Elias de Mendelssohn, 1845

Mendelssohn Felix-MendelssohnFrance Musique, le 27 juin 2014, 20h. Mendelssohn: Elias. Moins inspirĂ© Ă  l’opĂ©ra, le compositeur romantique, ailleurs sublime faiseur fĂ©erique (Midsummer night’s dream d’aprĂšs Shakespeare), FĂ©lix Mendelssohn a toujours maĂźtrisĂ© le sens de la narration en musique : en tĂ©moigne  sa verve dramatique qui s’accorde idĂ©alement au genre de l’oratorio … qu’il a appris Ă  connaĂźtre et Ă  approfondir grĂące Ă  son Ă©tude et sa dĂ©fense spĂ©cifique des drames de Haendel et des Passions de JS Bach. En tĂ©moigne Elias que diffuse ce soir France Musique en juin 2014. Ampleur des vagues chorales, ivresse parfois extatique des airs solistes, situations aussi parfaitement dĂ©veloppĂ©es Ă  l’orchestre, les oratorios de Mendelssohn demeurent – Ă  torts- encore trop mĂ©connus, outrageusement mĂ©sestimĂ©s…

Elias : … un triptyque sacrĂ©

 

A l’origine, Mendelssohn (1809-1847), juif converti Ă  la foi luthĂ©rienne, avait conçu son grand oeuvre religieux en trois parties comme un triptyque de trois oratorios: Paulus, Elias en son centre et l’inachevĂ© Christus. Elie est l’un des prophĂštes annonçant dans l’Ancien Testament, la venue du Messie. Elias est d’abord composĂ© dans sa premiĂšre version en anglais (Elijah) entre 1845 et 1846. La crĂ©ation (rĂ©unissant pas moins de 400 exĂ©cutants dont 171 choristes) a lieu Ă  Birmingham (Town Hall) le 26 aoĂ»t 1846 sous la direction de l’auteur. Il s’agissait de rĂ©pondre Ă  la commande d’une grande page chorale passĂ©e par le Festival de Birmingham: Mendelssohn remit son manuscrit 10 jours seulement avant la date fixĂ©e par le commanditaire! La seconde crĂ©ation dans une forme modifiĂ©e eut lieu en 1847 Ă  Londres (Exter Hall). Le public allemand attendit Ă  Hambourg le 9 octobre 1847 pour Ă©couter ce chef d’oeuvre absolu, en langue germanique, devenu Elias. A la suite de Haydn et de sa CrĂ©ation, si triomphalement applaudie par le public anglais, Mendelssohn avait pris soin de soumettre Ă  une audience initiĂ©e et amatrice, les enseignements de son oratorio, Ă  l’identique de Haendel, lui aussi adepte de la foi rĂ©formĂ©e, dont on sait l’immense apport dans le domaine de l’oratorio… auprĂšs du public londonien.
Berlioz qui assiste en 1847, Ă  une reprise de l’ouvrage Ă  Londres mais dans la version dĂ©finitive, sort Ă©bloui par le sentiment de recueillement et de fervente vĂ©ritĂ© humaine. Plus que tout, l’auteur d’un Episode de la vie d’un artiste, lui-mĂȘme bouillonnant expĂ©rimentateur, loue la richesse et le raffinement harmonique sans Ă©quivalent de la partition. Le compliment n’est pas mince.

Un prophĂšte en colĂšre

Mendelssohn demande au pasteur Julius Schubring, le soin de rĂ©diger le texte d’Elias dont le nom signifie Yahweh est mon Dieu. AprĂšs une travail concertĂ©, nĂ© d’une trĂšs Ă©troite collaboration entre le compositeur et le rĂ©vĂ©rend, l’oratorio s’impose aujourd’hui Ă  nous dans sa durĂ©e de 2h40mn. Le texte dĂ©veloppe de nombreuses citations de l’Ancien Testament dans la traduction de Luther. Ouverture fuguĂ©e Ă  la Bach, puis 42 numĂ©ros racontent le dĂ©fi du prophĂšte Elie lancĂ© Ă  la face des prĂȘtres de Baal: le hĂ©ros, en saint miraculeux y guĂ©rit le fils d’une veuve, et critique sans mĂ©nagement le roi d’IsraĂ«l, Ahab, comme il rĂ©primande la reine JĂ©zabel. Mais celle-ci soulĂšve son peuple contre le suractif prophĂšte… qui dĂ©montre sa filiation divine et misĂ©ricordieuse en obtenant la pluie tant espĂ©rĂ©e (elle n’Ă©tait pas tombĂ©e depuis 3 annĂ©es), sur le Mont Carmel. Elie, ardent dĂ©fenseur et proclamateur du monothĂ©isme en des temps chaotiques et barbares, incarne aussi la dĂ©termination provocatrice de l’homme dĂ©sireux d’Ă©lever ses semblables: le ProphĂšte n’hĂ©site pas Ă  secouer la somnolence du peuple Ă©lu: “JĂ©rusalem, toi qui tues tes prophĂštes!“. En cela, Elie prĂ©figure cet autre prophĂšte, Jochanaan, qui lui aussi chĂątie sans mesure l’impie, la corruption, la paresse, tous les vices de ses semblables… Ayant achevĂ© son oeuvre, Elie rejoint le ciel sur un char de feu, au moment oĂč le choeur admiratif entonne un hymne en l’honneur de cet homme admirable qui sut leur montrer la voie par ses actions de grĂące.

Dans la fresque romantique qui se souvient des aĂźnĂ©s tant admirĂ©s, Bach et Haendel, Mendelssohn mĂȘle le colossal et le grave. Le souffle exprimĂ© dans cet oratorio sans Ă©quivalent dans l’histoire musicale allemande Ă©gale les meilleurs ouvrages lyriques, grĂące Ă  l’intensitĂ© des scĂšnes collectives et l’individualisation du personnage du ProphĂšte. Elan de la foule, portrait d’Elie, drame serrĂ© et exaltĂ©, Elias est bien un opĂ©ra sacrĂ©.

 

logo_francemusiqueFrance Musique, vendredi 27 juin 2014,20h. Mendelssohn: Elias. Concert enregistrĂ© Ă  la Basilique Saint-Denis. Solistes, ChƓur de Radio France, Orch. national de France. Daniele Gatti, direction

 

 

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