Donizetti: Le Convenienze ed inconvenienze teatrali Marco Guiadrini (1 dvd Bel Air classiques)

Du giocoso de
Donizetti, le maestro Guidarini fait une jubilation parodique… Alors
qu’en présence d’un tel fourmillement de saynètes et références
musicales éclectiques, l’éclatement menace, la baguette de Marco
Guidarini sait renforcer l’unité et la tension musicale de cette comédie
déjantée…

Giocoso délirant

La Mamma (Madame Agata: succulent Vincenzo Taormina)
un rôle travesti pour baryton buffa est au centre d’un opéra qui a pour
sujet l’opéra lui-même; sur scène, de vrais chanteurs tiennent leur
propre rôle: ils entrent, ils sortent en une surenchère de scènes
désopilantes autour d’Agata, mégère volcanique dont l’énergie trépidante
qui va crescendo, n’aurait pas rebuté Rossini lui-même. Facéties, ton
ubuesque, drôleries délirantes et verve loufoque… Donizetti se
surpasse dans un opéra qui reste après ses nombreuses réfections (ici, Marco Guidarini
nous propose une époustouflante approche de la version tardive en 2
actes – la partition originelle n’en comportait qu’un seul), son chef
d’oeuvre buffa, l’équivalent donizettien du Barbiere rossinien.
L’ouvrage a été créé à la Scala de Milan en avril 1831. il s’agit ici
de la première représentation de l’opéra depuis le XIXè: production
historique d’autant plus fêté…
Sur scène, en une
mise en abîme savoureuse, se joue la réputation d’un directeur de
théâtre: un opéra doit se jouer le soir même avec d’autant plus
d’urgence que les spectateurs ont déjà acheté leur place. Or rien du
spectacle à venir, n’étant ficelé, les répétitions s’enchaînant sans
produire leur effet, l’action fulmine dans l’agitation et l’inquiétude,
une trépidation proche de la folie hystérique (ce que restitue avec ô
combien de finesse le jeune baryton Vincenzo Taormina).
D’autant que les chanteurs cabotinent, se rebiffent, retardent le
succès de l’entreprise à force de caprices et de jalousie en tous
genres…
Au jeu des pastiches et des références,
l’élégance du maestro Marco Guidarini fait merveille dans cette
production scaligène de première valeur, où l’intelligence le dispute à
la finesse du registre comique de rigueur.
Point culminant de la
verve parodique à l’oeuvre, l’air de Madame Agata chantant l’air du
saule (La Sonnambula de Bellini) par sa voix de rossignol : le texte
chanté citant sardines frites, navets indigestes, clairs brocolis fait
son sort à l’intrusion du seria tragique… offrant par ses contrastes
détonants une relecture truculente).

Avec une agilité délectable,
le chef redouble de finesse dans la citation des airs de Rossini
(Aureliano in Palmira de Rossini), ou de Mozart (La Flûte)… airs de
baule, tubes lyriques que chaque soliste impose au parterre afin de lui
démontrer ses capacités vocales et dramatiques. En plus du jeu des
références, Marco Guidarini excelle dans ce registre du
2è et 3è degré, réussissant un final échevelé où après que le directeur
impresario ait annoncé renoncer à tout spectacle après la désaffection
du ténor vedette et du musico, chacun des solistes s’éclipse, ni vu ni
connu, et très discrètement pour ne pas avoir à rembourser l’avance
versée par le directeur pour un spectacle qui ne se fera pas. Cela
pétille sec dans ce spectacle qui multiplie les effets d’oeillades, les
combinaisons de registres poétiques. On connaissait la parodie sur le
milieu lyrique de Vittorio Gasmann (Opera seria), Le Convenienze de
Donizetti brillent par leur grâce parodique: la scène devenant même une
quintessence de la vocalità, dans le dernier aria di baule,
autocitation donizettienne (Faust chanté par la prima donna).
La jeune équipe des chanteurs apprentis de l’Accademia alla Scala fait
montre d’un bel engagement dans une oeuvre subtile et raffinée qui pour
réussir ne doit souffrir aucun débordement. Equilibre et élégance
préservés grâce à la direction toute en légèreté de l’excellent Marco
Guidarini. Alors qu’en présence d’un tel fourmillement de seynettes et
références musicales éclectiques, l’éclatement menace, la baguette de
Marco Guidarini sait renforcer l’unité et la tension musicale de cette
comédie déjantée. Et dire que Nice n’a pas sur le retenir en prolongeant
son mandant de directeur musical de l’Opéra et du Philharmonique. Une
perte qui fait valoir ses irrémédiables conséquences au regard de ce
Donizetti d’une intelligence poétique saisissante. Bravo maestro!

Gaetano Donizetti (1797-1848): Le Convenienze ed inconvenienze teatrali (viva la mamma).
Agata: Vincenzo Taormina, Procolo: Simon Bailey,… Orchestre,
solistes, choeur dell’Accademia del teatro alla Scala. Marco Guidarini,
direction. Antonio Albanese, mise en scène.


Sortie annoncée: le 4 novembre 2010.

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