Compte-rendu : Versailles. Galerie des Glaces, 19 juin 2013. Marie-Nicole Lemieux : rĂ©cital “Furia”. Ensemble Matheus, Jean-Christophe Spinosi, direction musicale.

Marie-Nicole Lemieux portraitDans le cadre de son festival d’étĂ© consacrĂ© cette annĂ©e aux Voix Royales, ChĂąteau de Versailles spectacles a invitĂ© l’une des grandes voix du moment, la contralto Marie-Nicole Lemieux, en compagnie d’un ensemble dĂ©jĂ  entendu Ă  la Galerie des Glaces et avec lequel elle a beaucoup travaillĂ©, l’ensemble Matheus.

 

 

Furia, la rencontre de la joie de vivre et de la folie

 

Pas de doute, Jean-Christophe Spinosi sait s’entourer et le public est venu nombreux ce soir pour entendre cet ogre vocal qu’est Marie – Nicole Lemieux. Impressionnante dans Orlando Furioso en 2011, en compagnie du chef corse breton, ce rĂ©cital nous promettait aussi bien par le casting que par le titre du programme : “Furia”, des sensations fortes. Curieusement, ce n’est la terreur mais la joie de vivre que nous avons partagĂ© sous les ors de la Galerie des Glaces.

Il faut dire que la disposition scĂ©nique rend tout mouvement difficile aussi bien au chef qu’à sa chanteuse, ce qui provoque de l’un comme de l’autre des crises de fou rire contagieuses. La hauteur de la scĂšne compliquant Ă©galement la direction pour le chef, obligĂ© de se contorsionner pour ĂȘtre vu et voir ses musiciens. Enfin les conditions mĂ©tĂ©orologiques ne facilitent en rien la relation entre la salle et la scĂšne.

Face Ă  ces difficultĂ©s matĂ©rielles, la complicitĂ© qui existe entre la diva, l’ensemble Matheus et leur chef, se transmet vers le public qui a pu ce soir, retrouver des artistes capables de briser les conventions parfois rigides des concerts de musique classique. La Galerie des Glaces, ce soir, a rayonnĂ© de ces plaisirs immĂ©diats des fĂȘtes royales, qui redonnent lumiĂšre et gourmandise au quotidien.

Le rĂ©pertoire choisi a Ă©galement facilitĂ© la bonne humeur : Rossini et Mozart pour l’essentiel
 Du thĂ©Ăątre pour une dame qui aime et dĂ©vore la scĂšne pour notre plus grand bonheur et qui ne fait qu’une bouchĂ©e des airs de ChĂ©rubin, avec une flĂ»te impertinente et virtuose pour lui rĂ©pondre et lui tenir tĂȘte. Des mĂ©lodies cĂ©lĂšbrent de Rossini qui libĂšrent Marie – Nicole Lemieux de l’usage de la partition, tout comme le chef, avec la prise de risque que cela implique, auront donc fait de cette soirĂ©e, une belle performance oĂč la gĂ©nĂ©rositĂ© et la folie ont rĂ©gnĂ© mais oĂč Ă©videmment des imprĂ©cisions ont pu se glisser dans l’interprĂ©tation.

Qu’importe, puisqu’au-delĂ  du rire, Ă©motion devenu bien rare sur scĂšne, il y aura Ă©galement eu un instant de pure magie musicale, avec « Ombra mai fu » donnĂ© en bis. Orchestre et chanteuse, fusionnant en des couleurs et des nuances d’ombre et de feu, oscillant entre douceur et douleur, pour dire les tourments.

L’ovation finale, aprĂšs trois bis dont deux totalement dĂ©lirant, a sonnĂ© l’heure de la Furia
 Celle qui fĂȘte et honore des artistes qui nous ont offert, en un lieu enchanteur, un concert orgiaque, d’une euphorie sĂ©duisante et magique.

Versailles. Galerie des Glaces, 19 juin 2013. Marie-Nicole Lemieux : Furia. Giaocchino Rossini (1792-1868) : Ouverture de la Pietra del paragone et « Quel dirmi oh dio » ; « Cruda Sorte », « Per lui che adoro » extraits de l’Italienne Ă  Alger, Una voce poco fa » extrait du Barbier de SĂ©ville ; Joseph Haydn (1732-1809), ouverture d’Orlando Paladino ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), « Voi che Sapete », « Non so piu cosa son ». Marie-Nicole Lemieux, contralto. Ensemble Matheus, Jean-Christophe Spinosi, direction musicale.