mardi 27 octobre 2026

CRITIQUE, théâtre musical. PARIS, Théâtre du Châtelet, le 1er juin 2026. « La Bal(l)ade de Nijinski ». Bertrand de Roffignac / Guilhem Fabre / Olivier Py

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Il y a chez Olivier Py une fascination ancienne pour les figures consumées par leur propre flamme. Avec La Bal(l)ade de Nijinski, adaptation des Cahiers du danseur iconique russe, il ne cherche pas à représenter la folie : il l’exhibe, l’agrandit, la théâtralise jusqu’à l’hystérie. Tout est ici affaire d’excès.

 

Dans le Grand Foyer du Théâtre du Châtelet, le dispositif imaginé avec Pierre-André Weitz ressemble moins à une évocation biographique qu’à un sanctuaire expressionniste. La scène déborde d’images, de symboles, de visions accumulées avec une gourmandise presque compulsive. On ne contemple plus Nijinski : on est projeté dans sa conscience fragmentée, dans ce tumulte mental où Dieu, le désir, la danse, la culpabilité et la prophétie se livrent une guerre permanente. Ces Cahiers, sorte de « dégueuloir » intime n’avaient sans doute pas la vocation d’être montrés ou mis en scène, voilà un des grands renoncements de cette proposition scénique. 

L’esthétique de la surcharge est la marque de Py. Là où d’autres auraient recherché le dépouillement pour approcher la détresse du danseur, il choisit l’enflure. Les lumières se cabrent, les images prolifèrent, le texte s’exalte ad nauseam et sans répit. Chaque phrase semble vouloir devenir une révélation, chaque silence une apocalypse. L’émotion est constamment poussée vers son point d’incandescence. À certains moments, on a le sentiment d’assister non à une confession mais à une crise de nerfs.

Le spectacle épouse ainsi la nature même du Journal de Nijinski, ce combat entre sentiment et intellect décrit dans les cahiers du danseur. Mais Py ne se contente pas d’accompagner cette lutte intérieure : il l’amplifie jusqu’à la démesure. Le moindre frémissement devient cataclysme. La moindre angoisse prend des proportions cosmiques. Cette hypertrophie expressive finit par constituer à la fois la force et la faiblesse du spectacle.

Car cette mise en scène est perpétuellement dans l’emballement. On admire la puissance visionnaire de certaines séquences, puis l’on s’interroge sur cette incapacité à laisser respirer le drame. Comme souvent chez Py, l’émotion est sommée de crier alors qu’elle gagnerait parfois à murmurer. Le mystère de Nijinski, cet abîme silencieux qui terrifia tant ses contemporains, se trouve recouvert par un flot continu d’effets, de symboles et d’emportements. Trop d’outrance n’a pas d’autre effet que d’oublier le fond pour être frustré et susciter l’agacement.

Au centre de ce cyclone théâtral, Bertrand de Roffignac affronte courageusement un rôle écrasant. Accompagné au piano par Guilhem Fabre, il traverse les convulsions d’une âme en train de se fissurer. Son interprétation tente d’introduire de l’humain dans une machine scénique fascinée par ses propres vertiges.

On ressort finalement partagé entre colère et fatigue. L’on ressent une profonde lassitude devant cette incapacité chronique à résister à l’excès. La Bal(l)ade de Nijinski n’est pas une méditation sur la folie : c’est une folie scénique en soi, un théâtre qui franchit la ligne rouge et qui veut précisément trouver dans cette déraison un objet qui se brise et se morfond dans les cris et la sueur. Souvent c’est le contraste qui frappe, qui transporte et qui bouleverse. 

Chez Olivier Py, le délire n’est jamais un accident. Il est une méthode. Ici, il devient un principe esthétique absolu. Jusqu’à l’hystérie. Jusqu’à l’épuisement. L’expression est juste, mais monochrome. Espérons que dans les pérégrinations que ce spectacle fera hors les murs, il saura toucher et non pas scandaliser.

 

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CRITIQUE, théâtre musical. PARIS, Théâtre du Châtelet, le 1er juin 2026. « La Bal(l)ade de Nijinski ». Bertrand de Roffignac / Guilhem Fabre / Olivier Py. Crédit photographique (c) drots réservés

 

 

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