Le Don Giovanni de Michel Haneke repris à l’Opéra Bastille

MOZART_Opera_portrait_profilParis, Opéra Bastille. Mozart: Don Giovanni. Michel Haneke, 15 janvier>14 février 2015. Reprise de la production de Don Giovanni par le réalisateur et homme de théâtre Michel Haneke. Le spectacle a été créé in loco en 2006 et porte toutes les marques du monde réaliste voire cru et même violent (La pianiste) du metteur en scène autrichien. Particulièrement célébré grâce aux films, Le Ruban blanc et le récent Amour (palme d’or à Cannes), Michel Haneke sait se glisser dans l’intimité brute et pure des émotions en sachant parfaitement maîtriser la convention illusoire du théâtre. Mieux le cinéaste efface l’artificiel de la caméra et pénètre au cœur des passions et des intentions, à mille lieux du convenu et de tout sentimentalisme. Bach, Schubert, Mozart sont ses compositeurs favoris : mais allusivement ou très fugacement présents dans ses films. Gérard Mortier lui offre une mise en scène à l’opéra : Katia Kabanova fut évoquée mais écartée (car Haneke ne pouvait mettre en scène un opéra dont il ne parlait pas la langue). Mozart s’est imposé naturellement : ainsi ce Don Giovanni de 2006, créé à Bastille et repris en janvier et février 2015.

 

 

 

Rapports de force

 

mozart-don-giovanni-michel-haneke-opera-bastille-paris-janvier-fevrier-2015-300Réaliste et cynique, clinique observateur des rapports de force qui se réalisent dans l’opéra de Mozart et de son librettiste Da Ponte, Haneke imagine le séducteur sans dieu, directeur des ressources humaines dans une grande entreprise de La Défense : son terrain de chasse, les femmes de ménage … voilà qui transforme le duettino entre le chasseur et la gazelle Zerlina en… scène de harcèlement musical.
Soulignant l’importance du jeu théâtral (aussi capital que le chant, voire plus dans certaines séquences…), n’hésitant pas à ponctuer le drame mozartien, de scènes de pur théâtre, Haneke sonde la violence humaine au-delà du supportable : que peut un diable s’il n’a pas de victimes consentantes ? Que peut être l’homme s’il ne peut tôt ou tard exercer sa domination ? C’est un monde de jouisseurs et de… masochistes. Un même regard s’est ensuite développé dans son Cosi fan tutte, présenté à Madrid puis Bruxelles en 2013. La modernité de Don Giovanni vient de sa justesse critique sur le genre humain : pas de prédateur sexuel sans victime à demi consentante ? C’est dans cette vision sans fausse pudeur, mais juste par les troubles et les ambivalences qu’elle sait déceler que le drame musical prend ici une nouvelle dimension.

Ex compagnon d’Anna Netrebko, le baryton uruguayen Erwin Schrott incarne la félinité perverse et manipulatrice du héros sans morale et une nouvelle distribution réactive à ses côtés le jeu de séduction et de domination qui pilote les rapports de Don Giovanni avec les femmes de l’opéra : la fausse prude Anna, l’amoureuse sincère délaissée Elvira, la jeune fausse ingénue Zerlina… Dans la fosse, Alain Altinoglu retrouve un opéra qu’il a appris à aimer et à défendre comme pianofortiste sous la direction de Jean-Claude Malgoire, en 2011 à Tourcoing. C’est d’ailleurs le fondateur et directeur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing qui lui a permis de diriger son premier opéra : Don Giovanni, justement (en 2002). 13 ans plus tard, la vision de l’ouvrage s’est enrichie, en particulier la présence de la mort semble plus prenante que l’apparente insouciance du héros. Un Don Giovanni hanté par les ténèbres, malgré sa provocation finale ? C’est ici la volonté de construire l’opéra comme un drame organique dont tout le flux depuis les premiers accords (les pas du Commandeur déjà) s’accomplit inéluctablement vers le sommet qui en est la confrontation du héros avec Dieu, du fils avec son père… Explicitation et réponse sur la scène de l’Opéra Bastille à compter du 15 janvier et jusqu’au 14 février 2015.

 

 

boutonreservationParis, Opéra Bastille. Du 15 janvier au 14 février 2015. Mozart / Da Ponte : Don Giovanni. Michel Haneke, mise en scène (reprise. Création en 2006). A. Altinoglu, direction.

Diffusion sur Radio classique le 11 février 2015 à 19h.

 

 

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