Julia Fischer: violon & piano. Saint-Saëns & Grieg 1 dvd Decca (Francfort, 2008)

Malgré la direction
atone et carrée, raide et sans imagination de Matthias Pintscher, un
comble pour les deux partitions si ciselées-, la soliste a contrario de
ce geste sans séduction, redouble de sensibilité, d’activité,
d’intériorité… son jeu au piano et au violon demeure continûment
palpitant et sensible. Quelle musicienne !


Rayonnante versatilité

Francfort, nouvel an 2008. En exquise musicienne, la jeune et décidément très douée Julias Fischer
montre ici ses talents versatiles, passant sans défaillir, du violon
au… piano. Avec la complicité de la Junge Deutsche Philharmonie dont
la Konzertmeisterin est son élève à Francfort, la divine
pluridisplinaire sait ajouter au défi du passage entre deux instruments,
l’esprit de défrichement: jouer le Concerto pour violon de
Saint-Saëns (Opus 61) demeure étrangement rare donc méritant de sa part.
Il est vrai que c’est avec cette partition séduisante et raffinée dans
son orchestration que la jeune soliste remportait en 1995 le Concours
Yehudi Menuhin.

Malgré la direction atone et carrée, raide et
sans imagination de Matthias Pintscher, un comble pour les deux
partitions si ciselées-, la soliste a contrario de ce geste sans
séduction, redouble de sensibilité, d’activité, d’intériorité. Champion
d’entre les 3 Concertos pour violon de Saint-Saëns, le n°3 opus 61
fait valoir toute la brillance et la délicatesse de couleur de la jeune
musicienne qui d’emblée se hisse très haut dans l’évaluation après
Sarasate, le dédicataire qui créa l’oeuvre en 1880. La cantilène suave,
second thème de l’Allegro initial caresse l’oreille tout en structurant
le déroulement du mouvement; même jeu nuancée et intérieur pour cette
barcarolle de l’andantino quasi allegretto qui suit, avant le finale,
d’un feu tout mendelssohnien. Julia Fischer sait restituer à cette
oeuvre ailleurs décorative et creuse, un mordant, un chien stimulant.
Belle réussite.

Quelle absence dommageable sur le plan interprétatif de l’orchestre et du chef, d’une épaisseur teutone, dans le Concerto pour piano de
Grieg, certes vigoureux mais pas aussi agressif et nerveux que le
maestro voudrait nous le faire accroire. La direction est indigne du
projet musical et interprétatif. Qu’aurait donné ici un chef jeune et
vaillant, fluide et nuancé? Saluons cependant l’engagement de la
violoniste pianiste qui diversifie là aussi toute la riche palette
lyrique et typiquement scandinave de l’auteur norvégien. Quel
embrasement musical qui chez Grieg manifeste sa distance prise avec
Schumann qu’il apprit à Leipzig (le la mineur est commune aux deux
concertos).
Un accomplissement pour l’artiste audacieuse et habitée
qui sait dépasser ce moment musical de fin d’année (donné pour le
nouvel an) pour en faire un pur éblouissement interprétatif. Chapeau
l’artiste! L’image ajoute à l’impact de sa performance.

Julia Fischer: violon & piano. Saint-Saëns: concerto pour violon n°3. Grieg: Concerto pour piano. Junge Deutsche Philharmonie. Matthias Pintscher, direction

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