COMPTE-RENDU, concert. MONTPELLIER, le 13 juillet 2019. SIBELIUS, CHOSTAKOVITCH, MOUSSORGSKI-RAVEL. T Sokhiev.

SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev---credit-Marc-BrennerCOMPTE-RENDU, concert, MONTPELLIER, Festival Radio France, Occitanie, Montpellier, Le Corum, le 13 juillet 2019. SIBELIUS, CHOSTAKOVITCH, MOUSSORGSKI-RAVEL, Bertrand Chamayou, David Guerrier, Tugan Sokhiev. La thĂ©matique retenue pour cette 35Ăšme Ă©dition du Festival Radio France, Occitanie, Montpellier – « Les musiques du Nord » – nous vaut la programmation de Finlandia, de Sibelius, qui ouvre le concert. Le sixiĂšme et dernier mouvement de la « Musique pour la cĂ©lĂ©bration de la presse », alors soumise au rĂ©gime tsariste, deviendra un an plus tard, en 1900, ce qui passe pour l’hymne officieux de la Finlande. La page est bien connue, brĂšve, contrastĂ©e, propre Ă  emporter l’auditoire Ă  travers son finale puissant, glorieux. L’évocation de l’immensitĂ© des paysages que la Finlande a en partage avec ses voisins, Ă  laquelle succĂšde la partie hĂ©roĂŻque, avec cuivres et percussions, est remarquablement conduite par Tugan Sokhiev, dont on connaĂźt l’énergie, comme le lyrisme et l’aisance dans ce rĂ©pertoire. L’orchestre National du Capitole de Toulouse y brille de tous ses feux. Illustration : Tugan Sokhiev © M Brenner)

Suit le Concerto pour piano et trompette de Chostakovitch. C’est pour le public le plaisir de retrouver Bertrand Chamayou, fidĂšle du Festival, et David Guerrier, l’hyperdouĂ© trompettiste (mais aussi corniste, tubiste etc.) insatiable musicien. Regrettons au passage que Chostakovitch ne lui ait pas rĂ©servĂ© un authentique rĂŽle concertant, limitant ses interventions aimablement dĂ©coratives, goguenardes, diablement virtuoses, Ă  trois des quatre mouvements. L’Ɠuvre, hybride de la tradition et du modernisme (relatif) du Leningrad de 1933, porte en germe la riche production du compositeur de 27 ans. Son matĂ©riau est pauvre et le traitement qu’il lui rĂ©serve ne prĂ©sente d’intĂ©rĂȘt qu’à travers le piano (que Chostakovitch tiendra Ă  la crĂ©ation), et le grotesque dont il pimente le propos. La mĂ©lodicitĂ© de la valse lente du deuxiĂšme mouvement peut sĂ©duire, mais c’est l’entrain, l’esprit potache de l’ensemble qui dominent. Le jeu des solistes, leur complicitĂ© justifierait Ă  lui seul la programmation de l’Ɠuvre, oĂč les cordes de l’orchestre, pleinement engagĂ©es, donnent leur meilleure interprĂ©tation.

Le public s’est massivement dĂ©placĂ© par les cĂ©lĂ©brissimes Tableaux d’une exposition. Il n’aura pas Ă©tĂ© déçu. A l’égal du concert de la veille, oĂč Kristjan JĂ€rvi nous offrait une relecture inspirĂ©e de l’Oiseau de feu, celle que nous propose Tugan Sokhiev de la page pianistique la plus spectaculaire de Moussorgski, orchestrĂ©e par Ravel, nous enthousiasme. L’orchestre sait se montrer tendre, rĂȘveur, dĂ©sinvolte, joueur, plaintif, courroucĂ©, vĂ©hĂ©ment, accablĂ©, prendre les couleurs les plus riches, et nous emporter dans le tableau final (la Grande porte de Kiev). Par-delĂ  l’énergie fantastique qu’il insuffle Ă  tous, c’est dans le dessin des phrasĂ©s propres Ă  chacun des pupitres et dans des plans qu’excelle le grand chef russe. Une leçon qui ne laisse aucun doute : Tugan Sokhiev a maintenant imprimĂ© durablement sa marque Ă  l’orchestre, confirmant son excellence, tout particuliĂšrement dans ce rĂ©pertoire scandinave et russe.

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COMPTE-RENDU, concert, MONTPELLIER, Festival Radio France, Occitanie, Montpellier, Le Corum, le 13 juillet 2019. SIBELIUS, CHOSTAKOVITCH, MOUSSORGSKI-RAVEL, Bertrand Chamayou, David Guerrier, Tugan Sokhiev. Crédit photographique © Pablo Ruiz

COMPTE-RENDU, Concert. MONTPELLIER, le 13 juillet, 20h. Midnight Sun, K JĂ€rvi, M Samuelsen.


COMPTE-RENDU, Concert symphonique, MONTPELLIER, Festival Radio France, Occitanie, Montpellier, Le Corum-salle Berlioz, samedi 13 juillet, 20h.  Midnight Sun, Kristjan JÀrvi, Mari Samuelsen
. Le Festival Radio France, Occitanie, Montpellier nous vaut – comme depuis 34 ans – un nombre considĂ©rable de concerts tant dans la capitale occitane que dans la grande rĂ©gion. Nombre de grandes formations symphoniques s’y relaient, pour notre plus grand bonheur. Ce soir, le programme, intitulĂ© « Midnight Sun », nous permet d’écouter cinq Ɠuvres de compositeurs baltes contemporains, puis la cĂ©lĂ©brissime suite de L’Oiseau de feu, de Stravinsky.
A quoi reconnaĂźt-on un miracle ? Pour n’ĂȘtre pas thĂ©ologien, on sort bouleversĂ©, avec la conscience d’en avoir Ă©tĂ© tĂ©moin. Puis, on s’interroge sur ses conditions ou ses causes. Ce concert succĂšde Ă  celui dirigĂ© la veille par le gĂ©ant Neeme JĂ€rvi, Ă  la tĂȘte de l’Orchestre symphonique national d’Estonie.

 

 

TĂ©moins d’un miracle symphonique


 

Kristjan JÀrvi, démiurge, anime, libÚre la musique

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Du reste, le grand chef assiste ce soir au concert que dirige son fils cadet, Kristjan, et, Ă  son terme, manifestera son Ă©motion et son admiration. Le lendemain, ce sera le tour de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse, sous la baguette de Tugan Sokhiev. On sait que, sous la direction de Michael Schonwandt, l’Orchestre national de Montpellier s’est hissĂ© Ă  un niveau que pourraient lui envier nombre de formations symphoniques. Ce soir, la communion, entre cette formation, qui joue chez elle, et Kristjan JĂ€rvi est incroyable, comme si le chef et les musiciens avaient travaillĂ© depuis des annĂ©es dans une confiance et une admiration rĂ©ciproques.
Si les noms de Rautavaara et d’Arvo PĂ€rt sont maintenant connus d’un large public, ceux de Max Richter, de Peteris Vasks, et de Krisjan JĂ€rvi – dont on ignorait qu’il Ă©crivait – le sont beaucoup moins. Le chef a choisi d’enchaĂźner les piĂšces de la premiĂšre partie comme s’ils s’agissait de mouvements d’une vaste symphonie singuliĂšre. Les Ɠuvres s’y prĂȘtent aisĂ©ment par leur Ă©criture et leur ancrage dans une tradition symphonique qui dĂ©passe largement l’hĂ©ritage de Sibelius et des compositeurs scandinaves.
Le Cantus arcticus, de Rautavaara, ouvre cette partie. Des enregistrements de chants d’oiseaux du nord de la Finlande vont se mĂȘler Ă  la trame orchestrale, pour chacun des mouvements, confĂ©rant Ă  cette musique Ă  la fois une sĂ©rĂ©nitĂ© planante et une vie frĂ©missante, d’une grande sĂ©duction. L’immense crescendo, suivi de son extinction progressive, des « Cygnes migrant » nous emporte dans un univers magique, onirique. Lonely Angels, de Peteris Vasks, fait intervenir la violoniste Mari Samuelsen, d’une virtuositĂ© phĂ©nomĂ©nale, qui ne quittera plus l’orchestre. L’écriture, tonale, dĂ©pouillĂ©e, n’est pas sans rappeler le lyrisme de l’Adagio de Barber. Les pĂ©dales intĂ©rieures, les valeurs longues des basses, et le frĂ©missement des nappes des ostinati aĂ©riens et dĂ©coratifs des cordes, rĂ©apparaĂźtront au fil des piĂšces suivantes, autorisant cet enchaĂźnement harmonieux.
Suit le Dona nobis pacem, de Max Richter, oĂč la harpe se joint aux cordes. C’est une sorte de passacaille, dont la progression – imperturbable et chargĂ©e de sĂ©ductions – renvoie Ă  certaines piĂšces baroques telles qu’on les jouait il y a cinquante ans. C’est aussi l’occasion pour la soliste de briller par son jeu d’une technique superlative. Fratres, cĂ©lĂšbre entre toutes les Ɠuvres d’Arvo PĂ€rt, est ici dĂ©clinĂ©e dans une version pour violon solo, en harmoniques, mais privĂ©e de ses vents.

Enfin, Aurora, de Kristjan JĂ€rvi, nous entraĂźne de nouveau dans le grand nord, avec ses forĂȘts immenses, la neige, l’aurore d’un jour interminable, intĂ©grant des Ă©lĂ©ments dansants (qui font penser Ă  Hugo Alfven). La paix, la sĂ©rĂ©nitĂ©, l’immensitĂ©, la grandeur, avec des bouffĂ©es lyriques, intenses, sont ici inimitables : on plane, et le public, conquis, fait un triomphe aux interprĂštes.
L’Oiseau de feu est dans toutes les oreilles, depuis l’évocation de la forĂȘt enchantĂ©e de l’introduction, Ă  la danse de l’oiseau de feu, Ă  la ronde des treize princesses qui disparaissent au lever du jour, la plus belle s’étant Ă©prise d’Ivan. Mais c’est surtout la formidable Danse infernale de Katschei, avec ses ponctuations telluriques, qui marque les esprits. La berceuse, provoquĂ©e par l’oiseau pour plonger Katschei et sa horde dans un profond sommeil, ouverte par les bassons et la harpe, est d’une beautĂ© stupĂ©fiante, avant le majestueux final. Kristjan JĂ€rvi, dĂ©miurge, fĂ©dĂšre, anime avec une souplesse, une libertĂ©, un Ă©panouissement rares. Il accompagne chacun, dosant, modelant avec subtilitĂ©, organisant le propos avec un art consommĂ©. Le geste est sobre, expressif Ă  souhait, engageant tout le corps, dĂ©livrĂ© des partitions qu’il a parfaitement intĂ©grĂ©es jusqu’au moindre dĂ©tail : la vie a-t-elle Ă©tĂ© plus intense ? MĂȘme familier du texte, on croit redĂ©couvrir l’Ɠuvre. On entend tout, chaque soliste est parfait, la dynamique constante, du triple piano au triple forte. Les musiciens jouent avec le chef, se prenant manifestement au jeu avec un bonheur et un rayonnement exceptionnels. Une soirĂ©e mĂ©morable, comme on les compte sur les doigts d’une main !

 

 

 

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COMPTE-RENDU, Concert symphonique, MONTPELLIER, Festival Radio France, Occitanie, Montpellier, Le Corum-salle Berlioz, samedi 13 juillet, 20h.  Midnight Sun, Kristjan JÀrvi, Mari Samuelsen. Illustrations : Kristjan JÀrvi, chef et compositeur © Marc Ginot

 
 
 
 

DIFFUSION SUR FRANCE MUSIQUE

Programme diffusé sur FRANCE MUSIQUE, mer 31 juillet 2019 à 20h
Concert donnĂ© le 12 juillet 2019 Ă  20h Ă  l’OpĂ©ra Berlioz de Montpellier
dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier

 
 

CONCERT :  »Midnight Sun”

 

Einojuhani Rautavaara
Cantus Arcticus, Concerto pour oiseaux et orchestre op. 61

1. Suo (Le Marais)

2. Melankolia (MĂ©lancolie)

3. Joutsenet muuttavat (Cygnes migrants)

 

Kristjan JĂ€rvi
Aurora pour violon et orchestre
Arrangement de Charles Coleman (2016)

 

Arvo PĂ€rt
Fratres pour violon, percussion et orchestre Ă  cordes

 

Peteris Vasks
Lonely angel, méditation pour violon et orchestre à cordes

 

Max Richter
Dona nobis pacem 2 pour violon et orchestre
Mari Samuelsen, violon

 

Igor Stravinsky

L’oiseau de feu, suite
Introduction – Danse de l’Oiseau de feu – Variations de l’Oiseau de feu ‱ Pantomime I ‱ Pas de deux : l’Oiseau de feu et Ivan TsarĂ©vitch ‱ Pantomime II ‱ Scherzo : danse des Princesses ‱ Pantomime III ‱ Khorovode des Princesses ‱ Danse infernale de Kachtchei et de ses sujets ‱ Berceuse ‱ Finale

 

Orchestre national Montpellier Occitanie
Direction : Kristjan JĂ€rvi

 

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. MONTPELLIER, le 12 juillet 2019. OFFENBACH : POMME D’API,Carpentier,Droy, J-C Keck.

offenbach-jacques-concerts-opera-presentation-par-classiquenews-Jacques_Offenbach_by_NadarCOMPTE-RENDU, opĂ©rette, MONTPELLIER, Festival Radio-France Occitanie Montpellier, OpĂ©ra-ComĂ©die, le 12 juillet 2019. HĂ©lĂšne Carpentier, Lionel Peintre, SĂ©bastien Droy, Anne PagĂšs, Jean-Christophe Keck. Outre les circonstances dramatiques que rappelait le titre, on se souvient encore du Ba-Ta-Clan joyeux que nous offraient Jean-Christophe Keck et ses complices, ici mĂȘme, en juillet 2016. Ils rĂ©cidivent Ă  la faveur de l’annĂ©e Offenbach, avec Pomme d’Api, savoureuse opĂ©rette oĂč la fantaisie et la tendresse font bon mĂ©nage, pour un dĂ©nouement heureux. En 1873, les temps sont rĂ©volus de la satire sociale et politique, pour une comĂ©die bourgeoise, drĂŽle, romanesque et sentimentale. Marginale ? Peut-ĂȘtre par sa faible diffusion, certes, mais essentielle parmi les Ɠuvres en un acte d’Offenbach dont elle constitue un sommet, cette opĂ©rette – opĂ©ra-bouffe Ă  la française, avec le triangle amoureux – est ravissante d’invention, de drĂŽlerie comme de tendresse.

 

 

L’homme à la pomme
d’Api

 

 
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Symbole de la tentation, le surnom de Pomm’ d’Api pouvait-il mieux convenir Ă  la jeune et jolie Catherine, dont Gustave a dĂ» se sĂ©parer, Ă  son vif regret, sous la pression de son oncle, rentier et bon vivant ? Le neveu tentera de la reconquĂ©rir, mais elle feindra de rĂ©pondre aux avances du barbon, qui, touchĂ© enfin par la sincĂ©ritĂ© de leur amour, consentira Ă  leur mariage.

Le programme signale, justement, que seuls Mozart, Rossini et Offenbach supportent aisĂ©ment la rĂ©duction au piano, par la grĂące de l’invention rythmique renouvelĂ©e, comme de l’intĂ©rĂȘt mĂ©lodique. Anne PagĂšs, au clavier, le confirme pleinement : l’humour, la vivacitĂ©, mais aussi les Ă©panchements lyriques sont parfaitement illustrĂ©s.

Jean-Christophe Keck, homme-orchestre de cette rĂ©alisation sera tour Ă  tour prĂ©sentateur, chef, et rĂ©citant, nous donnant les indications scĂ©niques qui accompagnent la partition. L’engagement et les qualitĂ©s des comĂ©diens, des chanteurs nous font oublier que c’est une version de concert qui nous est offerte. Au premier chef, l’inĂ©narrable Rabastens, ici campĂ© par Lionel Peintre, excellent baryton Ă  l’émission sonore, parfaitement articulĂ©e, et bien timbrĂ©e dans tous les registres. Son neveu, Gustave est chantĂ© par SĂ©bastien Droy, solide tĂ©nor, sensible et ardent. HĂ©lĂšne Carpentier est Catherine, alias Pomme d’Api. Cette jeune et prometteuse soprano, voix ample et libre, fait preuve de qualitĂ©s dramatiques qui nous ravissent Ă©galement. Donc un trio Ă©quilibrĂ©, complice, qui nous fait partager son entrain comme ses passions. Chacun des huit numĂ©ros mĂ©riterait un commentaire, tant leur qualitĂ© est Ă©gale. Contentons-nous de signaler l’excellence du trio des cĂŽtelettes, parodique Ă  souhait, sur un texte insensĂ©, et le duo oĂč Gustave et Pomme d’Api Ă©voquent leurs amours passĂ©es, d’une incontestable Ă©motion.
Vive Offenbach ! Que nos scĂšnes lyriques cessent enfin de mĂ©priser, pour beaucoup d’entre elles, ses petits chefs-d’Ɠuvre d’humour, pour le plus grand bonheur du public !

 

 

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COMPTE-RENDU, opérette, MONTPELLIER, Festival Radio-France Occitanie Montpellier, Opéra-Comédie, le 12 juillet 2019. HélÚne Carpentier, Lionel Peintre, Sébastien Droy, Anne PagÚs, Jean-Christophe Keck. Illustrations : © Victor Garcia

 

  

 

MONTPELLIER, FESTIVAL RADIO FRANCE, du 10 au 26 juillet 2019 : Vent nordique pour la 35Ăš Ă©dition

D2F0m1sX4AAvC1yMONTPELLIER, FESTIVAL RADIO FRANCE, du 10 au 26 juillet 2019. Du 10 au 26 juillet 2019, le Festival Radio France proposera pour sa 35Ăš Ă©dition, un voyage nordique, intitulĂ© « Soleil de nuit », en rĂ©fĂ©rence aux Nuits blanches de Saint-Petersbourg. Jean-Pierre Rousseau, son directeur, a choisi de faire connaĂźtre l’incroyable foisonnement musical et crĂ©atif de pays comme la Lettonie, l’Estonie, la SuĂšde, la Finlande, le Danemark, la Pologne et bien d’autres. Les compositeurs d’autrefois et d’aujourd’hui y seront Ă  l’honneur, et aussi les interprĂštes natifs de ces pays. Citons parmi eux les chefs Neeme et Kristjan JĂ€rvi, Andris Poga, Krzysztof UrbaƄski, les pianistes Jan Lisiecki, Lukas Geniusas, Paavali Jumppanen.

 

 

FESTIVAL RADIO FRANCE OCCITANIE-MONTPELLIER:
LA BRISE BALTIQUE VA SOUFFLER SUR LA 35ÈME ÉDITION!

 

Bien sĂ»r on y Ă©coutera Sibelius et Arvo PĂ€rt, Magnus Lindberg et Rautavaara, qui cĂŽtoieront les « titans » europĂ©ens bien connus, mais le festival nous rĂ©serve de nombreuses dĂ©couvertes: qui connait le compositeur suĂ©dois Eduard Tubin, le letton Pēteris Vasks, le finlandais Usko MerilĂ€inen, ou encore, plus ancien, Joseph Martin Kraus, l’exact contemporain de Mozart, mais en SuĂšde?
“La musique sera partout oĂč elle est attendue » (Jean-Pierre Rousseau): 153 concerts dans 70 lieux dont bien sĂ»r Montpellier mais aussi SorĂšze, FabrĂšgues, Lectoure, Mende, Perpignan
De quoi aiguiser la curiositĂ© et s’autoriser toutes les libertĂ©s. Car le festival Radio France, pour faire court, c’est ça: les musiques qui ne s’interdisent rien, la libertĂ© des genres; mĂȘme le jazz, qui ouvrira les festivitĂ©s avec le « Amaring Keystone Big Band » de David Enhco, se fera scandinave Ă  ses heures! Le piano se taillera une part de lion, et la jeune gĂ©nĂ©ration de musiciens y sera dignement reprĂ©sentĂ©e (ThĂ©o Fouchenneret, Marie-Ange Nguci, le quatuor Notos
). Y penser: on pourra suivre le festival en direct sur France Musique du 15 au 20 juillet. Soleil de midi, ou soleil de minuit? En Occitanie, les deux confondus pour prendre en musique les plus belles couleurs de l’étĂ©.

 

Programme complet et réservations sur le site www.lefestival.eu

 

 

 

COMPTE-RENDU, opéra. MONTPELLIER, Opéra, le 20 février 2019. DONIZETTI : Don Pasquale. Taddia, Muzychenko, Greenhalgh
 Spotti / Valentin Schwarz.

L'Elisir d'amor de DONIZETTI Ă  l'OpĂ©ra de TOURSCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. MONTPELLIER, OpĂ©ra, le 20 fĂ©vrier 2019. DONIZETTI : Don Pasquale. Taddia, Muzychenko, Greenhalgh
 Spotti / Valentin Schwarz. L’opĂ©ra bouffe parisien de Donizetti, Don Pasquale, tient l’affiche de l’OpĂ©ra de Montpellier dans la production du laurĂ©at du Ring Award 2017, le jeune autrichien Valentin Schwarz et son Ă©quipe artistique. Jeunesse Ă  la baguette Ă©galement avec le chef italien Michele Spotti qui dirige l’orchestre maison avec une fougue impressionnante laquelle s’exprime aussi dans les performances de la distributions des chanteurs-acteurs. Une crĂ©ation riche en surprises !

 

 
 

 

 

Comédie romantique, mais pas trop

 

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Donizetti, grand improvisateur italien Ă  l’Ă©poque romantique, compose Don Pasquale en 1843 pour le ThĂ©Ăątre-Italien de Paris. Un peu moins sincĂšre que son autre comĂ©die : L’Elixir d’amour, l’opus raconte les mĂ©saventures de Don Pasquale. Il a un neveu, Ernesto, qu’il veut marier afin de le faire hĂ©riter, mais ce dernier est hĂ©las amoureux d’une jeune veuve, Norina. Elle se met d’accord avec Malatesta, le mĂ©decin du Don, et simule de se marier avec le vieux riche
 stratagĂšme et tromperie
 qui finissent heureusement, comme d’habitude, par le mariage des jeunes amoureux contre toute attente, et avec l’ombre pesante de l’humiliation acharnĂ©e, mais bien drĂŽle, de Don Pasquale.

 

 

DON PASQUALE opera montpellier critique opera classiquenews

 

 

La distribution incarne les rĂŽles avec une fraĂźcheur et une panache confondantes. Le jeu d’acteur est un focus de la production. La Norina de la soprano Julia Muzychenko (prise de rĂŽle) est une belle dĂ©couverte : elle est dĂ©capante par la force de son gosier. DĂšs son premier air, la jeune diva fait preuve d’une colorature pyrotechnique qui sied bien Ă  l’aspect plutĂŽt physique de ses contraintes scĂ©niques. Elle est piquante, voire mĂ©chante, Ă  souhait. L’Ernesto du tĂ©nor Edoardo Miletti rayonne d’humanitĂ©, bien qu’il soit une sorte de jeune homme autiste dans la transposition de la mise en scĂšne ; au-delĂ  du grotesque « light » thĂ©Ăątral, il brille par la beautĂ© de son instrument. La bellissime sĂ©rĂ©nade du 3e acte « Com’ù gentil la notte a mezzo april ! », l’air rĂ©signĂ© du 2e acte « Cerchero lontana terra » avec trompette mĂ©lancolique obligĂ©e, sont des vĂ©ritables sommets musicaux.

Le rĂŽle-titre est interprĂ©tĂ© par le doyen de la distribution, le baryton italien Bruno Taddia. Il incarne le rĂŽle avec toutes les qualitĂ©s qui sont les siennes, un style irrĂ©prochable, une prĂ©sence et performance physique presque trop pĂ©tillante et tonique, un vĂ©ritable tour de force comique. S’il a l’air un peu perdu dans la production, – car il doit mĂȘme y voler dans les airs, ceci correspond drĂŽlement Ă  la tragĂ©die lĂ©gĂšre du personnage Ăągé : il est seul avec ses dĂ©sirs, son passĂ©, son argent, tout en Ă©tant entourĂ© de gens trĂšs attentionnĂ©s qui veulent lui prendre quelque chose, quelque part
 Le jeune baryton amĂ©ricain Tobias Greenhalgh en trĂšs bonne forme vocale interprĂšte un Malatesta dĂ©licieusement sournois. Son duo schizophrĂšne avec Don Pasquale au 3e acte est un bijou comique difficile Ă  oublier. Remarquons Ă©galement la performance courte mais solide du baryton-basse Xin Wang en notaire.
Moins convaincant, le chƓur de l’opĂ©ra dirigĂ© par NoĂ«lle GĂ©ny paraĂźt quelque peu en retrait, mais la performance satisfait.

  

 

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Cette production est unique pour diffĂ©rentes raisons. En dehors de la mise en scĂšne de Valentin Schwarz, dans son dĂ©cors unique (excellent « cabinet de curiositĂ©s » d’Andrea Cozzi, scĂ©nographe LaurĂ©at du Ring Award 2017), et jouant beaucoup sur des gags thĂ©Ăątraux plus ou moins typiques, nous avons une premiĂšre en France avec l’inclusion de deux chant-signeurs Ă  la production. DĂ©jĂ  accessible aux malvoyants (le dimanche 24 fĂ©vrier), c’est la premiĂšre fois en France qu’on adapte un opĂ©ra en Langue de Signes Française. Ce sont comme deux spectres sur scĂšne qui ne se contentent pas de juste traduire l’intrigue, mais l’adaptent, l’interprĂštent. Ceci ajoute une qualitĂ© supplĂ©mentaire pour le spectacle, qui est globalement bien accueilli par l’auditoire Ă  la premiĂšre.
La musique instrumentale de Donizetti n’égale pas le naturel de sa musique vocale, mais le chef Michele Spotti rĂ©ussit Ă  trouver la dynamique correcte avec l’orchestre pour que les voix soient toujours privilĂ©giĂ©es, pour que les cordes soient frĂ©missantes Ă  commande, et la performance des percussions et des bois est particuliĂšrement engageante. Une rĂ©ussite globale et une excellente initiative Ă  inscrire au mĂ©rite de la Directrice GĂ©nĂ©rale, ValĂ©rie Chevalier. A voir Ă  l’OpĂ©ra-ComĂ©die de Montpellier encore jusqu’au 26 fĂ©vrier 2019. Illustrations : © Marc Ginot 2019

 

 
 

 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. MONTPELLIER, OpĂ©ra, le 20 fĂ©vrier 2019. DONIZETTI : Don Pasquale. Bruno Taddia, Julia Muzychenko, Tobias Greenhalgh
 Orchestre et choeurs de l’opĂ©ra. Michele Spotti, direction. Valentin Schwarz, mise en scĂšne. 

 
 

 

Compte rendu, festivals 2016. Montpellier, festival Radio France. Les 11 et 12 juillet 2016. Karine Deshayes, Bataclan…

Compte rendu, festivals 2016. Montpellier, festival Radio France. Les 11 et 12 juillet 2016. Terre de fantasmes multiples le grand Sud Ă  Montpellier dĂ©ploie sa formidable lyre allusive. Notre correspondant et envoyĂ© spĂ©cial Pedro Octavio Diaz Ă©tait prĂ©sent pour plusieurs Ă©vĂ©nements artistiques mĂ©morables, les 11 et 12 juillet derniers. Compte rendu et bilan de l’édition montpeliĂ©renne du Festival Radio France dĂ©centralisĂ©, hors de la Maison ronde parisienne
 Compte rendu en 3 Ă©tapes, 3 programmes diversement Ă©valuĂ©s
 sous le filtre impertinent, critique de notre rĂ©dacteur globe trotter.

FESTIVAL RADIO-FRANCE MONTPELLIER – OCCITANIE. Du 11 au 26 JUILLET 2016. LES VOI(X)ES DE L’ORIENT. Le Sud est dans l’imaginaire de bien de cultures, synonyme d’un indĂ©nombrable fantasme. A la fois redoutable et Ă©merveillant, le Sud tout comme l’Orient, sont des Ă©pigones de la fascination. Le voyage vers le MĂ©ridion de la France et enivrant. DĂšs que le train file parmi les champs verts d’Ile de France, passant dans le feuillage enchĂąssĂ© des forĂȘts Bourguignonnes ou les collines mordorĂ©es du Lyonnais, on aperçoit dĂ©jĂ  une toute autre lumiĂšre. La coupe du soleil se renverse totalement sur les garrigues quasi-dĂ©sertiques du Vaucluse, et les mĂ©andres turquoises du RhĂŽne, juste avant de tourner vers NĂźmes et arriver au coeur de la ville de pierre blanche et palmiers qu’est Montpellier.

L’histoire a gĂątĂ© Montpellier, des Ă©tudiants de mĂ©decine du Moyen-Âge Ă  la citĂ© ultra-dynamique de l’Ăšre digitale, la ville des Ă©tangs est devenue un centre culturel nĂ©vralgique et musical en particulier. AprĂšs 31 annĂ©es de passion, le Festival Radio France Ă  Montpellier s’engage encore une fois dans la redĂ©couverte et la diffusion des talents prometteurs. Cette Ă©dition, Jean-Pierre Rousseau et son Ă©quipe ont pris les routes de l’Orient pour des voyages surprenants avec des escales dans toutes les nuances du spectre musical.

 

 

 

Ă©tape 1 : LUNDI 11 JUILLET 21h, OPERA BERLIOZ – LE CORUM
LES MILLE ET UNE NUITS

KARINE DESHAYES, mezzo-soprano
Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon
Michael SchÞnwandt, direction
Lambert Wilson – rĂ©citant

MAURICE RAVEL  1875-1937
ShĂ©hĂ©razade –  Asie
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
Shéhérazade, La mer et le vaisseau de Sinbad
Le récit du prince Kalender
CARL NIELSEN 1865-1931
Aladin, Le rĂȘve d’Aladin
Danse de la brume matinale
La FlĂ»te d’Aladin
MAURICE RAVEL  1875-1937
Shéhérazade, La flûte enchantée
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
Shéhérazade, Le jeune prince et la jeune princesse
CARL NIELSEN  1865-1931
Aladin, La place du marché à Ispahan
MAURICE RAVEL  1875-1937
ShĂ©hĂ©razade, L’IndiffĂ©rent
NIKOLAÏ RIMSKI-KORSAKOV  1844-1908
ShĂ©hĂ©razade, FĂȘte Ă  Bagdad – La mer – Le Vaisseau se brise sur un rocher

 

 

L’Ouverture du livre d’images

Comme dans une estampe, les couleurs d’Ă©tĂ© envahissent les places et esplanades de Montpellier. Parmi les feuilles et les fontaines, la fraĂźcheur se faufile doucement. On se plairait Ă  ressentir la brise de la toute proche MĂ©diterrannĂ©e et qui gonfla jadis les voiles des navires qui partaient pour cet Orient aux cieux parfumĂ©s d’encens et Ă©toilĂ©s tels des voiles de soie.

Ce soir, les pages de la merveille littéraire des Mille et Une Nuits allait prendre place pour introduire le 31Úme Festival. Un incipit qui incite à redécouvrir les contes enchanteurs de la belle Shéhérazade et les aventures inachevées de ses personnages.

La musique a souvent fait appel Ă  ces fables persanes pour s’essayer Ă  l’Ă©vocation de l’Orient. Tant par la force de la parole, comme Ravel et les poĂ©sies de Klingsor et les rĂȘveries enivrantes de Rimski-Korsakov, la sensualitĂ© des Mille et Une Nuits en musique portent le trĂ©sor de l’exotisme et de la beautĂ©. Ajoutant tant du mĂ©rite que de la magie Ă  ce programme, la redĂ©couverte en France des pages de l’Aladdin de Carl Nielsen sont une surprise de taille. Le gĂ©nie Danois ne pouvait pas ĂȘtre Ă©cartĂ© d’une si belle Ă©vocation.

En effet, ce programme est composĂ© avec adresse, nous offrant Ă  la fois des piĂšces et musiques qui nous sont familiĂšres, mais aussi une dĂ©couverte qui, sans doute, passionnera les mĂ©lomanes pour Nielsen, un des grands compositeurs Danois. Pour certains, il est connu par son opĂ©ra Maskerade ou ses symphonies. Cependant son Aladdin prouve ĂȘtre un rĂ©el chef d’oeuvre de la musique narrative et allĂ©gorique. Nous recommandons notamment au lecteur le mouvement “La place du marchĂ© Ă  Ispahan”, avec ses quatre orchestres spatialisĂ©s, on se croirait au coeur des souks et des ruelles d’une mĂ©dina.

Karine Deshayes, cantatesPour ce concert, le voile s’est ouvert avec Karine Deshayes, au timbre riche de nuances et des contrastes essentiels Ă  Ravel. MalgrĂ© un manque de prosodie manifeste, nous sommes embarquĂ©s dans les rĂ©cits enivrants de ShĂ©hĂ©razade et des volutes de la musique de Maurice Ravel. Soliste Ă  son tour aussi, Lambert Wilson nous offre une voie ponctuĂ©e de poĂ©sie. Avec une dĂ©clamation enchanteresse et limpide, il dĂ©peint avec finesse une introduction allusive Ă  ce rĂȘve. Ses interventions nous rappellent Ă  la genĂšse littĂ©raire de ces nuits oĂč l’on survit par la passion du rĂ©cit et la soif de l’aventure.

Saluons vivement l’Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon et bien Ă©videmment ses chefs de pupitre. On y dĂ©couvre des phalanges aux mille et une couleurs. Dans Rimski-Korsakov et Nielsen il est Ă©vident que nous sommes face Ă  un orchestre manifestement au sommet. Le parcours de l’ONMLR, chaotique Ă  cause de la crise rĂ©cente, a survĂ©cu tel le phĂ©nix aux promesses des rĂ©cifs. Tel le navire de Sinbad il franchit les mers et nous mĂšne vers une multitude de dĂ©couvertes que nous souhaitons partager encore et encore. Nous remarquons notamment la sublime prestation de Dorota Anderszewska, premier violon super soliste de l’Orchestre, elle incarne la voix de ShĂ©hĂ©razade avec clartĂ© et sensualitĂ©. GrĂące Ă  ces formidables musiciens on a plaisir Ă  parcourir les belles pages de ce livre d’images que le programme nous propose. EspĂ©rons retrouver bientĂŽt cet orchestre au pinacle dans les plus grandes pages du rĂ©pertoire et aussi dans des redĂ©couvertes.

A sa tĂȘte, le chef Danois Michael SchĂžnwandt fait un travail fascinant d’orfĂšvre, notamment chez Nielsen. On y retrouve des sonoritĂ©s inattendues, et dans les pages de Rimski-Korsakov, il nous dĂ©voile des surprises bien cachĂ©es avec des tempi enthousiasmants.  A la fin, nous avons la joie de redĂ©couvrir en Bis, la “Grande Marche Orientale” de l’Aladdin de Nielsen, un salut musical qui promet des nouvelles surprises pour la suite du festival. En rentrant, au loin, perce d’une façade la lueur d’un abat-jour, serais-ce une moderne ShĂ©hĂ©razade qui se plaĂźt Ă  la rĂȘverie ou Ă  l’Ă©vocation?

 

 

 

Ă©tape 2 : MARDI 12 JUILLET 2016 – 18h, SALLE PASTEUR – LE CORUM

Jacques Offenbach
BA-TA-CLAN

FĂ©-an-nich-ton – StĂ©phanie Varnerin – soprano
FĂ©-ni-han – RĂ©my Mathieu – tĂ©nor
KĂ©-ki-ka-ko – Enguerrand de Hys – tĂ©nor
Ko-ko-ri-ko – Jean-Gabriel Saint-Martin – baryton

AgnĂšs PagĂšs-Boisset – piano
Jean-Christophe Keck – direction

 

 

Le voyage se poursuit, aprĂšs avoir passĂ© par les encens de Bagdad, place Ă  la chinoiserie rĂȘvĂ©e des Boulevards parisiens.

KECK jean christophe keck operas offenbach les contes d hoffmann opera classiquenews 3_Offenbach_enchanteur_Jean-Christophe_KeckOn se plairait Ă  parler des concordances onomastiques sur le titre de l’oeuvre redĂ©couvertes ce 12 juillet Ă  Montpellier, mais que l’on nous excuse de passer sous silence toute corrĂ©lation. Ce n’est pas par les effusions que l’on rend hommage aux trĂ©passĂ©s, mais par le silence du recueillement.  Saluons l’enthousiasme et la vitalitĂ© du Festival Radio-France de Montpellier qui retrouve pour son public les trĂ©sors du passĂ© et les rend Ă  des nouvelles lumiĂšres. Aussi nous aimons Ă  voir jaillir, grĂące Ă  la vision du Festival, des nouveaux talents.

Pour les retrouvailles de Ba-ta-clan, c’est une belle Ă©quipe qui s’offre Ă  nous, afin de donner une nouvelle vie Ă  ce petit opĂ©ra comique d’Offenbach, son premier grand succĂšs. Ba-ta-clan a tout de la fantastique imagination du gĂ©nie comique du Second Empire. La musique est pĂ©tillante et le crescendo de l’intrigue nous mĂšne tout droit vers un des dĂ©nouements les plus comiques de sa production. En effet, tous “les chinois” de cette partition s’avĂšrent ĂȘtre des Français dĂ©guisĂ©s.  De quoi alimenter la satyre politico-sociale pour une Ă©poque qui savait bien l’autodĂ©rision.

Finalement, comme dans l’intrigue, tous les chanteurs “chinois” sont bel et bien Français. Et c’est la fine fleur du chant Français qui nous offre une interprĂ©tation dĂ©sopilante et sensible au style. Incarnant le seul rĂŽle fĂ©minin, StĂ©phanie Varnerin nous rĂ©jouit par une voix claire, gĂ©nĂ©reuse, agile. Tout autant, le tĂ©nor Enguerrand de Hys, campe un KĂ©-ki-ka-ko, dĂ©sopilant de la premiĂšre Ă  la derniĂšre note. Ce jeune tĂ©nor, rĂ©vĂ©lation de l’ADAMI, se rĂ©vĂšle ĂȘtre un acteur complet et; il nous ravit lors du Ba-ta-clan final par une allĂ©gorie de trompette trĂšs rĂ©ussie. De mĂȘme son interprĂ©tation ne dĂ©mĂ©rite pas dans la richesse de son timbre qui est tour Ă  tour cristallin et veloutĂ©, un bel Ă©quilibre. Avec un accent de Brive-la-Gaillarde voulu par son personnage, le tĂ©nor RĂ©my Mathieu nous propose un FĂ©-ni-han aux couleurs multiples qui ajoutent une magie spĂ©ciale Ă  son personnage de souverain incompĂ©tent. Portant sur son visage le masque du terrible gĂ©nĂ©ral Ko-ko-ri-ko, Jean-Gabriel Saint-Martin est parfait et notamment dans le duo franco-italien avec FĂ©-ni-han. Le talent incontestable de cette joyeuse troupe nous fait constater encore une fois, que le chant Français a une relĂšve certaine et qui nous ouvre des voies nouvelles dans l’interprĂ©tation. Avec un Ă©gal talent, nous sommes admiratifs par la formidable prestation de Anne PagĂšs-Boisset,qui interprĂšte au piano la partition d’orchestre d’Offenbach sans perdre ni l’Ă©nergie, ni le rythme ni l’esprit.

A la tĂȘte de cette joyeuse troupe, le grand passionnĂ© d’Offenbach Jean-Christophe Keck nous propose un Ba-ta-clan rafraĂźchi, incandescent, empli de joyaux inoubliables qui demeurent dans la tĂȘte bien aprĂšs la fin de l’opĂ©ra comique.

Dans l’attente de la reconnaissance d’Offenbach comme l’un des grands gĂ©nies lyriques de la musique Française, continuons Ă  le redĂ©couvrir avec Jean-Christophe Keck. ambassadeur engagĂ©s, passionnant.

 

 

 

Ă©tape 3 : MARDI 12 JUILLET 2016 – 20h30
LA SYMPHONIE FANTASTIQUE 

MAURICE RAVEL 1875-1937
Concerto pour piano en sol Majeur 

HECTOR BERLIOZ 1803-1869
Symphonie fantastique opus 14
Épisode de la vie d’un artiste en cinq parties
RĂȘveries – Passions
Un Bal
ScĂšne aux champs
Marche au supplice
Songe d’une nuit de sabbat

Lucas Debargue, piano
Orchestre National du Capitole de Toulouse
Tugan Sokhiev direction, remplacé par Andris Poga

 

 

Les détours 

Un festival est l’occasion de rencontres et de dĂ©couvertes. La thĂ©matique d’un festival est aussi ce que serait une boussole pour l’explorateur dans une jungle infranchissable. Le Festival Radio-France de Montpellier s’est toujours dĂ©marquĂ© par le respect de sa thĂ©matique et de ses dĂ©clinaisons en propositions Ă  l’imagination passionnante. C’est pourquoi l’on s’Ă©tonne du programme du concert du soir du 12 juillet. S’il est vrai que faire une entorse au parcours thĂ©matique est souvent nĂ©cessaire pour faire une respiration dans la suite des programmes, un tel dĂ©tour Ă©tait-il pertinent?

Dans la nouvelle configuration rĂ©gionale, Toulouse et Montpellier sont les deux piliers et aussi les deux rivales culturelles du grand sud-ouest de la France. Le Capitole et l’OpĂ©ra ComĂ©die se font face mais sont tout aussi riches par les moyens et la programmation. Convier au grand Festival de Montpellier l’Orchestre du Capitole scelle la volontĂ© d’intĂ©gration culturelle de la nouvelle Occitanie.berlioz-hector-dessin-michael-leonard-1980De mĂȘme, ce concert offre l’occasion Ă  Montpellier d’accueillir la premiĂšre interprĂ©tation du Concerto en sol de Ravel au jeune Lucas Debargue. Ce pianiste a suscitĂ© une vĂ©ritable passion auprĂšs des mĂ©lomanes depuis son triomphe au concours Tchaikovsky. Depuis, on constate que son agenda doit se remplir avec un ressac incessant de sollicitations. Il est vrai que son Concerto en sol a Ă©tĂ© techniquement irrĂ©prochable. En admettant que la musique est un art plus qu’une exactitude scientifique, alors la muse Erato devait vaquer ailleurs. MalgrĂ© des gestes Ă  l’enthousiasme Ă©tudiĂ© qui ont davantage polluĂ© l’interprĂ©tation qu’ajoutĂ© un rĂ©el raffinement, nous remarquons que Monsieur Debargue semble plutĂŽt vouloir gesticuler comme une “cĂ©lĂ©britĂ©” du piano que partager une Ă©motion. Tel est, hĂ©las, souvent le lot de la perfection technique, la beautĂ© froide, l’univers impĂ©nĂ©trable mais un dĂ©faut de partage, de gĂ©nĂ©rosité . osons dire : de simplicitĂ© musicale ?

AprĂšs les applaudissements, “pour les fauteuils au fond de la salle”, M. Debargue nous propose un Menuet sur le nom d’Haydn en “bis”. Cette sublime piĂšce de Ravel devient ainsi une sorte de prĂ©texte aux ovations.

En deuxiĂšme partie, l’Orchestre du Capitole nous propose une Symphonie Fantastique aux accents de dĂ©jĂ  vu. Le rĂ©chauffĂ©, heureusement comporte des saveurs intĂ©ressantes grĂące Ă  la direction incandescente et prĂ©cise d’Andris Poga. Finalement, l’indisposition du maestro Sokhiev, nous fait dĂ©couvrir un chef Ă  l’esprit narratif perçant et aux multiples facettes de coloriste. Que ce soit dans Ravel ou dans Berlioz, Andris Poga se fond dans la musique et offre au Capitole une belle occasion de nous surprendre.

Ce dĂ©tour des routes de l’Orient semble un peu surprenant et finalement dĂ©cevant. MalgrĂ© tout, nous poursuivons la route des Orientales promesses en quittant Toulouse et ses briques roses sans regret.

31Ăšme fĂȘte de Radio France dans cette citĂ© de pierre blanche et de soleil, la leçon de l’Orient nous rĂ©jouit. On se plait Ă  ouvrir mentalement le coffret de santal des musiques inconnues murmurĂ©es par les sables et les dunes. Ou bien en imaginant des fables sous les arpĂšges des musiques insoupçonnĂ©es.
Et le train qui prend le cap vers les plaines de l’Île de France traverse encore et toujours un pays qui a toujours rĂȘvĂ© des contrĂ©es oĂč le soleil ne se couche pas.

 

 

 

Montpellier. Ba-ta-clan d’Offenbach, hommage aux victimes du terrorisme

offenbachMontpellier, mardi 12 juillet 2016. Offenbach: Ba-ta-clan. La culture et l’opĂ©ra engagĂ©s, tels qu’on les aime. PassionnĂ©ment. BA-TA-CLAN, ou trois syllabes, rempart contre la barbarie, ou manifeste pour le vivre ensemble rĂ©sistant, rĂ©solument, viscĂ©ralement pacifiste, fraternel et humaniste. Un nouveau triptyque qui inscrit la musique et l’opĂ©ra, le chant et le travail collectif du spectacle tel l’appel Ă  vaincre le terrorisme
 BA-TA-CLAN ou libertĂ©, Ă©galitĂ©, fraternitĂ© : mĂȘme combat. Jamais Offenbach n’aurait imaginĂ© pareil destin pour son Ɠuvre dont la conjonction du titre avec la rĂ©cente actualitĂ©, fait aujourd’hui la brĂ»lante expressivitĂ©. Le festival de Montpellier ose cet Ă©tĂ© un hommage musical pourtant juste : « Ba-ta-clan, en hommage Ă  toutes les victimes du terrorisme ». Car il ne faut pas oublier ce qui a Ă©tĂ© commis. Car il faut absolument s’élever contre toute atteinte Ă  notre dĂ©mocratie et faire de notre culture, une action concrĂšte de rĂ©sistance. VoilĂ  pourquoi classiquenews souligne la pertinence de cette production au sein de l’agenda plutĂŽt copieux de l’étĂ© 2016.

Offenbach: Ba-ta-clan
Montpellier, mardi 12 juillet 2016, 18h
Le Corum, salle Pasteur

Entrée libre dans la liste des places disponibles
Diffusion en directe sur France Musique
Billetterie, réservations recommandées :
AU +33 (0) 4 67 02 02 01
Du lundi au vendredi de 10h Ă  12h et de 14h Ă  18h.

Synopsis. L’action se dĂ©roule dans une chine des plus fantaisistes – Pays de ChĂ©-i-no-or – dans les jardins du palais de l’Empereur FĂ©-ni-han dit ” Roi en son palais ” . Ko-ko-ri-ko, chef de la garde conspire contre l’Empereur. Offenbach imagine d’emblĂ©e une scĂšne d’ouverture oĂč le chinois de mise s’élĂšve tel un galimatias incomprĂ©hensible, source d’onomatopĂ©es redoutables pour les chanteurs


La princesse FĂ©-an-nich-ton, lectrice de romans français, est visitĂ©e par le mandarin KĂ©-ki–ka-ko, tous deux s’aperçoivent qu’ils sont français : KĂ©-ki-ka-ko est en rĂ©alitĂ© le Vicomte Alfred de CĂ©risy qui fit un jour naufrage sur les cĂŽtes chinoises et FĂ©-an-nich-ton est une chanteuse lĂ©gĂšre c’est Ă  dire Virginie Durand capturĂ©e par les soldats de FĂ©-ni-han lors d’une tournĂ©e en ExtrĂȘme-Orient. Ils Ă©voquent avec nostalgie la vie parisienne Ă  jamais perdue


L’Empereur FĂ©-ni-han chasse les conspirateurs ; il est lui aussi en proie au spleen car il partage le sort de la princesse et du mandarin : lui aussi est français, natif de Brive-la-Gaillarde 
 il s’appelle en rĂ©alitĂ© Anastase Nourrisson et dĂ©cide lui aussi de rejoindre la France et Paris.

Les fuyards FĂ©-an-nich-ton et KĂ©-ki-ka-ko sont arrĂȘtĂ©s par Ko-ko-ri-ko qui exige en italien Ă  l’Empereur leur exĂ©cution. Mais Virginie et Alfred chantant La Ronde de Florette, FĂ©-ni-han s’en Ă©meut et reconnaissant des compatriotes, enjoint pour les sauver Ă  Alfred de prendre sa place comme Empereur afin de lui permettre de rejoindre Paris illico.
Mais KĂ©-ki-ka-ko / Alfred, refuse et chante le Ba-ta-clan, l’Hymne des conjurĂ©s. MĂȘme l’Empereur entonne le chant qui est Ă©crit contre lui. Sur ces entrefaits, on apprend que Ko-ko-ri-ko est lui aussi d’origine française : nĂ© rue Mouffetard, maison de la blanchisseuse ; il est prĂȘts Ă  les aider dans leur fuite pourvu qu’il puisse ” fĂ©-ni-hantiser ” Ă  la place de I’ Empereur.

BientĂŽt des escales / relais, de PĂ©kin Ă  Pantin sont organisĂ©s ; dans leur bonheur, les fuyards chantent une derniĂšre fois le motif du Ba-ta-clan : hymne fraternel pour la libertĂ© et l’émancipation; marquant le retour Ă  la vraie vie.

Le chant du Ba-ta-clan, hymne à la liberté et à la révolte

Sous couvert de comĂ©die fantaisiste, Ba-ta-clan Ă©gratigne le pouvoir et la sociĂ©tĂ© française, en 1855, soit 3 ans aprĂšs le coup d’Etat qui a instituĂ© l’Empire aprĂšs la RĂ©publique. Virage dĂ©mocratique des plus brutal qu’Offenbach n’oublie pas de dĂ©noncer avec une subtilitĂ© musicale et poĂ©tique que Ba-ta-clan illustre avec dĂ©lire et aplomb dramatique. L’Empereur FĂ©-ni–han (« faineant ou fait hi-han ? ») cible la figure emblĂ©matique de ce Second Empire fantĂŽche, le Prince Louis NapolĂ©on. Pour se faire Ă©lire PrĂ©sident de la RĂ©publique française, Louis NapolĂ©on sut paraĂźtre masquĂ© sous le masque du parfait benĂȘt, neutre et sans relief. Comme le prĂ©cise le texte de prĂ©sentation de cette production Ă  Montpellier : « Victor Hugo, lui-mĂȘme ne cachait pas ses prĂ©fĂ©rences pour ” un fainĂ©ant, un automate qui soit leur crĂ©ature ».

Dans leur livret Offenbach et Halevy dilue davantage leurs pics satiriques en rĂ©servant au personnage du jeune coq français, Ko-ko-ri-ko ce chant italiano-chinois, mixte propre Ă  dĂ©router lĂ  encore les esprits affĂ»tĂ©s et critiques. Cour nonchalante et molle (aboutissant au dĂ©sastre de 1870), la Cour de NapolĂ©on III, FĂ©-ni-han, Ă©pingle un Second Empire oublieux, et nĂ©gligent : en particulier Ă  l’endroit du demi-frĂšre de Louis NapolĂ©on, le Duc de Morny, ainsi que pour ceux qui l’aidĂšrent Ă  rendre possible le Coup d’Etat de 1852.

Irresponsables et plutÎt individualistes, les personnages de Ké-ki-ka-ko et Fé-an-nich-ton incarnent deux parisiens du boulevard qui se détachent des contingence de politique générale pour mieux réussir leur propre fuite.
C’est pourtant le chant de la rĂ©volte qui est aussi appel Ă  la libertĂ©, le Ba-ta-clan qui les rĂ©unit tous, y compris l’empereur, prĂȘt Ă  entonner l’hymne qui lui est directement hostile. C’est peut-ĂȘtre cette absence de conscience et de responsabilitĂ© qu’Offenbach et HalĂ©vy dĂ©noncent en profondeur.
Une responsabilité et une conscience démocratique qui font défaut aussi en ce début du XXIÚme siÚcle.
Ba-ta-clan est une farce chinoise aux enjeux politiques plus affĂ»tĂ©s qu’il n’y paraĂźt. Production lyrique Ă©vĂ©nement Ă  Montpellier.

Festival de Radio France et Montpellier 2016

JACQUES OFFENBACH (1819-1880)
Ba-Ta-Clan
Chinoiserie musicale en 1 acte (1855)

Livret de Ludovic Halévy
Version de concert
Édition critique de Jean-Christophe Keck

Stéphanie Varnerin, soprano,  Fé-an-nich-ton
Rémy Mathieu, ténor,  Fé-ni-han
Enguerrand de Hys, ténor,  Ké-ki-ka-ko
Jean-Gabriel Saint-Martin, baryton,  Ko-ko-ri-ko

Anne PagĂšs-Boisset, piano
Jean-Christophe Keck, direction
En hommage Ă  toutes les victimes du terrorisme

Dans le cadre de la journĂ©e “À pleines voix”

GeneviĂšve de Brabant Ă  Montpellier

genevieve_brabant_750Montpellier, OpĂ©ra Berlioz. Offenbach : GeneviĂšve de Brabant. Les 16, 18, 20 mars 2016. ValĂ©rie Chevalier (directrice gĂ©nĂ©rale) et le chef principal Michael Schonwandt, choisissent une raretĂ© d’Offenbach, non Elizabeth de Brabant (comme dans Lohengrin de Wagner, 1845) mais “GeneviĂšve”, protagoniste ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e de la prochaine nouvelle production lyrique Ă  l’OpĂ©ra de Montpellier. L’opĂ©ra bouffe sur un livret de CrĂ©mieux et TrĂ©feu est crĂ©Ă© aux Bouffes-Parisiens en 1859 et donnĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Berlioz dans la version rĂ©visĂ©e critique de Jean-Christophe Keck (2015) lequel s’appuie essentiellement sur la version tardive de 1867.  Victimes de leur genĂšse difficiles voire rocambolesques, ou avortĂ©es (Les Contes d’Hoffmann), les ouvrages d’Offenbach peinent Ă  retrouver la cohĂ©rence originelle souhaitĂ©e par l’auteur. EspĂšrons que la version Keck 2015, saura prĂ©senter l’unitĂ© dramatique d’une piĂšce comique Ă  rĂ©estimer. En plein Second Empire, Offenbach s’empare du personnage de GeneviĂšve de Brabant, “alter ego” de Jeanne d’Arc. Jamais content de ses Ă©crits ou toujours prĂȘt Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer l’opĂ©ra en fusionnant les genres, Offenbach rĂȘvait surtout d’une lĂ©gende mĂ©diĂ©vale d’essence fĂ©erique.

Qui est cette GeneviÚve méconnue ? Quelles facettes du personnage, Offenbach a t il souhaité nous dévoiler ? Le chef Claude Schnitzler et le metteur en scÚne Carlos Wagner se retrouvent ici (aprÚs entre autres une Carmen trÚs convaincante, présentée à Metz et à Nancy). Justesse, sobriété, vraissemblance émotionnelle seront-elles au rendez vous de cette nouvelle production, événement lyrique à Montpellier en mars 2016 ?

boutonreservationGeneviĂšve de Brabant d’Offenbach (version 1867) Ă  Montpellier
Montpellier, Opéra Berlioz / Le Corum
Les mercredi 16, vendredi 18 (Ă  20h) et dimanche 20 mars 2016 (Ă  15h)
Nouvelle production
Avec Jodie Devos, GeneviĂšve

Carlos Wagner, mise en scĂšne
Claude Schnitzler, direction

Conférence de Jean-Christophe Keck,
mardi 15 mars 2016, 18h30, Salle MoliĂšre
Enjeux et défis de la nouvelle production dans sa version critique
Entrée gratuite

 

GeneviĂšve de Brabant Ă  Montpellier

genevieve_brabant_750Montpellier, OpĂ©ra Berlioz. Offenbach : GeneviĂšve de Brabant. Les 16, 18, 20 mars 2016. ValĂ©rie Chevalier (directrice gĂ©nĂ©rale) et le chef principal Michael Schonwandt, choisissent une raretĂ© d’Offenbach, non Elizabeth de Brabant (comme dans Lohengrin de Wagner, 1845) mais “GeneviĂšve”, protagoniste ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e de la prochaine nouvelle production lyrique Ă  l’OpĂ©ra de Montpellier. L’opĂ©ra bouffe sur un livret de CrĂ©mieux et TrĂ©feu est crĂ©Ă© aux Bouffes-Parisiens en 1859 et donnĂ©e Ă  l’OpĂ©ra Berlioz dans la version rĂ©visĂ©e critique de Jean-Christophe Keck (2015) lequel s’appuie essentiellement sur la version tardive de 1867.  Victimes de leur genĂšse difficiles voire rocambolesques, ou avortĂ©es (Les Contes d’Hoffmann), les ouvrages d’Offenbach peinent Ă  retrouver la cohĂ©rence originelle souhaitĂ©e par l’auteur. EspĂšrons que la version Keck 2015, saura prĂ©senter l’unitĂ© dramatique d’une piĂšce comique Ă  rĂ©estimer. En plein Second Empire, Offenbach s’empare du personnage de GeneviĂšve de Brabant, “alter ego” de Jeanne d’Arc. Jamais content de ses Ă©crits ou toujours prĂȘt Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer l’opĂ©ra en fusionnant les genres, Offenbach rĂȘvait surtout d’une lĂ©gende mĂ©diĂ©vale d’essence fĂ©erique.

Qui est cette GeneviÚve méconnue ? Quelles facettes du personnage, Offenbach a t il souhaité nous dévoiler ? Le chef Claude Schnitzler et le metteur en scÚne Carlos Wagner se retrouvent ici (aprÚs entre autres une Carmen trÚs convaincante, présentée à Metz et à Nancy). Justesse, sobriété, vraissemblance émotionnelle seront-elles au rendez vous de cette nouvelle production, événement lyrique à Montpellier en mars 2016 ?

boutonreservationGeneviĂšve de Brabant d’Offenbach (version 1867) Ă  Montpellier
Montpellier, Opéra Berlioz / Le Corum
Les mercredi 16, vendredi 18 (Ă  20h) et dimanche 20 mars 2016 (Ă  15h)
Nouvelle production
Avec Jodie Devos, GeneviĂšve

Carlos Wagner, mise en scĂšne
Claude Schnitzler, direction

Conférence de Jean-Christophe Keck,
mardi 15 mars 2016, 18h30, Salle MoliĂšre
Enjeux et défis de la nouvelle production dans sa version critique
Entrée gratuite

 

Compte-rendu, opĂ©ra. Montpellier, OpĂ©ra Berlioz, le 7 fĂ©vrier 2016. Puccini : Turandot. Katrin Kapplusch, Rudy Park…

AprĂšs Nancy voilĂ  un peu plus de deux ans, cette superbe production de l’ultime chef-d’Ɠuvre de Puccini fait halte Ă  Montpellier, comme apportĂ©e par ValĂ©rie Chevalier dans ses bagages. On retrouve ainsi avec bonheur la mise en scĂšne de Yannis Kokkos, qui sert l’Ɠuvre par son dĂ©pouillement et son esthĂ©tisme. Le rouge et le noir qui colorent tous les tableaux font toujours aussi durement sentir le poids de la fatalitĂ© et du destin façonnĂ©s par la terrible princesse ; et on demeure toujours aussi attendris par la scĂšne ouvrant le deuxiĂšme acte, oĂč les trois Ministres, enivrĂ©s par les vapeurs de l’opium, Ă©voquent  chacun la maison oĂč les porte leur fantaisie. Sans parler du silence absolu dans lequel le Prince inconnu dĂ©pose ses lĂšvres sur celles de la Princesse de glace, signant ainsi la fin de sa tyrannie et la naissance de leur amour.

Initialement crĂ©Ă©e Ă  Nancy, cette Turandot oĂč chaque personnage affirme sa propre intĂ©rioritĂ©, convainc Ă  Montpellier…

La démesure faite voix

turandot katrin kapplusch montpellier opera critique review classiquenewsLa distribution, quasiment identique Ă  celle de Nancy, appelle toujours les mĂȘmes Ă©loges, jusqu’aux plus petits rĂŽles. Au Mandarin et Jeune Prince de Perse trĂšs bien chantant et percutant de Florian Cafiero rĂ©pond l’Empereur Altoum Ă©mouvant et en belle forme vocale d’Eric Huchet, magnifiant un personnage souvent sacrifiĂ© sous le poids de l’ñge. Aussi virevoltants qu’ambigus et Ă©tranges, les trois Ministres incarnĂ©s par Chan Hang Lim, LoĂŻc FĂ©lix et Avi Klemberg raflent la mise grĂące Ă  la complĂ©mentaritĂ© de leurs voix, parfaitement appariĂ©es, et la prĂ©cision avec laquelle ils exĂ©cutent la direction d’acteurs qui leur est dĂ©volue, vĂ©ritable chorĂ©graphie tricĂ©phale. Le Timur de Gianluca Burratto fait grande impression par son instrument ample et riche, Ă  l’autoritĂ© percutante, rappelant comme rarement le souverain que fut le vieil aveugle. Il est accompagnĂ© par la dĂ©licieuse LiĂč de la jeune soprano italienne Mariangela Sicilia, saluĂ©e Ă  l’issue du spectacle par une ovation si soudaine que la chanteuse en fut Ă©mue aux larmes. Si le timbre n’est pas d’une exceptionnelle beautĂ©, la technicienne et surtout la musicienne savent illuminer la ligne de chant d’une façon simple et Ă©mouvante, que rehaussent de superbes pianissimi dans l’aigu, pour culminer dans une mort poignante. Endossant Ă  nouveau le terrible rĂŽle-titre, Katrin Kapplusch paraĂźt moins Ă  l’aise dans son entrĂ©e. Est-ce l’effectif orchestral, paraissant plus important ici qu’à Nancy, ou la fosse d’orchestre du Corum, plus vaste et plus ouverte que celle du thĂ©Ăątre de la place Stanislas ?  Toujours est-il que la chanteuse semble devoir lutter contre le torrent instrumental qui gronde sous ses pas, et ainsi pousser sa voix, notamment dans les extrĂȘmes aigus, moins souples qu’avant. La soprano allemande excelle nĂ©anmoins comme peu d’autres Ă  dĂ©voiler les failles du personnage, moins fĂ©roce crĂ©ature que femme dĂ©vorĂ©e par la peur. Une incarnation qui fait merveille dans le troisiĂšme acte, oĂč se mettent Ă  nu les sentiments contradictoires qui agitent la princesse, jusqu’à son Ă©veil Ă  l’amour, une humanisation rendue possible grĂące Ă  de magnifiques nuances, et qui lui permettent d’achever l’Ɠuvre dans une grande Ă©motion.
Face Ă  elle se dresse une fois encore, aussi conquĂ©rant qu’inexorable, le Calaf d’airain de Rudy Park. Avouons notre admiration sans cesse renouvelĂ©e face Ă  ce chant d’une soliditĂ© Ă  toute Ă©preuve, vĂ©ritablement herculĂ©en, Ă  l’image de sa stature de gĂ©ant. Si en cet aprĂšs-midi, les notes situĂ©es dans le haut mĂ©dium apparaissent un rien alourdies et raccourcies – une tentation souvent grande pour les instruments aussi larges, Ă  surveiller de prĂšs afin de conserver dans la durĂ©e des moyens aussi phĂ©nomĂ©naux –, l’aigu Ă©clate admirablement, depuis des appels telluriques au premier acte, jusqu’à un « Nessun Dorma » renversant d’hĂ©roĂŻsme, n’excluant pourtant aucune nuance, couronnĂ© par un si naturel parmi les plus exceptionnels qu’il nous ait Ă©tĂ© donnĂ© d’entendre. Le public ne s’y trompe pas et Ă©clate de joie avant mĂȘme la fin de l’air,
 pour se lever comme un seul homme au moment des saluts lorsque le tĂ©nor corĂ©en vient recueillir sa part d’applaudissements.

On ne manquera pas de fĂ©liciter les chƓurs, celui de Nancy Ă©tant venu prĂȘter main-forte Ă  celui de Montpellier, magnifique prĂ©parĂ©s et gĂ©nĂ©reusement sonores. A la tĂȘte des forces montpelliĂ©raines, Michael SchĂžnwandt, nouveau directeur principal de l’orchestre depuis septembre 2015, dirige cet aprĂšs-midi son premier opĂ©ra in loco. Un vĂ©ritable coup de maĂźtre, tant les musiciens paraissent heureux de jouer sous sa direction. La pĂąte sonore se dĂ©ploie lentement, superbe d’unitĂ© et pourtant parfaitement dĂ©finie pour chacun des pupitres, et c’est un vrai rĂ©gal de se laisser emporter par les lames de fond montant de la fosse, faisant littĂ©ralement vibrer le plancher, des vagues savamment conduites et qui achĂšvent de soulever la salle toute entiĂšre. Un public en liesse, debout, heureux d’avoir pu goĂ»ter Ă  l’art lyrique dans toute sa dĂ©mesure, et ainsi perdre la tĂȘte. Et nous avec.

Montpellier. OpĂ©ra Berlioz-Le Corum, 7 fĂ©vrier 2016. Giacomo Puccini : Turandot. Livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni. Avec Turandot : Katrin Kapplusch ; Calaf : Rudy Park ; LiĂč : Mariangela Sicilia ; Timur : Gianluca Burratto ; Ping : Chan Hang Lim ; Pang : LoĂŻc FĂ©lix ; Pong : Avi Klemberg ; Altoum : Eric Huchet ; Un Mandarin, le Jeune Prince de Perse : Florian Cafiero. ChƓur d’OpĂ©ra Junior – Petit OpĂ©ra ; Chef  de chƓur : Caroline Comola. ChƓurs de l’OpĂ©ra National Montpellier Languedoc-Roussillon et de l’OpĂ©ra National de Lorraine ; Chefs de chƓur : NoĂ«lle GĂ©ny et Merion Powell. Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon. Michael SchĂžnwandt, direction musicale. Mise en scĂšne, dĂ©cors et costumes : Yannis Kokkos ; LumiĂšres : Patrice Trottier ; Dramaturgie : Anne Blancard ; ChorĂ©graphie : Natalie Van Parys

Montpellier. Opéra Comédie, le 18 octobre 2015. Jules Massenet : Chérubin. Marie-Adeline Henry, Cigdem Soyarslan, Norma Nahoun, Igor Gnidii. Jean-Marie Zeitouni, direction musicale. Juliette Deschamps, mise en scÚne

Massenet jules cherubin Jules_Massenet_portraitPour inaugurer la premiĂšre vĂ©ritable saison de son mandat Ă  la tĂȘte de l’OpĂ©ra National de Montpellier, ValĂ©rie Chevalier a fait le pari de la raretĂ©, avec un petit bijou trop peu reprĂ©sentĂ© dans le paysage lyrique : ChĂ©rubin de Jules Massenet. CrĂ©Ă© en 1905 Ă  Monte-Carlo, l’ouvrage demeure l’un des plus amoureusement caressĂ©s par le compositeur, et on se laisse vite enivrer par ses harmonies chatoyantes et la douce langueur de ses mĂ©lodies. On retrouve le personnage qu’on a tant chĂ©ri chez Mozart, avec quelques annĂ©es de plus mais toujours aussi pleinement passionnĂ© par le beau sexe, amoureux de l’amour Ă  en perdre l’esprit. Un portrait qui demande Ă  la fois timiditĂ©, pudeur, et pourtant Ă©rotisme et sensualitĂ©. Ce qui manque en somme Ă  la mise en scĂšne imaginĂ©e par Juliette Deschamps.

Tendresse de ChĂ©rubin, oĂč es-tu?

Si dans le programme de salle, la scĂ©nographe paraĂźt avoir saisi l’essence mĂȘme de l’Ɠuvre, ce doux parfum semble s’ĂȘtre Ă©vaporĂ© une fois portĂ© Ă  la scĂšne. Trop de gĂ©omĂ©trie, trop d’angles et d’arĂȘtes, trop de brutalitĂ© pour une musique rĂ©clamant rondeurs et caresses. La transposition dans la Californie des annĂ©es 30, pour originale qu’elle soit, apporte finalement peu de choses et entre trop souvent en contradiction avec l’esprit profondĂ©ment espagnol qui rĂšgne tout au long des trois actes. Si l’androgynie qui paraĂźt ĂȘtre la rĂšgle pour les personnages principaux se justifie aisĂ©ment pour le rĂŽle-titre – et ne manque pas d’allure dans ce cas prĂ©cis, rappelant irrĂ©sistiblement Marlene Dietrich –, on demeure plus circonspect envers un Philosophe affublĂ© d’un tutu malgrĂ© son frac, et un Duc aux maniĂšres caricaturalement effĂ©minĂ©es. Seule l’Ensoleillad, surrĂ©aliste et onirique grĂące Ă  son immense robe formĂ©e d’une multitude de mains – celles de ses innombrables admirateurs –, semble Ă  sa place. En outre, on ne parvient pas Ă  apprĂ©cier, malgrĂ© leur professionnalisme, la prĂ©sence des danseurs obligĂ©s de se trĂ©mousser
 y compris lorsque le climat musical est tendre et doux. Un comble !

 

 

 

Massenet-cherubin-opera-comte-rendu-critique-OONM-Cherubin12@Marc-Ginot

 

 

Musicalement, par bonheur, le plaisir est au rendez-vous, notamment grĂące Ă  la direction remarquable de Jean-Marie Zeitouni, galvanisant les musiciens de l’Orchestre National de Montpellier. Le chef canadien aime profondĂ©ment Massenet, et cela s’entend. Le brillant de la premiĂšre partie laisse vite place, une fois l’entracte passĂ©, Ă  la voluptĂ© du tapis orchestral, vĂ©ritable velours sonore dans lequel l’oreille se roule avec dĂ©lice. A ce titre, on n’oubliera pas de sitĂŽt l’accompagnement dĂ©chirant du Testament de ChĂ©rubin ouvrant le troisiĂšme acte, l’un des plus beaux moments de la reprĂ©sentation.

Dans le rĂŽle-titre, Marie-Adeline Henry fait valoir l’étendue et la puissance de sa voix ainsi que le raffinement de ses nuances, en outre excellente actrice. Seule la diction mĂ©riterait davantage de clartĂ© pour permettre Ă  cette jeune chanteuse d’occuper la place qu’elle mĂ©riterait dans ce rĂ©pertoire.

L’Ensoleillad de la soprano turque Cigdem Soyarslan, malgrĂ© une belle Ă©locution française et de beaux moyens vocaux, déçoit quelque peu. En cause : un instrument paraissant en ce dimanche comme terni et alourdi, manquant de l’apesanteur rayonnante qu’appelle la partition.

LumiĂšre pure que possĂšde en revanche la Nina dĂ©licieuse de Norma Nahoun, qui fait notamment de son air « Lorsque vous n’aurez rien Ă  faire », authentique joyau de la partition, un pur moment de suspension musicale.

Philosophe tendre et paternel, Igor Gnidii offre une composition trĂšs rĂ©ussie, nonobstant une Ă©mission un rien sombrĂ©e, qui n’empĂȘche pourtant pas un legato bien conduit et un aigu percutant.

On retrouve avec plaisir MichÚle Lagrange pour ce qui constitue ses adieux au public, dans une Comtesse drÎle et toujours aussi sonore, et on salue une trÚs grande artiste. A ses cÎtés, le jeune baryton Philippe EstÚphe incarne un Comte aussi rageur et que bien chantant.

Baronne excellente bien que moins charismatique d’HĂ©lĂšne Delalande, tandis qu’on apprĂ©cie une fois encore la prĂ©sence scĂ©nique et la voix gĂ©nĂ©reuse de Julien VĂ©ronĂšse, et qu’on rit sans rĂ©serve devant le numĂ©ro impayable de François Piolino, incisif et admirable diseur. Le Ricardo exemplaire de Denzil Delaere ainsi que l’Aubergiste sympathique et ronchon de Jean-Vincent Blot complĂštent cette excellente distribution presque exclusivement francophone.

Beau travail Ă©galement que celui des chƓurs de la maison montpelliĂ©raine, toujours impeccablement prĂ©parĂ©s et d’une homogĂ©nĂ©itĂ© jamais prise en dĂ©faut. Un aprĂšs-midi dont on revient nĂ©anmoins heureux et Ă©mu d’avoir pu dĂ©guster une si belle musique.

Montpellier. OpĂ©ra ComĂ©die, 18 octobre 2015. Jules Massenet : ChĂ©rubin. Livret de Francis de Croisset et Henri Cain. Avec ChĂ©rubin : Marie-Adeline Henry ; L’Ensoleillad : Cigdem Soyarslan ; Nina : Norma Nahoun : Le Philosophe : Igor Gnidii ; La Comtesse : MichĂšle Lagrange ; Le Comte : Philippe EstĂšphe ; La Baronne : HĂ©lĂšne Delalande ; Le Baron : Julien VĂ©ronĂšse ; Le Duc : François Piolino ; Capitaine Ricardo : Denzil Delaere ; L’Aubergiste : Jean-Vincent Blot. ChƓurs de l’OpĂ©ra National Montpellier Languedoc-Roussillon ; Chef de chƓur : NoĂ«lle GĂ©ny ; Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon. Direction musicale : Jean-Marie Zeitouni. Robert Tuohy. Mise en scĂšne : Juliette Deschamps ; DĂ©cors : Macha MakaĂŻeff ; Costumes : Vanessa Sannino ; LumiĂšres : François Menou. Illustration : © M Ginot / OpĂ©ra de Montpellier 2015

Compte rendu, concert. Montpellier, Opéra Berlioz-Le Corum. Le 19 juillet 2015. Koering : Sprachgitter Ephrem. Wagner, Liszt. Orchestre national de France. Alexander Vedernikov, direction.

Montpellier est une ville magique mĂȘme quand elle est assoupie. Sous un ciel de cobalt avec Ă  son zĂ©nith, une perle d’or et de feu, les volets demeurent clos, les ruelles semblent serpenter entre feu et ombre, sous les silences du sommeil mĂ©ridien. Le promeneur s’essaye aux musĂ©es, il s’Ă©gare dans les allĂ©es et finit son parcours dans une terrasse pour y goĂ»ter le nectar des maquis, un Pic Saint-Loup moirĂ© de velours cramoisi. A l’heure oĂč les cistres des cigales pĂ©rissent dans la nuit, c’est un public endimanchĂ© qui s’affaire dans Le Corum. Vestes en lin, robes fleuries et chaussures en daim, tout se prĂ©pare pour l’Ă©vĂ©nement: une crĂ©ation! En effet, ce 30Ăšme Festival de Radio-France et Montpellier ne pouvait aucunement ignorer la figure tutĂ©laire de RenĂ© Koering. Ce concert est plus qu’un hommage ou une rĂ©trospective, c’est un manifeste du prĂ©sent. RenĂ© Koering est reçu comme un crĂ©ateur, un tĂ©moin fort de la musique.

En effet, les quatre piĂšces qui forment le programme sont Ă©trangement complĂ©mentaires. D’une suite recomposĂ©e par RenĂ© Koering, de PellĂ©as et MĂ©lisande, une formidable crĂ©ation “Sprachgitter Ephrem”, deux larges extraits du Parsifal de Wagner et le rare poĂšme symphonique Mazeppa de Liszt, tout est une sorte de narration inspirĂ©e du monde crĂ©atif du compositeur.

La source et la mer

Nous passerons assez vite sur la “suite” de PellĂ©as et MĂ©lisande qui reprend les moments les plus contemplatifs de la partition de Debussy, cependant, on retrouve une sorte de pĂąte musicale, qui nous offre une vision trĂšs moderne de ce monument lyrique, sans les vers de Maeterlinck, finalement, PellĂ©as et MĂ©lisande aurait bien pu ĂȘtre un poĂšme symphonique. Cette suite intelligemment pensĂ©e, glisse comme une Ă©charpe de soie, comme une lumiĂšre fugitive sur une fresque de Puvis de Chabannes.

Koering rene portrait classiquenews-Rene1_c_Ginot-JennepinCe qui fut passionnant sans Ă©quivoque fut le Concerto pour piano(s) et orchestre de RenĂ© Koering (portrait ci-contre). A la fois dĂ©peignant les horreurs barbares de la guerre et une sorte de mĂ©lismes poĂ©tiques imprĂ©gnĂ©s de romantisme, ce “Sprachgitter Ephrem” devient une crĂ©ation subjuguĂ©e Ă  l’astre dramatique des heures blĂȘmes. Par moments, on retrouverait mĂȘme des couleurs dignes des tableaux de Caspar David Friedrich, des consonances trĂšs proches d’un rĂȘve sur le temps, l’angoisse des souvenirs, encore un tĂ©moignage d’un passĂ© douloureux qui ne veut plus nous quitter. Par moments le piano est un amortisseur sensuel de l’orchestre, souvent incisif et en une seconde, on entend le deuxiĂšme piano en coulisses, dans un lamento nu, dĂ©naturĂ© et splendide, tel un spectre, une psychĂ© du piano concertant. Cette belle crĂ©ation a rĂ©vĂ©lĂ© la profonde grĂące de la musique de RenĂ© Koering. Si les influences semblent ĂȘtre lĂ , on trouve que le langage propre au compositeur se dĂ©ploie sans autre force que la sienne. Les autres piĂšces sont intĂ©ressantes, et nous remarquerons notamment le sublime Mazeppa de Liszt, formidable Ă©preuve de virtuositĂ© et de voltige pour l’orchestre.

CĂŽtĂ© interprĂštes, remplaçant Boris Berezovsky pour la crĂ©ation de RenĂ© Koering, c’est le jeune Yuri Favorin qui relĂšve le dĂ©fi magnifiquement bien. Si on peut lui reprocher un rien d’hĂ©sitation, il est formidable par cette Ă©preuve qui nous permet de le connaĂźtre sous des excellents auspices.

L’Orchestre National de France, vouĂ© depuis ces dernier mois Ă  l’incertitude de son destin, malgrĂ© un Wagner un peu mollasson, est dans une forme exceptionnelle pour le Liszt et le Concerto, les couleurs et les effets sont lĂ . D’ailleurs, les musiciens ont rĂ©ussi Ă  vaincre les tempi, quelque fois trop brutaux de Alexander Vedernikov.  En effet le chef russe ne dirige pas avec subtilitĂ©, c’est plutĂŽt une lutte entre le pupitre et les phalanges, le pire Ă©tant les extraits de Parsifal rendus 
 inintĂ©ressants et par moments ennuyeux. Le Mazeppa, demeure juste mais l’excĂšs de gestes du chef a certainement empiĂ©tĂ© largement sur la prĂ©cision. Quoi qu’il en soit, la soirĂ©e se termine avec le sentiment qu’un nouveau rĂ©veil pour le romantisme est possible, surtout quand sous les arbres de Montpellier, la lune est blanche comme un oeil d’ivoire.

Compte rendu, opĂ©ra. Montpellier. OpĂ©ra, le 29 mars 2014. Chabrier : L’Etoile. Samy Camps, HĂ©loĂŻse Mas, solistes et choeurs OpĂ©ra Junior. Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon. JĂ©rĂŽme Pillement, direction musicale. BenoĂŻt BĂ©nichou, mise en scĂšne.

chabrier Ă©toile montpellier opĂ©ra junior mars 2014L’Étoile (1877), opĂ©ra-bouffe en trois actes d’Emmanuel Chabrier est certainement le meilleur ouvrage lyrique de son auteur voire l’un des joyaux du genre. Le livret signĂ© EugĂšne Leterrier et Albert Vanloo raconte l’histoire d’un despote qui cherche parmi ses sujets celui qui se fera empaler pour une fĂȘte publique annuelle… rĂ©jouissante perspective. Mais un astrologue prĂ©vient le monarque qu’il mourra 24 heures aprĂšs sa victime… S’enchaĂźnent donc pĂ©ripĂ©ties et confusions amoureuses assez invraisemblables mais d’une grande et bonne humeur. Une rĂ©serve d’effets et de surprises dramatiques, propices au dĂ©lire et Ă  la poĂ©sie les plus dĂ©lectables.

 

 

L’exubĂ©rante Etoile de l’OpĂ©ra Junior

 

OpĂ©ra Junior propose aux jeunes de Montpellier et de sa rĂ©gion une formation lyrique, dĂšs la premiĂšre jeunesse. FondĂ© en 1990 par Vladimir Kojoukharov, l’atelier acadĂ©mie est dirigĂ© depuis 2009 par JĂ©rĂŽme Pillement, qui dirige en l’occurrence l’ Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon pour les deux reprĂ©sentations uniques de cette nouvelle production. Le jeune metteur en scĂšne BenoĂźt BĂ©nichou crĂ©e un spectacle trĂšs proche de l’univers thĂ©Ăątral d’un Sivadier, oĂč le parti-pris est celui d’une comĂ©die invraisemblable plutĂŽt trĂšs kitsch.

L’idĂ©e de BĂ©nichou (et de son prĂ©dĂ©cesseur) est de faire du thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, un parti scĂ©nique qui s’accorde bien Ă  l’occasion. Surtout parce que tous les rĂŽles sauf les 2 principaux sont tenus par des enfants et des adolescents. Ainsi tout se passe dans les coulisses d’un thĂ©Ăątre (dĂ©cors d’AmĂ©lie Kiritze-Topor, costumes protĂ©iformes et colorĂ©s de Bruno Fatalot) qui est littĂ©ralement envahi par une bande de jeunes qui s’amusent donc Ă  jouer L’Etoile sur scĂšne.

Samy Camp dans le rĂŽle du Roi Ouf 1er est un acteur formidable, il donne un je ne sais quoi Ă  son personnage avec son investissement thĂ©Ăątral, cependant il captive plus avec son jeu d’acteur qu’avec son timbre. HĂ©loĂŻse Mas, comme d’habitude, incarne son rĂŽle d’une façon trĂšs engagĂ©e et engageante. Elle joue le rĂŽle travesti de Lazuli, le pauvre amoureux qui devrait mourir pour la nation, mais dont le destin fait que sa vie devient d’une extrĂȘme importance pour le monarque. Le personnage de Sirocco, l’astrologue du roi, est souvent chantĂ© par une voix de baryton-basse, mais aujourd’hui c’est une fille qui l’interprĂšte : Clara Vallet paraĂźt complĂštement Ă  l’aise dans le rĂŽle. HĂ©risson de Porc-Epic est chantĂ© par le jeune Guillaume RenĂ© Ă  la belle prĂ©sence, il trouve un bel Ă©quilibre entre son jeu d’acteur, charismatique, et sa voix en plein dĂ©veloppement. Petit bijou lyrique dans la veine comique, le chef d’oeuvre pose autant de difficultĂ©s au metteur en scĂšne qu’il comble de plaisirs et de sĂ©ductions, les oreilles des spectateurs.
Chabrier demeure un bel exemple (peut-ĂȘtre pas assez reconnu) de la musique française, fantasque et vaporeuse, divertissante et sĂ©rieuse, parfois dĂ©licate parfois forte, toujours charmante.

JĂ©rĂŽme Pillement dirige un orchestre pompeux. La musique d’une grande humour doit sans doute beaucoup Ă  Offenbach. Nous remarquons le travail de la couleur orchestrale raffinĂ©e. Le chef accorde l’orchestre aux voix des jeunes chanteurs. Impossible de ne pas adhĂ©rer aux intentions d’un projet comme celui d’OpĂ©ra Junior dont l’objectif social, pĂ©dagogique, artistique n’est pas sans rappeler le cĂ©lĂšbre « Sistema » le systĂšme d’Ă©ducation musicale au Venezuela. EspĂ©rons qu’OpĂ©ra Junior puisse continuer sa belle et noble mission pour longtemps, il est devenu dĂ©sormais une composante de la programmation de l’OpĂ©ra de Montpellier, et nous sommes convaincus, qu’avec son potentiel et sa grande valeur, ceci portera ses fruits, rĂ©vĂ©lant des vocations encore fragiles parfois mais dĂ©cisives pour le dĂ©veloppement des jeunes intĂ©ressĂ©s. Chantier et apprentissage Ă  suivre.

 

Montpellier. OpĂ©ra Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon, le 29 mars 2014. Chabrier : L’Etoile. Samy Camps, HĂ©loĂŻse Mas, solistes et choeurs du Jeune OpĂ©ra/Opera Junior. Orchestre National Montpellier Languedoc-Roussillon. JĂ©rĂŽme Pillement, direction musicale. BenoĂŻt BĂ©nichou, mise en scĂšne.

Illustrations : © M. Ginot 2014

 

L’Étoile de Chabrier Ă  l’OpĂ©ra de Montpellier

chabrier_etoile_opera-junior-opera-montpellierMontpellier, OpĂ©ra ComĂ©die. Chabrier : L’Étoile. Les 29 et 30 mars 2014. Nouvelle production. Entre facĂ©tie et raffinement, Emmanuel Chabrier (1841-1894) cultive en toute libertĂ© et avec un gĂ©nie personnel trĂšs affirmĂ©, le fantasque et le poĂ©tique : du bain bĂ©ni pour l’opĂ©ra. Son ouvrage L’Etoile en tĂ©moigne : Ă  chaque production, l’étonnement surclasse l’enthousiasme face Ă  une partition brillante, jamais creuse ni strictement dĂ©corative. L’opĂ©ra fait partie des rares Ɠuvres terminĂ©es par l’auteur : le succĂšs est immĂ©diat comme l’indique la quarantaine de reprĂ©sentations qui suit la crĂ©ation, aux Bouffes Parisiens (le thĂ©Ăątre du drame lĂ©ger, temple parisien du Second Empire, crĂ©Ă© en 1855 par Offenbach), le 28 novembre 1877. Danses furtives, mĂ©lodies entraĂźnantes, cocasserie festive
 la recette est connue et fait les dĂ©lices d’un genre qu’a marquĂ© avant Chabrier, Offenbach bien sĂ»r ou Charles Lecocq.

Dans un climat propre au conte Ă  la fois fĂ©erique et absurde, Chabrier se dĂ©lecte musicalement Ă  ciseler les climats de l’Etoile. Le titre reprĂ©cise l’accomplissement d’une destinĂ©e protectrice : alors qu’il a ravi le coeur de celle qui devait Ă©pouser le Roi Ouf Ier, la princesse Laoula, le colporteur Lazuli auquel Ă©tait destinĂ© le supplice du pal, se voit anobli et Ă©levĂ© Ă  la dignitĂ© de prince, depuis que l’astrologue de la cour Siroco confirme que le destin des deux hommes sont liĂ©s. Le ciel a rĂ©vĂ©lĂ© l’impensable : le destin du roi Ouf et du pauvre Lazuli sont indissociables : si le misĂ©reux meurt, le roi aussi. FaurĂ©, Messager, Duparc et Reynaldo Hahn expriment leur admiration pour l’oeuvre d’un gĂ©nie. 3 ans aprĂšs la crĂ©ation de L’Etoile, aprĂšs l’écoute de Tristan une Isolde de Wagner, Chabrier cesse sons activitĂ© de fonctionnaire et dĂ©cide en 1880 de se consacrer Ă  la musique. Suivent des chefs d’oeuvre : España, l’opĂ©ra Gwendoline (1886, au wagnĂ©risme explicite), Le Roi malgrĂ© lui (1887)
 RongĂ© par un mal incurable, Chabrier le plus original de compositeurs de la fin du XIXĂš en France, meurt trop tĂŽt, laissant un Ɠuvre atypique, saisissant voire fulgurant dont on commence seulement Ă  mesurer l’unicitĂ© fascinante.

La mise en scĂšne de BenoĂźt BĂ©nichou exploite l’occasion offerte Ă  l’ouvrage d’ĂȘtre revisitĂ© par une joyeuse troupe de jeunes interprĂštes. L’homme de thĂ©Ăątre prend prĂ©texte de la juvĂ©nilitĂ© et de la curiositĂ© des interprĂštes d’OpĂ©ra Junior pour favoriser l’éclat, l’imaginaire, l’inventivité  autant de caractĂšres qui innervent le tissu de la partition et l’inscrivent ici dans le monde des enfants – adolescents toujours prĂȘts Ă  vivre  ou Ă  imaginer de nouvelles aventures. Dans cet univers infantile mais pas innocent, la figure de Ouf, traitĂ©e comme un tyran violent et barbare garde sa verve satirique, un pied de nez Ă  tous les pouvoirs qui sur le mode du conte, dĂ©nonce l’inhumanitĂ© d’une sociĂ©tĂ© soumise Ă  la cruautĂ© d’un seul ĂȘtre.  Ainsi, dans la bouche des jeunes dĂ©nonciateurs, le metteur en scĂšne aime Ă  dĂ©clarer  : «  arrĂȘtons les extrĂ©mismes, arrĂȘtons les dictatures, arrĂȘtons la violence, il faut rallumer les Ă©toiles ». De sorte que dans ce nouveau regard, la poĂ©sie esthĂ©tique de Chabrier et son insolence filigranĂ©e ressuscitent Ă  propos sur la scĂšne de l’OpĂ©ra de Montpellier.

 
 
 

Emmanuel Chabrier (1841-1894)

L’Étoile

OpĂ©ra-bouffe en trois actes sur un livret d’EugĂšne Leterrier et Albert Vanloo

créé au Théùtre des Bouffes-Parisiens le 28 novembre 1877

Samedi 29 mars 2014 – 15h
Dimanche 30 mars 2014 – 15h
Opéra Comédie

JĂ©rĂŽme Pillement direction musicale

BenoĂźt BĂ©nichou mise en scĂšne

Amélie Kiritzé -Topor scénographie

Anne Lopez chorégraphie

Vincent Recolin chef des chƓurs

Bruno Fatalot costumes

Thomas Costerg lumiĂšres

Samy Camps Le Roi Ouf 1er

HĂ©loĂŻse Mas Lazuli

 

Nina Le Floch / Marie Sénié La Princesse Laoula

Lisa Barthélémy / Apolline Raï AloÚs

Guillaume René Hérisson de Porc-Epic

Camille Poirier Tapioca

Clara Vallet Siroco

1h30 sans entracte

Nouvelle production

Opéra Junior / Opéra Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon

 
 

Nouvel Onéguine à Montpellier

oneguine_eugene_tchaikovskiMontpellier : EugĂšne OnĂ©guine de TchaĂŻkovski.Les 17, 19, 21 janvier 2014, 15h ou 20h. OpĂ©ra Berlioz / Le Corum. EugĂšne OnĂ©guine est l’un des opĂ©ras les plus bouleversants du romantisme russe. L’indiffĂ©rence du dandy EugĂšne, la fragilitĂ© de Tatiana, la douceur d’Olga, la priĂšre dĂ©sespĂ©rĂ©e de Lenski n’ont jamais cessĂ© d’émouvoir. AdaptĂ©e par Piotr Ilitch TchaĂŻkovski (dont la musique est trĂšs prĂ©sente tout au long de la saison 2013-2014 Ă  Montpellier),l’Ɠuvre de Alexandre Pouchkine en 1832, conserve toute sa cruautĂ©, son cynisme glaçant qui cependant en fin d’action laisse aux protagonistes, le sentiment d’un immense Ă©chec (surtout pour le solitaire et fier OnĂ©guine) et d’une amertume partagĂ©e. AprĂšs Janàček et La Petite renarde rusĂ©e en 2012, Marie-Eve Signeyrole propose sa lecture des Ă©mois amoureux de la jeune Tatiana.

 

TchaĂŻkovski
EugÚne Onéguine, 1879
Opéra (scÚnes lyriques) en trois actes et 7 tableaux

Livret russe de Constantin Chilovsky et du compositeur, d’aprĂšs le roman Ă©ponyme d’Alexandre Pouchkine‹CrĂ©Ă© au Petit ThĂ©Ăątre du CollĂšge ImpĂ©rial de musique (ThĂ©Ăątre Maly), Ă  Moscou, le 29 mars 1879
Nouvelle production

 

 

 


Mourir d’amour ou vivre d’ennui ?

 

Ici, les deux ĂȘtres portraiturĂ©s par TchaĂŻkovski se murent dans une insatisfaction maladive : ce sont deux inadaptĂ©s frappĂ©s d’inertie clinique. Ils s’ennuient Ă  en mourir et mĂȘme si leur rencontre fait espĂ©rer l’inimaginable (pour Tatiana), OnĂ©guine demeure impassible, comme handicapĂ©, dans l’impossibilitĂ© Ă  aimer.
Dans la mise en scĂšne proposĂ©e Ă  Montpellier, l’action s’inscrit Ă  l’Ă©poque contemporaine, entre 1999 et 2003, pendant la perestroĂŻka, oĂč les nouveaux riches tel OnĂ©guine, s’enrichissent sous la prĂ©sidence de Boris Eltsine… face Ă  cet oligarque arrogant, la famille de Tatiana, les Larinas, sont des petits propriĂ©taires rassemblĂ©s dans un immeuble collectif ou appartements communautaires Ă  Saint-PĂ©tersbourg (Kommunalka) : les Larinas vivent frustrement (entassĂ©s Ă  20 dans un espace rĂ©duit) mais ils condamnent les mƓurs occidentales et rĂȘvent au retour de l’ancien empire russe…  Peu Ă  peu, OnĂ©guine rachĂšte les parcelles, scrute les faits et gestes de ses voisins pour rompre ses longues heures d’oisivetĂ©. Il observe, froidement comme un vieux loup solitaire, coupĂ© de toute passion, murĂ© dans sa solitude cynique et glaciale. Pour la metteure en scĂšne Marie-Eve Signeyrole : OnĂ©guine n’est pas l’histoire d’un amour au dĂ©calage fatal ou mal synchronisĂ© ; c’est plutĂŽt l’histoire d’un homme qui ne peut pas aimer ni vivre. Qui prĂ©fĂšre mourir plutĂŽt que d’aimer. Un anti romantique. Un maudit pour lequel il n’y a aucune issue. Au final, OnĂ©guine ne serait-il pas le miroir de TchaĂŻkovski lui-mĂȘme ? On sait que la composition de l’opĂ©ra est simultanĂ©e Ă  son mariage, fiasco intime sur toute la ligne et qui laisse l’homme dĂ©truit, en rien apaisĂ© car son homosexualitĂ© tenue secrĂšte fut la source de terrible blessure : Piotr Illyitch connut les affres d’une identitĂ© jamais respectĂ©e Ă  son Ă©poque. Terrifiante hypocrisie qui a profondĂ©ment marquĂ© son existence toute entiĂšre.
La représentation du dimanche 19 janvier 2014 sera donnée en audiodescription pour les personnes déficientes visuelles.

CD. D’Indy: L’Ă©tranger. 1 cd Accord (Foster,2010)

dindy_etranger_foster_tezier_cd_accord_vincent_DindyCrĂ©Ă© en 1903 Ă  Bruxelles, L’Etranger est le troisiĂšme opĂ©ra de D’Indy (aprĂšs Le chant de la cloche, 1883 et Fervaal, 1895); l’ouvrage appartiendrait comme son quasi contemporain PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy (1902) Ă  l’expĂ©rience lyrique symboliste, pour autant que D’Indy comme Debussy soient Ă©tiquettables sous cette appellation… forcĂ©ment rĂ©ductrice. Si le symphonisme ardent, fiĂ©vreux de la partition fait sa rĂ©vĂ©rence Ă  Wagner, il n’en est pas pour autant exempt d’une certaine lourdeur acadĂ©mique, descriptif ; souvent convenue en particulier dans les intermĂšdes avec chƓur (dĂ©but du II), comme paraĂźt fabriquĂ© et artificiel le livret, rĂ©digĂ© par le musicien (Ă  l’image de son modĂšle Wagner, musicien et librettiste): D’Indy, auteur du TraitĂ© de composition, sait afficher un rationalisme thĂ©orique qui hĂ©las contraint les Ă©lans autrement plus riches du compositeur. Le moralisme du livret, ses clichĂ©s sociaux ne savent pas exploiter l’amour de Vita, bien que promise au jeune douanier AndrĂ©, -comme dans Carmen MicaĂ«lla pouvait ĂȘtre promise au brigadier Don JosĂ©-, pour le sombre et mystĂ©rieux Ă©tranger. Le trĂšs catholique voire mystique D’Indy respecte Ă  la lettre les vertus prĂŽnĂ©es dans les Ecritures: Foi, EspĂ©rance, CharitĂ©, Amour. Quatre thĂ©ologales qui s’incarnent parfaitement au fur et Ă  mesure de l’action (bien statique mais intense voire extatique) dans le cƓur de Vita, sorte de ThaĂŻs populaire, Ăąme ardente prĂȘte au sacrifice, curieuse par empathie de la figure prophĂ©tique de l’Etranger.
Dans la figure du baryton maudit, solitaire mais fraternel, D’Indy, fondateur de la Schola Cantorum Ă  Paris trouve l’exact incarnation de cet ĂȘtre parfait, serviteur d’un idĂ©al qui en servant les autres, rĂ©tablit la nature sacrĂ©e de l’art. L’Etranger c’est Ă©videmment D’Indy lui-mĂȘme qui d’ailleurs retrouve une seconde adolescence grĂące Ă  sa nouvelle compagne, bien plus jeune que lui, Caroline Janson (comme l’Ă©cart des Ăąges entre Vita et l’Etranger).

En ce sens leur duo au II, oĂč Vita tentant de connaĂźtre le nom de l’Etranger, lui fait dire ce qui l’anime avec ferveur, reste le sommet pathĂ©tique et lyrique de l’ouvrage.

Wagner en mode symboliste allégé

Reste que la musique de D’Indy attĂ©nue les faiblesses comme les composantes contradictoires du texte. L’acte I, Ă©vocation rĂ©aliste voire naturaliste (Ă  la Zola) d’un port de pĂȘche et de l’esprit obtus, mĂ©diĂ©val de ses habitants, contraste avec les aspirations mystiques et idĂ©alistes du II oĂč comme nous l’avons dit, l’Etranger, Ă  la façon de Lohengrin et de Elsa, confesse sa nature bienveillante ; sa belle compassion Ă  laquelle rĂ©pond immanquablement l’amour croissant de Vita pour son bel inconnu.

RĂ©alisme, mysticisme: Ă  l’aune de cette antagonisme structurel et esthĂ©tique, on voit bien ce qui a pu dĂ©terminer les verdicts dĂ©prĂ©ciatifs contre l’Ɠuvre. Pourtant la double nature de la partition fonde aujourd’hui sa richesse. Sa fĂ©conde ambivalence. Il y a du Massenet ici, en particulier du cĂŽtĂ© de la dĂ©jĂ  citĂ©e ThaĂŻs, en particulier dans cette double direction inverse: L’Etranger succombe aux charmes de la jeune Vita quand celle-ci, par sympathie, Ă©prouve un amour naissant aux couleurs mystiques et spirituelles, face Ă  la beautĂ© d’une Ăąme traversĂ©e par l’amour de JĂ©sus : celle de l’Ă©tranger qui ne partage en rien l’Ă©troitesse d’esprit des pĂȘcheurs du village.
L’idĂ©alisme de D’Indy offre un wagnĂ©risme Ă©clairci, oĂč la recherche d’une fine texture, oĂč le souci du timbre renforce encore l’impact des suiveurs les plus originaux du maĂźtre de Bayreuth, Ă  l’Ă©gal d’un Franck, le mentor de D’Indy.
Grand orchestrateur et peintre des climats comme des situations fortes, D’Indy fait mourir ses amants magnifiques, aprĂšs l’invocation de l’Ă©meraude (gage amoureux donnĂ© par l’Etranger Ă  sa belle admiratrice), dans la mer: l’Ă©lĂ©ment marin est au cƓur de l’ouvrage : dĂ©ferlement sonore, sujet de la tempĂȘte qui les emporte Ă  la fin, force active semant la catastrophe, puissance de rĂ©solution aussi, comme d’apothĂ©ose pour les deux amoureux.

Non obstant, voici bien un superbe tĂ©moignage heureusement enregistrĂ© qui dĂ©fend Ă  propos la place du compositeur ; son gĂ©nie explore le chromatisme en l’ouvrant jusqu’Ă  Schönberg, en particulier dans le dĂ©chaĂźnement des Ă©lĂ©ments marins, suscitĂ©s pas Vita au II: comme Senta dans Le Vaisseau fantĂŽme, Vita provoque la catastrophe, affronte son destin, crĂ©Ă©e les conditions de son union finale avec l’Ă©tranger. La mer aspire deux ĂȘtres supĂ©rieurs qui ne pouvaient trouver leur place dans la sociĂ©tĂ© des hommes. Le symphonisme du gĂ©nie cĂ©vennol s’exprime ici librement et dans un souffle irrĂ©sistible et comme Debussy, adaptĂ© Ă  son sujet maritime. L’enregistrement est historique et souhaitons-le, premier, appelant bientĂŽt une version prochaine, organologiquement plus exacte, vocalement plus Ă©lectrisante.

Car cĂŽtĂ© chanteurs, le plateau reste en dĂ©sĂ©quilibre. Si Ludovic TĂ©zier offre son beau mĂ©tal vocal souvent articulĂ© au caractĂšre de l’Etranger, aucun mystĂšre, aucun souffle, aucun mysticisme ne semble traverser son chant; et sa compagne Ă  la ville, Cassandre Berthon est trop limitĂ©e, dĂ©passĂ©e par les brĂ»lures d’une jeune Ăąme ardente qui dĂ©couvre l’amour vĂ©ritable, sensuel comme spirituel. Seul le tĂ©nor plein de panache et de fiĂšvre libĂ©rĂ©e, Marius Branciu se distingue nettement. C’est la victime sacrifiĂ©e sur l’autel d’un amour digne du Vaisseau FantĂŽme (Senta/Le Hollandais maudit).

On regrette souvent la lourdeur de Lawrence Foster (cuivres mal Ă©quilibrĂ©s et surpuissants) dont pourtant les quelques excellentes idĂ©es et options interprĂ©tatives font penser qu’il n’a pas l’orchestre le plus adaptĂ© Ă  la recherche d’articulation d’un D’Indy surtout soucieux d’intelligibilitĂ© du texte sur la musique. Qu’aurait donnĂ© ici un orchestre sur instruments d’Ă©poque, comme Les SiĂšcles ? De prodigieuses dĂ©couvertes sonores probablement que seuls dans leurs associations recouvrĂ©es, permettent les instruments historiques: la rĂ©vĂ©lation du D’Indy, subtil orchestrateur de la trempe d’un Ravel ou d’un Debussy, reste donc encore Ă  Ă©crire.

Vincent D’Indy: L’Étranger (1903). OpĂ©ra en 2 actes.‹Livret de Vincent d’Indy.

Vita : Cassandre Berthon soprano
LÉtranger : Ludovic TĂ©zier baryton
André : Marius Brenciu ténor
La MĂšre de Vita : Nona Javakhidze mezzo-soprano
Une femme (Madeleine) : Bénédicte Roussenq soprano
Le vieux (Pierre) – Un jeune homme : Franck Bard tĂ©nor
Une vieille – Une femme : Fabienne Werquin mezzo-soprano
Un pĂȘcheur – Un contrebandier : Pietro Palazy basse
PremiĂšre jeune fille – PremiĂšre ouvriĂšre : Josiane Houpiez-Bainvel sopano
DeuxiĂšme jeune fille – DeuxiĂšme ouvriĂšre : Marine Chaboud-Crouzaz mezzo-soprano
Une jeune femme – TroisiĂšme jeune fille : Alexandra Dauphin soprano
Un vieux pĂȘcheur – Un vieux marin : Florent Mbia basse
Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon
ChƓurs de Radio France
ChƓurs d’enfants Opera Junior
Lawrence Foster, direction

Enregistrement en concert le 26/07/2010 rĂ©alisĂ© Ă  l’OpĂ©ra Berlioz/ Le Corum, Montpellier
2 cd Accord-Universal 481 0078