Compte-rendu Opéra ; Orange, Chorégies 2016 ; Théùtre Antique, le 6 aout 2016 ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, Mise en scÚne : Louis Désiré ; Violetta Valery, Ermonela Jaho ; Direction musicale : Daniele Ruston

Compte-rendu OpĂ©ra ; Orange, ChorĂ©gies 2016 ; ThĂ©Ăątre Antique, le  6 aout 2016 ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, Mise en scĂšne : Louis DĂ©siré ;  Violetta Valery, Ermonela Jaho ; Direction musicale : Daniele Ruston. La Traviata au festival d’Orange, cela suffirait Ă  remplir les 8000 places du ThĂ©Ăątre Antique tant cet opĂ©ra est aimĂ© du public. La dĂ©mocratisation de l’opĂ©ra passe par Orange car la tĂ©lĂ©vision lui est fidĂšle sans dĂ©fections depuis les origines. Le public d’Orange est unique car beaucoup plus jeune et dĂ©contractĂ© qu’ailleurs, trĂšs amateur de belles voix Ă©galement. Les ChorĂ©gies doivent se renouveler pour offrir des versions captivantes des Ă©ternels chefs d’Ɠuvre, toujours repris en boucle. Mais la magie du lieu ne se dĂ©ment jamais ou si rarement que le mauvais temps devient simple broutille. Ce soir a Ă©tĂ© venteux, trĂšs venteux, mais a Ă©tĂ© un grand soir d’opĂ©ra, un grand soir pour les ChorĂ©gies qui signent leur meilleure Traviata et l’un de leurs meilleurs spectacles. Et je n’ai pas Ă©tĂ© avare les autres Ă©tĂ©s dans mes descriptions des belles soirĂ©es sous les Ă©toiles. Ma voisine qui comme moi n’en est pas Ă  sa premiĂšre dizaine de Traviata, amoureuse de l’ouvrage et comme critique en a Ă©tĂ© d’accord : c’est la plus belle Traviata jamais vue ! Et pourtant celle de Ponnelle, Malfitano et Lombard  n’a Ă©tĂ© dĂ©trĂŽnĂ©e que de justesse


 

 

 

Orange, ChorĂ©gies 2016 : la sublime Traviata d’Ermonela Jaho

 

 

Violetta Valery est un personnage sublime et inoubliable. Mais hĂ©las trouver une trĂšs belle femme, fine et gracieuse Ă©voquant la fragilitĂ© des phtisiques est rarissime. Et la plupart des Traviata vocalement acceptables ne le sont pas du tout physiquement
 Et quand l’actrice bouscule tout (Natalie Dessay), la voix n’est pas lĂ  dans chacun des trois actes. Dirons nous que nous avons tout gagnĂ© avec la dĂ©fection de Diana Damrau ? Ce serait une muflerie mais cela pourrait ĂȘtre vrai

Si la voix d’Ermonela Jaho n’a pas la rondeur et la beautĂ© de certaines (Georghiu avec Solti ou Caballe au firmament avec PrĂȘtre), si elle n’a pas l’angĂ©lisme dans la rĂ©demption

 

 

traviata-ermonela-jaho-diva-orange-2016-582-compte-rendu-critique

 

 

que certaines parviennent Ă  suggĂ©rer (De Los Angeles, Stratas, Cotrubas ), si le brillant n’a pas le pur diamant des soprano agiles (Gruberova, Moffo, Sutherland, Damrau), ce soir Ermolena a tout, absolument tout pour le rĂŽle. La beautĂ© de la femme, avec des bras d’une grĂące inouĂŻe, la franchise de l’actrice, la mĂ©lancolie sous les atours de la fĂȘte : tout cela tient de l’incarnation majeure. La dĂ©solation rendue par un jeu minimaliste, la maigreur du visage et l’oeil vide Ă  l’acte trois avec la transe finale est d’un gĂ©nie qui n’est pas sans Ă©voquer Callas. Cette Traviata ne peut se quitter des yeux et son absolu zĂ©nith est Ă  l’acte dernier qui est tout simplement anthologique.
L’évolution du personnage relĂšve une grande actrice aux facettes multiples. Femme de vie brillante mais dĂ©sespĂ©rĂ©e au prologue, amoureuse apaisĂ©e et digne Ă  l’acte un, femme du monde dĂ©truite a l’acte deux et femme faite Amour Ă  l’acte trois.

Vocalement Ermonela Jaho a les trois voix de la Traviata. Vocalises et trilles prĂ©cis avec aigus mais sans l’inutile contre-mi pour le prologue. Mais ce sont surtout les couleurs, les nuances et le phrasĂ© qui sont de grande classe belcantiste. Son slancio verdien, fait d’un phrasĂ© ample et souple sur un souffle infini rĂ©siste ce soir au mistral Ă  l’acte un. Son « Amami Alfredo » nous glace le sang. La maniĂšre royale dont elle domine sans efforts le grand final de l’acte deux appartient aux grands sopranos verdiens. Puis Ă  l’acte trois, c’est le drame fait voix, le jeux avec les voiles blancs et le vent, la fusion avec le chef et l’orchestre qui atteignent au sublime. Des sons filĂ©s aĂ©riens, ceux qui faisaient se pĂąmer les callassiens du paradis de la Scala, une longueur de souffle qui fait se distendre les phrases, abolissant le temps et l’espace. « Se una pudica vergine » est un moment magique, sous la nuit Ă©toilĂ©e avec un vent enfin apaisĂ©. Le piano flotte jusque sur la colline, et envahit le cƓur de la plus noire tristesse, inouĂŻe sensation de beautĂ© sublime…
Le travail pourtant trĂšs court (8 jours !) avec le chef a du ĂȘtre un coup de foudre musical tant maestro Rustoni a portĂ© au firmament du beau son d’orchestre pour cette Traviata lĂ .

Le dernier acte, et je le redis, tient du miracle. L’orchestre de Bordeaux-Aquitaine a Ă©tĂ© magnifique en tout. Il se pourrait bien en effet que ce trĂšs jeune chef, que l’opĂ©ra de Lyon va s’attacher Ă  la rentrĂ©e, ait des qualitĂ©s de brillant et de sĂ©rieux, un enthousiasme proche de la transe qui en fasse le meilleur chef verdien Ă  venir. Dirigeant pas cƓur, ce qui est bien utile dans le tempĂȘte venteuse de ce soir,  il dit toutes les paroles, a l’Ɠil sur chaque instrumentiste, ne semble pas lĂącher un seul instant les chanteurs ou le chƓur. L’élĂ©gance de sa direction et son charisme, sont ceux d’une trĂšs grand chef. Son sens du tempo exact avec toute la libertĂ© Ă  donner au chant, mais sans aucune complaisance ou mollesse, la maniĂšre dont il chauffe les nuances au plus loin, celle dont il obtient de l’orchestre des couleurs d’une richesse incroyable. Tout cela  trĂšs loin, de la grande guitare que de pauvres fous entendent dans le verdi de jeunesse. Il obtient une tension dramatique toujours entretenue et un rythme impeccable. Une Traviata de chef et de soprano au sommet aurait dĂ©jĂ  suffi Ă  notre plus grand bonheur. Il faut bien dire pourtant que tout le reste a Ă©tĂ© Ă  cette hauteur.

La mise en scĂšne de Louis DĂ©sirĂ© est intelligente et sobre, les costumes de Diego MĂ©ndez Casariego  sont de toute beautĂ© ; ils prennent bien le vent. L’unique dĂ©cor reprĂ©sente un grand miroir symbole dans lequel Violetta se cherche un avenir et miroir de ses sentiments. Les projections sont pleines de symboles et peu nombreuses. Des gouttes d’eau comme des larmes pour la fin, un arbre tout feuillu qui meurt aprĂšs l’intervention de Germont pĂšre et des lustres pour le luxe des fĂȘtes mondaines.
Francesco Meli  est un Alfredo Ă©lĂ©gant et bien chantant, capable de tendresse comme d’emportements sans brutaliser son beau timbre. Annina, Anne-Marguerite Werster, Ă©meut par une belle compassion ainsi que le docteur Grendvilles de Nicolas Teste d’une trĂšs belle prĂ©sence vocale et scĂ©nique. Placido Domingo a toujours le mĂȘme plaisir Ă  chanter ; il a une formidable prĂ©sence sur scĂšne. Lui qui a Ă©tĂ© un Alfredo de rĂȘve est un Germont-pĂšre singulier. Il en remontre Ă  bien des barytons tout en gardant la lumiĂšre de son timbre. Dans les ensembles, le brillant lui permet de faire entendre trĂšs clairement sa ligne. Troublante Ă©coute car le pĂšre Germont est trĂšs proche d’Alfredo. Il incarne une parole populaire : l’enfer est pavĂ© de bonnes intentions. Il est en effet un pĂšre plus qu’un bourreau mais accĂ©lĂšre le drame sans s‘en rendre compte. Placido Domingo obtient un succĂšs personnel trĂšs important de son public. Son charisme reste intact.
Les chƓurs sont beaux tant scĂ©niquement que vocalement. Ce qui est toujours impressionnant Ă  Orange, c’est l’homogĂ©nĂ©itĂ© obtenue par le mĂ©lange de trois chƓurs, Avignon, Nantes et Marseille, et l’absence de dĂ©calage sur toute la largeur de cette immense scĂšne.

Un trĂšs beau spectacle avec en vedette une Traviata proche de l’idĂ©al vocal et surtout scĂ©nique en la sensationnelle Ermonela Jaho, portĂ©e par un grand chef, Daniele Rustoni.
Signalons qu’Ermonela Jaho a Ă©tĂ© la Diva Assoluta des ChorĂ©gies 2016. Sa Butterfly ayant ravi tous les cƓurs au mois de juillet qui a prĂ©cĂ©dĂ©. Vivement l’étĂ© prochain Ă  Orange !

Compte-rendu OpĂ©ra ; Orange, ChorĂ©gies 2016 ; ThĂ©Ăątre Antique, le  6 aout 2016 ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opĂ©ra en trois actes et un prologue sur un livret de Francesco Maria Piave d’aprĂšs le roman d’Alexandre Dumas fils, la Dame aux camĂ©lias ; Mise en scĂšne, Louis DĂ©siré  ; Assistants Ă  la mise en scĂšne, Jean-Michel Criqui et Didier Kersten ; ScĂ©nographie et costumes, Diego MĂ©ndez Casariego ; Assistants Ă  la scĂ©nographie et aux costumes, Nicolo Cristiano ; Eclairages, Patricc MĂ©eĂŒs ; Avec : Violetta Valery, Ermonela Jaho ; Flora Bervoix, Ahlima Mhamdi ; Annina, Anne-Marguerite Werster ; Alfredo Germont, Francesco Meli ; Giorgo Germon, Placido Domingo ; Gastone di LetoriĂšres, Christophe Berry ; Il Barone Duphol, Laurent Alvaro ; Il Marchese d’Obigny, Pierre Doyen ; Il Dottore Grenvil, Nicolas Teste ; Guiseppe, Remy Mathieu ; ChƓur d’Angers-Nantes OpĂ©ra, chef de chƓur : Xavier Ribes ; ChƓur de l’OpĂ©ra Grand Avignon, chef de chƓur : Aurore Marchand ; ChƓur de l’OpĂ©ra de Marseille, chef de chƓur : Emmanuel Trenque ; Orchestre National Bordeaux-Aquitaine ; Direction musicale : Daniele Rustoni.

Compte rendu, opĂ©ra. Orange, ChorĂ©gies, le 3 aoĂ»t 2016. Verdi : La Traviata par Ermonela Jaho. Triomphe de la soprano albanaise au ThĂ©Ăątre Antique d’Orange


Compte rendu, opĂ©ra. Orange, ChorĂ©gies, le 3 aoĂ»t 2016. Verdi : La Traviata par Ermonela Jaho. Triomphe de la soprano albanaise au ThĂ©Ăątre Antique d’Orange


TENDRE ET TRAGIQUE 
 Comme dans le cas de Butterfly ou Tosca, c’est toujours la musique qui fixe dans l’imaginaire collectif une Ɠuvre tirĂ©e du roman ou du thĂ©Ăątre, ici, des deux. Remarquons que, mĂȘme avec Greta Garbo et Robert Taylor, le film de George Cukor, Le Roman de Marguerite Gautier, de 1936, considĂ©rĂ© comme un chef-d’Ɠuvre, n’est plus qu’une curiositĂ© pour cinĂ©philes. En revanche, le fameux air du champagne, « Libiam ! » et l’air de Violetta « Sempre libera  » sont sĂ»rement connus mĂȘme de gens ne mettant jamais les pieds Ă  l’opĂ©ra. Puissance de la musique qui a donnĂ© une forme dĂ©finitive au drame humain de la fille de joie Ă  grand prix achetĂ©e, perdue et sauvĂ©e, rachetĂ©e par l’amour.

 

 

 

La courtisane historique

 

 

VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402FatalitĂ© des reprises des Ɠuvres phare du rĂ©pertoire lyrique, nous voilĂ  encore Ă  reprendre, mais enrichie, l’aventure de cette traviata, ‘dĂ©voyĂ©e’, sortie de la voie’, de la bonne voie s’entend, de cette Violetta ValĂ©ry verdienne tirĂ©e du roman autobiographique La Dame aux camĂ©lias (1848) d’Alexandre Dumas fils : il en fera un mĂ©lodrame en 1851, qui touchera Verdi. C’est sa musique qui fixe dans l’imaginaire collectif le drame humain de la courtisane rĂ©dimĂ©e par l’amour. De son vrai nom Rose Alphonsine Plessis dite Marie Duplessis (1824-1847),puis tout de mĂȘme comtesse de PerrĂ©gaux par son mariage Ă  Londres, un an avant sa mort, avec un jeune amant noble qui ne l’abandonnera jamais, et lui offrira mĂȘme, arrachant son corps Ă  la fosse commune des indigents, le tombeau, toujours fleuri, que l’on peut voir au cimetiĂšre de Montmartre, inspire Ă  Dumas fils, amant de cƓur, le personnage de Marguerite Gautier qu’il fait entrer dans la lĂ©gende. AprĂšs une enfance misĂ©rable et divers petits mĂ©tiers, dĂ©jĂ  cĂ©lĂšbre Ă  seize ans, contrairement Ă  tant d’autres de ses consƓurs, elle avait appris Ă  lire et Ă  Ă©crire, s’Ă©tait Ă©duquĂ©e mondainement et cultivĂ©e et tenait mĂȘme un salon frĂ©quentĂ© par des artistes et des Ă©crivains, dont Gautier et pas moins que Liszt, elle fut sa maĂźtresse, il envisageait de vivre avec elle : dans une lettre elle le supplie de la prendre avec lui dans une de ses tournĂ©es qui l’amenait en Turquie. Par sa grĂące et ses grĂąces, c’Ă©tait une maĂźtresse que l’on pouvait afficher sans honte dans le demi-monde sinon le monde, entretenue luxueusement par des amants qui se la disputaient, arborant dans ses cheveux dans sa loge au thĂ©Ăątre ou en calĂšche au Bois, dit-on, le fameux camĂ©lia blanc, signal des jours « ouvrables » pour les clients et rouge pour les jours d’indisposition fĂ©minine, ou pour les amateurs. Elle meurt Ă  vingt-trois ans de tuberculose, criblĂ©e de dettes, et le roman de Dumas fils commence par la vente aux enchĂšres de ses biens, ses meubles (il lui en restait assez) pour dĂ©frayer ses crĂ©anciers. Le jeune et (relativement) pauvre Alexandre, son amant durant un an, offrira plus tard Ă  Sarah Bernhardt, pour la remercier d’avoir assurĂ© le triomphe mondial de sa piĂšce, sa lettre de rupture avec celle qu’on appelait la Dame aux camĂ©lias, dont il rĂ©sume l’un des aspects cachĂ©s du drame vĂ©cu :

«  Ma chĂšre Marie, je ne suis pas assez riche pour vous aimer comme je voudrais, ni assez pauvre pour ĂȘtre aimĂ© comme vous voudriez  »

Ne pouvant ni l’entretenir, ni ĂȘtre entretenu par elle, il deviendra cĂ©lĂšbre et riche avec son drame qui raconte le sacrifice de la courtisane ruinĂ©e, exigĂ© par le pĂšre de son amant, redoutant que les amours scandaleuses de son fils avec une poule de luxe ne compromettent le mariage de sa fille dans une famille oĂč la morale fait loi. Et l’argent : on craint que le fils prodigue ne dilapide l’hĂ©ritage familial en cette Ă©poque, oĂč le ministre Guizot venait de dicter aux bourgeois leur grande morale : « Enrichissez-vous ! » Bourgeoisie triomphante, pudibonde cĂŽtĂ© cour mais dĂ©pravĂ©e cĂŽtĂ© jardin, jardin mĂȘme pas trĂšs intĂ©rieur, cultivĂ© au grand jour des nuits de dĂ©bauche officielles avec des « horizontales », des hĂ©taĂŻres, des courtisanes ou de pauvres grisettes ouvriĂšres, affectĂ©es (et infectĂ©es) au plaisir masculin que les messieurs bien dĂ©nient Ă  leur femme lĂ©gitime.

 

 

 

RÉALISATION

 

 

jaho-ermonela-la-traviata-soprano-orange-choregies-aout-2016-compte-rendu-review-classiquenews-582-traviata-acte-III

 

 

DĂ©jĂ  « vĂ©riste », naturaliste par un sujet contemporain qui fit scandale, rĂ©aliste donc par le thĂšme mais dĂ©rĂ©alisĂ©e par une musique belcantiste virtuose et une langue littĂ©raire dont les tournures concises et recherchĂ©es frĂŽlent la prĂ©ciositĂ© baroque, bourrĂ©e d’hyperbates, des renversements de l’ordre syntaxique naturel (« D’Alfredo il padre in me vedete », ‘D’Alfred en moi le pĂšre voyez’ , « Dunque in vano trovato t’avró », ‘Donc, en vain trouvĂ© je t’aurai’, « Conosca il sacrifizio/ Ch’io consumai d’amore », ‘Qu’il connaisse le sacrifice/ Que je consommai d’amour’, etc), La traviata, malgrĂ© deux scĂšnes de fĂȘte, est un opĂ©ra intimiste et semble s’opposer aux grands dĂ©ploiements exigĂ©s par le gigantisme du thĂ©Ăątre antique. Diego MĂ©ndez Casariego qui, avec de sobres et funĂšbres costumes noirs, en signe la scĂ©nographie, s’en tire par une Ă©lĂ©gante solution : un miroir, symbole de l’intime, de l’interrogation sur soi, de l’introspection, d’autant plus chez une femme dont les appas sont le fonds de commerce, est portĂ© ici Ă  l’Ă©chelle du lieu, immense, occupe sans encombrer le fond de la scĂšne, le fameux mur. BrisĂ© comme un rĂȘve trop grand dont les dĂ©bris jonchent le sol, avec un centre obscur pour une traversĂ©e des apparences, un passage symbolique de l’autre cĂŽtĂ© du miroir, de la vie, il a un cadre dorĂ© Ă©galement ruinĂ©, dont des morceaux, en perspective de fuite, figurent une scĂšne dans la scĂšne, thĂ©Ăątre du monde, du demi-monde et sa vanitĂ© des vanitĂ©s : des lustres luxueux projetĂ©s sur la glace et les murs sont la mesure des fastueuses fĂȘtes, juste des reflets donc, mais, Ă  jardin, un vrai lustre Ă©croulĂ© au milieu de chaises Second Empire dorĂ©es au siĂšge de velours rouge occupĂ©es par des hommes en noir et, Ă  cour, un massif, un parterre de fleurs blanches (des camĂ©lias?), est comme une tombe future autour de laquelle tournoient des femmes aussi en noir. Au milieu du plateau trĂŽne une mĂ©ridienne noire, lit de repos dĂ©jĂ  Ă©ternel : cercueil. Cet ensemble Ă©purĂ© et symbolique semble, Ă  l’Ă©chelle prĂšs, un allĂ©gorique dĂ©cor d’austĂšre autocramental espagnol, une VanitĂ© baroque. Des projections d’arbres allĂšgeront la charge funĂšbre globale pour l’acte II et le rĂȘve de survie de la fin. De simples Ă©charpes rouges pour les dames et des Ă©ventails Ă©gayeront la fĂȘte de l’acte III, Ă©vacuant avec Ă©lĂ©gance le ridicule habituel de la scĂšne des grotesques toreros. C’est d’un raffinement d’Ă©pure.

La mise en scĂšne de Louis DĂ©sirĂ© s’y glisse, s’y coule, avec la beautĂ© sans surcharge d’une Ă©lĂ©gance noble, sans simagrĂ©es ni gestes outrĂ©s, qui joue avec une Ă©motion contenue, sur la tendresse qui lie les personnages, mĂȘme le pĂšre odieux en gĂ©nĂ©ral, ici Ă©mouvant d’affection filiale pour elle qui pourrait ĂȘtre sa fille. Leur comprĂ©hension mutuelle est touchante, humainement vraie dans un juste jeu d’acteurs, comme la caresse et la gifle au fils.

DĂšs l’ouverture animĂ©e, la foule noire se presse et oppresse Violetta seule dans « ce populeux dĂ©sert appelĂ© Paris », singularisĂ©e par sa robe rouge, dĂ©signĂ©e victime d’un sacrifice Ă  venir. MĂȘme le fameux et joyeux « brindisi » enserre les hĂ©ros qui ne semblent jamais Ă©chapper, hors la parenthĂšse de la campagne, Ă  l’omniprĂ©sent et pesant regard du monde sur leur intimitĂ©. Le monologue troublant de Violetta, « È strano  », devant le seuil de ce miroir brisĂ©, le passage Ă  l’acte de la rupture avec l’ancienne vie, est finement figurĂ© par l’abandon respectif des amants dont elle refuse cette toujours prĂ©sente fleur au profit de celle offerte Ă  Alfredo qu’il rapportera fanĂ©e mais florissante de l’Ă©closion de l’amour.

 

 

 

INTERPRÉTATION

 

 

traviata-verdi-jaho-domingo-choregies-ornage-aout-2016-review-comtpe-rendu-critique-classiquenews

 

 

DĂšs le prĂ©lude, cette douce et poignante brume qui semble se lever et ne devoir jamais finir, est Ă©tirĂ©e vers un infini insondable, tissĂ©e comme une douce soie par le jeune chef Daniele Rustioni. Pour la premiĂšre fois aux ChorĂ©gies, il ne cĂšde pas au piĂšge du grossissement dans le gigantisme du lieu : d’entrĂ©e on sent qu’on est dans une direction musicale d’une qualitĂ© supĂ©rieure. Il estompe avec dĂ©licatesse les « zin-zin /boum-boum » d’un accompagnement de facile fĂȘte foraine de Verdi dans la deuxiĂšme partie de cette ouverture. À la tĂȘte des remarquables ChƓurs des OpĂ©ras d’Angers-Nantes, Avignon et Marseille, dirigeant avec ardeurl’Orchestre National Bordeaux-Aquitaine, il en transcende avec finesse les pupitres, exaltant la palette des timbres et attache une attention que l’on dirait amoureuse aux solistes, les accompagnant en finesse sans jamais les mettre en danger, tout adonnĂ©, engagĂ© en actions physiques expressives dans la musique, la mimique et le jeu. Il faudrait rĂ©entendre comme il enfle le son au grĂ© de la messa di voce de l’exceptionnelle Ermonela Jaho qui augmente le volume passionnel de sa voixdans son dĂ©chirant « Amami Alfredo ! » : c’est une vague, une houle musicale et Ă©motionnelle qui dĂ©ferle sans noyer l’interprĂšte oĂč tant d’autres se perdent.

À l’Ă©vidence, il y a eu beaucoup d’intelligence et de travail entre le plateau et la fosse pour donner Ă  cette Ɠuvre tragique toute la tendresse humaine dont elle ne dĂ©borde pas Ă  premiĂšre vue dans ce monde cynique et cruel d’un plaisir pas toujours trĂšs raffinĂ©. Tout est traitĂ©, scĂ©niquement et musicalement, dans la nuance. Tous les personnages, mĂȘme Ă©phĂ©mĂšres, sont bien campĂ©s (Giuseppe, RĂ©my Matthieu, Annina, la fidĂšle et douce servante, Anne-Marguerite Werster, le fidĂšle aussiGrenvil Ă  belle voix sombre de Nicolas TestĂ©) ; Flora et le Marquis ne sont pas seulement un couple de comĂ©die, mais des amis attentifs aux leurs, Ă  Violette et Alfredo (Ahlima Mhandi , Christophe Berry)
; mĂȘme le Baron (Laurent Alvaro), le protecteur officiel de Violetta, s’il empoche (pour elle, pour lui?) l’argent qu’Alfredo lui a gagnĂ© au jeu et n’a pas jetĂ© au visage de son amante mais plus Ă©lĂ©gamment remis entre ses doigts, paraĂźt ĂȘtre solidaire de celle qui l’avait pourtant abandonnĂ© et pour laquelle il sera blessĂ© en duel.

Dans cette prestigieuse distribution, la dĂ©couverte, ce fut le tĂ©nor Francesco Meli en Alfredo, amant choisi, heureux mais se croyant trahi, fils potentiellement prodigue puis contrit, homme entretenu sans le savoir et dĂ©sespĂ©rĂ© de le savoir. La voix est large, passant aisĂ©ment la rampe orchestrale et la distance, le timbre chaud et, malgrĂ© un vibrato trĂšs vite corrigĂ©, il cisĂšle tout en douceur les nuances de ce rĂŽle, semblant se chanter Ă  lui-mĂȘme et non triomphalement tonitruer son air ardent mais intĂ©rieur comme une confidence d’un jeune homme Ă©lu, Ă©merveillĂ© par l’amour d’une femme que tous dĂ©sirent. C’est du grand art au service non du chanteur mais d’un rĂŽle.

On ne dĂ©couvre pas PlĂĄcido Domingo, lĂ©gende vivante du monde lyrique que cinĂ©ma, tĂ©lĂ©vision ont popularisĂ© mondialement et « divinisé », s’il n’Ă©tait si attentivement humain aux jeunes talents qu’il favorise, par ailleurs directeur d’OpĂ©ras, chef d’orchestre en plus de demeurer le grand tĂ©nor aux cent-cinquante rĂŽles qu’il a tous marquĂ©s et qui, en Espagnol fidĂšle au rĂ©pertoire populaire hispanique trop mĂ©connu, comme Kraus, CaballĂ©, Berganza, los Ángeles, Carreras et autres grands interprĂštes espagnols, a portĂ© aux quatre coins du monde les charmes de la zarzuela ibĂ©rique, dont il a mĂȘme imposĂ© certains airs comme passage obligĂ© des tĂ©nors d’aujourd’hui. CrĂ©ateur donc autant qu’interprĂšte exceptionnel. On le retrouvait en baryton, tessiture de ses dĂ©buts, et qu’il a toujours frĂ©quentĂ©e de prĂšs dans les grands rĂŽles de fort tĂ©nor au mĂ©dium corsĂ© comme Othello ou Canio, oĂč sa couleur et puissance faisaient merveille. Ici, en baryton verdien tirant vers l’aigu, il Ă©tait un Germont pĂšre, dĂ©marche lourde sous le poids autant de l’Ăąge que de l’expĂ©rience, dĂ©cidĂ© Ă  rĂ©gler une affaire mais vite freinĂ© par les scrupules, la compassion et mĂȘme la complicitĂ© avec son interlocutrice : il s’attend Ă  trouver une courtisane vulgaire et avide et trouve cette jeune femme fragile et forte aux bonnes maniĂšres, amoureuse d’un fils qu’il aime et quelque chose passe entre eux. Tout cela est sensible dans le jeu, les hĂ©sitations, les gestes Ă©bauchĂ©s (remarquable travail d’acteur). S’il donne aux fioritures de son air sur la beautĂ© Ă©phĂ©mĂšre de Violetta le tranchant cruel des Ă©vidences, il fait des appoggiatures de la sorte de berceuse Ă  son fils, « Di Provenza, il mare il sol  », de vĂ©ritables sanglots dans le passage  « Ah , tuo vecchio genitor, tu non sai quanto sofri ! »

On ne cesse de dĂ©couvrir Ermonela Jaho : Micaela, Butterfly, dĂ©jĂ  Ă  Orange, Mireille, Manon, Marie Stuarda, Anna Bolena, ailleurs, etc, elle m’a toujours confondu d’admiration par ce qui semblait l’identification exacte, vocale, physique et scĂ©nique Ă  un rĂŽle. Or, les rĂŽles changent et le mĂȘme bonheur d’adĂ©quation s’impose Ă  l’Ă©couter, la voir. Sa Butterfly paraissait unique et bouleversait par son sacrifice intime et grandiose. En Violetta, dans la premiĂšre partie de l’acte I, courtisane adulĂ©e, brillante, lĂ©gĂšre, coquette, la voix brille, s’Ă©lĂšve, badine, cocotte, cascade de rires face Ă  Alfredo avec une joliesse irrĂ©sistible, l’Ă©mission facile farde dĂ©licatement toute la technique : l’art, cachĂ© par l’art semble tout naturel. GagnĂ©e par l’amour enveloppant des phrases du jeune homme, elle change de tessiture en apparence, plonge dans le grave du soprano dramatique, mĂ©dium moelleux, mallĂ©able de l’introspection et bondit dans le vertige virtuose de la frivolitĂ©. Elle nous Ă©pargne le faux contre mi bĂ©mol inutilement surajoutĂ© Ă  la partition par des voix trop lĂ©gĂšres et s’en tient aux quatre contre rĂ© bĂ©mols vocalisants vraiment voulus par Verdi, vraie couleur du morceau et vĂ©ritĂ© d’une femme qui n’est pas un rossignol mĂ©canique, mais un tendre oiseau Ă  l’envol vite brisĂ©. Nous sommes au thĂ©Ăątre, Ă  l’opĂ©ra : tout y est vrai et tout est faux. Mais Ermonela Jaho, sans rien sacrifier de la beautĂ© de la voix expressive, est tellement crĂ©dible, si douloureusement vraie en mourante que, pris par l’intensitĂ© de son jeu, on s’Ă©tonne ensuite, aux bravos, qu’elle rĂ©apparaisse si vivante.

Sauvant la production en remplaçant au pied levĂ© Diana Damrau souffrante, aprĂšs son inoubliable aussi Butterfly, elle est sacrĂ©e Reine des ChorĂ©gies 2016 dont le succĂšs couronne sans faille le flair de l’autre triomphateur qui les aura programmĂ©es : Raymond Duffaut.

Compte rendu, opéra. Orange, Chorégies, le 3 août 2016.  VERDI : La Traviata par Ermonela Jaho. Daniele Rustioni, direction

A l’affiche des ChorĂ©gies d’Orange, les 3 et 6 aoĂ»t 2016

Orchestre National Bordeaux-Aquitaine, ChƓurs des OpĂ©ras d’Angers-Nantes (Xavier Ribes), Avignon (Aurore Marchand) et Marseille (Emmanuel Trenque) – Direction musicale : Daniele Rustioni
Mise en scĂšne : Louis DĂ©siré ; ScĂ©nographie et costumes : Diego MĂ©ndez Casariego ; LumiĂšres : Patrick MĂ©uĂŒs.

Distribution :

Violetta Valéry : Ermonela Jaho ;
Flora Bervoix : Ahlima Mhandi  ;

Annina : Anne-Marguerite Werster.

Alfredo Germont : Francesco Meli ; Giorgio Germont : Placido Domingo ;
Gastone di LetoriÚres : Christophe Berry
:Il barone Douphol ; Laurent Alvaro :Il marchese d’Obigny : Pierre Doyen ; Il Dottore Grenvil : Nicolas Testé ; Giuseppe, RĂ©my Matthieu.

Illustrations : © Philippe Gromelle, sauf premiÚre photo : Anne-MargueriteWerster (Annina) au chevet de Ermonela Jaho (Violetta) / © Abadie Bruno & Cyril Reveret

ORANGE, Chorégies 2016 : La Traviata, 2Úme défi pour Ermonela Jaho aux Chorégies 2016

JAHO Ermonela-Jaho-La-TraviataORANGE, ChorĂ©gies. 3, 6 aoĂ»t 2016. La soprano Ermonela Jaho remplace Diana Damrau, souffrante, dans La Traviata de Giuseppe Verdi aux ChorĂ©gies d‘Orange les 3 et 6 aoĂ»t 2016. Julia dans La (rare) Vestale de Spontini (en 2013 Ă  Paris, TCE), – puis trĂšs rĂ©cemment puisque cet Ă©tĂ© mĂȘme en juillet, Ă  Orange Ă©galement, Madama Butterfly, incandescente et nuancĂ©e, la soprano albanaise Ermonela Jaho (nĂ©e en 1974) relĂšve un nouveau dĂ©fi : chanter ce soir (3 aoĂ»t) puis le 6 aoĂ»t, La Traviata de Giuseppe Verdi, rĂŽle central pour toute soprano car en plus de la puissance et de l’expressivitĂ© dramatique, il exige la perfection technique d’une vraie coloratoure, agile, virtuose, enivrante (en particulier Ă  l’acte I). Face aux contraintes du plein air, compensĂ©es cependant par la qualitĂ© de projection du Mur du ThĂ©Ăątre Antique, Ermonela Jaho composera Ă  Orange une Violetta, riche de sa grande expĂ©rience du rĂŽle, c’est Ă  dire : ardente et libre, qui dĂ©couvre le pur et vĂ©ritable amour (incarnĂ© par le jeune Rodolfo) au I; amoureuse mais contrainte Ă  se sacrifier au nom de la morale bourgeoise, puis humiliĂ©e sur la scĂšne sociale au II ; enfin fragilisĂ©e, mourante mais d’une vĂ©ritĂ© encore lumineuse au III. Soit 3 visages de femmes dĂ©chirantes et passionnelles que sa recherche de vĂ©ritĂ© portera vers une nouvelle conviction. Ermonela Jaho comme c’est le cas de Madama Butterfly n’en est pas Ă  sa premiĂšre Traviata : elle a chantĂ© le rĂŽle de la courtisane parisienne, inspirĂ© par Alphonsine Duplessis (elle-mĂȘme l’hĂ©roĂŻne de La Dame aux camĂ©lias de Dumas fils) : Ă  Marseille, Ă  Paris (OpĂ©ra Bastille), 
 Il aura fallu du temps et une remise en question totale de sa technique, en apprenant entre autres la phoniatrie, pour que la jeune chanteuse devienne aujourd’hui Ă  force de travail et de discipline, la diva qui nous bouleverse tant sur scĂšne (saisissante par sa couleur spĂ©cifique, des pianissimi tĂ©nus, impeccables, des sons filĂ©s d’une vĂ©ritĂ© absolue). Violetta ValĂ©ry, hĂ©roĂŻne de La Traviata de Verdi incarne le miracle d’une “dĂ©voyĂ©e” (pĂ©cheresse condamnĂ©e illico par le puritanisme social), qui au moment de se sacrifier, est purifiĂ©e par le pur amour qu’elle rencontre et auquel elle doit, sublime sacrifice, renoncer…

AprĂšs sa Butterfly prĂ©cĂ©demment applaudie (vraie incarnation de dentelle), La Traviata de Verdi marquera-t-elle un double adoubement pour Ermonela Jaho aux ChorĂ©gies 2016 ? C’est tout ce que nous souhaitons Ă  l’interprĂšte, fine actrice, musicienne nĂ©e, d’une sensibilitĂ© qui confine souvent Ă  la grĂące
 RĂ©ponse ce soir mercredi 3 aoĂ»t puis le 6 aoĂ»t 2016. 

VISITER le site des ChorĂ©gies d’Orange 2016, page dĂ©diĂ©e Ă  La Traviata de Verdi

LIRE notre prĂ©sentation du dernier numĂ©ro d’OPERA MAGAZINE avec la soprano Ermonela Jaho Ă  la Une (juillet 2016)

 
 
 

JAHO-violetta-valery-paris-verdi-la-traviata-JAHO-nouvelle-diva-2016-JAHO-Ermonela-Jaho-La-Traviata

 

SincĂšre, sobre mais palpitante et sensible, la Violetta d’Ermonela Jaho devrait rayonner ce soir le 3 aoĂ»t puis le 6 aoĂ»t, sur la scĂšne du ThĂ©Ăątre Antique d’Orange… (DR)

Nouvelle Butterfly par Mikko Franck Ă  Orange 2016

pucciniFRANCE 5. Le 13 juillet 2016, 20h55. Mikko Franck dirige Madama Butterfly de Puccini, aux ChorĂ©gies d’Orange.  Un Ă©vĂ©nement suffisamment important pour ĂȘtre diffusĂ© en direct sur France 3, France 5 et culturebox simultanĂ©ment. Il est vrai que le chef finnois sait embraser un orchestre, insufflant une puissance irrĂ©sistible sans jamais sacrifier la ciselure instrumentale : une attention parfaite d’autant plus adaptĂ©e Ă  la palette orchestrale du Puccini, immense orchestrateur dont les couleurs et les atmosphĂšres, dans Madama Butterfly ou dans Turandot (son autre opĂ©ra oriental, mais celui-ci se dĂ©roulant en Chine) Ă©galent les meilleurs peintres de son temps. Madame Butterfly, l’opĂ©ra japonais de Giacomo Puccini fait les beaux soirs du ThĂ©Ăątre antique d’Orange, par l’Orchestre philharmonique de Radio France, accompagnĂ© des chƓurs des opĂ©ras d’Avignon, Nice et Toulon sous la direction de l’excellent Mikko Franck, – chef charismatique taillĂ© pour le souffle lyrique et qui a prĂ©cĂ©demment marquĂ© les esprits Ă  Orange dĂ©jĂ , dans une Tosca (du mĂȘme Puccini), Ă  la fois grandiose et psychologique. Nagasaki, 1904.

 

 

butterfly-puccini-choregies-orange-2016-geisha-madama-butterfly-france-5-orange-2016-Ermolena-Jaho-mikko-franck-classiquenews

 

 

Un jeune officier amĂ©ricain de passage, Benjamin Franklin Pinkerton Ă©pouse une geisha de quinze ans, Cio-Cio-San (en japonais « Madame Papillon »). Simple divertissement exotique ou parodie nuptiale sans consĂ©quence pour lui, le mariage est pris trĂšs au sĂ©rieux par la jeune Japonaise. D’autant qu’aprĂšs la cĂ©rĂ©monie, Cio Cio San tombe rapidement enceinte
 mais l’insouciant jeune officier repart en AmĂ©rique. EspĂ©rant son retour, elle lui reste fidĂšle et refuse de nombreuses propositions de mariage. Trois ans plus tard, Pinkerton revient au Japon avec sa nouvelle Ă©pouse amĂ©ricaine. Quand Cio-Cio-San comprend la situation, – Pinkerton est mĂ©rite Ă  une autre et l’a donc tout simplement abandonnĂ©e, elle leur abandonne son enfant et se donne la mort par jigai en se poignardant.

 

 

 

geisha-582-390-direct-opera-orange-13-juillet-2016-classiquenews-mikko-franck

 

 

Dans le rĂŽle-titre de la tragique et bouleversante geisha, la soprano albanaise Ermonela Jaho incarne les blessures d’une hĂ©roĂŻne sacrifiĂ©e ; en elle, se cristallise les contradictions d’une sociĂ©tĂ© conquĂ©rante au fort parfum colonialiste, s’autorisant ainsi ce qui pourrait ĂȘtre assimilĂ© Ă  de la prostitution organisĂ©e ou au tourisme sexuel
 l’officier amĂ©ricain prend du bon temps sans penser Ă  consĂ©quence ; c’est pourtant tout un destin qui se joue pour la jeune femme. Le jeune tĂ©nor Brian Hymel chante la partie de l’officier amĂ©ricain Pinkerton. Rares les chefs capables de finesse orientaliste, et sous la couleur exotique, de profondeur psychologique. La sincĂ©ritĂ© du rĂŽle de Butterfly, la vĂ©ritĂ© qui Ă©mane de façon bouleversante de la fameuse scĂšne de son suicide est l’un des temps forts de l’opĂ©ra italien parmi les plus intenses jamais Ă©crits pour la scĂšne. Avec LiĂč (Turandot), Mimi (La BohĂšme), Cio Cio San Ă©claire dans l’écriture de Puccini, ce souci de vĂ©ritĂ© psychologique dĂ©diĂ© aux femmes spĂ©cifiquement, figures angĂ©liques et tragiques et sacrifiĂ©es mais d’une grandeur morale sans pareille. La soirĂ©e du mercredi 13 juillet 2016 est le temps fort des ChorĂ©gies d’Orange 2016.

France 5, en direct d’Orange. Puccini : Madame Butterfly. Mercredi 13 juillet 2016 sur France 5 à 20h30 et sur culturebox.fr/choregies

logo_france_3_114142_wideGENESE
 Au cours de l’étĂ© 1900, Puccini tombe en admiration devant la piĂšce de David Belasco, Madame Butterfly, adaptĂ©e d’une nouvelle de John Luther, plagiat du roman de Pierre Loti, Madame ChrysanthĂšme. Les librettistes attitrĂ©s de Puccini, Illica et Giacosa, transposent pour la scĂšne lyrique, ce drame exotique. Le compositeur tenait à un drame en deux actes, mais Giacosa Ă©tait persuadĂ© qu’une articulation en trois actes Ă©tait prĂ©fĂ©rable. L’opĂ©ra fut prĂ©sentĂ© en deux actes Ă  la Scala de Milan en fĂ©vrier 1904. Ce fut un Ă©chec retentissant pour Puccini. L’Ɠuvre disparut, dĂ©truite par la critique. Puccini tint compte nĂ©anmoins des avis exprimĂ©s et des rĂ©serves des auditeurs ; il remania son opĂ©ra en trois actes et le prĂ©senta dans sa version revisitĂ©e en mai 1904 Ă  Brescia. Dans sa seconde version, l’ouvrage connut cette fois un triomphe qui n’a jamais faibli.

France 5 et culturebox le 13 juillet 2016 — en direct d’Orange sur France Musique, mardi 12 juillet 2016, 20h30. Puccini : Madame Butterfly. DurĂ©e : 2h20mn- PrĂ©sentation : Claire Chazal – Direction musicale : Mikko Franck – Mise en scĂšne : Nadine Duffaut – ScĂ©nographie : Emmanuelle Favre

A voir ensuite sur France 3, deux soirĂ©es spĂ©ciales consacrĂ©es aux ChorĂ©gies d’Orange avec notamment la diffusion du Requiem de Verdi et de La Traviata de Verdi.

Ermonela Jaho
 la diva dont on parle. Certains en France ne la connaissent pas encore vraiment : Ermonela Jaho, nĂ© en Albanie en 1974. Sa prochaine performance en Cio Cio San dans Madama Butterly de Puccini Ă  Orange (9 et 12 juillet 2016, sous la direction de l’excellent Mikko Franck, actuel directeur musical du Philharmonique de Radio France) pourrait bien ĂȘtre une opportunitĂ© pour se faire connaĂźtre du grand public et des mĂ©lomanes en gĂ©nĂ©ral.

 

 

ERMONELA JAHO, une CIO CIO SAN ATTENDUE

 

 

Ermolena Jaho chante Butterfly Ă  Orange

 

 

Pourtant la soprano albanaise s’est dĂ©jĂ  produite aux ChorĂ©gies d’Orange (MichaĂ«la dans Carmen en 2008 c’était elle). Ermonela Jaho connaĂźt bien le rĂŽle de la jeune geisha trompĂ©e sacrifiĂ©e et finalement suicidaire : elle l’a chantĂ© dĂšs 2015 Ă  l’OpĂ©ra Bastille dans la mise en scĂšne de Bob Wilson.  Une vision pourtant statique, et peut-ĂȘtre trop distanciĂ©e qui n’a pas empĂȘchĂ© la diva d’exprimer avec une rare intensitĂ© la jeunesse, la douceur, la tendresse dĂ©sarmante d’une amoureuse sincĂšre Ă  laquelle le monde des hommes ment en permanence
 Car c’est une jeune femme, adolescente encore (16 ans)
. comme Manon Lescaut (de Puccini, un rĂŽle qu’elle vient d’aborder en avril 2016 Ă  Munich) ou encore La Traviata (Violetta ValĂ©ry), autant d’hĂ©roĂŻnes tragiques et irrĂ©sistibles Ă  l’opĂ©ra, qui sont de trĂšs jeunes idoles.  Le chant tout en ciselure et finesse vocale devrait convenir Ă  la soprano particuliĂšrement exposĂ©e les 9 et 12 juillet prochains : un nouveau dĂ©fi dans sa carriĂšre, et certainement une revanche Ă  prendre pour celle Ă  qui on avait dit qu’elle y laisserait sa voix. Pourtant aprĂšs les Tebaldi, Scotto, Freni
 Ermonela Jaho ne s’en laisse pas compter et chante toujours en 2016, un rĂŽle taillĂ© pour elle; un rendez vous Ă  ne pas manquer cet Ă©tĂ© 2016 Ă  Orange.

 

AprĂšs Cio CIo San, Ermonela Jaho revient Ă  Paris, OpĂ©ra Bastille, pour y chanter Antonio des Contes d’Hoffmann (3-27 novembre 2016). Rappelons que la soprano albanaise a fait ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra Bastille dans La Traviata en 2014 dĂ©jĂ .