Tchaikovski: La Belle au bois dormant, Bolchoi 2011

Noureev_belle_bois_dormantArte. Tchaïkovski: La Belle au bois dormant. Bolchoï, 2011. Le 23 février 2014,23h20.  Bolchoï: la belle ressuscitée. Pour la réouverture du théâtre mythique en novembre 2011, toutes les équipes locales réalisent un morceau de bravoura du répertoire, le ballet de Tchaïkovski, La Belle au bois dormant: Aurore, princesse nouvellement née, reçoit l’hommage des fées de tout le royaume (à l’époque de Florestan XIV…). C’était compté sans l’irruption de l’ignoble Carabosse (son arrivée ténébriste sur les accents grimaçants des clarinettes/bassons), qui vexée de n’avoir pas été conviée, maudit le bambin dans ses langes, la condamnant à l’inéluctable mort à ses 16 ans… Heureusement, la bonne fée des Lilas retardataire peut adoucir l’envoûtement sans l’annuler: Aurore se piquera au doigt mais s’endormira pour 100 ans… Au terme desquels, le prince charmant la réveillera, désensorcelant par là même tout le royaume… Féerie des costumes, somptuosité des décors qui convoquent l’esprit du Grand Siècle français (XVIIème, l’époque de Charles Perrault), surtout perfection des ensembles comme des solistes, la nouvelle production de La Belle au bois dormant version Bolchoï 2011, est une réussite. Au sommet de la distribution dans le rôle d’Aurore: l’étoile Svetlana Zakharova.; et dans la fosse, chef (Pavel Klinitchev) et orchestre s’impliquent avec une nervosité souvent expressionniste. Tchaïkovski sait nous transmettre et le souffle de l’action tragique et héroïque, et la grandeur du Baroque Français (dans les décors l’oeil avisé détecte de nombreuses références aux peintres dont les ports de Claude Lorrain… où les perspectives théâtrales à la Bérain composent un subtil écrin pour les grilles dorées dans le style versaillais). Les personnages de pur théâtre (le Roi, Carabosse…) sont incarnés avec un sens de la composition; faire valoirs efficaces pour les rôles dansés dont triomphent la fée des lilas et surtout Aurore… L’école de danse russe paraît ici dans toute sa splendide incarnation: de la froideur voire de l’arrogance, mais une technicité évidente? Pour autant est ce suffisant? Malgré la précision gestuelle et le sens de la pose, il y manque souvent la grâce des danseurs étoiles français de l’Opéra national de Paris… Mais ne boudons pas notre plaisir: incontournable spectacle de 2h15mn.

Tchaïkovski. La Belle au Bois dormant, Ballet enregistré au Théâtre Bolchoï. Le célèbre ballet de Marius Petipa participe à la saison de réouverture du mythique Bolchoï, dans une chorégraphie de Yuri Grigorovich, directeur artistique et chorégraphe du Bolchoï de 1964 à 1995. La chorégraphie est ici recréée dans une version nouvelle. Le rôle de la princesse Aurore est dansé par la jeune étoile Svetlana Zakharova. Les décors sont signés Ezio Frigerio et les costumes, Franca Squarciapino, deux orfèvres de la féérie visuelle.

arte_logo_2013Arte, dimanche 23 février 2014 à 23h20. Tchaïkovski : La Belle au bois dormant
Production du BolchoĂŻ, novembre 2011

Rufol Noureev Ă  Paris (1983-1989)

Noureev_belle_bois_dormantNoureev Ă  Paris. La Belle au bois dormant. A 45 ans, en 1983 et pour 6 annĂ©es, Rudolf Noureev prend ses fonctions comme directeur de la danse Ă  l’OpĂ©ra de Paris. Le danseur virtuose ne fera pas qu’apporter un style enviĂ© dans le monde entier : il enrichit aussi considĂ©rablement le rĂ©pertoire de la maison parisienne ; rĂ©visant la chorĂ©graphie des grands classiques, il rĂ©Ă©crit la magie des pas, rĂ©Ă©quilibre la part des interprètes : grâce Ă  lui, les hommes ne sont plus des faire valoir et des porteurs pour les ballerines, mais des personnages tout aussi aboutis et mĂŞme psychologiquement achevĂ©s que leurs consĹ“urs.
Noureev avant de trouver un port d’attache Ă  Paris, Ă©blouissait littĂ©ralement Ă  Londres au Covent Garden (Royal Ballet) avec Ă  ses cĂ´tĂ©s la prĂ©cieuse partenaire de ses sommets, Margot Fonteyn : leur duo demeure lĂ©gendaire et certainement insurpassĂ© par sa grâce expressive, son naturel, son tempĂ©rament. Pour le centenaire du Figaro, le couple artistique Noureev/Fonteyn danse sur la scène de Garnier, le ballet de Frederick Ashton, Marguerite et Armand, inspirĂ© de La Dame aux camĂ©lias de Dumas fils. C’Ă©tait en 1963. 20 ans plus tard, le magicien danseur et chorĂ©graphe revient donc Ă  Paris pour y rĂ©enchanter l’histoire du ballet.

RĂ©Ă©crire les grands TchaĂŻkovski

Sur les traces de sa chorĂ©graphie du ballet des Ombres de La Bayadère (IIIème acte) prĂ©sentĂ© Ă  Paris en 1974, – oĂą il danse seul entourĂ© des danseuses talentueuses du ballet fĂ©minin-, Noureev reprend les classiques du rĂ©pertoire auxquels il redonne une âme dramaturgique et pour les danseurs, de formidables rĂ´les totalement repensĂ©s, amplifiĂ©s, approfondis. Ainsi aux cĂ´tĂ©s de RomĂ©o et Juliette, Raymonda, Don Quichotte, paraissent les chefs d’oeuvre de son compatriote TchaĂŻkovski : Casse Noisette, Le Lac des cygnes et bien sĂ»r La belle ou bois dormant. Sans omettre, naturellement La Bayadère. Tous ses ballets prĂ©servent la magie Ă©laborĂ© par Petipa tout en accentuant ce lustre oriental, spectaculaire, fantastique et fĂ©erique, propre Ă  l’esthĂ©tique impĂ©riale russe. Très vite, une nouvelle gĂ©nĂ©ration de danseurs dĂ©jĂ  Etoiles se reconnaissent dans cette Ă©cole de la haute discipline et de l’excellence autant technique qu’interprĂ©tative : Elisabeth Platel, Claude de Vulpian, Charles Jude ; Noureev nommera sous sa direction les nouvelles Étoiles : Sylvie Guillem, Isabelle GuĂ©rin, Laurent Hilaire, Manuel Legris…
De toute Ă©vidence, sous sa direction, le Ballet de l’OpĂ©ra de Paris devient le premier du monde. La chorĂ©graphie de La Belle au bois dormant qui allie poĂ©sie, Ă©lĂ©gance technique, spectaculaire flamboyant et aussi justesse dramatique dans l’Ă©criture de chaque rĂ´le, explique que la version Noureev de La Belle au bois dormant suscite toujours admiration voire fascination. Chacun y revient comme une source inĂ©galĂ©e, atemporelle par l’Ă©quilibre de ses parties.