Stabat Mater de Dvorak

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique, Dvorak : Stabat mater. Le 24 juin 2015, 20h. Dvorak atteint une rare vĂ©ritĂ© dans ce Stabat mater qui est malheureusement dans sa propre vie, le Requiem de ses propres enfants disparus tragiquemen t; dans le cas d’une partition si investie (autobiographique), la musique transcende la peine et la souffrance exprimĂ©e ; elle apporte dĂ©livrance voire libĂ©ration. Dvorak mĂȘle ici la noble tendresse d’un Schumann, la profondeur d’un Bruckner, la vĂ©ritĂ© dĂ©sarmante de Brahms.‹RĂ©vĂ©lĂ©e dĂšs 1880 puis surtout Ă  Londres (Albert Hall) en mars 1883, la cantate sur un texte latin enchante et transporte littĂ©ralement le public britannique: Dvorak immĂ©diatement fĂȘtĂ©, est donc invitĂ© Ă  diriger son oeuvre l’annĂ©e suivante en mars 1884 pour un tournĂ©e
 triomphale : de fait la partition reste la plus populaire du compositeur en terre anglaise.
MarquĂ© par la mort de leurs 3 jeunes enfants (sur les neuf de la famille Dvorak) entre 1875 et 1877, le compositeur ne trouve la paix intĂ©rieure que dans le travail et le secours de la religion. Ainsi s’éteignent Josefa, Ruzena (d’un empoisonnement au phosphore, alors familier dans les foyers car utilisĂ© pour la fabrication des allumettes!), puis Otokar, de la variole, le jour de l’anniversaire de son pĂšre (8 septembre 1877).
Organiste actif dĂšs 1874 Ă  Saint-Adalbert de Prague, Dvorak se passionne pour le texte de Jacopo di Todi sur les souffrances de la MĂšre face au spectacle du Fils sacrifiĂ©.‹Herreweghe nous laisse Ă©couter l’humanitĂ© intense des accents qui en font une oeuvre surtout profane (ce qui choquait tant le pieux Hanslick), mais aussi il Ă©claire cette ĂąpretĂ© mordante du style dans laquelle le compositeur a entendu l’appel Ă  la rĂ©forme liturgique et casser le moule traditionnel palestrinien prĂŽnĂ©e par la confrĂ©rie religieuse qu’il frĂ©quentait alors Ă  Prague.

Stabat profane
Dvorak-portrait-grand-format-classiquenews-juin-2015-stabat-mater-de-dvorak-dossier-critique-presentationLe message si humble voire souvent austĂšre, jusqu’à la contrition la plus tĂ©nue, comme repliĂ©e, qui s’exprime par le choeur initial puis le quatuor vocal (tĂ©nor, soprano, basse, mezzo), convoque le sentiment des vanitĂ©s terrestres : grandeur inaccessible et impĂ©nĂ©trable du divin, fragilitĂ© et souffrance de la condition humaine. DĂšs le mouvement premier, ample de 17 mn, la musique exprime la profonde et grave priĂšre des humanitĂ©s dĂ©munies, impuissantes. C’est l’acte d’une ferveur dĂ©truite, saisie par un deuil quasi insoutenable.‹Le sublime quatuor vocal qui suit (Quis est homo, qui non fleret) suit la mĂȘme simplicitĂ© naturelle, ce recueillement qui Ă©carte toute enflure, toute thĂ©ĂątralitĂ© pathĂ©tique Ă©noncĂ©e dĂšs l’intervention de la soprano, au chant si magnifiquement mesurĂ©e.
Contre l’avis du critique souvent mensonger et toujours abusivement partisan (en tout cas antiwagnĂ©rien), Hanslick, les admirateurs de Dvorak ont immĂ©diatement constatĂ© la sincĂ©ritĂ© du compositeur et la grande vĂ©ritĂ© de son oeuvre ; chacun dĂ©fend l’humilitĂ© dĂ©sarmante de la priĂšre solistique ou collective, non pas outrageusement sensuelle comme le pensait l’ignoble Hanslick, mais sincĂšre et tendre. C’est d’ailleurs du cĂŽtĂ© des croyants, de l’assemblĂ©e populaire et individuelle que nous saisissons la ferveur gĂ©nĂ©reuse de l’ouvrage ; les interprĂštes ont bien raison de soulignĂ© ce chambrisme Ă©tal, sublimement partagĂ© par le choeur et les solistes.

Antonin Dvorak : ‹Stabat Mater op 58
France Musique, le 24 juin 2015, 20h. Inva Mula, Soprano. ‹Sara Mingardo, Contralto. ‹Maximilian Schmitt, TĂ©nor‹. Robert Gleadow, Baryton-basse.  ‹Choeur Accentus ‹. Orchestre de Chambre de Paris .‹Laurence Equilbey, direction. Concert donnĂ© le 6 juin 2015 Ă  la grande Salle de la Philharmonie 1 Ă  Paris.

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