CD, compte rendu critique. Rameau: Castor et Pollux. Pygmalion. Raphaël Pichon, direction (2 cd Harmonia Mundi).

rameau-castor-et-pollux-version-1754-raphael-pichon-pygmalion-cd-harmonia-mundi-2-cd-comptre-rendu-critique-classiquenews-juillet-2015CD. Rameau: Castor et Pollux. Pygmalion. RaphaĂ«l Pichon, direction (2 cd Harmonia Mundi). MĂȘme si elle ne manque pas d’Ă©loquence instrumentale ni de dĂ©licatesse orchestrale (la direction du chef est de ce point de vue, idĂ©alement Ă©quilibrĂ©e et minutieuse), cette lecture souffre d’un plateau de protagonistes trop disparate.  Le Castor  de Colin Ainsworth déçoit de bout en bout par un manque de soutien, des aigus contournĂ©s et un style empoulĂ© et prĂ©cieux dont les artifices dĂ©naturent le simple rĂ©citatif de Rameau. SĂ©jour de l’Ă©ternelle paix sans tenue s’effiloche, sans vrai accentuation : le chanteur reste Ă  cĂŽtĂ© et du personnage et de la situation ; mĂȘme constat pour la mezzo ClĂ©mentine Margaine : PhĂ©bĂ©, surexpressive d’un bout Ă  l’autre. Les deux solistes s’enferment dans une lecture linĂ©aire, rĂ©ductrice et finalement caricaturale de leur personnage respectif : Castor ne cesse de se lamenter, de s’alanguir mollement; PhebĂ© perd toute justesse Ă  force d’exhorter : ses imprĂ©cations rĂ©pĂ©titives s’enlisent; fautive / perfectible, leur conception mĂȘme du rĂ©citatif français qui manque singuliĂšrement de finesse comme de prĂ©cision : l’art de Rameau est ainsi, il ne souffre aucune imperfection
Meilleurs sont la Telaire d’Emmanuelle de Negri (remarqiable intensitĂ© et doloriste contenue, subtilite de l’articulation) ; Pollux du baryton Florian Sempey, mĂȘme si ce dernier affiche un timbre voilĂ© qui gĂȘne la parfaite clartĂ© de son texte. Son chant semble continĂ»ment serrĂ©, engorgĂ©.

Ambassadeur d’un Rameau ciselĂ©, Pichon dĂ©voile une remarquable sensibilitĂ© instrumentale pour la version de Castor et Pollux 1754

RĂ©ussite surtout orchestrale

Parmi les meilleures sĂ©quences celle d’HĂ©bĂ© qui ouvre la fin du IV, grĂące Ă  l’intervention de la soprano Sabine Devieilhe (rayonnante vocalitĂ©) qui diffuse ce parfum de sensualitĂ© enivrĂ©e dans l’un des tableaux les plus dĂ©licats et amoureux de tout le thĂ©Ăątre ramĂ©lien : “Voici les dieux. …” Les deux gavottes pour Hebe synthĂ©tisent tous les dĂ©fis de la partition entre respiration et flexibilitĂ© comme suspendu et portĂ© par les flĂ»tes qui doivent ĂȘtre incandescentes et d’une subtilitĂ© rayonnante. MĂȘme français tendre et superbement articulĂ© du tĂ©nor Philippe Talbot pour Mercure, et l’air victorieux lumineux de l’athlĂšte. AssurĂ©ment les piliers vocaux de cette version dont la plus remarquable rĂ©ussite se situe chez les instruments.

Danses en lĂ©gĂšretĂ© volubile et instrumentalement dĂ©taillĂ©es mais parfois courtes, tous les intermĂšdes flattent l’oreille par un raffinement instrumental prĂ©cis et Ă©quilibrĂ© qui sait nuancer dramatisme et suprĂȘme dĂ©licatesse. RaphaĂ«l Pichon pĂȘche mĂȘme par un excĂšs de retenue qui s’apparente Ă  de la froideur. NĂ©anmoins parmi les remarquables prouesses de l’orchestre attestant d’une maĂźtrise des danses entre gracieuse suavitĂ© et nerf rythmique l’entrĂ©e d’HĂ©bĂ©, surtout, gorgĂ©es de saine aĂ©ration, les gavottes pour la mĂȘme HĂ©bĂ© dĂ©cidĂ©ment inspirante (l’Ă©poux de la soprano Devieilhe serait-il portĂ© par l’angĂ©lisme suave que lui inspire sa compagne Ă  la ville ?); la prĂ©cision mordante trĂ©pidante des passe pieds pour les Ombres heureuses et la trĂšs longue ritournelle affligĂ©e pudique de Telaire au dĂ©but du V restent elles aussi irrĂ©sistibles. Comme, piĂšce maĂźtresse, la chaconne finale subtil Ă©quilibre entre abandon enchantĂ© et inĂ©luctable finalisation le tout articulĂ© et scintillant de milles Ă©clats instrumentaux …
Les choeurs sont diversement convaincants selon les Ă©pisodes. A part les hommes (Demons : Brisons les chaines), le choeur manque de prĂ©cision linguistique d’une façon gĂ©nĂ©rale, certes bons exĂ©cutants mais en retrait continu : la fĂȘte de l’univers qui clĂŽt le drame manque singuliĂšrement d’ampleur et d’aĂ©rienne majestĂ© : c’est quand mĂȘme l’apothĂ©ose des deux frĂšres Dioscures Ă  laquelle Rameau dĂ©die son final.

Version essentiellement instrumentale ou la prĂ©cision reste souveraine et sous le geste du chef affirme une dĂ©licatesse d’intonation passionnante; mais il manque le concours de solistes vrais personnalitĂ©s dramatiques et dans l’enchaĂźnement des tableaux, un sens du thĂ©Ăątre continu.

C’est donc une lecture intĂ©ressante du point de vue instrumentale, mais cette version ici et lĂ  encensĂ©e comme la nouvelle rĂ©fĂ©rence, est loin de la maturitĂ© des aĂźnĂ©s, pionniers chez Rameau et d’une toute autre inspiration : Harnoncourt ou Christie dĂ©cidĂ©ment inĂ©galables pour la comprĂ©hension profonde de l’opĂ©ra le plus jouĂ© du vivant de Rameau et aprĂšs sa mort jusqu’Ă  la chute de l’ancien rĂ©gime sous le rĂšgne de Marie-Antoinette. Si Harmonia Mundi avait optĂ© pour un disque d’extraits comme une Suite de danses, le geste affĂ»tĂ©, ciselĂ© et dĂ©licat de Pichon aurait mĂ©ritĂ© un CLIC de classiquenews, assurĂ©ment.

CD. Rameau : Castor et Pollux (version 1754). Avec Philippe Talbot (Mercure, Un AthlĂšte), Sabine Devieilhe (une Suivante d’HĂ©bĂ©), Emmanuelle de Negri (TĂ©laĂŻre), … ChƓur et orchestre Pygmalion. RaphaĂ«l Pichon, direction. 2 cd Harmonia Mundi HMC 902212.13. EnregistrĂ© Ă  Montpellier en juillet 2014

Compte rendu, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 31 mars 2015. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Castor et Pollux, TragĂ©die en cinq actes, version de 1754 ; Mariame ClĂ©ment, mise en scĂšne ; Julia Hansen, dĂ©cors et costumes ; Bernd Purkrabek , lumiĂšres ; FettFilm (Momme Hinrichs et Torge MĂžller), vidĂ©o ; Antonio Figueroa, Castor ; Aimery LefĂšvre, Pollux ; Hasnaa Bennani, ClĂ©one / Une suivante/ Une Ombre heureuse ; HĂ©lĂšne Guilmette, TĂ©laĂŻre ; GaĂ«lle Arquez, PhĂ©bĂ© ; Dashon Burton, Jupiter ; Sergey Romanovsky, L’AthlĂšte / Mercure ; Konstantin Wolff, Le Grand PrĂȘtre de Jupiter / Une Voix ; Choeur du Capitole ; Alfonso Caiani direction ; Les Talens Lyriques ; Christophe Rousset, direction musicale.

castor-pollux-rameau-Rameau au Capitole est bien servi, aprĂšs Hippolyte et Aricie en 2009, les Indes Galantes en 2012, voici Castor et Pollux cette saison. Il ne manque plus que PlatĂ©e pour que notre bonheur soit total. Rameau demande beaucoup. Certes la partition regorge de beautĂ©s mais il est important que la mise en scĂšne soit habile afin que l‘intĂ©rĂȘt du spectateur moderne soit maintenu. MĂȘme dans Castor et Pollux de 1754 l’intrigue est maigre et les ballets sont nombreux qui coupent tout Ă©lan dramatique. L‘intelligence de la mise en scĂšne de Mariame ClĂ©ment est parfaitement secondĂ©e par des costumes simples et beaux et un dĂ©cor monumental, un double escalier central, qui permettent au spectacle de soutenir notre intĂ©rĂȘt y compris dans les ballets. C’est un parti pris audacieux que cette absence de danses, remplacĂ©es par du thĂ©Ăątre et des mimes. L’histoire est ainsi dĂ©clinĂ©e dans le temps, par un habile retour vers l’enfance des quatre hĂ©ros ; nous comprenons mieux les liens complexes qui les unissent. Tout avance donc sans temps morts. Les chƓurs jouent trĂšs bien et les solistes, secondĂ©s par des enfants, prennent un relief passionnant.

Tendres et beaux Castor et Pollux Ă  Toulouse

Le thĂ©Ăątre s’invite mais c’est bien les voix qui dominent le plateau, mĂȘme avant l’orchestre. Nous le dirons d’emblĂ©e l’orchestre de Rameau pose un problĂšme qui ce soir n’a pas Ă©tĂ© rĂ©solu par Christophe Rousset et ses superbes musiciens des Talens Lyriques. TrĂšs haut dans la fosse, l’orchestre sonne souvent trop fort et lourd. C’est un peu le dĂ©faut des instruments anciens lorsqu’ils sont sommĂ©s, comme ce soir de sonner trop pour montrer leur puissance aprĂšs des annĂ©es de trop modestes possibilitĂ©s. La direction ferme et puissante de Christophe Rousset fait sensation mais les passages sensibles ne touchent pas assez. Les couleurs sombres de l‘orchestre avec des basses trĂšs prĂ©sentes, manque de lumiĂšre. La direction est efficace, mais un peu trop sĂšche et manquant de moelleux. L’équilibre avec le plateau a fait dĂ©faut lors de la scĂšne des enfers de l’acte IV lorsque la voix du «vaillant Pollux » se perd alors que PhĂ©bĂ©, Mercure et les dĂ©mons traversent la puissance orchestrale dĂ©chainĂ©e.

La fĂȘte vocale est magnifiĂ©e par les dames. En PhĂ©bĂ©, GaĂ«lle Arquez brĂ»le les planches et sa voix paraĂźt d’une puissance enviable. Le beau mezzo de tempĂ©rament a une autoritĂ© indiscutable. La prĂ©sence du personnage infernal sĂ©duit et inquiĂšte Ă  la fois. La TĂ©laĂŻre d’HĂ©lĂšne Guilmette a Ă©galement une belle prĂ©sence scĂ©nique et la voix fruitĂ©e de soprano lyrique sait galber les lignes de chant avec art. Tout au plus, un manque de fragilitĂ© en particulier dans l’air triste flambeau suscite des rĂ©serves. Mais la mise en scĂšne lui demande une prĂ©sence forte que la voix soutient parfaitement.
Le Castor d’Antonio Figueroa est vocalement d’une tendresse idĂ©ale. Voix de miel, le tĂ©nor sait chanter avec art son rĂŽle d’amoureux que rien n’arrĂȘte. Aux Enfers il manquera un peu de vaillance mais l’essence de cette voix semble ĂȘtre de rendre des sentiments dĂ©licats seulement. En Pollux, Aimery LefĂšvre est sensible et douloureux. La belle voix souple phrase Ă  la perfection. Mais la grandeur du monarque et du fils d’un dieu, Ă©ternel lui mĂȘme, fait dĂ©faut. Dashon Burton, campe un Jupiter inattendu et plein d‘humour. La voix est moelleuse et sĂ©duisante et le jeu du jeune baryton est parfait. Ce Dieux de l’argent est si vraisemblable et fantasque Ă  la fois

En Plusieurs rĂŽles, dont une formidable « trompette », Sergey Romanovsky est un tĂ©nor impertinent par sa capacitĂ© de rivaliser avec des sons d ‘airains comme une grande noblesse dans la partie de Mercure. VoilĂ  un engagement vocal impressionnant Ă  suivre dans des rĂŽles plus longs et complexes. Le chƓur du capitole admirablement prĂ©parĂ© par Alfonso Caiani a magnifiĂ© les si beaux chƓurs de Rameau, oscillants entre douleur et splendeur avec des couleurs superbes. Tout particuliĂšrement le pupitre de tĂ©nor a semblĂ© pur et lumineux.

Cette production du Theater an der Wien a eu un beau succĂšs Ă  Toulouse. Ce parfait mĂ©lange de thĂ©Ăątre et de chant est digne du chef d ‘Ɠuvre de Rameau. La distribution sans faiblesse, la mise en scĂšne stimulante et la direction musicale Ă©nergique ont portĂ© haut l’esprit de la TragĂ©die Lyrique au Capitole. L’Ă©quipe soudĂ©e pour ce spectacle total, en ces temps incertains rĂ©conforte par un tel engagement.

Castor et Pollux Ă  Toulouse

RAMEAU 2014 : sĂ©lection cdToulouse, Capitole. Rameau: Castor et Pollux : 22 mars>14 avril 2015. Lors de sa crĂ©ation en 1737, le second opĂ©ra tragique de Rameau est d’autant plus attendu qu’il succĂšde Ă  deux ouvrages saisissants : le scandaleux et dĂ©jĂ  gĂ©nial Hyppolite et Aricie de 1733, puis l’opĂ©ra-ballet, les Indes Galantes de 1735. Suscitant l’ire des Lullistes, choquĂ©s par tant d’audaces inĂ©dites, Castor et Pollux n’est jouĂ© que 21 fois : c’est pour Rameau un semi Ă©chec : il pense aussitĂŽt Ă  rĂ©Ă©crire l’opĂ©ra dont la seconde version trĂšs diffĂ©rente voit le jour en 1754. En 17 ans, le goĂ»t du public a sensiblement Ă©voluĂ©.

Au centre de l’action le lien fraternel qui unit Pollux fils immortel de Jupiter et LĂ©da, Ă  son demi frĂšre, Castor fils de Tyndare et a contrario simple mortel. S’ils aiment la mĂȘme femme, TĂ©laĂŻre, Pollux s’efface et dĂ©sire mĂȘme aprĂšs la mort de son frĂšre, prendre sa place aux enfers; PhĂ©bĂ© amoureuse de Castor, jalouse de TĂ©laĂŻre, ne cesse d’invoquer les forces malĂ©fiques pour contraindre et faire Ă©chouer les projets de Pollux et TĂ©laĂŻre. Finalement, Jupiter Ă©mu par l’amour de Pollux pour Castor, lequel sait aussi se sacrifier pour son frĂšre, accepte de ressusciter Castor, l’unir Ă  TĂ©laĂŻre, leur offrir l’immortalitĂ©, aprĂšs avoir foudroyĂ© l’ignoble PhĂ©bĂ©.

La version de 1754 prend en compte toutes les Ă©volutions du goĂ»t : en plein cƓur de la Querelle des Bouffons, le nouveau Castor Ă©blouit et s’impose sur la scĂšne : c’est le plus grand succĂšs lyrique du XVIIIĂšme siĂšcle. Rameau y excelle Ă  renforcer l’impact dramatique de l’action, tout en flattant l’oreille des spectateurs par des airs italiens des plus tendres et sensuels. En 1754, plus de prologue Ă  la gloire du roi, une musique nouvelle qui enchaĂźne en un tout organique, chƓur, air, rĂ©citatif, surtout ampleur et souffle “cosmique” de l’orchestre.

RameauLa couleur funĂšbre et lugubre du chƓur des Spartiates : ” Que tout gĂ©misse “, prĂ©cĂ©dant la fameuse plainte / priĂšre de TĂ©laĂŻre (” Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux… “), le monologue solitaire de Castor : ” SĂ©jour de l’Ă©ternelle paix “, la grĂące amoureuse de l’ariette du V : ” Tendre amour “, la noire haine de PhĂ©bĂ© (” Soulevons tous les dieux “),  le pathĂ©tique noble et viril de Pollux tout au long des actes… bouleversent et saisissent par leur justesse poĂ©tique et leur profondeur sentimentale. Rameau rĂ©ussit tout : l’implacable solitude des coeurs amoureux, la grandeur des sentiments partagĂ©es, la brĂ»lure et la hideuse noirceur des Ăąmes haineuses… Le compositeur offre un nouveau standard lyrique aprĂšs Lully, l’Ă©galant voire le dĂ©passant par sa force dramatique, la puretĂ© et la grandeur de son Ă©loquence dĂ©clamatoire qui Ă©gale aussi le thĂ©Ăątre parlĂ© dĂ©clamĂ© de Corneille et Racine. Avec Rameau, l’opĂ©ra gagne ses lettre de noblesse et atteint une grandeur et un sublime jamais Ă©galĂ©s avant lui ; thĂ©Ăątre d’action et de sublimation, c’est aussi une scĂšne flamboyante qui culmine par la rĂ©ussite des disciplines associĂ©es : oĂč la danse toujours omniprĂ©sente avec le chƓur et les solistes, chanteurs et danseurs, rĂ©alise les plus beaux “divertissements”, ballets combinĂ©s au drame chantĂ© dont le dernier, l’ultime chaconne aprĂšs le jugement de Jupiter et qui reprĂ©sente les planĂštes autour du Soleil (quand Castor nouvel immortel rejoint aux cĂŽtĂ©s de Pollux, le Zodiaque), demeure un sommet de l’Ă©criture ramĂ©lienne.

 

 

 

Castor, modÚle du bon goût français

 

Rameau_Carmontelle10 ans avant de mourir, Rameau laisse une oeuvre alliant la grandiose et le tendre, le pathĂ©tique et le sensuel qui s’exprime par un orchestre suractif et nuancĂ© qui comme un creuset, transfigure chaque Ă©lĂ©ment au contact de l’autre : danse, chant, musique pure se trouvent fusionnĂ©s comme jamais. Jusqu’en 1785, sous le rĂšgne de Marie-Antoinette et de Louis XVI, Castor et Pollux incarne la grandeur exemplaire de l’opĂ©ra français : mĂȘme en pleine rivalitĂ© entre glukistes et piccinnistes, Castor incarne le modĂšle indĂ©passable. MĂȘme Berlioz pourtant ardent gluckiste, savait reconnaĂźtre le gĂ©nie unique de Rameau par la priĂšre de TĂ©laĂŻre : “Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux”, cet air que Sofia Coppola dans son film Marie-Antoinette, fait paraĂźtre Ă  l’opĂ©ra, sachant sĂ©duire et mĂȘme enthousiasmer la jeune reine qui ose applaudir contre tout respect de l’Ă©tiquette… Au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, quand les antiwagnĂ©riens tels D’Indy, et Bordes jouent Castor, l’emblĂšme du bon goĂ»t français, Debussy est Ă©mu par la justesse lugubre du chƓur des spartiates dont l’humanitĂ© le touche particuliĂšrement. En 1991, Wiliam Christie fait retentir les notes magiciennes de Castor Ă  Aix en Provence et l’annĂ©e Rameau 2014 a vu le retour en force de l’opĂ©ra le plus cĂ©lĂ©brĂ© du compositeur.

 

 

 

 

RAMEAU 2014 : sélection cdCastor et Pollux de Rameau au Capitole de Toulouse,
du 24 mars au 2 avril 2015.

Christophe Rousset, direction
Marianne Clément, mise en scÚne
Les 24,27,29 31 mars puis le 2 avril 2015.

Tragédie lyrique en cinq actes
Livret de Pierre-Joseph Gentil-Bernard
crĂ©Ă©e le 24 octobre 1737 Ă  l’OpĂ©ra de Paris (version rĂ©visĂ©e : 1754)

 

 

 

Gala Rameau 2014 dans la Galerie des glaces

Versailles. Galeries des glaces, Gala Rameau 2014. Samedi 22 novembre 2014, 21h. L’annĂ©e Rameau, assez fĂ©conde et plutĂŽt rĂ©ussie sur le plan des (re)dĂ©couvertes (Le temple de la Gloire, ZaĂŻs, Rameau, maĂźtre Ă  danser
) s’achĂšve officiellement ce 22 novembre 2014 Ă  21h lors d’un grand gala Rameau donnĂ© dans l’exceptionnelle Ă©crin de la Galerie des glaces du ChĂąteau de Versailles, un Ă©vĂ©nement Ă  l’initiative du CMBV Centre de musique baroque de Versailles, grand coordinateur de l’annĂ©e Rameau 2014 en France. 

galerie des glaces versailles concert gala rameau 2014A l’occasion du 250Ăšme anniversaire de sa mort, voici un programme Ă©clectique, foisonnant, rĂ©capitulatif tel qu’on aurait pu l’écouter dans la salle du Concert Spirituel au XVIIIe siĂšcle.  Au menu, pages sacrĂ©es et profanes. MĂȘlĂ©s aux partitions lyriques et thĂ©Ăątrales, les Grands Motets, oeuvres de jeunesse, rĂ©vĂ©lant avant les opĂ©ras dont le premier est Hippolyte et Aricie en 1733, la flamboyante inspiration du jeune Rameau organiste itinĂ©rant, alors inspirĂ© par le genre du grand motet : choeur, solistes, orchestre, Rameau maĂźtrise dĂ©jĂ  tous les effectifs, toutes les combinaisons possibles, offrant dans un contexte sacrĂ©, plusieurs oeuvres particuliĂšrement 
 thĂ©Ăątrales. Trois Grands motets en tĂ©moignent ce soir par ordre de rĂ©alisation au cours de la soirĂ©e : Laboravi, Quam dilecta, In Convertendo.

Compositeur audacieux, rĂ©formateur mĂȘme jusqu’à un Ăąge avancĂ© (songez Ă  son ouvrage ultime Les BorĂ©ades de 1764, l’annĂ©e de sa mort d’un souffle exceptionnel sur un thĂšme dĂ©licat : la torture
), Rameau invente, explore, expĂ©rimente toujours ; son orchestre est le plus novateur et le plus original de son temps : ainsi les Suites extraites de La Princesse de Navarre et son opĂ©ra crĂ©Ă© en 1737, rĂ©visĂ© en 1754 : Castor et Pollux.

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)Pour nous l’intĂ©rĂȘt majeur du gala Rameau Ă  Versailles, demeure la Suite de danses de la trop peu jouĂ©e Princesse de Navarre : l’Ɠuvre fait partie de la commande faite en 1745 au nouveau compositeur de la Chambre du Roi : Rameau ainsi cĂ©lĂ©brĂ© et honorĂ© devient une figure majeure de la vie musicale française Ă  62 ans. Le Roi lui commande quatre Ɠuvres lyriques dont la cĂ©lĂšbre et atypique autant que dĂ©jantĂ© PlatĂ©e, pour le mariage du Dauphin. La danse est le cadre oĂč se libĂšre le riche tempĂ©rament dramatique du compositeur : son Ă©criture est aussi savante et virtuose, de plus en plus italienne comme en tĂ©moigne l’air redoutable : Vents furieux. GĂ©nie du timbre, et grand coloriste, Rameau Ă©tonne tout autant dans Castor et Pollux dans l’usage spĂ©cifique du basson, comme le montre avec Ă©loquence, la priĂšre funĂšbre et de dĂ©ploration de TĂ©laĂŻre, pleurant la mort de son bien-aimĂ© Castor, dans Castor et Pollux : « tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux », un air immĂ©diatement applaudi Ă  la crĂ©ation et repris rĂ©guliĂšrement tout au long du XVIIIĂšme.

La galerie des glaces du ChĂąteau de Versailles. Longue de 73 mĂštres et large de 10,50 mĂštres, la Galerie des Glaces, ou Grande Galerie du ChĂąteau de Versailles, a Ă©tĂ© imaginĂ©e par l’architecte Jules Hardouin-Mansart et dĂ©corĂ©e par le peintre Charles Lebrun. SouhaitĂ©e par Louis XIV pour Ă©blouir ses visiteurs, elle arbore quelques 357 miroirs et 17 fenĂȘtres, elle fut construite entre 1678 et 1684. Le dĂ©cor actuel est celui rĂ©alisĂ© Ă  la fin du rĂšgne de Louis XV pour le mariage du Dauphin futur Louis XVI avec Marie-Antoinette.

Programme

La Princesse de Navarre, Suite de danses
Comédie ballet sur un livret de Voltaire, 1745
Contredanses en rondeau
Menuets
Sarabande
PrĂ©lude pour la descente de l’Amour
Gavottes
Air : Vents furieux (une GrĂące)

Laboravi (motet Ă  grand choeur a capella)
Quam Dilecta (motet pour solistes, choeur et orchestre)

entracte

Castor et Pollux, extraits
Tragédie lyrique, version de 1754, initialement créée en 1737
Choeur des spartiates : Que tout gémisse
TĂ©laĂŻre : Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux

Marche
Choeur des spartiates : Que l’enfer applaudisse
Air pour les AthlĂštes

In convertendo : grand motet

distribution :

Katherine Watson, dessus
Anders J. Dahlin, haute-contre
Marc Mauillon, basse-taille
Marc Labonnette, basse

Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles
Olivier Schneebeli, direction
ChƓur et Orchestre du Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction

Versailles. Galeries des glaces,
Gala Rameau 2014
Samedi 22 novembre 2014, 21h.

Compte rendu, opĂ©ra. Lille. OpĂ©ra de Lille, le 17 octobre 2014. Rameau : Castor et Pollux. Pascal Charbonneau, Henk Neven, GaĂ«lle Arquez
 Le Concert d’AstrĂ©e, choeur et orchestre. Emmanuelle HaĂŻm, direction. Barrie Kosky, mise en scĂšne.

castor et pollux opera de lille emmanuelle haimL’annĂ©e Rameau 2014 est fĂȘtĂ©e Ă  Lille avec une nouvelle production de Castor et Pollux ! Au Concert d’AstrĂ©e d’Emmanuelle HaĂŻm associe une jeune et brillante distribution, trĂšs investie dans la mise en scĂšne insolente et insolite, mais surtout pertinente, de Barrie Kosky, directeur de l’OpĂ©ra Comique de Berlin. Une soirĂ©e riche en Ă©motions et en audace oĂč Rameau est mis en valeur par la force des talents combinĂ©s ! Castor et Pollux voit le jour en 1737 dans une version plus longue avec un prologue allĂ©gorique sur le traitĂ© de Vienne. Les Lullystes acharnĂ©s sont alors trĂšs critiques et mĂ©prisants, ils ne savent pas encore qu’en 1754 l’opĂ©ra repris et remaniĂ© sera un exemple illustre de l’Ă©cole française de musique effectivement crĂ©Ă©e par Lully et dont Rameau deviendra le dernier vĂ©ritable reprĂ©sentant d’envergure, voire le sommet, avec le mĂ©lange de science et d’Ă©motion qui lui sont propres. La version mise en scĂšne pour cette production est celle de 1754, dont peut-ĂȘtre seul l’aspect dramaturgique est rĂ©ellement amĂ©liorĂ©.

Castor et Pollux de chair et de sang

La mise en scĂšne de Barrie Kosky est une crĂ©ature bizarre que l’on trouve rarement en France. En une transposition absolue de l’histoire et un expressionnisme certain, quoi que plus ou moins abstrait, la production est une recette qui ne plaira guĂšre aux puristes, mais, en l’occurrence, une formule qui marche trĂšs bien et qui mĂȘme rehausse l’oeuvre. Nous sommes donc dans un dĂ©cor unique, une boĂźte en bois oĂč les dieux et les chƓurs dansent, courent, se fracassent contre les murs, saignent, etc., ; un huis clos qui permet d’Ă©clairer davantage l’histoire. Qui devient plus dramatique que tragique. La mise en scĂšne parle par consĂ©quent Ă  l’auditeur contemporain, tandis que la performance de l’orchestre baroque nous emmĂšne Ă  imaginer et prĂ©sumer comment la musique sonnait dans un temps rĂ©volu.

Dans ce cadre, la distribution des chanteurs est engageante et engagĂ©e. Castor et Pollux sont chantĂ©s avec brio par Pascal Charbonneau et Henk Neven respectivement. Si l’expressionnisme de la mise en scĂšne (avec sa grande intensitĂ© physique) affecte parfois la voix du premier, il demeure un Castor allĂ©chant par la beautĂ© du timbre et la colorature facile. Henk Neven est un habituĂ© du rĂŽle, sa performance prĂ©serve l’accent noble de la tragĂ©die, par la gravitĂ© de son chant et un jeu d’acteur Ă©mouvant. Leur complicitĂ© sur le plateau est une belle Ă©vidence. Nous trouvons une mĂȘme entente Ă  deux voix chez les sƓurs TĂ©laĂŻre et PhoebĂ©, interprĂ©tĂ©es par Emmanuelle de Negri et GaĂ«lle Arquez respectivement. De Negri est une chanteuse de talent qui sait servir la musique de son personnage, sa voix a une certaine lĂ©gĂšretĂ© Ă  laquelle nous ne pouvons pas rester insensibles, d’autant plus que son jeu d’actrice est aussi investi. Or, nous aurions prĂ©fĂ©rĂ© un chant plus nuancĂ©, notamment lors du cĂ©lĂšbre air « Tristes apprĂȘts ». Nous nous demandons si c’Ă©tait un choix stylistique du chef d’orchestre, que nous n’avons pas trouvĂ© particuliĂšrement impressionnant pour ce morceau normalement sublime. Arquez (qui nous a marquĂ© dans Le Couronnement de PoppĂ©e Ă  l’OpĂ©ra de Paris), quant Ă  elle, montre au public les nombreux visages de son talent. Elle a une sensualitĂ© rayonnante sur scĂšne que complĂšte de façon exquise son chant envoĂ»tant. Mais c’est surtout l’aspect dramatique de son jeu qui impressionne, elle rĂ©ussit Ă  nuancer le rĂŽle de PhĂ©bĂ©, lui donnant une gamme d’expressions Ă©largie (quoi que, en tant que mĂ©chante, le tourment l’emporte ici sans alternative) et captive l’auditoire par son articulation de la langue française, par une prosodie immaculĂ©e. Une jeune Ă©toile du firmament lyrique qu’on espĂšre voir davantage sur scĂšne.

Les rĂŽles secondaires sont toujours remarquables d’un point de vue scĂ©nique. Musicalement, nous avons tout particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© la performance d’Erwin Aros en Mercure (et l’AthlĂšte, personnage intĂ©grĂ© dans le rĂŽle de Mercure pour cette production). Il chante l’ariette virtuose « Eclatez, fiĂšres trompettes » d’une façon stylisĂ©e que nous trouvons… intĂ©ressante. S’il a un beau timbre brillant et une technique irrĂ©prochable, nous ne comprenons pas qu’il chante Ă  mezza voce la section la plus aigĂŒe (et donc hĂ©roĂŻque) de l’ariette, sachant que Rameau, si mathĂ©matiquement prĂ©cis dans ses partitions, ne le souhaitait pas. D’un point de vue dramaturgique l’effet est dĂ©concertant, l’AthlĂšte chante le texte suivant : « Eclatez, fiĂšres trompettes, faites briller dans ces retraites la gloire de nos hĂ©ros », pourquoi le chanteur projette-t-il ses trompettes Ă  mi-voix ? Cela nous interroge. En dĂ©pit de cette stylisation peut-ĂȘtre imposĂ©e, nous sommes Ă  nouveau reconquis lors du gĂ©nial trio de l’acte IV « Rentrez, rentrez dans l’esclavage ». FĂ©licitons le choeur du Concert d’AstrĂ©e au bel investissement, toujours trĂšs rĂ©actif et polyvalent. Le Concert AstrĂ©e sous la direction d’Emmanuelle HaĂŻm n’a rien perdu de l’alacritĂ© qui lui est propre. L’Ă©quilibre entre fosse et plateau est maintenu tout au long des 5 actes. Si nous aurions peut-ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ© plus de nuances dans la performance, l’attaque et la vigueur des cordes, ainsi que la candeur particuliĂšre des vents, convainquent. Pour autant est ce rĂ©ellement suffisant chez Rameau?

Compte rendu, opĂ©ra. Lille. OpĂ©ra de Lille, le 17 octobre 2014. Rameau : Castor et Pollux. Pascal Charbonneau, Henk Neven, GaĂ«lle Arquez
 Le Concert d’AstrĂ©e, choeur et orchestre. Emmanuelle HaĂŻm, direction. Barrie Kosky, mise en scĂšne. Une Ɠuvre rare Ă  (re)dĂ©couvrir Ă  l’OpĂ©ra de Lille les 17, 19, 21, 23 et 25 octobre 2014.

Compte rendu, opéra. Paris. Théùtre des Champs Elysées, le 14 octobre 2014. Rameau : Castor et Pollux. John Tessies, Edwin Crossley-Mercer, Omo Bello, Reinoud van Mechelen
 Le Concert Spirituel, choeur et orchestre. Hervé Niquet, direction. Christian Schairetti, mise en scÚne.

Castor pollux DĂ©cor-de-Castor-et-Pollux-c-Rudy-SabounghiCompte rendu, opĂ©ra. L’annĂ©e Rameau est fĂȘtĂ©e au ThĂ©Ăątre des Champs-ÉlysĂ©es avec un Ă©vĂ©nement devenu rare : un opĂ©ra baroque mise en scĂšne ! Voici donc la tragĂ©die lyrique en 5 actes du maĂźtre de Dijon, Castor et Pollux, dont le livret de Gentil-Bernard est inspirĂ© des GĂ©meaux lĂ©gendaires de la mythologie grecque. C’est Ă©galement l’occasion de retrouver HervĂ© Niquet et son orchestre Le Concert Spirituel, avec une jeune distribution des chanteurs beaux Ă  entendre et Ă  regarder. La mise en scĂšne Ă©purĂ©e est signĂ©e Christian Schiaretti.

Quel marbre si beau

Castor et Pollux voit le jour en 1737 dans une version plus longue avec un prologue allĂ©gorique sur le traitĂ© de Vienne. Les Lullystes acharnĂ©s sont alors trĂšs critiques et mĂ©prisants, ironie de l’histoire : en 1754 l’opĂ©ra repris et remaniĂ© sera l’ exemple illustre de l’Ă©cole française de musique effectivement crĂ©Ă©e par Lully et dont Rameau sera le dernier vĂ©ritable reprĂ©sentant d’envergure, voire le sommet, avec ce mĂ©lange de science et d’Ă©motion qui lui sont propres. La version mise en scĂšne pour cette nouvelle production et celle de 1754 dont peut-ĂȘtre seul l’aspect dramaturgique est amĂ©liorĂ©. Comme dans toute tragĂ©die lyrique, chƓurs et danses abondent. Les pages les plus impressionnantes de la partition leur sont dĂ©diĂ©es. Ainsi le chƓur du Concert Spirituel rĂ©gale l’audience au cours des 5 actes, avec des passages fuguĂ©s impressionnants, une complicitĂ© et une synchronie Ă©poustouflante avec l’orchestre, souvent vocalisants (remarquons que les fioritures et la base mĂ©lodique rappellent parfois l’Ecole napolitaine par le rythme et l’Ecole romaine par la gravitĂ©), que ce soit dans la joie rĂ©vĂ©rencieuse du « Chantons l’Ă©clatante victoire » au 1er acte, dans la solennitĂ© larmoyante du « Que tout gĂ©misse », ou encore dans l’entrain innovateur et endiablĂ© du chƓur des dĂ©mons au mĂȘme acte : « Brisons tous nos fers », un vĂ©ritable tour de force. Ce dernier chƓur est prĂ©cĂ©dĂ© d’un trio « Rentrez, rentrez dans l’esclavage » d’une virtuositĂ© et d’une vivacitĂ©, reprĂ©sentatives du gĂ©nie cosmopolite de Rameau. Ici, sous un fond des cordes faisant penser aux procĂ©dĂ©s typiques du baroque tardif romain, Rameau ajoute les plus impressionnantes harmonies au chant des trois solistes, crĂ©ant en effet un Ă©difice musical dont la structure en elle-mĂȘme charme l’ouĂŻe et stimule l’intellect. HervĂ© Niquet dirige un orchestre Ă  la rĂ©activitĂ© et au brio Ă©vidents mais parfois galants. MĂȘme si nous trouvons qu’il aurait pu gagner en audace, l’orchestre suit la partition Ă  la lettre et sert l’Ɠuvre, qui, malgrĂ© les passages novateurs et de grande beautĂ© (pensons toujours aux vents incroyables, en particulier les bassons si bien aimĂ©s de Rameau) donne parfois une sensation de … monotonie.

La jeune distribution offre une prestation vocale rĂ©ussie. Les faux gĂ©meaux sont interprĂ©tĂ©s par John Tessier en Castor et Edwin Crossley-Mercer en Pollux. Si le Castor de Tessier a un certain charme, il ne dĂ©passe pas les limites du personnage moins dĂ©veloppĂ© que son frĂšre divin. Son ariette virtuose « Quel bonheur rĂšgne dans mon Ăąme » est interprĂ©tĂ© avec une certaine rĂ©serve, ce qui fait du morceau un moment de beautĂ© certes mais qui manque d’Ă©clat.  Edwin Crossley-Mercer a des pages plus riches et plus intĂ©ressantes. Sa performance est allĂ©chante par la singularitĂ© de son timbre et une technique solide. Sa beautĂ© plastique ne distrait donc pas, au contraire, elle paraĂźt ĂȘtre en l’occurrence l’expression visuelle et naturelle de ses talents musicaux. Omo Bello dans le rĂŽle de TĂ©laĂŻre, mĂȘme si elle pouvait valoriser ses atouts avec un coach pour raffiner encore son articulation de la langue française, offre incontestablement une prestation d’une grande dignitĂ©. Sa fausse lamentation au 2e acte « Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux » est l’ un des plus beaux moments de la soirĂ©e, un grand moment au sein du catalogue Rameau en vĂ©ritĂ©. Nous ne pouvons pas rester insensibles Ă  la riche couleur vocale de la soprano d’origine NigĂ©rienne; elle remplit la salle facilement par l’ampleur du chant et captive l’auditoire par une prestance indĂ©niable. Remarquons Ă©galement la prestation de Hasnaa Bennani et MichĂšle Losier en ClĂ©one et PhoebĂ©, toutes deux charmantes et touchantes, avec une belle prĂ©sence sur le plateau. La derniĂšre chante le fabuleux trio de l’acte 4 « Rentrez, rentrez dans l’esclavage » avec une vivacitĂ© et un entrain confondants ! Finalement remarquons la superbe performance de Reinoud van Mechelen en Mercure (un spartiate et un athlĂšte), il participe aussi Ă  ce trio Ă©tonnant et fait preuve d’un grand talent. Nous avons Ă©tĂ© tout particuliĂšrement saisis par son interprĂ©tation de l’ariette virtuose de l’athlĂšte Ă  la fin du 2e acte « Eclatez, fiĂšres trompettes », oĂč il se distingue par ses vocalises hĂ©roĂŻques, par l’attaque franche et prĂ©cise, la candeur toute fraĂźche de son timbre.

La mise en scĂšne de Christian Schiaretti, qui dit dans le programme que son mĂ©tier est un art mineur (!), n’arrive pas Ă  surprendre. Rudy Sabounghi signe des dĂ©cors trĂšs Ă©lĂ©gants… du thĂ©Ăątre. En fait, sauf exceptions, la plus remarquable celle aux Enfers du 4e acte, le plateau realise une imitation du ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es, avec les peintures de Bourdelle et mĂȘme la coupole de Maurice Denis. Le tout trĂšs beau, trĂšs Ă©lĂ©gant, mĂȘme si l’idĂ©e n’est pas originale (pensons, entre autres, au Capriccio de Robert Carsen avec les dĂ©cors du Palais Garnier). L’Ă©quipe artistique a souhaitĂ© insister sur l’idĂ©e d’abstraction, sans vraiment transposer, ni recrĂ©er non plus. Un sorte d’arte povera superbement maquillĂ©e, certes, mais … pauvre. Les acteurs-chanteurs sont souvent statiques malgrĂ© la multitude des rythmes de la piĂšce ; ils n’arrivent pas non plus Ă  Ă©voquer l’esprit altier de la tragĂ©die. Que dire du chorĂ©graphe Andonis Foniadakis qui met en mouvement 10 danseurs aux talents confirmĂ©s ? Les danses sont aussi belles et abstraites que hasardeuses ; elles n’Ă©clairent la narration que trĂšs rarement. Or, quand elles le font, l’effet est frappant (nous pensons surtout au 4e acte aux Enfers, avec le dĂ©doublement de Castor et de Pollux, le premier devant la scĂšne, le dernier, dont on ne voit que l’ombre, derriĂšre ; ou encore Ă  un pas de deux reprĂ©sentant l’amour des gĂ©meaux plein d’Ă©motion).

Nonobstant nos rĂ©serves,   il faut courrir dĂ©couvrir cette production: les opĂ©ras baroques mis en scĂšne au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, restent rares : une exception d’autant plus opportune pour l’annĂ©e Rameau. Attendez-vous Ă  une musique et des chƓurs Ă©poustouflants ; un orchestre, des chanteurs et danseurs trĂšs investis! A voir au TCE, Paris : les 13, 15, 17, 19 et 21 octobre 2014. VOIR aussi notre CLIP vidĂ©o exclusif

Clip vidĂ©o. Castor et Pollux de Rameau au TCE Ă  Paris, jusqu’au 21 octobre 2014

Rameau-jean-philippe-portrait-600CLIP vidĂ©o. Nouveau Castor et Pollux de Rameau au TCE Ă  Paris, les 13, 15, 17, 19 et 21 octobre 2014. RAMEAU : Castor et Pollux, version 1754. Dossier. Dans sa premiĂšre version de 1737, la seconde tragĂ©die lyrique de Rameau (aprĂšs Hippolyte et Aricie de 1733) renouvelle un choc esthĂ©tique dont seul Ă©tait capable le gĂ©nie dramatique et instrumental de Rameau. C’est cependant en 1754 que le compositeur prĂ©sente une nouvelle version de l’opĂ©ra Castor et Pollux, sans prologue, avec de nouvelles sĂ©quences pour les actes II, III, IV et V, imposant en pleine Querelle des Bouffons (aux cĂŽtĂ© de titan et l’Aurore de Mondonville), la suprĂ©matie de l’opĂ©ra français malgrĂ© les dĂ©lices de l’opĂ©ra buffa napolitain. Ainsi Rameau hier opposĂ© Ă  Lully (qu’il dĂ©naturait), Ă©tait devenu le meilleur reprĂ©sentant du gĂ©nie français Ă  l’opĂ©ra. AprĂšs la RĂ©volution française, Castor et Pollux disparaĂźt de la scĂšne et ne ressuscite qu’en 1903 grĂące Ă  la Scola Cantorum de Paris, suscitant un nouveau choc esthĂ©tique chez Debussy. Rameau s’intĂ©resse surtout Ă  l’évolution psychologique des caractĂšres, le profil et les aspirations des deux jumeaux Dioscures qui aiment une mĂȘme femme (TĂ©laĂŻre) mais se retrouvent dans un mĂȘme sens de la loyautĂ© fraternelle et du sacrifice pour l’autre. Des deux spartiates, c’est surtout Pollux (baryton) qui affirme un sens moral supĂ©rieur, ne dĂ©sirant que le bonheur de son frĂšre et pour lui, renonçant Ă  l’amour. En LIRE +

 

Castor et Pollux de Rameau (1737-1754)CLIP vidĂ©o. Nouveau Castor et Pollux de Jean-Philippe Rameau (version de 1754), au TCE ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es Ă  Paris, les 13, 15, 17, 19 et 21 octobre 2014. CLIP vidĂ©o © CLASSIQUENEWS.COM 2014…

 

 

AGENDA 2014 :

Castor et Pollux de Rameau au TCE Ă  Paris
nouvelle production
Les 13, 15, 17, 21 octobre 2014, 19h30
Le 19 octobre, 17h

John Tessier, Castor
Edwin Crossley-Mercer, Pollux
Omo Bello, TĂ©laĂŻre
MichĂšle Losier, PhƓbĂ©
Jean Teitgen Jupiter
Reinoud van Mechelen Mercure, un spartiate, un athlĂšte

Hasnaa Bennani Cléone, une ombre heureuse
Marc Labonnette, Un grand prĂȘtre

Le Concert Spirituel ChƓur du Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction musicale
Christian Schiaretti, mise en scĂšne

Versailles. Chapelle royale, samedi 11 octobre 2014, 20h : Requiem Aeternam d’aprùs Rameau

Rameau-jean-philippe-portrait-600Versailles. Chapelle royale, samedi 11 octobre 2014, 20h : Requiem Aeternam d’aprĂšs Rameau. Et si Castor et Pollux, opĂ©ra funĂšbre et mĂȘme ample et spectaculaire rĂ©flexion sur la mort, avait outrepasser son cadre lyrique stricte, jusqu’à inspirer par ses thĂšmes et sa couleur particuliĂšre tout un Requiem inĂ©dit ? C’est le constat qu’illustre le Requiem Aeternam, abordĂ© par Olivier Schneebeli et ses effectifs choraux ce 11 octobre en un passionnant programme qui s’annonce prometteur : l’ensemble de la matiĂšre musicale que l’on Ă©coute, s’inspire ouvertement de mĂ©lodies et compositions rĂ©alisĂ©s par Rameau pour son opĂ©ra Castor et Pollux dont la derniĂšre et sublime version date de 1754. En brossant le portrait des frĂšres spartiates Dioscures, Castor mort, Pollux prĂȘt Ă  le remplacer aux Enfers, Rameau a Ă©crit l’une de ses partitions les plus poignantes, vĂ©ritable succĂšs inĂ©galĂ© pendant tout le XVIIIĂšme siĂšcle. La Messe de Requiem ressuscitĂ©e ainsi affirme la notoriĂ©tĂ© et l’impact des Ɠuvres de Rameau de son vivant.

Thomas Leconte, chercheur et musicologue du CMBV Centre de musique baroque de Versailles explique l’intĂ©rĂȘt de cette rĂ©surrection, d’autant plus opportune pour l’annĂ©e Rameau (250 ans de sa disparition en 1764)


chapelle-concert-gauche« La messe est Ă©crite pour cinq voix rĂ©citantes (2 dessus, haute-contre, basse-taille, basse), un chƓur Ă  quatre voix (dessus, haute-contre, taille, basse-taille/basse), tous soutenus par trois dessus de violon (et flĂ»tes pour les deux premiers), effectif instrumental assez frĂ©quent dans les rĂ©pertoires pratiquĂ©s dans les cathĂ©drales de province, les maĂźtres de musique devant souvent se contenter, pour soutenir les voix d’ enfants et des chantres, de quelques instruments, Ă  l’ordinaire comme Ă  l’extraordinaire. Cette Messe de Requiem nous est parvenue sous forme de parties sĂ©parĂ©es (4 parties vocales : dessus, haute-contre, taille, basse-taille ; 3 parties de violon : 1er violon et flĂ»tes, 2Ăšme violon et flĂ»tes, 3Ăšme violon ; une partie de basse continue ; une partie de basson, pour le premier chƓur seulement), complĂ©tĂ©es par deux fragments de partition: l’un, probablement de la main du compositeur, comporte quelques mesures de l’IntroĂŻt et du Kyrie, avec des variantes plus ou moins importantes par rapport aux parties sĂ©parĂ©es ; l’autre, de la mĂȘme main que les parties, donne une version remaniĂ©e pour la Post-communion (non retenue pour ce concert). TrĂšs fautives – on peut douter qu’elles aient pu servir en l’état Ă  une exĂ©cution –, les parties sĂ©parĂ©es sont Ă©galement incomplĂštes. La mise en partition et la comparaison avec les fragments de partitions ont en effet rĂ©vĂ©lĂ© qu’il manquait au moins deux parties sĂ©parĂ©es dans l’ensemble qui nous est parvenu : une partie de 2Ăšme dessus et une partie de basse ou de 2Ăšme basse-taille, que l’on peut partiellement restituer grĂące au fragment autographe de l’IntroĂŻt (2 dessus dans le duo « Te decet hymnus ») et du Kyrie (basse rĂ©citante). En revanche, aucun fragment ne permet de restituer la ligne vocale du Sanctus, trĂšs probablement confiĂ©e Ă  l’une de ces deux voix. Enfin, pour le duo « Lux ĂŠterna » de la version originale de la Post-communion, pour lequel il ne subsiste que le dessus vocal, il est possible de dĂ©duire une ligne de basse vocale de la partie de basse continue «  prĂ©cise encore Thomas Leconte dans la passionnante notice qui prĂ©pare au concert de Versailles.

Requiem inĂ©dit d’aprĂšs Castor et Pollux de Rameau

Soit plus de 15 emprunts Ă  l’opĂ©ra Castor et Pollux dans sa version 1754.  « ExceptĂ© pour « Et lux perpetua » du Graduel et « Sed signifer sanctus Michael » de l’Offertoire, conçus par combinaison de deux thĂšmes distincts, un mouvement de la Messe de Requiem se base gĂ©nĂ©ralement sur un seul emprunt musical. Il en rĂ©sulte donc une grande variĂ©tĂ© d’emprunts, dans des sections gĂ©nĂ©ralement assez courtes et assez peu dĂ©veloppĂ©es, ce probablement pour des nĂ©cessitĂ©s liturgiques. Les citations sont de longueurs variables mais le plus souvent assez courtes, le compositeur ne reprenant parfois mĂȘme qu’une idĂ©e, plus ou moins modifiĂ©e, qu’il adapte aux impĂ©ratifs prosodiques du nouveau texte latin. Les emprunts se font sur plusieurs niveaux. Le plus simple est l’emprunt fidĂšle Ă  Rameau, avec des amĂ©nagements relativement minimes (outre les adaptations prosodiques) portant essentiellement sur l’instrumentation, simplifiĂ©e ».

RAMEAU portrait 1761L’emprunt le plus marquant concerne le rĂ©cit initial du Graduel (Requiem Aeternam
) qui reprend la dĂ©ploration funĂšbre, cĂ©lĂ©brissime (mĂȘme Sofia Coppola en fait une scĂšne fameuse oĂč Marie-Antoinette assiste Ă  l’opĂ©ra dans son film pop psychĂ©dĂ©lique) celui quand TĂ©laĂŻre chante en regrettant la mort de son bien aimĂ© Castor : « Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux  », l’un des airs les plus sublimes de la littĂ©rature ramĂ©lienne pour soprano et orchestre.  L’emprunt le plus fidĂšlement retranscrit a Ă©tĂ© rĂ©servĂ© Ă  l’Offertoire (Hostias et perces »), transposition littĂ©rale de l’air pour baryton de Pollux (« SĂ©jour de l’éternelle paix », IV, scĂšne 4). N’omettons pas non plus l’entrĂ©e solennelle et majestueuse dĂšs l’ouverture du Requiem, si touchante grĂące Ă  la reprise du choeur des Spartiates pleurant la mort du mĂȘme Castor (Que tout gĂ©misse)
 De l’opĂ©ra Ă  l’église, la sensibilitĂ© et la qualitĂ© du recueillement reste intact. Le transfert d’un mode Ă  l’autre, – du lyrique profane au sacrĂ© dĂ©ploratif-, est tout fait lĂ©gitime. Combien de compositeurs depuis les premiers temps baroques, ont Ă©crit et Ă©bloui indistinctement comme auteurs d’opĂ©ras ou d’église, Monteverdi le premier. Rameau ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle : il a mĂȘme imposĂ© son tempĂ©rament unique en son siĂšcle, d’abord dans la forme du grand motet, avant de traiter les possibilitĂ©s illimitĂ©es de la scĂšne lyrique. Du vivant mĂȘme de Rameau, ses opĂ©ras ont livrĂ© une formidable matiĂšre aux Messes donnĂ©es dans les cathĂ©drales de province, messes ainsi Ă©laborĂ©es par Louis GrĂ©non (ca 1734-1769) ou aussi  DenoyĂ© (mort en 1759). Dans le cas du Requiem de ce soir, les emprunts sont rĂ©alisĂ©s avec une intelligence et une pertinence rares propres Ă  construire une arche fervente qui touche et convainc par la cohĂ©rence de son architecture global. Le rĂ©sultat est loin de n’ĂȘtre qu’un composite d’airs recyclĂ©s sans unitĂ© ni gradation.

CMBV Schneebeli cmbv_web« On ne doit sans doute pas voir dans ses emprunts une facilitĂ© de composition, tant ce type de rhabillage musical est un exercice complexe, mais bien plutĂŽt un hommage Ă  la musique d’un compositeur reconnu de son vivant mĂȘme comme l’un des plus grands maĂźtres français. À sa mort, survenue le 12 septembre 1764, tout le royaume cĂ©lĂ©bra unanimement sa mĂ©moire par de nombreux hommages musicaux. À Paris, le principal service, organisĂ© par François Rebel et François FrancƓur, fut donnĂ© en l’Oratoire du Louvre le 27 septembre 1764 et rĂ©unit les musiciens de l’OpĂ©ra et de la Musique de la cour. On y donna la cĂ©lĂšbre Messe des morts de Jean Gilles, retouchĂ©e et agrĂ©mentĂ©e pour la circonstance d’extraits d’Ɠuvres lyriques de Rameau, notamment le chƓur « Que tout gĂ©misse » de Castor & Pollux, adaptĂ© en Kyrie, ou l’air de Pollux « SĂ©jour de l’éternelle paix », arrangĂ© pour le Graduel. De nombreuses cĂ©rĂ©monies furent organisĂ©es en province, notamment Ă  Avignon, OrlĂ©ans, Marseille, Dijon, Rouen… Peut-ĂȘtre la Messe de Requiem anonyme du fonds Raugel constitue-t-elle un tĂ©moin musical de ces trĂšs nombreux hommages rendus par tous les musiciens du royaume, qui reconnaissaient en Rameau l’un de leurs plus grands maĂźtres », conclue Thomas Leconte.

 

 

 

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Requiem Aeternam, d’aprĂšs Castor et Pollux de Rameau, 1754

Versailles, Chapelle royale
Samedi 11 octobre 2014, 20h
Olivier Schneebeli, direction
Les Pages et les Chantres du CMBV
Les Folies Françoises

CĂ©line Scheen, dessus
Robert Getchell, haute contre
Arnaud Richard, basse taille

 

 

 

Castor et Pollux de Rameau en direct du TCE

mezzo_logoRameauMezzo, direct. Rameau : Castor et Pollux, le 15 octobre 2014, 19h30. Depuis le TCE Ă  Paris, Mezzo diffuse en direct l’opĂ©ra tragique de Rameau : Castor et Pollux (1754) dans la mise en scĂšne de Christian Schiaretti (Le Concert Spirituel, HervĂ© Niquet, direction).  ComposĂ© aprĂšs le choc d’Hippolyte et Aricie de 1733, Castor et Pollux commandĂ© par Louis XV, renouvelle le genre lyrique français par son Ă©criture raffinĂ©e, spectaculaire, profonde et tendre. La version de 1754, modifiant celle de la crĂ©ation en 1737, renforce encore les vertus dramatiques et expressives de l’opĂ©ra français alors trĂšs critiquĂ© au moment de la concurrence du buffa italien et de la Querelle des Bouffons. L’action inspirĂ© par l’idĂ©al des LumiĂšres et la loge maçonnique que frĂ©quente Rameau, suit une tension continue des tĂ©nĂšbres (chƓur funĂšbre d’entrĂ©e pleurant le corps mort de Castor, puis sublime priĂšre funĂšbre de TĂ©laĂŻre : « tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux, jours plus affreux que les tĂ©nĂšbres   ») jusqu’à la pleine lumiĂšre finale, celle de l’apothĂ©ose des jumeaux immortalisĂ©s grĂące Ă  leur vertu morale par Jupiter.

La nouvelle production de Castor et Pollux au TCE ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es Ă  Paris bĂ©nĂ©ficie de la fougue toujours enlevĂ©e d’HervĂ© Niquet. Restent la mise en scĂšne et le plateau vocal qui donneront au spectacle sa couleur finale.

LIRE aussi notre dossier spécial CASTOR et POLLUX de RAMEAU 

Castor et Pollux
Jean-Philippe Rameau

à l’affiche du TCE, Paris, du 13 au 21 octobre 2014

Tragédie lyrique en cinq actes (version de 1754)
Livret de Pierre-Joseph Bernard

Hervé Niquet direction
Christian Schiaretti mise en scĂšne
Florent Siaud  dramaturgie
Andonis Foniadakis  chorégraphie
Rudy Sabounghi  décors
Thibaut Welchlin  costumes
Laurent Castaingt  lumiÚres

John Tessier Castor
Edwin Crossley-Mercer Pollux
Omo Bello Télaïre
MichĂšle Losier PhƓbĂ©
Jean Teitgen Jupiter
Reinoud van Mechelen Mercure, un spartiate, un athlÚte
Hasnaa Bennani Cléone, une ombre heureuse
Marc Labonnette Un grand prĂȘtre

Le Concert Spirituel
ChƓur du Concert Spirituel

Jeudi 9 octobre 2014  19h
Une heure avec… l’équipe artistique du spectacle

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Rameau : Castor et Pollux en direct de Montpellier

rameau jean_philippeFrance Musique. Rameau : Castor Et Pollux, 1754. Jeudi 24 juillet 2014, 20h. En direct de Montpellier. CrĂ©Ă© en 1737, dans le sillon scandaleux (et triomphal d’Hippolyte et Aricie), Castor et Pollux affirme le gĂ©nie lyrique de Rameau. Le compositeur n’a cessĂ© de rĂ©viser ses partitions et Castor connaĂźt une nouvelle version en 1754 : le Prologue est supprimĂ© ; tout le premier acte remaniĂ© afin d’exposer plus clairement l’histoire des deux frĂšres. Pollux, roi de Sparte, doit Ă©pouser TĂ©laĂŻre qui aime en vĂ©ritĂ© le frĂšre du souverain, Castor. Pollux dĂ©cide alors de renoncer Ă  TĂ©laĂŻre pour que son frĂšre l’Ă©pouse.  Mais le palais essuie les attaques du roi LyncĂ©e, lequel tue Castor. Pollux dĂ©cide alors de se sacrifier encore pour chercher son frĂšre aux Enfers et lui permettre de retrouver TĂ©laĂŻre sur terre. Dans la scĂšne des enfers, Rameau renoue avec le souffle infernal de son prĂ©cĂ©dent Hippolyte : langueurs lugubres et malĂ©fiques, terreur dĂ©sespĂ©rĂ©e de TĂ©laĂŻre (sublime priĂšre de dĂ©ploration : “Tristes apprĂȘts, pĂąles flambeaux…” : le plus bel air de l’opĂ©ra français du rĂšgne de Louis XV), ardeur virile des guerriers spartiates, sans compter les danses jubilatoires des divertissements par lesquels Rameau en dĂ©ployant aussi la lyre chorĂ©graphique, sait renouveler le genre tragique ; excellence des recitatifs, ajouts d’ariettes italianisantes… Castor et Pollux reste l’opĂ©ra le plus impressionnant du thĂ©Ăątre ramĂ©lien.

Montpellier aprĂšs Aix rend hommage Ă  Rameau pour le 250Ăšme anniversaire de sa mort.

France Musique. Rameau : Castor Et Pollux, 1754. Jeudi 24 juillet 2014, 20h. En direct de Montpellier.  Avec Colin Ainsworth, Castor. Florian Sempey, Pollux. Emmanuelle de Negri, TĂ©laĂŻre. Sabine Devieilhe, ClĂ©one… Pygmalion. RaphaĂ«l Pichon, direction.