Un incident rare s’est produit, samedi, lors de la représentation de L’Enlèvement au Sérail au Théâtre des Champs Elysées : une panne générale d’électricité. Scène et salle ont été plongées dans le noir au milieu du deuxième acte. L’affaire fut bien gérée. Le public a été invité à rester assis. La lumière a fini par revenir dans la salle. Et, cinq minutes après, sur scène. Les chanteurs et musiciens ont repris le cours de la représentation…
Et le courant est revenu entre Mozart et le public. C’était le moment où Jessica Pratt devait affronter le redoutable air de Constance. Elle y mit un surcroît d’énergie et lança ses aigus avec une ardeur accrue. Ils jaillirent, nets, brillants, étincelants. C’est dans la tessiture aiguë que cette belle soprano australienne excelle.
Le spectacle, mis en scène par Florent Siaud, dans un harem à l’architecture moderne et des costumes d’aujourd’hui, est plaisant et réjouissant. Sur le bord de la scène, un « bruitiste », Samuel Hercule, accompagne le déroulement de l’action d’une dentelle de sons pleins de délicatesse. Le rôle de Belmonte revient à Amitai Pati, voix agréable, bien timbrée, au phrasé souple et caressant. Amitai est le frère de Pene. Il n’y a pas à dire, dans la famille Pati, on sait chanter. Les Pati sont épatants !
Le troisième protagoniste de premier plan est Ante Jerkunica, belle voix grave – mais qui conviendrait mieux au rôle du Commandeur dans Don Juan, qu’à celui d’Osmin qui est, ici, une basse-bouffe. A la fin, coup de théâtre : son personnage est abattu d’un coup de pistolet. C’est lorsque le pacha se prenant pour Titus et faisant preuve de clémence, ordonne de supprimer le personnage qui incarne la vengeance. Brenton Ryan compose un Pedrillo d’une belle vivacité. Il bondit à travers l’ouvrage avec la fraîcheur insolente de la jeunesse et une énergie communicative. Manon Lamaison est une Blonde belle et vive mais son timbre n’a pas la rondeur d’un soprano mozartien.
A côté de tout cela, il y a Laurence Equilbey et son Orchestre Insula. Dès les premières mesures, leur précision, leur élan et la netteté de leurs traits nous séduisent. Tout avance, respire avec une belle vitalité. Voilà un Mozart bien… enlevé !
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CRITIQUE, opéra. PARIS, Théâtre des Champs Elysées, le 06 juin 2026. MOZART : L’Enlèvement au Sérail. J. Pratt, A. Pati, A. Jerkunica, B. Ryan, M. Lamaison… Florent Siaud / Laurence Equilbey. Crédit photographique (c) Vincent Pontet





