jeudi, décembre 8, 2022

Gabriel Fauré: 3è recueil de mélodies (Yann Beuron, ténor. 1 cd Timpani)

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Fauré: le 3ème Recueil de mélodies


Mélodiste précis et enchanté, suggestif (selon le poèmes mis en musique), toujours d’une exquise musicalité, jamais mièvre. Fauré néoclassique en quête de correspondances poétiques, inspiré par la lyre symboliste et le questionnement verlainien, se dévoile ici, grâce au programme de ce disque subtil, stylistiquement juste. Le recueil 3 de mélodies (-20 mélodies sélectionnées définitivement en 1908-), permet un regard général sur l’écriture vocal de 1888 à … 1906 (grâce à deux mélodies indépendantes, dignes de la meilleure inspiration et qui concluent l’album avec un accomplissement indiscutable). Une évolution se précise nettement(le fameux 2è style de Fauré), dans la décantation progressive et profitable du style fauréen, d’autant plus mise en lumière grâce à la vocalité attentive et suggestive du ténor, Yann Beuron.
C’est d’abord une certaine verdeur, quelque peu démonstrative (trop de franchise dans ce ton gémissant d’Au Cimetière?) de l’opus 51 (1888-1890) d’après Richepin à la théâtralité un rien facile et systématique.
Découvert grâce à l’action de Robert de Montequiou, Verlaine inspire ici Spleen: langueur d’un coeur attristé qui se consume au fil d’une pluie écoulant ses larmes prosodiques… Climat atmosphérique au psychisme suspendu, endeuillé auquel le ténor apporte ce grain nuancé, jamais agressif qui polit chaque mot moteur: langueur, coeur, peine...
Saluons les deux mélodies dont la matière vient de Shylock (musique de scène pour Le marchand de Venise d’après Shakespeare), Chanson et Madrigal (1889) sur deux poèmes d’Edmond Haraucourt, d’une subtilité plus fluide et même caressante: Madrigal se distille sous le charme d’un amour pur.
Le morceau de bravoure demeure ici (avec les Mélodies de 1904), le cycle des 5 Mélodies dites de Venise (opus 58) d’après Verlaine: de fait la première, Mandoline aurait été composé dans la Cità lagunaire… Yann Beuron, plus nuancé et d’une justesse ciselée, souligne les correspondances avec les tableaux amoureux et nostalgiques du « vénitien » Watteau: même ambiance chromatique à la Titien (contours vaporeux, richesse des textures) qui sculpte (avec quelle volupté articulée) l’effusion des sentiments tendres. De fait, dans une diction idéale, les 3 mélodies -Wattesques-: « Mandoline, En Sourdine, A Clymène » citent évidemment la sincérité picturale du plasticien baroque. Où des couples amoureux s’y perdent en labyrinthes mystérieux aux teintes rares: pianiste et chanteur s’accordent au diapason de ce chant éperdu et extatique où la pureté du chant parfaitement égrené, pèse et fait sens par toutes ses nuances. Une évidente disposition à ouvrir les perspectives du texte en symbiose avec la musique. Conversation galante et sérénade là encore enchantée (Mandoline), désespoir (En sourdine), délicieuse et amère courtoisie (A Clymène)… tendresse émue (C’est l’extase). Le tact du chanteur marque chaque inflexion de la musique avec un sens de la mesure délectable…
Le recueil ajoute deux perles de 1906 (très rares au concert), constituant l’opus 92: allure libre, prosodie simple et naturelle (l’apport majeur du ténor ciseleur) du Don silencieux (le murmure sied idéalement à la diction claire et douce du ténor) et surtout l’accomplissement en nuances et précision juste du verbe accordée à la note, de Chanson d’après Henri de Régnier.
Jamais poseur ni strictement narratif, Yann Beuron soutenu par le piano volubile et allant de Billy Eidi offre aux mélodies parmi les plus amoureuses de Fauré, leur sens palpitant et intelligible. Belle réussite.

Gabriel Fauré (1845-1924): mélodies. Troisième Recueil, Deux mélodies de 1906. Yann Beuron, ténor. Billy Eidi, piano.

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