mardi 25 juin 2024

CRITIQUE, Opéra (en version de concert). GENEVE, Bâtiment des Forces Motrices, le 12 novembre 2023. HAENDEL : Acis and Galatea. J. Roset, M. Milhofer, S. Liljas… Leonardo Garcia Alarcon (direction).

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

Moins d’une heure après la présentation de la Réouverture (et de la programmation 2024) de La Cité Bleue de Genève par Leonardo Garcia Alarcon, prévue pour le 9 mars et que dirige le célèbre chef d’orchestre argentin, ce dernier offrait une exécution (en version de concert) d’Acis et Galatée de Georg Friedrich Haendel (dans la version ré-orchestrée par Mozart en 1788) au Bâtiment des Forces Motrices de Genève, où avait lieu ce double événement.  

 

 

Quelles que soient ses richesses purement musicales, Acis and Galatea (puisque c’est la langue d’origine qui a été ici retenue, au détriment de la version allemande signée par Gottfried van Swieten pour Mozart) continue à occuper une place modeste dans la production lyrique de Haendel. On ignore comment cette Pastorale fut représentée du vivant du compositeur, mais il semble évident qu’elle n’appelle pas de manière criante une mise en scène, et donc le choix d’une simple version concertante est tout à fait judicieux (d’autant, qu’au final, les artistes ne sont pas figés devant des pupitres, mais se déplacent tout autour de l’orchestre… voire bondissent parmi le public dans la salle !). Et même s’il n’a rien de “bucolique”, le BFM est l’un des lieux culturels les plus agréables de la Cité de Calvin, et l’on se réjouit qu’il ait été choisi pour présenter cette « pastorale bucolique » tirée des Métamorphoses d’Ovide, composée en 1718 par Haendel (Lully avait préalablement mis en musique cette légende en 1686…). L’argument narre les amours de la nymphe Galatée et du berger Acis contrariées par le cyclope Polyphème qui, par jalousie, écrasera mortellement Acis sous un rocher avant que Galatée ne « ressuscite » son amant sous la forme d’un ruisseau.

Et la soirée vaut avant tout pour la frémissante Galatée de Julie Roset – qui revient tout juste du Cap où elle a gagné le Premier prix du plus prestigieux Concours de chant au monde : le fameux Concours Operalia ! D’une grâce et d’un charme innés qui émane de sa personne (comme on avait déjà pu le noter il y a tout juste un mois dans Les Indes galantes de Rameau à la Fondation Gulbenkian de Lisbonne, déjà sous la baguette de Garcia Alarcon), elle captive par son chant et enchante par son timbre d’une pureté toute cristalline, de même qu’elle fascine par l’incroyable agilité de ses vocalises. Dès son premier air “Ye verdant plains and woody mountains”, l’auditoire tombe sous le charme de cette artiste qui illumine littéralement la soirée par un naturel et une finesse d’interprétation admirables. 

 

 

De son côté, le ténor britannique Mark Milhofer, dans le rôle d’Acis, lui offre une bien belle réplique, vocalement parlant – car par ailleurs l’artiste a plus l’âge d’être son père que son amant ! Il n’en possède pas moins un timbre suave et expressif qui convainc autant dans les moments d’éclats, comme dans l’air “Love in her eyes sits playing”, que dans ceux plus expressément tendres et langoureux. Le Polyphème de la basse suédoise Staffan Liljas n’est pas en reste avec une voix sonore et une forte présence dramatique. Il se tire avec beaucoup de style et d’émotion, sans jamais le hurler, de ce rôle de « méchant ». Les deux ténors qui complètent la distribution vocale, l’italien Valerio Contaldo (Damon) et le suisse Fabio Trümpy (Coridon) n’appellent eux aussi que des éloges, tandis que Maud Bessard-Morandas (soprano), Leandro Marziotte (contre-ténor) et Raphaël Hardmeyer (baryton-basse) complètent la distribution (en formant le choeur). 

Quant à la partie orchestrale, elle fait se mélanger – dans une fusion tout simplement parfaite ! – l’Orchestre de Chambre de Genève et l’ensemble Cappella Mediterranea, Leonardo Garcia Alarcon “testant” ici cette “(ré)union” que lui a demandé le Grand-Théâtre de Genève où les deux formations joueront, ensemble, sous la baguette du chef argentin pour les représentations d’Idomeneo de Mozart en février prochain. Depuis son clavecin, il tire de son (double) ensemble un maximum d’expressivité instrumentale et de nuancement rythmique. On gardera tout particulièrement en mémoire les magnifiques prestations de Monica Pustilnik à l’Archiluth (pendant la mort d’Acis) et des deux cors naturels de Matthieu Siegrist et Pierre Burnet (pendant le duo d’Acis et Galatée, “Happy We”, l’air le plus célèbre de la partition). 

Leonardo Garcia Alarcon et Julie Roset sont le pivot de cette formidable réussite, et ce n’est que justice si le public leur fait une fête toute spéciale à l’issue du spectacle !

 

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CRITIQUE, Opéra (en version de concert). GENEVE, Bâtiment des Forces Motrices, le 12 novembre 2023. HAENDEL : Acis and Galatea. J. Roset, M. Milhofer, S. Liljas… Leonardo Garcia Alarcon (direction). Photos © François de Maleissye / Cappella Mediterranea. 

 

VIDEO : Leonardo Garcia Alarcon présente la pastorale “Acis et Galatée” de Haendel 

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