Montpellier. Ba-ta-clan d’Offenbach, hommage aux victimes du terrorisme

offenbachMontpellier, mardi 12 juillet 2016. Offenbach: Ba-ta-clan. La culture et l’opĂ©ra engagĂ©s, tels qu’on les aime. PassionnĂ©ment. BA-TA-CLAN, ou trois syllabes, rempart contre la barbarie, ou manifeste pour le vivre ensemble rĂ©sistant, rĂ©solument, viscĂ©ralement pacifiste, fraternel et humaniste. Un nouveau triptyque qui inscrit la musique et l’opĂ©ra, le chant et le travail collectif du spectacle tel l’appel Ă  vaincre le terrorisme
 BA-TA-CLAN ou libertĂ©, Ă©galitĂ©, fraternitĂ© : mĂȘme combat. Jamais Offenbach n’aurait imaginĂ© pareil destin pour son Ɠuvre dont la conjonction du titre avec la rĂ©cente actualitĂ©, fait aujourd’hui la brĂ»lante expressivitĂ©. Le festival de Montpellier ose cet Ă©tĂ© un hommage musical pourtant juste : « Ba-ta-clan, en hommage Ă  toutes les victimes du terrorisme ». Car il ne faut pas oublier ce qui a Ă©tĂ© commis. Car il faut absolument s’élever contre toute atteinte Ă  notre dĂ©mocratie et faire de notre culture, une action concrĂšte de rĂ©sistance. VoilĂ  pourquoi classiquenews souligne la pertinence de cette production au sein de l’agenda plutĂŽt copieux de l’étĂ© 2016.

Offenbach: Ba-ta-clan
Montpellier, mardi 12 juillet 2016, 18h
Le Corum, salle Pasteur

Entrée libre dans la liste des places disponibles
Diffusion en directe sur France Musique
Billetterie, réservations recommandées :
AU +33 (0) 4 67 02 02 01
Du lundi au vendredi de 10h Ă  12h et de 14h Ă  18h.

Synopsis. L’action se dĂ©roule dans une chine des plus fantaisistes – Pays de ChĂ©-i-no-or – dans les jardins du palais de l’Empereur FĂ©-ni-han dit ” Roi en son palais ” . Ko-ko-ri-ko, chef de la garde conspire contre l’Empereur. Offenbach imagine d’emblĂ©e une scĂšne d’ouverture oĂč le chinois de mise s’élĂšve tel un galimatias incomprĂ©hensible, source d’onomatopĂ©es redoutables pour les chanteurs


La princesse FĂ©-an-nich-ton, lectrice de romans français, est visitĂ©e par le mandarin KĂ©-ki–ka-ko, tous deux s’aperçoivent qu’ils sont français : KĂ©-ki-ka-ko est en rĂ©alitĂ© le Vicomte Alfred de CĂ©risy qui fit un jour naufrage sur les cĂŽtes chinoises et FĂ©-an-nich-ton est une chanteuse lĂ©gĂšre c’est Ă  dire Virginie Durand capturĂ©e par les soldats de FĂ©-ni-han lors d’une tournĂ©e en ExtrĂȘme-Orient. Ils Ă©voquent avec nostalgie la vie parisienne Ă  jamais perdue


L’Empereur FĂ©-ni-han chasse les conspirateurs ; il est lui aussi en proie au spleen car il partage le sort de la princesse et du mandarin : lui aussi est français, natif de Brive-la-Gaillarde 
 il s’appelle en rĂ©alitĂ© Anastase Nourrisson et dĂ©cide lui aussi de rejoindre la France et Paris.

Les fuyards FĂ©-an-nich-ton et KĂ©-ki-ka-ko sont arrĂȘtĂ©s par Ko-ko-ri-ko qui exige en italien Ă  l’Empereur leur exĂ©cution. Mais Virginie et Alfred chantant La Ronde de Florette, FĂ©-ni-han s’en Ă©meut et reconnaissant des compatriotes, enjoint pour les sauver Ă  Alfred de prendre sa place comme Empereur afin de lui permettre de rejoindre Paris illico.
Mais KĂ©-ki-ka-ko / Alfred, refuse et chante le Ba-ta-clan, l’Hymne des conjurĂ©s. MĂȘme l’Empereur entonne le chant qui est Ă©crit contre lui. Sur ces entrefaits, on apprend que Ko-ko-ri-ko est lui aussi d’origine française : nĂ© rue Mouffetard, maison de la blanchisseuse ; il est prĂȘts Ă  les aider dans leur fuite pourvu qu’il puisse ” fĂ©-ni-hantiser ” Ă  la place de I’ Empereur.

BientĂŽt des escales / relais, de PĂ©kin Ă  Pantin sont organisĂ©s ; dans leur bonheur, les fuyards chantent une derniĂšre fois le motif du Ba-ta-clan : hymne fraternel pour la libertĂ© et l’émancipation; marquant le retour Ă  la vraie vie.

Le chant du Ba-ta-clan, hymne à la liberté et à la révolte

Sous couvert de comĂ©die fantaisiste, Ba-ta-clan Ă©gratigne le pouvoir et la sociĂ©tĂ© française, en 1855, soit 3 ans aprĂšs le coup d’Etat qui a instituĂ© l’Empire aprĂšs la RĂ©publique. Virage dĂ©mocratique des plus brutal qu’Offenbach n’oublie pas de dĂ©noncer avec une subtilitĂ© musicale et poĂ©tique que Ba-ta-clan illustre avec dĂ©lire et aplomb dramatique. L’Empereur FĂ©-ni–han (« faineant ou fait hi-han ? ») cible la figure emblĂ©matique de ce Second Empire fantĂŽche, le Prince Louis NapolĂ©on. Pour se faire Ă©lire PrĂ©sident de la RĂ©publique française, Louis NapolĂ©on sut paraĂźtre masquĂ© sous le masque du parfait benĂȘt, neutre et sans relief. Comme le prĂ©cise le texte de prĂ©sentation de cette production Ă  Montpellier : « Victor Hugo, lui-mĂȘme ne cachait pas ses prĂ©fĂ©rences pour ” un fainĂ©ant, un automate qui soit leur crĂ©ature ».

Dans leur livret Offenbach et Halevy dilue davantage leurs pics satiriques en rĂ©servant au personnage du jeune coq français, Ko-ko-ri-ko ce chant italiano-chinois, mixte propre Ă  dĂ©router lĂ  encore les esprits affĂ»tĂ©s et critiques. Cour nonchalante et molle (aboutissant au dĂ©sastre de 1870), la Cour de NapolĂ©on III, FĂ©-ni-han, Ă©pingle un Second Empire oublieux, et nĂ©gligent : en particulier Ă  l’endroit du demi-frĂšre de Louis NapolĂ©on, le Duc de Morny, ainsi que pour ceux qui l’aidĂšrent Ă  rendre possible le Coup d’Etat de 1852.

Irresponsables et plutÎt individualistes, les personnages de Ké-ki-ka-ko et Fé-an-nich-ton incarnent deux parisiens du boulevard qui se détachent des contingence de politique générale pour mieux réussir leur propre fuite.
C’est pourtant le chant de la rĂ©volte qui est aussi appel Ă  la libertĂ©, le Ba-ta-clan qui les rĂ©unit tous, y compris l’empereur, prĂȘt Ă  entonner l’hymne qui lui est directement hostile. C’est peut-ĂȘtre cette absence de conscience et de responsabilitĂ© qu’Offenbach et HalĂ©vy dĂ©noncent en profondeur.
Une responsabilité et une conscience démocratique qui font défaut aussi en ce début du XXIÚme siÚcle.
Ba-ta-clan est une farce chinoise aux enjeux politiques plus affĂ»tĂ©s qu’il n’y paraĂźt. Production lyrique Ă©vĂ©nement Ă  Montpellier.

Festival de Radio France et Montpellier 2016

JACQUES OFFENBACH (1819-1880)
Ba-Ta-Clan
Chinoiserie musicale en 1 acte (1855)

Livret de Ludovic Halévy
Version de concert
Édition critique de Jean-Christophe Keck

Stéphanie Varnerin, soprano,  Fé-an-nich-ton
Rémy Mathieu, ténor,  Fé-ni-han
Enguerrand de Hys, ténor,  Ké-ki-ka-ko
Jean-Gabriel Saint-Martin, baryton,  Ko-ko-ri-ko

Anne PagĂšs-Boisset, piano
Jean-Christophe Keck, direction
En hommage Ă  toutes les victimes du terrorisme

Dans le cadre de la journĂ©e “À pleines voix”

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