dimanche 1 novembre 2026

CRITIQUE, opéra (recréation). SAINT-ÉTIENNE, Opéra, le 24 avril 2026. Charles SILVER : La Belle au bois dormant (1902). Débora Salazar, Kevin Amiel, … Laurent Delvert / Guillaume Tourniaire

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L’Opéra de Saint-Etienne surprend à nouveau tout en restant fidèle à son ADN : la défense de l’opéra français. Belle équation dont le mérite revient à Eric Blanc de la Naulte, directeur des lieux et qui nous régale en ressuscitant un sommet du romantisme lyrique à la française. Cette Belle au bois dormant s’inscrit même dans la riche histoire des productions célébrant le génie local : l’illustre faiseurs d’opéras, Jules Massenet… Charles Silver (1868 – 1949) se révélant être l’un de ses élèves les plus doués (comme il suivit aussi les leçons éclairées de Théodore Dubois).

 

 

L’éclectisme de son écriture est propre à son époque et la cohérence comme la très grande séduction de sa forme, son caractère continument allusif et enchanté, voire d’une ivresse éperdue, enchantée (dans ses duos amoureux qui égalent la volupté d’un Gounod), convainquent indiscutablement.
Le compositeur n’oublie rien de ce qui compose au tout début du XXème, un bon voire un très bon opéra : la puissance de la fosse, des contrastes spectaculaires d’un tableau à l’autre, le théâtre comme la danse avec au cœur du dispositif, le miracle de l’amour malgré les agissements d’une sorcière très active. Le métier est évident : le compositeur a décroché le Prix de Rome en 1891 ; il est aussi nommé professeur d’harmonie en 1919 au Conservatoire de Paris.
La sensibilité de Silver captive car elle privilégie constamment l’effusion enivrée, une humeur d’extase, des paysages sonores réellement enchantés et féeriques dont la réussite tient aussi à sa connaissance évidente du théâtre wagnérien et de sa continuité dramatique. D’autant que la mise en scène de Laurent Delvert séduit par sa clarté et son onirisme, abordant les nombreux tableaux contrastés avec une belle unité visuelle.

 

 

Sensualité amoureuse

Débora Salazar (Aurore) et Kévin Amiel (Le Prince) © classiquenews 2026

 

Le drame de Silver sait éclairer le conte de Perrault mais en y apportant quelques nouveautés notables comme la disparition du fuseau fatal au profit du baiser ; il développe aussi l’activité toxique de la sorcière Urgèle (très engagée Julie Robard-Gendre) qui envoûte et ensorcèle, et la princesse Aurore et le paysan Barnabé dont elle fait son agent destructeur, s’opposant dans la forêt des esprits, à l’avancée du (second) Prince venu délivrer la Belle au bois dormant. Dans ce rôle fantoche et ridicule, Matthieu Lécroart déroule son art vocal comme scénique, composant avec sa promise Jacotte (non moins convaincante Héloïse Poulet) le couple comique du drame…

L’éveil à l’amour, la fine analyse du sentiment amoureux qui s’affirme (en particulier quand la jeune femme se réveille de son endormissement centenaire), le duo final qui s’en suit avec celui qui lui permet cette résurrection, sont des moments suspendus, orchestralement mémorables. Ils dessinent un sommet lyrique aussi saisissant que le Tristan de Wagner.

La construction du drame et la répartition des rôles présentent deux  « doubles” qui ouvrent de nombreuses questions. D’une part au début, la Reine puis la princesse Aurore ; d’autre part, les deux princes, agissant à 100 ans d’intervalle et qui sont l’un et l’autre incarnés par le même interprète (ardent et nuancé Kévin Amiel).

Dans le cas de la Reine et de sa fille Aurore, la soprano Débora Salazar sur les traces de la créatrice des deux personnages (en 1902 incarnés par l’épouse de Silver), affirme un magnifique tempérament dramatique qui touche par sa finesse et la grande subtilité émotionnelle de son chant lequel relève d’un ample lamento chambriste dont la justesse et l’absence de toute artifice, renvoient aux mélodies françaises ; la subtilité de la Prosodie qui permet à Belle d’exprimer sa véritable naissance au monde, à la Nature, à l’amour, se réalise grâce à une interprète aussi sensible, ce qui souligne l’apport de Silver après Perrault : conférer une épaisseur à l’héroïne, nourir sa très riche vie intérieure que l’on ne soupçonnait pas. Ce chant ciselé rappelle Gounod, Chausson, Duparc, évidemment l’art de Massenet… une filiation toute en nuance que renforce la direction passionnante, à la fois détaillée et puissamment dramatique du chef Guillaume Tourniaire. Le maestro sait tout obtenir de l’Orchestre comme du chœur maison – Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire et Choeur Lyrique Saint-Étienne Loire, déroulant une sonorité ciselée, précise, intense, travaillant dans l’élégance et la transparence.

La maestro que l’on suit depuis plusieurs années (et qui a dirigé précédemment in loco, Les Pêcheurs de perles, Samson et Dalila) ne cesse de nous surprendre, semblant comprendre comme peu, tout ce qui fait la spécificité du romantisme français ici sublimé par le tempérament d’un jeune compositeur (22 ans) qui a assimilé tous les grands dramaturges  avant lui de Berlioz à Gounod, déployant une écriture constamment contrapuntique et d’une fluidité saisissante qu’enrichit encore une remarquable science harmonique et une connaissance très affûtée de Wagner et de sa cohésion dramatique.
En cela les préludes seraient autant d’hommage au Ring wagnérien, dont le sommeil de Brunnhilde, le commencement du monde du Rheingold, la chevauchée des Walkyries aussi, sont très subtilement réinvestis et intégrés au tissu sonore.   Jamais appuyée, toujours d’une éloquence qui détache chaque timbre, soignant l’éclat, la transparence autant que le surgissement de la psyché, la direction de Guillaume Tourniaire se montre exemplaire et très inspirée, du début à la fin. De quoi mesurer derrière la science musicale et dramatique de Silver, un tempérament puissant taillé pour la psychologie autant que le spectacle.

 

 

 

 

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CRITIQUE, opéra (recréation). SAINT-ÉTIENNE, Opéra, le 24 avril 2026. Charles SILVER : La Belle au bois dormant (1902). Débora Salazar, Kevin Amiel, … Laurent Delvert / Guillaume Tourniaire
CHARLES SILVER  : La Belle au Bois Dormant
Opéra en quatre actes – Première création depuis 1902
en coproduction avec le Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française
Livret de Michel Carré et Paul Collin
D’après le conte La Belle au bois dormant de Charles Perrault
Création le 8 janvier 1902  au Grand-Théâtre de Marseille
Opéra de Saint-Étienne
Grand Théâtre Massenet
Vendredi 24 avril 2026 : 20h
Dimanche 26 avril 2016 : 15h
Distribution
Direction musicale : Guillaume Tourniaire
Mise en scène : Laurent Delvert
Scénographie : Zoé Pautet
Costumes : Fanny Brouste
Chorégraphie : Sandrine Chapuis
Lumières : Nathalie Perrier
La Princesse Aurore, la Reine
: Déborah Salazar
Urgèle : Julie Robard-Gendre
Le page, Jacotte : Héloïse Poulet
Dame Gudule, la fée Primevère : Anne-Lise Polchlopek
Le chevalier errant, le Prince : Kévin Amiel
Le Roi : Philippe-Nicolas Martin
Le grand sénéchal, Éloi : Antoine Foulon
Barnabé : Matthieu Lécroart
Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire
Choeur Lyrique Saint-Étienne Loire
Laurent Touche, direction
Nouvelle production de l’Opéra de Saint-Étienne
Décors et costumes réalisés par
les ateliers de l’Opéra de Saint-Étienne
https://opera.saint-etienne.fr/otse/

 

LIRE aussi notre présentation de La Belle au bois dormant (1902) de Charles Silver, recréation à l’Opéra de Saint-Étienne : https://www.classiquenews.com/opera-de-saint-etienne-charles-silver-la-belle-au-bois-dormant-recreation-les-24-26-avril-2026-deborah-salazar-julien-dran-laurent-delvert-mise-en-scene-guillaume-tourniaire-dir/
VOIR notre reportage de La Belle au bois dormant (1902) de Charles Silver, recréation à l’Opéra de Saint-Étienne, entretien avec Guillaume Tourniaire : https://www.classiquenews.com/reportage-video-charles-silver-la-belle-au-bois-dormant-1902-recreation-a-lopera-de-saint-etienne-2426-avril-2026/

 

 

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