SAINT-ETIENNE, Opéra. BIZET : CARMEN. 12,14,16 juin 2019.

bizet-jeune-compositeurSAINT-ETIENNE, OpĂ©ra. BIZET : CARMEN. 12,14,16 juin 2019. Carmen, est selon la conception de son crĂ©ateur Georges Bizet, une bohĂ©mienne libre et sensuelle ; elle suit ses dĂ©sirs et sĂ©duit le trop faible brigadier Don JosĂ©. Mais ce dernier est dĂ©jĂ  fiancĂ© Ă  la (blonde) et plutĂŽt sage MichaĂ«lla
 JosĂ© succombe, s’engage, se passionne pour la brune Ă©ruptive et explosive Carmen
 Bien qu’il n’est jamais Ă©tĂ© en Espagne, Bizet offre une alternative exceptionnellement raffinĂ©e au wagnĂ©risme ambiant : il exprime Ă  travers l’histoire et le drame de MĂ©rimĂ©e, la sensualitĂ© ibĂ©rique, en une orchestration des plus ciselĂ©e. BientĂŽt Carmen dĂ©laisse son nouvel amant pour un autre, le torero viril et triomphant, Escamillo, un ĂȘtre de lumiĂšre qui contraste avec JosĂ©, Ăąme rongĂ©e et mĂȘme dĂ©vorĂ©e par la culpabilitĂ©…

CrĂ©Ă© en 1875 Ă  la salle Favart, l’ouvrage n’intĂ©resse personne, et choque mĂȘme le bon bourgeois par l’inconvenance de son propos : la sensualitĂ© criminelle et sadique d’une Carmen
 femme libre, sirĂšne obscĂšne, dominatrice qui change d’amants comme de chemises
 Bizet offre un tout autre visage de la femme, a l’opposĂ© des Elvira, Lucia, LeĂŻla
 parfois courageuses, toujours sacrifiĂ©es et suicidaires
 En sĂ©paration avec Wagner, Nietzsche reconnaĂźt chez Bizet, cette expressivitĂ© nouvelle, rĂ©gĂ©nĂ©ratrice, et tant attendue, le libĂ©rant des brumes empoisonnĂ©es de opĂ©ras wagnĂ©riens. De fait, l’opĂ©ra selon Bizet, ne manque ni de couleurs envoĂ»tantes, ni de puissance tragique. A travers le drame de Carmen, femme Ă©mancipĂ©e, l’opĂ©ra est un chef d’oeuvre devenu mythe. L’exception visionnaire de tout l’opĂ©ra romantique français.

 

 

 

Carmen de BIZET Ă  l’OpĂ©ra de SAINT-ETIENNE

Les 12, 14 juin Ă  20h et le 16 juin 2019 Ă  15h

RESERVEZ VOTRE PLACE

http://www.opera.saint-etienne.fr/otse/saison-18-19/saison-18-19//type-lyrique/carmen/s-497/

MER. 12 JUIN 2019, 20H

VEN. 14 JUIN 2019, 20H

DIM. 16 JUIN 2019, 15H

 

 985c184216100b70d73878ad2965397c

 

LIVRET D’HENRI MEILHAC ET DE LUDOVIC HALÉVY

D’APRÈS CARMEN, UNE NOUVELLE DE PROSPER MÉRIMÉE

CRÉATION LE 3 MARS 1875 À PARIS (OPÉRA COMIQUE)

VERSION AVEC RÉCITATIFS DE GUIRAUD

Distribution :

DIRECTION MUSICALE : ALAIN GUINGAL

MISE EN SCÈNE : NICOLA BERLOFFA

CARMEN : ISABELLE DRUET

DON JOSÉ : FLORIAN LACONI

MICAËLA : LUDIVINE GOMBERT

ESCAMILLO : JEAN-KRISTOF BOUTON

FRASQUITA : JULIE MOSSAY

MERCÉDÈS : ANNA DESTRAËL

LE DANCAÏRE : YANN TOUSSAINT

LE REMENDADO : MARC LARCHER

ZUNIGA : JEAN-VINCENT BLOT

MORALÈS : FRÉDÉRIC CORNILLE

ORCHESTRE SYMPHONIQUE SAINT-ÉTIENNE LOIRE

CHƒUR LYRIQUE SAINT-ÉTIENNE LOIRE

DIRECTION : LAURENT TOUCHE

MAÎTRISE DE LA LOIRE / DIRECTION : JEAN-BAPTISTE BERTRAND

SAINT-ETIENNE, Opéra. BIZET : CARMEN. 12,14,16 juin 2019

 

 

 

Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 14 décembre 2014. Bonis; Offenbach; Chaminade; Fauré; Donizetti; Godard; Duparc; Debussy; Dubois; Boulanger; Hahn. Isabelle Druet, mezzo soprano; Quatuor Giardini.

isabelle druet au pays ou se fait la guerre 1870 1914 concert2014 est une annĂ©e particuliĂšre qui commĂ©more le centenaire du dĂ©but de la Grande guerre (1914-1918) et le soixante-dixiĂšme anniversaire des dĂ©barquements de Normandie (6 juin 1944) et de Provence (15 aoĂ»t 1944). Pour “cĂ©lĂ©brer” cette annĂ©e si spĂ©ciale, le ThĂ©Ăątre Auditorium de Poitiers a invitĂ© la mezzo soprano Isabelle Druet et le Quatuor Giardini pour un rĂ©cital certes un peu sombre mais trĂšs Ă©quilibrĂ©, alternant judicieusement musique de chambre, mĂ©lodies françaises, extraits d’opĂ©rettes et d’opĂ©ras. Ce programme, fort allĂ©chant au demeurant, bĂ©nĂ©ficie du soutien de la fondation Palazetto Bru Zane qui en assure Ă©galement la production.

Isabelle Druet au Théùtre Auditorium

Le Quatuor Giardini dĂ©bute le programme avec un Quatuor avec piano de la compositrice Mel Bonis (1858-1937). TrĂšs active, mais peu connue aujourd’hui, Mel Bonis compose aussi bien de la musique instrumentale que de la musique vocale (religieuse ou profane) laissant Ă  sa mort une oeuvre ompressionnante, plus de trois cents oeuvres, en cours de redĂ©couverte. Le Quatuor avec piano N°1 (composĂ© en 1915) dont seul le finale est donnĂ© en ce dimanche aprĂšs midi est Ă  la fois emprunt de nostalgie et, en pleine guerre, de tristesse. Les Giardini interprĂšte le Concerto de Bonis avec une sobriĂ©tĂ© et un engagement total; il en est de mĂȘme pour les deux Quatuors de Gabriel FaurĂ© (1845-1924) qui datent de la fin des annĂ©es 1870 pour l’un et de 1887 pour l’autre. Des RĂȘves d’enfants de ThĂ©odore Dubois (1837-1924), -nous n’Ă©coutons que le premier d’entre eux-, et le Quatuor avec piano de Reynaldo Hahn (1874-1947) nagent dans des eaux allusives, de tristesse pour l’un, de sĂ©rĂ©nitĂ© pour le second; sentiments subtilement exprimĂ©s par le Quatuor Giardini.

druet isabelle duparc guerre 1870 1914Quant Ă  la mezzo soprano Isabelle Druet, la rĂ©gionale de la soirĂ©e puisqu’elle est d’origine niortaise, elle alterne judicieusement opĂ©rette, opĂ©ra et mĂ©lodies françaises. Elle entame son “show” avec La Grande duchesse de Gerolstein de Jacques Offenbach (1819-1880) : mĂȘme si les graves sont parfois poitrinĂ©s, notamment dans le rĂ©citatif de “Ah que j’aime les militaires”, la jeune femme assume crĂąnement une partition difficile. ComĂ©dienne accomplie, Isabelle Druet provoque des Ă©clats de rires en cascade dans une salle pourtant bien vide ce que nous regrettons d’ailleurs tant le programme est riche, variĂ© et trĂšs Ă©quilibrĂ©. Martiale, pleine de vie et d’ambition dans La Grande duchesse, la mezzo joue avec une moue charmante, les veuves Ă©plorĂ©es dans La vie parisienne ; ou les grandes dames terrorisĂ©es dans La fille du rĂ©giment de Gaetano Donizetti (1797-1848). À cotĂ© des oeuvres du rĂ©pertoire lyrique, Isabelle Druet interprĂšte avec sobriĂ©tĂ© et sensibilitĂ© des mĂ©lodies de compositrices et compositeurs post-romantiques ou modernes. Ainsi, aprĂšs la musique de chambre de Mel Bonis en ouverture de concert, ce sont CĂ©cile Chaminade (1857-1944) et Nadia Boulanger (1887-1979),- soeur de la violoniste Lilli Boulanger, qui, trop rarement jouĂ©es, sont mises Ă  l’honneur au travers de deux mĂ©lodies Ă©mouvantes : incarnĂ©es avec une justesse de ton confondante par une diseuse soudainement grave, sincĂšre, profonde , trĂšs inspirĂ©e. C’est “Au pays oĂč se fait la guerre”, une mĂ©lodie d’Henri Duparc (1848-1933), qui donne son titre au rĂ©cital de l’artiste : la mĂ©lodie emblĂ©matique fait passer son public par toutes sortes de sentiments, soulignant aussi l’horreur de la guerre et les dĂ©gĂąts collatĂ©raux qu’elle impose des deux cĂŽtĂ©s du front. Si le public connait Claude Debussy (1862-1918) plus pour son opĂ©ra PĂ©llĂ©as et MĂ©lisande (crĂ©Ă© en 1902) que pour ses mĂ©lodies, c’est pourtant l’une d’entre elles, «  Recueillement » tirĂ©e du recueil “cinq poĂšmes de Charles Baudelaire” qu’Isabelle Druet chante aprĂšs avoir mis Ă  l’honneur Benjamin Godard (1849-1895) lui aussi quasiment inconnu alors que sa musique gagne grandement Ă  ĂȘtre connue.

Devant une salle aux trois-quart vide, Isabelle Druet offre un rĂ©cital de haute volĂ©e. Son talent d’actrice, passant de la frivolitĂ© Ă  la gravitĂ© s’associe en finesse avec l’excellent Quatuor Giardini ; suggestifs et convaincants, les interprĂštes proposent de la redĂ©couverte de compositrices encore trop mĂ©connues, Bonis, Chaminade, Boulanger, associĂ©es Ă  part Ă©gale Ă  des musiciens aussi connus qu’Offenbach, Donizetti, FaurĂ©, Debussy ou Duparc. Peut-ĂȘtre pourrions nous espĂ©rer un CD rassemblant tant de compositeurs qui mĂ©ritent largement d’ĂȘtre remis au gout du jour tant ils/elles ont produit des oeuvres de qualitĂ©. La diversitĂ© n’entame en rien l’intĂ©rĂȘt du programme : elle nuance davantage la profonde cohĂ©rence du thĂšme choisi. Avec pudeur et justesse. RĂ©ussite totale.

Compte rendu, concert. Poitiers. TAP, Auditorium le 14 dĂ©cembre 2014. Mel Bonis (1858-1937) : quatuor avec piano N°1 opus 69; Jacques Offenbach (1819-1880) : La grande duchesse de GĂ©rolstein (“Ah! que j’aime les militaires”, couplets du sabre), La vie parisienne (“Je suis veuve d’un colonel); CĂ©cile Chaminade (1857-1944) : Exil; Gabriel FaurĂ© (1845-1924) : quatuor avec piano opus 45, quatuor avec piano opus 15; Gaetano Donizetti (1797-1848) : La fille du rĂ©giment (“Pour une femme de mon rang”); Benjamin Godard (1849-1895) : Les larmes; Henri Duparc (1848-1933) : Au pays ou se fait la guerre; ÉlĂ©gie; Claude Debussy (1862-1918) : cinq poĂšmes de Charles Baudelaire (Recueillement); ThĂ©odore Dubois (1837-1924) : Petits rĂȘves d’enfants : N°1, chansons de Marjolie (En paradis); Nadia Boulanger (1887-1979) : ÉlĂ©gie; Reynaldo Hahn (1874-1947) : quatuor avec piano; L’heure exquise (bis). Isabelle Druet, mezzo soprano; Quatuor Giardini.

Concert, annonce. Isabelle Druet au Pays oĂč se fait la guerre

isabelle druet au pays ou se fait la guerre 1870 1914 concertPoitiers, TAP.  Le 14 dĂ©cembre 2014, 17h.  Au Pays oĂč se fait la guerre
. Saintes, Venise
 les escales de ce programme hors normes sont dĂ©jĂ  prometteuses mais pas uniques puisque le concert est l’objet d’une tournĂ©e en 2015. PrivilĂ©giant les compositeurs « romantiques français », le choix des partitions Ă©voque surtout le destin d’un soldat de la grande guerre (1914-1918), centenaire oblige, Ă  travers des tĂ©moignages directs ou par le regard de ses proches ou de sa famille. En vĂ©ritĂ© le prĂ©texte martial et sanglant, intĂ©resse aussi d’autres conflits et d’autres Ă©poques que le premier conflit mondial, remontant le curseur chronologique jusqu’aux Ă©vĂ©nements de 1870
 Voici assurĂ©ment le meilleur spectacle spĂ©cialement Ă©crit pour cĂ©lĂ©brer la Grande Guerre.

Le pays oĂč se fait la guerreAinsi de Jacques Offenbach Ă  Nadia Boulanger, de trĂšs nombreux styles et auteurs sont sollicitĂ©s : CĂ©cile Chaminade, Benjamin Godard (sublime mĂ©lodies intitulĂ©e Les Larmes), Henri Duparc, Claude Debussy ou le dĂ©sormais inĂ©vitable ThĂ©odore Dubois, acadĂ©mique audacieux que le Palazzetto Bru Zane Ă  Venise a Ă©tĂ© bien inspirĂ© de ressusciter rĂ©cemment. Pourtant pas de rĂ©fĂ©rence Ă  AlbĂ©ric Magnard, auteur majeur qui a pĂ©ri sous les armes (Tours en a fait heureusement un auteur favori rĂ©guliĂšrement jouĂ© : BĂ©rĂ©nice, Hymne Ă  la justice)
 Les quatre sĂ©quences du programme : le dĂ©part, au front, la mort, en paradis, Ă©voquent le chemin de croix du guerrier par un chant instrumental prĂ©alable, celui de la formation requise : quatuor avec piano (Bonis, FaurĂ© deux fois, enfin Hahn). Grande Duchesse de GĂ©rolstein ou veuve d’un colonel (La vie parisienne), la mezzo Isabelle Druet endosse avec une verve mĂ»re, les facettes de ses personnages; celle qui fut Ă  Versailles, une Clorinde tragique et tendre chez Campra, retrouve dans ce programme romantico-moderne, les accents pudiques de l’hommage aux victimes sacrifiĂ©es sur les champs de bataille. Le titre du concert emprunte Ă  la mĂ©lodie de Duparc « Au pays oĂč se fait la guerre », sublime priĂšre intĂ©rieure dont l’intensitĂ© Ă©gale la profondeur. Une traversĂ©e dans des paysages sombres mais dignes Ă  laquelle les instrumentistes du Quatuor Giardini apportent des contours tout aussi suggestifs et recueillis.

druet-isabelle-pays-ou-se-fait-la-guerre-concert-1914-1870-Poitiers, TAP. Dimanche 14 dĂ©cembre 2014, 17h. « Au pays oĂč se fait la guerre ». DurĂ©e approximative : 1h15 (hors entracte). LIRE notre prĂ©sentation complĂšte du concert ” Au pays oĂč se fait la guerre” avec Isablle Druet, mezzo au TAP de Poitiers

 

 

Au pays oĂč se fait la guerre. AprĂšs Poitiers le 14 dĂ©cembre 2014, les autres dates de la tournĂ©e 2015 : 20 janvier Ă  Aix-en-Provence, 22 janvier Ă  Entraigues-sur-la-Sorgue, 25 janvier Ă  Arles et 5 fĂ©vrier Ă  PĂ©rigueux.

 

 

Isabelle Druet chante les morts du Pays oĂč se fait la guerre…

isabelle druet au pays ou se fait la guerre 1870 1914 concertPoitiers, TAP.  Le 14 dĂ©cembre 2014, 17h.  Au Pays oĂč se fait la guerre
. Saintes, Venise
 les escales de ce programme hors normes sont dĂ©jĂ  prometteuses mais pas uniques puisque le concert est l’objet d’une tournĂ©e en 2015. PrivilĂ©giant les compositeurs « romantiques français », le choix des partitions Ă©voque surtout le destin d’un soldat de la grande guerre (1914-1918), centenaire oblige, Ă  travers des tĂ©moignages directs ou par le regard de ses proches ou de sa famille. En vĂ©ritĂ© le prĂ©texte martial et sanglant, intĂ©resse aussi d’autres conflits et d’autres Ă©poques que le premier conflit mondial, remontant le curseur chronologique jusqu’aux Ă©vĂ©nements de 1870
 Voici assurĂ©ment le meilleur spectacle spĂ©cialement Ă©crit pour cĂ©lĂ©brer la Grande Guerre.

Ainsi de Jacques Offenbach Ă  Nadia Boulanger, de trĂšs nombreux styles et auteurs sont sollicitĂ©s : CĂ©cile Chaminade, Benjamin Godard (sublime mĂ©lodies intitulĂ©e Les Larmes), Henri Duparc, Claude Debussy ou le dĂ©sormais inĂ©vitable ThĂ©odore Dubois, acadĂ©mique audacieux que le Palazzetto Bru Zane Ă  Venise a Ă©tĂ© bien inspirĂ© de ressusciter rĂ©cemment. Pourtant pas de rĂ©fĂ©rence Ă  AlbĂ©ric Magnard, auteur majeur qui a pĂ©ri sous les armes (Tours en a fait heureusement un auteur favori rĂ©guliĂšrement jouĂ© : BĂ©rĂ©nice, Hymne Ă  la justice)
 Les quatre sĂ©quences du programme : le dĂ©part, au front, la mort, en paradis, Ă©voquent le chemin de croix du guerrier par un chant instrumental prĂ©alable, celui de la formation requise : quatuor avec piano (Bonis, FaurĂ© deux fois, enfin Hahn). Grande Duchesse de GĂ©rolstein ou veuve d’un colonel (La vie parisienne), la mezzo Isabelle Druet endosse avec une verve mĂ»re, les facettes de ses personnages; celle qui fut Ă  Versailles, une Clorinde tragique et tendre chez Campra, retrouve dans ce programme romantico-moderne, les accents pudiques de l’hommage aux victimes sacrifiĂ©es sur les champs de bataille. Le titre du concert emprunte Ă  la mĂ©lodie de Duparc « Au pays oĂč se fait la guerre », sublime priĂšre intĂ©rieure dont l’intensitĂ© Ă©gale la profondeur. Une traversĂ©e dans des paysages sombres mais dignes Ă  laquelle les instrumentistes du Quatuor Giardini apportent des contours tout aussi suggestifs et recueillis.

Poitiers, TAP. Dimanche 14 dĂ©cembre 2014, 17h. « Au pays oĂč se fait la guerre ». DurĂ©e approximative : 1h15 (hors entracte).

 

 

avec

Isabelle Druet, mezzo soprano

Quatuor Giardini

David Violi, piano

Pascal Monlong, violon

Caroline Donin, alto

Pauline Buet, violoncelle

Programme

1/ LE DÉPART

Mel BONIS : Quatuor avec piano n°1 op. 69 : Finale

Jacques OFFENBACH : La Grande Duchesse de Gerolstein

Ah que j’aime les militaires

CĂ©cile CHAMINADE : Exil

Jacques OFFENBACH : La Grande Duchesse de Gerolstein : Couplets du sabre

2/ AU FRONT

Gabriel FAURE : Quatuor avec piano op.45 : Allegro molto

Gaetano DONIZETTI : La fille du régiment : pour un femme de mon rang


Benjamin GODARD : Les Larmes

Henri DUPARC : AU pays oĂč se fait la guerre

Entracte

3/ LA MORT

Gabriel FAURE :  Quatuor avec piano opus 15. Adagio

Claude DEBUSSY : 5 poĂšmes de Charles Baudelaire, Recueillement

Henri Duparc : Elégie

Jacques OFFENBACH : la vie parisienne, Je suis veuve d’un colonel

4/ EN PARADIS

Reynaldo HAHN : Quatuor avec piano : Andante

Lili BOULANGER : Elégie

Théodor DUBOIS : En Paradis

Théodore DUBOIS : Quatuor avec piano en la mineur

Andante molto espressivo

Bis 1 : OFFENBACH : La Fille du Tambour major, Que m’importe un titre Ă©clatant ?

Bis 2 : FAURE : AprĂšs un rĂȘve


 

 

 

druet isabelle duparc guerre 1870 1914Patriotisme et guerres lointaines
 Henri Duparc Ă©voque la froide dĂ©pouille d’un soldat anonyme 
 tant de soldats morts au nom d’un patriotisme exacerbĂ©, celui du XIXĂšme et du XXĂšme siĂšcles. L’antagonisme primitif France  / Allemagne, revivifiĂ© encore sur la scĂšne musicale dans le rapport radicalisĂ© Ă  Wagner fait aimer notre Ă©poque europĂ©enne oĂč les nationalismes durcis ont heureusement Ă©tĂ© absorbĂ©s par la construction europĂ©enne. PrĂ©texte Ă  une relecture certes poĂ©tique mais surtout comique (Donizetti et Offenbach), la guerre est aussi l’acte ultime qui sacrifie le sang et la jeunesse. Les conflits de 1870 et de 1914 inspirent Ă©videmment les compositeurs chacun bravant le sort, cĂ©lĂšbre l’accomplissement du devoir, et le dĂ©chirement du dĂ©part. Au front, c’est l’angoisse nĂ©e de l’attente et de l’horreur. Pourtant Ă  peine adoucie par le souvenir de l’aimĂ©e, de la famille, du retour espĂ©ré  Courageux, le soldat n’en demeure pas moins homme : « mais les larmes qu’on peut verser, quand les tĂȘtes sont dĂ©tournĂ©es, on ne les a pas soupçonnĂ©es  » Les Larmes de Banjamin Godard.

Et comme si le sujet trop brĂ»lant ne pouvait ĂȘtre immĂ©diatement compris, digĂ©rĂ©, acceptĂ©, la plupart des auteurs usent du prĂ©texte historique, font surgir une action empruntĂ©e au siĂšcle antĂ©rieur plutĂŽt que de s’inscrire dans la rĂ©alitĂ© contemporaine : ainsi Offenbach situe sa Grande Duchesse de Gerolstein au XVIIIĂš (vers 1720 ou « à peu prĂšs »), Henri Duparc dans Au Pays oĂč se fait la guerre, ne peut Ă©voquer les armes et les deuils que dans une distanciation pudique, qui renvoie Ă  la conquĂȘte coloniale du 
 Second Empire ; mĂȘme Donizetti, pourtant dĂ©tenteur du truchement comique, Ă©labore dans sa Fille du rĂ©giment de 1840, une action qui Ă©voque des temps guerriers anciens eux aussi, ceux des campagnes de Bonaparte en Italie, Offenbach fait de mĂȘme en 1879 pour La fille du tambour-major. Dans le programme, les adagios des Quatuors pour piano de FaurĂ© (1887) ou Dubois (1907) Ă©clairent le fond d’une Ă©poque tourmentĂ©e. Ils font retentir  mais allusivement dans les salons intimes, les dĂ©flagrations des guerres contemporaines.

 

 

Au pays oĂč se fait la guerre. AprĂšs Poitiers le 14 dĂ©cembre 2014, les autres dates de la tournĂ©e 2015 : 20 janvier Ă  Aix-en-Provence, 22 janvier Ă  Entraigues-sur-la-Sorgue, 25 janvier Ă  Arles et 5 fĂ©vrier Ă  PĂ©rigueux.

 

 

 

Compte rendu, opéra. Versailles. Opéra Royal, le 6 mai 2014. Campra : TancrÚde, Benoßt Arnould, Isabelle DruetLes Temps Présents. Oliver Schneebeli, direction. Mise en scÚne, Vincent Tavernier  

campra-tancrede-opera-royal-versailles-schneebeliCompte rendu, opĂ©ra. Versailles. OpĂ©ra Royal, le 6 mai 2014. Campra : TancrĂšde… L’annĂ©e Campra organisĂ©e par le Centre de Musique Baroque de Versailles en 2010 avait jouĂ© de malchance et l’hommage qui aurait dĂ» ĂȘtre rendu au compositeur aixois n’avait donc pas comblĂ© toutes nos attentes. C’est donc avec une certaine impatience que nous attendions cette nouvelle production de TancrĂšde, que nous devons en partie Ă  l’institution versaillaise en co-production avec l’OpĂ©ra Grand Avignon. Nos attentes ne sont qu’en partie comblĂ©es.

TancrĂšde fut composĂ© par AndrĂ© Campra en 1702, alors que ce quasi inconnu avant son arrivĂ©e Ă  Paris Ă  l’Ăąge de 34 ans en 1694, est au faĂźte de sa gloire. Son opĂ©ra-ballet, l’Europe Galante l’a trĂšs rapidement rendu cĂ©lĂšbre. Cet homme qui compose le goĂ»t d’une certaine indĂ©pendance, particuliĂšrement rare Ă  l’Ă©poque pour un compositeur qui veut vivre dĂ©cemment, arrive au bon moment Ă  Paris. Et s’il est souvent connu pour sa musique sacrĂ©e, son art qui dĂ©veloppe une palette si italienne que recherche dĂ©sormais le public parisien, va exprimer sa pleine mesure dans ses Ɠuvres lyriques.

TancrĂšde, emprunte son argument Ă  la JĂ©rusalem dĂ©livrĂ©e du Tasse. Si cette tragĂ©die lyrique se veut un hommage Ă  Lully, elle magnifie ce goĂ»t nouveau du public pour des ouvrages plus lumineux, plus lĂ©gers, plus ultramontains. Ainsi dans TancrĂšde, la danse vient rompre le drame, l’emportant dans un tourbillon de couleurs orchestrales et vocales. Mais Campra se plaĂźt ici Ă  dĂ©velopper des nuances plus sombres, jouant sur des clairs – obscurs qui mettent en relief le drame amoureux, aidĂ© en cela par un trĂšs beau livret.

Antoine Danchet, son auteur connaßt bien Campra avec lequel il a entamé une collaboration amicale que rien ne viendra rompre. Il développe une poésie élégante, sensible, à la mélancolie élégiaque qui fait de TancrÚde une véritable perle baroque.

TancrĂšde, chevalier chrĂ©tien et Clorinde, princesse sarrasine, sont Ă©pris l’un de l’autre alors que tout doit les sĂ©parer. Argant est Ă©galement Ă©pris de la jeune femme, tandis qu’Herminie, princesse d’Antioche est de son cĂŽtĂ© amoureuse de TancrĂšde. Tous deux rongĂ©s par la jalousie, font appel au magicien IsmĂ©nor pour sĂ©parer les deux amants.

Le Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV) a rĂ©uni ce soir une assez belle distribution permettant d’offrir au public une nouvelle production trĂšs sĂ©duisante de cette Ɠuvre trop rare sur nos scĂšnes nationales.

La mise en scĂšne Ă©lĂ©gante et fantasmagorique de Vincent Tavernier, la scĂ©nographie qui nous offre toute la magie des toiles peintes et des jeux de perspectives de Claire Niquet, les costumes enchanteurs d’Erick Plaza-Cochet et les trĂšs belles lumiĂšres de Carlos Perez, nous restituent tout l’enchantement de ces spectacles au charme naĂŻf au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle. Les arts de la scĂšne font vibrer le cƓur des spectateurs et des acteurs, en un mĂȘme souffle.

De la distribution de ce soir nous retiendrons avant tout, le TancrĂšde poignant tant scĂ©niquement que vocalement de BenoĂźt Arnould et l’incandescente Clorinde d’Isabelle Druet. Le soin qu’ils apportent tous deux au texte, nous rĂ©vĂšle l’ardent dĂ©chirement d’un amour vouĂ© Ă  la mort. Chantal Santon fait de son Herminie un personnage complexe et attachant, dont l’air « Cessez, mes yeux, cessez de contraindre vos larmes », est Ă  fleur de dĂ©raison et de dĂ©sespoir.

Le reste de la distribution est plutĂŽt bien Ă©quilibrĂ© et dans cette Ɠuvre oĂč les basses tiennent un place essentielle, tant BenoĂźt Arnould dĂ©jĂ  citĂ© que le talentueux Eric-Martin Bonnet et Alain Buet, sont parfaitement appariĂ©s Ă  leurs personnages.

Le ballet de l’OpĂ©ra Grand Avignon maĂźtrise tout le raffinement de la danse baroque et chaque ballet est un ravissement pour l’Ɠil, tandis que le chƓur, les Chantres du Centre de Musique baroque de Versailles au phrasĂ© soignĂ©, s’impliquent avec une belle Ă©nergie dans ses diffĂ©rentes interventions.

Nos seuls regrets de la soirĂ©e ont Ă©manĂ© de la direction par trop retenue et linĂ©aire d’Olivier Schneebeli qui nous avait habituĂ© Ă  plus de brillant dans le rĂ©pertoire français. L’orchestre semble manquer de couleurs et d’une certaine vivacitĂ© provoquant parfois des dĂ©calages avec la scĂšne. Au bilan une bien jolie soirĂ©e, permettant de servir la cause de la si belle musique d’AndrĂ© Campra.

Versailles. OpĂ©ra Royal, le 6 mai 2014. AndrĂ© Campra (1660– 1744) : TancrĂšde, tragĂ©die en musique en cinq actes avec prologue, livret d’Antoine Danchet. TancrĂšde, BenoĂźt Arnould ; Clorinde, Isabelle Druet ; Herminie, Chantal Santon ; Argant, Alain Buet ; IsmĂ©nor, Eric-Martin Bonnet ; Un Sage enchanteur, un Sylvain, un Guerrier, la Vengeance, Erwin Aros ; La Paix, une GuerriĂšre, une Dryade, Anne-Marie Beaudette ; Une GuerriĂšre, une Dryade, Marie Favier. Ballet de l’OpĂ©ra Grand Avignon. Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles.. Les Temps PrĂ©sents. Oliver Schneebeli, direction. Mise en scĂšne, Vincent Tavernier ; ChorĂ©graphie, Françoise Deniau ; Assistant chorĂ©graphe, Gilles Poirier ; ScĂ©nographie, Claire Niquet ;Costumes Erick Plaza-Cochet. LumiĂšres, Carlos Perez