Tugan Sokhiev dirige la 2ème de Brahms

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekARTE. Dimanche 29 mai 2016, 18h30. Tugan Sokhiev joue la 2ème Symphonie de Brahms. Suivez la grue volante… Le programme intéresse autant les techniciens que la question : comment filmer aujourd’hui un concert symphonique ?, taraude, que les mélomanes, brahmsiens déclarés. Quand la prouesse technique rencontre la virtuosité musicale : un seul plan-séquence pour la “Symphonie n°2″ de Brahms, interprétée par l’Orchestre symphonique allemand de Berlin, dirigé par l’actuel directeur musical du Capitole de Toulouse, le chef ossète Tugan Sokhiev. C’est une expérience unique : filmer la Symphonie n° 2 en ré majeur opus 73 de Brahms en un seul plan-séquence ! Dans une ancienne usine transformée en salle de concert, une caméra fixée à une grue survole l’orchestre et ose les plans rapprochés sur les instrumentistes. Vertigineux et enivrant.

Symphonie n°2 de Johannes Brahms (1833-1897)

Brahms-Johannes-portrait-face-500-brahmsL’écriture symphonique remonte dans la carrière de Brahms au milieu des années 1850, quand le jeune compositeur (17 ans), esquisse déjà ce qui sera sa Première Symphonie, (achevée en 1876, après l’écriture de ses Variations sur un thème de Haydn). La deuxième Symphonie est conçue en 1877, le compositeur est alors âgé de 44 ans. La partition est contemporaine de son Concerto pour violon. Avant de commencer l’écriture de ses deux dernières Symphonies, Brahms, fixé à Vienne depuis 1862, dirige la Société des Amis de la musique de Vienne jusqu’en 1875. Il rencontre Dvorak en 1878 et l’encourage à poursuivre sa carrière de compositeur, enfin écrit son chef-d’oeuvre, le Deuxième Concerto pour piano et orchestre en 1881. Les Troisième puis Quatrième Symphonies suivent le sillon tracé par son Concerto pour piano: ses derniers opus symphoniques l’occupent de 1883 à 1885. Brahms opère une synthèse entre les grands romantiques qui l’ont immédiatement précédé, de Beethoven à Schubert et Schumann, mais il revisite aussi les anciens dont Haydn. Artisan de la musique pure, intensément romantique, le compositeur a su puiser au carrefour de caractères, traditions, sensibilités aussi distincts que nécessaires au renouvellement de l’écriture symphonique: héroïsme confictuel de Beethoven, mélodie chantante et populaire héritées de Schubert, emportement dynamique de Schumann. Comme ce dernier dont il fut un admirateur assidu (il restera après la mort du compositeur, très proche de Clara Schumann, sa vie durant), Brahms compose quatre Symphonies quand Beethoven puis Mahler illustrent un cycle de neuf. Le compositeur attend d’atteindre la quarantaine, pour disposer avant de se lancer dans la première série symphonique, d’une expérience sûre, éprouvée pendant la composition de son Premier Concerto pour piano, de ses deux Sérénades et des Variations sur un thème de Haydn. L’inspiration se réalise par couples d’oeuvres: Brahms écrivant ses deux premières symphonies dans la tranche 1876-1877, puis ses deux ultimes, entre 1883 et 1885. Après la Première Symphonie, la deuxième confirme une autonomie vis à vis du modèle betthovénien. Le Scherzo est remplacé par un mouvement de caractère, à l’inspiration puissante et personnelle qui se souvient de Schubert. Souvent, Brahms situe son mouvement lent en deuxième position alors qu’il occupe la troisièm place chez ses confrères.

Symphonie n°2 en ré majeur opus 73
Hans Richter dirige la création à Vienne, le 30 décembre 1877. Amorcée dès la fin de la Première Symphonie, la partition est dans sa majorité écrite pendant l’été 1877 que Brahms passe en Carinthie (à Portschach sur le Wörtersee). L’engouement pour l’oeuvre est immédiat et supérieur à sa Symphonie précédente. La séduction du premier mouvement d’un entendement plus facile a favorisé son succès.

Plan. Allegro non troppo: Les cors imposent la coloration d’ensemble: noblesse, majesté, sérénité. Même si le caractère de valse du second thème souligne l’allant et l’énergie lyrique, l’écriture de Brahms n’en demeure pas moins liée à un sentiment sombre et grave en rapport avec sa filiation nordique (Brahms est né sur la façade septentrionale de l’Allemagne: à Hambourg, port ouvert sur la Baltique). Adagio ma non troppo: voilà, le mouvement lent le plus réussi de l’univers brahmsien. L’orchestration préserve le dialogue entre les pupitres: cordes et bois. Allegretto grazioso, quasi andantino: ici, s’impose simplement l’esprit de la danse (de nature populaire comme un ländler) dont le souci de la variation, énoncée de façon dynamique, rappelle Beethoven. Allegro con spirito: l’ample développement du finale atteste ce désir et ce sentiment d’équilibre qui ont inauguré le premier mouvement de la Symphonie. Proche pour certains analystes, de la Symphonie Jupiter, l’oeuvre exhalerait un souffle éminemment classique, voire “un sang mozartien”.

Rediffusion : vendredi 10 juin 2016, 5h25.

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