CD, critique. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2019. CONCERT DU NOUVEL AN, Wiener Philharmoniker / CHRISTIAN THIELEMANN 5 1 cd SONY classical)

nouvel-an-2019-concert-vienne-new-year-s-concert-2019-vienna-philharmonia-christian-thielemann-concert-cd-critique-par-classiquenews-582-the_vienna_philharmonic_and_chri_55-1CD, critique. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2019. CONCERT DU NOUVEL AN, Wiener Philharmoniker / CHRISTIAN THIELEMANN 5 1 cd SONY classical). A 59 ans, le wagnérien et straussien (Richard), Christian Thielemann, plus habitué de Dresde et de Bayreuth que de Vienne, affecte un geste un rien prussien, … possède-t-il réellement le sens de l’élégance viennoise, celle des Johann Strauss fils et père, Josef et Edouard aussi ? Car les valses et épisodes symphoniques de Johann fils, vedette viennoise majeure pour cet esprit léger, et davantage, appellent un caractère spécifique entre abandon et allusion, suggestion et subtilité qui doit éblouir non pas dans cette « légèreté » partout annoncée (qu’est ce que cette musique dite “légère” en réalité ? Le vocable comprend une infinité d’acceptations…). Ici, dans l’écrin désigné du rituel Straussien, le Musikverein, il ne doit être question que de finesse, subtilité mélodique, orchestration raffinée, ivresse évocatoire…

 

 

 

thielemann-christian-maestro-wiener-philharmoniker-concert-nouvel-an-2019-critique-review

 

 

 

Après les Welser-Möst, Dudamel, Jansons, … voici Thielemann : cravatte rayée, le directeur du festival de Pâques de Salzbourg (les directeurs du Festival estival autrichien étaient présents dans la salle), qui est aussi le directeur musical de la Staatskapelle de Dresde, retrouve le Wiener Philharmoniker pour ce programme festif. Les connaisseurs retrouvent dans la disposition typiquement viennoise de l’orchestre, les 6 contrebasses placées en fond, face au chef sous l’orgue du Musikverein de Vienne, véritable colonne sonore assurant une structure et une carrure emblématiques. Le chef a déjà dirigé les Wiener Philharmoniker : on ne peut donc pas parler de baptême orchestral. Le programme d’emblée est très classique : rien que des valses et des polkas ; pas d’étrangers, ni de chanteurs invités (comme l’a fait Karajan à son époque, à la fin des années 1980). Mis à l’honneur aux côtés des frères Strauss (Johann II, Josef et Edouard), une autre dynastie de compositeurs et musiciens viennois, les Hellmesberger, père et fils…

Thielemann : UN GESTE UN RIEN MARTIAL ? Le programme annoncé résolument austro-hongrois, commence par la Schönfeld March op. 422 de Carl Michael Ziehrer: le ton est donné, martial et un rien sec et tendu dans la scansion rythmique. Ziehrer a composé opérettes et ballets (comme Johann Strauss II) : l’écriture est assez quelconque, déployant un caractère ronflant, fort en panache démonstratif, à la façon d’une marche militaire, ou d’une parade appuyée, rythme et accents prussiens à l’envi; baguette épaisse et ronde, d’une martialité trop revendiquée, Thielemann n’est guère dans le style élégantissime qui a fait les meilleurs fait qui l’ont précédé dans cet exercice. Pourtant le Musikverein est plus connu pour l’élégance de sa programmation et la finesse des auteurs programmés. On craint le pire pour la suite…

strauss josef portrait classiquenewsHeureusement, le chef respecte le code et l’esprit du rituel de l’an neuf à Vienne avec la très belle valse qui suit, la première du programme : « Transactions Waltz » op. 184 de Josef Strauß: Josef est le premier cadet malheureux de Johann : mort en 1870 (à 43 ans) : l’ingénieur qui rejoint l’entreprise familiale et orchestral en 1850 (à 23 ans car son ainé Johann est lui-même épuisé) – mort éreinté en tournée en Pologne…  Or le génie de Josef musicalement est aussi élevé que celui de Johann : on s’en aperçoit à chaque session de ce concert du nouvel an. Josef serait même souvent plus sombre et ambivalent, riche et profond que son ainé… De fait, Transactions Wazl s’affiche immédiatement plus sombre, et grave au début, pour mieux faire surgir le thème principal, dans le raffinement des timbres des bois, énoncé par les cordes et des flûtes aériennes : la finesse s’invite enfin, enivrée dans cette séquence, qui s’avance à pas feutrée en pleine magie… saluons l’intelligence des climats, le raffinement de l’orchestration, la caresse de la mélodie principale, délicate nostalgie grâce à un équilibre très subtil entre cordes et les bois… avec la harpe, d’une ineffable nostalgie. Soulignons la profondeur et la sensibilité étonnante de Josef Strauss fauché trop tôt, son aptitude spécifique pour le développement symphonique, à la fois dramatique et allusif, et aussi de façon général, une réflexion sur le sens même de la valse, entre désir et mort. Josef nous paraît plus sombre encore que Johann II. Un maître à mieux connaître et plus écouter assurément.

Thielemann nous réserve ensuite une surprise qui pourrait être révélation : de Josef Hellmesberger (fils): Elfin Dance. Immédiatement saisissante, la finesse étincelante grâce aux nuances aiguës, vibrées, rondes du « xylophone »d’une partition inscrite dans les nuages. Hellmesberger fut professeur de violon au Conservatoire de Vienne et aussi fondateur avec son fils du Quatuor Hellmesberger (1849). Avouons que le compositeur ne manque pas d’inspiration ni de subtilité. Éthéré et aérien est cet elfe, un pur esprit – le style et l’écriture sont très sensuels (pizz des cordes, doublées par les flûtes) – comme Mendelssohn dans Le Songe d’une nuit d’été (envol et boucle aérienne de Puck)? Thielemann est dans son élément : ambassadeur d’une musique pleine d’élégance et de finesse, résolument et littéralement « légère ».

Enfin voici le premier morceau du compositeur vedette : Johann STRAUSS II (fils): sur un rythme effréné, l’Express, polka schnell op. 311 est bien une Polka rapide – on regrette cependant la nervosité un peu sèche ; un rien hystérique (là encore systématique et trop appuyée) de Thielemann qui dirige comme un prussien, vif, nerveux, droit. de toute évidence, et dans ce tableau précis, il manque de souplesse comme de retenue.

Du même Strauss fils, « Pictures of the North Sea », waltz op. 390 / Images de la mer du nord développe écriture et texture orchestrales. L’épisode symphonique à l’essence poétique et chorégraphique débute dans le sombre … déroulant un premier tapis envoûté, quasi tragique, puis un souffle profond grave pour que surgisse enfin l’éblouissante mélodie (wagnérien dans sa houle et ses phrases continues : d’emblée Thielemann le wagnérien est à son affaire ici) : on admire le métier du chef, capable d’heureux équilibres sonores, la finesse des flûtes, le chant ciselé des clarinettes parfaitement détaillées, comme enivrées, caressantes…
Pourtant à l’inverse, et dans le même temps, regrettons quelques écarts de conduite dans la direction : des contrastes trop marqués, et appuyés : la frénésie du geste empoigne la valse avec une dureté prussienne propre au chef berlinois : il n’a pas la finesse de son aîné le regretté Nikolaus Harnoncourt (né en 1929 et décédé en 2016), spécialiste et passionné de valses viennoise qui dirigea le Wiener en de nombreuses occasions les Philharmoniker et le Concert du Nouvel An, à 2 reprises : 2001 et 2003. Ronflant, sec, Thielemann déçoit globalement, malgré les trouvailles sonores évoquées précédemment. Sa baguette manque de fluidité malgré le sujet aquatique de la valse choisie.

Autre frère, pas assez connu et mis dans l’ombre de Johann, leur ainé : Eduard Strauß: « Post-Haste », est une polka schnell op. 259, pour laquelle Thielemann cisèle la coupe et l’esprit de syncope (évocation de la course de la diligence) ; ici encore, on remarque les limites du chef car Thielemann détaille certes l’instrumentation mais manque de précision comme d’imagination: sa direction relève d’un système métrique, militaire dans cette cadence au galop, trépidant, trop mécanique…
STRAUSS eduard edouard classiquenews valses de viennes concert nouvel an vienne 2019 220px-EduardStrauss edouard syraussFotoUn petit mot sur Edouard, le dernier fils Strauss et l’héritier de la dynastie. Il est mort en 1916, en pleine guerre, trouve sa voie spécifique, comparée à celle de ses deux frères ainés, par une écriture plus frénétique, qui s’est spécialisé dans les polkas rapides / ainsi cette « Polka-schnell ». Rongé par le ressentiment contre ses frères, et pourtant héritier enviable de la dynastie familiale (et orchestrale), il dissout cependant en 1901, l’orchestre Strauss et, surtout, pendant trois journées (honteuses) d’octobre 1907, brûle nombre de papiers, manuscrits et forcément partitions de ses frères Strauss : destruction catastrophique d’un héritier insensé devenu fou. Nombre de documents et de partitions de Josef et de Johann seraient ainsi partis en fumée.  L’histoire de la famille Strauss relève d’un roman feuilleton, et l’on s’étonne malgré le succès populaire de leurs valses et mazurkas, qu’aucune série télévisée ne soit encore emparé de leur saga. A suivre…

Après la pause de la mi journée (le concert a commencé à 11h), reprise avec l’évocation du Johann compositeur d’opérettes : c’est Offenbach qui pourtant son rival en France, aurait exhorté le Viennois à composer des opérettes. Grand bien que cette proposition confraternelle et constructive. Ainsi l’ouverture du Baron Tzigane… la plus célèbre avec celle de La Chauve Souris, … ainsi le motif de la valse dépasse la seule occurrence épisodique, pour atteindre une évocation pleine de nostalgie … tzigane et purement symphonique (par le motif ourlé de la clarinette) ; dans cette pièce de caractère, à l’ambition dramatique manifeste, Thielemann soigne le panache sombre et grave, avec un très bel effet de texture caressant chaque motif, en particulier au hautbois, sinueux et pastoral. Là encore on peut regretter le geste un peu lourd du chef plus prussien que viennois.

Pourtant, se détache ensuite finesse et légèreté dans « La Ballerine » opus 227 de Josef Strauß, polka française, et ses fin de phrases, suspendues en deux accents, détachés, retenus… véritable hymne à la souplesse élastique. Avec La vie d’artiste opus 316, de Johann II, le ballet de l’Opéra de Vienne s’invite au concert : comme un réveil au matin, le premier couple du corps de ballet de l’Opéra (Wiener Staatsballet) s’ébranle sur la terrasse et dans les couloirs et circulations du bâtiment : l’élégance et la facétie (gestuelles des mains) des 5 couples en blanc et noir imposent une leçon de souplesse acrobatique, – un moment de raffinement collectif magnifié évidemment pas la somptueuse musique, moins allusive que descriptive, dans la cadre des décors et intérieurs de l’Opéra viennois. L’institution fête ses 150 ans en 2019, ayant été inauguré en 1869. Prestige revendiqué et histoire célébrée au moment où ce sont deux français qui dirigent la Maison, Dominique Meyer, intendant général et l’ex danseur étoile à Paris, Manuel Legris, directeur de la danse. Johann Strauss redouble de tendresse feutrée dans cette page très raffinée qui est l’objet d’une réalisation télévisuelle audacieuse (plans inclinés de la caméra dont jouent les danseurs, très complices).

Puis, d’Eduard Strauß: « Opera Soirée » / Une soirée à l’opéra est une polka française op. 162 (à deux temps), polka assez lente, au rythme plus appuyé que la polka mazurka qui est encore plus lente et ralentie avec des temps suspendus…  : Une soirée à l’opéra semble mieux convenir à la carrure prussienne de Thielemann – sans écarter facétie ni délicatesse avec une palette de nuances (piccolo) très finement détaillées ; voici la séquence où le chef dévoile une direction plus nettement enjouée, pleine de sous entendue comme d’élégance.

De Johann STRAUSS II (fils): « Eva Waltz », la valse d’Eva extrait de l’opéra Le Chevalier Pazman se distingue en un début magnifique (somptuosité profonde et noble des cors, puis en dialogue avec les contrebasses – valse atténuée comme un rêve, une réitération onirique liée au personnage d’Eva dans l’opérette de Johann II. C’est Cendrillon réinventée, sa présentation au bal… puis du même opéra, Thielemann a sélectionné une nouvelle pièce de caractère, extrait du même opéra : « Csárdás ». Comme celle de la sublime Chauve Souris, celle qui permet à la comtesse hongroise de s’alanguir jusqu’à la pâmoison, et aussi à la soprano requise, d’éblouir par sa virtuosité profonde, voici une autre facette du génie de Johann II, pleine de facétie heureuse, d’intelligence sauve et lumineuse, de grâce et de finesse. Le Concert télévisé étant aussi une carte postale soulignant les trésors patrimoniaux autochtones, voici les danseurs du Ballet de l’Opéra de Vienne, soit dans un château de basse Autriche, un couple de touristes, parodique, décalé qui s’ennuie puis s’éveille à la pure danse, en rejoignant 3 autres couples de danseurs dans la galerie haute Renaissance. Là encore reconnaissons que la réalisation comme l’alliance de Strauss et de la danse sont idéalement complémentaire, dans un tableau qui s’achève en extérieur, sur une collection de rythmes et de folklores bien trempés, où règne la noblesse du thème hongrois principal (la czardas est de style aristocratique), joué selon la tradition par les paysans pour les moissons ou les noces villageoises.

Johann fils règne en maître absolu avec la Marche égyptienne op. 335 : festival de timbres et d’effets orientalisants et rutilants, parfaitement caractérisés et utilisés à bon escient : d’abord grosse caisse, clarinette mystérieuse, cordes voluptueuse : c’est une séquence entonnée comme une marche militaire, mais enchantée – panache onirique des trompettes et des cors, au souffle inouï, qui égale le meilleur Saint-Saëns, celui oriental de l’orgie / bacchanale dans Samson et Dalila. Thielemann est chez lui, dirigeant sans baguette avec une décontraction affichée, assumée ; lorsque les instrumentistes viennois entonnent en « la la la », le chÅ“ur du motif égyptien (qui rappelle aussi Verdi dans ses ballets d’Aida). Tout s’achève dans le lointain en second plan, superbe effet de spatialisation : festif et interactif, le tableau suscite l’enthousiasme de la salle, et la joie des musiciens, heureux d’avoir ainsi surpris l’audience internationale.

Enfin, après “la Valse entracte” de Joseph Hellmesberger fils: d’une délicatesse soyeuse et enivrante (les pizzicati délicats des violons), celle d’un rêve éveillé, auquel Thielemann réserve son attention la plus nuancé, ce sont deux pages parmi les plus raffinées des fils Strauss, Johann II, l’incontournable : « In Praise of Women », polka mazur op. 310 / Eloge des femmes : hymne féministe qui tombe à pic après nos hontes contemporaines (cf les mouvements #Metoo, et #balancetonporc) où règnent flûtes, piccolo, clarinettes et bassons : (finesse d’élocution, irrésistible élégance et souveraine retenue… en un équilibre impeccable cordes et cuivres)… et le rythme très lent, le plus lent, de la polka mazurka ; puis la musique des sphères opus 235 du cadet tout aussi génial, Josef : grande valse, et la plus inspirée du compositeur, où flûtes / harpe se détachent, signifiant là aussi une aube qui se lève… pourtant, le bas blesse : à la délicatesse suggestive de la partition, nous regrettons l’enflure qui finit par être ennuyeuse, et même agaçante du chef, … trop pompier, ignorant volontaire de toute légèreté. Quel dommage.
nouvel-an-2019-concert-vienne-new-year-s-concert-2019-vienna-philharmonia-christian-thielemann-concert-cd-critique-par-classiquenews-582-the_vienna_philharmonic_and_chri_55-1Enfin c’est le rituel de fin, pour tout concert du nouvel An qui se respecte. Après proclamer les vÅ“ux de l’Orchestre, chef et musiciens jouent d’un seul tenant et sans interruption – quand les prédécesseurs commençaient les premières mesures, puis prononçaient les vÅ“urs, enfin reprenaient à son début la partition : voici l’extase fluviale promise et tant attendue, emblème de l’art de vivre viennois : Le Beau Danube Bleu (Johann STRAUSS fils) : avouons que Thielemann sait écarter toute épaisseur et boursoufflure, instillant ce climat du rêve qui fait briller les cors, recherche les effets de textures moins la transparence, d’où ce sentiment d’opulence, de grain sensuel (les clarinettes) – sommet de naturel et de grâce – la partition d’abord chorale, finit ainsi sa course d’une éloquence et sublime manière, comme chant légitimement célébré de l’élégance viennoise à l’international.

Oui certains nous rétorquerons : pourquoi boudez ainsi son plaisir ? Le Beau Danube Bleu suffit à répondre et militer finalement en faveur de la baguette explicitement symphonique de Thielemann. Nous ne parlons pas sciemment de La marche de Radetsky de Johann Strauss le père : bonus pour amuser un public qui souhaite participer en claquant des mains, soulignant encore et encore la frénésie rythmique d’un tube plus que célébré. Daniel Barenboim avait bien raison de bouder cette séquence car la partition fut composée pour célébrer la victoire sur des manifestants et étudiants tués outrageusement contre leur appel à liberté. Qu’on se le dise.

Carrure prussienne mais sensibilité instrumentale d’un gourmand gourmet, Christian Thielemann nous ravit quand même, dans ce concert qui sans être mémorable – ceux de Georges Prête, Nikolaus Harnoncourt, Gustavo Dudamel, Mariss Jansons (2016) l’ont été – , nous permet de marquer dans la légèreté moyenne, à défaut d’exquise finesse, ce 1er jour de l’année nouvelle 2019.

Retrouvez le cd et le dvd du CONCERT DU NOUVEL AN à VIENNE, 1er janvier 2019, sous la direction de Christian Thielemann, à paraître mi janvier chez Sony classical.

 

 

 

 

 

 

 

 

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COMPTE RENDU, concert. VIENNE, Musikverein. CONCERT DU NOUVEL AN, Wiener Philhamroniker / CHRISTIAN THIELEMANN (1er janvier 2019) : Valses, polkas, extraits d’opéras, ouverture de Johann STRAUSS II, Josef STRAUSS, Edouard STRAUSS, Josef Hellmesberger…

 

 

 

 

 

 

 

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 Nos autres comptes rendus et critiques des CONCERTS DU NOUVEL AN à VIENNE :

 

Concert, compte rendu critique. Vienne, Concert du Nouvel An 2016. En direct sur France 2. Vendredi 1er janvier 2016. Wiener Philharmoniker, Mariss Jansons, direction. Valses de Strauss johann I, II; Josef ; Eduard. Waldtaufel…

mariss-jansons_c_jpg_681x349_crop_upscale_q95Concert, compte rendu critique. Vienne, Concert du Nouvel An 2016. En direct sur France 2. Vendredi 1er janvier 2016. En direct de la Philharmonie viennoise, le Konzerthaus, le concert du nouvel An réalise un rêve cathodique et solidaire : succès planétaire depuis des décennies pour ce rendez vous diffusé en direct par toutes les chaînes nationales du monde et qui le temps des fêtes, rassemblent toutes les espérances du monde, en une très large diffusion pour le plus grand nombre (les places sont vendues à un prix exorbitant destiné aux fortunés de la planète) pour un temps meilleur riche en promesses de bonheur. Cette année c’est le chef Mariss Jansons, maestro letton (résident à Saint-Pétersbourg), autant lyrique que symphonique bien trempé qui dirige les divins instrumentistes viennois, ceux du plus subtil des orchestres mondiaux et qui pour l’événement célèbre l’insouciance par la finesse et l’élégance, celle des valses des Strauss, Johann père et fils bien sûr, ce dernier particulièrement à l’honneur, et aussi Joef et Eduard ses frères (tout aussi talentueux que leur ainé), Eduard dont 2016 marque le centenaire.

 

gustavo-dudamel-dirigiert vignette maestro classiquenews -erstmals-wiener-neujahrskonzertCompte-rendu critique, concert. VIENNE, Musikverein, dimanche 1er janvier 2017. Wiener Philharmoniker.  Gustavo Dudamel, direction. Depuis 1958, le concert du Nouvel An au Musikverein de Vienne est retransmis en direct par les télévisions du monde entier soit 50 millions de spectateurs ; voilà assurément à un moment important de célébration collective, le moment musical et symphonique le plus médiatisé au monde. En plus des talents déjà avérés des instrumentistes du Philharmonique de Vienne, c’est évidemment le nouvel invité, pilote de la séquence, Gustavo Dudamel, pas encore quadra, qui est sous le feu des projecteurs (et des critiques). A presque 36 ans, ce 1er janvier 2017, le jeune maestro vénézuélien a concocté un programme pour le moins original qui en plus de sa jeunesse – c’est le plus jeune chef invité à conduire l’orchestre dans son histoire médiatique, crée une rupture : moins de polkas et de valses tonitruantes, voire trépidantes, mais un choix qui place l’introspection et une certaine retenue intérieure au premier plan ; pas d’esbroufe, mais un contrôle optimal des nuances expressives, et aussi, regard au delà de l’orchestre, comme habité par une claire idée de la sonorité ciblée, une couleur très suggestive, mesurée, intérieure qui s’inscrit dans la réflexion et la nostalgie…? Voilà qui apporte une lecture personnelle et finalement passionnante de l’exercice 2017 : Gustavo Dudamel dont on met souvent en avant la fougue et le tempérament débridé, affirme ici, en complicité explicite avec les musiciens du Philharmonique de Vienne, une direction millimétrée, infiniment suggestive, d’une subtilité absolue, qui colore l’entrain et l’ivresse des valses, polkas et marches des Strauss et autres, par une nouvelle sensibilité introspective. De toute évidence, le maestro vénézuélien, enfant du Sistema, nous épate et convainc de bout en bout. Relevons quelques réussites emblématiques de sa maestrià viennoise. En lire PLUS

 

 

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Zubin Mehta / Concert du Nouvel An à VIENNE 2015
L’hommage au génie de Josef Strauss
http://www.classiquenews.com/cd-concert-du-nouvel-an-a-vienne-2015-philharmonique-de-vienne-zubin-mehta-1-cd-sony-classical/

 

Daniel Barenboim / Concert du Nouvel An à VIENNE 2014
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-vienne-konzerthaus-le-1er-janvier-2014-concert-du-nouvel-an-oeuvres-de-johann-strauss-i-et-ii-edouard-josef-et-richard-strauss-avec-les-danseurs-de-lopera-de-vienne-wiener-phil/

 

Franz Welser-Möst / Concert du Nouvel An à VIENNE 2013
http://www.classiquenews.com/neujahrskonzert-new-years-concert-concert-du-nouvel-an-vienne-2013franz-welser-mst-1-cd-sony-classical/

 

Mariss Jansons / Concert du Nouvel An à VIENNE 2012
http://www.classiquenews.com/vienne-musikverein-le-1er-janvier-2012-concert-du-nouvel-an-wiener-philharmoniker-mariss-jansons-direction/

 

Georges Prêtre / Concert du nouvel AN à VIENNE 2010

 

COMPTE RENDU, concert. VIENNE. CONCERT DU NOUVEL AN, Wiener Philharmoniker / CHRISTIAN THIELEMANN (1er janvier 2019)

COMPTE RENDU, concert. VIENNE, Musikverein, le 1er janvier 2019. CONCERT DU NOUVEL AN, Wiener Philharmoniker / CHRISTIAN THIELEMANN. A 59 ans, le wagnérien et straussien (Richard), Christian Thielemann, plus habitué de Dresde et de Bayreuth que de Vienne, affecte un geste un rien prussien, … possède-t-il réellement le sens de l’élégance viennoise, celle des Johann Strauss fils et père, Josef et Edouard aussi ? Car les valses et épisodes symphoniques de Johann fils, vedette viennoise majeure pour cet esprit léger, et davantage, appellent un caractère spécifique entre abandon et allusion, suggestion et subtilité qui doit éblouir non pas dans cette « légèreté » partout annoncée (qu’est ce que cette musique dite “légère” en réalité ? Le vocable comprend une infinité d’acceptations…). Ici, dans l’écrin désigné du rituel Straussien, le Musikverein, il ne doit être question que de finesse, subtilité mélodique, orchestration raffinée, ivresse évocatoire…

 

 

 

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Après les Welser-Möst, Dudamel, Jansons, … voici Thielemann : cravatte rayée, le directeur du festival de Pâques de Salzbourg (les directeurs du Festival estival autrichien étaient présents dans la salle), qui est aussi le directeur musical de la Staatskapelle de Dresde, retrouve le Wiener Philharmoniker pour ce programme festif. Les connaisseurs retrouvent dans la disposition typiquement viennoise de l’orchestre, les 6 contrebasses placées en fond, face au chef sous l’orgue du Musikverein de Vienne, véritable colonne sonore assurant une structure et une carrure emblématiques. Le chef a déjà dirigé les Wiener Philharmoniker : on ne peut donc pas parler de baptême orchestral. Le programme d’emblée est très classique : rien que des valses et des polkas ; pas d’étrangers, ni de chanteurs invités (comme l’a fait Karajan à son époque, à la fin des années 1980). Mis à l’honneur aux côtés des frères Strauss (Johann II, Josef et Edouard), une autre dynastie de compositeurs et musiciens viennois, les Hellmesberger, père et fils…

Thielemann : UN GESTE UN RIEN MARTIAL ? Le programme annoncé résolument austro-hongrois, commence par la Schönfeld March op. 422 de Carl Michael Ziehrer: le ton est donné, martial et un rien sec et tendu dans la scansion rythmique. Ziehrer a composé opérettes et ballets (comme Johann Strauss II) : l’écriture est assez quelconque, déployant un caractère ronflant, fort en panache démonstratif, à la façon d’une marche militaire, ou d’une parade appuyée, rythme et accents prussiens à l’envi; baguette épaisse et ronde, d’une martialité trop revendiquée, Thielemann n’est guère dans le style élégantissime qui a fait les meilleurs fait qui l’ont précédé dans cet exercice. Pourtant le Musikverein est plus connu pour l’élégance de sa programmation et la finesse des auteurs programmés. On craint le pire pour la suite…

strauss josef portrait classiquenewsHeureusement, le chef respecte le code et l’esprit du rituel de l’an neuf à Vienne avec la très belle valse qui suit, la première du programme : « Transactions Waltz » op. 184 de Josef Strauß: Josef est le premier cadet malheureux de Johann : mort en 1870 (à 43 ans) : l’ingénieur qui rejoint l’entreprise familiale et orchestral en 1850 (à 23 ans car son ainé Johann est lui-même épuisé) – mort éreinté en tournée en Pologne…  Or le génie de Josef musicalement est aussi élevé que celui de Johann : on s’en aperçoit à chaque session de ce concert du nouvel an. Josef serait même souvent plus sombre et ambivalent, riche et profond que son ainé… De fait, Transactions Wazl s’affiche immédiatement plus sombre, et grave au début, pour mieux faire surgir le thème principal, dans le raffinement des timbres des bois, énoncé par les cordes et des flûtes aériennes : la finesse s’invite enfin, enivrée dans cette séquence, qui s’avance à pas feutrée en pleine magie… saluons l’intelligence des climats, le raffinement de l’orchestration, la caresse de la mélodie principale, délicate nostalgie grâce à un équilibre très subtil entre cordes et les bois… avec la harpe, d’une ineffable nostalgie. Soulignons la profondeur et la sensibilité étonnante de Josef Strauss fauché trop tôt, son aptitude spécifique pour le développement symphonique, à la fois dramatique et allusif, et aussi de façon général, une réflexion sur le sens même de la valse, entre désir et mort. Josef nous paraît plus sombre encore que Johann II. Un maître à mieux connaître et plus écouter assurément.

Thielemann nous réserve ensuite une surprise qui pourrait être révélation : de Josef Hellmesberger (fils): Elfin Dance. Immédiatement saisissante, la finesse étincelante grâce aux nuances aiguës, vibrées, rondes du « xylophone »d’une partition inscrite dans les nuages. Hellmesberger fut professeur de violon au Conservatoire de Vienne et aussi fondateur avec son fils du Quatuor Hellmesberger (1849). Avouons que le compositeur ne manque pas d’inspiration ni de subtilité. Éthéré et aérien est cet elfe, un pur esprit – le style et l’écriture sont très sensuels (pizz des cordes, doublées par les flûtes) – comme Mendelssohn dans Le Songe d’une nuit d’été (envol et boucle aérienne de Puck)? Thielemann est dans son élément : ambassadeur d’une musique pleine d’élégance et de finesse, résolument et littéralement « légère ».

Enfin voici le premier morceau du compositeur vedette : Johann STRAUSS II (fils): sur un rythme effréné, l’Express, polka schnell op. 311 est bien une Polka rapide – on regrette cependant la nervosité un peu sèche ; un rien hystérique (là encore systématique et trop appuyée) de Thielemann qui dirige comme un prussien, vif, nerveux, droit. de toute évidence, et dans ce tableau précis, il manque de souplesse comme de retenue.

Du même Strauss fils, « Pictures of the North Sea », waltz op. 390 / Images de la mer du nord développe écriture et texture orchestrales. L’épisode symphonique à l’essence poétique et chorégraphique débute dans le sombre … déroulant un premier tapis envoûté, quasi tragique, puis un souffle profond grave pour que surgisse enfin l’éblouissante mélodie (wagnérien dans sa houle et ses phrases continues : d’emblée Thielemann le wagnérien est à son affaire ici) : on admire le métier du chef, capable d’heureux équilibres sonores, la finesse des flûtes, le chant ciselé des clarinettes parfaitement détaillées, comme enivrées, caressantes…
Pourtant à l’inverse, et dans le même temps, regrettons quelques écarts de conduite dans la direction : des contrastes trop marqués, et appuyés : la frénésie du geste empoigne la valse avec une dureté prussienne propre au chef berlinois : il n’a pas la finesse de son aîné le regretté Nikolaus Harnoncourt (né en 1929 et décédé en 2016), spécialiste et passionné de valses viennoise qui dirigea le Wiener en de nombreuses occasions les Philharmoniker et le Concert du Nouvel An, à 2 reprises : 2001 et 2003. Ronflant, sec, Thielemann déçoit globalement, malgré les trouvailles sonores évoquées précédemment. Sa baguette manque de fluidité malgré le sujet aquatique de la valse choisie.

Autre frère, pas assez connu et mis dans l’ombre de Johann, leur ainé : Eduard Strauß: « Post-Haste », est une polka schnell op. 259, pour laquelle Thielemann cisèle la coupe et l’esprit de syncope (évocation de la course de la diligence) ; ici encore, on remarque les limites du chef car Thielemann détaille certes l’instrumentation mais manque de précision comme d’imagination: sa direction relève d’un système métrique, militaire dans cette cadence au galop, trépidant, trop mécanique…
STRAUSS eduard edouard classiquenews valses de viennes concert nouvel an vienne 2019 220px-EduardStrauss edouard syraussFotoUn petit mot sur Edouard, le dernier fils Strauss et l’héritier de la dynastie. Il est mort en 1916, en pleine guerre, trouve sa voie spécifique, comparée à celle de ses deux frères ainés, par une écriture plus frénétique, qui s’est spécialisé dans les polkas rapides / ainsi cette « Polka-schnell ». Rongé par le ressentiment contre ses frères, et pourtant héritier enviable de la dynastie familiale (et orchestrale), il dissout cependant en 1901, l’orchestre Strauss et, surtout, pendant trois journées (honteuses) d’octobre 1907, brûle nombre de papiers, manuscrits et forcément partitions de ses frères Strauss : destruction catastrophique d’un héritier insensé devenu fou. Nombre de documents et de partitions de Josef et de Johann seraient ainsi partis en fumée.  L’histoire de la famille Strauss relève d’un roman feuilleton, et l’on s’étonne malgré le succès populaire de leurs valses et mazurkas, qu’aucune série télévisée ne soit encore emparé de leur saga. A suivre…

Après la pause de la mi journée (le concert a commencé à 11h), reprise avec l’évocation du Johann compositeur d’opérettes : c’est Offenbach qui pourtant son rival en France, aurait exhorté le Viennois à composer des opérettes. Grand bien que cette proposition confraternelle et constructive. Ainsi l’ouverture du Baron Tzigane… la plus célèbre avec celle de La Chauve Souris, … ainsi le motif de la valse dépasse la seule occurrence épisodique, pour atteindre une évocation pleine de nostalgie … tzigane et purement symphonique (par le motif ourlé de la clarinette) ; dans cette pièce de caractère, à l’ambition dramatique manifeste, Thielemann soigne le panache sombre et grave, avec un très bel effet de texture caressant chaque motif, en particulier au hautbois, sinueux et pastoral. Là encore on peut regretter le geste un peu lourd du chef plus prussien que viennois.

Pourtant, se détache ensuite finesse et légèreté dans « La Ballerine » opus 227 de Josef Strauß, polka française, et ses fin de phrases, suspendues en deux accents, détachés, retenus… véritable hymne à la souplesse élastique. Avec La vie d’artiste opus 316, de Johann II, le ballet de l’Opéra de Vienne s’invite au concert : comme un réveil au matin, le premier couple du corps de ballet de l’Opéra (Wiener Staatsballet) s’ébranle sur la terrasse et dans les couloirs et circulations du bâtiment : l’élégance et la facétie (gestuelles des mains) des 5 couples en blanc et noir imposent une leçon de souplesse acrobatique, – un moment de raffinement collectif magnifié évidemment pas la somptueuse musique, moins allusive que descriptive, dans la cadre des décors et intérieurs de l’Opéra viennois. L’institution fête ses 150 ans en 2019, ayant été inauguré en 1869. Prestige revendiqué et histoire célébrée au moment où ce sont deux français qui dirigent la Maison, Dominique Meyer, intendant général et l’ex danseur étoile à Paris, Manuel Legris, directeur de la danse. Johann Strauss redouble de tendresse feutrée dans cette page très raffinée qui est l’objet d’une réalisation télévisuelle audacieuse (plans inclinés de la caméra dont jouent les danseurs, très complices).

Puis, d’Eduard Strauß: « Opera Soirée » / Une soirée à l’opéra est une polka française op. 162 (à deux temps), polka assez lente, au rythme plus appuyé que la polka mazurka qui est encore plus lente et ralentie avec des temps suspendus…  : Une soirée à l’opéra semble mieux convenir à la carrure prussienne de Thielemann – sans écarter facétie ni délicatesse avec une palette de nuances (piccolo) très finement détaillées ; voici la séquence où le chef dévoile une direction plus nettement enjouée, pleine de sous entendue comme d’élégance.

De Johann STRAUSS II (fils): « Eva Waltz », la valse d’Eva extrait de l’opéra Le Chevalier Pazman se distingue en un début magnifique (somptuosité profonde et noble des cors, puis en dialogue avec les contrebasses – valse atténuée comme un rêve, une réitération onirique liée au personnage d’Eva dans l’opérette de Johann II. C’est Cendrillon réinventée, sa présentation au bal… puis du même opéra, Thielemann a sélectionné une nouvelle pièce de caractère, extrait du même opéra : « Csárdás ». Comme celle de la sublime Chauve Souris, celle qui permet à la comtesse hongroise de s’alanguir jusqu’à la pâmoison, et aussi à la soprano requise, d’éblouir par sa virtuosité profonde, voici une autre facette du génie de Johann II, pleine de facétie heureuse, d’intelligence sauve et lumineuse, de grâce et de finesse. Le Concert télévisé étant aussi une carte postale soulignant les trésors patrimoniaux autochtones, voici les danseurs du Ballet de l’Opéra de Vienne, soit dans un château de basse Autriche, un couple de touristes, parodique, décalé qui s’ennuie puis s’éveille à la pure danse, en rejoignant 3 autres couples de danseurs dans la galerie haute Renaissance. Là encore reconnaissons que la réalisation comme l’alliance de Strauss et de la danse sont idéalement complémentaire, dans un tableau qui s’achève en extérieur, sur une collection de rythmes et de folklores bien trempés, où règne la noblesse du thème hongrois principal (la czardas est de style aristocratique), joué selon la tradition par les paysans pour les moissons ou les noces villageoises.

Johann fils règne en maître absolu avec la Marche égyptienne op. 335 : festival de timbres et d’effets orientalisants et rutilants, parfaitement caractérisés et utilisés à bon escient : d’abord grosse caisse, clarinette mystérieuse, cordes voluptueuse : c’est une séquence entonnée comme une marche militaire, mais enchantée – panache onirique des trompettes et des cors, au souffle inouï, qui égale le meilleur Saint-Saëns, celui oriental de l’orgie / bacchanale dans Samson et Dalila. Thielemann est chez lui, dirigeant sans baguette avec une décontraction affichée, assumée ; lorsque les instrumentistes viennois entonnent en « la la la », le chÅ“ur du motif égyptien (qui rappelle aussi Verdi dans ses ballets d’Aida). Tout s’achève dans le lointain en second plan, superbe effet de spatialisation : festif et interactif, le tableau suscite l’enthousiasme de la salle, et la joie des musiciens, heureux d’avoir ainsi surpris l’audience internationale.

Enfin, après “la Valse entracte” de Joseph Hellmesberger fils: d’une délicatesse soyeuse et enivrante (les pizzicati délicats des violons), celle d’un rêve éveillé, auquel Thielemann réserve son attention la plus nuancé, ce sont deux pages parmi les plus raffinées des fils Strauss, Johann II, l’incontournable : « In Praise of Women », polka mazur op. 310 / Eloge des femmes : hymne féministe qui tombe à pic après nos hontes contemporaines (cf les mouvements #Metoo, et #balancetonporc) où règnent flûtes, piccolo, clarinettes et bassons : (finesse d’élocution, irrésistible élégance et souveraine retenue… en un équilibre impeccable cordes et cuivres)… et le rythme très lent, le plus lent, de la polka mazurka ; puis la musique des sphères opus 235 du cadet tout aussi génial, Josef : grande valse, et la plus inspirée du compositeur, où flûtes / harpe se détachent, signifiant là aussi une aube qui se lève… pourtant, le bas blesse : à la délicatesse suggestive de la partition, nous regrettons l’enflure qui finit par être ennuyeuse, et même agaçante du chef, … trop pompier, ignorant volontaire de toute légèreté. Quel dommage.
nouvel-an-2019-concert-vienne-new-year-s-concert-2019-vienna-philharmonia-christian-thielemann-concert-cd-critique-par-classiquenews-582-the_vienna_philharmonic_and_chri_55-1Enfin c’est le rituel de fin, pour tout concert du nouvel An qui se respecte. Après proclamer les vÅ“ux de l’Orchestre, chef et musiciens jouent d’un seul tenant et sans interruption – quand les prédécesseurs commençaient les premières mesures, puis prononçaient les vÅ“urs, enfin reprenaient à son début la partition : voici l’extase fluviale promise et tant attendue, emblème de l’art de vivre viennois : Le Beau Danube Bleu (Johann STRAUSS fils) : avouons que Thielemann sait écarter toute épaisseur et boursoufflure, instillant ce climat du rêve qui fait briller les cors, recherche les effets de textures moins la transparence, d’où ce sentiment d’opulence, de grain sensuel (les clarinettes) – sommet de naturel et de grâce – la partition d’abord chorale, finit ainsi sa course d’une éloquence et sublime manière, comme chant légitimement célébré de l’élégance viennoise à l’international.

Oui certains nous rétorquerons : pourquoi boudez ainsi son plaisir ? Le Beau Danube Bleu suffit à répondre et militer finalement en faveur de la baguette explicitement symphonique de Thielemann. Nous ne parlons pas sciemment de La marche de Radetsky de Johann Strauss le père : bonus pour amuser un public qui souhaite participer en claquant des mains, soulignant encore et encore la frénésie rythmique d’un tube plus que célébré. Daniel Barenboim avait bien raison de bouder cette séquence car la partition fut composée pour célébrer la victoire sur des manifestants et étudiants tués outrageusement contre leur appel à liberté. Qu’on se le dise.

Carrure prussienne mais sensibilité instrumentale d’un gourmand gourmet, Christian Thielemann nous ravit quand même, dans ce concert qui sans être mémorable – ceux de Georges Prête, Nikolaus Harnoncourt, Gustavo Dudamel, Mariss Jansons (2016) l’ont été – , nous permet de marquer dans la légèreté moyenne, à défaut d’exquise finesse, ce 1er jour de l’année nouvelle 2019.

Retrouvez le cd et le dvd du CONCERT DU NOUVEL AN à VIENNE, 1er janvier 2019, sous la direction de Christian Thielemann, à paraître mi janvier chez Sony classical.

 

 

 

 

 

 

 

 

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COMPTE RENDU, concert. VIENNE, Musikverein. CONCERT DU NOUVEL AN, Wiener Philhamroniker / CHRISTIAN THIELEMANN (1er janvier 2019) : Valses, polkas, extraits d’opéras, ouverture de Johann STRAUSS II, Josef STRAUSS, Edouard STRAUSS, Josef Hellmesberger…

 

 

 

 

 

 

 

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 Nos autres comptes rendus et critiques des CONCERTS DU NOUVEL AN à VIENNE :

 

Concert, compte rendu critique. Vienne, Concert du Nouvel An 2016. En direct sur France 2. Vendredi 1er janvier 2016. Wiener Philharmoniker, Mariss Jansons, direction. Valses de Strauss johann I, II; Josef ; Eduard. Waldtaufel…

mariss-jansons_c_jpg_681x349_crop_upscale_q95Concert, compte rendu critique. Vienne, Concert du Nouvel An 2016. En direct sur France 2. Vendredi 1er janvier 2016. En direct de la Philharmonie viennoise, le Konzerthaus, le concert du nouvel An réalise un rêve cathodique et solidaire : succès planétaire depuis des décennies pour ce rendez vous diffusé en direct par toutes les chaînes nationales du monde et qui le temps des fêtes, rassemblent toutes les espérances du monde, en une très large diffusion pour le plus grand nombre (les places sont vendues à un prix exorbitant destiné aux fortunés de la planète) pour un temps meilleur riche en promesses de bonheur. Cette année c’est le chef Mariss Jansons, maestro letton (résident à Saint-Pétersbourg), autant lyrique que symphonique bien trempé qui dirige les divins instrumentistes viennois, ceux du plus subtil des orchestres mondiaux et qui pour l’événement célèbre l’insouciance par la finesse et l’élégance, celle des valses des Strauss, Johann père et fils bien sûr, ce dernier particulièrement à l’honneur, et aussi Joef et Eduard ses frères (tout aussi talentueux que leur ainé), Eduard dont 2016 marque le centenaire.

 

gustavo-dudamel-dirigiert vignette maestro classiquenews -erstmals-wiener-neujahrskonzertCompte-rendu critique, concert. VIENNE, Musikverein, dimanche 1er janvier 2017. Wiener Philharmoniker.  Gustavo Dudamel, direction. Depuis 1958, le concert du Nouvel An au Musikverein de Vienne est retransmis en direct par les télévisions du monde entier soit 50 millions de spectateurs ; voilà assurément à un moment important de célébration collective, le moment musical et symphonique le plus médiatisé au monde. En plus des talents déjà avérés des instrumentistes du Philharmonique de Vienne, c’est évidemment le nouvel invité, pilote de la séquence, Gustavo Dudamel, pas encore quadra, qui est sous le feu des projecteurs (et des critiques). A presque 36 ans, ce 1er janvier 2017, le jeune maestro vénézuélien a concocté un programme pour le moins original qui en plus de sa jeunesse – c’est le plus jeune chef invité à conduire l’orchestre dans son histoire médiatique, crée une rupture : moins de polkas et de valses tonitruantes, voire trépidantes, mais un choix qui place l’introspection et une certaine retenue intérieure au premier plan ; pas d’esbroufe, mais un contrôle optimal des nuances expressives, et aussi, regard au delà de l’orchestre, comme habité par une claire idée de la sonorité ciblée, une couleur très suggestive, mesurée, intérieure qui s’inscrit dans la réflexion et la nostalgie…? Voilà qui apporte une lecture personnelle et finalement passionnante de l’exercice 2017 : Gustavo Dudamel dont on met souvent en avant la fougue et le tempérament débridé, affirme ici, en complicité explicite avec les musiciens du Philharmonique de Vienne, une direction millimétrée, infiniment suggestive, d’une subtilité absolue, qui colore l’entrain et l’ivresse des valses, polkas et marches des Strauss et autres, par une nouvelle sensibilité introspective. De toute évidence, le maestro vénézuélien, enfant du Sistema, nous épate et convainc de bout en bout. Relevons quelques réussites emblématiques de sa maestrià viennoise. En lire PLUS

 

 

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Zubin Mehta / Concert du Nouvel An à VIENNE 2015
L’hommage au génie de Josef Strauss
http://www.classiquenews.com/cd-concert-du-nouvel-an-a-vienne-2015-philharmonique-de-vienne-zubin-mehta-1-cd-sony-classical/

 

Daniel Barenboim / Concert du Nouvel An à VIENNE 2014
http://www.classiquenews.com/compte-rendu-vienne-konzerthaus-le-1er-janvier-2014-concert-du-nouvel-an-oeuvres-de-johann-strauss-i-et-ii-edouard-josef-et-richard-strauss-avec-les-danseurs-de-lopera-de-vienne-wiener-phil/

 

Franz Welser-Möst / Concert du Nouvel An à VIENNE 2013
http://www.classiquenews.com/neujahrskonzert-new-years-concert-concert-du-nouvel-an-vienne-2013franz-welser-mst-1-cd-sony-classical/

 

Mariss Jansons / Concert du Nouvel An à VIENNE 2012
http://www.classiquenews.com/vienne-musikverein-le-1er-janvier-2012-concert-du-nouvel-an-wiener-philharmoniker-mariss-jansons-direction/

 

Georges Prêtre / Concert du nouvel AN à VIENNE 2010

 

CONCERT DU NOUVEL AN A VIENNE (1er janvier 2019)

nouvel-an-2019-concert-vienne-new-year-s-concert-2019-vienna-philharmonia-christian-thielemann-concert-cd-critique-par-classiquenews-582-the_vienna_philharmonic_and_chri_55-1FRANCE2, FRANCE MUSIQUE, Mardi 1er janvier 2019, 11h. CONCERT DU NOUVEL AN. C’est désormais le rituel de chaque nouveau passage au nouvel an : les valses de Johann Strauss père et fils : une dose irrésistible de raffinement et d’élégance (viennoise) pour souligner (et fêter) le passage à la nouvelle année. Que nous réservera 2019 ? Augurons à tout le moins, de nouvelles offres accessibles pour la transition écologique, une justice fiscale enfin réalisée, moins d’arrogance de nos politiques et de nos élus sensés nous représenter, une façon nouvelle, collective et pacifiste de manifester… et un pouvoir plus humain, proche, réactif. Evidemment à l’époque des Strauss père et fils, dans ce tte Vienne fin de siècle, les événements historiques et les évolutions sociétales avaient peu de chose en commun avec notre actualité, celle des gilets jaunes et du Jupiter élyséen… Gageons que 2019 améliore la vie de chacun. Avec toujours, l’émotion musicale en partage et en intensité.
strauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888Cette année pour le 1er janvier 2019, le chef autrichien Christian Thielemann grand wagnérien et straussien de grande classe (autrichienne) assure le pilotage du concert philharmonique le plus médiatisé de l’année. LIRE aussi notre critique LIVRE la dynastie STRAUSS père & fils (Actes Sud)

FRANCE 2, FRANCE MUSIQUE, Mardi 1er janvier 2019, 11hlogo_france_musique_DETOURE
Vienna Philharmonic / Christian Thielemann, directionfrance2-logo
2019 New Year’s Concert
VISITER le site du Philharmonique de Vienne / Christian Thielemann
http://www.wienerphilharmoniker.at/concerts/concert-detail/event-id/%209913

Diffusion en direct sur France 2

 

 

 

 

 

Programme annoncé :

 

Carl Michael Ziehrer: Schönfeld March op. 422*

Josef Strauß: Transactions Waltz op. 184

Josef Hellmesberger (ii): Elfin Dance

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): Express, polka schnell op. 311**

Pictures of the North Sea, waltz op. 390

Eduard Strauß: Post-Haste, polka schnell op. 259

 

 

pause

 

 

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils) : Overture to the operetta The Gypsy Baron

Josef Strauß: The Ballerina op. 227**

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): Artists’ Life, waltz op. 316

The Bayadère, polka schnell op. 351

Eduard Strauß: Opera Soirée, polka française op. 162**

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): Eva Waltz from the opera Knight Pázmán**

Csárdás from the opera Knight Pázmán

Egyptian March op. 335

Joseph Hellmesberger (ii): Entr’acte Waltz**

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): In Praise of Women, polka mazur op. 310

Josef Strauß: Music of the Spheres, waltz op. 235

 

 

RITUEL DE FIN :

Marche de Radetzky (Johann STRAUSS père)

Le Beau Danube Bleu (Johann STRAUSS fils)

 

 

 

 

Programme 2019 à paraître en dvd et cd chez SONY classical fin janvier 2019 :

 

nouvel-an-2019-concert-vienne-new-year-s-concert-2019-vienna-philharmonia-christian-thielemann-concert-cd-critique-par-classiquenews-582-the_vienna_philharmonic_and_chri_55-1

CONCERT DU NOUVEL AN à VIENNE

nouvel-an-2019-concert-vienne-new-year-s-concert-2019-vienna-philharmonia-christian-thielemann-concert-cd-critique-par-classiquenews-582-the_vienna_philharmonic_and_chri_55-1FRANCE MUSIQUE, Mardi 1er janvier 2019, 11h. CONCERT DU NOUVEL AN. C’est désormais le rituel de chaque nouveau passage au nouvel an : les valses de Johann Strauss père et fils : une dose irrésistible de raffinement et d’élégance (viennoise) pour souligner (et fêter) le passage à la nouvelle année. Que nous réservera 2019 ? Augurons à tout le moins, de nouvelles offres accessibles pour la transition écologique, une justice fiscale enfin réalisée, moins d’arrogance de nos politiques et de nos élus sensés nous représenter, une façon nouvelle, collective et pacifiste de manifester… et un pouvoir plus humain, proche, réactif. Evidemment à l’époque des Strauss père et fils, dans ce tte Vienne fin de siècle, les événements historiques et les évolutions sociétales avaient peu de chose en commun avec notre actualité, celle des gilets jaunes et du Jupiter élyséen… Gageons que 2019 améliore la vie de chacun. Avec toujours, l’émotion musicale en partage et en intensité.
strauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888Cette année pour le 1er janvier 2019, le chef autrichien Christian Thielemann grand wagnérien et straussien de grande classe (autrichienne) assure le pilotage du concert philharmonique le plus médiatisé de l’année. LIRE aussi notre critique LIVRE la dynastie STRAUSS père & fils (Actes Sud)

 

 

FRANCE MUSIQUE, Mardi 1er janvier 2019, 11hlogo_france_musique_DETOURE
Vienna Philharmonic / Christian Thielemann, direction
2019 New Year’s Concert
VISITER le site du Philharmonique de Vienne / Christian Thielemann
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Diffusion en direct sur France 2

 
Programme annoncé :

Carl Michael Ziehrer: Schönfeld March op. 422*

Josef Strauß: Transactions Waltz op. 184

Josef Hellmesberger (ii): Elfin Dance

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): Express, polka schnell op. 311**

Pictures of the North Sea, waltz op. 390

Eduard Strauß: Post-Haste, polka schnell op. 259

pause

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils) : Overture to the operetta The Gypsy Baron

Josef Strauß: The Ballerina op. 227**

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): Artists’ Life, waltz op. 316

The Bayadère, polka schnell op. 351

Eduard Strauß: Opera Soirée, polka française op. 162**

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): Eva Waltz from the opera Knight Pázmán**

Csárdás from the opera Knight Pázmán

Egyptian March op. 335

Joseph Hellmesberger (ii): Entr’acte Waltz**

Johann Strauß the Younger / Johann STRAUSS II (fils): In Praise of Women, polka mazur op. 310

Josef Strauß: Music of the Spheres, waltz op. 235

RITUEL DE FIN :

Marche de Radetzky (Johann STRAUSS père)

Le Beau Danube Bleu (Johann STRAUSS fils)

 

 

CONCERT DU NOUVEL AN A VIENNE 2019

concert nouvel an vienne 1er janvier 2018 la critique du concert sur classiquenewsFRANCE 2, Mardi 1er janvier 2019, 11h. CONCERT DU NOUVEL AN. C’est désormais le rituel de chaque nouveau passage au nouvel an : les valses de Johann Strauss père et fils : une dose irrésistible de raffinement et d’élégance (viennoise) pour souligner (et fêter) le passage à la nouvelle année. Que nous réservera 2019 ? Augurons à tout le moins, de nouvelles offres accessibles pour la transition écologique, une justice fiscale enfin réalisée, moins d’arrogance de nos politiques et de nos élus sensés nous représenter, une façon nouvelle, collective et pacifiste de manifester… et un pouvoir plus humain, proche, réactif. Evidemment à l’époque des Strauss père et fils, dans ce tte Vienne fin de siècle, les événements historiques et les évolutions sociétales avaient peu de chose en commun avec notre actualité, celle des gilets jaunes et du Jupiter élyséen… Gageons que 2019 améliore la vie de chacun. Avec toujours, l’émotion musicale en partage et en intensité.
strauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888Cette année pour le 1er janvier 2019, le chef autrichien Christian Thielemann grand wagnérien et straussien de grande classe (autrichienne) assure le pilotage du concert philharmonique le plus médiatisé de l’année. LIRE aussi notre critique LIVRE la dynastie STRAUSS père & fils (Actes Sud)

 
 
 
 
 
 

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Diffusion en direct sur France Musique 

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Programme annoncé :

 
 
 

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Josef Strauß: Transactions Waltz op. 184

Josef Hellmesberger (ii): Elfin Dance

Johann Strauß the Younger: Express, polka schnell op. 311**

Pictures of the North Sea, waltz op. 390

Eduard Strauß: Post-Haste, polka schnell op. 259

 
 
 

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Johann Strauß the Younger: Overture to the operetta The Gypsy Baron

Josef Strauß: The Ballerina op. 227**

Johann Strauß the Younger: Artists’ Life, waltz op. 316

The Bayadère, polka schnell op. 351

Eduard Strauß: Opera Soirée, polka française op. 162**

Johann Strauß the Younger: Eva Waltz from the opera Knight Pázmán**

Csárdás from the opera Knight Pázmán

Egyptian March op. 335

Joseph Hellmesberger (ii): Entr’acte Waltz**

Johann Strauß the Younger: In Praise of Women, polka mazur op. 310

Josef Strauß: Music of the Spheres, waltz op. 235

 
 
 
 
 
 

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Not previously performed at a New Year’s Concert
jamais joué dans le cadre du Concert du Nouvel An

** Not previously performed by the Vienna Philharmonic
Jamais joué par le Philharmonique de Vienne

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Bayreuth 2015 : Katharina pousse dehors Eva. Ambiance délétère sur la Colline Verte

Festspielhaus BayreuthIntrigues, exclusions… Rien ne va plus sur la Colline. Bayreuth a-t-il perdu son âme ? On connaissait les tractations cyniques des Gibichungen dans le Crépuscule des dieux : en étant devenu le cadre des règlements de compte et des querelles à répétitions, le temple lyrique wagnérien dépasse les prédictions… Le nouveau Tristan du Bayreuth 2015 est dévoilé depuis samedi 25 juillet, soirée d’ouverture du festival de Bayreuth 2015. En ouverture du festival estival, l’arrière petite fille de Richard, codirectrice (un peu malgré elle depuis 2009), a dévoilé sa mise en scène du chef d’oeuvre de 1865, Tristan une Isolde : tout le gratin politico médiatique que compte l’Allemagne, premier créancier de la Grêce exsangue, est présent, Chancelière Merkel en tête (d’autant plus motivée cet été que pourtant passionnée d’opéras et de Wagner, la Chancelière n’avait pas pu faire le déplacement l’an dernier, une absence remarquée…). La reine K : Katharina Wagner, 37 ans, va bientôt régner en maîtresse absolue (après le retrait annoncé opérationnel à la fin de cet été, de sa belle soeur co directrice Eva Wagner-Pasquier, 70 ans). Qu’a fait l’élue jusque là pour mériter un tel héritage ? Peu de chose en vérité et des velléités de mises en scène plutôt bancales. Jeu de filiations et d’adoubement, Katharina a préalablement mis en scène Les Maîtres chanteurs ici même dans un dispositif passablement encombré, confus, riche en gadgets, avare en idées… la magie Bayreuth en a souffert et continue d’en souffrir. La Colline verte, c’est un fait, semble renouer avec les pires années de son histoire, à l’heure où (Cosima, l’autre femme exclusive et conservatrice) dirigeait le Festival de son époux défunt, en se repliant sur une activité jalouse, réductrice, bien peu glorieuse pour le renom du théâtre dessiné par Richard et totalement financé par Louis II. Aujourd’hui, Bayreuth n’est plus que l’ombre d’elle même : une coquille vide, tenue par une direction brouillonne et sans projets visionnaires. Or pour maintenir l’opéra et soutenir la musique, il faut faire rêver, public comme mécènes. Force est de constater que toutes les productions scénographiées depuis 20 ans à Bayreuth restent anecdotiques et tristan-2015-pressefotos-nur-fuer-wams-ku-4-petitement provocatrices, éreintant la beauté de la musique wagnérienne : on ne compte plus les réalisations scéniques invitant accessoires en plastic et costumes décalés dans des visions modernisés… à grand renfort d’effets vidéos les uns plus kitch que les autres (voir ici le très contesté Ring actuellement programmé depuis 4 éditions, signé Frank Castorf qui semble prendre un malin plaisir à non pas servir Wagner mais s’en servir pour recycler tout ce que le Regie theater a compté de symboles contestataires depuis l’après guerre – certes on a connu des Ring « scandaleux » et vivement critiqués, mais celui là n’a pas le souffle poétique ni la pertinence politique du duo Boulez/Chéreau de 1976 (aussi sifflé à ses débuts qu’aujourd’hui devenu légendaire) … Plus grave, les grands chanteurs, à part quelques têtes d’affiches (Les Lohengrin récents de Klaus Florian Vogt ou de Jonas Kaufmann), ou quelques maestros d’ampleur (Kiril Petrenko) attirent l’attention : mais quelques pépites peuvent-elles accomplir ce théâtre total rêvé par Richard ? (Illustration : le nouveau Tristan une Isolde à Bayreuth 2015)

Intrigues et conflits : Katharina pousse dehors Eva

Wagner Katharina Bayreuth Eva WagnerPoeple et gossips obligent, les pires intrigues ont sévi sur la Colline verte en cet été 2015 : justement autour de ce nouveau Tristan : chef (Christian Thieleman qui semble avoir une revanche à prendre au sujet de Wagner) et Katharina en personne, forment le nouveau tendem, assurant d’une main de fer, la direction artistique du Festival ; ils ont oeuvré de concert pour empêcher la codirectrice Eva d’assister aux répétitions de la nouvelle production (histoire d’éviter les fuites et stopper les premières critiques assassines ?) ; plus significatif, le chef Kiril Petrenko, si discret jusque là, a vivement critiqué la façon avec laquelle le ténor canadien Lance Ryan (correct Siegfried du Ring qu’il dirige) a été brutalement congédié à quelques jours des premières représentations). De même, Anja Kampe compagne de Petrenko, prévue dans le rôle d’Yseult, a été également remerciée (au profit d’Evelyn Herlitzius : lire ci-après)… ambiance sur la Colline. La récente nomination de Petrenko comme nouveau directeur musical du Philharmonque de Berlin (à la succession de Simon Rattle) serait-elle liée à cet abandon ? On sait Thielemann particulièrement jaloux de son confrère. On vous l’a dit : Bayreuth égale les manigances et conflits à peine masqués que l’on peut dénicher dans le propre Ring de Wagner (Illustration : les deux codirectrices du Festival de Bayreuth : Katharina Wagner et Eva Wagner).

wagner bayreuth plastic toc sur la collineBayreuth à l’heure d’internet. Heureux wagnériens internautes : sur les 60 000 tickets en vente chaque été, 45.000 sont proposés à la vente, dont plus de 20.000 sont proposés sur la billetterie en ligne, quand 15.000 sont automatiquement destinés aux amis du Festival.  Armez vous de patience cependant car les places filent très vite (en dépit des réalisations douteuses et provocantes, des distributions bancales, l’acoustique du théâtre dessinée par Wagner lui-même vaut toujours le déplacement et attire les foules), avec jusqu’10 ans d’attente sur certains spectacles. Evidemment, en font partie Parsifal et… Tristan une Isolde. A Bayreuth, règne désormais un Wagner kitch, toc et superficiel…

tristan und isolde 2015 bayreuth 2015 043_dpa-pa_150723-99-08328_dpaiNoir, sans issue et foncièrement cynique, le nouveau Tristan und Isolde (qui devrait sévir ainsi pendant au moins 3 éditions à Bayreuth) est dans la vision dépoétisée de Katharina Wagner, une leçon de désenchantement amoureux. Dans le rôle d’Yseult, morte d’amour absolu, Evelyn Herlitzius, choisie tardivement après la désaffection de la soprano initialement prévue, a été sifflée à la fin du spectacle…

Prochaine critique du nouveau Tristan und Isolde du Bayreuth 2015 à venir sur classiquenews.com.

CD. Symphonies de Brahms par Christian Thielemann (Staatskapelle de Dresde, 2 cd Deutsche Grammophon)

brahms thieleman deutsche grammophon 3 cd 1 dvd Pollini, Lisa Batiashvili christian Thielemann Conertos Symphonies Ouverture tragique deutsche grammophon cdCD. Brahms : Symphonies n°1-4.  Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction (3 cd Deutsche Grammophon). Avouons notre pleine satisfaction globale pour cette lecture saisie sur le vif des Symphonies de Brahms par Christian Thieleman : parfois pesante, la direction du chef gagne de beaucoup au contact des excellents instrumentistes de la Staatskapelle de Dresde : affûtés, nerveux, précis allégeant la texture, favorisant la transparence et la clarté du propos grâce à leur expérience entre autres lyrique… De toute évidence, voici une lecture dramatiquement vive qui s’avère dans certaines séquences et mouvements, passionnante. La surprise est de taille et notre enthousiasme inattendu…  La Première Symphonie fait valoir les formidables qualités de l’orchestre de la Staatskapelle de Dresde dont Thielemann nommé directeur musical depuis 2012 propose un cycle Brahms d’une profondeur indiscutable : en témoigne le travail sur la transparence articulée de la texture surtout après un premier mouvement d’une irrépressible aspiration, un deuxième mouvement littéralement à tomber par une expressivité sensible où le chef sait alléger la pâte instrumentale,  trouve des respirations mozartiennes s’appuyant surtout sur le dialogue clarifié des cordes (d’une fluidité toute schumanienne) et des bois étincelants de tendresse maîtrisée: sont écartées les brumes et les langueurs maudites ; ainsi quand surgit le clair rayon solaire du violon solo dans la séquence finale du mouvement sostenuto,  repris et soutenu en écho par le cor lointain,  toute idée de résignation et de blessure s’est miraculeusement effacée.  Dissipation totale des tensions : le fait mérite d’être salué tant le Brahms de Thielemann s’impose ici par son fini et son équilibre souverain. Magistrale compréhension de la partition.

Superbe Brahms de Thielemann

CLIC_macaron_2014Même profondeur et suprême élégance du geste dans le Quatrième mouvement. Le drame s’y accomplit avec un sens souverain de l’action orchestrale, à chaque épisode si justement contrasté. On y relève les mêmes qualités que précédemment : noblesse wagnérienne des cuivres,  calibrage millimétré des bois et cordes d’une fluidité océane… la référence à la 9ème de Beethoven s’y glisse allusivement réalisant cet élan fraternel d’un humanisme échevelé, tourné irréversiblement vers le soleil, et la pleine conscience d’une détermination coûte que coûte, assenée, triomphante. Tout au long des plus de 18mn de développement, la direction se distingue par une caractérisation éloquente de chaque section,  dosant très efficacement la participation de chaque pupitre … si l’on peut parfois regretter le choix de tempo lents au risque de diluer la tension et l’allant global,  reconnaissons le relief et le sens intensément dramatique de la direction : cette Symphonie n°1 est une réussite totale.

Brahms johannes-brahms-1327943834-view-0Que suscite la Symphonie n°2 ? … un même bonheur. L’aurore du début est magnifiquement brossé avec cette fluidité solaire et bienheureuse, qui regarde aussi du côté de la Pastorale beethovénienne, en sa coupe franche et puissamment structurée, Thielemann manie la direction avec une éloquence souveraine. Ici superbement contenu dans la cadre formel institué dès le départ, tensions et forces en présences sont finement canalisées : dans le chant des violoncelles, puis dans l’écho des cors lointains. Le développement suit son cours précisément balisé pendant plus de 20 mn, le chef ne poussant pas ses effectifs au delà d’un hédonisme heureux d’une rondeur pacifiée, essentiellement sereine.  Le tendre et si sensible Adagio non troppo marque la même réserve dans le geste très adouci : qui explore en filigrane les replis d’une intimité qui demeure toujours à distance comme inaccessible. Le chant des cordes et des violoncelles y trouve un élargissement allusif superlatif, idéalement caressant et nostalgique. Plénitude, et aussi articulation, le geste de Thielemann et ses musiciens dresdois font mouche dans l’un des adagios les plus aboutis de Brahms.

Une même douceur apaisée et rayonnante qui passe par le chant solaire du hautbois traverse tout l’allègre allegretto grazioso, dont l’énergie signifie aussi en plus d’un énoncé simple d’un landler, la transe amorcé d’une danse collective … aux champs. Le pastoralisme y est exprimé avec une finesse de ton elle aussi passionnante. Enfin la vitalité nerveuse mozartienne (c’est à dire Jupitérienne) de la conclusion Allegro con spirito s’affirme avec une souplesse caressante et ondulante. La cohérence de la lecture emporte l’enthousiasme.  Au delà de la structure, de sa puissante assise – contrepoint rigoureux d’une mesure beethovénienne, Thielemann fait couler un sang palpitant, fluide et dansant, « mozartien » et schumanien.

Plûtot que de relever les qualités et les limites de chacune des symphonies qui suivent, – en particulier la 3ème, soulignons ce qui fait sens dans l’ultime : la 4 ème Symphonie. Là aussi, après des mouvements précédents en demi teinte, le dernier mouvement, surtout dans sa résolution finale, s’impose par le tempérament articulé du chef, superbe et sincère brahmsien.

Christian Thielemann chefD’emblée, la très belle cohésion organique de la direction s’impose. Le copieux premier mouvement allegro non troppo est surtout lissé dans le sens d’une exposition émotionnelle et intérieure dont Thielemann expose les directions diverses sans prendre partie.  Ce geste de suprême sérénité qui manque certainement de caractérisation plus fouillée dans les contrastes se ressent davantage encore dans le second mouvement très (trop) moderato : c’est d’un fini suprême à mettre au crédit de l’orchestre en bien des points superlatif : rondeur allusive des cordes,  harmonie idéalement articulée, cors lointains scintillants et cuivrés comme rarement.  Mais comme charmé par un sortilège qui vaut sédatif,  le chef semble bien peu saisi par la force et la violence du volcan Brahms.  Sa vision est compacte et épaisse voire sèche dans la résolution de ce second mouvement. Le 3 ème mouvement vaut par son temps vif léger : un vrai défi pour le maestro qui peine dans le nerveux tant il garde une baguette … lourde. Mais récapitulation et synthèse du pathos et de la subtilité tragique de Johannes,  le dernier mouvement montre les mêmes limites de la vision : prenante certes mais épaisse et lourde. Pourtant un vrai sentiment d’angoisse tragique enfle et se déploie tout au long des presque 10 mn : Thielemann progresse ici par une détermination qui passe dans la tenue tendue permanente des cordes idéalement furieuses ; et aussi une très belle couleur d’exténuation des bois qui en offrent une réponse à la fois apaisée et résignée (solo de flute à 3mn). Le pessimisme de Brahms revient cependant en force dans la résolution de ce mouvement final qui s’impose par sa noblesse noire et sombre. Reconnaissons à Thielemann de l’avoir réussi au delà de nos attentes à partir de 5mn35 quand explose le ressac orchestral,  expression de la violence tragique qui impose sa loi désormais jusqu’à la fin de cet épisode sans issue.  La lecture de ce dernier mouvement, dans sa section dernière, est de loin la mieux aboutie,  nerveuse,  âpre,  engagée,  expressive et comme brûlée. Sans espoir. C’est sans demi mesure et finement énoncé : donc irrésistible.

Le coffret ajoute en bonus visuel un dvd comprenant d’autres oeuvres de Brahms, les Concerto pour piano par Pollini et le Concerto pour violon par Batiashvili : avouons notre nette préférence pour le violon de Batiashvili : la géorgienne qui vient de publier un disque Bach avec son compagnon le oboïste François Leleux, irradie par un jeu puissant et raffiné qui laisse entrevoir des failles sensibles d’une profondeur là aussi très convaincante. 

Brahms : Symphonies N°1-4.  Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction. 3 cd  + 1 dvd. enregistrement live SemperOper de Dresde, 2011-2012-2013 (Concertos pour piano : Maurizio Pollini, piano. Concerto pour violon : Batiashvili, violon) Deutsche Grammophon

CD. Le Brahms de Thielemann chez Deutsche Grammophon

Compte-rendu : Paris. Théâtre des Champs-Elysées, le 24 mai 2013. Concert Wagner. Johan Botha. Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction

Christian Thielemann chefDeux jours après le 200e anniversaire de la naissance de Richard Wagner (22 mai 2013), la légendaire Staatskapelle de Dresde fait halte dans la capitale pour un concert hommage au maître de Bayreuth, avec au programme des extraits d’opéras, ouvertures et airs, et une pièce de Hans Werner Henze.
Sous la baguette de leur nouveau directeur musical, Christian Thielemann, les musiciens déploient une couleur admirable, à la fois brillante et veloutée, avec notamment des cordes graves à la sonorité profonde et des cuivres étincelants. Les violons se montrent ce soir en petite forme, plus audiblement dans le prélude du premier acte de Lohengrin, où les pianissimi dans l’aigu semblent difficiles à réaliser, malgré un bel effort dans cette impression de tremblement de la lumière voulu par Wagner pour illustrer le Saint Graal.

 

 

Hommage au maître de Bayreuth

 

Les autres ouvertures permettent aux instrumentistes de donner le meilleur d’eux-mêmes, notamment celle de Rienzi, qui enchante toujours par son premier thème poignant, et celle de Tannhäuser, où chacun semble se libérer, pour un déferlement sonore des plus réjouissants. La pièce de Henze déconcerte un peu au cœur de ce programme, mais ce salut au « Capell-Compositeur » – ainsi l’avait désigné Christian Thielemann à son arrivée à la tête de l’orchestre –, disparu voilà quelques mois, offre un lyrisme qui répond bien à celui des autres morceaux. Wagner ayant tant servi la voix, il était naturel de l’inviter à cette soirée.

Au ténor sud-africain Johan Botha revient le mérite de remplir cette mission. Si le timbre n’est pas des plus séduisants, force est de constater, dès les premiers accents, que le chanteur sonne parfaitement à l’aise dans cette écriture large, exigeant médium solide et aigu conquérant. Après une prière de Rienzi un rien démonstrative mais chantée avec sûreté, c’est dans le récit du Graal de Lohengrin que l’interprète se révèle. La voix, puissante et d’une projection impressionnante, se déploie sans effort dans toute la salle. Malgré un regard qu’il détourne peu des notes posées devant lui, il ose de superbes nuances, jusqu’à des piani parfaitement timbrés, avant de libérer son instrument dans des aigus insolents de facilité, d’assise, de concentration de l’émission.

Mais avec Tannhäuser, qu’il connaît bien, le technicien, toujours aussi sidérant de puissance et de sécurité, fait place à l’interprète, enfin extraverti, s’incarnant dans une théâtralité d’autant plus forte qu’elle s’avère exclusivement musicale.
L’attention au texte, littéralement ciselé, est totale, et chaque inflexion, d’un piano quasi-parlando à un aigu forte véritable javelot sonore, se met au service du drame et de la partition. Un exemple de beau chant wagnérien devenu rare à notre époque. Face à une salle en liesse, l’orchestre se lance, en bis, dans le prélude de l’acte III de Lohengrin, avec une énergie redoutable, faisant tourbillonner les lignes instrumentales, concluant ainsi avec éclat ce bel hommage rendu au compositeur allemand.

Paris. Théâtre des Champs-Elysées, 24 mai 2013. Richard Wagner : Der fliegende Holländer, Ouverture ; Eine Faust-Ouvertüre en ré mineur ; Rienzi, “Allmächt’ger Vater” ; Ouverture ; Lohengrin, Prélude de l’acte I ; “In fernem Land” ; Hans Werner Henze : Fraternité, air pour orchestre. Richard Wagner : Tannhäuser, “Innbrunst im Herzen” ; Ouverture. Johan Botha, ténor. Staatskapelle de Dresde. Christian Thielemann, direction musicale.