CD, Ă©vĂ©nement, annonce. HANDEL : Joyce DiDonato chante Agrippina de Handel (3 cd ERATO – mai 2019)

didonato-joyce-agrippina-fagioli-pisaroni-orlinski-vistoli-lemieux-maxim-EMELYANYCHEV-il-pomo-doro-cd-opera-cd-review-opera-concert-orchestre-classiquenews-gd-formatCD, Ă©vĂ©nement, annonce. HANDEL : Joyce DiDonato chante Agrippina de Handel (3 cd ERATO – mai 2019). EnregistrĂ©e en mai 2019, cette nouvelle lecture du premier chef d’Ɠuvre absolu du jeune Haendel, alors finissant son tour d’Italie et Ă©tabli Ă  Venise (l’opĂ©ra Agrippina est crĂ©Ă© au San Giovanni Grisostomo le 26 dĂ©c 1709), renouvelle notre connaissance de l’Ɠuvre, un accomplissement pour le Saxon qui s’y montre fin connaisseur de l’opĂ©ra seria auquel il apporte sa science des mĂ©lodies suaves, de l’élĂ©gance et aussi de l’expressivitĂ© tragique et impĂ©rieuse (s’agissant du rĂŽle d’Agrippine, la mĂšre autoritaire du jeune NĂ©ron). Pour l’une et l’autre, la version Ă©ditĂ©e par Erato rĂ©unit un superbe couple, caractĂ©risĂ©, fin, impliquĂ©, au verbe rageur : Joyce DiDonato en impĂ©riale dominatrice ; Franco Fagioli en Nerone, un rĂŽle que le contre-tĂ©nor argentin incarne Ă  merveille tant depuis son Eliogabalo de Cavalli (Palais Garnier, sep 2016 : lire notre compte rendu critique : http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-paris-palais-garnier-le-16-septembre-2016-cavalli-eliogabalo-recreation-franco-fagioli-leonardo-garcia-alarcon-direction-musicale-thomas-jolly-mise-en-scene-2/ ), son timbre acide et veloutĂ© Ă  la fois excelle Ă  exprimer l’essence des princes effĂ©minĂ©s, dĂ©cadents
 soumis Ă  l’empire des sens, portraiturĂ©s avant Haendel par 
 Monteverdi (l’Incoronazione di Poppea).
En « fosse », Fagioli retrouve d’ailleurs, le pĂ©taradant et trĂšs articulĂ© Maxim Emelyanychev et son ensemble sur instruments d’époque, Il Pomo d’Oro : une phalange prĂȘte Ă  en dĂ©coudre pour exprimer tous les vertiges de la passion haendĂ©lienne
 Contre-tĂ©nor, chef et instrumentistes avaient prĂ©cĂ©demment convaincu dans un Serse (1738), enregistrĂ© en 2017 pour DG : Lire ici notre critique du cd Serse par Franco Fagioli ( CLIC de CLASSIQUENEWS d’oct 2018 : http://www.classiquenews.com/cd-critique-handel-haendel-serse-1738-fagioli-genaux-emelyanychev-2017-3cd-deutsche-grammophon/ ).
Autour de ce couple promis Ă  devenir lĂ©gendaire, Erato regroupe un parterre idĂ©al qui joue lui aussi sur la finesse des caractĂ©risations de chaque profil : Elsa Benoit (suave et sobre Poppea), l’impeccable Narciso de Carlo Vistoli, comme l’Ottone de Jakub Jozef Orlinski, lequel ajoute son timbre acide et musical lui aussi pour cette prise en studio proche de l’idĂ©al. AprĂšs Monteverdi au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, et lui aussi phare de l’opĂ©ra vĂ©nitien, Haendel se hisse Ă  la plus haute marche de l’inspiration d’aprĂšs l’AntiquitĂ© romaine : le cynisme et la passion embrasent tout ; rien n’arrĂȘte l’ivresse des hauteurs et du pouvoir ; s’il deviennent fous et inhumains, tous les candidats tentĂ©s par la toute puissance s’emballent au delĂ  de toute mesure ; chaque politique ici libĂ©rĂ©, peut exprimer sa soif de puissance, de gloire, de sĂ©duction. Et au sommet de la partition s’inscrit en lettres d’or et chant souverain, l’air accompagnato, trĂšs dĂ©veloppĂ©, incisif, hallucinĂ© de la prima donna barocca, Joyce DiDonato, au I : “ Pensieri, voi mi tormentate (de plus de 6 mn : un air essentiel dans la partition), dans laquelle la mĂšre qui manipule, est hantĂ©e par ses propres craintes que tous ses stratagĂšmes n’Ă©chouent Ă  faire de son fils Nerone, l’empereur, successeur de Claude
 TraversĂ©e par les spasmes et les visions d’une fragilitĂ© inconnue jusque lĂ , l’ambitieuse semble mesurer tout ce qu’elle peut perdre et tout ce qu’elle engage dans cette course au pouvoir. La vipĂšre en chef voudrait nous faire croire qu’elle est pauvre victime. GĂ©nial Haendel ! Par sa cohĂ©rence et le relief ciselĂ© de chaque protagoniste de ce huis clos bien romain, s’impose dans la discographie. Grande critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

CD, critique. HANDEL / HAENDEL : Serse (1738) / Fagioli, Genaux (Emelyanychev, 2017) – 3cd Deutsche Grammophon

Handel fagioli serse haendel cd review critique cd par classiquenews opera baroque par classiquenews genaux aspromonte Serse-CoffretCD, critique. HANDEL / HAENDEL : Serse (1738) / Fagioli, Genaux (Emelyanychev, 2017 – 3 cd DG Deutsche Grammophon, 2017). VoilĂ  une production prĂ©sentĂ©e en concert (Versailles, novembre 2017) et conçue pour la vocalitĂ  de Franco Fagioli dans le rĂŽle-titre (il rempile sur les traces du crĂ©ateur du rĂŽle (Ă  Londres en 1738, Caffarelli, le castrat fĂ©tiche de Haendel) ; le contre-tĂ©nor argentin est portĂ©, dĂšs son air « « Ombra mai fu » », voire stimulĂ© par un orchestre Ă©lectrique et Ă©nergique, portĂ© par un chef prĂȘt Ă  en dĂ©coudre et qui de son clavecin, se lĂšve pour mieux magnĂ©tiser les instrumentistes de l’ensemble sur instruments anciens, Il Pomo d’Oro : Maxim Emelyanychev. La fiĂšvre instillĂ©e, canalisĂ©e par le chef Ă©tait en soi, pendant les concerts, un spectacle total. Physiquement, en effets de mains et de pieds, accents de la tĂȘte et regards hallucinĂ©s, le maestro ne s’économise en rien.
L’enregistrement prolonge la vitalitĂ© du concert et rend compte d’un esprit de troupe, sachant pour chaque chanteur caractĂ©riser idĂ©alement chaque personnage.
En Serse / Xerxes 1er, Franco Fagioli dĂ©montre une maĂźtrise parfaite des mĂ©lismes et acrobaties vocales Ă©crites par Haendel. Fagioli vocalise sans peine, dans les aigus comme dans les graves, sur l’étendue de sa tessiture, indiquant combien les ornements sont porteurs de sens, signifient idĂ©alement la volontĂ© du Roi Perse, dans le grave engorgĂ©, en un chant qui dans un seul souffle sait distiller piani et forte sans cĂ©sure (cf l’ambitus ahurissant de l’air « « Crude furie » », de l’extrĂȘme aigu aux graves souterrains). Le caprice, le dĂ©sir, le plaisir du prince (amoureux volatile) s’exprime et prend forme avec un naturel 
 dĂ©sarmant.
Autour du Divo, comme on disait des castrats idolĂątrĂ©s au XVIIIĂš, Fagioli, ses partenaires dĂ©fendent avec beaucoup de classe et d’intensitĂ©, le relief Ă©motionnel de leur personnage : Inga Kalna incarne une Romilda, solide, parfois instable, mais toujours trĂšs volontaire et expressive (en rien cette fĂ©minitĂ© fragile et fĂ©brile, ailleurs portĂ©e par des sopranos pointues). Il est vrai que la soprano chante Ă  prĂ©sent Rodelinda avec une vĂ©ritĂ© irrĂ©sistible.
En Arsamene, la mezzo coloratoure canadienne (originaire de Fairbanks), Vivica Genaux (enfin voilĂ  dans le rĂŽle du frĂšre de Serse une voix fĂ©minine de poids, plutĂŽt qu’un contre-tĂ©nor trop lisse et pas assez typĂ©) qui confirme son immense facilitĂ© vocale et dramatique, un tempĂ©rament exceptionnellement ciselĂ© et percutant qui fait d’elle la mezzo baroque de l’heure (avec Ann Hallenberg). Amastre gagne une Ă©paisseur rĂ©elle grĂące Ă  la tessiture Ă©largie, soutenue aux extrĂ©mitĂ©s, de l’alto Delphine Galou, voix sĂ»re, droite, profonde.
Jeune diva Ă  suivre dĂ©sormais, Francesca Aspromonte offre une remarquable couleur, entre brio et tendresse au personnage d’Atalanta, moins piquante intrigante que vrai tempĂ©rament amoureux, elle aussi prĂȘte Ă  en dĂ©coudre.
CLIC_macaron_2014Acteur en diable, se jouant des travestissements (en jardinier, en marchande de fleurs, voix de tĂȘte drĂŽlissime Ă  l’envi), le baryton Biagio Pizzuti Ă©claire la figure d’Elviro, d’une vĂ©ritĂ© humaine, comique certes, mais trĂšs proche du spectateur / auditeur.
Un pilier efficace dans la trame dramatique qui contraste parfaitement avec la noblesse plus digne de ses partenaires.
Autant le profil de l’empereur Serse est lumineux, autant celui de Ariodate (Andrea Mastroni) est lugubre et sombre, qui ferait rĂ©sonner jusqu’aux cintres. Et l’auditeur.

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CD, critique. HANDEL / HAENDEL : Serse (1738). Dramma per musica en 3 actes, livret d’aprĂšs NicolĂČ Minato et Silvio Stampiglia / CrĂ©Ă© Ă  Londres en avril 1738

Serse : Franco Fagioli
Arsamene, son frĂšre : Vivica Genaux
Romilda : Inga Kalna
Atalanta : Francesca Aspromonte
Ariodate : Andrea Mastroni
Amastre : Delphine Galou
Elviro : Biagio Pizzuti

Il Pomo d’Oro / Maxim Emelyanychev, direction.

 

 

 

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LIRE nos autres critiques des cd et concerts par Franco Fagioli

CD, compte rendu critique. Gluck: Orfeo ed Euridice, 1762 (Franco Fagioli, Laurence Equilbey, 3 cd Archiv, avril 2015)
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-gluck-orfeo-ed-euridice-1762-franco-fagioli-laurence-equilbey-3-cd-archiv-avril-2015/

CD événement, annonce. FRANCO FAGIOLI : ROSSINI (1 cd Deutsche Grammophon, à venir le 30 septembre 2016).
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-franco-fagioli-rossini-1-cd-deutsche-grammophon-a-venir-le-30-septembre-2016/

Compte rendu, opéra. Paris, Palais Garnier, le 16 septembre 2016. Cavalli : Eliogabalo (1667), recréation. Franco Fagioli
 Leonardo Garcia Alarcon, direction musicale. Thomas Jolly, mise en scÚne
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-paris-palais-garnier-le-16-septembre-2016-cavalli-eliogabalo-recreation-franco-fagioli-leonardo-garcia-alarcon-direction-musicale-thomas-jolly-mise-en-scene/

Compte-rendu critique, opéra. Nancy. Opéra National de Lorraine, le 7 mai 2017. Gioachino Rossini : Semiramide. Salome Jicia, Franco Fagioli, Nahuel Di Pierro, Matthews Grills. Domingo Hindoyan, direction musicale. Nicola Raab, mise en scÚne
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-opera-nancy-opera-le-7-mai-2017-rossini-semiramide-jicia-fagioli-hindoyan-raab/

CD, compte rendu critique. FRANCO FAGIOLI, contre tĂ©nor : Handel Arias (1 cd Deutsche Grammophon). Parmi les contre tĂ©nors actuels, ceux qui savent caractĂ©riser un personnage, au lieu de dĂ©ployer toujours la mĂȘme technique, l’argentin Franco Fagioli rĂ©alise une belle prouesse, sur le sillon de son aĂźnĂ© Max Emanuel Cencic, qui lui accuse les signes inquiĂ©tants de son Ăąge vocal : medium certes Ă©largi mais

http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-franco-fagioli-contre-tenor-handel-arias-1-cd-deutsche-grammophon/

Compte rendu, opéra. Paris, Palais Garnier, le 16 septembre 2016. Cavalli : Eliogabalo, recréation. Franco Fagioli
 Leonardo Garcia Alarcon, direction musicale. Thomas Jolly, mise en scÚne.

Compte rendu, opĂ©ra. Paris, Palais Garnier, le 16 septembre 2016. Cavalli : Eliogabalo, recrĂ©ation. Franco Fagioli
 Leonardo Garcia Alarcon, direction musicale. Thomas Jolly, mise en scĂšne. D’emblĂ©e, on savait bien Ă  voir l’affiche du spectacle (un homme torse nu, les bras croisĂ©s, souriant au ciel, Ă  la fois agitĂ© et peut-ĂȘtre dĂ©lirant
 comme Eliogabalo?) que la production n’allait pas ĂȘtre fĂ©erique. D’ailleurs, le dernier opĂ©ra du vĂ©nitien Cavalli, cĂ©lĂ©britĂ© europĂ©enne Ă  son Ă©poque, et jamais jouĂ© de son vivant, met en musique un livret cynique et froid probablement du gĂ©nial Busenello : une action d’une cruditĂ© directe, parfaitement emblĂ©matique de cette dĂ©sillusion poĂ©tique, oscillant entre perversitĂ© politique et ivresse sensuelle


 

 

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Chez Giovanni Francesco Busenello, l’amour s’expose en une palette des plus contrastĂ©es : d’un cĂŽtĂ©, les dominateurs, manipulateurs et pervers ; de l’autre les Ă©pris transis, mis Ă  mal parce qu’ils souffrent de n’ĂȘtre pas aimĂ©s en retour. Aimer c’est souffrir ; feindre d’aimer, c’est possĂ©der et tirer les ficelles. La lyre amoureuse est soit cruelle, soit douloureuse. Pas d’issue entre les deux extrĂȘmes. LIRE NOTRE COMPTE RENDU CRITIQUE COMPLET de la production ELIOGABALO de CAVALLI au Palais Garnier Ă  Paris, jusqu’au 15 octobre 2016

CD événement, annonce. FRANCO FAGIOLI : ROSSINI (1 cd Deutsche Grammophon, à venir le 30 septembre 2016)

Franco Fagioli il divinoCD Ă©vĂ©nement, annonce. FRANCO FAGIOLI : ROSSINI (1 cd Deutsche Grammophon, Ă  venir le 30 septembre 2016). Nouveaux dĂ©fis rossiniens pour Franco Fagioli… C’est son second album chez Deutsche Grammophon : aprĂšs un Orfeo ed Euridice de Gluck (version 1762, paru en octobre 2015), assez passe partout, paru il y a peu dont classiquenews  (mitigĂ©) a rendu compte, voici « Rossini » , un nouveau album dans lequel le contre-tĂ©nor argentin Franco Fagioli entend dĂ©monter outre son agilitĂ© vocale, ses talents de bel cantiste. Sa rage coloratoure, cette agilitĂ© de passage passant du grave Ă  l’aigu (en voix de tĂȘte admirablement maĂźtrisĂ©e, rappelant une Cecilia Bartoli pĂ©taradante en ses dĂ©buts faramineux), un timbre gĂ©nĂ©reux, charnu, et cette furie immĂ©diatement remarquĂ©e ont affirmĂ© le talent vocal et dramatique du chanteur.
EngagĂ©, vif-argent, c’est Ă  dire, douĂ© d’une agilitĂ© dans la caractĂ©risation tragique des personnages, Franco Fagioli aborde dans « Rossini », nouvel album Ă  paraĂźtre le 30 septembre 2016, les rĂŽles avant lui dĂ©volus aux mezzos fĂ©minins particuliĂšrement agiles (telles hier Maryline Horne ou aujourd’hui Vivica Genaux voire Joyce DiDonato
).
Mais le contre-tĂ©nor argentin ajoute la couleur de sa voix, qui tout en troublant l’écoute, par sa densitĂ©, son intensitĂ©, reste immĂ©diatement reconnaissable. Voici donc les Ottone et Edoardo des opĂ©ras AdelaĂŻde di Borgogna (airs des actes I, et II), surtout Matilde de Shabran et son grand air (introduit par un fabuleux solo de cor
 naturel Ă©videmment) : « Ah, perchĂ©, perchĂ© la morte »  priĂšre et lamento pour lesquels Fagioli dit aussi « Monsieur Bartoli » (en raison de sa parentĂ© Ă©vidente avec l’art vocal de la mezzo romaine Cecilia Bartoli), offre de superbes graves, ronds et gras, des aigus claironnants et brillants, affichant cette santĂ© vocale et l’ampleur d’une tessiture exceptionnellement Ă©tendue, qui assure tous les passages dont nous avons parlĂ© : dans les rĂŽles travestis ici choisis (en gĂ©nĂ©ral ceux d’hommes, composĂ©s par Rossini pour les mezzos fĂ©minins aprĂšs l’interdiction des castrats sous NapolĂ©on), l’expressivitĂ© de la voix se met au diapason des instruments d’époque (l’orchestre sur instruments d’Ă©poque, Armonia Atenea sous la direction de George Petrou) ; accents, rugositĂ©, intensitĂ©. Ce qui frappe chez le phĂ©nomĂšne Fagioli, ce sont sa capacitĂ© Ă  caractĂ©riser un personnage, et son expressivitĂ© portĂ©e par un organe Ă©lastique d’une suretĂ© musicale souvent trĂšs juste.

 

 

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Outre AdelaĂŻde et Matilde, figurent aussi les opĂ©ras Demetrio e Polibio, Tancredi (« O sospirato lido », avec violon solo, et « Dolci d’amor parole »), Semiramide (airs d’Arsace), Eduardo e Cristina (opĂ©ra recyclant des airs d’AdĂ©laĂŻde
). VoilĂ  qui ressuscite aujourd’hui cette fascination lĂ©gendaire de Rossini pour les voix mĂąles et aigus, et Ă©videmment les castrats dont prĂ©cisĂ©ment Giambattista Velluti pour lequel le compositeur Ă©crivit les rĂŽles d’Arsace dans Aureliano in Palmira et celui d’Alceo dans la cantate Il Vero omaggio
 Les rĂŽles blessĂ©s, celui des princesses trahies mais dignes, dont les vocalises en tunnels et toboggans expriment les langueurs ineffables, permettent aujourd’hui Ă  l’interprĂšte de ciseler un chant certes de virtuositĂ© mais aussi de justesse et souvent de vĂ©ritĂ©. Un dĂ©fi relevĂ© avec une verve et un panache indiscutable, d’autant que les instrumentistes qui l’accompagnent colorent et trĂ©pignent Ă  ses pieds, nous rĂ©galant des timbres finement caractĂ©risĂ©s. AssurĂ©ment voici le second cd Ă©vĂ©nement qu’édite Deutsche Grammophon, en cette rentrĂ©e 2016, aux cĂŽtĂ©s de “VERISMO”  l’album vedette oĂč Anna Netrebko ose chanter Turandot de Puccini, avec … un aplomb admirable. Car comme Fagioli, Anna Netrebko sait heureusement allier audace et musicalitĂ©, gage de dĂ©fis saisissants. Sur a couverture, derriĂšre San Michele Ă  Venise, l’audacieux et rossinien contre-tĂ©nor tombe ou envole la veste : il est prĂȘt Ă  tout, torse bombĂ©, bras levĂ©s…

 

 

rossini franco fagioli rossini cd review critique classiquenews cdCD Ă©vĂ©nement : Franco Fagioli : Rossini, 1 cd Deutsche Grammophon, Ă  paraĂźtre le 30 septembre 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrĂ©e 2016. Prochaine critique complĂšte de l’album Rossini de Franco Fagioli sur CLASSIQUENEWS, le jour de la sortie de l’album, soit le 30 septembre 2016.

 

 

 

 

 

AGENDA : Franco Fagioli est l’affiche du Palais Garnier Ă  Paris, dans le rĂŽle-titre d’Eliogabalo de Cavalli, en septembre et octobre 2016 (du 16 septembre au 15 octobre) ; autre dĂ©fi d’ampleur dans l’opĂ©ra de maturitĂ© de Cavalli, jamais jouĂ© de son vivant et figure trouble du pouvoir, fascinant et repoussant Ă  la fois. Un rĂŽle taillĂ© pour la dĂ©mesure ambivalente et la fiĂšvre dramatique du chanteur dont l’engagement vocal ne laisse jamais de marbre. LIRE notre prĂ©sentation d’Eliogabalo de Cavalli recrĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra de Paris


LIRE aussi notre prĂ©sentation complĂšte d’Eliogabalo de Cavalli au Palais Garnier Ă  Paris avec Franco Fagioli

LIRE notre compte rendu critique complet du cd PORPORA, opéras napolitains par Franco Fagioli (édité en septembre 2014)

 

CD, compte rendu critique. Gluck: Orfeo ed Euridice, 1762 (Franco Fagioli, Laurence Equilbey, 3 cd Archiv, avril 2015)

gluck orfeo ed euridice 1762 Vienne castrat Archiv produktion cd review account of compte rendu CLASSIQUENEWSCD, compte rendu critique. Gluck: Orfeo ed Euridice, 1762 (Franco Fagioli, Laurence Equilbey, 3 cd Archiv, avril 2015). Laurence Equilbey et son orchestre sur instruments d’Ă©poque, Insula orchestra jouent ici la premiĂšre version d’Orfeo de Gluck, tel qu’il fut crĂ©Ă© Ă  Vienne en 1762 avec un castrat dans le rĂŽle-titre – quand la reprise dix annĂ©es plus tard Ă  Paris (1774 prĂ©cisĂ©ment) pour la Cour de Marie-Antoinette sera rĂ©alisĂ©e avec ballets et un tĂ©nor pour plaire au goĂ»t français. Avec le librettiste Ranieri de Calzabigi, Gluck rĂ©invente ici l’opĂ©ra : langage resserrĂ© sur l’intensitĂ© de l’action, la nĂ©cessitĂ© dramatique et non plus les caprices des chanteurs vedettes. Il en ressort une esthĂ©tique Ă©purĂ©e, dense, Ă©conome, oĂč la force des choeurs trĂšs sollicitĂ©s relance la tension du huit clos psychologique composĂ© par le trio vocal tragique : Amour, Orfeo, Euridice.  Efficace, fulgurant, le 5 octobre 1762 au Burgtheater de Vienne, Gluck ouvre son opĂ©ra avec les lamentations dĂ©chirantes du choeur funĂšbre, Ă©lectrisĂ© encore par les pleurs de son Ă©poux endeuillĂ© Orfeo : Euridice est dĂ©jĂ  morte.

Franco Fagioli il divinoD’une partition riche et poĂ©tiquement trĂšs Ă©laborĂ©e dans ses passages et transitions d’un tableau Ă  l’autre, la chef rĂ©unit ses deux phalanges : Insula l’orchestre, Accentus, le choeur. Dans le rĂŽle d’Orfeo, reprenant la partie crĂ©Ă©e pour la crĂ©ation par le castrat Gaetano Guadagni, Franco Fagioli, vraie vedette de cette production enregistrĂ©e live Ă  Poissy en avril 2015, convainc par son chant surexpressif mais sincĂšre et mesurĂ©, oĂč justement la virtuositĂ© et la surperformance de l’interprĂšte (dont la vocalitĂ  Ă  la Cecilia Bartoli a conquis un trĂšs large public depuis ses dĂ©buts fracassants) ne contredit pas le souci d’expressivitĂ© ni le culte de la poĂ©sie pure, souvent Ă©lĂ©giaque, dĂ©fendus du dĂ©but Ă  la fin par Gluck et Calzabigi.  Le contre-tĂ©nor argentin maĂźtrise mĂȘme la ligne vocale, le phrasĂ© spĂ©cifique de Gluck, – ce pathĂ©tique intĂ©rieur souvent sublime qui cultive la rĂ©flexion et le sentiment / prĂ©romantique, sur l’action Ă  tout craint-, son attention au texte, favorisant les piani plutĂŽt que les cascades creuses et dĂ©coratives. La lyre de Gluck est celle d’une profondeur tragique qui sait ĂȘtre aussi tendre et remarquablement juste. Avec le Chavalier rĂ©formateur, l’opĂ©ra est devenu un relief antique qui sur le sujet mythologique qu’il sert, ressuscite les passions humaines les plus dĂ©chirantes. DignitĂ©, noblesse mais humanitĂ© et vĂ©ritĂ© des intentions musicales.
Malin Hartelius, ­-Eurydice aimable, surtout l’Amour tendre, compatissant et souvent salvateur d‘Emmanuelle de Negri Ă©clairent elles aussi cette lecture dramatiquement sĂ©duisante. Pour complĂ©ter le tableau, Laurence Equilbey ajoute en bonus, les points forts de la version parisienne crĂ©Ă©e en 1774, l’annĂ©e de la mort de Louis XV, et pour le public français dont Rousseau, un choc mĂ©morable : les modernes contre Rameau, reconnaissent alors en Gluck, leur nouveau champion lyrique. Soucieuse de montrer qu’elle connaĂźt et maĂźtrise la partition gluckiste dans ses avatars multiples, la chef qui ne parvient pas cependant Ă  convaincre totalement par un manque manifeste d’orientation globale, de structuration claire, ajoute donc, propres Ă  la version parisienne si admirĂ©e par l’ex Ă©lĂšve de Gluck Ă  Vienne, Marie-Antoinette soi-mĂȘme : les fameux Ă©pisodes dramatiques d’une inspiration neuve et dramatiquement irrĂ©sistible : l’hyper expressive Danse des Furies, vraie dĂ©fi pour les orchestre Ă  cordes, tirĂ© en vĂ©ritĂ© d’un ballet prĂ©cĂ©dent (Don Giovanni / Don Juan), et les ombres heureuses aux Champs-ElysĂ©es comprenant le solo de flĂ»te, enchantement d’une innocence exquise qui est l’autre versant pudique, enivrĂ©, tendre de l’inspiration autrement frĂ©nĂ©tique du Chevalier Gluck.

TĂ©lĂ©. Diffusion le 8 octobre 2015, Ă  00h30 : France 2 programme le concert d’Orfeo par Laurence Equilbey, donnĂ© au ThĂ©Ăątre de Poissy en avril dernier. Le concert est aussi en accĂšs permanent pendant 4 mois sur culturebox.

CD, compte rendu critique. Christoph Willibald Gluck (1714-1787): Orfeo ed Euridice, opéra en trois actes, version viennoise de 1762 (pour castrat). Avec Franco Fagioli (Orfeo), Malin Hartelius (Euridice), Emmanuelle de Negri (Amore / Amour). Choeur Accentus, orchestre Insula. Laurence Equilbey, direction. 3 cd Archiv Produktion 4795315. Enregistrement live réalisé à Poissy en avril 2015.

People, signature. Le contre ténor vedette Franco Fagioli signe chez Deutsche Grammophon

fagioli franco opera magazine Porpora_04People, signature. Le contre tĂ©nor vedette Franco Fagioli signe chez Deutsche Grammophon. En septembre 2015, un Orfeo de Gluck dĂ©jĂ  attendu, puis son premier rĂ©cital DG en 2016. TrĂšs sollicitĂ© sur la scĂšne, miroir au masculin de Cecilia Bartoli (sa muse et son modĂšle), le chanteur argentin dĂ©tonant Franco Fagioli, (3 octaves Ă  sons actif) qui dĂ©gaine les notes comme une mitraillette (Ă  la façon de Bartoli justement d’oĂč son surnom « Monsieur Bartolo »), aprĂšs avoir publiĂ© ses premiers albums chez NaĂŻve (rĂ©citals discographiques Cafarelli puis Porpora), vient de signer un contrat d’exclusivitĂ© chez Deutsche Grammophon. C’est le premier contre tĂ©nor Ă  intĂ©grer la prestigieuse Ă©tiquette en or. Vocalises claires et articulĂ©es, timbre soyeux, flexibilitĂ© dans tous les registres, voix impĂ©tueuse et intense, articulation technicienne et prĂ©cise, none compte plus les qualitĂ©s expressives et musicales du plus grand contre-tĂ©nor actuel, dont le sens dramatique et l’instinct de caractĂ©risation supplante aisĂ©ment ses ainĂ©s pourtant cĂ©lĂ©brĂ©s Ă  leur Ă©poque, Jaroussky ou Lesne. Habituel partenaire de son confrĂšre et ainĂ© Max Emanuel Cencic (artiste chez Decca), Franco Fagioli suscite l’adhĂ©sion par ses prises de risques mettant sa voix puissante et fine au service de partitions ou de programmes originaux. Monteverdi, Frescobaldi, les Napolitains virtuoses dans la sillon de Porpora (sans omettre Leonardo Vinci), Handel Ă©videmment mais aussi Hasse, Le Fagioli affirme un goĂ»t du dĂ©frichement attachant et souvent pleinement convaincant.

Prochaine parution : Orfeo e Euridice de Gluck, version originelle (italienne, créée à Vienne dÚs 1762, chez Archiv Produktion), annoncée le 11 septembre 2015 : Franco Fagioli y chante le rÎle-titre. Son premier récital comme soliste sortira chez Deutsche Grammophon en 2016.

En LIRE + sur la page de Franco Fagioli sur club Deutsche grammophon

Et bientÎt, la critique développée du cd Orfeo e Euridice de Gluck (version Vienne 1762) dans le mag cd, dvd, livres de classiquenews.com

LIRE aussi notre critique complÚte du cd Arias de Porpora (Naïve, 2013) par Franco Fagioli, cd élu CLIC de classiquenews en septembre 2014.

 

Versailles : Catone, le nouvel opéra recréé de Leonardo Vinci

vinci leonardo portrait compositeur napolitainVersailles, OpĂ©ra royal. Vinci : Catone in Utica: 16,19,21 juin 2015. CrĂ©ation. AprĂšs Artaserse, dĂ©jĂ  recrĂ©ation mondiale imposant le cahnt dĂ©sormais souverain des nouveaux contretĂ©nors, voici un nouvel Ă©vĂ©nement lyrique baroque, conçu par le chanteur Max Emanul Cencic : Catone in Utica. On connaĂźt l’opĂ©ra de Vivaldi qui lui est postĂ©rieur.  Le sujet met en avant la valeur moral du politique vertueux : le romain Caton, mort Ă  Utique en Tunisie en 46 avant JC. Ennemi de la corruption et des abus financiers, rĂ©publicain convaincu, Caton ose se dresser contre la tyrannie de Jules CĂ©sar (-59). DĂ©fenseur de PompĂ©e, Caton doit fuir en Afrique avec l’armĂ©e des rĂ©publicains… AustĂšre et stoĂŻque, Caton incarne un idĂ©al politique. Aux portes de la dĂ©faite, il prĂ©fĂšre se tuer Ă  Utique tout en mĂ©ditant le dialogue PhĂ©dron de Platon qui y disserte sur l’immortalitĂ© de l’Ăąme  ; le suicide de Cation est documentĂ© et relatĂ© par Plutarque (Vies parallĂšle des hommes illustres). L’opĂ©ra prend prĂ©texte de l’histoire de Caton pour aborder une figure passionnante de la loyautĂ© et du devoir… prĂ©monition de ce que sera l’opera seria inspirĂ© au XVIIIĂš par l’esprit des LumiĂšres.

catone-utica-lethiere-nu-allongeFlamboyant napolitain, Leonardo Vinci (1690-1730) aborde le sĂ©rieux du sujet avec une verve musicale et lyrique aussi irrĂ©sistible que son opĂ©ra prĂ©cĂ©demment crĂ©Ă© (et prĂ©sentĂ© aussi Ă  Versailles, Artaserse : l’opĂ©ra qui marque le sommet de carriĂšre comme maĂźtre de chapelle Ă  la Cour royal de Naples et qui est aussi l’oeuvre contemporaine de sa disparition en 173 donc Ă  seulement 40 ans). Le compositeur comme Porpora conçoit son ouvrage pour les castrats, selon l’esthĂ©tique proprement napolitaine : virtuositĂ©, expressivitĂ©, franchise. Habile artisan des contrastes dramatiques, Vinci construit tout son opĂ©ra sur l’opposition entre les deux ennemis politiques : l’ambitieux tyranique Jules Cesare et le rĂ©publicain vertueux, Ă  l’inflexible Ă©thique, Caton.
Arguments forts de la production versaillaise, sa distribution qui promet de nouvelles pyrotechnies vocales grĂące aux 3 contre tĂ©nors rĂ©unis : Max Emanuel Cencic, surtout les deux Ă©toiles de la nouvelle gĂ©nĂ©ration : Franco Fagioli (altiste) et Valer Sabadus (sopraniste) dont l’intensitĂ© du chant, l’engagement rare, l’Ă©clat mitraillette, l’autoritĂ© technique marquent chaque prestation. L’enregistrement au disque est annoncĂ© chez Decca simultanĂ©ment en juin 2015.
Hier dĂ©fendu et pour la majoritĂ© des gravures produites alors, recrĂ©Ă© par les artistes de la Capella de’Turchini (Antonio Florio, direction), Leonardo Vinci connaĂźt un regain de faveur auprĂšs des directeurs et producteurs de thĂ©Ăątre : le public suit naturellement, heureux de redĂ©couvrir les perles du seria napolitain du premier Settecento, d’autant plus convaincant grĂące Ă  une gĂ©nĂ©ration nouvelle de contretĂ©nors experts dans ce rĂ©pertoire.

 
 

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Vinci : Catone in Utica Ă  l’OpĂ©ra royal de Versailles
Les 16, 19 et 21 juin 2015

PremiĂšre en France / nouvelle production
Opera seria en trois actes. Livret de Métastase.
Créé au Teatro delle Dame de Rome, le 19 janvier 1728.

Franco Fagioli, Cesare
Juan Sancho, Catone
Max Emanuel Cencic, Arbace
Valer Sabadus, Marzia
Martin Mitterrutzner, Fulvio
Vince Yi, Emilia

Jakob Peters-Messer, mise en scĂšne

Il Pomo d’Oro
Riccardo Minasi, direction

 
 
 
Illustration : Mort de Caton Ă  Utique par Guillon LethiĂšre, 1795. Caton se donne la mort par Laurens (1863)

 
 
 

Opéra magazine n°99, octobre 2014. En couverture Franco Fagioli

99 couvertureOpĂ©ra magazine n°99, octobre 2014. En couverture Franco Fagioli. A la une, grand entretien : Franco Fagioli : ProclamĂ© vedette grĂące Ă  sa performance dans Artaserse de Vinci, en 2012, Ă  la scĂšne comme au disque, le contre-tĂ©nor argentin est l’un des artistes les plus sollicitĂ©s du moment. Alors que sort son nouveau rĂ©cital en CD chez NaĂŻve, entiĂšrement dĂ©diĂ© Ă  la musique de Porpora (1 cd Porpora il Maestro, sĂ©lection d’airs d’opĂ©ras du compositeur napolitain), il prĂ©pare ses dĂ©buts comme Idamante, dans une nouvelle production d’Idomeneo Ă  l’affiche du Covent Garden de Londres, Ă  partir du 3 novembre 2014. Entretien


Rencontres

Roselyne Bachelot : FondĂ© en dĂ©cembre 1714, l’OpĂ©ra-Comique fĂȘte son 300Ăšme anniversaire, pour la saison 2014-2015. Un comitĂ© d’honneur a Ă©tĂ© constituĂ©, prĂ©sidĂ© par l’ancienne ministre, dont la passion pour l’art lyrique n’est plus une surprise (cf. sa biographie du Verdi amoureux).

Thierry Fontaine : le directeur général de Pathé Live, distributeur français des retransmissions en direct du Metropolitan Opera, explique son rÎle et dresse le bilan à la veille du Macbeth de Verdi qui inaugurera la saison, le samedi 11 octobre, avec Anna Netrebko.

Marie-Pierre de Surville : en fonctions depuis juin, la nouvelle directrice de France Musique, qui a pris la succession d’Olivier Morel-Maroger, a lancĂ© sa premiĂšre grille de programmes, le 1er septembre 2014. Elle nous explique ses choix.

Marie-Ève Signeyrole : deux nouvelles productions, cet automne, pour la jeune réalisatrice française : Owen Wingrave à Nancy, le 5 octobre, puis les quatre petits opéras radiophoniques composés en 1955 par Germaine Tailleferre, à Limoges, le 11 novembre.

Omo Bello : à partir du 13 octobre, la jeune soprano franco-nigĂ©riane est en vedette dans Castor et Pollux au TCE, l’un des temps forts de l’anniversaire Rameau Ă  Paris.

Magdalena Anna Hofmann : le 11 octobre, la soprano revient en France pour ses dĂ©buts dans Der fliegende HollĂ€nder Ă  l’OpĂ©ra de Lyon.

ÉvĂ©nement : Les Caprices de Marianne d’Henri Sauguet

Le retour des Caprices de Marianne. GrĂące au Centre Français de Promotion Lyrique, prĂ©sidĂ© par Raymond Duffaut, l’« opĂ©ra-comique » inspirĂ© en 1954 Ă  Henri Sauguet par la cĂ©lĂšbre piĂšce d’Alfred de Musset va revivre dans quatorze thĂ©Ăątres français, et un suisse. Quarante reprĂ©sentations jusqu’en 2016, avec deux distributions en alternance… Le compositeur bordelais, disparu en 1989, ne pouvait rĂȘver plus bel hommage ! La tournĂ©e commence le 17 octobre prochain, Ă  l’OpĂ©ra de Reims, oĂč OpĂ©ra Magazine a eu l’opportunitĂ© de suivre les premiĂšres rĂ©pĂ©titions.

En coulisse : Lille

En dĂ©cembre 2003, l’OpĂ©ra de Lille a rĂ©ouvert ses portes aprĂšs cinq annĂ©es de fermeture, avec une nouvelle directrice. FidĂšle au poste prĂšs de onze ans aprĂšs, Caroline Sonrier dresse le bilan et prĂ©sente sa saison 2014-2015 : inaugurĂ©e le 30 septembre, avec Matsukaze de Toshio Hosokawa, elle se poursuivra, le 17 octobre, avec Castor et Pollux de Rameau.

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La sĂ©lection CD, DVD, livres et l’agenda international des spectacles

Opéra magazine n°99, octobre 2014. En couverture Franco Fagioli. Sortie : mercredi 1er octobre 2014.

CD. Franco Fagioli, contre ténor. Porpora il maestro (1 cd Naïve, juin 2013).

fagioli franco porpora cd naive il maestro porporaCD. Franco Fagioli, contre tĂ©nor. Porpora il maestro (1 cd NaĂŻve, juin 2013). En moins de 5 ans, – un micro intervalle dans l’histoire d’une carriĂšre, le contre tĂ©nor Franco Fagioli dit “monsieur Bartoli”, parce qu’il partage avec la diva romaine, le tempĂ©rament dramatique, le feu Ă©ruptif, l’intensitĂ© et jusqu’Ă  la couleur du timbre…-, est devenu un phĂ©nomĂšne – osons le dire, beaucoup plus intĂ©ressant que Philippe Jaroussky qui se cantonne par exemple et de dĂ©puis le dĂ©but de son parcours musical et lyrique toujours au mĂȘme registre (larmoyant et langoureux : cette rĂ©serve n’ĂŽte rien Ă  son talent). en revanche dans le cas de Fagioli, l’Ă©tendue des possibilitĂ©s expressives est indiscutablement plus large, l’Ă©toffe vocale comme le tempĂ©rament, plus novateurs et audacieux.

Parmi les contre tĂ©nors de la nouvelle gĂ©nĂ©ration (avec David Hansen, autre personnalitĂ© saisissante mais lui sopraniste), Fagioli fait figure de modĂšle par son audace, sa volontĂ© d’en dĂ©coudre Ă  chaque rĂ©cital ou rĂŽle lyrique … comme s’il jouait sa vie sur l’instant.  En abordant Ă  ce moment de sa carriĂšre, pourtant encore courte, l’immense dieu de la voix et du chant napolitain, Niccolo Porpora (1686-1768), maĂźtre et mentor des Farinelli, Senesino, ou Cafarelli (soit les plus grands castrats du XVIIIĂšme)-, Fagioli s’inscrit d’emblĂ©e trĂšs haut dans l’intention et l’interprĂ©tation : ses moyens sont certes trĂšs grands. De fait, le rĂ©sultat satisfait la promesse qu’il a laissĂ© suspendue, tant par l’intelligence stylistique, que l’audace surtout, et l’imagination des moyens vocaux: le chanteur affirme ici un sacrĂ© tempĂ©rament.

Dans son hommage à Porpora, Franco Fagiolo affirme un tempérament vocal irrésistible

Monsieur Bartoli embrase la lyre porporienne…

CLIC D'OR macaron 200Comme galvanisĂ© par l’Ă©criture elle-mĂȘme pyrotechnique et acrobatique du compositeur napolitain, Fagioli se dĂ©passe lui-mĂȘme (trilles, coloratoure, ligne vocale illimitĂ©e, sauts d’intervalles, passages entre les registres, agilitĂ© comme expressivitĂ©, projection comme intonation…) tout relĂšve chez Fagioli d’un interprĂšte au calcul millimĂ©trĂ© qui rĂ©tablit la pure virtuositĂ© technicienne avec la profondeur et la vĂ©ritĂ© poĂ©tique. alliance auparavant incertaine, dĂ©sormais rĂ©alisable, c’est un exemple pour tout.
Fagioli semble faire renaĂźtre par son intensitĂ© et cette couleur si habitĂ©e ce bel canto spĂ©cifique incarnĂ©e au XVIIIĂš par Cafarelli ou Farinelli, divinis, diseurs et acrobates capables ne l’oublions pas d’enchanter et d’apaiser la torpeur mĂ©lancolique du Roi d’Espagne Philippe V. Le plus grand maĂźtre de chant Ă  son Ă©poque … on veut bien le croire Ă  l’Ă©coute du seul premier air de Valentiniano extrait d’Ezio (un standard de l’opĂ©ra seria mĂ©tastasien mis  en musique par tous les grands dont Handel ; Porpora rĂ©tablit immĂ©diatement la pure virtuositĂ© avec les inflexions intĂ©rieures d’une Ăąme agitĂ©e conquĂ©rante qui exprime sa vision de l’aigle victorieux… AgitĂ© et mĂȘme inquiet, l’air de Scitalce (vorrei spiegar l’affanno) de Semiramide riconosciuta dĂ©veloppe Ă  travers un air long (plus de 6mn), la panique intĂ©rieure d’une Ăąme touchĂ©e, en pleine effloresence Ă©motive que le timbre Ă©panoui, flexible, agile du contre tĂ©nor argentin embrase littĂ©ralement.

fagioli franco opera magazine Porpora_04Les deux airs les plus longs de ce rĂ©cital porporien (qui donne la mesure du gĂ©nie virevoltant Ă©clatant d’un Porpora, – vrai rival de Haendel Ă  Londres dans les annĂ©es 1730, donne la pleine idĂ©e du talent dramatique de Fagioli et de sa souplesse vocale dans des cascades de vocalises et des aigus Ă©tourdissants, couverts et longs, soutenus avec une intensitĂ© Ă©gale (une performance admirable!) : d’abord: l’air d’Adalgiso extrait de Carlo il Calvo : Spesso di nubi cinto (plus de 7mn45) : un air qui use de la mĂ©taphore solaire avec une finesse Ă©loquente et une caractĂ©risation scintillante Ă  laquelle Fagioli maĂźtre absolu des vocalises en mitraillette apporte une sincĂ©ritĂ© de ton, irrĂ©sistible. L’ultime sĂ©quence est la plus longue (presque 10 mn : air de Vulcain de Vulcano, cantate a voce sola : non lasciar chi t’ama tanto… il exprime avec pudeur et subtilitĂ© le dĂ©sarroi d’un Vulcain impuissant, dĂ©muni, Ă©pris de l’inaccessible Venus (qui lui prĂ©fĂšre Mars): jouant moins sur l’acrobatie, l’Ă©criture offre des variations de couleurs sur la tenue de la voix dont le vibrato et l’accentuation doivent ĂȘtre millimĂ©trĂ©s. Imaginer un Vulcain en contre-tĂ©nor et non plus en basse ou bayrton profond relĂšve d’une sensibilitĂ© juste : la couleur mĂȘme de la voix trahit l’Ă©motion et l’impuissance du dieu amoureux…  Ici rien d’affectĂ© ni d’artificiel grĂące Ă  la maĂźtrise exemplaire du souffle et de la ligne, des trilles tenues, des passages sur la durĂ©e.. en un arc tendu, souverrain d’un esprit funambulesque. La voix exprime l’intensitĂ© de l’Ăąme Ă©prouvĂ©e avec un tact et une Ă©lĂ©gance Ă©tonnante… qui font le brio et l’Ă©clat intĂ©rieur de ce style galant dont Porpora est passĂ© maĂźtre depuis Venise dans les annĂ©es 1720, puis qu’il a ensuite dĂ©veloppĂ© Ă  Londres.
Evidemment, l’ombre du grand Farinelli, l’Ă©lĂšve et la crĂ©ature favorite du systĂšme Porpora, est Ă©voquĂ© dans l’air de Polifemo (1735), composĂ© Ă  Londres  pour le castrat lĂ©gendaire : dans le 2 airs sĂ©lectionnĂ©s (Nell’attendere il mio bene puis alto Giove…), le berger Acis chante son Ă©moi nouveau Ă  l’idĂ©e de l’apparition de la belle GalatĂ©e… il remercie ensuite Jupiter / Giove en un air de gratitude, littĂ©ralement irradiĂ©. L’ivresse, l’extase qui se dĂ©gagent du chant d’un Fagioli Ă©mu, pudique (bien Ă  rebours de la soi disante artificialitĂ© d’un Porpora rien que performant et creux) emportent toute rĂ©serve : la franchise et l’intensitĂ© du timbre, l’Ă©galitĂ© du souffle, la couleur du timbre s’imposent d’eux mĂȘmes. Jamais dĂ©monstratifs ou surexpressifs, les instrumentistes de l’Academia Montis Regalis dirigĂ©s par Alessandro de Marchi savent s’inscrire au diapason de ce chant mesurĂ©e, fin, subtil. Voici l’affirmation d’un immense vocaliste et d’un interprĂšte au chant irrĂ©sistible.

fagioli franco porpora cd naive il maestro porporaFranco Fagioli, contre-tĂ©nor. Propora il maestro : airs d’opĂ©ras de Niccolo Porpora : Carlo il calvo, Didone abbandonnata, Ezio, Il ritiro, il verbo in carne, Meride e Selinunte, Polifemo, Semiramide riconosciuta, Vulcano (cantate). Academia Montis Regalis. Alessandro De Marchi, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© en juin 2013 Ă  Mondovi (Italie). 1 cd NaĂŻve V 5369.

CD. Franco Fagioli : Arias for Caffarelli (1 cd NaĂŻve)

CLICK_classiquenews_dec13Premier rĂ©cital lyrique du jeune contre-tĂ©nor assoluto Franco Fagioli. Un must absolu. Il y a en qui se mesure aux airs tissĂ©s pour Farinelli (Philippe Jaroussky et surtout l’excellent jeune David Hansen, rĂ©cente rĂ©vĂ©lation mĂ©morable), et d’autres comme le divo ” Bartolo ” (le masculin de Bartoli) qui, vocalises agiles et flexibles, aigus mordants et timbrĂ©s, ose se confronter Ă  l’autre castrat lĂ©gendaire : Caffarelli lequel doit sa lĂ©gende exceptionnelle comme interprĂšte favori entre autres de Haendel.
Avouons d’emblĂ©e que Fagioli appartient aux nouveaux champions des contre tĂ©nors immensĂ©ment douĂ©s et pleins d’ardeur dramatique, de la trempe de son confrĂšre et contemporain, David Hansen (cd DHM, ” Rivals “, qui a suscitĂ© l’enthousiasme de la rĂ©daction cd de classiquenews).

 
 

nouveau divo assoluto :
il Bartolo double ” ff ” (Franco Fagioli)

 
 

Fagioli_franco_caffarelli_arias_for_cd_naiveMĂȘme sens du risque, mĂȘme musicalitĂ©, surtout exigence artistique dĂ©lectable qui compose in fine un programme des plus jubilatoires.
Le chanteur argentin renouvelle la performance de son semblable rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ© : voici un style franc, immĂ©diat, claironnant comme une trompette qui tourne dĂ©finitivement la page des pionniers tels Deller ou Bowman, adeptes de l’Ă©lĂ©gance et de la langueur hĂ©doniste d’un beau son, parfois rĂ©ducteur.
Ici, en plus de la musicalitĂ©, le contre-tĂ©nor new style, ajoute la flexibilitĂ©, l’expressionnisme qui Ă©crase totalement le mythe habituel du castrat au mĂ©tal Ă©triquĂ©. De la rondeur, du tempĂ©rament, de la suavitĂ© gĂ©nĂ©reuse et onctueuse mĂȘme, une richesse harmonique naturelle, l’Argentin en a Ă  revendre. L’agilitĂ© pĂ©tarandante dont est capable Fagioli l’assimile sans peine Ă  ce que fit une Bartoli Ă  ses dĂ©buts tout aussi prometteurs et spectaculaires (d’oĂč le surnom du contre-tĂ©nor, baptisĂ© ” Bartolo “). Ici ressuscite l’immense champion du chant haendĂ©lien (quand Farnielli Ă©tait plutĂŽt dĂ©fenseur du style concurrent de … Porpora) : Caffarelli en personne (1710-1783). Serviteur ou vedette des compositeurs baroques tels Pergolesi, Hasse, Leo, surtout les mĂ©connus pourtant trĂšs habiles Cafaro (L’Ipermestra), Sarro (Valdemarro), Manna (Lucio Vero et Lucio Papiro)… sans omettre Porpora dĂ©cidĂ©ment incontournable.

Du dĂ©but Ă  la fin, on reste mĂ©dusĂ© par l’aplomb vocal, la sĂ»retĂ© technique, l’aisance interprĂ©tative d’un soliste nĂ© fin musicien. Quand la virtuositĂ© Ă©gale la subtilitĂ©, le rĂ©sultat est tout simplement Ă  couper le souffle. Et ce n’est pas l’accompagnement tout en relief et en finesse d’Il Pomo doro (Ricardo Minasi, direction) qui abaisse la note gĂ©nĂ©rale du cd. Un must absolu.
Voici avec David Hansen, le contre-tĂ©nor le plus passionnant de l’heure.

 

Franco Fagioli : Arias for Caffarelli. Il Pomo d’oro. Ricardo Minasi, direction. Livre cd de 76 pages avec une riche notice de prĂ©sentation comportant un dossier intitulĂ© ” Naples et la musique “. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Vicence (Italie) en aoĂ»t et septembre 2012. 1 cd NaĂŻve