DVD, compte rendu critique. Verdi : Falstaff (Levine, Carsen, 2013)

Falstaff verdi decca dvd critique review classiquenews carsen levine decembre 2013 metropolitan opera dvdDVD, compte rendu critique. Verdi : Falstaff (Levine, Carsen, 2013). New York, Metropolitan Opera, dĂ©cembre 2013. Tous les cinĂ©mas du monde (ou presque) relaient en direct la vision que le canadien Robert Carsen dĂ©veloppe du Shakespearien Fastaff de Verdi. Ultime geste lyrique du compositeur oĂą le rire s’Ă©rige en arme contre la folie humaine et l’hypocrisie sociale (une tare que Verdi a bien Ă©prouvĂ© sa vie durant). Dans un style britannique très finement restituĂ©, celui de l’après guerre, le chevalier ridicule a des airs de baron rustique. MalgrĂ© la subtilitĂ© prometteuse des dĂ©cors et des enchantements poĂ©tiques de la nuit d’illusions (III), – quand tous les villageois trompent le dindon magnifique, osons reconnaĂ®tre que le parti pris souvent bouffon farceur du baryton abonnĂ© au rĂ´le titre, Ambrogio Maestri, Ă©chappe d’une certaine façon Ă  la fragilitĂ© du personnage dont il fait surtout une brute parfois Ă©paisse, sans guère de profondeur ou de trouble Ă©motionnel. Pourtant Falstaff n’est pas qu’une comĂ©die satirique : c’est aussi une fable grave et sombre oĂą affleurent des sentiments plus complexes. Certes la facilitĂ© de l’acteur est indiscutable, mais les moyens s’Ă©tant usĂ©s, le jeu de l’acteur tend Ă  compenser le manque de musicalitĂ© par un surjeu dramatique … inutile et vain. MĂŞme format surdimensionnĂ© pour l’Alice Ford d’Angela Meade (chant trop large). Plus convaincant car moins surexpressifs le quatuor des rĂ´les secondaires : Jennifer Johnson Cano (Meg), Lisette Oropresa (Nannetta), l’excellente et mordante Mrs Quickly de Stephanie Blythe, vraie nature théâtrale qui aurait volĂ© Ă  la Queen Elizabeth, l’un de ses tailleurs colorĂ© flashy-, ou le Fenton d’un autre abonnĂ© pour ce rĂ´le, l’efficace Paolo Fanale. Mais la tension et l’Ă©clat de la farce se diffusent depuis la fosse oĂą faisant un grand retour, d’autant plus apprĂ©ciĂ© et lĂ©gitimement applaudi, James Levine, remis d’une longe absence pour maladie, dirige de sa chaise roulante. Le feu, la vie, le rire de Falstaff s’accordent et se libèrent enfin grâce Ă  l’activitĂ© d’un orchestre amoureux, pĂ©tillant. Attachante production new yorkaise qui Ă  dĂ©faut de vraies voix irrĂ©sistibles, sait exprimer la vitalitĂ© de la partition du dernier Verdi.

DVD, compte rendu critique. Verdi : Falstaff (Levine, Carsen, 2013).

Falstaff: Ambrogio Maestri
Alice Ford : Angela Meade
Ford : Franco Vassallo
Nannetta : Lisette Oropesa
Fenton : Paolo Fanale
Mrs Quickly : Stephanie Blythe
Meg Page : Jennifer Johnson Cano
Bardolfo : Keith Jameson
Pistola : Christian Van Horn
Dr Caio : Carlo Bosi

Orchestre et chœur du Metropolitan Opera
James Levine, direction musicale
Mise en scène : Robert Carsen

Enregistré au Metropolitan Opera, en décembre 2013
2 DVD DECCA, 2h21mn

Compte rendu, opéra. Parme. Teatro Regio, le 10 octobre 2014. Verdi : La forza del destino, opéra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Antonio Ghislanzoni. Virginia Tola, Donna Leonora; Luca Salsi, Don Carlo di Vargas; Roberto Aronica, Don Alvaro… Filarmonica Arturo Toscanini, coro del Teatro Regio di Parma; Jader Begnamini. Stefano Poda, mise en scène, décors, costumes, chorégraphies et lumières

Vague verdienne en juin 2014Une fois passĂ©es les rĂ©jouissances du bicentenaire Giuseppe Verdi (1813-1901), l’annĂ©e dernière, le festival consacrĂ© Ă  l’enfant du pays revient Ă  des « proportions » plus modestes. Ainsi l’édition 2014 commence le jour anniversaire de la naissance du compositeur, c’est-Ă -dire le 10 octobre; et c’est La forza del destino qui ouvre une sĂ©rie d’une trentaines de concerts dont dix reprĂ©sentations d’opĂ©ras (5 pour La forza del destino au Teatro Regio de Parme et 5 pour La Traviata au Teatro Verdi de Bussetto). Pour ce premier opĂ©ra, c’est une distribution presque exclusivement parmesane qui a Ă©tĂ© convoquĂ©e. Avec une distribution d’un niveau si Ă©levĂ© on peut regretter que Stefano Poda, en charge de la mise en scène ait dĂ©cidĂ© de prendre en charge aussi les costumes, les dĂ©cors, les chorĂ©graphies et mĂŞme les lumières.

La Forza del destino ouvre le festival Verdi … en demi teintes

Au vu du nombre de morts qui s’alignent Ă  mesure que la soirĂ©e avance, La forza del destino porte plutĂ´t bien son nom. Dans un tel contexte, Stefano Poda aurait pu se contenter de transporter son public dans une Italie intemporelle. Que nenni, il assombrit son propos Ă  l’excès (dĂ©cors noirs ou gris antracite, costumes noirs (exceptĂ©es Preziosilla qui porte un manteau rouge et Leonora toute de blanc vĂŞtue après son entrĂ©e au couvent d’Hornacuelos), lumières très (trop ?) tamisĂ©es saufs Ă  quelques rares moments, notamment la scène de l’auberge et celle du campement militaire qui suit le duel. Ajoutons Ă  cela des ballets sans âme aux mouvements mĂ©caniques, des entrĂ©es et des sorties d’une lenteur exaspĂ©rante pendant toute la soirĂ©e et des mimes incomprĂ©hensibles; des choeurs arrivant et sortant en rang d’oignons … Du coup nous avons la dĂ©sagrĂ©able impression de voir une mise en scène brouillonne et peu convaincante. Seul le quatrième acte, le dernier, laisse enfin entrer un peu de vie ( nous avons droit, enfin, Ă  une très belle scène d’entrĂ©e lorsque Fra’ Melitone, remplaçant Don Alvaro devenu frère Raffaele après son duel avortĂ© avec Don Carlo di Vargas, est censĂ© faire acte de charitĂ© sous la surveillence de Guardiano Ă  la fois critique et bienveillant) dans un maelström de fer et de sang.

Fort heureusement, le nombre de satisfactions du cĂ´tĂ© de la distribution ne manque pas ; il nous permet d’oublier une mise en scène brouillonne et trop sombre (chose dont les artistes eux mĂŞmes parlaient prudemment). Virginia Tola effectue une très belle prise de rĂ´le; sa Leonora est une jeune fille amoureuse et tourmentĂ©e, dĂ©jĂ  pleine de remords vis Ă  vis de son père. Et lorsque survient le drame, la malĂ©diction de son père achève de la faire sombrer dans la honte et le regret. Roberto Aronica, que nous avions saluĂ© lors de l’Ă©dition 2013, revient en 2014 et campe un Alvaro de très belle tenue. La voix est ferme, ronde, chaleureuse, la tessiture large et les aigus percutants. Le tĂ©nor fait passer son personnage par des sentiments divers et contradictoires passant plusieurs fois de l’espoir le plus fou au dĂ©sespoir le plus sombre en quelques secondes donnant ainsi un Alvaro touchant. Le Don Carlo de Luca Salsi est fou de rage et obnubilĂ© par la vengeance qu’il compte tirer d’Alvaro et de Leonora. Si l’air d’entrĂ©e est laborieux, – souffrant il a Ă©tĂ© remplacĂ© pour la gĂ©nĂ©rale-, il a quelques problèmes encore quelques scories d’un rhume tenace et a quelques dĂ©faillances de justesse lors de la première. Il se re-cadre cependant rapidement et donne au final une très belle interprĂ©tation d’un rĂ´le intense et complexe. Pour incarner il Padre Guardiano, c’est Michele Pertusi qui s’y colle; la basse parmesane ajoute Ă  l’occasion de cette sĂ©rie, une prise de rĂ´le inattendue. Pertusi fait de Guardiano un prĂŞtre attentif et plein de compassion d’autant, ainsi qu’il le dit lui mĂŞme, le père supĂ©rieur est un “grand pĂŞcheur et un homme tourmentĂ©” et d’ajouter aussitĂ´t : “comme nous le sommes tous un peu”. Excellent comĂ©dien, Pertusi fait montre d’une autoritĂ© naturelle qui colle parfaitement au personnage et mĂŞme si les graves sont parfois peu audibles, Michele Pertusi prend le rĂ´le Ă  son compte, en le montrant sous un jour humain et attachant plutĂ´t que comme un religieux inflexible. Le Fra’ Melitone de Roberto de Candia est virulent, peu enclin Ă  la charitĂ© et d’une foi bornĂ©e; et les dĂ©fauts du frère, dĂ©cuplĂ©s par De Candia en deviennent comiques tant il tend le bâton pour se faire battre. Nous regrettons d’ailleurs que Poda ait oubliĂ© “de surfer” sur cette vague, ayant largement matière Ă  travailler avec ce comique malgrĂ© lui; vocalement De Candia n’a rien Ă  envier Ă  ses partenaires tant il maitrise son instrument dont il use parfaitement. Chiara Amaru campe une Preziosilla flamboyante. La jeune mezzo soprano palermitaine s’empare du rĂ´le de la bohĂ©mienne avec gourmandise et malgrĂ© une mise en scène peu accommodante, elle brĂ»le les planches; vocalement Amaru monte dans les aigus et descend dans les graves avec facilitĂ© couvrant sans peine la large tessiture d’un rĂ´le peu Ă©vident. Andrea Giovannini est un Trabucco roublard et sans scrupules face aux soldats mais prudent face Ă  un Carlo inquisiteur recherchant obstinĂ©ment sa soeur. Saluons les très belles performances des comprimari et du choeur, parfaitement prĂ©parĂ© par son nouveau chef Salvo Sgro, – Martino Faggiani Ă©tant parti Ă  Bruxelles.

Dans la fosse, la Filarmonica Arturo Toscanini est dirigĂ©e par Jader Begnamini. Nous avions eu, lors de l’Ă©dition 2013, l’occasion de saluer le talent du jeune chef; il rĂ©Ă©dite  cette annĂ©e ses très belles performances en dirigeant d’une main ferme et avec une maĂ®trise digne des plus grands. Sa lecture du chef d’oeuvre de Verdi est vive, dynamique, sans temps mort; et si la battue est parfois très inhabituelle, elle reste prĂ©cise et efficace puisque l’orchestre suit son jeune chef avec une prĂ©cision millimĂ©trĂ©e.

Nonobstant une mise en scène obscure, pas dynamique pour deux sous et quelque peu brouillonne,  saluons une distribution cohérente et efficace à commencer par Virginia Tola et Michele Pertusi qui réussissent parfaitement leurs prises de rôles respectives. A noter également la parfaite performance de la Filarmonica Arturo Toscanini et de Jader Bignamini qui impulse un dynamisme et une vitalité bienvenus.

Parme. Teatro Regio, le 10 octobre 2014. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La forza del destino, opéra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Antonio Ghislanzoni. Simon Lim, il marchese di Calatrava; Virginia Tola, Donna Leonora, sa fille; Luca Salsi, Don Carlo di Vargas, son fils; Roberto Aronica, Don Alvaro; Chiara Amaru, Préziosilla; Michele Pertusi, Padre Guardiano; Roberto de Candia, Fra’ Melitone; Andrea Giovannini, Trabucco; Raffaella Lupinacci, Curra, femme de chambre de Léonora; Daniele Cusari, un alcade; Gianluca Monti, un chirurgien. Filarmonica Arturo Toscanini, coro del Teatro Regio di Parma; Jader Begnamini. Stefano Poda, mise en scène, décors, costumes, chorégraphies et lumières.

Verdi : La Traviata

Angers Nantes OpĂ©ra : nouvelle Traviata Ă©vĂ©nement, du 26 mai au 16 juin 2013 …
Pour clĂ´turer sa saison 12-13 en beautĂ©, ANO Anges Nantes OpĂ©ra met comme toujours l’accent sur la rĂ©alisation et l’approfondissement théâtral des productions prĂ©sentĂ©es : fidèle Ă  un travail dĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ© avec la metteure en scène Emmanuelle Bastet , voici une nouvelle production de La Traviata, bicentenaire 2013 oblige mais avec le regard neuf et sensible, celui d’une femme scĂ©nographe dont le justesse et la vĂ©ritĂ©, ont le plus souvent sĂ©duit hors des poncifs scĂ©niques.  Nouvelle production Ă©vĂ©nement, Ă  Nantes puis Ă  Angers, du 26 mai au 16 juin 2013…  soit dates 7 incontournables. Production coup de coeur de Classiquenews.com.

RĂ©alisme romantique alla Verdi

pUUT32L5Jf_2009785551ZPKTR7Pour clĂ´turer sa saison 12-13 en beautĂ©, ANO Anges Nantes OpĂ©ra met comme toujours l’accent sur la rĂ©alisation et l’approfondissement théâtral des productions prĂ©sentĂ©es : fidèle Ă  un travail dĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ© avec la metteure en scène Emmanuelle Bastet dont on se souvient Ă  Nantes et Ă  Angers d’un regard Ă  la fois tendre, sensuel, esthĂ©tique opĂ©rĂ© sur Lucio Silla de Mozart puis surtout OrphĂ©e et Eurydice de Gluck, voici une nouvelle production de La Traviata, bicentenaire 2013 oblige mais avec le regard neuf et sensible, celui d’une femme scĂ©nographe dont le justesse et la vĂ©ritĂ©, ont le plus souvent sĂ©duit hors des poncifs scĂ©niques.
De ce fait, rares les mises en scène de La Traviata, sommet de la carrière lyrique de Verdi et nouveau jalon du romantisme lyrique italien, dĂ©fendues par des femmes : le principe est prometteur et devrait Ă©clairer des facettes oubliĂ©es ou attĂ©nuĂ©es de la courtisane parisienne dont le mythe est d’abord littĂ©raire, Ă©crit par un tĂ©moin inconsolable, Alexandre Dumas fils (La Dame aux camĂ©lias) qui laisse le portrait rĂ©el et fantasmĂ© d’Alphonsine Plessis dite Marie Duplessis, morte dĂ©truite et ruinĂ©e Ă  l’âge canonique de… 23 ans. Il y a assurĂ©ment du Manon chez Marie : une fragilitĂ© fĂ©minine qui enchante et bouleverse. Historiquement la Duplessis comme les grande courtisane du XVIIIè, envoĂ»ta les sens de Dumas II puis ceux de Liszt. Mais il se dessine chez Verdi, un rĂ©alisme sentimental qui Ă©prouve la scène romantique Ă©dulquorĂ©e et annonce dĂ©jĂ  le naturalisme de Zola (Nana), voire le vĂ©risme d’un Puccini (quand il se passionne lui aussi pour une autre courtisane Manon Lescaut justement). Ne s’agirait-il pas chez Verdi de dĂ©noncer les critiques voilĂ©es, les attaques toujours indirectes Ă©prouvĂ©es quand au moment de la composition de La Traviata, il entretient dĂ©jĂ  une relation avec la chanteuse Giuseppina Strepponi ?

MĂ©lo tragique

La Traviata (la dĂ©voyĂ©e) brosse le portrait d’une courtisane, Violetta ValĂ©ry, Ă  Paris sous le Second Empire qui ne croyant plus Ă  l’amour, dĂ©couvre contre toute attente, la passion grâce Ă  sa rencontre avec Alfredo Germont, jeune homme ardent et passionnĂ©. Mais “la dĂ©voyĂ©e”, pĂŞcheresse mĂ©prisable ne peut vivre impunĂ©ment un bonheur qu’elle ne mĂ©rite pas. Surtout si cette liaison entâche la respectabilitĂ© du jeune homme et de sa famille… La vision reste morale, respectueuse des convenances sociales et bourgeoises, propres au XIXème siècle. Comme le ballet du torrero prĂ©cĂ©dĂ© par le fameux choeur des gitanes, La Traviata dĂ©crit aussi une mise Ă  mort et Verdi met en branle une machine infernale qui aboutit Ă  l’agonie de Violetta. La courtisane doit se sacrifier, apprendre le renoncement… et par ce geste ultime, pourra gagner son salut. L’oeuvre est crĂ©Ă©e Ă  Venise, en 1853.
Outre le sacrifice obligĂ©e de l’hĂ©roĂŻne, victime sur l’autel de la morale bourgeoise qu’incarne le redresseur de torts Germont père dans sa confrontation Ă  la fois violente et inflexible au II, Verdi dĂ©veloppe aussi en un contraste saisissant l’opposition des situations quand Violetta usĂ©e par sa vie dissolue, passant de riches protecteurs en mondains ostentatoires, dĂ©couvre le pur amour, innocent, dĂ©sintĂ©ressĂ©, vĂ©ritable …  : Alfredo. SuprĂŞme rencontre pour une femme qui a passĂ© sa (courte) vie Ă  monnayer ses charmes et vendre son corps… Malade, affaiblie et dĂ©jĂ  condamnĂ©e physiquement, Violetta subit encore une condamnation morale et psychique sans issue : si elle aime vraiment le jeune Alfredo, elle doit renoncer Ă  lui car il n’y a aucun avenir (social) pour les deux amants …
Nouvelle production événement présentée par Angers Nantes Opéra, à partir du 26 mai 2013 à Nantes. Puis les 16 et 18 juin 2013 au Quai à Angers.
La Traviata Ă 
Angers Nantes Opéra
Nantes, Théâtre Graslin
Du 26 mai au 5 juin 2013Angers, Le Quai
les 16 et 18 juin 2013


Direction musicale : Roberto Rizzi Brignoli
mise en scène : Emmanuelle Bastet
décors : Barbara de Limburg
costumes : VĂ©ronique Seymat
lumières : François Thouret

Avec

Mirella Bunoaica, Violetta Valéry
Edgaras Montvidas, Alfredo Germont
Tassis Christoyannis, Giorgio Germont
Leah-Marian Jones, Flora Bervoix
CĂ©cile Galois, Annina
Frédéric Caton, Docteur Grenvil
Christophe Berry, Gastone, vicomte de Letorières
Laurent Alvaro, Baron Douphol
Pierre Doyen, Marquis d’Obigny
Choeur d’Angers Nantes Opéra (Sandrine Abello, direction)
Orchestre National des Pays de la Loire
Nouvelle production Angers Nantes Opéra.

France Musique: Otello de Verdi, dimanche 6 janvier 2013,14h

France Musique: Otello de Verdi, dimanche 6 janvier 2013,14h

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Verdi : Otello

France Musique

Le 6 janvier 2013, 14h
Jardin des critiques
logo_fmusiqueOtello est créé à la Scala de Milan le 5 février 1887. Il interrompt un silence de près de seize années, pendant lesquels Verdi avait cessé de composer depuis Aïda créé au Caire le 24 décembre 1871.
La source n’est pas nouvelle pour le compositeur, Verdi ayant passionnément trouvé dans l’épopée et la poésie de Shakespeare ses propres marques dramatiques. Il y eut Lady Macbeth (1847). Mais la nouveauté pour le lion de la scène lyrique, c’est une nouvelle collaboration, avec un nouveau librettiste, Arrigo Boito, dès 1874, mais qui n’aboutira que quelques années plus tard, après leur travail de révision de Simon Boccanegra et de Don Carlos. Après Otello, surgira l’ultime création, Falstaff, en 1893, découlant également de la sève Shakespearienne (les Joyeuses Commères de Windsor).
Victorieux des Turcs, le Maure général de l’armée vénitienne, Otello, est accueilli triomphalement par le peuple cypriote.
S’il vainc aisément les forces hostiles sur l’arène militaire, il en va tout autrement sur la scène amoureuse. Et le conquérant se fait angoissé, impatient, tyrannique, passionnel, irascible. Du moins doute-t-il assez de lui-même pour que le venin du soupçon, distillé par son ennemi Iago, le perfide semeur de trouble, ne vienne lui inspirer suspicion et accusation à l’endroit de son épouse, pourtant fidèle et aimante, la belle Desdémone.
Elle-même est aussi douce et passive qu’il se montre manipulable et aveugle.
La force du drame vient de ce contraste saisissant sur la scène : ici, les deux protagonistes que tout a comblé : fortune, rang, mérite et beauté, sont les jouets impuissants  d’un traître, odieux démiurge, habile Satan des cœurs, un fieffé jaloux qui tirant les ficelles d’une histoire somme toute assez banale, nous plonge dans la tragédie la plus impitoyable.
Sur la scène,  les trop frêles figures humaines d’Otello et de son épouse, Desdémone, résistent vainement. A la folie dévastatrice du premier, répond la soumission pieuse de la seconde.
Ici, aucun des personnages n’est maĂ®tre de lui-mĂŞme. Chacun semble possĂ©dĂ© par une force qui le dĂ©passe: jalousie perverse (Iago), soupçon dĂ©vorant (Otello), accablement (DesdĂ©mone). La musique quant Ă  elle, forte, violente, fulgurante, est, osons le mot, sublime.

Verdi, Otello
Opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi
Livret : Arrigo Boito d’après William Shakespeare