COMPTE-RENDU, opéra. BEAUNE, le 28 juil 2019. PURCELL : King Arthur. Cale, Pierce, … / McCreesh.

Purcell-portraitCOMPTE-RENDU, opéra. BEAUNE, le 28 juillet 2019. PURCELL, King Arthur. Cale, Pierce, Shaw, Budd, Way, Farnsworth, Riches, Paul McCreesh. Pour clôturer sa 37ème édition, le Festival international d’opéra baroque de Beaune a choisi de confier à Paul McCreesh et son Gabrieli Consort la production de King Arthur de Purcell. Les interprètes en sont les mêmes que ceux de la veille (The Fairy Queen), à ceci près qu’une jeune soprano, Rowan Pierce, s’est ajoutée à la distribution. C’est elle qui chantera, entre autres, Cupid, dans la scène du froid, particulièrement attendue, avec une sûreté de moyens et une aisance remarquables.

 

 

King Arthur, Z628
Ne cherchez pas Arthur !

 

PURCELL-KING-ARTHUR-mc-creesh-critique-concert-critique-opera-classiquenews-beaune-juillet-2019

 

 

L’histoire est connue de ce Roi Arthur, que nous n’entendrons jamais, puisque ses interventions se limitent à un rôle parlé dans la pièce de Dryden. Le masque écrit par Purcell à cet effet est l’un des plus complexes et variés parmi ses ouvrages. Populaire dès sa création, en 1691, nombre d’airs, de chœurs et de pièces instrumentales lui ont survécu jusqu’à sa renaissance, à la faveur de ce qu’on peut appeler la révolution baroque, tant ses conséquences auront été aussi importantes qu’imprévisibles. Secondé par Merlin et Philidel, le roi défend son pays contre les Saxons, conduits par son rival en amour, Osmond, qui compte sur la magie de Grimbald pour l’emporter. C’est l’occasion de batailles, de scènes où la magie seconde les protagonistes (ainsi la scène du froid, celle des sirènes tentatrices, celle où Arthur abat l’arbre enchanté…), de l’enlèvement de la bien-aimée d’Arthur, que Merlin guérira de sa cécité, et, happy end oblige, d’un divertissement introduit par Vénus, à la gloire de la nation réunie et de l’amour.

mc-creesh-paul-direction-maestro-purcell-opera-critique-concert-critique-classiquenewsComme il l’avait fait la veille, Paul McCreesh dirige de tout son corps, avec souplesse et fermeté, et insuffle une énergie, un élan extraordinaires à la partition. Ses chanteurs incarnent tel ou tel comme s’ils jouaient, costumés, dans un décor de théâtre. Leur gestuelle, leur expression est toujours juste, appropriée aux scènes variées qui nous sont offertes. The Frost scene, où Cupidon va affronter Osmond pour sortir de son engourdissement le peuple du froid, est exemplaire, scéniquement comme musicalement. L’orchestre, très retenu, est un véritable écrin pour le chant des solistes et du chœur. Au dernier acte, Comus et les paysans, dans une langue imagée à souhait, nous valent un moment comique avant que la conclusion, ouverte par son air de trompette, salue la naissance du Royaume-Uni et le triomphe de l’Amour. « Old England, old England », « Fairest Isle » et « Saint George, the patron of our Isle » ont traversé les siècles et sont encore dans la mémoire de tous nos amis britanniques. Cette tirade nationaliste, quelque peu chauvine et datée, se mue ce soir en une vibrante et débridée manifestation pro-européenne, introduite par quelques mots où Paul McCresh redit son attachement au continent. Le public rit de bon cœur et ses longues acclamations seront récompensées par la célèbre chaconne conclusive.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. BEAUNE, le 28 juillet 2019. PURCELL, King Arthur. Cale, Pierce, Shaw, Budd, Way, Farnsworth, Riches, Paul McCreesh. Crédit photographique © Jean-Claude Cottier – Festival de Beaune

LIRE aussi COMPTE-RENDU, opéra. BEAUNE, le 27 juillet 2019. PURCELL, The fairy Queen, Z629. Keith, Cale, Shaw, Budd, Daniels, Way, Farnsworth, Riches, Paul McCreesh.

 

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. BEAUNE, le 27 juil 2019. PURCELL : The fairy Queen. Keith, Cale, Shaw, / McCreesh

Purcell-portraitCOMPTE-RENDU, opéra. BEAUNE, le 27 juillet 2019. PURCELL, The fairy Queen, Z629. Keith, Cale, Shaw, Budd, Daniels, Way, Farnsworth, Riches, Paul McCreesh. Est-il direction et interprètes plus familiers de l’œuvre de Purcell que ceux qui nous sont offerts ce soir ? La musique, mais aussi le texte shakespearien, même revu par Dryden, sont dans leurs gênes. De la pièce n’ont été retenues que les parties musicales, comme c’est presque toujours le cas. Il en résulte, naturellement, une difficulté de compréhension pour qui n’est pas familier du Songe d’une nuit d’été, d’autant que l’action se situe à plusieurs niveaux. Mais ces petits écueils sont vite dépassés lorsque l’auditeur-spectateur se laisse porter par l’œuvre, magnifiquement traduite par les interprètes. L’extrême diversité des moyens, des couleurs, des situations dramatiques, des climats, des formes ne laisse aucun répit : jamais l’attention ne fléchit.

 

 

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La météo, défavorable, comme la veille, a replié la production de la Cour des Hospices à la Basilique. L’espace dévolu aux interprètes y est plus réduit, mais sera suffisant pour que les comédiens-chanteurs évoluent avec aisance pour chacune des scènes. Le travail collectif est ici fondé sur la joie manifeste de chanter et de jouer ensemble, et la réussite est absolue. Les metteurs en scène les plus renommés ne dirigent pas leurs acteurs avec davantage de soin et de naturel. Tout est juste et parfait. Qu’il s’agisse des scènes où l’émotion nous étreint, comme celles les plus débridées, la réalisation n’appelle que des éloges. Ainsi, lorsque le Poète, ivre, truculent, titube en chantant « Fi-fi-fi-fill the bowl ! » avant d’être raillé par les Fées qui le pincent jusqu’à ce qu’il reconnaisse son ivresse et sa médiocrité. Ainsi, au 3ème acte, lorsque Corydon, le faneur, poursuit Mopsa de ses assiduités, cette dernière chantée par un ténor coiffé d’une perruque sortie tout droit de l’Oktoberfest bavaroise. Nous sommes bien chez Shakespeare, et la comédie n’est jamais outrée, restant dans le registre de la drôlerie, qui fait bon ménage avec l’émotion.

Le chef et les chanteurs font l’économie de la partition. Leur aisance est d’autant plus grande. Les instrumentistes, en dehors des cordes pincées, jouent debout, le geste libre, épanoui. Tout cela retentit manifestement dans la dynamique insufflée par Paul McCreesh. Sa direction souriante, toute en finesse, tonique, légère et éloquente donne à cette musique une vitalité, une énergie, une fraîcheur, une sensibilité que l’on rencontre rarement.

mc-creesh-paul-direction-maestro-purcell-opera-critique-concert-critique-classiquenewsD’une invention inépuisable, la partition distille de nombreuses merveilles, qu’il serait long d’énumérer. Au risque de se montrer injuste, citons le trio avec écho – repris instrumentalement – chanté par deux ténors et une basse, et joué, mieux que jamais (« May the God of wit inspire »). Après réécoute des enregistrements de référence, on peut même affirmer que jamais cette pièce n’a été illustrée avec un tel naturel, une élégance aussi manifeste. « One charming night », avec ses deux flûtes et la basse continue, « Next winter comes » (L’Hiver), sur basse obstinée, la plainte en ré mineur « O let me weep », elle aussi sur une basse obstinée chromatique descendante, qui rappelle celle de Didon et Enée, « Hark ! the echoing air a trimph sings », chanté par la Chinoise … 21 instrumentistes et 10 chanteurs suffisent à réaliser le miracle : tout est là, les couleurs des vents (flûtes à bec, hautbois, basson, trompettes), la moire des cordes frottées, le scintillement des guitares baroques et des théorbes, sans oublier le clavecin.

Les voix s’accordent à merveille, ayant en commun la projection, une articulation exemplaire et une dynamique extrême. Gillian Keith, qui remplace Rebecca Bottone, indisponible, ne fait pas preuve de moins d’aisance que ses amies, Jessica Cale et Charotte Show. A signaler que toutes trois sopranos, leurs registres médians et graves permettent de corser leur chant et de le colorer à souhait. Les hommes ne sont pas en reste : Jeremy Budd, Charles Daniels, James Way forment le plus beau trio de ténors anglais que l’on puisse imaginer, tous aussi sonores qu’agiles, expressifs et égaux dans tous les registres. Enfin Marcus Farnworth et Ashley Riches, qui illustrent les plus larges répertoires, ne sont pas moins excellents. Tous les solistes, renforcés par Christopher Fitzgerald Lombard et Tom Castle, forment le chœur, puissant, équilibré, homogène.
Le public conquis réserve de longues acclamations, méritées, aux musiciens et à leur chef.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. BEAUNE, le 27 juillet 2019. PURCELL, The fairy Queen, Z629. Keith, Cale, Shaw, Budd, Daniels, Way, Farnsworth, Riches, Paul McCreesh. Illustrations : © Jean-Claude Cottier

 

 

 

 

Compte-rendu critique. Opéra. BEAUNE, LULLY, Isis, 12 juillet 2019. Les Talens lyriques, Chœur de Chambre de Namur, C Rousset.

Compte-rendu critique. Opéra. BEAUNE, LULLY, Isis, 12 juillet 2019. Orchestre Les Talens lyriques et chœur de Chambre de Namur, Christophe Rousset. Christophe Rousset poursuit, à Beaune, son cycle Lully, avec l’une des partitions les moins jouées et les plus riches musicalement du compositeur. Une distribution qui frise l’idéal et un orchestre à son meilleur. On se frotte les mains, l’opéra est déjà en boîte.

Isis brillamment ressuscité

lully_portrait_mignard_lebrunOn pouvait entendre le célèbre chœur des trembleurs dans la belle anthologie qu’Hugo Reyne avait consacré à La Fontaine, avant que le chef ne l’enregistre pour son propre cycle dédié à Jean-Baptiste Lully. Nul doute que la lecture de Christophe Rousset, à en juger par le magnifique concert bourguignon, se hissera au sommet de la bien maigre discographie de ce chef-d’œuvre. La cinquième tragédie lyrique du Florentin passa à la postérité sous le nom d’« opéra des musiciens », précisément en raison de l’opulence et du raffinement de la partition. Outre le chœur des Peuples des climats glacés, dont on connaît la fortune, l’œuvre compte moult merveilles, de la plainte de Pan, dans le métathéâtre du 3e acte, la superbe descente d’Apollon au Prologue, la scène onomatopéique des forges des Chalybes, ou encore le trio des Parques dans la scène conclusive de l’opéra. On rêve toujours à une version scénique de cette œuvre moins riche en péripéties que les autres tragédies lyriques : le merveilleux baroque se nourrit aussi des effets visuels des machines et des costumes qui participent à la stupeur quasi constante du spectateur.
La distribution réunie dans la chaleur moite de la Collégiale Notre-Dame est proche de l’idéal. On pourrait regretter qu’étant donné le nombre élevé de personnages, les interprètes, qui endossent plusieurs rôles, ne parviennent pas toujours à les bien différencier, mais la plupart sont relativement secondaires. Le rôle-titre est magnifiquement incarné par Ève-Maud Hubeaux qui, par la présence, l’engagement dramatique et la couleur de la voix, a la grâce touchante d’une Véronique Gens : élocution idoine et projection solidement charpentée sont des qualités également distribuées ; on les retrouve chez Cyril Auvity, merveilleux Apollon à la voix cristalline, d’une fluidité et d’une pureté qui forcent le respect, capable de pousser la voix dans les moments de dépit, sans perdre une once de son éloquence maîtrisée. En Jupiter et Pan, Edwin Crossley-Mercier dispense toujours la même élégance vocale ; si la voix semble parfois un peu étouffée, la diction est en revanche impeccable ; il est un Jupiter très crédible dans sa duplicité avec Junon, et la déploration de Pan au 3e acte est l’un des moments bouleversants de la soirée. Philippe Estèphe, entre autres en Neptune et Argus, est une très magnifique révélation : un timbre superbement ciselé, un art de la déclamation trop rare : dans l’acoustique par trop réverbérée de la Basilique, pas une syllabe ne s’est perdue dans les volutes romanes du bâtiment. Mêmes qualités chez le ténor Fabien Hyon, Mercure espiègle et décidé : les quelques duos avec Cyril Auvity ont provoqué une rare jouissance vocale qu’on aurait souhaité voir se prolonger. Chez les hommes, le seul point noir est le Hiérax d’Aimery Lefèvre : la voix est là, le timbre n’est pas désagréable, loin s’en faut, mais ces belles compétences sont gâchées par une diction engorgée : on a peiné à suivre sa déclamation, si essentielle dans le théâtre du XVIIe siècle. Aucun faux-pas chez les autres interprètes féminines : la Junon de Bénédicte Tauran, d’une faconde elle aussi impeccable et qui ne tombe pas dans le piège de la colère excessive : la tragédie lyrique doit, à tout instant, rester une école de rhétorique, et les interprètes l’ont bien compris : la mezzo moirée d’Ambroisine Bré s’y soumet avec élégance, dans ses deux rôles (principaux) d’Iris et de Syrinx, tandis que les deux nymphes de Julie Calbete et Julie Vercauteren (superbe duo), complètement avec réussite cette très belle distribution.
On saluera une nouvelle fois les nombreuses et excellentes interventions du Chœur de Chambre de Namur ; à la direction, Christophe Rousset anime les forces alliciantes et roboratives des Talens lyriques, avec une passion raisonnée : la précision des tempi est toujours au service de l’éloquence du geste et de la parole, et dans ce répertoire, il est désormais passé maître.

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Compte-rendu. Beaune, Festival d’Opéra Baroque et Romantique, Lully, Isis, 12 juillet 2019. Ève-Maud Hubeaux (Thalie, Io, Isis), Cyril Auvity (Apollon, 1er Triton, Pirante, Erinnis, 2e Parque, 1er Berger, La Famine, L’Inondation), Edwin Crossley-Mercier (Jupiter, Pan), Philippe Estèphe (Neptune, Argus, 3e Parque, La Guerre, L’Incendie, Les Maladies violentes), Aimery Lefèvre (Hierax, 2e Conducteur de Chalybes), Ambroisine Bré (Iris, Syrinx, Hébé, Calliope, 1ère Parque), Bénédicte Tauran (Junon, La Renommée, Mycène, Melpomène), Fabien Hyon (2e Triton, Mercure, 2e Berger, 1er Conducteur de Chalybes, Les Maladies languissantes), Julie Calbete et Julie Vercauteren (Deux Nymphes), Orchestre Les Talens lyriques, Chœur de chambre de Namur, Christophe Rousset (direction).

COMPTE-RENDU, oratorio. BEAUNE, Basilique Notre-Dame, le 6 juillet 2019. Haendel : Saül. Zasso, Watson…LG Alarcon

Les oratorios de HaendelCOMPTE-RENDU, oratorio. BEAUNE (Festival), Basilique Notre-Dame, le 6 juillet 2019. Haendel : Saül. Leonardo Garcia Alarcon… Beaune poursuit avec bonheur son cycle Haendel, ce qui nous vaut, pour cette 37ème édition, Saül, le Dixit Dominus, et Serse. 48h après Namur, le Festival nous offre ce chef d’oeuvre sous la direction de Leonardo Garcia Alarcòn. Ecrit juste après Serse, que le festival produira le 19 juillet, c’est un oratorio, certes, par la volonté du compositeur de poursuivre ses succès en passant par l’église, mais certainement plus proche de la scène qu’on ne feint généralement de reconnaître. Tel n’est pas le cas de Leonardo Garcia Alarcon, car ne manquent que les décors et un metteur en scène, tant tous sont habités par leur personnage, pour en faire un véritable opéra.

 

 

A BEAUNE, UN SAUL INCANDESCENT

Chacun connaît l’histoire de David, de sa victoire sur Goliath, de l’amour de Jonathan, de la haine de Saül, auquel il succédera. Habilement, le librettiste a ajouté une figure féminine au texte biblique, Merab, dont il fait la sœur aînée de Michal, fille de Saül, que le roi veut unir à David. A la jalousie féroce du souverain à son endroit s’ajoutent donc la relation de David à Jonathan, mais aussi les sentiments amoureux des jeunes femmes.
L’ouvrage est l’un des plus ambitieux, des plus aboutis, du compositeur. Renonçant à l’opéra italien pour l’oratorio dramatique, il fait de ce dernier un opéra biblique d’une force expressive singulière. Si l’ouverture en donne le ton, les riches et majestueux anthems qui ouvrent et ferment l’ouvrage encadrent l’action. Celle-ci culmine à la troisième scène du premier acte, lorsque Saül laisse libre cours à sa haine à l’endroit de David, rentré vainqueur. L’autre sommet se situe, symétriquement, lorsqu’il consulte la sorcière d’Endor, qui va faire apparaître Samuel, lequel révélera au roi sa destinée funeste. Le chef a choisi de ne conserver qu’un entracte, qu’il a placé judicieusement entre les deux duos que partagent David et Mikal, la seconde partie étant ouverte par une ample symphonie avec l’orgue concertant. Quelques menues coupures n’altèrent pas l’œuvre.
Dominant tout l’ouvrage, Christian Immler est Saül, qu’il vit avec une intensité singulière. Tout est là pour ce rôle périlleux, où le roi, imbu de son pouvoir, jaloux, rageur, calculateur, sombre dans une folie meurtrière : voix sonore dans tous les registres, bien timbrée, projetée à souhait. Son engagement dramatique est exemplaire. Qu’attend un producteur pour le mettre en scène ? En pleine possession de ses moyens, Lawrence Zasso incarne magistralement David. La voix est puissante, chargé de séduction, souple et expressive, y compris jusqu’à son accès de violence où il fait exécuter le messager funeste. Dès son O godlike youth, Ruby Hughes impose cette figure attachante de Michal, fraîche, aimante mais aussi résolue. Merab, son aînée est ici complexe, impressionnante d’autorité, passant de l’orgueil à la compassion, Katherine Watson, dans son répertoire d’élection comme dans sa langue, donne chair à son personnage. Samuel Boden incarne avec justesse, ardeur et conviction la figure attachante de Jonathan. Ses accompagnati, ses nombreux récits, puis son air Sin not, o King, suivi de From cities storm’d sont autant de bonheurs. Les autres rôles sont dévolus aux artistes du chœur, en tous points remarquables, de la soprano solo à laquelle est confié le premier air (An infant rais’d) au Grand-prêtre. Une mention spéciale pour la sorcière d’Endor dont le timbre si surprenant, au service d’un récit et d’une invocation stupéfiante, ne laisse aucune ambigüité à son caractère maléfique, surnaturel. Le Chœur de chambre de Namur, dont on connaît l’excellence, se joue de toutes les difficultés de la partition pour une expression qui participe de la force de ce chef d’œuvre.
L’orchestre, seul (pour six interventions dont la célèbre marche funèbre) ou partenaire des solistes et du chœur, est également remarquable par ses qualités collectives, comme celles de chacun de ses musiciens. Le Millenium Orchestra nous offre ainsi des passages concertants où les solistes (orgue, flûte, harpe, violoncelle, bassons) se situent au meilleur niveau.
Leonardo Garcia Alarcon ne fait qu’un avec ses interprètes, et l’on perçoit de façon constante cette communion qui nous vaut cette réussite incontestable. La direction est claire, expressive, précise, attentive à chacun et à tous : un modèle. Le public, enthousiaste, leur réserve un triomphe

 

 
 

 

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COMPTE-RENDU, oratorio. BEAUNE (Festival), Basilique Notre-Dame, le 6 juillet 2019. Haendel : Saül. Leonardo Garcia Alarcon – Christian Immler, Lawrence Zasso, Samuel Boden, Katherine Watson, Ruby Hugues. Illustrations : © Jean-Claude Cottier

 

 

Compte rendu, festival. Beaune, le 24 juillet 2016. Mozart : Vêpres solennelles et Messe du couronnement, Insula Orchestra, Laurence Equilbey.

Equilbey laurence JOA SaintesCompte rendu, festival. Beaune, le 24 juillet 2016. Mozart : Vêpres solennelles et Messe du couronnement, Insula Orchestra, Laurence Equilbey. Ce programme, qui a déjà tourné (les Vêpres avaient été donnés à la Philharmonie de Paris en septembre dernier), est constitué de deux œuvres de circonstance, composées par Mozart pour Salzbourg respectivement en 1780 et 1779. Elles distillent une certaine pompe grandiloquente, une tonalité austère qui se traduit par la verticalité d’un chant assuré essentiellement par les chœurs, laissant finalement assez peu l’occasion aux quatre solistes de briller, à l’exception de la soprano à laquelle échoit un très beau solo pathétique dans le Laudate dominum. Les deux pièces sont relativement brèves (un peu plus d’une demi-heure chacune). Les Vêpres, composées pour le prince archevêque de Salzbourg, comportent six sections qui alternent des tonalités véhémentes (dans l’initial Dixit dominus) et plus légères (Confitebor), austères (Laudate pueri, dont la fugue initiale annonce singulièrement le Kyrie du Requiem) et élégiaques (Laudate dominum), même si une certaine uniformité les caractérisent.

 

Laurence Equilbey à Beaune

Mozart, le Salzbourgeois sous le prisme de la précision technique

On ne peut que louer la précision technique avec laquelle Laurence Equilbey dirige sans aucune gestuelle emphatique le chœur et l’orchestre. Celui-là montre un très bel équilibre des pupitres, celui-ci émerveille par la rigueur et l’homogénéité du discours. En outre, le dialogue avec les solistes fonctionne parfaitement, et il n’y a aucun réel reproche à faire à la réalisation musicale d’une exactitude métronomique. Mais c’est peut-être cette rigueur excessive qui donne l’étrange sentiment d’une lecture parfois sèche, paradoxalement trop lisse, où ferveur et émotion semblent être soumises à cette précision technique implacable.

La Messe évite beaucoup mieux ce léger travers et les contrastes sont davantage marqués. Les couleurs de l’orchestre sont admirablement mises en valeur, comme dans la section du Gloria, très véhémente, où l’orchestre répond au chœur par des graves presque terrifiants. L’œuvre est plus variée dans sa composition, les sections étant plus contrastées, comme en témoigne le pétillant quatuor du Benedictus qui résonne comme un ensemble presque incongru de dramma giocoso, agrémentée de la douceur typiquement mozartienne du hautbois.
Les quatre chanteurs y excellent et leur voix est magnifiquement caractérisée. On apprécie le timbre rond et juvénile de la soprano Maria Stavano, la vaillance de la basse Konstantin Wolff, la voix lumineuse du ténor Martin Mitterrutzner (superbe dialogue avec la soprano dans le Kyrie initial), tandis que la mezzo Renata Pokupic, techniquement impeccable, semble plus effacée et ne brille guère par sa présence, certes diluée dans la masse chorale dominante. En bis, les deux phalanges nous ont gratifié d’un magnifique Alleluia de Buxtehude, partie conclusive de la très belle cantate « Der Herr ist mit mir », qui apportait une ferveur et une joie bienvenues.

Compte rendu, festival. Beaune, le 24 juillet 2016. Mozart : Vêpres solennelles et Messe du couronnement / Insula Orchestra. Laurence Equilbey, direction.

Festival de Beaune 2016 : première soirée ce 8 juillet 2016…

christie420BEAUNE, festival 2016. Temps forts… Ce vendredi 8 juillet 2016, comme tous les ans depuis près de 4 décennies (34ème édition), la magnifique cour des Hospices de Beaune accueille l’opéra baroque dans toute sa splendeur. Héritière des puissants ducs de Bourgogne, la volonté musicale de Anne Blanchard, directrice du Festival, sublime la beauté de cette ville de patrimoine et de vigne. Pour cette nouvelle édition, le Festival de Beaune nous offre une série d’opéras et d’oratorios baroques interprétés par les princes du sang de l’univers baroque. De William Christie (Cantates de Bach, le 22 juillet) à Laurence Equilbey, tous y sont cette année. Mais, ce qui est d’autant plus encourageant, parce qu’ils excitent  la curiosité sont deux propositions d’un intérêt superlatif: la recréation du Tamerlano de Vivaldi (le 23 juillet) et la Descente d’Orphée aux Enfers de Charpentier (le 29 juillet). Le premier sera interprété par Thibault Noally et son ensemble Les Accents, en résidence à Beaune depuis 2014 et dont l’enthousiasme ne tarit pas depuis la recréation en première mondiale de l’oratorio Il Trionfo della Divina Misericordia de Porpora. Même sentiment enthousiaste pour la fraîcheur incroyable de Sébastien Daucé qui nous prépare un Charpentier au dramatisme profond, à la fragilité palpable et touchante. Ce juillet parcourrons les routes ensoleillées de la Bourgogne, si, au loin, les clochers appellent vers les étapes d’un voyage au gré des champs, le voyageur s’arrêtera à Beaune, là où le vin est pourpré de velours et la musique étincelante comme un ostensoir…

Festival de Beaune 2016, du 8 au 31 juillet 2016. Infos et réservations sur le site du Festival de Beaune 2016

beaune-festival-2016-bandeau-promotion-classiquenews-depeche-du-5-juillet-2016