ENTRETIEN avec ALEX NANTE, compositeur en rĂ©sidence Ă  l’Orchestre National de Lille (avril 2022)

NANTE-ALEX-portrait-creation-sinfonia-del-cuerpo-de-luz-classiquenews-reportage-photo-3ENTRETIEN avec ALEX NANTE, compositeur en rĂ©sidence Ă  l’Orchestre National de Lille. Alex Nante poursuit son Ɠuvre de crĂ©ation Ă  Lille, tirant profit de sa proximitĂ© avec les instrumentistes et leur chef Alexandre Bloch. Le compositeur a livrĂ© ainsi sa premiĂšre Ɠuvre grandiose et ciselĂ©e SinfoniĂ  del Cuerpo de luz, crĂ©Ă©e par le National de Lille en septembre 2021 (VOIR notre reportage vidĂ©o crĂ©ation de Sinfonia del Cuerpo de luz d’Alex Nante par l’Orchestre National de Lille). Au moment de la crĂ©ation de son Concerto pour piano par l’Orchestre National de Lille (le 6 avril 2022), Alex Nante Ă©voque pour classiquenews son travail avec l’Orchestre lillois, la genĂšse de ses nouvelles partitions, les formes qui l’inspirent
 Pour son Concerto pour piano, intitulĂ© « Luz de lejos » / LumiĂšre de loin, le compositeur interroge la relation du piano avec les autres instruments, du soliste et de l’orchestre ; c’est aussi une rĂ©flexion sur le dĂ©veloppement et l’architecture d’un drame oĂč le piano-personnage Ă©claircit aussi la notion de mise Ă  distance et de sublimation. Alex Nante annonce dĂ©jĂ  l’Ă©criture de sa Symphonie n°2 “Mysterium”, nouveau jalon prometteur de sa trilogie lumineuse au sein de l’Orchestre National de Lille…

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Alex Nante (Ă  gauche), Alexandre Bloch (un pied sur l’estrade), directeur musical de l’ON LILLE – Orchestre National de Lille, musiciens de l’ON LILLE – Orchestre National de Lille (© Ugo Ponte / ON LILLE) 

  

  

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CLASSIQUENEWS : Comparé à « Sinfonia del Cuerpo de luz », quelle conception de la lumiÚre se précise dans le Concerto pour piano ? Comment les deux partitions se répondent-elles ?

ALEX NANTE : La lumiĂšre est le fil conducteur de ma rĂ©sidence Ă  l’ONL (Orchestre National de Lille). Elle inspire les Ɠuvres SinfonĂ­a del Cuerpo de Luz, “Luz” Preludios (crĂ©ation le 11 juin par Vanessa Wagner au Lille Piano Festival), le concerto pour piano et la Symphonie n° 2 “Mysterium”. Luz de lejos signifie «LumiĂšre de loin». Contrairement Ă  SinfonĂ­a, Luz de lejos accentue une dimension «psychologique», dans le sens oĂč le piano semble incarner un personnage, un caractĂšre humain qui passe par des Ă©tapes de rapprochement et d’Ă©loignement avec l’orchestre et la lumiĂšre Ă©voquĂ©e.
La difficultĂ© d’unifier les timbres contrastĂ©s de l’orchestre et du piano a inspirĂ© cette idĂ©e. La tentative d’union entre les deux a parfois une facette romantique qui est plus marquante dans le quatriĂšme mouvement, lequel consiste en un duo amoroso intime entre le piano et la harpe. Je considĂšre ce mouvement comme une rencontre avec l’Anima. AprĂšs un premier long dialogue, piano et harpe sont remplacĂ©s et en quelque sorte « transcendĂ©s » dans la tessiture aiguĂ« par le cĂ©lesta et le glockenspiel, qui personnifient « l’essence lumineuse » de ces deux « personnages ».

 

 

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Alex NANTE lors d’un “bord de scĂšne” Ă  l’issue de la crĂ©ation de Sinfonia del cuerpo de luz, sept 2021 – LILLE, Nouveau SiĂšcle – commande de l’ON LILLE – Orchestre National de Lille / crĂ©Ă© par l’ON LILLE (© Ugo Ponte)

 

CLASSIQUENEWS : Comment avez-vous Ă©laborĂ© l’écriture et la place du piano vis Ă  vis des autres instruments solo (basson, harpe, cor, 
) et vis Ă  vis de la masse orchestrale ?

ALEX NANTE : L’Ă©criture du concerto pour piano m’a fait rĂ©flĂ©chir sur les diffĂ©rents enjeux au moment de combiner le piano avec d’autres instruments. D’autre part, j’ai rĂ©flĂ©chi au rĂŽle du piano dans la forme concertante et aux diffĂ©rentes maniĂšres d’interaction entre soliste et orchestre depuis le classicisme. L’un de mes objectifs Ă©tait d’Ă©viter le rĂŽle «hĂ©roĂŻque» que le piano acquiert souvent dans le romantisme (mĂȘme si d’autres aspects du romantisme sont trĂšs importants dans mon langage). Ce rĂŽle est en quelque sorte liĂ© Ă  la «bataille» qui est parfois prĂ©sente entre soliste et orchestre dans les concertos romantiques. NĂ©anmoins, le « conflit » ou la « bataille » n’est pas totalement absent de cette Ɠuvre, comme on peut le constater dans certains passages du cinquiĂšme mouvement.
Les modes d’interaction entre piano et orchestre que j’explore, ont des connotations rituelles et s’inspirent, en partie, de modĂšles prĂ©existants de la littĂ©rature des concertos pour piano. Ces modes sont:

Microcosme / Macrocosme
Cette analogie suppose une similitude, voire une identitĂ© partagĂ©e, entre l’individu et le cosmos. En raison de la nature polyphonique du piano, considĂ©rer cet instrument comme un « micro-orchestre » semble une analogie appropriĂ©e. Dans les segments Microcosme / Macrocosme de l’Ɠuvre, l’orchestre opĂšre comme une Ă©laboration ou une «amplification» des mĂ©lodies ou des phrases du piano. NĂ©anmoins, cet essai “d’identitĂ©” n’est jamais accompli dans le concerto, en raison de l’impossibilitĂ© d’unifier les timbres du piano et de l’orchestre.

Jeu – «Juego» («jeu» en espagnol) est le titre de la deuxiĂšme partie du troisiĂšme mouvement, qui a une signification essentielle dans la structure gĂ©nĂ©rale. D’abord parce que le centre de ce segment correspond Ă  l’axe de symĂ©trie de l’Ɠuvre. DeuxiĂšmement, parce que son caractĂšre est si diffĂ©rent des autres mouvements du concerto qu’il produit un contraste dans la forme gĂ©nĂ©rale. Le piano et l’orchestre s’enchevĂȘtrent ici dans un dialogue ludique, qui contrastent avec le sĂ©rieux et la gravitĂ© des autres parties du concerto.

Responsorial – Le sixiĂšme mouvement, intitulĂ©e Luz de lejos, prĂ©sente une succession d’un choral de cordes, un choral des bois et d’un monologue au piano, de maniĂšre responsoriale. Le charactĂšre archaĂŻque du responsorial est accentuĂ©e ici par un choral en faux-bourdon aux bois, Ă©lĂ©ment qui apparaĂźt en arriĂšre-plan dans d’autres parties de l’Ɠuvre.
Luz de lejos ne prĂ©sente pas une graduelle “luminositĂ©” comme dans certaines parties du SinfonĂ­a, ou une graduelle “ritualisation”, comme dans certains de mes piĂšces de musique de chambre. NĂ©anmoins, le dernier mouvement suggĂšre une arrivĂ©e Ă  une atmosphĂšre rituelle oĂč le symbole de la lumiĂšre est plus prĂ©sent que dans d’autres mouvements. Le langage harmonique ici est trĂšs transparent, extrĂȘmement diatonique et par moments modal. La tessiture aiguĂ« est explorĂ©e dans tout l’orchestre.

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Alex NANTE (au centre) lors de la crĂ©ation de son Concerto pour piano et orchestre : « Luz de lejos » / LumiĂšre de loin – avril 2022 – LILLE, Nouveau SiĂšcle – commande de l’ON LILLE – Orchestre National de Lille / crĂ©Ă© par Alexandre Tharaud, l’ON LILLE sous la direction de Emilia Hoving (© Ugo Ponte)

 

 

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : La fin du Concerto s’achùve comme une question ouverte 
 Quel est le sens de cette fin?

ALEX NANTE : L’Ɠuvre semble finir dans une atmosphĂšre rituelle, calme et mĂ©ditative, mais cette atmosphĂšre est interrompue par un Ă©lan Ă©nergique, mercurial, ou les Ă©lĂ©ments plus significatifs de l’Ɠuvre sont rapidement superposĂ©s. Une sorte de synthĂšse de tout le concerto.
Le dernier accord de l’Ɠuvre est jouĂ© au piano, harpe, glockenspiel et cĂ©lesta dans la tessiture extrĂȘme, en fff, un son extrĂȘmement «lumineux». Ce dernier Ă©lĂ©ment agit en quelque sorte comme une rĂ©ponse Ă  l’ouverture de l’Ɠuvre, oĂč le piano joue un bicorde MI – SI dans le grave. MĂȘme si, comme indiquĂ© prĂ©cĂ©demment, il n’y a pas une “luminositĂ© progressive” tout au long de l’Ɠuvre, ces deux accords ont une signification symbolique liĂ©e au passage de l’obscuritĂ© Ă  la lumiĂšre.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Au moment de la création mondiale, au cours des 2 soirées des 6 et 7 avril 2022, comment avez vous ressenti et vécu la partition ? Y a-t-il des éléments nouveaux qui ont surgi ?

ALEX NANTE : J’ai vĂ©cu ce moment avec beaucoup d’Ă©motion; trĂšs touchĂ© par le magnifique travail d’Alexandre Tharaud, Emilia Hoving et l’Orchestre National de Lille. Dans les rĂ©pĂ©titions d’une nouvelle Ɠuvre, je fais toujours de petits changements. Par exemple, une mĂ©lodie qui Ă©tait censĂ©e ĂȘtre au premier plan peut passer un peu plus au premier plan. Je change aussi quelques tempos, j’ajoute quelques points d’orgues… J’ai la sensation de ne jamais finir de corriger mes oeuvres. J’adore cette phrase de Paul Valery : “Un artiste ne finit jamais vraiment son travail, il l’abandonne tout simplement ».

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quelle est la suite et les prochains jalons au sein de votre rĂ©sidence Ă  l’ON LILLE ? De quelle façon exploitez-vous les ressources propres de l’orchestre ? Notez-vous des caractĂšres marquants qui singularisent l’Orchestre National de Lille ?

ALEX NANTE : Les musiciens de l’Orchestre National de Lille sont magnifiques. C’est une chance pour moi de travailler avec eux. Humainement c’est aussi une expĂ©rience trĂšs agrĂ©able. A chaque session, je peux Ă©changer et me nourrir des commentaires et des retours des musiciens sur mon oeuvre.
La derniĂšre piĂšce que j’Ă©crirai pour la rĂ©sidence est Symphonie n°2 “Mysterium”. Cette Ɠuvre pour soprano, tĂ©nor, chƓur et grand orchestre sera inspirĂ©e des textes de la tradition gnostique. Elle complĂšte la trilogie des piĂšces Ă©crites pour l’Orchestre National de Lille autour de la lumiĂšre. Le gnosticisme, tradition alternative au christianisme des Ă©glises, considĂšre que le salut s’obtient grĂące Ă  la gnose, la connaissance ultime de la rĂ©alitĂ©. Des fragments des hymnes inclus dans certains traitĂ©s gnostiques comme par exemple « Pistis Sophia » seront chantĂ©s par la soprano et le tĂ©nor, accompagnĂ©s par le chƓur dans la langue originale copte. Cette Ɠuvre sera une tentative de s’immerger dans les mystĂšres gnostiques de la lumiĂšre, riches en puissantes images et symboles d’une sagesse impĂ©rissable.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Comment avez-vous vĂ©cu et « absorbĂ© » la pĂ©riode oĂč la pandĂ©mie a sĂ©vi et entravĂ© le travail habituel ?

ALEX NANTE : C’Ă©tait une pĂ©riode trĂšs intense et crĂ©ative ; j’ai composĂ© Ă©normĂ©ment de piĂšces. En mĂȘme temps, c’Ă©tait un moment assez difficile, traversĂ© par de grandes incertitudes. J’ai vĂ©cu la pandĂ©mie Ă  Buenos Aires, oĂč le confinement a Ă©tĂ© l’un des plus longs et stricts du monde. Cette tension a influencĂ© mon Ɠuvre.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Y a-t-il, outre la rĂ©flexion sur la forme et l’écriture, une part autobiographique dans vos oeuvres ? Si oui, de quelle maniĂšre cela se manifeste-t-il concrĂštement (motif, orchestration, harmonie, figuralismes
) ?

ALEX NANTE : Il y a toujours une part autobiographique dans mes Ɠuvres, dans le sens oĂč j’essaie d’Ă©crire Ă  partir de l’expĂ©rience, du vĂ©cu intĂ©rieur. Ce vĂ©cu intĂ©rieur rĂ©sonne Ă©videmment avec le vĂ©cu extĂ©rieur. Parfois cette dimension autobiographique a un caractĂšre anecdotique ; dans mes “Diarios” pour piano, je “musicalise” des rencontres avec des amis, des dialogues avec mon Ă©pouse, des voyages… etc. Cet exemple est un cas extrĂȘme, mais certaines rĂ©fĂ©rences de ce type habitent aussi dans d’autres de mes oeuvres.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Y a t il d’autres formes non encore rĂ©alisĂ©es que vous souhaiteriez crĂ©er oĂč le travail avec le plein orchestre aurait toute sa place ? Lesquelles et pourquoi ?

ALEX NANTE : Les trois piĂšces pour l’ONL me permettent d’explorer diffĂ©rentes facettes de l’Ă©criture orchestrale: l’orchestre seul, le concerto et la symphonie chorale. À l’avenir j’aimerais explorer l’opĂ©ra, mais je vais attendre un peu avant de me plonger dans ce monde.

 

 

Propos recueillis en avril 2022

Plus d’infos : visitez le site du compositeur argentin Alex Nante
www.alexnante.com
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VOIR aussi la chaĂźne YOUTUBE de l’ON LILLE / Orchestre National de Lille / L’AUDITO 2.0 / L’offre digitale de l’ON LILLE.

 

 

NANTE-ALEX-portrait-creation-sinfonia-del-cuerpo-de-luz-classiquenews-reportage-photo-3VOIR notre reportage vidĂ©o : ON LILLE / ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE saison 2021 – 2022 : Concert d’ouverture (23 et 24 sept 2021). Reportage autour de la crĂ©ation mondiale de SinfonĂ­a del Cuerpo de luz d’Alex NANTE, compositeur en rĂ©sidence au sein de l’ON LILLE – ElĂ©ment marquant de la nouvelle saison du National de Lille : le retour de l’Orchestre Ă  son complet sur la scĂšne du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille sous la direction d’Alexandre BLOCH, directeur musical / Pourquoi la nouvelle piĂšce pour grand orchestre d’Alex NANTE est-elle particuliĂšrement inspirĂ©e par le feu ? © reportage studio CLASSIQUENEWS – septembre 2021
http://www.classiquenews.com/reportage-video-orchestre-national-de-lille-saison-2021-2022-concert-douverture-creation-mondiale-dalex-nante/

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LIRE aussi nos critiques des concerts ALEX NANTE par l’Orchestre National de Lille

Création du Concerto pour piano Luz de Lejos, le 6 avril 2022 :
alex-nante-concerto-pour-piano-luz-de-lejos-piano-lille-orchestre-national-de-lille-3-cheffe-compositeur-et-thauraud-piano-critique-concert-classiquenewsCRITIQUE, concert. LILLE, le 6 avril 2022. Alex NANTE : crĂ©ation mondiale de « Luz de lejos » – Concerto pour piano et orchestre (Alexandre Tharaud, piano) / SIBELIUS : Symphonie n°6 – Orchestre national de Lille – Emilia Hoving – Incroyable inspiration d’Alex Nante
 Rien de commun ici avec sa prĂ©cĂ©dente crĂ©ation par et pour l’Orchestre National de Lille (in loco, le 23 sept 2021) ; aprĂšs le flamboyant poĂšme symphonique “Sinfonia del Cuerpo de Luz”, manifeste incandescent en forme de mĂ©tamorphose progressive, voici en crĂ©ation mondiale son concerto pour piano, “Luz de lejos” , autre jalon d’une interrogation formelle sur la lumiĂšre. Mais ici sur un mode distanciĂ©, plus narratif quand Sinfonia del Cuerpo de Luz immergeait l’auditeur dans le creuset en fusion.
http://www.classiquenews.com/critique-concert-lille-le-6-avril-2022-alex-nante-creation-mondiale-de-luz-de-lejos-concerto-pour-piano-et-orchestre-a-tharaud-piano-sibelius-symph-n6-orchestre-na/

 

 

Création de Sinfonià del Cuerpo de luz, le 23 sept 2021 :
alexandre-bloch-orchestre-national-de-lille-critique-concert-lille-classiquenews-23-sept2021-nante-sinfonia-del-cuerpo-de-luzCRITIQUE, concert. LILLE, le 23 septembre 2021 : Concert inaugural de la saison 2021 – 2022 : Alex NANTE (SinfonĂ­a del Cuerpo de luz, crĂ©ation) – SAINT-SAËNS : Concerto pour violoncelle n°1 (Victor Julien-LaferriĂšre, violoncelle) – Richard STRAUSS : Mort et transfiguration. Orchestre National de Lille. Alexandre BLOCH, direction. – Alex Nante (nĂ© en 1992) s’affirme comme l’un des compositeurs contemporains les plus pertinents, rĂ©vĂ©lant ce soir une Ă©criture qui pense l’orchestre autant dans son ampleur sonore que dans ses scintillements instrumentaux les plus chambristes. L’auteur reconnaĂźt sans rĂ©serve son admiration pour les postromantiques du XXe, Mahler et Strauss prĂ©cisĂ©ment. 
Encore du travail et un Ă©largissement de ses champs sensibles
 vers les français, souhaitons-le, Debussy et surtout Ravel, et peut ĂȘtre que demain assisterons-nous Ă  l’émergence d’un tempĂ©rament idĂ©alement captivant. Sa rĂ©sidence au sein de l’Orchestre National de Lille, en se dĂ©diant Ă  la lumiĂšre et Ă  la spiritualitĂ©, devrait s’avĂ©rer passionnante Ă  suivre.
http://www.classiquenews.com/critique-concert-lille-le-23-septembre-2021-concert-inaugural-de-la-saison-2021-2022-alex-nante-sinfonia-del-cuerpo-de-luz-creation-saint-saens-concerto-pour-violoncelle-n1-vict/

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CRITIQUE, concert. LILLE, le 6 avril 2022. Alex NANTE : crĂ©ation mondiale de « Luz de lejos » – Concerto pour piano et orchestre (A Tharaud, piano) / SIBELIUS : Symph n°6 – Orchestre national de Lille – E Hoving.

CRITIQUE, concert. LILLE, le 6 avril 2022. Alex NANTE : crĂ©ation mondiale de « Luz de lejos » – Concerto pour piano et orchestre (Alexandre Tharaud, piano) / SIBELIUS : Symphonie n°6 – Orchestre national de Lille – Emilia Hoving – Incroyable inspiration d’Alex Nante… Rien de commun ici avec sa prĂ©cĂ©dente crĂ©ation par et pour l’Orchestre National de Lille (in loco, le 23 sept 2021) ; aprĂšs le flamboyant poĂšme symphonique “Sinfonia del cuerpo de Luz”, manifeste incandescent en forme de mĂ©tamorphose progressive, voici en crĂ©ation mondiale son concerto pour piano, “Luz de lejos” , autre jalon d’une interrogation formelle sur la lumiĂšre. Mais ici sur un mode distanciĂ©, plus narratif quand Sinfonia del cuerpo de Luz immergeait l’auditeur dans le creuset en fusion.

 

 

CrĂ©ation mondiale du Concerto pour piano d’Alex Nante

LUZ DE LEJOS / LumiĂšre de loin

 

 

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L’écriture est davantage resserrĂ©e [moins de 25mn] pour une partition dense et volubile, sans cesse changeante, aux miroitements instrumentaux toujours trĂšs fouillĂ©s, – ce raffinement entre le tellurique et l’arachnĂ©en est la marque dĂ©sormais du compositeur en rĂ©sidence au sein du National de Lille. Le piano, mĂȘme mis en avant, s’immerge dans la masse orchestrale jouant souvent plus sur la rĂ©sonance fondue que le dessin percussif, ce qui n’Ă©carte pas des passages et dialogues chambristes avec bois et vents, sans omettre le cor ou la harpe, d’un relief rayonnant : l’architecture de la partition alterne les tableaux contrastĂ©s qui se rĂ©pondent aussi, en symĂ©trie : le 1 (PrĂ©lude) et le 6 (« LumiĂšre de loin » : le titre mĂȘme de l’Ɠuvre) sont mĂ©ditatifs ; les 2 et 5, plus expansifs (Toccatas I et II) avec au centre, comme une clĂ© en deux faces : Jeu (Scherzo axial) puis Chanson d’amour, dialogue amoureux oĂč le couple piano et harpe fait paraĂźtre l’anima « figure de la femme idĂ©ale « lumineuse », selon les propres mots d’Alex Nante. La fin tendue dans l’aigu souligne cette ligne toujours intranquille, hypersensible qui affirme la direction, le sens de l’Ɠuvre : une sĂ©rie d’Ă©pisodes qui se succĂšdent comme un questionnement en 6 stations qui alternent suractivitĂ© et introspection avec une fluiditĂ© parfois inquiĂšte, opulente et rĂ©jouissante, toujours active et dĂ©terminĂ©e.

Le piano d’Alexandre Tharaud qui ouvre la piĂšce, suivi presque immĂ©diatement par le basson en un Ă©veil feutrĂ© [prĂ©lude] , est comme Ă  son habitude prĂ©cis, nuancĂ© ; mais son geste orfĂ©vrĂ© est souvent couvert par l’Orchestre, bien qu’idĂ©alement fiĂ©vreux et habitĂ© ; le dĂ©dicataire de la piĂšce est visiblement honorĂ© et engagĂ© par la crĂ©ation mondiale de cet ouvrage trĂšs Ă©laborĂ© qui veut rendre hommage Ă  la « clarté », « la poĂ©sie intime » de son jeu (dixit Nante).

 

 

 

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Beau prolongement dans la suite du programme avec la 6Ăšme de Sibelius, Ɠuvre clĂ©, elle aussi formidable forge orchestrale. Sibelius ne dĂ©veloppe pas ; il expĂ©rimente sans cesse en construisant une symphonie qui frappe par son Ă©nergie, le renouvellement incessant de son flux mĂ©lodique et thĂ©matique, aussi par la concision de son esprit de synthĂšse. Le National de Lille se jette dans cette arĂšne qui se joue aussi des timbres grĂące Ă  des alliages surprenants et des dialogues entre pupitres, tout aussi originaux et imprĂ©vus.
Il faut beaucoup d’expĂ©rience et de discernement pour saisir en les ciselant, toutes les sections qui dialoguent entre elles, pour organiser ce flux d’Ă©nergie continu vers une pensĂ©e organiquement organisĂ©e, dramatiquement cohĂ©rente. Sans omettre sous l’apparente sĂ©rĂ©nitĂ©, les courants agitĂ©s d’une onde faussement canalisĂ©e.
Liquide et Ă©thĂ©rĂ©e, la symphonie qui fut crĂ©Ă©e aprĂšs 4 annĂ©es de rĂ©flexion, semble cristalliser une sĂ©rie de tableaux oniriques oĂč la sensation du plein air et du motif s’affirme sans entrave : « l’eau pure » dont a parlĂ© Sibelius Ă  propos de sa 6Ăšme, s’Ă©coule de fait en ruisseaux et torrents sans omettre l’impĂ©rieuse cascade du 2e mouvement dont l’Ă©nergie jaillissante innerve encore tout le Scherzo qui suit.
Sous la baguette de la jeune cheffe finlandaise, Emilia Hoving, – nĂ©e en 1994, les cordes s’assouplissent et exhortent en un tapis ondoyant et chantant ; la vitalitĂ© des bois, vents et cuivres, rappelle l’acuitĂ© inventive du Sibelius, gĂ©nie orchestrateur : c’est abrupt, violent, furtif, bouillonnant d’idĂ©es et de sensations rapides ; on aurait souhaitĂ© davantage d’articulation et de dĂ©tail dans ce jeu permanent de scintillements, d’ondulations, de glissements sonores qui recherchent davantage l’Ă©blouissement intĂ©rieure voire intime, que le grand fracas des Ă©vocations spectaculaires. Pour autant, inscrire Sibelius au rĂ©pertoire de l’Orchestre National de Lille est une promesse qui souhaitons-le, appelle d’autres rĂ©alisations sibĂ©liennes. Du feu filigranĂ© de Nante Ă  l’onde sibĂ©lienne, mystĂ©rieuse et agissante, le programme de ce soir avait tout pour satisfaire le public : enjeu pleinement rĂ©ussi.

 

 

 

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CRITIQUE, concert. LILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle, le 6 avril 2022. Alex NANTE : crĂ©ation mondiale de « Luz de lejos » – Concerto pour piano et orchestre (Alexandre Tharaud, piano) / SIBELIUS : Symphonie n°6 – ON LILLE Orchestre national de LilleEmilia Hoving, direction. Photos © Ugo Ponte ON LILLE 2022

 

 

 

 

 

 

 

 

 

APPROFONDIR

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NANTE-ALEX-portrait-creation-sinfonia-del-cuerpo-de-luz-classiquenews-reportage-photo-3REPORTAGE. ON LILLE / ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE saison 2021 – 2022 : Concert d’ouverture (23 et 24 sept 2021). Reportage autour de la crĂ©ation mondiale de SinfonĂ­a del cuerpo de luz d’Alex NANTE, compositeur en rĂ©sidence au sein de l’ON LILLE – ElĂ©ment marquant de la nouvelle saison du National de Lille : le retour de l’Orchestre Ă  son complet sur la scĂšne du Nouveau SiĂšcle Ă  Lille sous la direction d’Alexandre BLOCH, directeur musical / Pourquoi la nouvelle piĂšce pour grand orchestre d’Alex NANTE est-elle particuliĂšrement inspirĂ©e par le feu ? © reportage studio CLASSIQUENEWS – septembre 2021

http://www.classiquenews.com/reportage-video-orchestre-national-de-lille-saison-2021-2022-concert-douverture-creation-mondiale-dalex-nante/

 

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COMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET Paris-plage, le 16 août 2019. Récital Alexandre Tharaud, piano. RAVEL


piano-folies-touquet-plage-2019-vignette-festival-annonce-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET Paris-plage, Festival des Pianos Folies, le 16 aoĂ»t 2019. RĂ©cital Alexandre Tharaud, piano. GRIEG, BEETHOVEN, HAHN, RAVEL
 Par notre envoyĂ© spĂ©cial MARCEL WEISS… Un rĂ©cital d’Alexandre Tharaud ressemble Ă  une conversation entre gens de bonne compagnie. Conversation qu’il ouvre par une sobre prĂ©sentation de son programme – comme toujours construit avec subtilitĂ© – et la justification de ses choix. En l’occurrence, l’envie de rassembler quatre compositeurs qu’il reconnait particuliĂšrement adorer, en un hommage Ă  la musique baroque, française notamment, dont il s’est montrĂ© par le passĂ© un talentueux interprĂšte.

Grieg en premier lieu, des extraits de sa Suite Holberg dans sa version pianistique originale : Ă  la cantilĂšne sensuelle de la Sarabande succĂšdent l’andante religioso de l’Air, Ă©mouvant dans sa lumineuse simplicitĂ©, et une Ă©nergique et rustique Gavotte, sur fond de vielle Ă  roue. PremiĂšre dĂ©monstration d’un art accompli de la suggestion, fait de sonoritĂ©s impalpables, sans jamais forcer le trait.
En exergue de son interprĂ©tation de la Sonate opus 110, Alexandre Tharaud nous brosse le portrait d’un Beethoven affaibli par la surditĂ©, en mal de reconnaissance – considĂ©rĂ© quasiment par ses contemporains comme un has been – et pourtant pensant uniquement Ă  inventer de nouvelles formes, Ă  transcender genres et styles, tant pour le quatuor que pour un piano sublimĂ©.
A un premier mouvement tout de lĂ©gĂšretĂ© , succĂšde  un allegro molto prudent aux contrastes sensiblement attĂ©nuĂ©s puis un Adagio superbement phrasĂ©, comme improvisĂ© note Ă  note, menant Ă  une fugue double s’élevant majestueusement jusqu’au climax final, Ă  l’émotion contenue. Le tout baigne dans un climat de sĂ©rĂ©nitĂ© prĂ©figurant l’opus 111.

 

 

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L’oeuvre pour piano de Reynaldo Hahn est dĂ©cidĂ©ment revenue Ă  la mode, comme en tĂ©moignent les enregistrements rĂ©cents de Bernard Paul-Reynier et de Billy Eidi du cycle du « Rossignol Ă©perdu » dont fait partie « Versailles » : huit saynĂštes composĂ©es dans le domaine royal mĂȘme, qui constituent, selon Alexandre Tharaud, l’hommage Ă  un monde perdu d’un grand romantique mĂ©connu. Comme autant de reflets de fĂȘtes galantes chatoyants, ciselĂ©s Ă  la maniĂšre du Ravel de Ma MĂšre l’Oye, qui s’assombrissent peu Ă  peu jusqu’au dĂ©nuement dĂ©sespĂ©rĂ© des deux piĂšces ultimes, « Hivernale » et « Le PĂšlerinage inutile », proches du climat schubertien du Leiermann du « Voyage d’Hiver ».

L’élĂ©gance et le quant-Ă -soi  d’Alexandre Tharaud y font merveille. L’enchainement se fait naturellement avec la mĂ©lancolie fin-de-siĂšcle du Menuet de la Sonatine de Ravel, succĂ©dant Ă  un premier mouvement – ModĂ©rĂ© – dĂ©jĂ  baroque par ses perpĂ©tuels changements de tempo. La maniĂšre dont le pianiste semble faire naĂźtre la musique du nĂ©ant est en soi dĂ©jĂ  chose admirable.

 

 

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Difficile de se contenter de la seule version piano pour restituer la frĂ©nĂ©sie de la Valse ravĂ©lienne. A l’instar d’un Glenn Gould ou d’un Roger Muraro, Alexandre Tharaud nous propose sa propre transcription, enrichie de la version pour deux pianos et de l’originale pour orchestre. DĂšs l’entame de la piĂšce, comme sortie des tĂ©nĂšbres, le climat angoissant installĂ© prĂ©sage de la fin apocalyptique d’une valse-hĂ©sitation entre ivresse et inquiĂ©tude morbide, magistralement conduite avec une science du rythme et du legato sans pareil.
Alexandre Tharaud retrouve sa sérénité et affiche une jubilation communicative avec deux de ses bis de prédilection, la délicate Valse n°19 de Chopin et la redoutable Sonate K.141 de Scarlatti. Par notre envoyé spécial MARCEL WEISS. Illustration / Photo : © Service Communication ville du Touquet-Paris-Plage 2019.