geste dans le Quatrième mouvement. Le drame s’y accomplit avec un sens souverain de l’action orchestrale, Ă  chaque Ă©pisode si justement contrastĂ©. On y relève les mĂŞmes qualitĂ©s que prĂ©cĂ©demment : noblesse wagnĂ©rienne des cuivres,  calibrage millimĂ©trĂ© des bois et cordes d’une fluiditĂ© ocĂ©ane… la rĂ©fĂ©rence Ă  la 9ème de Beethoven s’y glisse allusivement rĂ©alisant cet Ă©lan fraternel d’un humanisme Ă©chevelĂ©, tournĂ© irrĂ©versiblement vers le soleil, et la pleine conscience d’une dĂ©termination coĂ»te que coĂ»te, assenĂ©e, triomphante. Tout au long des plus de 18mn de dĂ©veloppement, la direction se distingue par une caractĂ©risation Ă©loquente de chaque section,  dosant très efficacement la participation de chaque pupitre … si l’on peut parfois regretter le choix de tempo lents au risque de diluer la tension et l’allant global,  reconnaissons le relief et le sens intensĂ©ment dramatique de la direction : cette Symphonie n°1 est une rĂ©ussite totale.

Brahms johannes-brahms-1327943834-view-0Que suscite la Symphonie n°2 ? … un mĂŞme bonheur. L’aurore du dĂ©but est magnifiquement brossĂ© avec cette fluiditĂ© solaire et bienheureuse, qui regarde aussi du cĂ´tĂ© de la Pastorale beethovĂ©nienne, en sa coupe franche et puissamment structurĂ©e, Thielemann manie la direction avec une Ă©loquence souveraine. Ici superbement contenu dans la cadre formel instituĂ© dès le dĂ©part, tensions et forces en prĂ©sences sont finement canalisĂ©es : dans le chant des violoncelles, puis dans l’écho des cors lointains. Le dĂ©veloppement suit son cours prĂ©cisĂ©ment balisĂ© pendant plus de 20 mn, le chef ne poussant pas ses effectifs au delĂ  d’un hĂ©donisme heureux d’une rondeur pacifiĂ©e, essentiellement sereine.  Le tendre et si sensible Adagio non troppo marque la mĂŞme rĂ©serve dans le geste très adouci : qui explore en filigrane les replis d’une intimitĂ© qui demeure toujours Ă  distance comme inaccessible. Le chant des cordes et des violoncelles y trouve un Ă©largissement allusif superlatif, idĂ©alement caressant et nostalgique. PlĂ©nitude, et aussi articulation, le geste de Thielemann et ses musiciens dresdois font mouche dans l’un des adagios les plus aboutis de Brahms.

Une mĂŞme douceur apaisĂ©e et rayonnante qui passe par le chant solaire du hautbois traverse tout l’allègre allegretto grazioso, dont l’Ă©nergie signifie aussi en plus d’un Ă©noncĂ© simple d’un landler, la transe amorcĂ© d’une danse collective … aux champs. Le pastoralisme y est exprimĂ© avec une finesse de ton elle aussi passionnante. Enfin la vitalitĂ© nerveuse mozartienne (c’est Ă  dire JupitĂ©rienne) de la conclusion Allegro con spirito s’affirme avec une souplesse caressante et ondulante. La cohĂ©rence de la lecture emporte l’enthousiasme.  Au delĂ  de la structure, de sa puissante assise – contrepoint rigoureux d’une mesure beethovĂ©nienne, Thielemann fait couler un sang palpitant, fluide et dansant, « mozartien » et schumanien.

PlĂ»tot que de relever les qualitĂ©s et les limites de chacune des symphonies qui suivent, – en particulier la 3ème, soulignons ce qui fait sens dans l’ultime : la 4 ème Symphonie. LĂ  aussi, après des mouvements prĂ©cĂ©dents en demi teinte, le dernier mouvement, surtout dans sa rĂ©solution finale, s’impose par le tempĂ©rament articulĂ© du chef, superbe et sincère brahmsien.

Christian Thielemann chefD’emblĂ©e, la très belle cohĂ©sion organique de la direction s’impose. Le copieux premier mouvement allegro non troppo est surtout lissĂ© dans le sens d’une exposition Ă©motionnelle et intĂ©rieure dont Thielemann expose les directions diverses sans prendre partie.  Ce geste de suprĂŞme sĂ©rĂ©nitĂ© qui manque certainement de caractĂ©risation plus fouillĂ©e dans les contrastes se ressent davantage encore dans le second mouvement très (trop) moderato : c’est d’un fini suprĂŞme Ă  mettre au crĂ©dit de l’orchestre en bien des points superlatif : rondeur allusive des cordes,  harmonie idĂ©alement articulĂ©e, cors lointains scintillants et cuivrĂ©s comme rarement.  Mais comme charmĂ© par un sortilège qui vaut sĂ©datif,  le chef semble bien peu saisi par la force et la violence du volcan Brahms.  Sa vision est compacte et Ă©paisse voire sèche dans la rĂ©solution de ce second mouvement. Le 3 ème mouvement vaut par son temps vif lĂ©ger : un vrai dĂ©fi pour le maestro qui peine dans le nerveux tant il garde une baguette … lourde. Mais rĂ©capitulation et synthèse du pathos et de la subtilitĂ© tragique de Johannes,  le dernier mouvement montre les mĂŞmes limites de la vision : prenante certes mais Ă©paisse et lourde. Pourtant un vrai sentiment d’angoisse tragique enfle et se dĂ©ploie tout au long des presque 10 mn : Thielemann progresse ici par une dĂ©termination qui passe dans la tenue tendue permanente des cordes idĂ©alement furieuses ; et aussi une très belle couleur d’extĂ©nuation des bois qui en offrent une rĂ©ponse Ă  la fois apaisĂ©e et rĂ©signĂ©e (solo de flute Ă  3mn). Le pessimisme de Brahms revient cependant en force dans la rĂ©solution de ce mouvement final qui s’impose par sa noblesse noire et sombre. Reconnaissons Ă  Thielemann de l’avoir rĂ©ussi au delĂ  de nos attentes Ă  partir de 5mn35 quand explose le ressac orchestral,  expression de la violence tragique qui impose sa loi dĂ©sormais jusqu’à la fin de cet Ă©pisode sans issue.  La lecture de ce dernier mouvement, dans sa section dernière, est de loin la mieux aboutie,  nerveuse,  âpre,  engagĂ©e,  expressive et comme brĂ»lĂ©e. Sans espoir. C’est sans demi mesure et finement Ă©noncĂ© : donc irrĂ©sistible.

Le coffret ajoute en bonus visuel un dvd comprenant d’autres oeuvres de Brahms, les Concerto pour piano par Pollini et le Concerto pour violon par Batiashvili : avouons notre nette préférence pour le violon de Batiashvili : la géorgienne qui vient de publier un disque Bach avec son compagnon le oboïste François Leleux, irradie par un jeu puissant et raffiné qui laisse entrevoir des failles sensibles d’une profondeur là aussi très convaincante. 

Brahms : Symphonies N°1-4.  Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction. 3 cd  + 1 dvd. enregistrement live SemperOper de Dresde, 2011-2012-2013 (Concertos pour piano : Maurizio Pollini, piano. Concerto pour violon : Batiashvili, violon) Deutsche Grammophon

CD. Le Brahms de Thielemann chez Deutsche Grammophon

Tours : L’OSRCT joue Dvorak et Brahms

Brahms-Johannes-portrait-face-500-brahmsTours, OpĂ©ra : Les 22 et 23 mars 2014. OSRCT. Jean-Yves Ossonce. Brahms : Symphonie n°1. Deux grands pages romantiques pour ce programme symphonique dĂ©fendu par l’Orchestre tourangeau (Orchestre symphonique RĂ©gion centre Tours) sous al direction de son chef principal Jean-Yves Ossonce : le Concerto de Dvorak permet le retour du violoncelliste Yan Levionnois, après son sensationnel succès avec l’OSRC-T dans Chostakovitch en novembre 2011.L’oeuvre de Dvorak est le grand concerto romantique pour violoncelle par excellence, reflet de l’âme musicale de l’Europe Centrale, exigeant puissance, intĂ©rioritĂ©, tendresse et profondeur. L’infinie nostalgie, la couleur des bois et des cordes, les envolĂ©es et les contrastes, la puretĂ© des intentions musicales … en font un chef d’oeuvre. La 1ère Symphonie de Brahms marque la conclusion du cycle de la saison dernière : l’occasion de mesurer Ă  quel point cette musique parle Ă  chacun, Ă  toutes les Ă©poques. Grands frissons symphoniques et romantiques garantis !

 

Antonín Dvorák
Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur, op.104

Johannes Brahms
Symphonie n°1 en ut mineur, op.68

Yan Levionnois, violoncelle
Jean-Yves Ossonce, direction
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Samedi 22 mars 2014 – 20h
Dimanche 23 mars 2014 – 17h
Tours, Opéra Théâtre

Conférence sur le thème du programme :
samedi 22 mars Ă  19h00
Dimanche 23 mars Ă  16h00
Grand Théâtre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

La première Symphonie de Brahms recueille les fruits d’une longue maturation de près de 20 annĂ©es ! Gestation lente et progressive qui fructifie Ă©videmment les bĂ©nĂ©fices de sa relation intime avec le couple Schumann. Le jeune Johannes rencontre Robert Schumann Ă  DĂĽsseldorf après 1854. L’opus 68 est crĂ©Ă© Ă  Karlsruhe Ă  la fin de l’annĂ©e 1876. L’agitation et la nervositĂ© d’essence tragique du premier mouvement affirme un tempĂ©rament puissant et très grave, voire angoissĂ© : sentiment dont toutes les oeuvres de Brahms, habitĂ© par la mort, tĂ©moignent irrĂ©sistiblement. L’Andante sostenuto semble un temps se libĂ©rer du fatum, comme le presque scherzo rĂ©solument pastoral et assagi, d’une candeur sereine. L’Ă©criture de Brahms se souvient alors de la 9ème de Beethoven dont le souvenir et la complexitĂ© contrapuntique animent tout le dernier mouvement qui se rapproche aussi de la carrure brucknĂ©rienne. La puissance et la densitĂ© de la facture, l’Ă©nergie conflictuelle qui se dĂ©tache de la riche texture orchestrale ne doivent pas voiler la très fine texture et les couleurs originales de l’orchestration. Ce point est souvent gommĂ© par les chefs qui prĂ©fèrent en gĂ©nĂ©ral soigner le souffle parfois Ă©pais, plutĂ´t que l’expressivitĂ© instrumentale dans la filiation de Mendelssohn et de Schumann. Or Brahms sait Ă  la fois architecturer son propos et ciseler l’arĂŞte vive de chaque pupitre. C’est un vrai dĂ©fi pour les orchestres.
Programmer Dvorak aux côtés de Brahms est tout à fait légitime car après la mort de Schumann, Brahms se passionne pour les œuvres de Dvorak rencontré en 1878.

RĂ©servations, informations sur le site de l’OpĂ©ra de Tours