dimanche 14 avril 2024

Délices et émois du Schubert revisité par Matthias Goerne (1 cd Deutsche Grammophon)

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CHAMBRISME VOCAL ET SYMPHONIQUE. Très inspiré, le baryton Matthias Goerne est en terre connue ; familier des lieder Schubertiens, il « ose » ici en chanter plusieurs (soit 19 lieder ainsi sélectionnés), moins connus, et dans une orchestration inédite d’autant plus juste qu’elle est souvent fine voire authentiquement subtile (conçue par son partenaire fidèle Alex Schmalcz).

 

L’orchestrateur transcripteur sait respecter l’intimisme et la constellation vibrante de chaque lieder (conçu à l’origine par Schubert pour chant et piano). De fait l’utilisation de chaque timbre instrumental (trombone, clarinette, trompette…) tombe à pic, se modelant sans contrainte ni tension à la partition originelle. De fait outre l’intelligence expressive des choix orchestraux, la réussite tient aussi à l’écoute évidente entre le chanteur et chaque soliste de l’orchestre « dirigé » par Florian Donderer. Très bien exposée et prise au dessus de l’orchestre, la voix est bien traitée ; l’auditeur ne perd rien de la force du texte et donc des dispositions de diseur acteur du chanteur (en particulier dans « Erkönig », où l’orchestre bouillonnant ne couvre jamais la voix grâce aussi à l’effectif instrumental au calibre chambriste).

 

 

 

Lieder avec orchestre
Matthias Goerne reviste Schubert

 

 

Transposés les lieder gagnent en spectre coloré, chromatique ; en respiration pastorale (hautbois, flûte, clarinette dans « Ganymed » entre autres, où la parure orchestrale sait ciseler les arêtes dramatiques.

Grave aux claires références infernales et maudites, « Fahrt zum Hades » permet au baryton de déployer sa soie de basse chantante, ici d’une fluidité caressante et hypnotique comme un serpent de mer prêt à aspirer sa proie dans les abysses…

Au mérite du chanteur, revient la très riche palette des atmosphères ainsi produites, serties de couleurs et timbres instrumentaux (et vocaux) : se distinguent entre autres, la marche grotesque de « Schatzgräbers Begehr », aussi textuel que dramatique, avec des inflexions souvent enivrées ; les beaux éclairs électriques de « Erklönig » (pour le coup lied mieux connu et plutôt très joué), course fantastique dont le rythme haletant et la vague des cordes convoquent déjà le début de la Walkyrie de Wagner (celel du fugitif Siegmund dans la forêt sous la tempête) ; de loin la pièce la plus développée (plus de 7 mn), « Grenzen der Menschheit », d’après Goethe, et l’une de ses meilleures inspirations avec Erkönig, allie tendresse, ampleur, noblesse, gravité ; le chant dialogue avec la majesté des cuivres, dépeignant des paysages où le lugubre et le sépulcrale précèdent les brumes enveloppantes et obsédantes d’un chant plus distancié.

L’idéale balance entre orchestre et voix, également enchanté, percutants, profite à l’évocation printanière d’après Pyrker, « Das Heimweh », superbe découverte de cet album avec « Grenzen der Menschheit » D 716, dont les accents ardents, fervents, vaillants, lumineux… annoncent directement Schumann.

Après les élégiaques, amoureux, « Abendstern » et « Alinde » qui tissent des couronnes de fleurs sur le mode orchestral, « Des Fischers Liebesglück » D 935 d’après Leitner impose son climat aussi contemplatif que douloureux, prière d’un amant inconsolable et aussi comblé où le timbre attendri de Matthias Goerne s’accorde à la couleur mélancolique du hautbois, où la ligne et les couleurs du chant convainquent ; ils tissent une brume souple et insaisissable ; le Goerne diseur se dévoile ici dans l’étendue du souffle, la justesse des accents nuancés, ciselées, surtout dans les passages du sombre aux aigus (en voix de tête) parfaitement filés. Il sait instaurer un pur climat d’enchantement, d’hallucinations à l’ineffable séduction où c’est l’articulation et la coloration du texte qui règne sans partage. De quoi nous régaler et accréditer la version orchestrale des lieder de Schubert. Superbe récital Schubertien.

 

 

 

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CRITIQUE, CD, événement. SCHUBERT REVISITED. Matthias Goerne, Deutsche Kammerphilharmonie Bremen (1 cd Deutsche Grammophon).

SCHUBERT REVISITED / Matthias Goerne, baryton – NOTE : 5 / 5 – CLIC de CLASSIQUENEWS – Lieder arranged for baritone and orchestra – Parution annoncée 13 janvier 2023

PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur Deutsche Grammophon
https://www.deutschegrammophon.com/en/artists/matthias-goerne

Photo portrait Matthias Goerne © Marie Staggat

 

 

 

 

 

VIDEO

https://www.deutschegrammophon.com/en/artists/matthias-goerne/videos/strauss-drei-lieder-op-29-i-traum-durch-die-daemmerung-mit-seong-jin-cho-513366

 

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